Archives pour juin 2008

Aux Yeux du Souvenir… – Jean Delannoy 1908-2008

Le cinéaste français Jean Delannoy s’est éteint avant-hier à l’âge de 100 ans. Ma cinéphilie compulsive connaissant hélas ses limites, surtout dans l’histoire du grand cinéma français (honte à moi), j’aurais été bien ennuyé d’évoquer la carrière de ce cinéaste talentueux, mais hélas méprisé et conspué par certains ayatollahs de la Nouvelle Vague, et qui fut peu à peu oublié du public…  

Je laisse donc ici la parole à un vénérable collègue, Mister Bonzo, qui a rencontré le réalisateur de LA SYMPHONIE PASTORALE et qui était donc bien mieux placé que votre serviteur pour en parler. Je respecterai donc sa demande de vouloir rester dans la Monica… pardon, dans l’anonymat, et de rendre hommage à Monsieur Delannoy.  

Ludovico  

AUX YEUX DU SOUVENIR….  

A Michèle Morgan  

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Jean Delannoy, le « Tonton Flingué » par les gamins en culotte courte de la Nouvelle Vague…  

La grande faucheuse vient encore de frapper. Le lendemain du départ en pas de deux de la sublime Cyd Charisse, elle frappe le cinéma français. Le grand réalisateur Jean Delannoy est mort à l’âge de 100 ans. Pour beaucoup (je pense aux jeunes et certains moins jeunes…) ce nom n’évoque sans doute rien ou pas grand chose. Un siècle, c’est long, ainsi que plus de 60 ans d’activité. Je vous parle d’un temps… comme dirait Aznavour…  

Et pourtant je suis certain que vous avez vu l’un de ses films à la TV. Jean était un homme discret, réservé, mais rigoureux et parfois glacial. Au pays des droits de l’homme, on lui a reproché souvent fait reproche de ses convictions religieuses, mais il ne défendait pas une Église. Comme il l’a dit dans un entretien, il pensait que la littérature et le cinéma étaient faits pour « élever l’esprit ». On ne saurait lui reprocher cette vision, qui fait que les religions sont devenues (ou redevenues?) des instruments de guerre de manière aigue.  

C’était un homme de littérature, passionné par l’écrit, qu’il aimant tant mettre sur pellicule. Comme beaucoup de cinéastes de son époque, il s’est inspiré de Baudelaire, Victor Hugo, Gide, Cocteau, Prévert, etc. Bref, de bons collaborateurs ! Mais il a su aussi s’entourer des meilleurs techniciens et choisir de grands acteurs : Jean Gabin, Michèle Morgan, Madeleine Sologne, Anthony Quinn, Gina Lollobrigida, entre autres…  

Il était fasciné par l’œil, les regards, qui sont l’essentiel pour un acteur projeté sur un grand écran. Comme de nombreux réalisateurs de son époque, il a touché, avec son regard d’aigle et son exigence sans faille, à tous les genres. Rien n’est mineur quand c’est bien écrit, bien fait et que le contenu a un sens.  

Une anecdote datant de l’occupation mérite d’être racontée. Delannoy tourne avec Pierre Blanchar PONTCARRAL, COLONEL D’EMPIRE (1942). C’est un triomphe et une bonne claque aux Allemands. Ces derniers ont laissé passer le film pensant que le mot Empire (celui de Napoléon dans le film) rimait avec Adolf… Il se trouve que ce film fut un triomphe, les français y voyant un sujet de résistance à l’envahisseur. Chaque projection était longuement applaudie !  

Il faut aussi donner un exemple du brio de sa mise en scène. Dans MARIE-ANTOINETTE (1956) avec Michèle Morgan, il filme sa décapitation en off par un gros plan des pieds de la reine déchue qui monte les marches de l’échafaud. La caméra reste fixe, on entend en off le choc de la guillotine et sur les marches coulent des gouttes de sang. Fin géniale et minimaliste. Ça, c’est le Cinéma !  

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T’as d’beaux yeux, tu sais, Michèle…  

Delannoy était un homme de coeur abordant ses films avec sa spiritualité, sa vision de la vie et de la mort, la foi, et un grand imaginaire. Il fit 50 films, écrivit un bloc-notes (1944-1996) en 1998 et non de véritables mémoires. Comme nombres de réalisateurs, il fut balayé par une vague dite nouvelle, les « assassins » des trois D, Duvivier, Decoin et Delannoy. Bref, par ceux-là même qui ont fait du cinéma français des téléfilms très petits-bourgeois… Et comme disait Michel Audiard : « Cette nouvelle vague a envoyé plus de gens à Deauville que dans les salles de cinéma ». D’ailleurs, fine mouche l’ayant compris, Delannoy passa rapidement en fin de carrière à travailler pour la TV…  

Sa foi inébranlable qui lui fut souvent reprochée, a dû, avec sa mort, l’emporter vers une autre lumière.  

« Ah que le monde est grand à la clarté des lampes ! Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! »Charles Beaudelaire

Mister Bonzo  

Post-scriptum : pour la très longue filmographie de Jean Delannoy, voir le site Imdb.com, ou lire son « Bloc –Notes 1944-1996 », Éditions Les belles lettres (1998).  

* Filmographie sélective de quelques-uns des films les plus connus de Jean Delannoy :

1942 MACAO, L’ENFER DU JEU avec Sessue Hayakawa, Mireille Balin et Erich von Stroheim  

PONTCARRAL, COLONEL D’EMPIRE avec Pierre Blanchar   

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1943 L’ÉTERNEL RETOUR (ci-dessus, montage d’extraits du film) avec Madeleine Sologne et Jean Marais, scénario et dialogues de Jean Cocteau  

1945 LA SYMPHONIE PASTORALE avec Michèle Morgan et Pierre Blanchar, Grand Prix du Festival de Cannes et Prix de la Meilleure Actrice !  

1947 LES JEUX SONT FAITS avec Micheline Presle  

1951 LE GARÇON SAUVAGE avec Madeleine Robinson  

1952 LA MINUTE DE VÉRITÉ avec Michèle Morgan et Jean Gabin  

1953 LA ROUTE NAPOLÉON avec Pierre Fresnay  

1954 OBSESSION avec Michèle Morgan et Raf Vallone  

1955 CHIENS PERDUS SANS COLLIER avec Jean Gabin  

1956 MARIE-ANTOINETTE avec Michèle Morgan  

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NOTRE DAME DE PARIS avec Gina Lollobrigida et Anthony Quinn (extrait ci-dessus)  

Deux excellentes adaptations de Simenon :  

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1958 MAIGRET TEND UN PIÈGE avec Jean Gabin, Annie Girardot, Jean Desailly et Lino Ventura (bande-annonce originale ci-dessus)    

1959 MAIGRET ET L’AFFAIRE SAINT-FIACRE avec Jean Gabin et Michel Auclair   

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1960 LE BARON DE L’ÉCLUSE avec Jean Gabin et Micheline Presle, dialogues de Michel Audiard (extrait ci-dessus)  

1961 LA PRINCESSE DE CLÈVES avec Marina Vlady et Jean Marais

1963 VÉNUS IMPÉRIALE avec Gina Lollobrigida et Stephen Boyd

1964 LES AMITIÉS PARTICULIÈRES avec Louis Seigner et Michel Bouquet

1965 LE MAJORDOME avec Paul Meurisse

« Baby, You Knocked Me Out » : Cyd Charisse 1921-2008

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« C’est tout cela, Cyd ! Quand vous avez dansé avec elle, vous restez dansé par elle. » - Fred Astaire 

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Dans CHANTONS SOUS LA PLUIE, Gene Kelly joue le rôle de Don Lockwood, superstar du Hollywood des années 20 qui a bien du mal à s’adapter au grand changement du cinéma parlant. Avec son compère joué par Donald O’Connor, Kelly imagine à l’écran un grand numéro musical, le « Broadway Melody Ballet », un véritable film dans le film qui va faire d’une jeune danseuse et actrice une superstar de l’Âge d’Or des comédies musicales de la MGM. En un seul plan, la caméra fixe Gene Kelly qui glisse sur les genoux pour récupérer son chapeau… tenu par le bout du pied d’une mystérieuse jeune femme. La caméra glisse érotiquement le long d’une jambe charnelle mais gracieuse, impeccablement maintenue en ligne droite par-dessus le genou gauche. Puis nous découvrons la « propriétaire » de la jambe, aussi fascinés et charmés que Gene Kelly : une ravissante jeune femme brune, vêtue d’une trés sexy tenue verte qui met en valeur ses courbes, fixe le héros droit dans des yeux charmants où subsiste un rien d’air slave. Un trés long porte-cigarettes en main, Cyd Charisse vient en une seule image d’affoler les spectateurs des années 50 et d’entrer définitivement dans la légende du Cinéma. Cyd Charisse s’est éteinte le 17 juin 2008 au Centre Médical Cedars-Sinai de Los Angeles, d’un arrêt cardiaque.  

Elle est née Tula Ellice Finklea à Amarillo, Texas, le 8 mars 1921. Elle passe une enfance presque normale, mais elle sera atteinte de poliomyélite, une maladie qui l’affaiblira mais dont elle se remet ; la jeune fille apprend vite à reprendre des forces, et se découvre une passion pour la danse et le ballet. La jeune Tula se montre d’ailleurs si douée qu’elle arrive à Los Angeles à 13 ans pour étudier le ballet, sous la direction de maîtres exigeants et prestigieux, Adolph Bolm et Bronislawa Nijinska (ni plus ni moins que la sœur du grand Nijinsky). Tula devient vite une danseuse exceptionnelle et rejoint le Ballet Russe. L’époque voulant que son vrai nom ne soit pas trés accrocheur, elle prendra des pseudonymes au fil des années, devenant  »Maria Istomina » puis « Felia Sidorova ». A ses débuts devant les caméras de Hollywood, celle qui n’est pas encore Cyd Charisse prendra temporairement le nom plus glamour de Lily Norwood.  

La jeune danseuse devient une splendide jeune femme, qui, à seulement 18 ans, va croiser durant une tournée en Europe le chemin d’un collègue danseur, Nico Charisse. Les jeunes gens tombent amoureux et se marient en 1939. Ils auront un fils, Nicky, en 1942. La 2e Guerre Mondiale entraîne la dissolution de la troupe des Ballets Russes, et Tula/Maria/Felia décide de tenter sa chance dans le Cinéma. Hollywood apprécie les comédies musicales, et le talent de danseuse et sa photogénie naturelle ne vont pas passer inaperçus. C’est ainsi qu’en 1943, elle fait sa première apparition (sous le pseudonyme « Lily Norwood ») au cinéma, dans SOMETHING TO SHOUT ABOUT, un film de Gregory Ratoff avec Don Ameche. Si le film n’est pas inoubliable, la jeune actrice-danseuse débutante retient l’attention du chorégraphe Robert Alton (celui-là même qui découvrit le talent de Gene Kelly en personne).  

Les années 1940s ne sont pas encore le tremplin vers la gloire pour Cyd Charisse, qui travaille et, au fil du temps, va passer du statut de « danseuse au fond de l’écran » à celui d’une comédienne prometteuse, cantonnée dans des rôles secondaires. Elle n’est pas créditée, pour commencer, au générique de MISSION TO MOSCOW de Michael Curtiz, et THOUSANDS CHEER (LA PARADE AUX ETOILES), de George Sidney, avec Gene Kelly, son futur partenaire à l’écran. En 1946, elle danse (et n’est toujours pas citée au générique) avec Fred Astaire en personne, dans ZIEGFELD FOLLIES. Le pas de deux qu’elle effectue avec la star convainc le studio de son potentiel, et, grâce à Robert Alton, elle rejoint « l’Unité Arthur Freed » de la MGM. Freed étant le producteur prestigieux du studio dans le département des comédies musicales, c’est une première étape importante pour celle qui va choisir son nom d’artiste définitif : voici donc Cyd Charisse, ainsi prénommée parce que son frère, enfant, n’arrivant pas à l’appeler « Sister » ou « Sis », la nommait « Sid » ! Elle décroche pour l’occasion un contrat de 7 ans au studio à la tête de lion.  

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Ci-dessus : un extrait enflammé de FIESTA, l’un des premiers succès de Cyd Charisse, où elle danse avec Ricardo Montalban (lui aussi décédé en 2008).  

Durant cette période, on va la voir enfin citée au générique des productions MGM, à commencer par LES DEMOISELLES HARVEY de George Sidney, dont Judy Garland tient la vedette. Suivront, entre 1947 et 1951, une dizaine de films, généralement des romances musicales avec Esther Williams et le latin lover Ricardo Montalban. Cyd progresse petit à petit sous la direction des bons « faiseurs » du studio : Richard Thorpe, Henry Koster, Laslo Benedek, Norman Taurog, Mervyn LeRoy…Pardonnez à l’auteur de ces lignes de ne pas pouvoir citer les titres de ces films, il ne les a pas vus ! Durant cette période, un film cependant se détache du lot : un excellent drame criminel de John Berry, hélas rarissime (avis aux amateurs des chaînes câblées et du Cinéma de Minuit), TENSION, où Cyd partage l’affiche avec Richard Basehart et Audrey Totter. Basehart campe un homme qui veut se venger de l’infidélité de sa femme en tuant son amant. Il change d’identité pour cela, et croise la charmante Miss Charisse pour son malheur…

Divorcée de Nico Charisse, Cyd épousera en 1948 le chrooner Tony Martin. Ils auront un fils, Tony Martin Jr, en 1950, et, fait remarquable dans le monde impitoyable du show business, Cyd et Tony demeureront mariés et heureux jusqu’à son décès. 

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Mais revenons à la carrière de Cyd, qui va connaître un bond phénoménal en avant au début des années 1950s. Si, en 1951, elle manque de peu de partager l’affiche d’UN AMERICAIN A PARIS avec Gene Kelly, sous la direction de Vincente Minnelli (c’est Leslie Caron qui aura cet honneur), Cyd va donc enfin obtenir la consécration. Elle envoûte donc à l’écran Gene Kelly dans la fameuse séquence fantasmée de CHANTONS SOUS LA PLUIE, où elle n’a ni dialogues ni chansons mais enflamme littéralement la pellicule et l’esprit du public. C’est à cette époque que Cyd obtient une assurance record de 5 millions de $ pour ses jambes, d’où son surnom, pour l’anecdote, de « Jambes les Plus Chères de Hollywood ».  

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Ci-dessus : Cyd et Fred Astaire interprètent « Dancing in the Dark » dans THE BAND WAGON (TOUS EN SCENE) de Vincente Minnelli. Pure magie.  

En 1953, c’est le triomphe. THE BAND WAGON (TOUS EN SCENE), un chef-d’oeuvre signé Vincente Minnelli, la fait retrouver Fred Astaire en vedette vieillissante. Cyd prouve qu’elle est aussi une excellente comédienne, et enchante les yeux du spectateur via les séquences d’anthologie que constituent le romantique  »Dancing in the Dark » et le frénétique ballet « Girl Hunt », pastichant les romans noirs à la Chandler ou Mickey Spillane. Toujours sous la direction de Minnelli, Cyd partage l’affiche de BRIGADOON en 1954 avec son ami Gene Kelly. Le ton désenchanté de cette fable musicale douce-amère explique sans doute le manque de succès du film à sa sortie, il n’en demeure pas moins un véritable bijou, où Cyd irradie de splendeur dans les superbes tableaux vivants filmés par le maestro Minnelli.  

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En 1955, IT’S ALWAYS FAIR WEATHER (BEAU FIXE SUR NEW YORK) l’associe à nouveau à Stanley Donen et Gene Kelly. Une nouvelle réussite où la charmante Cyd se montre une nouvelle fois à son avantage, notamment dans le numéro  »Baby You Knock Me Out » où elle affole un gymnase de boxeurs new-yorkais !

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Passons vite sur MEET ME IN LAS VEGAS (parfois titré VIVA LAS VEGAS !) de Roy Rowland, sorti en 1956, pour nous intéresser au film suivant, SILK STOCKINGS (LA BELLE DE MOSCOU) de Rouben Mamoulian. Ce remake brillant de NINOTCHKA, le chef-d’oeuvre comique signé Ernst Lubitsch qui faisait enfin éclater de rire Greta Garbo, a parfois été vilipendé justement parce qu’il osait « refaire » le film original et le transformer en comédie musicale. Associée pour la dernière fois à l’écran à Fred Astaire (et Peter Lorre dans un second rôle délirant), Cyd Charisse est pourtant à son meilleur niveau, et elle décrochera sa seule nomination comme Meilleure Actrice, aux Golden Globes.  

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Ci-dessus : la bande-annonce originale de SILK STOCKINGS.  

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L’année suivante, 1958, voit Cyd à l’affiche d’un autre bijou oublié, PARTY GIRL (TRAQUENARD) de Nicholas Ray. Elle y joue le rôle de Vicky, une « party girl », ces danseuses que les gangsters américains aimaient tant ramener dans leurs fêtes privées pour animer la soirée – et souvent plus que ça… Dans le film, Cyd rencontre un avocat boîteux (magnifique Robert Taylor), et ils tombent amoureux. Au grand dam de l’épouse vénale de Taylor, elle-même ancienne party girl, et des « amis » de l’avocat, d’infâmes gangsters psychopathes à des degrés divers. Avec à leur tête Lee J. Cobb et sa bouteille de vitriol qui menace le visage de la belle Cyd, et le brutal John Ireland qui la convoite également, Robert Taylor a bien du souci à l’écran pour protéger sa dulcinée, et trouver là sa rédemption !  

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Cyd prouve ici définitivement qu’elle est une excellente actrice dramatique, et illumine le film de deux numéros de danse. Dont celui-ci dessus, où elle révèle par ses seuls regards et sa gestuelle son désir et son amour pour Robert Taylor. Un grand moment de pur Cinéma.  

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Ci-dessus : la bande-annonce de TWO WEEKS IN ANOTHER TOWN (Quinze Jours Ailleurs), où Cyd joue aux côtés de Kirk Douglas, Edward G. Robinson, George Hamilton et Claire Trevor.  

Cette décennie magique touche cependant à sa fin, et marque le déclin de la Comédie Musicale « MGM Style ». Les apparitions à l’écran de Cyd Charisse se feront alors plus rares. On la verra en 1960 à l’affiche d’1-2-3-4 OU LES COLLANTS NOIRS, un film oubliable de Terence Young, avec quand même nos Zizi Jeanmaire et Roland Petit nationaux ! En 1962, Cyd devait jouer dans SOMETHING’S GOTTA GIVE de George Cukor. Mais on sait que le destin tragique de Marilyn Monroe allait interrompre le tournage du film… Cyd trouvera quand même un dernier grand rôle grâce à son cinéaste favori, Vincente Minnelli. TWO WEEKS IN ANOTHER TOWN (Quinze Jours Ailleurs ), avec Kirk Douglas et Edward G. Robinson, marquera en quelque sorte la fin d’une époque, même si l’actrice restera toujours active par la suite. Après quelques séries B vite oubliées vers 1965-1967, Cyd se retire des écrans, pour revenir à sa grande passion, la danse et le ballet, et animer des shows musicaux à Las Vegas avec son mari.

Durant les années 1970-1980s, Cyd Charisse fera des apparitions spéciales en guest star dans des séries TV (HAWAI POLICE D’ETAT, LA CROISIERE S’AMUSE, L’ÎLE FANTASTIQUE, ARABESQUE… jusqu’à un épisode de FRASIER en 1995 ). Cyd fera un bref come-back au grand écran dans quelques films qu’on oubliera vite. Elle apparaîtra aussi dans des clips vidéos comme « Alright » de Janet Jackson (1990), et surtout présentera de nombreuses rétrospectives sur le grand Hollywood des comédies musicales, montrant que le nombre des années n’aura pas alterné son charme et son maintien impeccables. En 2006, Cyd Charisse obtiendra la Médaille Nationale Américaine des Arts pour avoir continué à promouvoir la Danse comme un art à part entière. Son étoile du Walk of Fame est au 1601 Vine Street à Los Angeles.

Après les récents décès de Richard Widmark et de Charlton Heston, le départ de Cyd Charisse marque une disparition de plus parmi les derniers grands survivants de l’Âge d’Or du Cinéma de Hollywood. Mais heureusement, les films sont immortels. Et Cyd Charisse sera toujours là pour enchanter nos souvenirs de ballets charnels et romantiques, au sens noble du terme.

Créateur de Créatures : Stan Winston (1946-2008)

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« Je ne fais pas d’effets spéciaux. Je fais des personnages. Je fais des créatures. » 

Tout amateur de « monster movies » ayant suivi l’évolution du cinéma Fantastique de ces 30 dernières années aura sûrement eu un petit pincement au coeur en apprenant le décès de Stan Winston le 15 juin dernier, victime d’une saleté de myélome multiple à l’âge de 62 ans.  

Véritable sommité en matière d’effets spéciaux (dans les domaines du maquillage, de l’animatronique et des effets digitaux), ce Gepetto du cinéma aura su alimenter les rêves et les cauchemars de millions de cinéphiles, à travers les monstres et merveilles qu’il a su imaginer en partenariat avec quelques-uns des cinéastes les plus prestigieux de la planète. Rendons-lui hommage en revoyant les grandes heures de sa carrière.  

Né le 7 avril 1946, Stan Winston étudia la peinture et la sculpture à l’Université de Virginie. Le jeune homme rêve de devenir acteur, et part tenter sa chance à Hollywood en 1968. Mais quelques mois de vaches maigres où il essaie sans succès de devenir stand-up comedian,  le poussent à changer son fusil d’épaules. Stan Winston rejoindra alors le Département Maquillages des Studios Walt Disney, où il va apprendre les ficelles du métier qui le poussera à la reconnaissance.  

Comme il faut bien gagner sa vie, les premières années ne sont pas forcément les plus heureuses, mais le travail est là. Le succès de films comme LA PLANETE DES SINGES ou L’EXORCISTE commence juste à mettre en avant le talent des maquilleurs professionnels de Hollywood, et, lentement, patiemment, le jeune Winston gravit les échelons de son métier. La qualité des oeuvres sur lesquelles il travaille est rarement au rendez-vous, le téléfilm GARGOYLES (1972) lui permet quand même d’avoir son nom au générique, et d’obtenir sa première récompense, rien de moins qu’un Emmy Award. Durant les années 70, il signe notamment les maquillages spéciaux du téléfilm THE AUTOBIOGRAPHY OF MISS JANE PITTMAN de John Korty (1974, et 2e Emmy Award remporté pour ses maquillages) et du film THE MAN IN THE GLASS BOOTH d’Arthur Hiller, avec Maximilian Schell, en 1975. Les autres films sur lesquels il travaille alors sont des petits films fantastiques vite oubliés. En 1978, il travaille avec un cinéaste prestigieux, le premier d’une longue liste, Sidney Lumet, pour un film malheureusement bien raté, THE WIZ. Une adaptation musicale trés kitsch/disco du MAGICIEN D’OZ avec Diana Ross en Dorothy et Michael Jackson en Epouvantail ! Soit dit en passant, il dirigera le chanteur des années plus tard pour les besoins du vidéo-clip GHOSTS, où Jackson se transforme en squelette spectral. C’est en 1981 que Winston va pour de bon gagner l’estime des professionnels grâce au cinéma Fantastique alors en plein boom créatif. Il signe les maquillages spéciaux de THE HAND, un film d’horreur d’Oliver Stone, et se fait aussi remarquer pour son travail sur une série B fantastique bien menée, DEAD AND BURIED (REINCARNATIONS) de Gary Sherman. Mais c’est surtout son travail sur THE ENTITY (L’EMPRISE) de Sidney J. Furie qu’il impressionne spectateurs et professionnels. Dans une scène-choc, la pauvre Barbara Hershey subit les assauts sexuels d’une entité invisible qui s’acharne sur son joli corps à coups de griffures et déformations. Winston crée pour l’occasion un « corps-doublure » factice de l’actrice, qui est cachée sous le lit et dont seule la tête est « raccordée » à ce faux corps. Commandé à distance par une batterie de tubes et de bladders (poches élastiques remplies d’air), le corps de la comédienne donne l’impression de subir des agressions terrifiantes, sans danger pour celle-ci. Le public n’y voit que du feu et Stan Winston signe là le début d’une fructueuse série de créations d’effets spéciaux révolutionnaires.   

En 1982, Stan Winston est appelé à la rescousse sur le tournage de THE THING, le chef-d’oeuvre claustrophobe horrifique de John Carpenter. Le créateur des incroyables métamorphoses de ce bijou du Fantastique, Rob Bottin, s’est tellement épuisé à la tâche qu’il ne peut assurer la réalisation des effets spéciaux d’une séquence importante. Stan Winston le remplace donc au pied levé pour réaliser les effets de la traumatisante scène du chenil, où un inquiétant husky se transforme à vue d’oeil en une abomination tout droit sortie des nouvelles d’H.P. Lovecraft. Fair play, Winston laissera le jeune prodige Bottin récolter les félicitations finales pour l’ensemble des transformations filmées par Carpenter. Celui-ci le retrouvera en 1984 pour signer une autre métamorphose extra-terrestre beaucoup plus soft mais réussie tout de même, au début de STARMAN. Winston réalise les effets de la scène avec deux célèbres collègues, Dick Smith (L’EXORCISTE) et Rick Baker (LE LOUP-GAROU DE LONDRES).  

 

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Ci-dessus : le Grand Finale de TERMINATOR, où Arnold Schwarzenegger cède la place au squelette robotique conçu par Stan Winston (à l’exception de quelques plans en animation).  

La consécration arrive cette même année 1984 avec la sortie de TERMINATOR. Avec un budget réduit, Winston, se basant sur les dessins du jeune cinéaste James Cameron, fait d’Arnold Schwarzenegger un cyborg plus vrai que nature. La décomposition progressive de l’acteur en squelette robotique, jusqu’à son apparition infernale au milieu d’un incendie, entre dans l’imaginaire collectif, célèbre la rencontre de Winston avec sa créature favorite, et scelle le début d’une solide collaboration professionnelle entre lui et James Cameron. Pour l’occasion, lorsque Cameron doit filmer certains gros plans du personnage dans sa forme semi-humaine ou totalement robotisée, Winston expérimente un premier procédé d’effets spéciaux animatroniques – contraction d’ »animation électronique », le Terminator étant alors une marionnette sophistiquée, animée électroniquement à distance selon certains gestes pré-réglés.  

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L’année suivante, Cameron travaille de nouveau avec lui pour signer ALIENS, la suite trés guerrière des mésaventures de Sigourney Weaver face au monstre cauchemardesque sorti des peintures de H.R. Giger. S’il modifie quelque peu l’apparence de la créature du film de Ridley Scott, ici déclinée en dizaines d’exemplaires agressifs, Winston réussit l’une de ses plus impressionnantes créations en la personne de la Reine des Aliens. Une sale bête à la taille démesurée, animée à la fois par des assistants cachés dans le « costume » qui la compose, et par animatronique pour les gros plans. A la sortie du film en 1986, l’affreuse créature qui affronte Ripley (Sigourney) dans le mémorable duel final marque les esprits. C’est d’ailleurs en se souvenant de la création de ce monstre grandeur nature que Steven Spielberg choisira d’engager Stan Winston dans la préproduction de JURASSIC PARK en 1992.  

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Mais auparavant, Stan Winston va accumuler les succès. En 1987 sort PREDATOR de John McTiernan, pour lequel il conçoit le monstre « qui n’a pas une gueule de porte-bonheur » comme le dit Arnold Schwarzenegger dans une réplique d’anthologie en VF ! Campé par le comédien Kevin Peter Hall (2,20 m), le Predator est une autre création marquante de Winston. Avec sa double paire de mâchoires d’arthropode, ses dreadlocks organiques, ses griffes, sa peau reptilienne et son attirail destructeur, le chasseur extra-terrestre réussit l’exploit de terroriser à l’écran l’invincible Arnold et sa bande de baroudeurs perdus en pleine jungle, pour ce qui restera l’un des meilleurs films du Chêne Autrichien, et un sacré morceau d’action et d’horreur. Une suite, moins réussie, signée Stephen Hopkins en 1990 permettra à Winston d’améliorer le look du monstre, devenu depuis « culte » chez les fans du genre.  

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Ci-dessus : un extrait du making of de PREDATOR, où Stan Winston explique la conception du monstre incarné par Kevin Peter Hall. Avec des interviews de Hall, de l’acteur Bill Duke et du réalisateur John McTiernan.  

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Ci-dessus : la bande-annonce d’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT. Les fameuses « mains » d’Edward (Johnny Depp) ont été créés par Stan Winston.  

En cette même année 1990, Stan Winston réussit des maquillages moins spectaculaires mais bien plus poétiques, en transformant Johnny Depp en EDWARD AUX MAINS D’ARGENT pour Tim Burton. Il se charge de dissimuler les mains du comédien sous les fameuses mains-ciseaux de son personnage, pour ce qui reste un pur chef-d’oeuvre mélancolique. A cette époque, Winston se tournera vers la mise en scène, sans trop de réussite il faut bien le dire (PUMPKINHEAD en 1988, GNORM en 1990), pour des films qui se contenteront de mettre en avant le savoir-faire technique de son équipe d’assistants du Stan Winston Studio, qui commence alors à prendre beaucoup d’ampleur.

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Ci-dessus : la fameuse bande-annonce « teaser » de TERMINATOR 2 a été tournée par Stan Winston en 1990, un an avant la sortie du film de James Cameron.  

Fidèle aux réalisateurs qui ont su mettre en valeur son travail, Stan Winston retrouve James Cameron pour TERMINATOR 2 : LE JUGEMENT DERNIER, le méga-carton de l’année 1991, où lui et son équipe vont réaliser de nouvelles prouesses : des maquillages classiques sur Arnold, dans la lignée du premier, auxquels se rajoutent des animatroniques plus sophistiquées du Terminator squelettique mis en valeur dans la scène d’ouverture, et celles du nouveau méchant, le T-1000 protéiforme, dont les déformations surréalistes (« tête-beignet » trouée, fendue en deux, corps éclaté par une grenade) doivent autant au talent de Winston qu’à celui des informaticiens géniaux d’ILM, chargés quant à eux des métamorphoses à vue. C’est l’Oscar mérité pour Winston et son équipe. 

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Ci-dessus : dans BATMAN RETURNS (BATMAN LE DEFI), l’immonde Pingouin (Danny DeVITO) motive ses troupes palmées pour la  »libération » de Gotham City. Le maquillage de DeVito, ainsi que les pingouins animatroniques, sont la création de l’équipe de Stan Winston. (pardon pour la qualité d’image très moyenne !)  

Stan Winston retrouve l’univers de Tim Burton en 1992 avec BATMAN RETURNS (BATMAN LE DEFI), la suite macabre, controversée, mais largement supérieure au film original de 1989. Winston se charge ici de transformer Danny DeVito en Pingouin, un méchant mémorable, à la fois pathétique, odieux et nauséeux, éloigné du personnage originel du comics et conforme en tout point aux dessins de Burton. Il crée aussi pour l’occasion des pingouins animatroniques pour certains plans jugés trop délicats pour être filmés avec les vrais palmipèdes. Encore une belle réussite.

 

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Winston enchaîne sur un projet « énorme » à tout point de vue, et pour cause ! Steven Spielberg en personne apprécie son travail et celui de ses assistants, et les engage pour donner vie aux dinosaures live de JURASSIC PARK. Le film est un triomphe mondial, et la presse, toujours en retard d’un train, déblatère à n’en plus finir sur les fameux dinos en image de synthèse, qui selon elle seraient en images de synthèse d’un bout à l’autre du film ! Sans vouloir renier le prodigieux travail accompli par Dennis Murren, Phil Tippett et les petits génies de l’informatique d’ILM, rappelons que les dinosaures générés sur ordinateur n’occupent qu’une part « modeste » du métrage (une dizaine de minutes maximum). Stan Winston et son équipe se chargent quant à eux de créer des dinosaures grandeur nature, animés durant le tournage même des séquences avec les comédiens.  

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Ci-dessus : en Version Française, la grande scène d’attaque du Tyrannosaure de JURASSIC PARK ! Le dinosaure est une réplique animatronique grandeur nature, animée par Stan Winston et son équipe, pour la plupart de la séquence. Les effets visuels d’ILM interviennent quand Rex se déplace et apparaît en entier. 

Le bébé Vélociraptor, le Tricératops malade, le Brachiosaure venant réveiller Sam Neill et les enfants cachés dans un arbre, le Dilophosaure « cracheur » de venin sont tous des créations de l’équipe de Winston. Les passages les plus terrifiants mettant en scène le gigantesque Tyrannosaure Rex et les sournois Vélociraptors mettront aussi à contribution les efforts de la bande à Winston. Ce qui lui rapportera un nouvel Oscar, une nouvelle fois mérité, et le début d’une nouvelle ère des effets visuels à grand spectacle.

Winston continuera à travailler sur la saga « Jurassique » de l’ami Spielberg, perfectionnant ses animatroniques dans LE MONDE PERDU (1997) et JURASSIC PARK III (2001, réalisé par Joe Johnston), et y créera de nouveaux terribles lézards toujours trés impressionnants : les minuscules et voraces Compys qui dévorent le vilain chasseur Peter Stormare, le bébé Stégosaure qui n’aime pas les photos de Julianne Moore, la famille Tyrannosaure qui vient démolir les véhicules des héros, le gigantesque Spinosaure du troisième volet et des Vélociraptors new look, entre autres !

1993, l’année du triomphe pour Stan Winston, lui permet de se lancer dans l’ère digitale. Avec James Cameron, il fonde le bien-nommé studio d’effets spéciaux Digital Domain, tout en continuant ses activités de maquilleur et de spécialiste de l’animatronique. Sous l’égide de ce solide concurrent d’ILM, Winston revient à des maquillages plus classiques mais toujours réussis, ceux d’ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE, où il transforme Tom Cruise, Brad Pitt et Antonio Banderas en séduisants Seigneurs de la Nuit au visage marbré de veines apparentes. Et quelques effets bien saignants, dont Mister Cruise fait même les frais, égorgé dans une scène par une vampirette juvénile, Kirsten Dunst !

Et la carrière de Winston va continuer, même si le succès n’est pas toujours au rendez-vous. Comme en témoigne les effets ratés (selon l’aveu de Winston lui-même) de CONGO, adaptation ratée par Frank Marshall d’un roman d’aventures de Michael Crichton riche en gorilles féroces. Mais comme vous l’aurez compris, dans ce blog, on aime la gent simiesque, on pardonnera à Winston, qui se rattrapera dans le genre en créant des gorilles nettement plus réussis en 1999, dans INSTINCT avec Sir Anthony Hopkins !

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Entre ces péripéties de primates, Stan Winston va continuer ses activités et créer de nouveaux et ingénieux effets, tout en laissant ses assistants du Stan Winston Studio prendre une part créative plus importante au sein de la société. En 1996, il retrouve Arnold et son personnage fétiche pour le film spécialement conçu comme attraction au parc d’Universal Studios,  TERMINATOR 2 3-D BATTLE ACROSS TIME. Winston créera cette même année des faux lions convainquants dans un honnête film d’aventures de Stephen Hopkins, GHOST AND THE DARKNESS (L’OMBRE ET LA PROIE) avec Michael Douglas et Val Kilmer. L’année suivante, Winston montre qu’il ne fait pas que s’intéresser aux grosses bêbêtes, les minuscules l’intéressent aussi ! Il crée ainsi une souris animatronique facétieuse dans le trés drôle MOUSEHUNT (LA SOURIS) de Gore Verbinski, et, en 1998, il fabrique pour Joe Dante les SMALL SOLDIERS, ces jouets militaires incontrôlables qui viennent semer la panique dans une petite ville américaine bien tranquille.  

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Ci-dessus : dans SMALL SOLDIERS, Kirsten Dunst et Gregory Smith se retrouvent pourchassés par les redoutables Commando Elite. Encore une adroite combinaison des effets animatroniques de Stan Winston associé au studio ILM.  

Signalons aussi d’autres effets trés fun dans GALAXY QUEST, une savoureuse comédie spatiale parodiant STAR TREK, pour laquelle Winston crée un vilain général Alien trés réussi. Son studio se signale aussi cette année-là par des maquillages trés réussis, dans AUSTIN POWERS : L’ESPION QUI M’A NIQUEE, où Mike Myers devient l’immonde obèse Fat Bastard, et les spectres qui terrorisent Haley Joel Osment dans SIXIEME SENS de M. Night Shyamalan. Le Stan Winston Studio créera d’autres spectres effrayants dans le mésestimé WHAT LIES BENEATH (APPARENCES) de Robert Zemeckis, en 2000.

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Nouvelle réussite en 2001 pour Stan Winston, qui après avoir signé des maquillages « classiques » sur le PEARL HARBOR de Michael « Badaboum » Bay, réussit un nouveau tour de force en créant les Méchas, les robots simili-humains de Steven Spielberg dans le sous-estimé A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. En utilisant les nouvelles techniques de maquillage digital, Winston réussit des créations étonnantes combinées aux effets visuels de Dennis Murren d’ILM. Des acteurs jouant les robots mutilés laissent ainsi apparaître leurs circuits internes à vif, et peuvent remplacer leurs yeux, leurs mâchoires et leurs mains sans la moindre difficulté… La séquence de la « Flesh Fair » permet à l’équipe de Winston de déchaîner son imagination en créant des dizaines de Méchas aux formes étranges, pauvres victimes vouées à être mises à mort dans des jeux du cirque contemporains. Le visage de Winston sera même reproduit pour l’un de ces malheureux robots !  

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Ci-dessus : l’inquiétant monde futuriste d’A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, où les Méchas sont persécutés et traqués. Remarquables combinaison d’effets de maquillages, animatroniques et images de synthèse, dûs aux équipes de Winston et d’ILM.

Ces dernières années, la carrière de Stan Winston va se continuer avec le même succès. En 2003, TERMINATOR 3 marque les retrouvailles de Stan Winston avec son cher cyborg, même si James Cameron n’est plus aux commandes. C’est Jonathan Mostow qui signe là une honorable série B d’action bien troussée, où Winston peut appliquer sur Arnold les techniques de maquillage digital mises au point sur A.I., et inventer un nouveau méchant, la T-X campée par la trés sexy Kristanna Loken. Cette même année 2003, Winston met au point des effets d’une belle discrétion pour le magnifique BIG FISH de Tim Burton, notamment cet énorme poisson-chat animatronique avec lequel se bat Ewan McGregor au début du film pour récupérer sa précieuse bague de mariage !

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En 2005, Stan Winston continue les projets prestigieux. Il conçoit les légions de Démons qui viennent tourmenter Keanu Reeves et Rachel Weisz dans CONSTANTINE de Francis Lawrence, et signe les maquillages de TIDELAND de Terry Gilliam. Son studio participe à LA GUERRE DES MONDES du camarade Spielberg, créant notamment l’Herbe Rouge et assurant les effets de la séquence finale où un Tripode s’écroule, avec son occupant, devant les survivants humains à Boston. L’année suivante, le Stan Winston Studio signera les maquillages réalistes de la reconstitution du drame du WORLD TRADE CENTER d’Oliver Stone. Enfin, alors même qu’il se savait gravement malade, Stan Winston continuera à travailler avec talent sur de nouvelles créations. Tandis que les associés de son studio s’occupent à la fois du look du Crâne, des animaux croisés par Indy et sa bande (chiens de prairie et Sapajous farceurs) et des « Aliens » mystérieux d’INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL, Winston signera d’ingénieux effets pour IRON MAN, le super-héros mis en scène par Jon Favreau.

Enfin, son nom restera associé, à titre posthume, aux prochains travaux de son studio en 2009. Il sera trés certainement cité en hommage aux génériques d’AVATAR, le prochain film de James Cameron, de G.I. JOE de Stephen Sommers, de l’éventuel JURASSIC PARK IV qui devrait enfin être lancé l’année prochaine, et de TERMINATOR SALVATION : THE FUTURE BEGINS, suite (et pas fin) de la saga du cyborg, sans Schwarzie mais avec Christian Bale en John Connor, sous les caméras de McG. 

Stan Winston a été nominé 6 fois aux Oscars : Meilleurs Maquillages pour HEARTBEEPS (1981), EDWARD AUX MAINS D’ARGENT (1990), et BATMAN RETURNS (1992), et Meilleurs Effets Spéciaux Visuels pour PREDATOR (1987), LE MONDE PERDU (1997) et A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (2001). Il a remporté 4 Oscars au total : pour les Meilleurs Effets Spéciaux avec ALIENS (1986), un doublé Maquillages-Effets Spéciaux pour TERMINATOR 2 (1991) et enfin les Meilleurs Effets Spéciaux avec JURASSIC PARK (1993). Il a également eu son étoile sur le Hollywood Walk of Fame (au 6522 Hollywood Blvd.), un honneur qu’il est le seul à partager avec un autre magicien des effets spéciaux, le vénérable Ray Harryhausen.

Sa place n’est pas dans un musée ! – INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL – Partie 3

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3e Partie : 

L’inventivité et l’exhaustivité des scénaristes ne s’arrête pas là. Le voyage d’Indy et Mutt les font retrouver le Crâne de Cristal dans un certain tombeau, le Berceau d’Orellana, près du plateau de Nazca au Pérou. Ce site existe réellement : les géoglyphes créés depuis des siècles ont été découverts en 1926, et ont fait l’objet de recherches sérieuses par l’archéologue Maria Reiche. Ces immenses dessins faits à partir d’alignements de cailloux avaient une fonction rituelle sacrée. Comme le dit Indy dans le film, le plus extraordinaire étant que ces dessins ne sont visibles clairement que depuis le ciel ! Ce fait a conduit des ufologues à croire qu’ils pourraient être des signaux destinés à d’éventuels visiteurs célestes. Cette théorie rejoint celle dite des « Anciens Astronautes », très critiquée, qui fut défendue par l’ufologue Erich Von Däniken dans son livre CHARIOTS OF THE GODS ? Elle n’est cependant pas aussi farfelue qu’il y paraît : de nombreuses civilisations, pourtant éloignées géographiquement et temporellement, évoquent des phénomènes et des rencontres étranges – y compris dans l’Ancien Testament de notre Bible. Cherchez aussi du côté des légendes aborigènes Australiennes de « l’Homme sans Bouche », des statuettes Dogu japonaises, de certaines peintures étrusques, de certaines fresques aztèques ou mayas, et vous verrez d’étonnantes similitudes… Soit dit en passant, l’un des dessins de Nazca, représentant un homme, a gagné un surnom de circonstance : « l’Astronaute »…  

En ce qui concerne le Berceau d’Orellana, les scénaristes se sont inspirés de l’histoire d’un véritable Conquistador, Francisco de Orellana. Lieutenant de Gonzalo Pizarro, Orellana disparut en 1546 aux confins de l’Amazonie. Sa disparition, ainsi que celle de Lope de Aguirre (cf. le film AGUIRRE LA COLÈRE DE DIEU de Werner Herzog), alimentera la légende de l’El Dorado. Mais derrière la légende, des faits existent. Certes, INDIANA JONES ET LE ROYAUME… n’est qu’une fiction, mais là encore, Spielberg et ses scénaristes se montrent plus malins qu’il n’y paraît. En mêlant astucieusement, pour le bien de la narration, les mystères de Roswell, du Hangar 51, Nazca et l’El Dorado, ils créent une cohérence dans le cadre de l’aventure. Et, avec la cité perdue d’Akator, ils en rajoutent une nouvelle couche ! Les cités perdues d’Amérique du Sud ne sont pas uniquement des mythes : qu’on pense par exemple à Machu Picchu, dans les Andes, à Tiwanaku, aux restes d’une cité engloutie au fond du Lac Titicaca, découverte en 2000… Les récits de cités prodigieuses dissimulées au fond de l’Amazonie ont continué d’alimenter les rêves des explorateurs, tels l’Anglais Percy Harrison Fawcett (1867-1925), un véritable Indiana Jones avant l’heure, qui disparut alors qu’il recherchait une énigmatique cité mégalithique surnommée « Z »…  

Mais revenons à Akator. En réalité, il s’agit d’Akakor (le scénario change le nom, peut-être pour des raisons phonétiques ?) . Une cité disparue à l’origine d’une des plus étonnantes histoires de cités perdues, relayée par le livre d’un journaliste allemand, Karl Brugger, paru sous le titre LA CHRONIQUE D’AKAKOR. MYTHE ET LÉGENDE D’UN PEUPLE ANTIQUE D’AMAZONIE**. Avant de mourir assassiné mystérieusement en Amazonie en 1984, Brugger a relaté dans ce livre ses curieuses rencontres avec un indien, Tatunca Nara, qui prétendait être le dernier Prince d’Akakor, descendant du peuple d’Ugha Mongulala – qui inspirent donc à Spielberg les Ughas hostiles accueillant les intrus dans leur ville… Un « peuple élu par les dieux » venus du ciel il y a 15000 ans, et que nous voyons dans le film… Aussi incroyable et suspicieuse qu’elle puisse paraître, la légende d’Akakor repose sur certains faits solides, et donne au scénario son poids historique et archéologique. L’idée de faire d’Akator/Akakor le sanctuaire secret d’anciens Dieux extra-terrestres n’est donc pas si folle que cela. Elle permet de plus de lier les différents aspects mythologiques évoqués dans le film à ce fameux Crâne de Cristal source de tant de controverses.  

** si vous désirez en savoir plus sur l’énigme Akakor, et les récits de découvertes de cités perdues en Amérique du Sud, cliquez sur le lien suivant :

http://www.granpaititi.com

Vous n’allez pas être déçu du voyage !  

 

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On s’amusera aussi de constater que le scénario, dans ses rebondissements ultimes, s’aventure aussi en terrain familier pour les lecteurs européens de bande dessinée : les maîtres belges de la Ligne Claire, Messieurs Hergé et Edgar P. Jacobs, sont expressément cités en hommage, mieux encore que dans les opus précédents. La cité perdue est cachée par un passage secret dissimulé dans une chute d’eau, comme dans LE TEMPLE DU SOLEIL, et l’apothéose finale évoque le grand finale de L’ÉNIGME DE L’ATLANTIDE, un Blake & Mortimer de la meilleure cuvée. Il n’est pas étonnant alors d’apprendre que Steven Spielberg, avec la collaboration de Peter Jackson, va enchaîner sur une adaptation animée en Motion Capture des Aventures de Tintin !…  

Apprécions aussi, enfin, le film pour sa valeur professionnelle. À la mise en scène, Spielberg nous régale de scènes d’une fluidité et d’un dynamisme exemplaire, dès le générique. Citons aussi le passage mouvementé de la course-poursuite à moto dans l’Université, qui se termine sur une scène drôlissime dans la grande bibliothèque ; la traversée « à la John Huston » de la ville de Nazca, et la visite d’un sanatorium essentiel pour la quête de notre héros ; l’attaque de ces étranges « gardiens du seuil » à la démarche insectoïde, dans le Tombeau d’Orellana. Et d’autres morceaux de bravoure à n’en plus finir, comme l’étourdissante course-poursuite dans la jungle, surpassant les grandes scènes précédentes dans la saga. Ou cette attaque de fourmis carnivores, en pleine bagarre contre les Soviétiques, qui se double d’un hommage affectueux à feu Charlton Heston. Celui-là même qui en affrontait d’aussi voraces dans THE NAKED JUNGLE (QUAND LA MARABOUNTA GRONDE) de Byron Haskin !… La photographie de Janusz Kaminski est impeccable ; elle reprend les codes visuels établis par son prédécesseur Douglas Slocombe (éclairages colorés pour les scènes exotiques, à la flamme ou à la lampe-torche pour les scènes souterraines) en rajoutant des idées typiques du chef-opérateur attitré de Spielberg depuis …SCHINDLER, notamment l’utilisation des faisceaux lumineux intenses pour accrocher le regard des comédiens (par exemple le regard bleu glacial de Cate Blanchett durant la scène de l’interrogatoire dans le camp). Le fidèle complice Michael Kahn, au montage, sait toujours autant dynamiser le rythme du film tout en rendant l’action compréhensible (à l’opposé par exemple de la série de JASON BOURNE au rythme surdécoupé ). Les effets spéciaux et le production design sont toujours originaux et inventifs. Quand au maestro John Williams à la musique, il retrouve avec bonheur la célèbre Marche d’Indiana Jones, et nous gratifie de jolies surprises derrière les grandes envolées orchestrales attendues. Notamment avec l’obsédant thème du Crâne de Cristal, faisant à la fois référence à la musique de Bernard Herrmann du JOUR OU LA TERRE S’ARRÊTA, avec son mémorable usage du Theremin, et une allusion aux trois premières notes d’AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA, le poème musical de Richard Strauss basé sur le livre de Nietzsche. Une musique immortalisée par son utilisation dans 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick, où il est aussi question d’une Humanité influencé par des « Dieux » venus du Ciel ! On n’en sort pas…  

Enfin, coup de chapeau général aux comédiens. Tout ce petit monde semble s’être bien amusé sur le plateau de tournage ! Honneur aux dames : quel plaisir de retrouver Karen Allen dans le rôle de Marion Ravenwood, qui est toujours aussi drôle, attachante et énergique 27 ans après les mésaventures de L’ARCHE… Cate Blanchett en impose dans le rôle de la grande méchante de service, Irina Spalko. La comédienne australienne est une vraie femme-caméléon, prenant ici l’apparence d’une Marlene Dietrich en tenue de Soviétique sévère, avec une coupe de cheveux à la Louise Brooks, des rapières de Conquistador et un accent impeccable. C’est la Grande Cate-rine de Russie ! Elle sait à la fois jouer de sa séduction étrange, d’une présence intimidante (ces yeux d’acier) tout en évitant la caricature de la dominatrice virulente.

Ces messieurs s’en sortent aussi bien. Ray Winstone, alias Mac, le vrai-faux ami d’Indy obsédé par l’or, n’a pas la partie facile, mais il garde un côté « gros bouledogue » qui le rend sympathique même quand il trahit notre héros ! Son compatriote britannique John Hurt, alias Harold Oxley, accomplit le travail le plus subtil. Avec son allure à la Ridgewell (l’explorateur ami des indiens Arumbayas, que Tintin rencontre dans ses aventures sud-américaines), Hurt campe un savant excentrique, lunaire et drôle malgré lui. N’ayant que très peu de lignes de dialogues, l’acteur se sert de sa gestuelle et de son regard pour s’exprimer, et le résultat est incroyable – on a l’impression que Hurt ne se force jamais à jouer la comédie ! Le benjamin du casting, Shia LaBeouf, devenu en quelques films le protégé de Spielberg et du studio DreamWorks (DISTURBIA/Paranoïak, TRANSFORMERS et sa suite actuellement en chantier, en attendant EAGLE EYE), confirme de film en film qu’il est l’un des futurs grands acteurs américains. À 21 ans, il tient tête à ses prestigieux partenaires sans faiblir, et incarne un jeune homme brillant mais perturbé avec un sens du timing comique impeccable.  

Enfin, last but not least, Harrison Ford nous revient en très grande forme ! En retrouvant le costume d’Indiana Jones, l’acteur sort enfin d’une longue traversée du désert cinématographique d‘une bonne décennie (juste sauvée par de bonnes prestations dans WHAT LIES BENEATH/Apparences, de Robert Zemeckis, et K-19 de Kathryn Bigelow). En quelques secondes, dès son apparition à l’écran, l’acteur nous fait oublier les pénibles SIX JOURS SEPT NUITS, HOLLYWOOD HOMICIDE et autres FIREWALL dans lesquels il s’était fourvoyé. Harrison s’est retrouvé une seconde jeunesse, et, si les rides et les cheveux blancs sont désormais visibles, il a toujours l’énergie d’un jeune homme ! Plus mélancolique qu’il n’y paraît (voir la belle scène où il déprime devant la photo de Papa Jones), sa prestation est un régal. À tel point que l’on oublie qu’il joue un rôle, il est Indiana Jones. Cette facilité apparente dans son jeu le rapproche d’un Gary Cooper, le genre d’acteur spécialiste de l’underplaying capable de s’attirer la sympathie du public en donnant la fausse impression de n’avoir rien à faire ! Jusque dans sa dernière scène où on est enfin heureux pour Indy et Marion, « après tout ce temps passé à s’attendre », comme dirait Oxley…  

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L’occasion, cette dernière scène, d’une ultime pirouette pour Steven Spielberg et Harrison Ford : l’heure n’est pas encore à la transmission de la Couronne de l’Aventure ! Un cinquième et dernier opus avec Mutt en nouveau héros, et Indy prêt à passer la main, je vote pour !  

Une ultime recommandation pour tous ceux qui se sont sentis déçus : le Temps guérit les blessures. Donnez à INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL une seconde chance !  

Ma note finale :

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Ludovico Jones, the Raider of the Lost Temple of the Crystal Crusade 

Sa place n’est pas dans un musée ! – INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL – Partie 2

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2e Partie :

Les détracteurs n’auront pas été sensibles à la subtilité du message de Spielberg. Nuançons quand même le propos. Je crois que le vrai malaise ressenti par ces spectateurs déçus ne vient pas seulement des arguments précités, mais provient d’un décalage plus profond vécu par une partie du public de Spielberg depuis, au moins, LA LISTE DE SCHINDLER. Le cinéaste, avant d’entamer le tournage de cet opus n°4 de l’aventurier, s’amusait en constatant que nombre de ses admirateurs lui répétaient souvent : « Mais pourquoi ne faites-vous plus des films comme L’ARCHE PERDUE, E.T. ou RENCONTRES » ? Sous-entendu du cinéaste, ces curieux admirateurs gardent de Spielberg l’image du jeune prodige des années 1970-80, l’Enchanteur Public Numéro 1, pour les enfants de 7 à 77 ans… Spielberg a su magistralement inscrire en faux cette image certes plaisante mais réductrice, depuis SCHINDLER, cassant également le stéréotype du cinéaste « champion du box-office qui nous en met plein la vue à chaque film ».  

La maturation du cinéma de Spielberg l’a rendu plus complexe à cerner ; il reste certes un spectaculaire faiseur d‘images, mais, de SCHINDLER à MUNICH en passant par le SOLDAT RYAN, la donne a changé. Spielberg développe, à chaque film, un langage visuel unique, extrêmement exigeant, comme ses maîtres à filmer, John Ford, David Lean ou Stanley Kubrick. En refusant la facilité de donner au spectateur des images expliquées « clés en main » (un travers fréquent chez les nouveaux princes du box-office), le cinéaste exige aussi de nous un effort de participation et de réflexion. La vision spielbergienne, appliquée aussi bien sur des films « légers » comme LE TERMINAL ou graves comme MUNICH, est payante à condition que nous acceptions de nous y impliquer, de ne pas accepter passivement le spectacle durant deux heures, le cerveau en mode « off ». Les polémiques et controverses nées ces quinze dernières années de cette extraordinaire période de créativité proviennent, je pense, d’une incompréhension de spectateurs peu disposés à venir réfléchir sur le sens des images qui lui sont présentées : la scène de la douche dans SCHINDLER, l’étendard américain déployé du SOLDAT RYAN, le grand finale de MINORITY REPORT, les dernières images de LA GUERRE DES MONDES en sont d’assez bon exemples. Le « fin du fin » ayant été selon moi atteint par les critiques reprochées à la fin de A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. On a pu ainsi lire à l’époque que les créatures filiformes ressuscitant le petit David étaient des extra-terrestres ! Alors que depuis deux heures, Spielberg nous parlait de robotique, d’intelligence artificielle, de machines esclaves accédant douloureusement à la liberté, les détracteurs du film cèdèrent à la facilité en usant d’un cliché en guise d‘argumentation. « Spielberg » égale forcément « extra-terrestres », et tant pis si le cinéaste sème discrètement les indices dans le film quand à la véritable origine de ces créatures… Reconnaissons cependant que la confusion s’explique par l’influence esthétique du sculpteur Giacometti, dont Spielberg admire les personnages filiformes, au point de s’en inspirer déjà pour créer l’une des créatures de RENCONTRES.  Quoi qu’il en soi, la vision du film, comme de ses prédécesseurs, exige que l’on reste jeune de cœur et d’esprit pour apprécier le spectacle (garanti), que l’on reste curieux et amateur de Mystères, et que l’on accepte le défi lancé par le cinéaste : voir sous la surface des choses, et accepter une vision différente de l’Histoire de notre Humanité abordée dans LE ROYAUME….Le scénario est officiellement signé David Koepp (JURASSIC PARK, LE MONDE PERDU, LA GUERRE DES MONDES) – Jeff Nathanson (ARRÊTE-MOI SI TU PEUX, LE TERMINAL) étant crédité comme auteur de l’histoire. Le résultat est une fusion réussie du style d’écriture des deux hommes, habitués au travail avec Spielberg. On peut deviner que Koepp y apporte son aisance pour écrire des scènes d’action et de frissons « bigger than life » tandis que Nathanson se serait occupé des scènes plus émotionnelles et humoristiques. Quelle que soit la responsabilité réelle des deux hommes dans le résultat final, on peut dire que LE ROYAUME égale largement l’écriture des scénarii précédents : on retrouve la fluidité du rythme magistral de L’ARCHE, l’action monumentale et déchaînée du TEMPLE MAUDIT (sans les débordements horrifiques, Spielberg voulait délibérément « relâcher la pression » après l’horreur et la violence de LA GUERRE DES MONDES et MUNICH) et l’humour de LA DERNIÈRE CROISADE (sans que celui-ci empiète toutefois sur la Quête elle-même, seul vrai reproche que l’on pouvait adresser au scénario de l’opus 3). Le film garde son identité propre grâce à un traitement mature (qui n‘exclut pas non plus des passages complètement loufoques !), intriguant et bien documenté. Le contexte de l’époque, pour commencer, annoncé dès la séquence d’ouverture très rock’n roll ! Compte tenu du vieillissement d’Harrison Ford, 65 ans et toujours vert, nous ne pouvions plus voir Indy affronter dans les années 30 d’affreux Thugs ou Nazis dans le contexte pré-2e Guerre Mondiale. Comme notre héros, nous constatons que les temps ont changé. En 1957, nous sommes entrés en plein dans l’ère du Nucléaire. Ce qui nous vaudra cette séquence géniale, surréaliste, où Indy se retrouve coincé dans « Doomtown », une ville fantôme créée pour les besoins d’un essai atomique dans le désert du Nevada. La scène réussit l’exploit d’être à la fois burlesque et de provoquer l’effroi – la vision du champignon atomique sonne autant comme un hommage au DOCTEUR FOLAMOUR de l’ami Kubrick, qu’elle fait écho à une scène célèbre d’EMPIRE DU SOLEIL…

 

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Durant cette année 1957, aussi, la Guerre Froide bat son plein. Spoutnik, le premier satellite, fabrication 100 % Soviétique, survole chaque nuit les têtes américaines tout juste sorties de l’ère McCarthy, une période de délation, de suspicion et de paranoïa généralisée propice à l‘hystérie anti-Rouges, celle de la « Chasse aux Sorcières », de l’exécution des Rosenberg et des « Hollywood 10 ». Ce pauvre Indy, soupçonné par le FBI de J. Edgar Hoover de sympathies communistes suite à sa mésaventure de la scène d’ouverture, connaît ainsi le triste sort des américains persécutés pour raisons politiques. Le FBI ne reconnaît plus les héros de son pays. Triste, mais typique du regard acide que porte Spielberg dans ses films vis-à-vis du Bureau – revoyez MINORITY REPORT et ARRÊTE-MOI SI TU PEUX… Les scénaristes placent alors dans les pattes du héros vieillissant un jeune greaser (« Blouson Noir »), Mutt Williams, attachant mais caractériel au possible. Mutt symbolise bien la génération américaine des 50’s, coincée entre le climat de paranoïa tranquille régnant alors et le consumérisme douillet et satisfait de ses aînés. Cette génération, qui précède d’une décennie la grande rébellion de 68, trouve son exutoire dans le rock’n roll, les filles, les voitures customisées (d’où la scène d’ouverture, très AMERICAN GRAFFITI du compère George Lucas), et a pour idoles les jeunes stars incarnées alors par Marlon Brando et James Dean. Mutt emprunte donc tout naturellement les codes des jeunes héros voyous de l’époque : la tenue de motard cuir de Marlon dans THE WILD ONE (L’ÉQUIPÉE SAUVAGE), et la coupe de cheveux et le couteau à cran d’arrêt de Jimmy dans REBEL WITHOUT A CAUSE (LA FUREUR DE VIVRE) ! Le « Sauvage », le « Rebelle Sans Cause », c’est lui ! Avec une petite touche de l’agressivité de Vic Morrow dans BLACKBOARD JUNGLE (GRAINE DE VIOLENCE) de Richard Brooks… Il s’est choisi d’ailleurs un prénom « rock’n roll » adapté à son caractère. « Mutt » signifie autant « andouille » (Indy ne se prive pas d’ailleurs de se moquer de lui) que « corniaud ». Un surnom canin qui donnera avant l’heure un indice typique de la série – souvenez-vous, Henry Jones Jr. s’est choisi son surnom d’après le chien Indiana, par rébellion envers son père…  

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Les retrouvailles avec une vieille connaissance sont des plus réjouissantes. Marion Ravenwood n’a pas changé au fil des ans ! Si elle a cessé les concours de boisson, la charmante petite brunette chère au cœur d’Indy a toujours le chic pour se fâcher avec lui aux moments les plus mal choisis. Le côté « réunion de famille » de l’aventure est parfaitement intégré par le scénario, culminant avec la scène la plus drôle du film : Indy et Marion coincés dans une sablière, et Mutt ayant recours à une « corde » des plus déplaisantes pour ce grand phobique qu’est le Docteur Jones… Avec un humour hérité des grands de la « screwball comedy », genre humoristique qui fit le bonheur du Hollywood des années 1930-40s, Spielberg trouve une illustration visuelle adéquate, dans cette scène, de l’expression « une relation bâtie sur des sables mouvants » ! C’est d’ailleurs dans cette scène que Marion choisit de révéler à Indy sa paternité. Indy et Marion ont donc conçu un petit Mutt 21 ans plus tôt ! Durant les évènements de L’ARCHE PERDUE, ou juste après ? On regardera à l’avenir d’un autre œil la scène où le couple se reposait dans la chambre du cargo – même si Indy s’écroulait alors de sommeil, sous les bisous de sa dulcinée !…  

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Ci-dessus : Mutt Williams affronte Irina Spalko en duel digne d’Errol Flynn ! Désolé pour la médiocre qualité d’image et les messages…

Et qu’en est-il des aspects surnaturels » du script, propres à une saga « archéologique » ? Là encore, Koepp et Nathanson nous gâtent. Puisque les premiers films étaient aussi des hommages aux serials des années 30, celui-ci, placé dans les années 50, rendra directement hommage à la Science-Fiction de l‘époque ; et donc des Extra-Terrestres, si présents dans les films de cette décennie, le plus souvent représentés comme symboles de l‘invasion Communiste (INVASION OF THE BODY SNATCHERS/L‘INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES de Don Siegel, LA CHOSE D‘UN AUTRE MONDE de Howard Hawks et Christian Nyby, LA GUERRE DES MONDES première mouture, de Byron Haskin…) mais aussi, plus rarement, héros pacifistes venus confronter l‘Humanité à ses travers irresponsables et belliqueux (LE JOUR OU LA TERRE S‘ARRÊTA donc, ou IT CAME FROM OUTER SPACE/LE MÉTÉORE DE LA NUIT de Jack Arnold, écrit par le grand Ray Bradbury). Les scénaristes rassemblent les aspects essentiels de la « mythologie ufologique » tout en l’adaptant aux nécessités de la quête du Docteur Jones. Le prologue du film est déjà en soi un régal : Spielberg nous fait ainsi découvrir en détail le fameux Hangar 51 (en VO, Area 51), source de nombre de secrets militaires – réels – et de légendes excitantes : l’endroit aurait servi de base secrète pour l’US Air Force, qui y garderait les restes de vaisseaux extra-terrestres s’étant crashés sur Terre… dont celui de Roswell, tombé au Nouveau-Mexique en 1947, et dont Spielberg nous montre ici les restes de l’occupant ! Si, en soi, l’idée n’est pas nouvelle – elle avait déjà été filmée dans l’abominable INDEPENDANCE DAY du mauvais copieur Roland Emmerich -, le cinéaste et ses scénaristes savent jouer avec le voile de mystère et de secrets que les noms « Hangar 51 » et « Roswell » suscitent. Au point de s’amuser à l’auto-citation : le cercueil-sarcophage, magnétisé (superbe passage où Indy, sous la contrainte, utilise de la poudre métallique pour repérer le caisson parmi des milliers d’autres) et réfrigéré, évoque celui dans lequel le pauvre E.T. fut un temps déposé avant sa résurrection. Et via un « caméo » savoureux, Spielberg identifie enfin le fameux hangar où était entreposée l’Arche de l’Alliance ! 

Plus sérieusement, rappelons que le Hangar 51 continue de nos jours de susciter les rumeurs ; ainsi la disparition de l’aviateur milliardaire Steve Fossett, déclaré mort le 3 septembre 2007, alors qu’il survolait le désert du Nevada, où serait gardé le fameux hangar secret…

TO BE CONTINUED…

Sa place n’est pas dans un musée ! – INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL – Partie 1

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INDIANA JONES AND THE KINGDOM OF THE CRYSTAL SKULL / INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL, de Steven SPIELBERG  

L’Histoire :    

1957. Le temps a passé, l‘époque a changé, mais pour Indiana Jones, de nouvelles aventures commencent - par de sérieux ennuis ! L‘archéologue aventurier se retrouve dans une fâcheuse situation, avec son ami « Mac », agent des Services Secrets Britanniques. Les deux hommes ont été capturés par une escouade secrète de l‘Armée Rouge Soviétique. Ceux-ci, déguisés sous les uniformes de l‘Armée Américaine, pénètrent dans une base de l‘US Air Force, dans le désert du Nevada. À leur tête, Irina Spalko, à la fois Colonel de l‘Armée Rouge, archéologue sans scrupules, et médium favorite de feu le dictateur Staline. Elle oblige sous la menace Indy à entrer dans le Hangar 51, pour retrouver les restes momifiés d‘une créature étrange, conservés dans un coffre. Émettant un fort rayonnement magnétique, l‘être fut découvert sur le site d’un mystérieux crash aérien survenu en 1947, dans la région de Roswell au Nouveau-Mexique. Indiana Jones s’échappe de la base au terme de nombreuses cascades et péripéties, survivant même à un test nucléaire ayant lieu dans la région voisine ! Mais il a laissé Spalko et les soldats Soviétiques s‘enfuir avec la précieuse relique – avec Mac, qui est un traître au service de l’URSS. Cela lui vaut d‘être soupçonné de sympathies communistes par le FBI, malgré ses dénégations. Et quelques jours après, revenu enseigner au Marshall College, Indy apprend par le Doyen Stanforth qu‘il est forcé de quitter son poste d‘enseignant pour ces raisons. Stanforth lui-même a préféré démissionner par solidarité avec Indy plutôt que d’obéir à la paranoïa gouvernementale. C‘est un rude coup pour Indy qui a perdu récemment son père et son ami Marcus Brody, et qui se voit contraint de quitter les Etats-Unis.  

Mais, alors qu‘il s‘apprête à partir en train, un jeune motard greaser, Mutt Williams, lui demande de l‘aider. Passionné d’archéologie mais élève rebelle, Mutt est le fils d‘une amie d‘Indy, Mary Williams, bien que ce nom ne dise rien à notre héros. Mutt et Mary assistaient un collègue d‘Indiana Jones, Harold « Ox » Oxley, récemment disparu en Amérique du Sud alors qu’il menait des recherches sur le conquistador Francisco de Orellana, mort en 1546 alors qu‘il recherchait la mythique cité de l‘El Dorado, connue des spécialistes sous le nom d‘Akator. Ox avait remis à Mary un message codé écrit en une langue précolombienne précédant le langage Maya ; et elle-même l‘a envoyé à Mutt pour qu’il le fasse décoder par Indy. Celui-ci réalise qu‘Oxley a fait des découvertes importantes dans la région de Nazca, au Pérou. Ces découvertes mèneraient à Akator et au Crâne de Cristal, un artefact mythique doté de pouvoirs surnaturels, qui aurait été fabriqué des millénaires avant notre ère par des êtres célestes. Sceptique mais intrigué, Indiana Jones accepte de se rendre à Nazca, accompagné de Mutt, mais ils ne sont pas seuls : le KGB et l‘Armée Rouge, toujours menés par Irina Spalko, sont à leurs trousses…  

 

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Ci-dessus : Indiana Jones (Harrison Ford) échappe in extremis à une explosion nucléaire. Excellente scène surréaliste, drôle et effrayante. Les enfants, ne jouez pas à « Indy dans le frigo » !  

 

La critique :    

L’attente aura été longue pour ces nouvelles aventures du Docteur Jones, que nous avions laissé partir au soleil couchant, réconcilié avec son père, après une Dernière Croisade qui a donc eu lieu 19 ans auparavant (synchronisation parfaite entre les dates de sortie et celles de la chronologie des deux films) ! Dépassés, les 16 ans nécessaires pour voir les sorties du PARRAIN III et de LA MENACE FANTÔME !

Et, tout comme pour les films de Coppola et Lucas, les mécontents ont frappé fort… Le mécontentement fut certes mérité pour le STAR WARS sorti en 1999, mais le cas d’INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL est nettement plus intéressant. Car si le succès est au rendez-vous, si de nombreux spectateurs (dont votre serviteur) sont ressortis heureux de la projection, le film de Steven Spielberg semble avoir creusé un fossé sérieux entre admirateurs et détracteurs de la saga.

Les reproches pleuvent presque uniquement sur les trois motifs suivants :

- « le film est invraisemblable ! » … Des fans déçus ont ainsi manifesté leur mécontentement, oubliant me semble-t-il que leur trilogie adorée regorgeait pourtant VOLONTAIREMENT d’invraisemblances !

Sérieusement, cette accusation ne tient pas la route ; le but de Spielberg n’a jamais été de faire des documentaires sérieux sur le métier d’archéologue, mais de créer des fictions. Influencé par les bandes dessinées, les serials des années 30, et d’innombrables films classiques, le cinéaste peut ainsi lancer Indiana Jones dans des cascades démesurées et le confronter au Mystère sans que cela choque. Ce qui ne l’a jamais empêché par ailleurs de traiter à travers les différents films de thèmes plus sérieux, déguisés sous le divertissement : par exemple les insurrections Hindoues dirigées contre le colonialisme Britannique, dans LE TEMPLE MAUDIT, ou la montée du Nazisme dans L’ARCHE PERDUE et LA DERNIÈRE CROISADE – la scène de l‘autodafé à Berlin annonçait chez Spielberg LA LISTE DE SCHINDLER… Ce traitement mi-sérieux mi-amusé n’a jamais empêché le cinéaste de faire accepter aux fans d’Indiana Jones des exploits impossibles à réaliser dans la réalité : souvenez-vous d’Indy accroché au sous-marin Nazi et ainsi tracté à travers la Méditerranée (L’ARCHE PERDUE), de l’éjection en chute libre d’un avion en panne d’essence dans l’Himalaya (LE TEMPLE MAUDIT), ou du Messerschmitt qui double les Jones dans le tunnel (LA DERNIÈRE CROISADE ). Si on admet l’invraisemblance de ces scènes, cela n’empêche pas les spectateurs de les apprécier comme composante essentielle de la saga. Alors pourquoi critiquer les morceaux de bravoure, tout aussi réjouissants, du ROYAUME DE CRÂNE DE CRISTAL ? J’apprécie tout autant les morceaux de folie douce qui parsèment ces nouvelles aventures – comme de voir ce cher Indy survivre à une explosion nucléaire grâce à un moyen aussi simple que drôle, ou bien Mutt jouer les Tarzan en s’inspirant de l’exemple d’une bande d’adorables petits Sapajous, sans me poser la question de la vraisemblance à tout va. Amusons-nous, nous dit Spielberg, et mettons l’incrédulité au placard pendant deux heures !

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- « Spielberg, les extra-terrestres et les soucoupes volantes, c’est toujours la même chose ! » Dès qu’on aborde un sujet aussi passionnant mais controversé que l’ufologie, les vieux clichés anti-spielbergiens refont vite surface… C’est bien mal connaître quand même le contexte de l‘époque : que l’on y croit ou pas, il faut bien admettre que les témoignages d’apparitions d‘OVNI ont littéralement explosé durant les années 1950s. Bien amenés, il faut le dire, par les mystères de la décennie précédente : les « Foo Fighters » aperçus par les pilotes de chasse durant la 2e Guerre Mondiale (illustration magistrale dans la toute première scène de l’excellente mini-série TAKEN, en VF DISPARITIONS, produite et supervisée par notre cinéaste préféré), et la naissance « officielle » de l’ufologie durant l’été 1947 : le témoignage du pilote Kenneth Arnold, qui donnera malgré lui naissance au terme trompeur de « soucoupe volante » utilisé par des journalistes mal avisés, et le fameux crash de Roswell, qui au-delà des disputes inspirera justement Spielberg, lequel s’en servit comme base narrative de départ pour DISPARITIONS ; il y fait de nouveau directement allusion ici, égratignant au passage « le fiasco de l’U.S. Air Force » (dixit Indy lui-même) pour étouffer les rumeurs ! Les années 1950s ont réellement baigné dans l’ambiance « extra-terrestre », et virent l’explosion d’un genre de cinéma, la Science-Fiction, et les récits de rencontres avec des visiteurs venus de l’espace, genre adulé des enfants de l’époque (dont Steven Spielberg et George Lucas) et méprisé des si raisonnables adultes de l’époque…

Le mystère des OVNIS sera tout de même pris en considération par les autorités de l’époque, par exemple la CIA qui créera le Panel Robertson, après que des OVNIS furent signalés dans le ciel de Washington en Juillet 1952. D’autres incidents auront été signalés, dans le pays durant cette décennie, et si certains d’entre eux sont douteux (comme les témoignages de George Adamski), le mystère des OVNIS était déjà donc bien implanté dans la culture populaire, et le serait pour les décennies suivantes. On ne peut pas reprocher à Spielberg de radoter sur ce sujet. Dans ce film, comme pour RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE, DISPARITIONS, LA GUERRE DES MONDES et même E.T., il n’entérine jamais totalement la réponse « extra-terrestre » au mystère des phénomènes OVNIS. Défendant plutôt une vision du monde propre à Albert Einstein et de Carl Gustav Jung, Spielberg, sous couvert du divertissement, lie les apparitions célestes à un autre grand mystère, celui du cerveau humain. Les Tripodes meurtriers de LA GUERRE DES MONDES surgis de sous la surface terrestre, n’incarnent-il pas nos pires instincts destructeurs ? Et E.T., quittant la Terre en laissant un message inscrit dans l’esprit même du petit Elliot, que fait-il ? Il accompagne ses derniers mots d’un geste très singulier : il touche et « illumine » le troisième œil symbolique du gamin. Un geste repris ici par la glaciale Irina Spalko sur Indy ironique, au début du ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL ! La fillette de DISPARITIONS, ne développe-t-elle pas des dons psychiques exceptionnels, toujours liés à l’apparition des OVNIS ? Et les visiteurs de RENCONTRES ? Ils laissent à des humains ordinaires, dont le héros campé par Richard Dreyfuss, un message inconscient symbolisé par l’image d’une montagne. Spielberg a donc illustré à sa façon certains commentaires d’Albert Einstein sur le cerveau humain, dont nous n’utiliserions qu’à peine 8 à 10 % de ses pleines capacités *. Les 90 % restant sont terra incognita, une zone encore inexplorée, « inconsciente » d’elle-même, sur laquelle des hypothèses passionnantes sont bâties. LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL va dans cette direction, quitte à heurter des sensibilités qui acceptent mal qu’une quête archéologique se mêle à une quête ufologique.

Ce qui nous mène à la troisième accusation, portant sur la nature du fameux Crâne de Cristal…

- « En filmant le Crâne de Cristal, Spielberg prête le flanc au charlatanisme ! » Certains articles parus dans la grande presse officielle sous-entendent assez perfidement cette critique. On a pu lire en ce joli mois de Mai 2008 un article du Monde ironisant sur l’exposition imminente du « pseudo-Crâne de Cristal » du Musée du Quai Branly, dont les organisateurs ont opportunément profité de la sortie du film pour faire la publicité de leur propre Crâne de Cristal. Après tout, c’est bien leur droit, encore aurait-il fallu qu’il se montrent un peu plus clairs dans leur présentation. Il est vrai que douze magnifiques crânes de cristal, taillés dans la roche et possédant semble-t-il des vertus surnaturelles, ont été officiellement répertoriés dans le monde entier. La légende veut qu’un grand bouleversement mondial se produira quand ils seront réunis avec un treizième exemplaire… bien évidemment, cette affirmation provoque l’ire des scientifiques, et active l’imagination des adeptes du New Age, et autres. Le crâne du Musée Branly, comme celui de Mitchell-Hedges situé au British Museum, et leurs semblables, seraient juste de superbes sculptures, mais dénuées des facultés surnaturelles que d’habiles marchands leur ont prêté.

Alors, quoi ? Steven Spielberg accréditerait les thèses les plus farfelues dans son film juste par goût du profit ? Bien sûr que non. Car le cinéaste ne filme JAMAIS les « vrais » crânes, qui ont une forme humaine ! Intelligent, Spielberg s’exprime par le biais du Docteur Jones quand celui-ci déclare au jeune Mutt que les crânes de cristal, tel celui de Mitchell-Hedges, n’ont aucun pouvoir magique ou paranormal. Le Crâne du film relève de la fiction, et alors ? Spielberg reste cohérent avec son œuvre, et ses interrogations sur notre psychisme. Ce Crâne provient d’une créature fantastique, non-humaine et surhumaine (au sens nietzschéen du terme) en même temps.

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Hélas ! Pauvre Yorick !… Je l’ai connu, Horatio ! C’était un E.T. d’une verve infinie, d’une fantaisie exquise… 

Trêve de citations shakespeariennes, le Crâne fascine ceux qui le recherchent, comme Indiana Jones, Spalko et ce brave Harold Oxley, qui fait les frais de ses pouvoirs : écriture automatique, compréhension simultanée de plusieurs langages (proche de la xénoglossie, manifestation de l’Esprit Saint dans le miracle de la Pentecôte), synchronisme… La méchante Spalko fait d’ailleurs judicieusement remarquer que le Crâne « stimule des régions inexplorées de notre cerveau », paraphrasant ainsi les paroles d’Einstein citées plus haut. Jung est aussi cité, ses concepts de synchronisme et d’inconscient collectif, également liés dans le film au Crâne et au culte de Dieux venus du Ciel, trouvant dans LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL des équivalents visuels judicieux : l’écriture automatique « inconsciente » d’Oxley doit être traduite par Indy pour mener à la cité perdue d’Akator (dont le passage est un visage humain gravé dans les chutes d’eau) ; Indy, exposé au pouvoir du Crâne, se retrouve « sur la même longueur d’ondes » (au sens propre comme figuré) qu’Oxley, pourtant éloigné ; la plus belle illustration de la notion d’inconscient collectif étant représentée par la découverte du Palais de l’Éternité, où sont entreposés les trésors des civilisations disparues collectées par les mystérieux « Dieux » d’Akator : trésors sumériens, étrusques, statues de Bouddha ou de Shiva (« le Destructeur des Mondes », voir la citation d’Oppenheimer liée à la Bombe Atomique)… Comme Indy le rappelle lui-même en citant l‘exemple des égyptiens, ces antiques civilisations, si différentes les unes des autres, conservent des caractéristiques communes dans leurs croyances fondatrices. L’exemple absolu du synchronisme jungien. Rappelons aussi que le grand psychiatre Suisse a écrit des textes très sérieux sur la question des OVNIS, les reliant au mystère du psychisme humain. Le grand finale du film devient plus clair à condition de bien vouloir comprendre la démarche de Spielberg. Pas question d’embarquer Indy et ses amis dans une apothéose merveilleuse à la RENCONTRES…, cela aurait été maladroit. Le cinéaste reste rigoureux dans son approche à la fois référentielle et symbolique. Référentielle, avec l’apparition de ce vaisseau spatial tout droit sorti du JOUR OU LA TERRE S’ARRÊTA de Robert Wise – le film fondateur du genre, qui préfigurait en 1951 RENCONTRES et E.T. À l’instar du personnage de Klaatu dans le film de Wise, la créature « monte au ciel » après un dernier message adressé (de façon quand même moins déclamatoire que chez Wise) à l‘Humanité. On reste également dans le registre du symbolique, domaine où Spielberg s’est toujours montré parfaitement accompli. Irina Spalko convoite la Connaissance absolue, persuadée, en bonne Soviétique, que les entités représentent un esprit collectif total, l‘incarnation en somme du système de pensée Communiste ! Mal lui en prend, selon la tradition de la saga qui veut qu’un sort funeste emporte les ennemis d’Indy : le cerveau « surchargé » d’informations, Spalko s’écrie « Je peux voir ! » (répondant ainsi à la question obsessionnelle d’une autre médium, Agatha, dans MINORITY REPORT du même Spielberg : « Peux-tu voir ? »). Les yeux débordant de la flamme du Savoir Ultime, Irina Spalko finit en cendres, comme les victimes de LA GUERRE DES MONDES ancienne et récente version !…Au fait, les êtres célestes sont au nombre de douze, attendant la restitution du crâne du dernier d’entre eux, le treizième… Le nombre treize est d’ailleurs un chiffre sacré dans la théologie des anciennes civilisations Mexicaines : les créatures correspondent donc aux Treize Dieux dans le Popol Vuh (la « Bible » Maya); le Crâne restitué représenterait aussi le Soleil, et les autres créatures les 12 étoiles… Chez les Aztèques, le nombre Treize, c’est le Temps lui-même, l’achèvement de la série temporelle. Le départ apocalyptique de la « soucoupe » (qui n’apparaît que quelques secondes avant de se volatiliser, non pas dans l’espace, mais dans « l’espace entre les espaces », dixit Oxley. Einstein n‘est pas loin, encore…) ne symboliserait donc non pas la Fin des Temps, mais le début d‘un nouveau cycle temporel pour l‘Humanité toute entière. Et pas nécessairement quelque chose de joyeux, mais le début d’un nouveau cycle annonciateur de grands bouleversements pour le Monde. Ce qui se traduit dans le film par la destruction des trésors du Palais, engloutis sous des milliers de tonnes d’eau de l’Amazone. Toutes les grandes civilisations périssent, nous murmure le cinéaste derrière le happy end de façade. En cette tumultueuse année 2008, cela s‘applique aussi à nous…

TO BE CONTINUED…

* mes plus sincères remerciements à celui ou celle qui me retrouvera la citation exacte !…

la Fiche Technique :  

INDIANA JONES AND THE KINGDOM OF THE CRYSTAL SKULL / INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL

Réalisé par Steven SPIELBERG   Scénario de David KOEPP

Avec : Harrison FORD (Professeur Henry Jones Jr., alias Indiana Jones), Cate BLANCHETT (Colonel Professeur Irina Spalko), Karen ALLEN (Marion Ravenwood), Shia LaBEOUF (Mutt Williams), Ray WINSTONE (George « Mac » McHale), John HURT (Professeur Harold « Ox » Oxley), Jim BROADBENT (Doyen Charles « Charlie » Stanforth), Igor JIJIKINE (Dovchenko), Alan DALE (le Général Ross), Joel STOFFER (l’Agent Taylor), Neil FLYNN (l’Agent Smith)

Produit par Frank MARSHALL et Denis L. STEWART (Paramount Pictures / Lucasfilm / Amblin Entertainment / Santo Domingo Film & Music Video)   Producteurs Exécutifs Kathleen KENNEDY et George LUCAS

Musique John WILLIAMS   Photo Janusz KAMINSKI   Montage Michael KAHN   Casting Debra ZANE

Décors Guy Hendrix DYAS   Direction Artistique Luke FREEBORN, Lawrence A. HUBBS, Mark W. MANSBRIDGE, Lauren E. POLIZZI et Troy SIZEMORE   Costumes Bernie POLLACK et Mary ZOPHRES

1er Assistant Réalisateur Adam SOMNER   Réalisateur 2e Équipe Dan BRADLEY   Cascades Gary POWELL

Son Blake R. CORNETT, Zach MARTIN et Clint SMITH   Mixage Son Ron JUDKINS   Montage Son Richard HYMNS   Effets Spéciaux Sonores Ben BURTT

Effets Spéciaux Visuels Pablo HELMAN (ILM / Gentle Giant Studios) Effets Spéciaux de Maquillages John ROSENGRANT (Stan Winston Studio)   Effets Spéciaux de Plateau Daniel SUDICK

Distribution USA : Paramount Pictures / Distribution INTERNATIONAL : UIP  

Durée : 2 heures 04



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