En bref… ELLE

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ELLE, de Paul Verhoeven

Michèle Leblanc (Isabelle Huppert) vient d’être agressée et violée par un inconnu masqué, à son domicile parisien. Au lieu d’appeler la police, de se rendre à l’hôpital, cette femme à poigne, ancienne éditrice reconvertie PDG d’une société de jeu vidéo, fait comme si de rien n’était… La routine de son quotidien semble primer sur le reste. Michèle aide son grand fils Vincent (Jonas Bloquet) à trouver son premier logement, pour lui et sa petite amie Josie (Alice Isaaz) qui est enceinte. Le travail est une série de conflits professionnels sans fin avec des développeurs qui la détestent, à commencer par Kurt (Lucas Prisor). Michèle peut toujours compter sur le soutien de sa meilleure amie, Anna (Anne Consigny), bien qu’elle ait une morne liaison avec le mari de cette dernière, Robert (Christian Berkel). A ces tracas s’ajoutent sa relation avec son ex-mari Richard (Charles Berling), écrivain fauché, et les disputes incessantes avec sa mère Irène (Judith Magre), qui fait la « cougar » avec un homme plus jeune qu’elle. Un quotidien morose, étouffant, qui peu à peu dérape. Ses voisins Patrick et Rebecca (Laurent Laffitte et Virginie Efira) lui signalent la présence d’un rôdeur dans le quartier. Michèle reçoit des messages obscènes. Marquée par un drame qui a détruit son enfance, Michèle mène une enquête personnelle risquée, et développe une relation trouble avec son agresseur…

 

Elle

Impressions :

     Ouf ! Dix ans déjà qu’on n’avait (presque) plus de ses nouvelles, qu’on le croyait effacé du petit monde du Cinéma, et le voilà de retour, toujours en forme ! Paul Verhoeven, le cinéaste hollandais de toutes les controverses (et, accessoirement, meilleur cinéaste européen en activité), bientôt 78 ans au compteur, signe avec Elle son premier long-métrage français, ceci après une absence de dix ans, suivant le succès de son remarquable thriller Black Book en 2006. Rappelons qu’il était revenu tourner dans sa Hollande natale après avoir mis un terme à sa carrière américaine, marquée par les RoboCop, Basic Instinct, Total Recall ou Starship Troopers qui lui avaient valu autant de louanges que d’attaques aux USA – sans oublier le fabuleux, l’inénarrable Showgirls qui avait pris des allures de suicide artistique en règle. Durant une décennie, Paulo-le-dingue avait annoncé une pile de projets excitants qu’il n’avait pas pu mener à bout, tels un film réaliste sur Jésus ou Beast of Bataan, un film de guerre qui avait rejoint dans sa liste de scripts non tournés d’autres projets morts-nés qui avaient fait fantasmer ses défenseurs, les Mistress of the Sea sur la vie des femmes pirates Mary Reade et Anne Bonny, ou le mythique Crusades avec Arnold Schwarzenegger. En tout et pour tout, on dut se contenter de Tricked, un film tourné pour l’institut EYE du cinéma néerlandais, tourné et produit simultanément par Verhoeven et des participants non professionnels - film, qui, à ma connaissance, a échoué directement en vidéo chez nous en 2012 et n’a jamais été exploité en salles. Autant dire qu’on craignait de voir l’énergique cinéaste disparu corps et biens. Soyons francs : l’annonce de son arrivée en France, pour tourner ce Elle adapté de Philippe Djian, avec Isabelle Huppert en vedette, laissait sceptique. Le fait que Verhoeven ait accepté l’offre de Saïd Ben Saïd, qui avait déjà produit les derniers films de grands provocateurs jugés en fin de course (Map to the Stars de Cronenberg, Passion de Brian De Palma), ne rassurait pas plus qu’une bande-annonce pas très bien montée, laissant croire que le réalisateur de La Chair et le Sang avait été « avalé » par la sinistrose d’une production française télévisuelle. Qu’on se rassure tout de suite : l’arrivée de Verhoeven, l’expatrié hollandais qui travaille à Los Angeles, est peut-être l’une des meilleures choses arrivées au cinéma hexagonal depuis des lustres. Il n’a rien perdu de son goût de la provocation, de son art du thriller, et de son sens de la satire rentre-dans-le-lard !

    Avec Elle, Verhoeven rappelle à qui veut l’entendre que le cinéma français aurait bien besoin d’être secoué, pour retrouver une force d’expression et de transgression qui lui manque tellement depuis longtemps. Laissant de côté les techniques ultra-contrôlées de mise en scène de ses films américains, le cinéaste retrouve d’emblée ses méthodes de tournage de sa période hollandaise (un maximum de scènes brutes, tournées caméras à la main), pour les adapter à des images « à la française » (repas familiaux, café-restaurant, appartements bourgeois lambrissés, etc.) évoquant indubitablement l’atmosphère lourde des meilleurs Chabrol ; impression évidemment renforcée par la présence de l’actrice « chabrolienne » par excellence, Isabelle Huppert. La comédienne est excellente, maltraitant une nouvelle fois son allure quelque peu « pète-sec » pour se mettre au diapason des personnages féminins verhoeveniens. Subversif mais en aucun cas misogyne, Verhoeven aime filmer des femmes qui, aussi violentées soient-elles, sont des battantes et dominent des pauvres spécimens d’hommes. Michèle, transformée et « reconstruite » progressivement par une expérience traumatique, ne va pas se comporter en victime et démolira joyeusement son entourage étouffant à souhait, au mépris des conventions. Elle est, somme toute, dans la continuité des femmes de Cathy Tippel et de La Chair & Le Sang. La performance d’Huppert, sur le fil du rasoir en permanence, est à saluer. Tout comme les contre-emplois délibérément voulus par Verhoeven, notamment dans ce si  »gentil » couple formé par Laurent Laffite et Virginie Efira, qui jouent à fond le jeu de la transgression. Toute occasion de gratter sous la surface des conventions est bonne à prendre, et les comédiens ne s’en privent pas, jouant à fond l’ambiguïté – voir le personnage d’Efira, une bigote apparemment effacée qui en sait plus qu’elle n’en dit, et dont la révélation finale est sacrément sulfureuse (Verhoeven en profitant par ricochet pour adresser, à travers elle, un nouveau coup de griffe à la religion catholique). Outre Chabrol, on reconnaîtra dans Elle l’influence d’autres maîtres à filmer de Verhoeven : Bunuel et son Belle de Jour (là encore, un gros doigt d’honneur adressé aux bourgeois par un grand cinéaste européen venu en France à la fin de sa vie), Hitchcock et Fenêtre sur Cour (une scène de voyeurisme à la fenêtre, où cette fois, c’est une femme qui prend son pied à observer son voisin !)… sans oublier les propres films de Verhoeven, qui place des signes évidents à ses connaisseurs : le jeu vidéo hardcore produit par Michèle, avec son héroïne médiévale violée et transformée en prédatrice, évoque La Chair & Le Sang ; une vidéo d’Internet qui rappelle les films de propagande de Starship Troopers (un bon insecte est un insecte mort !) ; ou l’ambiance générale, cinglante à souhait, évoquant certains des films hollandais du maître – mention particulière à la scène du bébé noir !

En ne cherchant jamais à caresser le spectateur dans le sens du poil, et en jouant avec les codes attendus du thriller, Paul Verhoeven ne se renie jamais, et entame une troisième partie de carrière aussi prometteuse que ses périodes hollandaise et américaine. On espère qu’il pourra mener à bien ses futurs projets, le bonhomme ayant l’intention de rester en France pour son prochain film annoncé : un film sur l’Occupation et la Résistance. Diable, quand on sait que le cinéaste a livré deux chefs-d’oeuvre sur cette époque en Hollande (si vous n’avez pas vu Soldier of Orange et Black Book, procurez-vous d’urgence les DVD), on attend le résultat avec impatience, satisfaits par l’expérience de ce Elle si peu conventionnel…

 

Ludovic Fauchier.

 

 

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La Fiche Technique :

Réalisé par Paul Verhoeven ; scénario de David Birke, d’après le roman « Oh… » de Philippe Djian ; produit par Saïd Ben Saïd, Michel Merkt, Sébastien Delloye, Diana Elbaum, Sébastian Schelenz et François Touwaide (SBS Productions / Pallas Films)

Musique : Anne Dudley ; photo : Stéphane Fontaine ; montage : Job Ter Burg

Décors : Laurent Ott ; costumes : Nathalie Raoul

Distribution : SBS Films

Caméras : Arri Alexa

Durée : 2 heures 10

En bref… X-MEN : APOCALYPSE

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X-MEN : APOCALYPSE, de Bryan Singer

Plus de trois mille ans avant notre ère, le pharaon En Sabah Nur (Oscar Isaac) était vénéré comme un dieu vivant. Il était le premier Mutant, détenteur de pouvoirs défiant l’imagination. Mais il régnait en tyran absolu sur les simples mortels de l’Egypte antique. En Sabah Nur fut trahi et attaqué par des soldats qui détruisirent sa pyramide. Plongé en animation suspendue, le corps du pharaon reposa désormais sous les ruines pendant des millénaires… 

1983. L’existence des Mutants n’est plus un secret depuis les incidents relatés dans X-Men : Days of Future Past. Désormais tolérés, les Mutants sont aussi persécutés ; mais ils peuvent cependant trouver un foyer à l’Institut fondé par Charles Xavier (James McAvoy). Si elle se montre distante envers son ancien ami, la métamorphe Mystique (Jennifer Lawrence) aide néanmoins de jeunes Mutants à rejoindre son école - comme Kurt Wagner (Kodi Smith-McPhee), téléporteur à l’apparence démoniaque. Parmi les autres nouveaux venus : un lycéen, Scott Summers (Tye Sheridan), qui ne peut ouvrir les yeux sans causer des destructions massives, et Jean Grey (Sophie Turner), télépathe et télékinésiste surdouée. Avec l’aide d’Hank McCoy « Le Fauve » (Nicholas Hoult), Xavier aide ces nouveaux venus à maîtriser leurs dons et à s’intégrer. Erik Lehnsherr (Michael Fassbender), lui, est revenu sur la terre de ses ancêtres, en Pologne, où il vit en paix, marié et père d’une fillette. Son bonheur est de courte durée…

Quand l’agent de la CIA Moira McTaggert (Rose Byrne) découvre au Caire l’existence d’une secte adoratrice d’En Sabah Nur, le pharaon endormi revient à la vie, déclenchant un séisme à l’échelle mondiale. Séisme qui pousse Erik, en Pologne, à se démasquer. Une nouvelle tragédie personnelle va le refaire basculer dans la violence. Pendant ce temps, Charles reprend contact avec Moira, au sujet de sa récente découverte. Ils ignorent qu’En Sabah Nur, découvrant l’état du monde actuel, recrute quatre Mutants à qui il offre une puissance dévastatrice, pour refaire le monde à son image - sa dernière recrue n’étant autre qu’Erik qui reprend son identité de Magnéto. Seuls Charles Xavier et ses jeunes X-Men, rejoints par Mystique et par le bolide humain Peter Maximov (Evan Peters), peuvent empêcher l’Apocalypse qui se prépare…

 

X-Men Apocalypse

Impressions :

     Vu le contexte actuel (bien morose) des actuels films de super-héros, soyons honnêtes : les films X-Men estampillés Bryan Singer sortent du lot, étant l’un des rares bons exemples d’adaptations réussies dans ce genre devenu fourre-tout, ces dernières années. En reprenant en mains une franchise dont le studio 20th Century Fox l’avait un temps dépossédé (ce qui nous avait donné deux ratages, en règle, X-Men : L’Affrontement Final et X-Men Origines : Wolverine), le réalisateur-producteur d’Usual Suspects, avec les excellents  »reboots » de X-Men First Class (produit pour Matthew Vaughn) et X-Men : Days of Future Past (qu’on retitrera ici, pour plus de commodité : DOFP), a dépassé sans difficulté le tout venant des productions rivales Marvel-Disney, tellement hégémoniques qu’elles en deviennent étouffantes.

    Certes, cette franchise nécessite de la part de Singer quelques compromis inévitables avec le studio qui cherche à marquer des points dans la guerre des sagas super-héroïques entre Marvel/Disney et Warner/DC, mais reconnaissons au cinéaste un amour sincère de ses personnages, et une approche « auteuriste » que l’on ne trouve guère ailleurs. La psychologie des personnages, l’écriture dramaturgique jouent ici un rôle plus important que les prouesses des effets visuels, et c’est donc toujours un plaisir de voir un réalisateur concerné s’approprier personnellement cet univers pour lui donner une assise sérieuse. X-Men : Apocalypse est donc du même tonneau que ses prédécesseurs, et poursuit l’histoire du trio Xavier-Magnéto-Mystique, toujours servi par des comédiens de premier ordre. Pourtant, on sent pointer une légère baisse de régime après les audaces de DOFP. Singer et le scénariste Simon Kinberg, en faisant entrer les personnages dans les années 1980, achèvent de « réécrire » pour de bon la franchise en ramenant les personnages malmenés dans les films nommés plus haut : Jean Grey, Cyclope, Diablo (inexplicablement porté disparu depuis X-Men 2), et Tornade, campés par de jeunes acteurs, sont ainsi plus développés, et devraient porter les futurs films. Les amoureux du comics ne sont pas oubliés, le réalisateur cédant au fan service de rigueur avec l’apparition, durant quelques minutes sanglantes, d’un canadien griffu tout droit sorti des cases de la b.d. L’Arme X.

     Au milieu de ces remaniements obligatoires, le film de Singer reste très agréable, même s’il ne surclassera pas First Class et DOFP. Peut-être parce que le très impressionnant méchant de service, Apocalypse (convaincant Oscar Isaac), est un peu sacrifié par rapport au potentiel du personnage (qui est dans la b.d. le bad guy absolu) ? que les nécessités de la « réécriture » de la saga après les dérapages de la Fox pousse Singer à quelques facilités scénaristiques (l’évasion de la base de Stryker, mini-remake de X-Men 2) ? Ou encore, que les trois personnages principaux ont perdu leur effet de surprise par rapport aux deux précédents opus ? Tout cela en même temps, sans doute…. Cela n’empêche pas pour autant Singer de mêler un certain esprit ludique très influencé par les films de l’époque, et un sérieux implacable par ailleurs. Le cinéaste glisse quelques citations et private jokes plaisantes sur le cinéma des années 1980 : quelques images héritées des Aventuriers de l’Arche Perdue (l’éveil d’En Sabah Nur, le châtiment final), des références à John Hughes (la virée des ados en décapotable, la présence fugace d’Ally Sheedy, l’une des teen stars de Breakfast Club, ici en professeur de lycée du jeune Cyclope !), au Retour du Jedi (avec un taquet bien senti pour X-Men III), à l’esthétique dominante de l’époque (couleurs vives et pop, vestes en cuir à épaulettes à la Michael Jackson de rigueur !). Singer fait une nouvelle fois plaisir aux fans en ramenant l’hyperactif Vif-Argent joué par Evan Peters, dont les pouvoirs d’hypervitesse, déchaînés sur fond d’Eurythmics, permettent une scène de sauvetage surréaliste. Apocalypse semble sorti quant à lui d’un film fantastique un peu oublié de nos jours, qui a fait sans doute forte impression sur Singer : La Forteresse Noire (The Keep) de Michael Mann. Comme le monstrueux Molasar dans le film de Mann, Apocalypse se pose en Dieu de l’Ancien Testament, vengeur et dévastateur, punissant ses ennemis en les fusionnant dans la pierre – notons d’ailleurs qu’un certain Ian McKellen, vingt ans avant d’être le vieux Magnéto des X-Men de Singer, y jouait déjà un rescapé des camps de concentration… Parmi les bons points garantissant du film, on constatera que Singer soigne toujours les séquences liées justement à Magnéto incarné par Fassbender : une confrontation tragique en forêt, sans contestation la scène la plus touchante du film, et un passage démentiel où, guidé par Apocalypse, le mutant magnétique rase symboliquement le camp d’Auschwitz. Ceci avant qu’Apocalypse ne prive l’Humanité de ses armes de dissuasion, sur fond de Beethoven. Impressionnant, intense, et classe. 

    Ne boudons pas notre plaisir : s’il souffre peut-être d’un manque de surprise et de la lassitude ressentie vis-à-vis d’un genre surexploité, X-Men : Apocalypse s’avère un film de super-héros plus intéressant que les récentes « guerres civiles » orchestrées chez les concurrents. Et c’est de bon augure pour Singer qui va mettre ses Mutants en légère pause, le temps de s’attaquer à une nouvelle version de 20 000 Lieues sous les Mers, très prometteuse sur le papier.

 

Ludovic Fauchier.

 

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La fiche technique :

Réalisé par Bryan Singer ; scénario de Simon Kinberg, d’après la b.d. et les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby (Marvel Comics) ; produit par Simon Kinberg, Lauren Shuler Donner, Bryan Singer, Kathleen McGill et John Ottman (20th Century Fox Film / Marvel Entertainment / TSG Entertainment / Bad Hat Harry Productions / Donner’s Company / Kinberg Genre)

Musique : John Ottman ; photo : Newton Thomas Sigel ; montage : Michael Louis Hill et John Ottman

Direction artistique : Michele Laliberte ; décors : Grant Major ; costumes : Louise Mingenbach

Effets spéciaux de plateau : Steve Hamilton et Cameron Waldbauer ; effets spéciaux visuels : John Dykstra, Colin Strause, Greg Strause, Nicolas Chevallier , Nikos Kalaitzidis, Anders Langlands, Michael Maloney, Jonathan Piche-Delorme (Cinesite / Digital Domain /DDI / HydraulX / Legacy Effects /  MPC / MELS Studios / Prime Focus World / Rising Sun Pictures / Solid FX) ; cascades : James M. Churchman et Walter Garcia

Distribution : 20th Century Fox Film Corporation

Caméras : Red Epic Dragon

Durée : 2 heures 24

En bref… THE NICE GUYS

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THE NICE GUYS, de Shane Black

Los Angeles, 1977. Le suicide apparent d’une star du porno, Misty Mountains, est un fait divers comme un autre - pas de quoi émouvoir Jackson Healy (Russell Crowe). Gros bras de son métier, Jackson est celui que l’on engage - pour une somme ridicule - pour décourager les voyous, escrocs et autres minables reluqueurs de collégiennes ; Jackson débarque toujours chez eux pour les « persuader » de se tenir à carreau après un passage à l’hôpital. C’est ainsi que la jeune Amelia Kuttner (Margaret Qualley) l’engage pour terroriser un détective privé particulièrement incompétent, Holland March (Ryan Gosling). Celui-ci la suivait pour raisons professionnelles : Holland a été engagé par la tante de Misty, persuadée d’avoir vu sa défunte nièce bien vivante, deux jours après sa mort, et en cherchant des pistes, Holland a trouvé le nom de la jeune fille parmi les relations de la suicidée mystérieuse.

Jackson débarque donc chez Holland et lui casse le bras… Mais quand il réalise qu’Amelia a ensuite disparu, sans explications, Jackson demande à Holland de l’aider à retrouver sa commanditaire. Misty et Amelia, la fille de Judy Kuttner (Kim Basinger), influente figure politique locale, sont liées à une conspiration de très grande ampleur. La brute bourrue et le calamiteux détective vont mettre les pieds dans un sacré sac de nœuds, et les cadavres ne tarderont pas à pleuvoir… Enfin, pour se tirer d’affaire, ils pourront toujours compter sur le cerveau de leur fine équipe : la petite Holly (Angourie Rice), la fille ado de Holland !

 

The Nice Guys

Impressions :

     Ironie du sort… l’association Shane Black – Joel Silver, pour The Nice Guys, sonne aujourd’hui comme le retour aux affaires de deux vieux briscards old school qui ont fait les grandes heures du cinéma d’action des années 1980-90. Le premier, scénariste avant tout, avait offert au second, producteur qu’on ne présente plus, le pitch en or du plus emblématique des buddy moviesL’Arme Fatale, en 1987. Près de trente ans après des fortunes diverses, les deux hommes, forcément éclipsés dans la jungle hollywoodiennes par des rivaux et les effets de mode du moment (des productions Jerry Bruckheimer aux super-héros Marvel-Disney), signent un retour en force qui est aussi un retour en grâce pour le scénariste-réalisateur.

     On ne devrait pas oublier qu’avant d’être dépassé par Quentin Tarantino, Shane Black, influencé par les polars des seventies, avait imposé sa patte immédiatement sur des polars immédiatement reconnaissables : généralement, un duo de personnages mal assortis, losers-nés attendrissants et dépressifs tombant dans des sacs de nœuds bien saignants, s’en sortant passablement déglingués mais toujours prêts à sortir la punchline qui tue au bon moment. Avant que la franchise Arme Fatale soit détournée et ridiculisée par les exécutifs de Warner (un polar hard boiled qui céda la place à des séquelles de plus en plus parodiques), rappelons que Black aura aussi signé les scénarii de deux échecs devenus cultes : Le Dernier Samaritain de Tony Scott avec Bruce Willis, et Au Revoir à Jamais avec Samuel L. Jackson, et fait le script doctor chez John McTiernan (Predator et Last Action Hero), avant de disparaître des écrans radar. Jusqu’à la sortie de Kiss Kiss Bang Bang en 2005, filmé par ses soins, offrant un rôle en or à Robert Downey Jr. Black aura repris du service pour son ami en réalisateur à louer auteur d’un très estimable Iron Man 3, commande de Marvel traversée d’éclairs purement « shaneblackiens » (le faux Mandarin amateur de foot joué par Ben Kingsley, c’était une idée à lui !). Bonne nouvelle, avec The Nice Guys, Shane Black a retrouvé la patate, et renoue avec la verve de Kiss Kiss Bang Bang.

La formule ne change pas, mais elle est diablement efficace, servi par le maître du polar décalé, toujours prompt à balancer dans une intrigue de film noir seventies des gags et des dialogues aux petits oignons (« Enfin bon, personne n’a souffert. – Qu’est-ce que tu racontes ?! Plein de gens sont morts !! – Oui, bon… mais ils sont morts très vite. »). Pour que la balade fonctionne, il faut un duo de grand talent, et Black a trouvé deux vrais pros. Russell Crowe, plus ours mal léché que jamais, empâté dans une veste en cuir bleu, est le clown blanc de service, le cogneur au grand cœur complètement désarmé devant la candeur de la gamine de son nouveau copain, joué par Ryan Gosling. On a eu tendance à sous-estimer le talent de ce dernier suite à la hype de ses films chez Nicolas Winding Refn, mais il faut bien l’admettre : Gosling est ici parfait à contre-emploi, hilarant dans la défroque d’un privé de troisième zone, un gros pleutre irrésistible par sa naïveté bien peu compatible avec son métier. Les deux lascars, déboulant comme des chiens dans un jeu de quille à travers la faune du LA de l’époque, brillent par leur incompétence à mener une enquête (voir la scène de la party…) et forcent sans problème la sympathie du spectateur. La plume de Black, derrière les francs moments de rigolade, n’oublie pas de les rendre terriblement humains et faillibles, ces deux bozos au cœur d’artichaut qui tentent de retrouver leur dignité dans un univers corrompu à souhait. Servi par un duo idéal, The Nice Guys va vous réconcilier avec vos zygomatiques et vous servir un bon polar, on the rocks. Un grand merci à Shane Black, dont on attend désormais de voir comment il va relancer la franchise Predator, comme annoncé. Osera-t-il balancer de nouveau des vannes de cul, comme il le faisait dans le premier film ?

 

Ludovic Fauchier.

 

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La fiche technique :

Réalisé par Shane Black ; scénario de Shane Black et Anthony Bagarozzi ; produit par Joel Silver, Aaron Auch et Ethan Erwin (Silver Pictures / Misty Mountains / RatPac-Dune Entertainment / Waypoint Entertainment)

Musique : David Buckley et John Ottman ; photo : Philippe Rousselot ; montage : Joel Negron

Direction artistique : David Utley ; décors : Richard Bridgland ; costumes : Kym Barrett

Distribution USA : Warner Bros. Pictures / Distribution France : EuropaCorp. Distribution

Caméras : Arri Alexa XT

Durée : 1 heure 56

En bref… CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR

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CAPTAIN AMERICA : CIVIL WAR, d’Anthony & Joe Russo

Les évènements de Captain America : Le Soldat de l’Hiver ont confronté Steve Rogers (Chris Evans) à un ennemi inattendu : James « Bucky » Barnes (Sébastian Stan), son ami qu’il croyait mort durant la 2ème Guerre Mondiale. Bucky a survécu ; mais, prisonnier de l’organisation criminelle HYDRA, il a subi des lavages de cerveau incessants durant des décennies, qui ont fait de lui le Soldat de l’Hiver, le plus dangereux tueur au monde. Privé de tout libre arbitre, Bucky a commis des meurtres innombrables, pour ses maîtres. Mais le combat contre Steve a partiellement réveillé ses anciens souvenirs.

Depuis l’affrontement, Captain America mène ses collègues Avengers à la poursuite de Brock Rumlow « Crossbones » (Frank Grillo), ancien agent de l’HYDRA devenu mercenaire terroriste. Retrouvé à Lagos, au Nigeria, Rumlow affronte l’équipe de Cap ; vaincu, il tente de se suicider en se faisant sauter parmi la population. En utilisant ses pouvoirs télékinétiques pour protéger les civils, Wanda Maximoff, la Sorcière Rouge (Elizabeth Olsen), ne peut empêcher le pire. Des citoyens bénévoles du Wakanda, un petit Etat africain, sont tués. C’est une crise politique sans précédent qui s’abat sur les Avengers, obligés de rendre des comptes devant les Nations Unies pour leurs actions. Sur l’insistance du Secrétaire d’Etat à la Défense Thaddeus Ross (William Hurt), les héros devront signer les Accords de Sokovie, restreignant leur liberté d’action au bon vouloir des dirigeants américains et de l’ONU. L’équipe a des opinions divisées à ce sujet : si Tony Stark / Iron Man (Robert Downey Jr.) soutient le projet, ralliant Natacha Romanov / Black Widow (Scarlett Johansson), James Rhodes / War Machine (Don Cheadle) et l’androïde Vision (Paul Bettany) à son point de vue, Steve et Sam Wilson / Faucon (Anthony Mackie) s’y opposent, voyant là une atteinte aux libertés individuelles et refusent donc de signer les Accords. La situation empire quand, le jour de la signature, le Roi du Wakanda T’Chaka (John Kani) est tué dans un attentat apparemment déclenché par Bucky. Le fils de T’Chaka, le Prince T’Challa (Chadwick Boseman), jure de tuer l’assassin de son père. Steve et Sam, eux, tentent de retrouver Bucky pour le ramener à la raison. Dans l’ombre, un certain Colonel Zemo (Daniel Brühl) manipule les héros pour les monter les uns contre les autres, pour sa propre vengeance. Entre Tony Stark et Steve Rogers, la dispute va atteindre un point de non-retour…

 

Captain America Civil War

Impressions :

Comme une impression de déjà vu chez les super-héros… Alors que les concurrents D.C. et Warner viennent juste de lancer un Batman V. Superman estampillé Zack Snyder qui divise plus qu’autre chose, Marvel et Disney répliquent avec ce troisième volet de Captain America opposant le Super-Soldat à la star de l’univers partagé des Avengers, son compagnon d’armes Iron Man. Pas vraiment de coïncidence, mais on voit que les super-héros « démocratiques » ont du souci à se faire en invitant dans leurs films un confrère milliardaire plus « vendeur » au box-office… La franchise Captain America n’est pourtant pas dénuée de qualités en elle-même ; un premier volet hypersympathique avec son ambiance « pulp/serial/2ème Guerre Mondiale » à la Indiana Jones, et un second volet situé quelque part entre Les 3 Jours du Condor, Un Crime dans la Tête et la saga Jason Bourne, qui voyait la Légende Vivante critiquer la dérive totalitaire-sécuritaire de l’Amérique. Les frères Russo, auteurs de ce Captain America : Le Soldat de l’Hiver, rempilent donc ici pour un Civil War continuant la saga du héros, tout en se pliant aux impératifs de l’univers partagé Marvel. Une mission pas si simple que cela à remplir, Civil War version comics ayant été l’un des crossovers les plus audacieux jamais sortis chez Marvel ces dernières années. Ses auteurs, Mark Millar et Steve McNiven, avaient osé et réussi un ouvrage politique ; opposant des super-héros par dizaines entre les camps d’Iron Man et de Captain America (ils sont presque tous là, une bonne centaine, diversement impliqués : Wolverine, les 4 Fantastiques, Luke Cage, Daredevil, le Punisher, les X-Men, Deadpool, etc. plus quelques super-vilains recrutés de force), divisés sur des questions faisant écho aux excès sécuritaires de l’ère Bush (le Patriot Act, Guantanamo…), Civil War proposait un peu plus que des affrontements dantesques entre surhommes bigarrés. Chacun des deux camps avait des arguments à faire valoir sur un point crucial : faut-il sacrifier sa liberté personnelle au profit de la sécurité collective, au risque de laisser les mains libres à un Etat totalitaire, ou lutter pour préserver celle-ci au détriment des vies civiles (je ramasse les copies dans une heure) ? Malheureusement, le film des frères Russo, s’inspirant très librement du comics, reste limité par ses obligations de divertissement familial, botte en touche et préfère l’option « fan service » aux confrontations plus éthiques.

Une belle occasion manquée, encore que le film soit par ailleurs assez plaisant, mais toujours victime de la surenchère propre au genre. Cap cherche toujours à sauver/racheter son vieux copain Bucky, mais dans le même temps, une demi-douzaine d’arcs narratifs s’accumulent, pour le bonheur des fans et la perplexité des spectateurs moins impliqués : Tony Stark gère mal le deuil de ses parents (sa mère s’appellerait-elle Martha ?), la Vision et la Sorcière Rouge entament une romance, Cap a une liaison avec l’Agent 13 Sharon Carter (descendante de son défunt grand amour), un certain Zemo réclame vengeance, la Panthère Noire fait son apparition (plutôt réussie ma foi), Spider-Man est recruté (il a désormais le visage du jeunot Tom Holland, vivant avec une Tante May terriblement MILF, la toujours charmante Marisa Tomei !), Ant-Man vient dérider le public avec quelques vannes sur Pinocchio, d’autres Super-Soldats existent, Black Widow a un dilemme, Hawkeye sort de sa retraite, War Machine paie les pots cassés, Martin « Bilbo » Freeman vient jouer les guest stars… Ouf, cela fait quand même beaucoup pour un film assez long (Thor et Hulk ont un mot d’excuse, partis faire la tournée des tavernes en Asgard), plaisant mais déséquilibré (et trop LONG !!). Et qui, après des prémices prometteurs (la question de la responsabilité des super-héros dans les destructions massives est tout de même abordée), n’ose pas aller trop loin dans l’opposition Iron Man / Captain America. La conclusion de leur affrontement, qui cherche visiblement à ménager le grand public en attendant les suites d’Avengers déjà en préparation, déçoit. Reste toutefois quelques bons points, dus essentiellement au charisme tranquille de Chris Evans, et au numéro familier de Robert Downey Jr., ainsi que de jolies trouvailles dans les scènes d’action qui viennent pimenter le style visuel assez lisse du film. Notamment une homérique fuite de Bucky et Cap, qui démarre d’une cage d’escalier grouillant de SWATS armés jusqu’aux dents jusqu’à une poursuite routière à laquelle se mêlent la Panthère Noire et le Faucon ; et cet affrontement final des héros dans l’aéroport, offrant quelques grands moments dignes des meilleures b.d. Marvel (Ant-Man passant en mode Giant-Man !!). Reste que ces acrobaties sont bien sages par rapport à la charge politique féroce dont le film prétendait s’inspirer.

Un constat, au fait, avec l’inévitable comparaison avec le dernier opus de la Distinguée Concurrence : vaut-il mieux une adaptation « sérieuse », premier degré, adulte, aux partis pris qui risquent de ne pas plaire à tous, ou un film « disneyien » diluant son propos dans l’humour et la neutralité du style ? Les chiffres du box-office ont donné raison à la seconde option, ce qui est assez inquiétant pour l’évolution du genre super-héroïque à l’écran. Aussi plaisant et distrayant soit-il, Captain America : Civil War témoigne de la routine décidée par la maison Disney. En attendant des adaptations imminentes et, on l’espère, plus ambitieuses des studios concurrents (prochain sur la liste : X-Men Apocalypse du généralement très bon Bryan Singer), on jugera sur pièces les futurs films de l’univers partagé Marvel : Docteur Strange, Thor : Ragnarok, Captain Marvel, Black Panther, Avengers : Infinity War, les futurs Spider-Man et encore d’autres… jusqu’à ce que la coupe soit pleine ?

Ludovic Fauchier.

 

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La fiche technique :

Réalisé par Anthony & Joe Russo ; scénario de Christopher Markus & Stephen McFeely, d’après les personnages créés par Stan Lee, Joe Simon, Jack Kirby, Steve Ditko, Roy Thomas, etc. et la b.d. « Civil War » créée par Mark Millar & Steve McNiven (Marvel Comics) ; produit par Kevin Feige, Mitchell Bell, Ari Costa, Christoph Fisser, Henning Molfenter, Trinh Tran, Lars P. Winther et Charlie Woebcken (Marvel Entertainment / Marvel Studios / Studios Babelsberg)

Musique : Henry Jackman ; photo : Trent Opaloch ; montage : Jeffrey Ford et Matthew Schmidt

Direction artistique : Greg Berry ; décors : Owen Paterson ; costumes : Judianna Makovsky

Effets spéciaux de plateau : Carlo Perez et Daniel Sudick ; effets spéciaux visuels : Alexandro Cioffi, Vincent Cirelli,  Trent Claus, Dan Deleeuw, Russell Earl, Florian Gellinger, Ray Giarratana, Jamie Hallett, Tim LeDoux, Greg Steele (ILM / Animal Logic / Base FX / Cantina Creative / Capital T / Cinesite / DDI / Double Negative / Exceptional Minds / Image Engine Design / Legacy Effects / Lola Pictures / Luma Pictures / Method Studios / Plowman Craven & Associates / Prime Focus World / RISE Visual Effects Studios / Sarofsky /  Stereo D / The Third Floor / Trixter Films / Virtuos) ; cascades : Doug Coleman, Mickey Giacomazzi, Florian Hotz et Spiro Razatos

Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures

Caméras : Red Epic Dragon, Arri Alexa 65 et XT Plus

Durée : 2 heures 27

En bref… KUNG FU PANDA 3

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KUNG FU PANDA 3, de Jennifer Yuh Nelson et Alessandro Carloni

Po, le bon gros Panda (la voix de Jack Black), coule de nouveau des jours heureux après avoir appris le secret de ses origines. Mais ces jours de paix ne vont pas durer. Au Royaume des Esprits, le vénérable Maître Oogway (Randall Duk Kim) est vaincu par le Général Kai (J.K. Simmons). Ancien ami d’Oogway, Kai, banni du monde des vivants par ce dernier, a passé cinq siècles à mûrir sa vengeance, et absorbe le Chi, l’énergie psychique et vitale de la géniale tortue, gagnant suffisamment de puissance pour revenir parmi les vivants.

Po se voit confronté de son côté à un nouveau défi : son mentor, Shifu (Dustin Hoffman), décide de prendre sa retraite, et le désigne comme son successeur auprès de ses amis, les Cinq Cyclones. Po est si mauvais professeur que Tigresse (Angelina Jolie), Singe (Jackie Chan), Vipère (Lucy Liu), Mante (Seth Rogen) et Grue (David Cross) finissent couverts de plaies et bosses… Po ne sait pas maîtriser le Chi, condition indispensable pour devenir un vrai maître du kung fu. De retour chez son père adoptif, l’oie Ping (James Hong), Po a la surprise de rencontrer un vieux panda : Li Shan (Bryan Cranston), son vrai père ! L’occasion est trop belle pour Po de se réconcilier avec ce dernier, aussi gaffeur et glouton que lui, mais le temps presse. Kai vainc un à un les maîtres du kung fu, vole leur Chi, en fait des zombies de jade (ou « jombies ») soumis à sa volonté, et se rapproche de la vallée, prêt à vaincre le Guerrier Dragon. Précisément au moment où Po s’en va pour suivre son père dans le village caché des pandas, qui jadis maîtrisèrent les secrets du Chi…

 

Kung Fu Panda 3

Impressions :

On avait un peu perdu de vue Po et ses petits camarades, depuis un Kung Fu Panda 2 de très haute tenue sorti en 2011. Les récents déboires financiers du studio DreamWorks Animation, ayant conduit à une vague massive de licenciements, expliquent probablement la raison du retard à la conception de ce troisième volet, qui n’a pas à rougir de la comparaison avec les deux précédents films. Rien de bien surprenant à cela, puisque c’est pratiquement la même équipe qui reste en poste d’un film à l’autre, suivant l’évolution héroïque du panda glouton. Le production design est toujours sublime (les concepteurs se permettent d’ajouter de petits détails bienvenus, comme la nouvelle tunique de Tigresse, assez sexy ma foi), la qualité de l’animation permet de créer des scènes d’arts martiaux burlesques complètement déchaînées, et l’humour toujours présent. Aucune raison, donc, de bouder son plaisir d’aller voir le film en famille pour voir le plantigrade joufflu faire un nouvel apprentissage sur la voie du Guerrier Dragon… même s’il faut bien reconnaître que la série joue sur des acquis gagnés d’avance, ce troisième opus ne pouvant quand même surpasser les scènes d’action démentielles du film précédent. Kung Fu Panda 3 complète tranquillement la continuité de la série, osant quand même quelques séquences dans le Monde des Esprits joliment barrées. Le reste utilise les recettes sagement éprouvées de la série, reposant sur le potentiel sympathie intact de ses personnages détournant les clichés du film d’arts martiaux. 

Ludovic Fauchier.

 

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Ci-dessus : Hans Zimmer remanie le fameux « Kung Fu Fighting » emblématique de la série. Et en chinois, s’il vous plaît !

 

La fiche technique :

Réalisé par Jennifer Yuh Nelson et Alessandro Carloni ; scénario de Jonathan Aibel et Glenn Berger ; produit par Melissa Cobb, Jonathan Aibel, Glenn Berger et Jeff Hermann ; producteurs exécutifs : Guillermo Del Toro et Mike Mitchell (DreamWorks Animation / China Film Co. / Oriental DreamWorks)

Musique : Hans Zimmer ; montage : Clare De Chenu

Direction artistique : Max Boas ; décors : Raymond Zibach

Supervision de l’animation : Willy Harber

Distribution : 20th Century Fox

Durée : 1 heure 35

En bref… TRIPLE 9

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TRIPLE 9, de John Hillcoat

Atlanta, capitale de l’Etat de Géorgie. Dans le quartier des affaires de la ville, un gang de braqueurs lourdement armé et masqué dévalise une banque, pour s’emparer d’un butin particulier : des preuves concernant un mafioso russe emprisonné. Le braquage manque de tourner au désastre quand l’un des assaillants, Gabe Welch (Aaron Paul), s’empare de billets marqués ; cependant, les braqueurs réussissent in extremis à s’échapper. Michael Atwood (Chiwetel Ejiofor) est le cerveau du groupe, chargé de récupérer l’argent promis par leur commanditaire. Les autres hommes, outre Gabe, sont son frère Russell (Norman Reedus), Marcus Belmont (Anthony Mackie) et Franco Rodriguez (Clifton Collins Jr.). Marcus et Franco sont policiers, de la Brigade des Homicides d’Atlanta… Lorsque Michael remet le butin à sa commanditaire et belle-soeur, Irina Vlaslov (Kate Winslet), celle-ci retarde le paiement et lui propose un nouveau coup, encore plus dangereux, pour récupérer des données qui libèreraient son mari, mafieux emprisonné en Sibérie. Michael refuse ; mais quand Russell est enlevé, torturé et rendu mourant à ses complices, il n’a plus le choix.

Au commissariat, Marcus fait équipe avec un nouveau collègue, Chris Allen (Casey Affleck). Respectueux des règles et déterminé, Chris arrête Luis Pinto (Luis Da Silva), un « lieutenant » de la Mara Salvatrucha, organisation criminelle mexicaine aux méthodes ultra-violentes. Chris, au courant du braquage, s’intéresse à l’identité des braqueurs, et, conseillé par son oncle Jeffrey (Woody Harrelson), un ancien du Grand Banditisme, commence à avoir des soupçons sur ce gang si bien organisé. Si Marcus et Chris deviennent amis, le premier doit faire face à un cas de conscience : pour couvrir leur nouveau braquage imminent, les officiers ripoux envisagent de créer un « Triple 9″ – le code d’urgence pour signaler un officier abattu…

 

Triple 9

Impressions :

On commence à connaître l’univers de John Hillcoat. Cet ancien artiste du vidéoclip, australien de naissance, a fourni une filmographie brève mais conséquente. Au vu de ses principaux titres – The Proposition, La Route et Lawless (Des Hommes sans loi) – et des sujets abordés, on voit que le bonhomme n’est pas du genre à brosser le public dans le sens du poil. Ses films baignent dans la culture western, s’articulent autour de thèmes classiques (les liens de la famille, les codes d’honneur « virils ») et montrent la violence pour ce qu’elle est : une chose sale et abjecte. Triple 9, qui s’aventure du côté du polar à la Michael Mann (impossible de ne pas penser à Heat, la référence absolue), ne déroge pas à ces principes de mise en scène qui font du cinéaste australien un héritier lointain d’un Sam Peckinpah. Rien à redire à cela, Triple 9 respecte la filiation et nous offre un polar rentre-dans-le-lard à souhait. Les personnages sont croqués en quelques scènes, carrés, entiers, les conflits gérés sans temps morts.

Le cinéaste transpose à l’écran sans difficultés les aspects les moins glamour de la ville d’Atlanta, et ses quartiers abandonnés à la criminalité galopante. Quand John Hillcoat montre la violence, il ne la glorifie jamais. Les horreurs commises par la mafia russe et la Mara Salvatrucha sont traitées sur le même pied d’égalité, montrées crûment et frontalement au spectateur, tout comme les dégâts collatéraux des braquages de banque (voir ce pauvre vigile qui finit avec un pied en charpie…). Vous êtes prévenus : ce film n’est pas pour les buveurs de lait tiède. Côté casting, rien à redire ; les acteurs se sont impliqués en professionnels dans leurs rôles. Peut-être que certains dilemmes auraient mérité d’être un peu plus fouillés pour que le film devienne un vrai classique. Néanmoins, les comédiens assurent. Mention spéciale aux rôles secondaires de choc : Woody Harrelson, qui ne se débarrasse jamais de son accent sudiste traînant, en vétéran témoin désabusé du chaos ambiant, toujours une bière ou un pétard à la main, et surtout une Kate Winslet qu’on imaginait pas voir en mafieuse russe. L’actrice anglaise a pris un malin plaisir à incarner une garce absolue. Choucroutée, péroxydée, trimballant une garde-robe bling qui la fait ressembler à une voiture volée, elle écrase en quelques répliques cinglantes ses partenaires masculins. Rien que pour la voir déambuler en Reine Rouge au milieu de ce cauchemar urbain, le film vaut le coup d’œil.

Ludovic Fauchier.

 

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Ci-dessus : rien à voir avec le film, mais ce machinima du jeu vidéo Red Dead Redemption intitulé The Man from Blackwater a été réalisé par John Hillcoat. La preuve par l’image que cet homme-là aime les westerns !

 

La fiche technique :

Réalisé par John Hillcoat ; scénario de Matt Cook ; produit par Marc Butan, Bard Dorros, John Hillcoat, Anthony Katagas, Keith Redmon, Christopher Woodrow, Matt Cook, Meryl Emmerton, Jonathan Pavesi et Adriana Randall (Anonymous Content / MadRiver Pictures / Worldview Entertainment)

Musique : Atticus Ross, Bobby Krlic, Leopold Ross et Claudia Sarne ; photo : Nicolas Karakatsanis ; montage : Dylan Tichenor

Décors : Tim Grimes ; costumes : Margot Wilson

Distribution USA : Open Road Films / Distribution France : Mars Films

Caméras : Arri Alexa XT

Durée : 1 heure 55

En bref… BATMAN Vs. SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE

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BATMAN Vs. SUPERMAN : L’AUBE DE LA JUSTICE, de Zack Snyder

L’Humanité connaît désormais l’existence de Superman, alias Kal-El (Henry Cavill), dernier survivant de la planète Krypton, recueilli et élevé sur Terre sous le nom de Clark Kent. Superman a sauvé la Terre de l’anéantissement prévu par le Général Zod (Michael Shannon), un guerrier kryptonien renégat. Si Zod est mort, l’affrontement dans Metropolis a fait de graves dégâts. Aux yeux de Bruce Wayne (Ben Affleck), l’industriel homme d’affaires qui a vu jadis mourir ses parents, l’Homme d’Acier est responsable de ces destructions qui ont coûté des vies humaines.

18 mois après la bataille, Superman continue de diviser l’opinion publique. S’il sauve la vie de la journaliste Lois Lane (Amy Adams) de mercenaires en Afrique, il ne réalise pas que certains d’entre eux se sont ensuite vengés sur les populations locales. Une commission d’enquête, menée par la sénatrice Finch (Holly Hunter), se prépare à le questionner sur ses actes. La même sénatrice a maille à partir avec l’ambitieux Lex Luthor (Jesse Eisenberg), richissime PDG d’un empire industriel qui cherche, en accord avec l’Armée, à s’approprier la technologie kryptonienne pour en faire une arme de dissuasion contre Superman. Pour ce faire, Luthor est prêt à tout pour s’emparer des restes du vaisseau de Zod, du corps de ce dernier, et des fragments de kryptonite issue de la planète natale de Superman. Pendant ce temps, sous son identité civile de Clark Kent, journaliste, collègue et compagnon de Lois, Superman s’intéresse de près aux agissements du mystérieux justicier vigilante de Gotham City : Batman. Lequel n’est autre que Bruce Wayne, ayant voué sa vie à combattre le crime, aidé par son fidèle Alfred (Jeremy Irons). Poussé par la colère, Batman commet des actions de plus en plus violentes contre des truands, le menant sur la piste du « White Portuguese », qui serait lié à Luthor. Hanté par des cauchemars des plus intenses, Bruce se persuade que Superman, libre de tout contrôle, est une menace inéluctable pour toute la planète. La suspicion entre lui et Clark va les mener à l’affrontement, les deux justiciers étant manipulés par Luthor. La situation va encore se compliquer avec l’entrée en jeu d’une mystérieuse antiquaire, Diana Prince (Gal Gadot), à la recherche d’un dossier détenu par Luthor. Un dossier qui la concerne, ainsi que d’autres êtres incroyables…

 

Batman V. Superman - L'Aube de la Justice

Impressions :

Dans le ring, à ma gauche, le père de tous les super-héros, avec (sauf erreur de ma part) six longs-métrages, trois séries télévisées, deux serials, des séries animées à la pelle : le Man of Steel, le Dernier Fils de Krypton… Supermaaaaan !! Et son challenger, à ma droite, avec (là encore, sauf erreur de ma part), huit longs-métrages, une série télévisée, deux serials, et un paquet de séries animées : le Dark Knight, le Plus Grand Détective du Monde… Batmaaaan !! Ah, mais attendez, on me signale qu’un troisième concurrent va faire son apparition, l’Amazone Invincible… Wonder Womaaaan !!! (C’est la justicière / interplanétaaaire… oups, retour d’acide des seventies…)

Bon, un peu de sérieux. Cela devait finir par arriver, en ces temps où les super-héros règnent en maîtres sur le box-office (jusqu’à la saturation et l’overdose imminente), le choc entre les deux poids lourds de l’univers de DC Comics était annoncé depuis longtemps. Petit rappel des faits : après le désastre de Batman & Robin en 1997, ayant entraîné l’arrêt de la production du Superman Lives de Tim Burton l’année suivante, les cadres de la Warner Bros. (studio détenteur des droits d’adaptation des comics Batman et Superman) hésitèrent à relancer les superproductions des super-héros maison. Avant que Christopher Nolan ne décrasse le monde du Dark Knight en 2005 avec Batman Begins, l’idée d’un choc au sommet Batman Vs. Superman fut longtemps envisagée, au point que l’allemand Wolfgang Petersen plancha sur le film au début des années 2000. Le studio hésita, jugeant le projet trop cher, trop aléatoire (Avengers n’est pas encore passé par là pour convaincre les chefs de studio de la crédibilité d’un univers partagé), et laissa tomber l’affaire, se concentrant sur le succès de la trilogie de Nolan. Les spectateurs de Je suis une Légende, une production Warner de 2007, remarquèrent bien pourtant la présence d’une affiche familière sur un cinéma désert, dans le film avec Will Smith. L’idée de l’univers partagé titillait certes les équipes en place chez Warner/DC, sans aboutir. Plutôt tatillons, les cadres de Warner mirent fin prématurément à l’idée d’un film Justice League réalisé par George Miller rassemblant Batman, Superman et leurs petits camarades. Explication probable : le coût prohibitif là encore, plus le fait que les héros maison soient incarnés par des acteurs différents (pas de Christian Bale en Batou, par exemple). Dommage pour Miller. Monsieur Mad Max aux commandes d’un projet pareil aurait sans doute livré un des meilleurs films du genre (il en resta des traces dans Fury Road, l’espace de quelques scènes ou Megan Gale, la Wonder Woman pressentie par Miller, incarnait une guerrière proche de celle-ci). L’inflation du genre a finalement eu raison tardivement des réticences du studio. Les recettes faramineuses des films Avengers ont enfin décidé la Distinguée Concurrence à rattraper son retard. Outre l’affrontement longtemps fantasmé entre les deux figures de proue du genre, ce Batman Vs. Superman : L’Aube de la Justice orchestré par Zack Snyder ferait le lien entre le Man of Steel de ce dernier, et les futurs films estampillés Justice League que le studio produira dans les quatre ans à venir. Un pari difficile à tenir pour le réalisateur de 300, compte tenu de l’accueil mitigé réservé à Man of Steel – un succès, certes, mais pas le carton annoncé. L’imagerie positive liée à Superman, héros solaire par excellence, était contredite par un ton tourmenté et des destructions massives assez répétitives. 

Quoi qu’il en soit, le grand cross-over réalisé par Snyder entre les deux mastodontes prend un sacré risque, à sa façon. Le réalisateur ne change pas son approche « dark » et sérieuse, un pari contredisant les productions Disney/Marvel, qui se complaisent ces derniers temps dans les vannes faciles et le popcorn ; complexe, tortueux dans sa première partie (perdant même les spectateurs dans des expositions et des complots interminables), le film de Snyder sait aussi se faire généreux et tendu quand les principaux protagonistes viennent enfin à s’opposer. Trop généreux, même… Snyder aurait sans doute du revoir son script, fourmillant d’idées et de concepts intéressants, mais déséquilibrés. Le film questionne enfin la question de la responsabilité des actions des super-héros (la scène d’ouverture, s’inspirant parfois au plan près des images chocs de La Guerre des Mondes de Spielberg, prend compte cette fois du coût humain des destructions vues dans Man of Steel, en les traitant du point de vue de Bruce Wayne). Entre un Superman qui, certes, a une notion aiguë du Bien mais ne rend de comptes à personne (et a donc la tentation de devenir un Dieu omnipotent et arbitraire), et un Batman qui se salit les mains en se confrontant brutalement à ce qui se fait de pire parmi l’espèce humaine (au risque de sombrer dans la violence et la psychopathie), il y a deux notions opposées de la Justice qui s’affrontent. Ceci menant à des explications forcément musclées, avant l’inévitable rabibochage des deux héros - figure imposée, ou poncif, du genre où les deux adversaires se rendent compte qu’ils feront face à la même menace et feront équipe pour le bien de l’Humanité. Ici, par la magie d’une astuce scénaristique assez simple, le prénom de la maman des deux surhommes étant le même…

Difficile d’être totalement emballé par ce film qui est déséquilibré par une durée bâtarde de deux heures et demie, et revendique un esprit de sérieux parfois pesant. Pourtant, reconnaissons aussi à Snyder d’oser prendre des risques dans un genre bien trop formaté par le système des studios ; là où la concurrence se complaît ces derniers temps dans le second degré agaçant, Snyder assume la noirceur du récit, souvent très proche de sa version de Watchmen (Batman punissant les criminels est à peine moins violent que Rorschach, et Superman, déphasé du reste de l’Humanité, évoque ici le Docteur Manhattan) ; il compose des plans superbes, revendique l’inspiration chez des modèles souvent disparates (La Guerre des Mondes de Spielberg, donc, mais aussi Mad Max, via une séquence de rêve post-apocalyptique, ou des références cachées à Excalibur de John Boorman et aux Sept Samouraïs de Kurosawa) et, quand vient l’heure des affrontements surhumains, ne mégote pas sur les images épiques. A ce titre, l’apparition d’une Wonder Woman en mode « fureur spartiate » reste le grand moment badass du film. Côté casting, c’est à l’image du film : bien, mais inégal. Henry Cavill reste dans le stoïcisme de Man of Steel ; Ben Affleck, critiqué au moment du casting par des fanboys traumatisés par son incarnation ratée de Daredevil est ici un Batman crédible, bon successeur de Christian Bale ; Gal Gadot assure en Wonder Woman. Par contre, de grands acteurs sont un peu sacrifiés (Jeremy Irons en Alfred, notamment), et Jesse Eisenberg en Lex Luthor juvénile sociopathe caricature son rôle dans The Social Network. Côté direction artistique, rien à redire, c’est du bon travail, et à la musique, Hans Zimmer et son comparse Junkie XL (Mad Max Fury Road !!) délivrent un score déchaîné à souhait.

Verdict final : ce Batman Vs. Superman divise, à juste titre. Zack Snyder sait offrir des instants fulgurants propres à emballer les amoureux du genre, mais c’est au détriment d’un scénario mal équilibré, incroyablement confus dans son premier acte. Dommage ? Le film paie sans doute aussi pour la lassitude d’un genre devenant envahissant et répétitif. Tandis que la concurrence fourbit ses armes (Captain America : Civil War et X-Men Apocalypse sont dans les starting-blocks), la team DC/Warner pourrait provoquer une surprise de taille avec un Suicide Squad que l’on espère audacieux et subversif. Reste donc à voir si l’évolution du genre vers un mode plus adulte entrepris par Snyder (qui va rempiler avec les films Justice League) va réellement faire sortir le genre des ornières qui le guettent.

 

Ludovic Fauchier.

 

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Ci-dessus : entre 300 et Mad Max Fury Road, la musique démente conçue par les duettistes Hans Zimmer – Junkie XL justifie à elle seule l’achat du billet !

 

La fiche technique :

Réalisé par Zack Snyder ; scénario de Chris Terrio & David S.Goyer, d’après les personnages créés par Bob Kane & Bill Finger (Batman), Joe Shuster & Jerry Siegel (Superman), William Moulton Marston (Wonder Woman) pour DC Comics ; produit par Charles Roven, Deborah Snyder, Curt Kanemoto, Jim Rowe, Gregor Wilson et Bruce Moriarty (Warner Bros. / DC Comics / DC Entertainment / Atlas Entertainment / Ratpac Entertainment) 

Musique : Hans Zimmer et Junkie XL ; photo : Larry Fong ; montage : David Brenner

Direction artistique : Troy Sizemore ; décors : Patrick Tatopoulos ; costumes : Michael Wilkinson

Effets spéciaux de plateau : Joel Whist ; effets spéciaux visuels : John « D.J. » Des Jardin, Bryan Godwin, Dinesh K. Bishnoi, Harimander Singh Khalsa, Joe Letteri, Keith Miller, Harry Mukhopadyay, Guillaume Rocheron (Weta Digital / 4D MAX / Double Negative / Gener8 3D / MPC / Perception / Scanline VFX / Shade VFX / Tyrell FX & Rentals) ; cascades : Damon Caro et Isaac Harmon

Caméras : Arri Alexa, Arriflex 416 et 435, Canon EOS 5D, GoPro HD Hero 4, IMAX MKIII et MSM 9802, Panavision Panaflex Millennium XL2 et System 65 Studio

Distribution : Warner Bros.

Durée : 2 heures 31

Aux disparus de l’hiver 2016…

Bonjour, chers amis neurotypiques ! Une nouvelle fois, la fichue Grande Faucheuse s’est montrée bien active ces trois derniers mois. L’occasion de revenir rapidement sur les carrières quelques grandes figures qui ont marqué à leur façon le 7ème Art.

Malheureusement, certains noms sont absents de cette rubrique… Ce n’est pas par manque d’intérêt que je ne parle pas ici de Michel Galabru, d’Ettore Scola, Andrzej Zulawski… Seulement voilà, je ne pense pas pouvoir rendre hommage au premier, faute d’avoir vu les bons titres de sa filmographie (voilà ce qui arrive quand la télé vous fait subir Le Gendarme de Saint-Tropez plutôt que découvrir Le Juge et l’Assassin…). Quant à Ettore Scola, je n’ai malheureusement jamais vu aucun film de ce très grand maître du cinéma italien (domaine que je maîtrise moins bien que son homologue américain, hélas). Même raison pour Zulawski, le réalisateur de L’important c’est d’aimer ou Possession… J’aurai pu mentionner aussi de grands écrivains récemment disparus, dont les romans ont inspiré quelques grands classiques de l’écran – l’italien Umberto Eco, l’homme du Nom de la Rose, ou l’américaine Harper Lee dont Ne Tuez pas l’Oiseau Moqueur devint Du Silence et des Ombres (To Kill a Mockingbird)… Désolé, donc, si ces noms manquent ici à l’appel.

L.F.

 

Aux héros oubliés 2016... Ken Adam

Ken Adam nous a quittés le 10 mars 2016. Si vous ne connaissez pas le nom de cet immense architecte décorateur, son travail, lui, vous est certainement familier. Les repères des supervilains des James Bond de la grande époque Sean Connery-Roger Moore, la salle de guerre de Docteur Folamour, les immenses salons 18ème Siècle de Barry Lyndon, les manoirs du Limier ou de La Famille Addams, pour ne citer que ceux-là, tous ces décors extraordinaires sont sortis des tables à dessin de Ken Adam. Dans une profession généralement discrète, Ken Adam a pu se targuer d’être un des décorateurs les plus remarqués, l’un des rares dont le seul nom pouvait garantir à lui tout seul un gage de qualité.

Né Klaus Hugo Adam à Berlin le 5 février 1921, fils d’une logeuse et d’un ancien officier de cavalerie prussien reconverti dans la mode, le jeune homme dut quitter l’Allemagne en 1934, suite à deux catastrophes – la ruine du commerce paternel, et  l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Les Adam étant juifs, on comprend leur empressement involontaire à quitter leur terre natale, direction l’Angleterre, où le jeune homme étudiera notamment à l’Ecole Bartlett d’Architecture. A l’entrée du pays en guerre contre l’Allemagne, Ken Adam rejoignit le Pioneer Corps, et apprendra à concevoir des abris anti-bombardements (ce qui ne manque pas de sel prophétique, quand, vingt ans plus tard environ, Stanley Kubrick lui demandera de créer le plus célèbre décor d’abri souterrain de l’histoire du Cinéma !). Il rejoignit ensuite la RAF, avec le grade de lieutenant, pilotant des chasseurs-bombardiers Hawker Typhoon durant de dangereuses missions, notamment à la Bataille de Falaise, en Normandie.

 

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Ci-dessus : les méchants de James Bond ont toujours les repères les plus classes. Démonstration : quand Goldfinger (Gert Fröbe) dévoile ses plans, c’est l’occasion pour Ken Adam de concevoir un décor plein de surprises !

 

La guerre finie, son diplôme sous le bras, Adam commencera sa carrière dans l’industrie cinématographique anglaise, comme simple dessinateur sur le film de Tim Whelan, This Was a Woman en 1948. Début d’une décennie vouée au travail sur les décors de productions de plus en plus prestigieuses, Adam passant aussi par Hollywood comme assistant décorateur sur des classiques de la période « Dernière Séance », comme Captain Horatio Hornblower (Capitaine Sans Peur, 1951) de Raoul Walsh avec Gregory Peck, ou Le Corsaire Rouge (1952) de Robert Siodmak avec Burt Lancaster. Il prit du galon avec Le Tour du Monde en 80 Jours (1956), luxueuse adaptation du roman de Jules Verne par Michael Anderson pour lequel il fut directeur artistique et (non crédité) chef décorateur. A ce poste, Adam va enchaîner les collaborations de qualité ; il signera par exemple les décors du terrifiant Night of the Demon (Rendez-vous avec la Peur, 1957), chef-d’oeuvre de trouille surnaturelle de Jacques Tourneur, travaillera sans être crédité sur les décors du mythique Ben-Hur de William Wyler (1959) ou du péplum déviant de Robert Aldrich, Sodome et Gomorrhe en 1962. 1962, l’année qui sera le début de son célèbre travail sur l’univers de l’agent secret 007, avec Dr. No de Terence Young, pour qui il conçoit les premiers décors marquants de l’univers de James Bond : salles de jeux luxueuses, intérieurs cossus du MI-6, et le repère secret du supervilain, défendu par un tank-dragon lanceur de flammes ! S’il ne fut pas en poste pour tous les James Bond suivants, Adam fut cependant l’architecte génial oeuvrant sur les décors marquants de la saga, sur sept films. On n’oubliera pas la table de torture au laser, Fort Knox et la salle de billard transformée en maquette géante pour les besoins de Goldfinger ; le yacht-forteresse blindée de Largo pour Opération Tonnerre ; la base secrète cachée dans le cratère du volcan d’On ne vit que deux fois ; l’hôtel-casino et la plateforme pétrolière armée des Diamants sont Eternels ; le supertanker engloutissant les sous-marins et la base sous-marine de L’Espion qui m’aimait, ou la station spatiale de Moonraker… sans oublier les emblématiques voitures pilotées par Sean Connery et Roger Moore, l’Aston Martin et la Lotus Esprit fournies en gadgets mortels. Aucun doute, Ken Adam fut le vrai Q de James Bond ! Il ne fut cité qu’une seule fois aux Oscars pour ses travaux de l’univers bondien (pour L’Espion qui m’aimait), malgré sa contribution unique à un véritable mythe cinématographique… En périphérie de la saga 007, Adam fut aussi le décorateur des premiers Harry Palmer avec Michael Caine : Ipcress Danger Immédiat (1965) et Mes Funérailles à Berlin (1966) avec Michael Caine, et le concepteur de la voiture loufoque de Chitty Chitty Bang Bang (1968), d’après un roman d’Ian Fleming, le père littéraire de Bond.

 

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Ci-dessus : la salle de guerre de Docteur Folamour créée par Adam pour Stanley Kubrick enferme Peter Sellers et un George C. Scott en pleine crise de parano aiguë…

 

Hors James Bond, Ken Adam est aussi surtout resté réputé pour sa contribution essentielle à deux des plus fameux films de Stanley Kubrick : Docteur Folamour (1964) et Barry Lyndon (1975). Ce fut donc Adam qui désigna et construisit le décor de la Salle de Guerre de Folamour, merveille de composition géométrique mêlant un décor triangulaire en équerre, dominant la table circulaire du président Muffley (Peter Sellers) et ses généraux tentant d’arrêter la fin du monde dans le feu nucléaire. Table sur laquelle plane une gigantesque lampe en halo de sinistre apparence, évoquant la forme des champignons atomiques. Simplicité, élégance, ironie et angoisse définissent ce décor iconique qui a souvent inspiré les réalisateurs et les films les plus divers, de Mars Attacks ! à Kingsman en passant par A.I. Intelligence Artificielle. Adam créa aussi pour le film de Kubrick les intérieurs très réalistes du bombardier piloté par Slim Pickens, dont la fameuse bombe chevauchée par ce dernier. Le sens du détail réaliste de l’ancien pilote de la RAF ne pouvait que satisfaire Kubrick, qui pourtant ne l’engagea pas pour 2001 : L’Odyssée de l’Espace. Ken Adam n’aurait pas été contre, mais, apprenant que le cinéaste travaillait en secret depuis un an avec Harry Lange, designer de la NASA, il renonça à suivre Kubrick, sentant qu’il n’aurait pas pu s’adapter aux travaux d’un autre. Ils se retrouveront une décennie plus tard, pour l’ambitieux Barry Lyndon, où l’exigence de réalisme du cinéaste sera récompensée par un travail visuel somptueux ; bénéficiant de la sublime photo de John Alcott et des costumes d’époque de Milena Canonero, Adam aidera Kubrick à livrer de sublimes tableaux vivants d’une époque révolue. Il obtiendra son premier Oscar pour le film, en 1976. Kubrick, amicalement, lui rendra visite sur le plateau du supertanker de L’Espion qui m’aimait l’année suivante, pour travailler discrètement comme éclairagiste non crédité au générique, le temps de quelques scènes ! Parmi les autres réalisations importantes de Ken Adam, signalons notamment le lycée anglais de Goodbye Mister Chips (1969) avec Peter O’Toole, le manoir labyrinthique du Limier (1972) où s’affrontent Laurence Olivier et Michael Caine devant les caméras de Joseph L. Mankiewicz, les décors de The 7% Solution (Sherlock Holmes attaque l’Orient Express, 1976) d’Herbert Ross, Agnès de Dieu (1985) de Norman Jewison, Les Valeurs de la Famille Addams (1993) de Barry Sonnenfeld, ou La Folie du Roi George de Nicholas Hytner en 1994, qui lui vaudra son second Oscar. Son dernier film fut Taking Sides – Le Cas Furtwängler (2001) avec Harvey Keitel et Stellan Skarsgard pour le cinéaste hongrois Istvan Szabo.

Naturalisé anglais depuis longtemps, Ken Adam sera dignement récompensé de l’Ordre de l’Empire Britannique et honoré du titre de chevalier pour son travail dans le milieu du cinéma, comme pour son aide aux relations entre l’Angleterre et l’Allemagne, ses deux patries. Parmi les nombreuses récompenses et citations qu’il a obtenues durant sa vie, rappelons qu’il a été récompensé de deux BAFTA Awards (pour Docteur Folamour et Ipcress Danger Immédiat), sept fois nominé pour ces mêmes BAFTA (Goldfinger, Opération Tonnerre, On ne vit que deux fois, Le Limier, Barry Lyndon, L’Espion qui m’aimait et La Folie du Roi George) et a obtenu trois nominations aux Oscars (Le Tour du Monde en 80 Jours, L’Espion qui m’aimait et Les Valeurs de la Famille Addams). Les cinéphiles les plus curieux de son travail se rendront à la Cinémathèque Allemande, à laquelle Ken Adam envoya l’intégralité de ses dessins, storyboards, souvenirs de carrière divers, y compris ses deux Oscars.

 

DAVID BOWIE AT THE CANNES FILM FESTIVAL - 1983

David Bowie est mort… C’est curieux comme cette phrase sonne mal. Le cancer contre lequel il luttait depuis 18 mois a fini par emporter un des plus grands artistes musicaux de ces dernières décennies, le 10 janvier dernier, deux jours après son 69ème anniversaire. Il fallait bien saluer ici la mémoire de Bowie, de son vrai nom David Robert Jones, qui a traversé les décennies par ses innovations musicales constantes, ses tubes (Space Oddity, Life on Mars ?, Heroes et j’en oublie) et ses extravagances de jeunesse marquées par son alter ego Ziggy Stardust, le personnage qu’il incarna sur scène durant les années glam rock. Bon… pour un béotien musical comme moi, résumer la carrière musicale de Bowie est un exercice impossible. Si je le cite dans cette rubrique, c’est surtout parce que Bowie, en plus d’être un musicien exceptionnel, a aussi donné de sa personne au Cinéma. Rien d’étonnant à ce que le 7ème Art s’intéresse à Bowie, lui qui avait composé Space Oddity en référence évidente au film de Stanley Kubrick, 2001 : L’Odyssée de l’Espace. Formé à l’art du mime, et donc du jeu dramatique, David Bowie livra d’intéressantes prestations sur grand écran, son charisme et son allure ambiguë à souhait convenant à merveille à des cinéastes originaux. Rappelons aussi, au passage, que le virus du Cinéma a rattrapé la famille de Bowie : son fils Duncan Jones, né de son premier mariage avec Angela Bowie, est devenu un réalisateur plutôt doué, à qui l’on doit les films de science-fiction Moon et Source Code.  

 

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Ci-dessus : premières minutes de L’Homme qui venait d’ailleurs. Thomas Jerome Newton arrive sur Terre, et Bowie crée son mythe.

 

Petit rappel des titres marquants de la filmographie de David Bowie : en 1976, Bowie fut L’Homme qui venait d’ailleurs (The Man Who Fell to Earth), de Nicolas Roeg. Brillante performance de la star dans le rôle de Thomas Jerome Newton, un extra-terrestre arrivé sur Terre pour récupérer l’eau qui sauvera sa planète. Mais il sombrera dans la paranoïa (alimentée par les manipulations de la CIA), l’alcoolisme et la claustration. Il sera récompensé du Saturn Award du Meilleur Acteur, pour un rôle qui fait plus qu’écho à sa propre situation et ses angoisses de star planétaire. On reverra Bowie dans Gigolo (Just a Gigolo, 1979), de David Hemmings ; un film raté, où sa présence fait toutefois sensation, face à une autre icône faisant son ultime apparition, Marlene Dietrich. Après une apparition dans son propre rôle dans Moi, Christiane F., droguée, prostituée, d’Uli Edel, on retrouvera un Bowie en pleine forme sur les écrans en 1983. On se souvient de son face-à-face avec Ryuichi Sakamoto dans Merry Christmas Mr. Lawrence (Furyo), de Nagisa Oshima ; il y tenait le rôle du Major Jack « Strafer » Celliers, prisonnier durant la 2ème Guerre Mondiale du Capitaine Yonoi (Sakamoto). Très inspiré par Le Pont de la Rivière Kwaï, le film d’Oshima en fait une relecture délibérément ambiguë, la relation victime-bourreau entre le prisonnier et son tortionnaire se teintant de fascination et d’attirance sadomasochiste. Si le film est quelque peu figé, l’étrangeté de Bowie fait merveille. On le vit ensuite en amant vampire de Catherine Deneuve dans The Hunger (Les Prédateurs), premier film de Tony Scott. Bowie y est quelque peu éclipsé, malgré quelques scènes intéressantes, par les effets esthétisants dont Scott abusait. On le préfèrera en tueur à gages moustachu et inquiétant, dans Into the Night (Série Noire pour une Nuit Blanche, 1985), de John Landis. Un curieux mélange de comédie et de film noir, où le réalisateur des Blues Brothers lui offre un excellent rôle de vilain terrorisant la douce Michelle Pfeiffer. Après un rôle important dans la comédie musicale Absolute Beginners, de Julian Temple, David Bowie sera la tête d’affiche du Labyrinthe de Jim Henson. Un film culte ou un ratage en règle ? Les avis divergent… Cette production de George Lucas réalisée par le père du Muppets Show, écrite par le Monty Python Terry Jones, est un mélange d’heroic fantasy surréaliste et de comédie musicale qui fit un flop au box-office ; Bowie, entouré de marionnettes et attifé d’un postiche terriblement kitsch, terrifiait cette fois la toute jeune Jennifer Connelly.

 

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Ci-dessus : montage des scènes de David Bowie dans Le Prestige, de Cristopher Nolan. Nikola Tesla (Bowie), flanqué de son assistant (Andy « Gollum » Serkis), fait d’incroyables révélations au magicien Robert Angier (Hugh Jackman).

 

Plus discret par la suite au cinéma, Bowie fera quelques apparitions marquantes dans des seconds rôles : il fut le Ponce Pilate de Martin Scorsese dans son décrié La Dernière Tentation du Christ, en 1988 ; David Lynch lui donnera en 1992 le rôle de l’énigmatique agent du FBI Jeffries dans Twin Peaks – Fire Walk With Me, transposition de sa série télévisée ; en 1996, Bowie fut salué pour sa prestation dans Basquiat, le film de Julian Schnabel, où il tenait un rôle sur mesure, celui d’Andy Warhol. David Bowie se fendra en 2001 d’une hilarante apparition dans le déjanté Zoolander de Ben Stiller, où il joue les arbitres d’un duel de défilé opposant Stiller et Owen Wilson ; difficile de ne pas exploser de rire en voyant Bowie, d’un sérieux absolu, conclure le duel par un « dis-qualified !! » lapidaire pour Stiller, victime d’un accident de slip… Enfin, un dernier rôle mémorable en 2006, offert par un autre original, Christopher Nolan : le cinéaste des Batman / Dark Knight, d’Inception et Interstellar lui donna un rôle idéal – celui de Nikola Tesla, dans Le Prestige. Prestation parfaite de Bowie en scientifique prométhéen donnant aux magiciens antagonistes joués par Christian Bale et Hugh Jackman l’opportunité technique de créer un tour jamais vu…

 

Aux héros oubliés 2016... Alan Rickman

Par le grand marteau de Grapthar… une perte tragique que celle d’Alan Rickman, grande figure du théâtre britannique devenu, sur le tard, un visage familier du Cinéma mondial. Quelques jours après David Bowie, le cancer l’a emporté, au même âge de 69 ans. Pour le grand public, Rickman est resté dans la mémoire collective pour ses rôles de vilains particulièrement délectables, sa diction aristocratique, ses yeux plissés et son allure hautaine convenant à merveille à ce type de rôles. Rappelons qu’il a ainsi mené la vie dure à John McClane, Robin des Bois ou Harry Potter… mais on oublie un peu vite qu’il fut aussi un excellent acteur pour des rôles plus nuancés, romantiques ou comiques. Et, de toutes façons, Rickman vous corrigerait sur le fait qu’on lui donnait des rôles de méchants. « Je ne joue pas des vilains, je joue des personnages très intéressants !« , a-t-il dit un jour. Et des personnages très intéressants, sa filmographie n’en manquait pas.

 

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Ci-dessus : Die Hard premier du nom, le seul et unique ! Et le début d’un affrontement explosif entre John McClane (Bruce Willis) et le gentleman-braqueur-preneur d’otages Hans Gruber (Alan Rickman). « Yippie-kay-yeah, motherfucker… »

 

S’il s’intéressa assez vite aux arts dramatiques, Alan Rickman, londonien pur jus né le 21 février 1946 à Acton, devint acteur assez tardivement. Ce fils d’ouvrier était une « tête », passionné par les arts graphiques : diplômé de la Latymer Upper School, du Chelsea College of Art and Design et du Royal College of Art, il commença une carrière de dessinateur graphique, plutôt fructueuse, avant de se décider à apprendre le métier d’acteur. Il rejoignit la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (RADA), vivier à futurs grands comédiens anglais où il apprit comme il se doit à jouer Shakespeare. Rickman sera toujours un peu chez lui à la RADA, dont il sera plus tard le Vice-président. Sa réputation et son talent monteront doucement en flèche, des années 1970 jusqu’au milieu des années 1980, essentiellement sur les planches où il s’affirmera, et à la télévision, dans les téléfilms et séries produites par la respectée BBC. En 1985, ce fut le succès : avec la Royal Shakespeare Company, Rickman joua dans l’adaptation par Christopher Hampton des Liaisons Dangereuses ; le rôle du Vicomte de Valmont lui vaudra les louanges du public, de la critique et une nomination aux Tony Awards. Il aurait logiquement dû reprendre son rôle pour la version filmée par Stephen Frears, mais ce fut John Malkovich, plus connu au cinéma, qui eut le rôle. Rickman fera son entrée en grande pompes dans le 7e Art à 41 ans, dans un tout autre genre de rôle. Il reçut le script de Die Hard (Piège de Cristal) et se demanda bien pourquoi il devrait jouer un super-vilain… Heureusement, John McTiernan sut le convaincre d’incarner Hans Gruber, le chef des preneurs d’otages-terroristes-braqueurs qui affrontent John McClane (Bruce Willis), un flic ordinaire piégé dans la plus haute tour de Los Angeles. Si le film fit de Bruce Willis une superstar, ne sous-estimons pas la performance de Rickman. Gruber a droit à une magnifique entrée en scène (inspirée par l’Orange Mécanique de Kubrick !) et s’impose comme un des plus beaux méchants du genre. Il est intelligent, cultivé, méticuleux, sarcastique (« Malheureusement pour lui, Mr. Takagi ne rejoindra pas votre petite fête… définitivement.« ) et absolument implacable. Et ses duels avec McClane / Bruce Willis sont un régal.

 

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Ci-dessus : Alan Rickman fut aussi un acteur d’une grande drôlerie. Démonstration avec ce montage de ses meilleurs moments dans Galaxy Quest !

 

Après ce départ foudroyant dans la catégorie « super-vilains », Rickman ne manquera pas de bons rôles au cinéma, dans une filmographie (sélective) qu’il faut évoquer. A l’exact opposé de Die Hard, on le retrouva dans Truly Madly Deeply d’Anthony Minghella (1991), une comédie romantique teintée de ghost story où il incarnait un revenant, aidant sa compagne (Juliet Stevenson) à faire son deuil de lui. Cette même année, il se rappela au bon souvenir du public en jouant un autre grand vilain : le très agité Shérif de Nottingham de Robin des Bois, Prince des Voleurs de Kevin Reynolds. Un des succès de l’année où, face à Kevin Costner, Morgan Freeman et leurs complices, Rickman s’amuse à en faire des tonnes et incarne un Shérif (mixe du personnage et du Prince Jean) tyrannique, capricieux comme une rock-star. Sa politique est simple : la cruauté avant tout (« Supprime les dons de nourriture aux lépreux et aux orphelins, il n’y aura plus de décapitations charitables, et annule les fêtes de Noël« ) ! Le rôle lui vaudra un BAFTA Award du Meilleur Second Rôle. Par la suite, Alan Rickman va alterner des rôles plus complexes au cinéma, laissant (pour un temps du moins) les grands méchants. On le vit par exemple dans Bob Roberts, la satire politique de Tim Robbins en 1992, en conseiller politique énigmatique du chanteur folk réactionnaire et conservateur joué par Robbins ; en 1994 dans le rôle titre de Mesmer, biopic de Roge Spottiswoode consacrée au célèbre médecin hypnotiseur ; l’année suivante, il fut P.L. O’Hara, acteur désabusé incarnant le Capitaine Crochet dans An Awfully Big Adventure de Mike Newell, face à Hugh Grant. Il retrouva ce dernier dans un des succès de l’année 1995, l’adaptation de Raisons et Sentiments par Ang Lee, écrit et interprété par Emma Thompson – avec aussi une toute jeune Kate Winslet. Rickman incarnait le Colonel Brandon, amoureux contrarié de la jeune Marianne Dashwood (Winslet) ; un rôle qui lui valut les louanges, Rickman cassant à nouveau son image de méchant pour des personnages plus nuancés. En 1996, il obtint le Golden Globe pour son interprétation dans le téléfilm Raspoutine, d’Uli Edel, et incarna au cinéma Eamon DeValera, le père politique de la République d’Irlande, dans le film de Neil Jordan, Michael Collins, avec Liam Neeson et Julia Roberts. A l’aise dans les comédies, Rickman retrouva son amie Emma Thompson dans Judas Kiss en 1998, jouant les détectives blasés, et fut Métatron, la Voix de Dieu, dans la satire de Kevin Smith, Dogma l’année suivante. Si certains doutaient encore que Rickman fut un excellent acteur comique, il suffit de le voir dans Galaxy Quest, une comédie de SF de Dean Parisot le réunissant avec Tim Allen, Sigourney Weaver, Sam Rockwell et Tony Shalhoub. Dans ce petit film se moquant gentiment du phénomène geek et particulièrement des conventions Star Trek, Rickman joue les faux Spock à merveille : il est Alexander Dane, grand acteur tragique victime de crises de panique, se maudissant d’être enfermé à vie dans le rôle du très logique extra-terrestre Docteur Lazarus. Situation encore plus difficile à vivre quand des aliens trop naïfs le prennent vraiment, lui et ses collègues has been, pour de véritables héros de l’espace…

 

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Ci-dessus : Sweeney Todd de Tim Burton. Le Juge Turpin (Rickman) s’installe, en chantant joliment, sur le siège du barbier psychopathe joué par Johnny Depp. Mauvaise idée…

 

Dans la décennie suivante, Alan Rickman sera surtout associé à un autre personnage antipathique mais pas aussi méchant qu’on le croit : pour le jeune public, il restera Severus Snape (ou Severus Rogue dans la VF), le très revêche professeur de potions de l’école Poudlard dans la saga des Harry Potter, huit films échelonnés de 2001 à 2011. Un personnage qui, dans sa première apparition dans Harry Potter à l’Ecole des Sorciers, est désigné comme le méchant de service qui déteste immédiatement le jeune Harry (Daniel Radcliffe) et ses amis… mais, dans cette saga à rallonge, le personnage va peu à peu prendre de l’envergure et être plus complexe que prévu. Au milieu d’une kyrielle de vétérans du cinéma britannique, des décors gigantesques, des effets spéciaux et des créatures à foison, Rickman reste égal à lui-même : toujours prêt à mettre beaucoup d’ironie dans son jeu et à balancer quelques répliques cinglantes à l’égard de ses pauvres élèves, mais cachant une grande noblesse de cœur derrière la méchanceté simulée de son personnage. Rickman, hors de Harry Potter, continuera d’être remarqué et apprécié dans des films très divers ; notamment Love Actually, la comédie romantique du spécialiste britannique du genre, Richard Curtis, qui le met dans un dilemme amoureux face à sa femme (Emma Thompson) et son affriolante secrétaire (Heike Makatsch). On peut aussi citer Le Parfum : Histoire d’un Meurtrier en 2006, adaptation du roman de Patrick Süsskind par Tom Tykwer, où il joue le père de la charmante Laura (Rachel Hurd-Wood), convoitée par le meurtrier Jean-Baptiste Grenouille (Ben Whishaw) pour élaborer son parfum révolutionnaire. L’année suivante, Rickman rejoignit l’univers de Tim Burton ; c’était couru d’avance, avec son allure à la Vincent Price, Alan Rickman était fait pour jouer les méchants chez le réalisateur de Sleepy Hollow. Dans Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street, il joua donc avec délices un odieux personnage, le Juge Turpin, responsable des malheurs du barbier Benjamin Barker, alias Sweeney Todd (Johnny Depp). Un honorable personnage doublé d’un hypocrite, qui viole les pauvres jeunes femmes, envoie les enfants à la potence et convoite sa pupille d’un regard bien trop visqueux… Hommage inégal aux films de la Hammer et au théâtre du Grand-Guignol, le film de Burton peut cependant compter le jeu de Rickman (qui pousse la chansonnette de sa belle voix modulée) comme un de ses meilleurs atouts. Burton apprécia Rickman qu’il le rappela au casting vocal de son film suivant, sa version discutée d’Alice au Pays des Merveilles, en 2010, pour lequel Rickman donna sa voix reconnaissable à la Chenille Absolem. La suite du film, Alice de l’autre côté du Miroir, coproduite par Tim Burton, sortira cette année et sera la dernière occasion d’entendre la voix du comédien disparu. Dans les dernières années de sa carrière, Rickman multipliera premiers rôles et seconds rôles avec le même talent. On le remarqua à nouveau en 2013 dans Le Majordome de Lee Daniels, où le distingué comédien britannique incarnait avec talent Ronald Reagan face au majordome du titre, Forest Whitaker. La dernière apparition d’Alan Rickman sera à titre posthume, l’acteur tenant un des rôles principaux du thriller Opération Eye in the Sky avec Helen Mirren, qui sortira également cette année. Pour faire le tour de cette filmographie sélective, signalons aussi que Rickman fut le scénariste et réalisateur de deux films, retrouvant pour l’occasion ses complices actrices de Raisons et Sentiments : son amie Emma Thompson qu’il dirigea dans L’Invitée de l’Hiver en 1997, et Kate Winslet, vedette d’A Little Chaos (Les Jardins du Roi) en 2014, où il jouait le Roi Louis XIV. Une belle carrière, tristement interrompue par la maladie.

Goodbye, Mr. Rickman.

 

Aux héros oubliés 2016... Douglas Slocombe

Mauvais temps pour les premiers grands chefs-opérateurs spielbergiens… Quelques semaines après Vilmos Zsigmond (voir plus bas), c’est l’anglais Douglas Slocombe qui a décédé le 22 février à Londres, peu de temps après avoir atteint l’âge vénérable de 103 ans. Plus connu pour avoir été « l’œil » des trois Indiana Jones de Steven Spielberg des années 1980, Slocombe avait déjà une longue et belle carrière bien remplie quand il s’occupa des éclairages des Aventuriers de l’Arche Perdue en 1981.

Né le 10 février 1913 à Londres, Douglas Slocombe passa cependant son enfance et sa jeunesse en France, suivant son père, correspondant de presse à Paris. Revenu en Angleterre, Slocombe, qui voulait devenir reporter photographe, devint caméraman d’actualités. Quand la 2ème Guerre Mondiale éclata, le jeune homme, engagé par le réalisateur américain Herbert Kline pour un documentaire intitulé Lights out on Europe, suivit celui-ci à Danzig pour filmer la menace nazie durant l’été 1939. Le chef opérateur anglais raconta avoir filmé un meeting de Goebbels. La caméra faisant trop de bruit, elle empêchait le chef de la propagande nazie d’haranguer ses troupes. Tout ce petit monde tourna la tête, en même temps, vers Slocombe qui dut se sentir très seul… Il filma aussi la destruction d’une synagogue, et fut temporairement arrêté par les autorités nazies. Slocombe échappa de justesse au bombardement du train dans lequel il fuyait Varsovie avec Kline, le 1er septembre 1939. Fort de ces débuts professionnels pour le moins périlleux, Slocombe rentré au pays rejoigna le Ministère de l’Information durant la guerre, filmant les convois de navires sur l’Atlantique à partir des avions de la Fleet Air Arm. Ses images d’archives serviront souvent pour compléter des longs-métrages de l’époque à la gloire de la flotte britannique (Ships with wings, For those in peril). Engagé par la suite par le réalisateur Alberto Cavalcanti pour Champagne Charlie (1944), Slocombe fera partie des fidèles techniciens des studios Ealing, dirigés par Michael Balcon. Devenu chef-opérateur, il va imprimer sa patte efficace, élégante, sur les classiques de ce studio qui fut les belles heures du cinéma anglais des années 1940-50. Notamment l’anthologie fantastique Au cœur de la Nuit (1945), mais surtout les petits bijoux de comédie de l’époque, dûs à Charles Crichton, Robert Hamer, Basil Dearden ou Alexander Mackendrick, mettant souvent en vedette le talent comique d’Alec Guinness : Kind Hearts and Coronets (Noblesse oblige, 1949), The Lavender Hill Mob (De l’Or en Barres), L’Homme au Complet Blanc (1951) ou The Titfield Thunderbolt (Tortillard pour Titfield, 1953). Après la fermeture des studios Ealing en 1955, Slocombe ne resta pas inactif. Après avoir signé la lumière de quelques films mineurs (dont le film d’épouvante culte  Le Cirque des Horreurs, 1960), Slocombe va voir son CV s’enrichir de collaborations avec de très grands cinéastes, pour des productions de tout premier plan, sur les décennies suivantes. 

 

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Ci-dessus : l’élégant travail de Douglas Slocombe pour créer l’ambiance médiévale hivernale du Lion en Hiver. Vous reconnaîtrez Peter O’Toole en Henri II, et un tout jeune Anthony Hopkins en Richard Cœur de Lion.

 

A partir des années 1960, les récompenses et nominations prestigieuses vont confirmer son statut. Citons son remarquable travail en noir et blanc sur Freud Passions Secrètes (1962) de John Huston, ou sur The Servant (1963) de Joseph Losey, qui lui vaudra son premier BAFTA Award et le prix de la meilleur photographie décerné par la British Society of Cinematographers (BSC). Parfaitement à son aise dans ces atmosphères plutôt claustrophobiques, le noir et blanc renforçant la dimension onirique de ces drames, Slocombe était tout aussi à l’aise avec les grands espaces en format 2.35 et les couleurs vives : voir par exemple Cyclone à la Jamaïque, film de pirates de 1965 réalisé par Alexander Mackendrick ; les films de guerre de John Guillermin Les Canons de Batasi (1964, seconde nomination aux BAFTA Awards) et The Blue Max (Le Crépuscule des Aigles, 1966, troisième nomination aux BAFTA) ; The Fearless Vampire Killers (Le Bal des Vampires) de Roman Polanski, pastichant le style des films Hammer avec un sens de l’espace et de la couleur inégalés ; l’atmosphère hivernale médiévale à souhait du Lion en Hiver en 1968 (sa quatrième nomination aux BAFTA, et un second prix de la BSC) ; la comédie caper movie classique avec Michael Caine, The Italian Job (L’Or se barre) de Peter Collinson ; en 1970, Music Lovers, biographie de la vie tourmentée de Tchaïkovski, pour le très baroque Ken Russell ; La Guerre de Murphy (1971) de Peter Yates. 1972 marquera la première nomination de Slocombe aux Oscars (ainsi qu’une cinquième nomination aux BAFTA) pour sa collaboration avec le vétéran George Cukor, mettant en valeur l’excentrique Maggie Smith dans la comédie Voyage avec ma tante. L’année suivante, Slocombe signera la photographie de la comédie musicale de Norman Jewison, Jésus Christ Superstar – sa sixième nomination aux BAFTA, et son troisième prix décerné par la BSC. Slocombe et Jewison travailleront à nouveau ensemble en 1975 pour le film de science-fiction Rollerball. 1974 sera surtout pour Slocombe l’année de The Great Gatsby (Gatsby le Magnifique) mis en scène par Jack Clayton. Encore un superbe travail de la part du chef opérateur, récompensé d’un second BAFTA Award et d’un quatrième prix de la BSC. Pour Fred Zinnemann, Douglas Slocombe créera la lumière du très beau Julia (1977), avec Jane Fonda et Vanessa Redgrave. Une lumière automnale, délicate et impressionniste à souhait, baigne ce film pour lequel Slocombe obtiendra son troisième BAFTA, un cinquième prix de la BSC et sa seconde nomination aux Oscars ! 1977 marquera aussi sa première collaboration avec Steven Spielberg, avec Rencontres du TroisièmeType. Si Vilmos Zsigmond fut le principal chef opérateur, le tournage à rallonge du film nécessita l’aide d’autres collègues prestigieux pour les scènes additionnelles – dont Slocombe, qui se chargera de la séquence hindoue, baignant dans des mouvements de foule et des couleurs dignes des meilleurs David Lean.

 

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Ci-dessus : Indiana Jones et le Temple Maudit, l’apogée de la carrière de Douglas Slocombe. Indy (Harrison Ford) à la rescousse des enfants esclaves, avec Willie (Kate Capshaw) et Short Round (Jonathan Ke Huy Quan)… Noter les splendides éclairages de Slocombe sur le héros prêt à en découdre avec les Thugs ! 

 

La collaboration avec Steven Spielberg sera bien sûr le point d’orgue de la carrière du vétéran Slocombe, qui, à 68 ans, s’embarqua dans la Grande Aventure… Les Aventuriers de l’Arche Perdue, en 1981, sera sa troisième nomination à l’Oscar et sa dixième aux BAFTA. Le style visuel de Slocombe fait feu de tout bois en illustrant les premières aventures d’Indiana Jones (Harrison Ford) : un dosage habile entre le réalisme et le fantastique, des éclairages aussi habiles à recréer l’ambiance des films noirs (la séquence de la taverne de Marion), le grand spectacle à la David Lean (le site des fouilles), que les ambiances plus cauchemardesques (la fosse aux serpents, le grand finale apocalyptique). Le tout servi dans un format Scope de toute beauté, et les touches de couleur omniprésentes, dominées par les lueurs dorées de la mythique Arche de l’Alliance ; le résultat final est splendidement servi par Slocombe, qui sert une ambiance « ligne claire » idéale pour le récit concocté par Spielberg et George Lucas. Après un petit détour chez James Bond (Jamais Plus Jamais, 1983, remake officieux d’Opération Tonnerre avec Sean Connery, hors des productions officielles) utilisant les mêmes techniques, Slocombe remit le couvert pour Indiana Jones et le Temple Maudit en 1984. On reprend les mêmes principes visuels que L’Arche Perdue… et Slocombe se surpassera ! Le Temple Maudit est certainement le plus beau film de la saga, Slocombe jouant sur les contrastes de couleurs saturées à l’extrême, marquées par la robe rouge et or de Kate Capshaw, le smoking blanc d’Harrison Ford, et les couleurs rouge et noir associées au culte de Kali. Slocombe utilisera un maximum de lumières directes, signant un des plans les plus épiques de la série : l’image d’Indy surgissant dans les mines pour sauver les enfants, magnifié par un double effet de lumière (fumée blanche derrière lui, phare du wagon braqué sur lui), reste un pur moment « badass » magnifié par le travail de Slocombe. Sa onzième nomination aux BAFTA et sa sixième aux prix de la BSC. Cinq ans plus tard, après quelques films mineurs, Douglas Slocombe terminera sa carrière avec le troisième volet, Indiana Jones et la Dernière Croisade, le plus drôle de la série (merci Harrison Ford et Sean Connery), mais un poil en-dessous des canons esthétiques de la série. La Dernière Croisade reste un poil trop prudent, visuellement parlant, se contentant de rester sur les acquis « Ligne Claire » de la saga. Quelques scènes, toujours joliment éclairées par le chef opérateur, marquent quand même les mémoires : la traversée des catacombes vénitiennes, la découverte des faux Graals, et la scène la plus marquante de toutes, l’autodafé nazi à Berlin, avec Hitler qui signe un autographe à Indy sans le reconnaître ! Baignant dans des lumières très contrastées, éclairée par un sinistre bûcher de livres, la scène prouve une fois encore l’habileté de Slocombe à signer des mouvements de foule, et constituera pour lui un joli pied de nez à l’Histoire, cinquante ans après une pénible journée à Danzig… 

Il devra malheureusement prendre sa retraite avec cette dernière épopée, souffrant de problèmes de vue qui le laisseront quasiment aveugle. Malgré tout, il acceptera de répondre à des interviews pour des making-of, pour le livre Conversations with Cinematographers en 2011, ainsi qu’à plusieurs documentaires sur l’invasion de la Pologne et l’histoire du Cinéma britannique. Il reçut plusieurs distinctions honorifiques, notamment un prix spécial pour sa carrière remis par la BSC en 1995, ainsi que le titre d’Officier de l’Ordre de l’Empire Britannique en 2008. Joli palmarès et sacré beau travail, pour un grand chef opérateur qui n’utilisait jamais de posemètre, appareil pourtant indispensable à ses collègues pour mesurer la quantité de lumière nécessaire à une prise de vues !

 

Aux héros oubliés 2016... Vilmos Zsigmond

Le Cinéma a perdu un autre maître de la lumière : le chef opérateur Vilmos Zsigmond, décédé à 85 ans le 1er janvier dernier à Big Sur en Californie. Hongrois naturalisé américain, il a été l’un des meilleurs directeurs de la photographie du grand cinéma américain, enchaînant les tournages depuis le début des années soixante jusqu’à nos jours. Sa patte, reconnaissable par sa maîtrise originale des basses lumières, a marqué un beau nombre de classiques à partir des années 1970. Né à Szeged en Hongrie le 16 juin 1930, Zsigmond fut un étudiant assidu de l’Académie de Budapest pour devenir très tôt opérateur caméraman. Lorsque les Soviétiques envahirent son pays en 1956, lui et son camarade d’études Laszlo Kovacs (lui-même futur directeur de la photographie renommé d’Easy Rider, Shampoo ou S.O.S. Fantômes) filmèrent la répression avant de fuir en Autriche. Les deux amis rejoignirent ensuite les Etats-Unis, où ils furent naturalisés.

 

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Ci-dessus : l’enlèvement du petit Barry (Cary Guffey) sous les yeux de sa mère (Melinda Dillon) dans Rencontres du Troisième Type. Un fantastique jeu de lumières angoissantes et colorées créées par Vilmos Zsigmond pour Steven Spielberg.

 

S’ensuivra pour Zsigmond quelques années de vaches maigres, où il travaillera en Californie sur des séries Z d’horreur à tout petit budget (avec des titres aussi joyeux que Blood of Ghastly Horror ou  Satan’s Sadists…). Professionnel jusqu’au bout de la caméra, doté d’un solide sens de l’humour, le talentueux Zsigmond verra sa carrière décoller vers des projets plus ambitieux, grâce à son travail avec Robert Altman. Zsigmond donnera à son film McCabe & Mrs Miller (John McCabe) un look assez détonnant pour un western : basses lumières, contrastes réduits, palette de couleurs réduite, donnant l’impression que le film baigne dans la gadoue et les feuilles mortes. Un aspect cru au possible, qui lui vaudra des louanges unanimes. Le CV de Zsigmond va ensuite parler de lui-même : on trouve dans sa filmographie des titres comme Images et The Long Goodbye / Le Privé pour Robert Altman, Délivrance de John Boorman, L’Epouvantail de Jerry Schatzberg, Obsession, Blow Out, Le Bûcher des Vanités et Le Dahlia Noir de Brian DePalma, Sugarland Express et Rencontres du Troisième Type (qui lui vaudra son seul Oscar de la Meilleure Photo) de Steven Spielberg, The Deer Hunter / Voyage au bout de l’Enfer (un BAFTA Award) et La Porte du Paradis de Michael Cimino, The Rose et La Rivière de Mark Rydell, Les Sorcières d’Eastwick de George Miller, Maverick de Richard Donner, Crossing Guard de Sean Penn, Ghost & The Darkness / L’Ombre et la Proie de Stephen Hopkins, Melinda et Melinda, Le Rêve de Cassandre et Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen… Que du très bon travail à chaque fois ! Revoir Délivrance, Rencontres du Troisième Type ou La Porte du Paradis demeure une fête pour les yeux et les sens à chaque vision…

 

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Ci-dessus : la technique du « flashage » employée par Vilmo Zsigmond donna de sublimes images pour La Porte du Paradis de Michael Cimino. La scène du bal auquel participent Kris Kristofferson, Isabelle Huppert et Jeff Bridges donne une ambiance unique à ce grand film maudit. 

 

Zsigmond était notamment un expert dans la technique du « flashage » : l’éclairage très faible de la pellicule, exposée avant le tournage, qui donnait cette basse lumière typique, laiteuse, de ses films. Une technique qui ne plaisait pas toujours aux cadres des studios – il fut évincé de Funny Lady en 1974 pour cette raison, les patrons du studio trouvant sa lumière trop sombre. Zsigmond dut aussi batailler ferme pour faire passer son travail sur Rencontres du Troisième Type : un vrai rêve pour un directeur de la photographie que le film de Spielberg, où la présence des OVNIS nécessitait une sacrée dépense de lumière ! Zsigmond contourna ainsi le problème de l’apparence des extra-terrestres en « irradiant » leurs jeunes interprètes de lumière blanche, réfléchie par d’immenses miroirs réfléchissants. A l’image, les enfants grimés en aliens devenaient crédibles, désincarnés par une lueur surnaturelle de toute beauté. Un exemple parmi tant d’autres de l’ingéniosité technique et artistique de Vilmos Zsigmond, devenu dans ses dernières années un membre distingué de la prestigieuse American Society of Cinematographers. 

 

Ludovic Fauchier. Un dernier rappel, Mr. Bowie ?

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Bloc-notes de mars

Bonjour chers amis neurotypiques !

 

Un Steven Spielberg sur tous les fronts, en ce mois de mars… Le cinéaste-producteur a fait parler de lui, ces derniers jours, sur divers aspects de son métier et de sa carrière. D’abord avec Peter Jackson, et quelques autres comparses du nom de Martin Scorsese, Ron Howard, Frank Marshall et J.J. Abrams, en soutenant Sean Parker et sa nouvelle création, Screening Room dont ils sont tous actionnaires. Le père du défunt Napster lance ce nouveau service qui permettrait aux spectateurs, contre la somme de 50 dollars, de pouvoir regarder les derniers blockbusters le jour de leur sortie en salles. De quoi amener une grosse révolution sur l’exploitation des films, et de quoi contrecarrer efficacement – en théorie – le piratage intempestif. De précédentes tentatives avaient eu lieu, comme DirectTV (un service auquel Jackson s’était opposé), mais Screening Room, fort de la réputation de Parker et de ses différents supporteurs, pourrait changer la donne d’un système de distribution jusque-là très verrouillé. Les majors companies sont intéressées, les exploitants de salles américains plus méfiants.

Spielberg qui, de son côté, continue de préparer ses futurs films. The BFG est en cours de finalisation pour une sortie fin juin, et le boss ne se repose pas. Le voilà en train de mettre sur pied le casting de Ready Player One, adaptation du roman de science-fiction d’Ernest Cline qui raconte une chasse au trésor entre de jeunes hackers et des mégacorporations à travers un univers virtuel révolutionnaire, truffé de références à la culture populaire des années 1980. De jeunes acteurs seront en tête d’affiche, Tye Sheridan (que l’on verra en jeune Cyclope dans X-Men Apocalypse de Bryan Singer) et Olivia Cooke (vue dans Bates Motel, The Signal ou Me and Earl and the Dying Girl), face à Ben Mendelsohn (vu dans The Dark Knight Rises, Lost River ou Exodus : Gods and Kings) en grand méchant. Bonne nouvelle, Simon Pegg vient de rejoindre le casting ; rappelons que Monsieur Shaun of the Dead / Hot Fuzz a déjà joué pour Spielberg un des jumeaux Dupondt dans son adaptation de Tintin.

 

 Indiana Jones 5 - George Hall, Indy old timer...

Ci-dessus : Les Aventures du Jeune Indiana Jones présentaient déjà un Indy vieillard : George Hall, et son look à la John Ford !

 

Et, bien sûr, la grande nouvelle de ces derniers jours reste l’annonce officielle du cinquième film d’Indiana Jones. Yeah !… euh ? On sera certes toujours ravi de revoir Harrison Ford endosser la veste et le chapeau de l’archéologue intrépide, mais on peut aussi nourrir quelques doutes légitimes. Sachant que la sortie du film est déjà sortie à 2019, ce brave Harrison aura alors 77 ans, et on peut ironiser en se demandant si Indy aura encore le souffle nécessaire pour échapper aux rochers géants qui dévalent derrière lui. D’autant plus qu’il faudra à Spielberg un sacré bon scénario pour non seulement faire accepter l’âge d’un Indy grand-père, mais surtout faire oublier Indiana Jones et Celui dont on ne doit pas dire le titre, vous savez de quel film je veux parler… Un certain Royaume du Crâne de Cristal qui, certes avait fort bien marché au box-office 2008, et rappelé que le personnage a toujours une côte d’amour intacte auprès du public, mais dont les grosses, grosses failles scénaristiques sautent aux yeux (et oui, je sais ! j’ai défendu le film à l’époque ! Je continue à penser qu’il a des qualités, mais bon, impossible de nier les erreurs évidentes – les CGI manqués, Shia LaBeouf qui joue les Tarzan, les extra-terrestres du dernier acte, tout ça…). A charge pour David Koepp d’écrire un script plus inspiré, cette fois. Et quelques raisons d’espérer, aussi : George Lucas, lourdement responsable des mauvaises décisions de ce quatrième volet (il insista auprès d’un Spielberg réticent pour placer des OVNIS et des extra-terrestres dans le dernier acte du film), ne serait plus impliqué dans la production – tout au plus a-t-il sans doute soufflé l’idée de la nouvelle quête du héros. Spielberg aurait donc plus de latitude pour faire le film d’Indiana Jones qu’il souhaite faire. Et Shia LaBeouf, très fâché avec le boss depuis des dissensions sur les Transformers, ne devrait pas rempiler. Donc, pas de Mutt – ou du moins, pas sous les traits de l’acteur parti quelque peu en vrille depuis.

Osons quelques spéculations sur ce que peut nous réserver ce cinquième Indy… D’abord en se rappelant que le personnage et son univers font désormais partie intégrante du catalogue du studio Disney, après le rachat de Lucasfilm par ce dernier en 2012. Il allait sans dire que Bob Iger, le patron de la branche cinéma du studio aux grandes oreilles, allait vite approuver la relance de l’univers Star Wars, ce qui a été fait depuis. On se demandait moins si que quand Indiana Jones allait être à son tour relancé… De fait, pendant deux ans, l’évocation du cinquième film a fréquemment fait surface, comme un serpent de mer. Lucas aurait un temps planché sur une idée impliquant le Triangle des Bermudes (impossible de confirmer si le film à venir conservera cette piste), Harrison Ford déclara être toujours partant en précisant sagement « pas de Martiens, please ! ». On osa même parler de reboot excluant l’acteur pour cause de grand âge, en voyant les noms de Bradley Cooper ou de Chris Pratt comme successeurs potentiels… Spielberg haussa le ton en rappelant que, lui vivant, il ne ferait pas un Indiana Jones sans son vieil ami, et son collègue Frank Marshall de balayer ces rumeurs en parlant de purs calculs d’agents mal informés. Harrison Ford sera donc toujours Indiana Jones, contre vents et marées. Le Star Wars de J.J. Abrams, qu’on aime ou pas le film, est là pour confirmer que l’acteur a toujours le charisme intact pour reprendre ses personnages classiques, même si l’âge le pousse désormais à jouer les mentors pour une jeune génération d’acteurs. Ce que devrait confirmer aussi le Blade Runner 2 qu’il va tourner avec Ryan Gosling devant les caméras de Denis Villeneuve. On peut donc supposer que le cinquième Indiana Jones sera son baroud final avec les personnages qui ont fait sa gloire passée. Une décision risquée, cela dit, les superproductions hollywoodiennes privilégiant depuis longtemps des héros jeunes et dynamiques plutôt que le 3ème âge plein de sagesse. Cela dit, on se rappellera aussi que des acteurs comme Clint Eastwood ou « Papa » Sean Connery ont poursuivi une belle carrière malgré l’âge. Si le corps suit moins, la tête, elle, reste intacte ! Quant à l’idée de voir un héros mythique vieillir, elle n’est pas si absurde que cela. Demandez à Han Solo. Ou à D’Artagnan, Robin des Bois, Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Batman, le Terminator (bon, d’accord, Terminator Genisys n’est sûrement pas une référence, mais vous voyez l’idée !)

Il va sans dire que, chez Disney, on suivra les résultats au box-office avec le plus grand intérêt. Il viendra forcément un jour où l’acteur tirera sa révérence, mais Indy, lui, sera toujours la propriété du studio. Viendra alors la question du reboot inévitable du personnage… Il y aurait alors tout lieu de croire que ce cinquième opus préparerait non seulement un départ en beauté d’Harrison Ford sous les traits d’Indy vieillard, mais aussi l’annonce d’une relance probable du personnage. On peut faire quelques suppositions sur le ton général de cet Indiana Jones 5. On a laissé Indy en pleine Guerre Froide, désormais « casé » avec sa chère Marion et devenu un respectable doyen d’université. Sachant que le personnage vieillit comme son interprète, on retrouverait Indy dans les années 1970. Au milieu des jeunes en pantalon patte d’éléphant, le Docteur Jones risque de paraître comme un sacré anachronisme ambulant. Comment justifier le retour d’un personnage ayant dépassé l’âge de la retraite, dans ce cas ? Je risque une hypothèse toute personnelle, connaissant les références du cinéma de Spielberg de ces dernières années. J’appellerais cela « l’hypothèse Indy Impitoyable« , en référence au film d’Eastwood qui voyait celui-ci en desperado vieillissant reprendre les armes pour un dernier contrat, malgré l’âge. Dans cette approche, on verrait alors un Indy veuf (désolé Marion), en froid avec Mutt qui ne le verrait plus (bon, là, je m’avance, mais cela contournerait le problème Shia LaBeouf…) et retraité de l’université. Indiana Jones repartirait pour un ultime baroud à la John Ford, sur les traces d’un nouveau trésor mythique. Impossible évidemment de savoir pour l’instant quel sera ce dernier. On peut faire confiance à Spielberg et Koepp pour éviter cette fois les OVNIS et revenir aux bases « archéo-historico-mythologiques » des aventures d’Indy. C’est tout le mal qu’on leur souhaite, en espérant que l’archéologue retrouve la Fortune et la Gloire !

Et rappelez-vous, les moqueurs : « It’s not the age, honey. It’s the mileage*.« 

 

Ludovic Fauchier

 

* « L’âge ne compte pas, chérie. C’est le kilométrage. » (Indy à Marion, Les Aventuriers de l’Arche Perdue)

En bref… DEADPOOL

* AVERTISSEMENT : un justicier masqué à l’hygiène aussi douteuse que l’humour a tenté de s’introduire dans ce blog. Sauras-tu le reconnaître ? *

 

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DEADPOOL, de Tim Miller

La justice a un nouveau visage, complètement ravagé : Deadpool (Ryan Reynolds), le mercenaire avec une grande gueule. Increvable mais pas invulnérable, virtuose des armes à feu et des sabres, amateur de bouffe mexicaine, de prostituées, de pognon et ennemi juré du 4ème Mur, il affronte ce matin-là les membres du gang de Francis Freeman, alias Ajax (Ed Skrein), son ennemi juré. L’affrontement sur l’autoroute attire l’attention du X-Man Colossus (André Tricoteux, T.J. Storm, Matt LaSalle et la voix de Stefan Kapicic) (sérieux, ils s’y sont mis à combien pour jouer UN type ?!) et de sa petite protégée, Negasonic Teenage Warhead (également connue sous le nom de « pseudo qui déchire ») (Brianna Hildebrand), qui décident de ramener de ramener un peu de justice et de bonté dans ce merdier sanglant.

Mais derrière le masque de tueur de Deadpool, se cache un homme, un vrai, sensible, cultivé et délicat (hey, on a dit « un homme » !!!) : Wade Wilson… Deux ans plus tôt : Wade, ex-membre des Forces Spéciales devenu mercenaire à la petite semaine, qui passe le plus clair de son temps libre à picoler au bar de son seul ami Weasel (T.J. Miller). Il y rencontre la belle Vanessa (Morena Baccarin), escort girl qui devient en un rien de temps la femme de sa vie. Après quelques mois de bonheur et de pratiques sexuelles intenses, Wade déchante : il se découvre atteint d’un cancer généralisé incurable. Un recruteur vient un jour lui proposer une offre trop tentante : se faire injecter un sérum qui activera ses cellules mutantes dormantes, faisant de lui un super-héros sain et bien portant. Wade accepte, et réalise trop tard qu’il s’est fait piéger par deux trafiquants dotés de super-pouvoirs : Francis Freeman, le fameux Ajax (il lave sa vaisselle à fond), et sa complice Angel Dust (Gina Carano). Laissé pour mort après une tentative d’évasion ratée, Wade se retrouve pourvu d’un pouvoir d’autoguérison qui lui a laissé un faciès semblable à une part de pizza avariée. Sa vie avec Vanessa est ruinée. Wade devient Deadpool, ne vivant que pour la VENGEAAANCE !!… (laisse tomber Ludo, tu es ridicule, ils ont déjà vu le film !)

 

 Deadpool

Impressions :

Impressions très rapides aujourd’huii, vu que le film est déjà sorti depuis un mois… donc :

1) soit vous êtes un fan absolu du comics, vous avez vu le film 200 fois et lui avez mis la note maximum sur ImdB, et donc vous n’avez pas besoin de mon avis…

2) soit les films de super-héros (parodiques ou pas) vous sortent par les yeux, et vous n’êtes donc pas allé voir le film, vous n’avez pas envie de le voir et n’avez pas besoin de lire mon avis !

Faisons court. De tout le catalogue des super-héros Marvel, Deadpool est le plus infréquentable. Personnage secondaire apparu dans la série de comics X-Force, liée à l’univers des X-Men, ce lascar a pris du galon au fil des ans, au fil de la fantaisie des auteurs lui ayant donné une hygiène douteuse, un goût immodéré pour les vannes scatos, une résistance infinie aux pires blessures et mutilations, et le don unique de briser le 4ème Mur en permanence. Deadpool est le seul personnage des comics Marvel à avoir conscience d’être un personnage de comics, et il ne se prive donc pas de s’adresser au lecteur, de se moquer des clichés du genre ou de débattre en permanence avec ses « bulles de pensée », ceci causant chez ses congénères plus sérieux perplexité et/ou exaspération. Devenu culte en quelques années, le mercenaire bavard est donc situé quelque part entre le délire des films de Robert Rodriguez (pour l’ultra-violence cinglée, le mauvais goût revendiqué, les bombasses et la nourriture mexicaine corsée) et les personnages de cartoon tendance Ecureuil Fou de Tex Avery (pour la maltraitance permanente dudit 4ème Mur).

Le film de Tim Miller ici évoqué découle d’une énorme déception, liée à la première apparition du personnage, déjà incarné par Ryan Reynolds, dans X-Men Origines : Wolverine. Un titre qui provoque unanimement la fureur des fans, entre autres par le traitement abracabrantesque du personnage, finissant en simili-monstre de Frankenstein ninja/téléporteur/tirant des rafales de laser par les yeux… et surtout réduit au silence. Une énorme erreur ambulante, que Ryan Reynolds dut assumer au même titre que ses autres rôles dans des comic books movies foireux (Blade Trinity et Green Lantern), avant de participer à un film test réalisé par un ancien des effets spéciaux et des jeux vidéo, Tim Miller. Le réalisateur voulait démontrer aux cadres de la Fox, studio détenteur du personnage, qu’un film respectueux sur ce drôle de gugusse pouvait être tourné, à moindres frais. Diffusé sur le Net, le court-métrage fit un tel carton que le studio céda. Résultat des courses : un carton particulièrement rentable, prouvant par A + B qu’une adaptation de comics n’a pas forcément besoin d’un budget monstrueux pour être réussie : budget de 58 millions de dollars (une somme riquiqui par rapport à la tendance actuelle), pour 708 millions de dollars de bénéfice !

De beaux chiffres, certes, mais est-ce qu’au final, Deadpool est un bon film ? Euh… autant dire la vérité : ce film est très con, mais il est bon, à sa façon… ce qui, ici, est finalement une qualité ! C’est une sorte d’énorme fan fiction réalisée par des professionnels qui assument parfaitement le crétinisme du postulat de départ. Les scénaristes, déjà responsables du cultissime Bienvenue à Zombieland, se sont amusés à servir un one-man show sur mesure à Ryan Reynolds, jamais avare de blagues cradingues, de dixième degré permanent et de grosses allusions à la culture pop. Mention spéciale à l’affrontement avec Colossus, qui rappelle délibérément la scène du Chevalier Noir de Monty Python Sacré Graal ! Ainsi qu’à la scène post-générique de fin à la Ferris Bueller… Voilà, il n’y a guère plus à dire. Il est totalement recommandé de débrancher son cerveau avant de voir le film, à ranger dans le rayon « plaisirs coupables et idiots » au côté de, disons, Dumb & Dumber ou Zoolander.

Ludovic Fauchier (et Deadpool. Tu pourris mon film, je pourris ton blog !!)

 

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Ci-dessus : le film test de Deadpool, qui a tout déclenché.

La fiche technique :

Réalisé par Tim Miller ; scénario de Rhett Reese et Paul Wernick, d’après le personnage créé par Fabian Nicieza & Rob Liefeld (Marvel Comics) ; produit par des culs… par Lauren Shuler Donner, Simon Kinberg et Ryan Reynolds (20th Century Fox Film Corporation / Marvel Entertainment / Kinberg Genre / The Donners’ Company / TSG Entertainment)

Musique : Tom Holkenborg (Junkie XL de Mad Max Fury Road, le meilleur film de l’univers. Respect !!) ;  photo : Ken Seng ; montage : Julian Clarke

Direction artistique : Greg Berry, Nigel Evans et Craig Humphries ; décors : Sean Hawort ; costumes : Angus Strathie

Effets spéciaux visuels : Wayne Brinton, Vincent Cirelli , Pauline Duvall, Charlie Iturriaga, Blaine Lougheed, Paul George Palop, Charles Tait et Ryan Tudhope (Weta Digital / Atomic Fiction / Blur Studios / Digital Domain / Luma Pictures / Ollin VFX Studio / Rodeo FX) ; effets spéciaux de plateau : Alex Burdett ; effets spéciaux de maquillages : Bill Corso ; cascades : Robert Alonzo, combats réglés par D. Pool et Philip J. Silvera

Distribution : 20th Century Fox Film Corporation

Durée : 1 heure 48 

Caméras : Arri Alexa XT Plus (sérieux, mec !? qui s’intéresse aux caméras Arri Alexa XT Plus en lisant ce blog ?! … Toi, fidèle lecteur de l’Ariège ?)

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