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Archives pour novembre 2008

Passé contre Futur – BODY OF LIES / Mensonges d’Etat

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BODY OF LIES / Mensonges d’Etat, de Ridley Scott  

L’Histoire :  

la Guerre au Terrorisme, décrétée par le Gouvernement des Etats-Unis après les attaques du 11 septembre 2001, a entraîné une escalade d’attentats meurtriers commis par les réseaux terroristes islamistes d‘Al-Qaida dans le monde entier - notamment en réponse aux invasions de l‘Afghanistan et de l‘Irak par les militaires américains et leurs alliés. Les membres d’une cellule terroriste, implantée à Manchester en Angleterre, sur le point d‘être arrêtés, se font sauter dans leur planque, entraînant des dizaines de morts dans leur suicide. Tout porte à croire que les terroristes travaillaient pour un des principaux leaders d‘Al-Qaida, Al-Saleem, et préparaient un attentat dévastateur dans une grande ville anglaise. Plus inquiétant, Al-Saleem se répand en messages haineux de menaces à tout l‘Occident, annonçant de nouveaux attentats dans des places publiques des grandes villes européennes.   Ed Hoffman, le Directeur de la Section du Proche-Orient de la CIA, charge son jeune agent Roger Ferris de trouver la piste qui leur permettra de remonter jusqu‘à Al-Salim. Agent infiltré, Ferris connaît parfaitement les cultures orientales et est entraîné à se fondre dans la foule locale pour des opérations extrêmement risquées. À Samarra en Irak, Ferris et son collègue et ami Bassam entrent en contact avec Nizar, un ancien linguiste, ex-membre du Parti Baas de Saddam Hussein, « reconverti » par Al-Saleem, et qui affirme détenir ses informations sur ce dernier. Ils le rencontrent à Balad, un petit village en plein désert, mais ne le persuadent pas de le suivre. Pris pour cible par des hommes d‘Al-Saleem, Ferris et Bassam appellent à l‘aide de Hoffman, qui suit les opérations par contrôle satellite. Deux hélicoptères américains sont appelés à la rescousse, mais la fusillade et la poursuite causent non seulement la mort des terroristes, mais aussi celle de Bassam, victime collatérale. Blessé, Ferris est forcé au repos dans une base américaine du Qatar.  

Sitôt guéri, Ferris est envoyé par Hoffman en Jordanie pour reprendre la direction de l‘antenne locale de la CIA, et rencontrer Hani Salaam, le tout-puissant chef du GID, les Services Secrets Jordaniens. Ferris doit gagner la confiance de Hani pour qu‘ils travaillent ensemble, afin d’arrêter et interroger des hommes d‘Al-Saleem cachés dans un immeuble voisin d‘un grand marché d‘Amman, la capitale Jordanienne. Le jeune agent sait que le temps et le contexte jouent contre lui, alors qu’Al-Saleem, toujours introuvable, prépare une nouvelle attaque terroriste…  

 

La Critique :  

Il sera intéressant de revenir, dans quelques années, sur la façon dont le cinéma américain a pris au fil des années une position critique envers l’administration Bush, sa supposée Guerre au Terrorisme et ses errements durant cette décennie dramatique. Le 21e Siècle commence mal, on le sait. Et la crise économique mondiale qui vient de se produire sonne le glas de deux mandats présidentiels abracabrantesques pour la planète entière. L’élection de Barack Obama fait naître un espoir immense, mais bien fragile, tant les dégâts économiques, géostratégiques, culturels et politiques laissés par le futur ex-président et ses faucons nous ont fait vivre des années de peur et de doute. Entre autres artistes, les cinéastes se sont en réponse largement investis contre cet état de fait, en livrant des oeuvres souvent inspirées et lucides. BODY OF LIES (chez nous : Mensonges d’Etat), le nouveau film de Ridley Scott, rejoint ses prédécesseurs filmiques, avec brio et justesse. Quitte à fâcher le public américain, qui malgré le duel de stars à l’affiche, a boudé ce thriller mené de main de maître. Ce qui peut s’expliquer par bien des raisons conjointes : les spectateurs américains, échaudés par la crise financière, les mauvaises nouvelles venues d’Irak et autres « cadeaux » que leur laisse le 43e Président, avaient sans doute plus envie de se divertir que d’aller voir un film les renvoyant sans complaisance à la situation actuelle au Proche-Orient…  

BODY OF LIES est avant toute chose un thriller, un genre où Ridley Scott est comme un poisson dans l’eau. Le cinéaste britannique, plus de 70 ans au compteur, venait tout juste de nous livrer l’an dernier un magistral AMERICAN GANGSTER, polar brut de coffrage passionnant, et continue sur sa lancée avec cette description pointue et crédible des mécanismes d’opérations secrètes de la CIA au Proche-Orient. L’occasion bien sûr d’aborder la délicate question du terrorisme islamiste, et de la gestion désastreuse du dossier Irak par des dirigeants plus concernés par le profit et le résultat immédiat que par les conséquences à long terme sur les populations. En ce sens, le film n’est pas trés éloigné de SYRIANA, le film de Stephen Gaghan avec George Clooney et Matt Damon. BODY OF LIES, c’est aussi l’histoire du choc de civilisations, de modes de pensées en totale opposition, cohabitant à la même époque et incapables de se comprendre. L’une est profondément ancrée dans ses traditions et l’autre sacrifie tout à la technologie déshumanisée. Comme l’énonce Ed Hoffman, le directeur de la branche CIA au Proche-Orient, c’est maintenant le combat des forces du Passé contre celles du Futur. Le Coran et les dérives de son interprétation par des ayatollahs pousse-au-meurtre contre la surveillance satellitaire et informatique constante – et pas forcément efficace… La « Guerre Asymétrique », l’affrontement entre deux forces hostiles aux moyens radicalement différents rappelle un film précédent de Ridley Scott, LA CHUTE DU FAUCON NOIR (auquel quelques plans de combats de rue font ouvertement référence en début de film), mais est ici traité avec beaucoup plus de subtilité.  

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Ci-dessus : la bande-annonce en VOST de BODY OF LIES. 

L’opposition se trouve aussi au sein même des agents de la CIA, entre des patrons paisiblement installés derrière les moniteurs de leur satellites à des milliers de kilomètres de là, et les agents sur le terrain qui jouent leur peau à tout instant… Roger Ferris, le jeune agent campé par Leonardo DiCaprio, est un adepte de la méthode d’investigation classique, reposant sur la connaissance du terrain, des habitants, et surtout des coutumes locales. On devine sans peine que ce jeune agent a finalement bien plus de sympathie pour les populations locales que pour ses bureaucrates de patrons de Washington. Par bien des aspects, Ferris est assez proche du personnage que jouait Orlando Bloom dans KINGDOM OF HEAVEN, la grande saga des Croisades mise en scène par Scott en 2005 (et également écrite par le même scénariste, William Monahan) qui était aussi un commentaire désabusé sur cette pseudo-Croisade moderne qu’était supposée être la Guerre en Irak.   

Le scénario, complexe, jamais ennuyeux, multiplie les histoires sans jamais sombrer dans la confusion : la love story, naissante et risquée, de Ferris avec l’infirmière iranienne Aïcha, traitée avec beaucoup d’humanité ; la description glaçante des opérations terroristes ; la manipulation d’un infortuné architecte, Omar Sadiki, transformé à son insu en faux coupable aux yeux tant des organismes d’espionnage que des terroristes (et qui se conclue par un plan aussi magnifique que terrifiant : le cadavre de Sadiki finit jeté dans une décharge d’ordures à Amman, parmi les chiens errants); les subtils jeux de dupes entre le GID (les services secrets jordaniens), la CIA et les terroristes… Et, surtout, le scénariste aborde sans ambages un thème délicat : le Coran, texte religieux magnifique par bien des aspects, a été soumis au fil du temps à tellement d’interprétations radicalement opposées… Est-il un texte prônant l’amour et la tolérance, ou bien la Djihad justifiant les meurtres les plus atroces ? Les deux éternelles pulsions contraires – Eros ou Thanatos…  

La scène-choc du film, l’interrogatoire de Ferris par le chef terroriste Al-Saleem, traite magistralement de cette question. Séquence tendue, violente, difficilement supportable, mais essentielle au propos de Ridley Scott et de son scénariste. Le cinéaste en fait un véritable duel verbal entre le bourreau et sa victime, entre deux visions de l’Islam inconciliables. Surtout, elle pointe du doigt 1) les illusions idéalistes de Ferris, qui en bon Américain restait persuadé d’agir pour le Bien universel, et 2) l’hypocrisie viscérale d’Al-Saleem. Lequel prétend gagner à la sainteté par la Guerre Sainte, en omettant de rappeler à ses tueurs que chaque attentat-suicide lui permet d’éliminer non seulement des civils occidentaux, mais aussi le tueur devenu complice gênant !…    

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Ci-dessus : un court extrait d’une scène située à Amman, où Ferris (Leonardo DiCaprio) remarque un homme suspect, sous la surveillance satellite de Hoffman (Russell Crowe)…  

 

Côté mise en scène, rien à redire, Ridley Scott filme les scènes d’action et de tension avec son efficacité coutumière. Il a aussi recours à d’excellentes idées visuelles : par exemple, les voitures roulant en cercle dans le désert, et qui forment un nuage de poussière, stratagème idéal pour bloquer la vision d’un satellite ennemi… Une autre belle idée visuelle, de la part de Scott : sa façon de filmer le corps de Ferris, blessé gravement plusieurs fois, une vraie carte de la douleur causée par les échecs des missions – le « Corps des Mensonges » du titre original ? Les fragments d’os de son copain irakien, Bassam, sont carrément incrustés sous sa peau, après une terrible bavure des troupes américaines. Tout un symbole…  

 

En parlant de symbole, signalons une obsession récurrente de Ridley Scott – la main mutilée. Dans l’oeuvre du cinéaste, cette image, douloureuse s’il en est, revient dans plusieurs films : dans BLADE RUNNER, Deckard a la main brisée, et son ennemi Batty perfore la sienne d’un clou, référence christique éminente ; dans BLACK RAIN, le yakuza Satô respecte les traditions de son milieu criminel en s’amputant le petit doigt ; un pauvre Indien est sadiquement mutilé par le méchant hidalgo Moxica dans 1492 CHRISTOPHE COLOMB ; et le sinistre Hannibal Lecter se tranche volontairement la main pour échapper au FBI dans HANNIBAL. Ici, Ferris subit une éprouvante torture par le chef terroriste – les nostalgiques de BLADE RUNNER auront remarqué que Ferris perd l’usage des mêmes doigts de la main droite que Deckard (Harrison Ford). Cette énumération d’un thème assez cruel ouvre quand même une piste intéressante sur la force symbolique qui émane dans le cinéma de Ridley Scott. Voilà un thème à étudier pour les chasseurs de signes…  

 

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Ci-dessus : un montage des séquences où apparaît Hani Salaam, interprété par l’excellent comédien britannique Mark Strong. 

 

BODY OF LIES, enfin, repose aussi sur un remarquable casting d’acteurs au meilleur de leur forme. Leonardo DiCaprio et Russell Crowe célèbrent ici leurs retrouvailles 13 ans après le western sous-estimé THE QUICK AND THE DEAD / Mort ou Vif, de Sam Raimi. Scott fait ici des deux comédiens, qui se croisaient à peine chez Raimi, une astucieuse association/opposition « la Tête et les Jambes ». Les « jambes », c’est Leonardo, dans le rôle de Roger Ferris : excellent dans la tension quasi-permanente, dans un registre proche de BLOOD DIAMOND. Constamment en action, hypervigilant jusqu’à l’épuisement nerveux, Leo a tout de même droit à quelques beaux et rares moments de tendresse dans les scènes calmes avec la belle infirmière persane !… La « tête », c’est Russell qui joue Ed Hoffman, le patron de Ferris : génial de bonhomie pervertie ! L’acteur héros de GLADIATOR, devenu l’interprète fétiche de Scott, est ici parfait en « gros matou » paternaliste. Oreillette constamment vissée, Hoffman ne se départit jamais de son calme matois, alors même que son poulain risque sa vie. Russell Crowe vole chacune des scènes dans lesquelles il apparaît, que ce soit en assistant au match de foot de sa fille ou en parlant stratégie anti-terroriste… et même les deux en même temps ! Les seconds rôles sont tous parfaitement choisis, et on saluera surtout la prestation saisissante du comédien britannique Mark Strong (acteur britannique), parfait de bout en bout en chef du GID ; l’actrice d’origine iranienne Golshifteh Farahani est par ailleurs touchante dans le rôle d’Aïcha.   

Thriller nerveux, BODY OF LIES devrait mériter son futur titre de classique du genre.  

 

Ma note :  

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La fiche technique :

 

BODY OF LIES / Mensonges d’État  

Réalisé par Ridley SCOTT   Scénario de William MONAHAN, d’après le roman de David IGNATIUS  

Avec : Leonardo DiCAPRIO (Roger Ferris), Russell CROWE (Ed Hoffman), Mark STRONG (Hani Salaam), Golshifteh FARAHANI (Aicha), Oscar ISAAC (Bassam), Ali SULIMAN (Omar Sadiki), Alon ABUTBUL (Al-Saleem), Vince COLOSIMO (Skip), Simon McBURNEY (Garland), Mehdi NEBBOU (Nizar)  

Produit par Donald De LINE, Ridley SCOTT et Zakaria ALAOUI (De Line Pictures / Scott Free Productions)   Producteurs Exécutifs Michael COSTIGAN et Charles J.D. SCHLISSEL  

Musique Marc STREITENFELD   Photo Alexander WITT   Montage Pietro SCALIA   Casting Jina JAY et Avy KAUFMAN  

Décors Arthur MAX   Direction Artistique Marco TRENTINI, Robert COWPER et Alessandro SANTUCCI   Costumes Janty YATES  

1ers Assistants Réalisateurs Noureddine ABERDINE, Ahmed HATIMI et Peter KOHN  

Mixage Son Richard VAN DYKE   Montage Son Karen M. BAKER et Per HALLBERG  

Effets Spéciaux de Plateau Paul CORBOULD 

Distribution USA et INTERNATIONAL : Warner Bros. Pictures  

Durée : 2 heures 08

L’Adieu au Chaoticien – Michael Crichton 1942-2008

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L’information est presque passée inaperçue cette semaine dans le monde entier, éclipsée il faut le dire par une actualité électorale américaine débordante pour les raisons que vous savez. Encore deux petits mois de patience, cependant, avant que Junior Bush et sa clique ne quittent officiellement Washington, en laissant un effroyable capharnaüm global à réparer pour Barack Obama et ses collaborateurs. Mais comme on dit désormais : Yes We Can !  

Cette petite parenthèse historique et politique refermée, je reviens donc au sujet de ma rubrique. En tant qu’amoureux fou du cinéma de Steven Spielberg, des histoires de dinosaures, de grands singes et de la SF en général, je ne pouvais pas manquer de saluer la mémoire d’un grand bonhomme (2,06 mètres) qui vient de nous quitter, emporté par le cancer. Michael Crichton vient de s’éteindre ce mardi 4 novembre 2008.  

Il fut (parfois en même temps) médecin, professeur d’anthropologie, conférencier, romancier, scénariste, producteur et réalisateur pour la télévision et le cinéma américain. Il fut aussi membre du conseil d’administration de The Gorilla Foundation, fondation pour la protection des gorilles (ce qui le rend encore plus sympathique à mes yeux, comme vous avez pu vous en rendre compte si vous lisez régulièrement ce blog). Ses livres se sont vendus à travers le monde entier (plus de 150 millions d’exemplaires), lui valant à la fois la célébrité, l’admiration de lecteurs fidèles, les louanges des professionnels – mais aussi, souvent, des critiques… tant de certains puristes littéraires, méprisant son succès, que de spécialistes scientifiques n’aimant pas que Crichton vienne contester certaines opinions trop consensuelles à son goût, notamment le catastrophisme lié au changement climatique.    

Quelle était donc la « marque de fabrique » de Michael Crichton ? Il a consacré la majeure partie de son œuvre à signer des romans qualifiés de « techno-thrillers ». Une appellation barbare, pour des histoires mêlant dans un style efficace, sans fioritures, les rebondissements bien maîtrisés du thriller, aux éléments science-fictionnels classiques, soutenus par une énorme connaissance scientifique des thèmes abordé. Originalité spécifique du « style Crichton », il plaçait souvent dans ses romans des diagrammes informatiques, notes biographiques, extraits de véritables œuvres scientifiques, etc. … ceci pour illustrer son point de vue. Michael Crichton savait donner une grande rigueur scientifique à ses récits les plus fantastiques, quitte parfois à garder un style narratif parfois un peu rigide. Mais les thèmes abordés savaient emporter le lecteur et le spectateur : menaces biologiques, génétiques, cybernétiques, médicales, manipulations des médias, récits d’aventures historiques basées sur des faits réels, relecture des thèmes les plus classiques de la science-fiction et de l’aventure fantastique (robots détraqués, voyages dans le temps, découverte de mondes perdus)… les obsessions créatives de Crichton se développaient autour d’un thème récurrent : un système technologique parfait qui se détraque sous les yeux mêmes de ses protagonistes. Grâce à lui et à JURASSIC PARK, rappelons que les mystères de la recherche génétique et de la Théorie du Chaos sont définitivement entrés dans la culture collective ! Évoquons son parcours et son œuvre, qui mérite l’intérêt.  

 

John Michael Crichton est né le 23 octobre 1942 à Chicago, et a été élevé par ses parents John Henderson et Zula Miller Crichton, avec ses deux sœurs et son frère cadet à Roslyn, Long Island, dans l’état de New York.  

Bien avant d’être un romancier et un cinéaste bien connu, Michael Crichton est un brillant jeune scientifique, à la curiosité débordante. En 1964, il est diplômé summa cum laude au prestigieux Harvard College. Cependant, la qualité de l’enseignement le déçoit – au point qu’il plagie délibérément un texte de George Orwell, et le soumet à son professeur d’anglais, qui ne remarquera rien d’étrange et le notera d’un désobligeant B- !  

Il épouse durant ses études, de 1965 à 1970, Joan Radam. Joan est la première des cinq femmes qu’il va épouser – Crichton aura divorcé en tout quatre fois dans sa vie. Se souvenir soit dit en passant que les « héros » de ses œuvres vont sûrement refléter les difficultés sentimentales de leur auteur : par exemple, Ian Malcolm dans les JURASSIC PARK, Bill Harding dans TWISTER, le docteur Douglas Ross dans URGENCES, etc. sont tous de grands instables sentimentaux, souvent infidèles ou en instance de divorce… Mais continuons de suivre le parcours professionnel de Michael Crichton.  

1965 : il est nommé Visiteur Conférencier en Anthropologie à l’Université de Cambridge, en Grande-Bretagne. Diplômé de l’École Médicale de Harvard en 1969, il est nommé Docteur en Médecine, et fera des études au Jonas Salk Institute for Biological Studies de La Jolla, en Californie, jusqu’en 1970. C’est durant cette période que Michael Crichton devient écrivain, signant ses premiers romans (ODDS ON, SCRATCH ONE, EASY GO) sous les pseudonymes de John Lange et Jeffery Hudson. Le choix de ces pseudonymes s’explique par un certain goût de la discrétion de la part de Crichton, qui manie quand même l’autodérision sur son imposante carrure : « Lange », en Allemand, est un nom de famille signifiant « personne de grande taille » ; Sir Jeffrey Hudson était quant à lui, au 17e Siècle, un membre de la court de la Reine Henrietta Maria d’Angleterre, atteint de nanisme !  

Thriller situé en milieu médical, A CASE OF NEED (Extrême Urgence), publié sous le nom de Hudson, lui vaut sa première consécration : il obtient l’Edgar Award du Meilleur Roman en 1969. Prolifique, il signe cette même année VENOM BUSINESS et ZERO COOL sous le pseudonyme de John Lange, et THE ANDROMEDA STRAIN / LA VARIÉTÉ ANDROMÈDE, pour la première fois sous son vrai nom. Crichton co-signe en 1970 le roman DEALING : OR THE BERKELEY-TO-BOSTON FORTY-BRICK LOST-BAG BLUES avec son frère Douglas, sous le pseudonyme commun de « Michael Douglas » – le nom prédestiné d’un futur célèbre acteur qui jouera d‘ailleurs dans deux films « Crichtoniens » ! Sortiront également, de 1970 à 1972, GRAVE DESCEND, DRUG OF CHOICE et BINARY, toujours sous le pseudonyme de John Lange.  

Par ailleurs, Michael Crichton signe aussi une première œuvre littéraire non fictionnelle : FIVE PATIENTS, toujours en 1970, qui relate ses années passées au Massachusetts General Hospital de Boston. Celui-là qui servira plus tard de décor à son film COMA/Morts Suspectes. FIVE PATIENTS vaut à Crichton l’Association of American Medical Writers Award.  

 

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Au début de cette nouvelle décennie, il conçoit également un script de film, EMERGENCY WARD, racontant les déboires d’un groupe de médecins urgentistes, qui lui vaut de nombreux refus des studios. Mais il ne renonce pas à son idée, ce qui sera payant deux décennies plus tard… 1971 : pour la première fois, un roman de Michael Crichton est adapté au cinéma. Robert Wise signe THE ANDROMEDA STRAIN, titrée chez nous Le Mystère Andromède (la bande-annonce en VOST ci-dessus). Solide thriller paranoïaque et claustrophobe sur des scientifiques coincés dans leur labo souterrain, face à un virus mortel d’origine extra-terrestre. Malgré sa froideur toute scientifique, le film demeure prenant et décrit avec grande précision les ravages d‘une contagion bactériologique réaliste. Vers cette époque, Crichton effectue sa première visite d’un studio de cinéma : à Universal, un jeune réalisateur venu de la télévision lui sert de guide pour la visite. Il se nomme Steven Spielberg ! Signalons qu’en 2008, Mikael Salomon (ancien chef opérateur de talent d’ABYSS, ALWAYS – tiens, un film de Spielberg ! – et BACKDRAFT, maintenant un réalisateur solide) en signera une seconde adaptation de THE ANDROMEDA STRAIN, en mini-série pour la télévision.  

 

Michael Crichton est un auteur enfin reconnu, qui signe en 1972 L’HOMME TERMINAL. 1972 marque aussi pour lui l’occasion de son premier passage à la mise en scène : il adapte son roman BINARY pour en faire le téléfilm PURSUIT, un thriller avec Ben Gazzara et Martin Sheen. L’auteur rencontre alors un grand ami et fidèle collaborateur, le compositeur Jerry Goldsmith, champion des musiques orchestrales de film qui travaillera sur presque toutes ses futures réalisations. En 1973, deux nouvelles adaptations de ses romans voient le jour. DEALING est adapté au cinéma par Paul Williams, racontant les mésaventures tragicomiques d‘un étudiant de Harvard transportant de la marijuana à travers les USA ; et le grand Blake Edwards adapte A CASE OF NEED avec James Coburn, sous le titre THE CAREY TREATMENT / Opération Clandestine. Un thriller professionnellement réalisé, mais bien éloigné du génie comique du réalisateur de LA PARTY et LA PANTHÈRE ROSE.  

 

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1973 : Crichton passe à la mise en scène pour le cinéma et signe MONDWEST – un petit classique de la Science-fiction, avec un Yul Brynner en mode « Terminator » avant l’heure. Tout droit sorti des 7 MERCENAIRES, l’acteur joue un robot humain, faisant partie d’un parc d’attraction futuriste où de richissimes touristes peuvent savourer les joies de trois univers artificiels : Western, Rome Antique et Moyen Âge. Les visiteurs peuvent tuer sans risque les robots humains venus les défier, ou passer la nuit avec de splendides androïdes féminines… jusqu’à ce que les machines échappent au contrôle des techniciens du parc et tuent les touristes ! Pratiquement muet durant tout le film, Brynner fait passer un sale moment à deux avocats en vacances joués par Richard Benjamin et James Brolin, comme le prouve l’extrait ci-dessus… Succès public immédiat. C’est le tout premier film à utiliser des images de synthèse en 2D (pour les plans montrant le point de vue du robot)…  

Crichton signe aussi en 1973 le scénario du film EXTREME CLOSE-UP, du français Jeannot Szwarc : un drame sur un reporter de télévision, trop pris au jeu du voyeurisme à la suite d‘un reportage sur les opérations de surveillance clandestine… En 1974, Mike Hodges adapte au cinéma L’HOMME TERMINAL avec George Segal. 1975 : Michael Crichton change de registre et signe le roman THE GREAT TRAIN ROBBERY / Un Train d‘Or pour la Crimée. Ni menace technologique, ni thriller médical, ce roman d’aventures à l’ère Victorienne relate l‘authentique « casse » d’un train britannique convoyant des lingots d’or pour la Guerre de Crimée, en 1855.  

En 1976, Crichton écrit et fait paraître EATERS OF THE DEAD – initialement traduit en français sous le titre Le Royaume de Rothgar. Des parutions ultérieures reprendront le titre originel : LES MANGEURS DE MORT, qui sera aussi rebaptisé LE 13e GUERRIER en 1999. Le livre est une astucieuse combinaison d’un véritable manuscrit, celui d’Ahmed Ibn Fahdlan (diplomate Arabe de Bagdad qui voyagea et vécut pour de vrai parmi les Vikings) au poème épique anglais BEOWULF, sous la forme d’un récit d’aventures opposant le voyageur arabe et les redoutables Hommes du Nord à des hordes de prédateurs terrifiants, les sinistres Wendols ou Mangeurs de Morts ! Le roman soulève une piste intéressante : ces « monstres » anthropophages, inspirateurs du monstre Grendel et des Ogres de nos contes, s’avèrent être les derniers Hommes de Néanderthal ayant survécu bien des siècles après leur disparition supposée. Ami de l’artiste Jasper Johns, Crichton rassemble plusieurs de ses œuvres dans le livre bien-nommé JASPER JOHNS en 1977.  

 

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L’année suivante, Crichton revient à la mise en scène, et adapte un roman de Robin Cook (lui aussi ancien médecin devenu un célèbre romancier) : c’est COMA / Morts Suspectes, avec Geneviève Bujold, Michael Douglas et Richard Widmark. La jeune femme médecin interprétée avec talent par Bujold réalise qu’il se passe des choses sinistres au Massachusetts General Hospital de Boston : des patients parfaitement sains sombrent dans un coma irréversible après un passage au bloc opératoire de la Salle 8. Inquiète, elle mène sa propre enquête pour découvrir l‘affreuse vérité : le directeur de l‘hôpital pratique le prélèvement et le trafic d‘organes vitaux ! Sujet hélas de plus en plus d’actualité de nos jours… Le film est un grand succès, un solide thriller propre à vous décourager de subir une opération chirurgicale, soutenu par une musique bien glaçante de Jerry Goldsmith. On se souvient particulièrement de scènes choc où Geneviève Bujold se cache d’un tueur parmi les cadavres d’anatomie entreposés dans une chambre froide, ou encore de la visite d’un institut suspect contenant des centaines de comateux en animation suspendue, prêts à être charcutés par des médecins ayant visiblement perdu toute notion d’éthique…  

 

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1979 : Crichton adapte son THE GREAT TRAIN ROBBERY qui devient chez nous La Grande Attaque du Train d’Or, avec un duo impérial : Sean Connery, faux aristocrate et escroc charmant, et Donald Sutherland, voleur cynique et râleur. Un « caper movie » rondement mené – où Connery prend des risques réels sur le toit du train lancé à vive allure – soutenu par l’excellente musique de Goldsmith. Crichton reçoit l’année suivante le Mystery Writers of America’s Edgar Allan Poe Award du Meilleur Scénario pour ce film. En 1980, Crichton obtient un nouveau succès littéraire avec CONGO. Un récit d’aventures mené tambour battant, où l’auteur revisite les classiques romans d’exploration à la Rider Haggard (LES MINES DU ROI SALOMON y est expressément cité), tout en développant son intérêt pour l’anthropologie. Les grands singes y tiennent la vedette – que ce soit Amy, la femelle gorille domestiquée par le héros, qui parle le langage des signes, ou les féroces Gorilles Gris imaginés par l’auteur ! Le cinéma s’y intéressera pendant longtemps. Steven Spielberg, notamment, envisagera un temps d’en faire la base d’un hypothétique troisième film d’Indiana Jones avant LA DERNIÈRE CROISADE, avant de changer d’avis. Il semble qu’il ait aussi songé à une époque à produire le film, pour son confrère Brian De Palma, mais cela n’aboutira pas.  

 

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En 1981, sort le 4e film cinéma de Crichton, l’intéressant LOOKER, un thriller avec Albert Finney et James Coburn. Des mannequins sont assassinées après leur passage chez une société d’imagerie virtuelle. Voilà un thème encore prémonitoire qui annonce l’ère de la chirurgie plastique, des images retouchées, du scannage de comédiens virtuels… sans compter les cas de comédiens décédés qui seront « ressuscités » par l’imagerie informatique pour des films ou des publicités ! La preuve par l’exemple de cet extrait en VF, où la jolie Susan Dey subit un coquin scannage corporel.  

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1983 : Michael Crichton écrit ELECTRONIC LIFE, livre d’apprentissage à la programmation BASIC des ordinateurs domestiques. S’intéressant à la cybernétique et à l’informatique, il en fait le sujet de son film suivant, en 1984 : RUNAWAY /L’Évadé du Futur, avec Tom Selleck en flic du futur, et le vilain Gene Simmons (le chanteur de Kiss !), qui s’affrontent dans une SF de bonne facture. Dans un proche futur, la société américaine laisse la part belle à des machines robotiques dotées d’une intelligence artificielle surveillée. Jusqu’à ce qu’elles se détraquent… La bande-annonce ci-dessous (mauvaise qualité d’image, désolé).

 

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Crichton créera aussi cette même année 1984 AMAZON – un jeu sur ordinateur, produit par son collaborateur John Wells. En 1987, Michael Crichton revient à l’écriture, signant le roman SPHÈRE, aventure de science-fiction située sous les océans, qui a peut-être indirectement inspiré certains passages du fameux film de James Cameron, ABYSS (sorti deux ans plus tard en 1989). Crichton épouse cette année-là sa quatrième femme, Anne-Marie Martin, qui lui donnera son seul enfant, sa fille Taylor Anne. En 1988, Crichton écrit et publie TRAVELS, un livre basé sur ses années d’études médicales. Il est aussi l’écrivain invité d’honneur du prestigieux M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology) de Boston.  

 

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En 1989, Michael Crichton signe son dernier film, PHYSICAL EVIDENCE / Preuve à l’Appui. Un thriller judiciaire avec Burt Reynolds et Theresa Russell, malheureusement assez banal, en dessous de ses films précédents, et vite tombé dans l‘oubli. Plus intéressant cette année-là, un fait marque notre attention : le script d’EMERGENCY WARD intéresse enfin quelqu’un à Hollywood. Steven Spielberg en personne ! Le cinéaste d‘E.T. discute du projet avec Crichton… EMERGENCY WARD est bientôt rebaptisé E.R. (pour Emergency Room : Salle d’Urgence), et devait être un film mis en scène par Spielberg. Cependant, durant les premières étapes de la préproduction, Steven Spielberg demanda à Crichton sur quel projet de roman il travaillait. Crichton lui parla alors de son roman en cours d’écriture, une histoire de scientifiques recréant des dinosaures réels en clonant de leur ADN, le tout dans un parc d‘attraction qui ne va pas tarder à se détraquer… Immédiatement emballé par le sujet, Steven Spielberg laisse de côté le film E.R. pour se porter acquéreur des droits d’adaptation cinéma du roman, intitulé JURASSIC PARK. E.R. n’est pas abandonné pour autant, Spielberg et Crichton se mettant d’accord pour en tirer une série télévisée révolutionnaire, produite par Amblin Television. John Wells, le collaborateur de Crichton sur AMAZON, rejoindra l’équipe créative de la série. Le roman JURASSIC PARK sort dans les librairies américaines en 1990, et c‘est un « carton » total en tête des ventes ! Alléchés, les grands studios proposent des ponts d‘or à Crichton pour qu‘il leur cède les droits d‘adaptation, mais celui-ci les décline, annonçant que Steven Spielberg est déjà propriétaire des droits. En grand secret, le cinéaste prépare son grand coup… En attendant, Michael Crichton signe en 1992 SOLEIL LEVANT. Nouveau succès pour ce polar décrivant notamment les difficiles relations entre les Américains et les businessmen Japonais implantés pour affaires au pays de l’Oncle Sam.  

 

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1993 : Steven Spielberg tourne et sort JURASSIC PARK ! Redécouvrez le fameux teaser du film en VO ci-dessus. Michael Crichton est crédité co-scénariste de sa propre adaptation, et donc toujours impliqué dans LE succès planétaire cinéma de la décennie ! Le film est un condensé des obsessions des deux auteurs, quelque chose comme le croisement des DENTS DE LA MER et de MONDWEST. Derrière l’aventure et les frissons générés par les dinosaures plus vivants que nature filmés par Spielberg, le scénario du film, quelque peu différent du roman, se fait surtout remarquer par ses questions posées sur les dangers que pose une science génétique basée sur le profit pur. Signalons que, quelques années plus tard, Crichton aura « son » dinosaure, le Crichtonsaurus, nommé ainsi par les paléontologues en remerciement de son œuvre (voir photo ci-dessous. Belle bête, non ?).

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Cette même année 1993, Philip Kaufman adapte SOLEIL LEVANT avec Sean Connery, Wesley Snipes et Harvey Keitel – succès estimable au box-office, même si le film et le roman irritent certaines associations japano-américaines, à cause du portrait antipathique que Crichton et Kaufman font de certains hommes d‘affaires japonais…  

 

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1994 : Grande année pour Michael Crichton, qui signe et publie DISCLOSURE / Harcèlement. Barry Levinson en signe l’adaptation la même année, avec ce pauvre Michael Douglas malmené par la vilaine et ambitieuse Demi Moore ! Surtout, enfin, il concrétise enfin son vieux rêve d’EMERGENCY WARD. Crichton crée avec Spielberg LA série qui va secouer la télévision des années 1990 : E.R. / URGENCES ! C’est du jamais vu à l’époque. Une série en milieu médical qui ne s’appesantit pas sur des romances de soap opera, privilégie le réalisme et décrit crûment le quotidien du service des urgences du Cook County Hospital de Chicago. On y soigne toutes les maladies et blessures, de la plus bénigne à la plus horrible. Et, filmées en un style nerveux maintes fois imité depuis, les opérations les plus sanglantes y sont décrites dans le vif. Un véritable électrochoc rempli de grands moments, de rires, de larmes, d’engueulades et de moments de tendresse… On n’en sort rarement indemne, et souvent touché au cœur. Personnellement, je reste traumatisé par un épisode où le Docteur Greene fait une erreur de diagnostic terrible sur une future maman, et tente de la sauver vaille que vaille…  

Même si la série a depuis été éclipsée par ses héritières, et s’est largement essoufflée, elle reste une des plus belles réussites de la télévision américaine. Crichton en est le producteur exécutif et un conseiller régulier, insistant par exemple pour que l‘actrice Julianna Margulies (alias l’infirmière Carol Hathaway, la dame de cœur du Docteur Doug Ross joué par un inconnu qui ne va pas le rester : George Clooney !) devienne un membre régulier de la série. Il signe personnellement les scénarii du pilote, « 24 Heures » et des deux premiers épisodes de la première saison. Michael Crichton est un homme comblé en cette année 1994 ; son nom est à la fois lié au succès cinéma de l’année (JURASSIC PARK, donc), le succès TV de l’année (URGENCES) et le succès livresque de l’année (DISCLOSURE)? Du jamais vu !  

 

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1995 : il rédige et publie LE MONDE PERDU, la suite très attendue de JURASSIC PARK. Malheureusement, après un excellent premier opus, la qualité n’est cette fois-ci pas au rendez-vous, Crichton enchaînant les péripéties sans vraiment y croire. Mais le succès est toujours là, qui annonce un second film mis en chantier par Steven Spielberg… Par ailleurs, Frank Marshall, collaborateur de longue date de Spielberg, adapte CONGO, avec Dylan Walsh (future vedette de la série NIP/TUCK) et Laura Linney. Hélas, même si on aime bien les films de singes et les deux premiers films de Marshall (l’excellent ARACHNOPHOBIE et le touchant ALIVE/Les Survivants), le film est franchement raté. La bande-annonce ci-dessus, en VO.  

 

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En 1996, Michael Crichton est toujours aussi actif : il écrit et publie AIRFRAME / Turbulences, un thriller portant sur une enquête au sujet d’un inexplicable accident d’avion. Et il co-signe le scénario du film TWISTER de Jan de Bont (produit par Steven Spielberg), avec son épouse d’alors Anne-Marie Martin. C’est un nouveau carton au box-office mondial, pour un film bien meilleur qu’on ne le prétend. Les tornades destructrices du Middle West impressionnent, nerveusement mises en scène par De Bont, et mettent bien à mal les héros du film campés par Helen Hunt et Bill Paxton… Cette même année, Crichton reçoit le prestigieux Emmy Award, pour la production d’URGENCES (il obtiendra 6 autres nominations pour la série dans les années suivantes), ainsi que le Writers Guild of America Award pour le scénario de son épisode pilote.  

 

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1997 : Steven Spielberg réalise LE MONDE PERDU, un second volet « Jurassique » nettement plus sombre, mouvementé et angoissant que le film original. Le script de David Koepp y est largement différent du roman – la scène d‘ouverture provient en fait du roman original de Crichton, des personnages sont modifiés ou éliminés, et le dernier acte est totalement inédit… À noter que JURASSIC PARK III, le troisième volet signé Joe Johnston en 2001, reposera sur un scénario original – qui reprendra cependant certaines scènes fortes du roman original (l’attaque des ptéranodons, l’attaque du bateau sur la rivière) ! Les adaptations des romans de Crichton se suivent en 1998, avec des fortunes hélas moins heureuses. Après DISCLOSURE / Harcèlement, Barry Levinson signe l’adaptation de SPHÈRE. Casting de prestige pour cette superproduction aquatique : Dustin Hoffman, Sharon Stone, Samuel L. Jackson… mais quel ratage, quel ennui ! Mieux vaut revoir ABYSS.  

 

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1998 marque aussi le début du tournage du film EATERS OF THE DEAD de John McTiernan, avec Antonio Banderas en terre Viking. Rebaptisé assez vite LE 13e GUERRIER, c’est un projet très alléchant sur le papier, mais qui va tourner au cauchemar pour le réalisateur d’A LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE. Une production difficile mène à un clash créatif entre lui et Michael Crichton. C’est ce dernier qui finit, non officiellement, le tournage (notamment la scène où le guerrier Buliwyf affronte la Mère des Wendols) ; une post-production interminable, véritable imbroglio, retarde la sortie du film pendant un an ! Le montage final envoie aux oubliettes un bon tiers de la durée prévue pour le film. Résultat : un grand film épique, truffé de morceaux de bravoure, mais qui se retrouve mutilé de nombreuses scènes. Jerry Goldsmith y signe au passage une fabuleuse partition musicale. LE 13e GUERRIER sortira enfin en 1999 en catimini et sera un échec financier. Depuis, cependant, le film a acquis un véritable et mérité statut de film culte. Un jour, qui sait ? Peut-être sera-t-il restauré dans sa version intégrale…  

 

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Ci-dessus : les dernières minutes du 13e GUERRIER, en VO. Avec l’inoubliable prière collective des Vikings avant la bataille contre les monstrueux Wendols. Et la mort héroïque de Buliwyf, joué par Vladimir Kulich, sous le regard d’Ahmed Ibn Fahdlan (Antonio Banderas).    

 

Toujours en 1999, Crichton revient à l’aventure médiévale en publiant son roman TIMELINE / Prisonniers du Temps. Il y précipite des étudiants américains en Histoire médiévale au temps de la Guerre de Cent Ans et de la Grande Peste, via une société multinationale qui emploie à son profit une machine à voyager dans le temps. C’est du Crichton « pur jus », à son meilleur niveau. Le roman évoque un passage fameux d’une des aventures de Blake & Mortimer d’Edgar P. Jacobs : LE PIÈGE DIABOLIQUE et la mésaventure du brave professeur Mortimer plongé dans les temps médiévaux ! En 2002, Crichton écrit et publie LA PROIE, thriller dénonçant cette fois-ci le danger potentiel des biotechnologies et des nanorobots. 2003 : TIMELINE / Prisonniers du Temps est adapté au cinéma par Richard Donner. Sur le papier, c’était prometteur, mais le film est un bide à tous niveaux – financier, critique et public. Seul y surnage l’excellent Gerard Butler, le futur Roi Léonidas de 300, déjà très à l’aise ici avec une épée !  

 

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Ci-dessus : discutant avec des étudiants du réchauffement climatique, Michael Crichton défend son point de vue : « l’environnementalisme est devenu une religion ». Malheureusement, pas de sous-titres…  

 

Cette année-là, Michael Crichton donne une conférence à Caltech intitulée « Aliens Cause Global Warming », très critique envers la croyance en les OVNIS et les visiteurs extra-terrestres… (paradoxal quand on est un ami de Steven Spielberg !) Le romancier-réalisateur-scientifique se montre également très sévère sur ce qu’il estime être les « nouvelles croyances » liées à l’environnement, allant à l’opposé des opinions majoritairement répandues. Ce qui ne lui vaut forcément pas que des louanges… 2004 : c’est dans cet état d’esprit sceptique qu’il écrit et publie STATE OF FEAR / Etat d’Urgence - son nouveau roman, qui provoque une vive controverse. Le roman s’attaque notamment à l’éco-terrorisme et à la manipulation médiatique de la peur du réchauffement climatique. Le roman lui vaut de recevoir le The American Association of Petroleum Geologists Journalism Award. Il lui vaut aussi de nombreuses critiques de la part de sommités – dont Al Gore ! Crichton épouse finalement sa cinquième femme, Sherri Alexander en 2005.  

 

2006 : Michael Crichton écrit et publie son avant-dernier roman, NEXT. Les manipulations transgéniques sont au cœur de l’intrigue, regroupant plusieurs protagonistes – un homme dont la famille est menacée de se voir prélever ses gènes par une firme sans scrupules ; un chercheur de cette même firme qui réalise que le gène miraculeux qu’il a créé pour sauver son frère de l’addiction a des effets secondaires dévastateurs ; et enfin un ingénieur en génétique qui a réussi à créer des animaux transgéniques, dont un être mi-homme mi-singe (j’approuve !) qu’il élève comme son fils…  

 

Son dernier roman, dont le titre est encore inconnu à cette heure, sera publié à titre posthume le 4 mai 2009. Michael Crichton laisse donc derrière lui un parcours professionnel très riche, et une œuvre parfois inégale certes, mais imaginative et posant toujours des questions judicieuses quant au rôle des sciences dans nos sociétés.



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