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Archives pour janvier 2010

Le Vieil Homme, la Mort et le Temps ( et la Motion Capture ) – A CHRISTMAS CAROL / Le Drôle de Noël de Scrooge

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A CHRISTMAS CAROL / Le Drôle de Noël de Scrooge, de Robert ZEMECKIS   

L’Histoire :  

 

Ebenezer Scrooge est un individu détestable ; ce vieillard, terriblement avare, froid, et aigri contre le monde entier, dirige seul son établissement de prêts financiers, depuis le décès de son associé Jacob Marley sept ans auparavant. Alors que tout Londres s‘apprête à célébrer Noël en cette fin d‘année 1843, le vieux Scrooge épuise à la tâche son unique employé, Bob Cratchit, qu‘il paie mal, refuse l‘invitation à dîner de son neveu Fred, l’unique parent qui veuille bien encore le voir, et refuse absolument de financer des établissements publics de charité…  

Ce soir-là, le vieux Scrooge rentre tard chez lui après avoir accordé de mauvaise grâce une unique journée de congé à Cratchit. Mais cette nuit-là, dans la vieille et triste demeure, le vieil homme au cœur sec est dérangé au coin du feu par l‘arrivée d‘un visiteur inattendu : le fantôme de Jacob Marley, lié à de lourdes chaînes, vient avertir Scrooge que trois fantômes viendront à Scrooge terrifié cette même nuit. S‘il refuse de changer, ce sera pour lui la damnation éternelle…  

 

La Critique :  

dernière réalisation en date de Robert Zemeckis, A CHRISTMAS CAROL («subtilement» retitré chez nous «Le Drôle de Noël de Scrooge») adapte une nouvelle fois le célèbre roman UN CHANT DE NOËL de Charles Dickens, le père littéraire d’OLIVER TWIST, DAVID COPPERFIELD et autres GRANDES ESPERANCES. Désormais propriété légale de Walt Disney Studios, le récit de Dickens, maintes fois adapté au cinéma et à la télévision, se rappelle donc à notre bon souvenir. Les grands enfants que nous sommes se souviendront sans doute que le studio à la petite souris avait déjà produit deux autres versions de la même histoire : une première datant de 1983, en animation classique, avec l’Oncle Picsou en Scrooge acariâtre (c’était après tout couru d‘avance – Carl Barks, le génial dessinateur et véritable créateur de Picsou, avait reconnu sa dette envers Dickens en baptisant son personnage du nom de «Uncle Scrooge McDuck» en VO), et une seconde, savoureuse, interprétée en chair et en os en 1993 par Michael Caine et la bande du Muppets Show ! 

Amoureux de longue date de l’histoire de Dickens, Robert Zemeckis s’est donc plié à l’exercice délicat de l’adaptation du CHANT DE NOËL, avec le concours du grand Jim Carrey, en un film entièrement réalisé en «MoCap». Une parenthèse technique est ici nécessaire, pour se poser la question : mais enfin Jamy, c’est quoi le «MoCap» ? Suivez-moi, c’est pas sorcier !  

 

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Ci-dessus : une interview de Robert Zemeckis, où le cinéaste exprime ses vues sur le procédé « Motion Capture », la 3D et le Cinéma du Futur. En VO uniquement !  

 

«MoCap» est le diminutif employé en anglais pour désigner le procédé «Motion Capture», pour «Capture de Mouvement». Depuis les triomphes au cinéma de TERMINATOR 2 et JURASSIC PARK il y a maintenant plus de quinze ans, l’animation en images de synthèse a connu un développement technique phénoménal. L’industrie des effets spéciaux et du cinéma d’animation américain a multiplié les trouvailles techniques, pour imaginer des univers et des créatures qui auraient été difficiles ou impossibles à réaliser auparavant, la technologie des effets spéciaux n‘étant pas assez développée pour coucher sur pellicule les visions les plus incroyables des cinéastes. Parmi ces innovations, le procédé «MoCap» est l’une des plus significatives. Pour faire simple, ce procédé consiste à filmer les acteurs, dans un décor réduit à sa plus simple expression : une immense «grille» couverte de lignes et de points de repère, des capteurs numériques, dépourvue d’accessoires et d’objets comme on en trouve sur les plateaux de tournage ordinaires. Les acteurs ne portent pas les costumes et maquillages traditionnels, ils sont revêtus des pieds jusqu’à la tête d’une combinaison elle-même couverte de capteurs numériques. Même leur visage est recouvert de ces drôles de points métalliques, sur chacun de leurs muscles. Cette tenue, soit dit en passant, donne au comédien l’allure d’un scaphandrier échappé d‘un spectacle d‘avant-garde. Même des acteurs aussi respectés qu’Anthony Hopkins ou John Malkovich les ont un jour revêtus, donnant aux reportages de tournage une allure assez savoureuse !  

 

Le réalisateur peut filmer en un temps record leur interprétation, sans perdre de temps à régler les éclairages, le déplacement de la caméra ou la mise au point d’un accessoire particulier (les objets tenus par les acteurs sont comme de simples assemblages de fil de fer). Tout est filmé dans des caméras numériques spéciales, qui vont enregistrer, grâce aux capteurs, les moindres mouvements du visage et du corps des comédiens, et les déplacements des objets virtuels. Par la suite, le réalisateur va pouvoir déterminer sa mise en scène, avec l’aide des informaticiens. Les acteurs auront ainsi fourni la «matière brute» (gestuelle, expressions du visage, déplacement du corps) numérisée, sur laquelle les animateurs vont peu à peu créer leurs personnages : costumes, texture de la peau, effets de lumière, création du regard, etc. À la différence des films d’animation en image de synthèse, le rôle du comédien ne se limite donc pas au doublage vocal, c’est sa présence physique qui «incarne» son double virtuel. Et un même acteur peut aussi jouer plusieurs rôles dans le même film, les personnages créés pouvant être filmés séparément puis intégrés à la même scène. C’est ainsi par cette technique que des êtres fantastiques, parfaitement crédibles, ont pu ainsi sortir et marquer la mémoire des spectateurs : l’androïde T-1000 sous sa forme argentée dans TERMINATOR 2 de James Cameron, Gollum et Kong (incarnés par le même acteur, Andy Serkis) dans LE SEIGNEUR DES ANNEAUX et KING KONG de Peter Jackson… même les dinosaures de JURASSIC PARK de Steven Spielberg ont été créés sur ce même principe, étant à l’origine des «squelettes» robotiques pourvus de capteurs numériques similaires. Ce procédé a connu un véritable boom, enclenché par les derniers films de Robert Zemeckis. Le cinéaste de RETOUR VERS LE FUTUR et FORREST GUMP ne s’est pas contenté d’insérer des personnages virtuels dans un vrai décor filmé ; par ce procédé, il crée par informatique dans ses films des environnements totalement crédibles, où sa mise en scène «explose» littéralement le champ de ce qui est possible de faire. À ceci, s’ajoute également un complexe procédé de création de l’image en 3 dimensions «stéréoscopiques», qui permet de renforcer la profondeur de champ de l’image, ou la présence «physique» des personnages numériques, pour un résultat final tout simplement hallucinant. En produisant MONSTER HOUSE avec Steven Spielberg, en réalisant LE PÔLE EXPRESS très «disneyien», LA LEGENDE DE BEOWULF (superbe épopée viking, fantastique et paillarde à souhait) et maintenant cette adaptation du récit de Dickens, Robert Zemeckis a considérablement affiné ces techniques à un niveau inédit.  

Le public, d’abord désarçonné par ce grand changement (plus perceptible sur LE PÔLE EXPRESS, où les personnages étaient encore figés dans leurs expressions), répond peu à peu présent. Il faut dire que depuis la sortie de CHRISTMAS CAROL, un certain AVATAR a changé radicalement la donne. Mais ceci est une autre histoire, et sera le sujet d‘un prochain article !…  

 

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Ci-dessus : l’une des illustrations originales de John Leech pour UN CHANT DE NOËL, qui ont servi de base artistique au film de Zemeckis.  

La performance technique d’A CHRISTMAS CAROL est incontestablement son point fort. On n’en attendait pas moins de la part de Robert Zemeckis, le visuel de son film, avec ou sans vision en relief, est extraordinaire. Les dessins de John Leech, illustrateur célèbre des récits de Charles Dickens, prennent littéralement vie sous nos yeux – à commencer par le personnage de Scrooge, fidèle à l‘imagerie du romancier, et qui est l‘occasion pour Jim Carrey de se livrer à une nouvelle métamorphose mémorable. La mise en scène est toujours travaillée à l’extrême détail, en profondeur. Loin de se limiter à multiplier des effets «dans ta face», Zemeckis réussit à immerger le spectateur dans son univers. La caméra libre absolue, rêvée par Zemeckis, livre ainsi des séquences «impossibles» (tels d’impressionnants travellings «à vol d’oiseau» au-dessus de Londres), et peut saisir toute la profondeur de champ d’un Londres de 1843 à la fois réaliste et surréel. On peut même surprendre, cachées derrière les vitres d’époque, des scènes quotidiennes – un véritable voyage dans le Temps ! Quant au dynamisme des poursuites propres aux films de Zemeckis, il se déchaîne dans un dernier acte cauchemardesque – bien plus «survolté» que dans le roman original, assez contemplatif -, avec un Scrooge tourmenté par des chevaux spectraux. Dans ces séquences, le réalisateur de ROGER RABBIT démontre une fois de plus sa maîtrise d’un montage nerveux, jamais morcelé, et toujours lisible. Dans toutes ces prouesses, on retrouve forcément un parfum d‘autocitation «zemeckienne» : les plans-séquences aériens ont un lien de parenté évident avec FORREST GUMP (le générique à la plume), ou BEOWULF (le combat final contre le Dragon volant). Et l’esprit de CONTACT est aussi présent, lors des scènes du Fantôme du Présent, qui fait voyager Scrooge chez les Cratchit à travers des déformations rappelant le voyage d’Ellie (Jodie Foster) dans sa sphère spatio-temporelle.  

S’il faut cependant mettre un bémol aux louanges sur ce film, il concerne avant tout son scénario. Il faut bien avouer, Zemeckis, brillant scénariste, part ici avec deux handicaps de poids. Tout d’abord, la structure du scénario : tout se base sur un récit très linéaire, forcément prévisible. Certes, tous les spectateurs n’ont pas lu Dickens, et personne ne contestera le talent de l’écrivain anglais à imaginer des histoires fortes. L’ennui, c’est qu’UN CHANT DE NOËL, maintes fois adapté, imité et parodié depuis 150 ans, est une histoire que tout spectateur connaît, au moins de réputation. Et le fait que le film soit produit et présenté par les studios Walt Disney met inconsciemment la puce à l’oreille du spectateur – même si l’histoire est assez sombre, mélancolique, voir macabre, on devine qu’un happy end est forcément de rigueur. Cela gâche un peu le plaisir de la projection que d’en deviner le dénouement bien à l’avance.Le second handicap du scénario est un problème de perception commun jusqu’ici à tous les films en «MoCap». Neil Gaiman, talentueux écrivain co-auteur du scénario de BEOWULF, a pointé ce problème dans des interviews récentes : ces films attirent tellement l’attention du spectateur sur la technique du film que ce dernier, obnubilé pendant la projection par des questions du type «mais comment ont-ils fait ces superbes effets spéciaux ?», va forcément moins prêter attention à l’histoire qu’on lui montre. Peut-être faut-il voir là un simple manque d’habitude à une forme d’expression cinématographique encre débutante.Le déséquilibre était par exemple évident en 2004 quand LE PÔLE EXPRESS est sorti – mise en scène exceptionnelle de Zemeckis pour un scénario, il faut bien l’avouer, très faible ! Heureusement, le cinéaste a su depuis corriger le tir avec BEOWULF ; et après AVATAR, les ALICE AU PAYS DES MERVEILLES de Tim Burton, TINTIN de Steven Spielberg et Peter Jackson, et tous ceux qui suivront dans la décennie, devront nous rappeler que la grande force du cinéma américain demeure le «storytelling», l’art de la narration. Impliquer le spectateur dans son univers, d’accord, mais ne pas oublier que cela passe d’abord par une histoire et des personnages forts !  

 

 

Quoiqu’il en soit, CHRISTMAS CAROL s’inscrit dans la lignée des grandes obsessions et thèmes abordés par Zemeckis dans sa filmographie. À commencer d’abord par ces sacrées fêtes de Noël, qui obnubilent le metteur en scène ! Déjà, son scénario de 1941, co-écrit pour Steven Spielberg avec ses amis John Milius et Bob Gale, véritable bombe atomique de charivari burlesque, se situait durant cette sacro-sainte période de supposée paix sur terre aux hommes de bonne volonté. Quand on voit ce qui se passe dans le film de Spielberg (bagarres, fusillades, destruction généralisée, le tout sur fond de paranoïa guerrière surchauffée), on peut se demander si Zemeckis et ses complices n’ont pas vu là l’occasion rêvée d’un vaste défouloir : les réunions familiales obligatoires, la course aux cadeaux, la gentillesse de façade, comme dans les peintures de Norman Rockwell… tout cela vole en éclats dans 1941. Par la suite, Zemeckis, passant lui-même à la mise en scène, va aborder Noël sous des aspects souvent peu flatteurs. Noël et Réveillon du Nouvel An déprimants dans FORREST GUMP, chez le Lieutenant Dan (Gary Sinise) amputé et alcoolique, avec les deux prostituées qui l’insultent, lui et Forrest (Tom Hanks) ; le drame et l’aventure personnelle de Chuck (Hanks), dans CAST AWAY / Seul au Monde, débutent aussi durant les fêtes de Noël. L’homme de la FedEx, toujours pressé et stressé, y compris durant le réveillon familial, quitte précipitamment sa petite amie (Helen Hunt) pour son travail. Décision fatale qui va le mener à s’échouer durant quatre ans sur une île perdue en plein Pacifique. LE PÔLE EXPRESS, bien sûr, joue la carte du Merveilleux enfantin lié à Noël, mais le film garde cependant un aspect assez doux-amer (représenté par le gamin solitaire) ; et le transparent jeune héros, rencontrait une sinistre marionnette, symbole de ses doutes et de son amertume : un pantin à l’effigie… d’Ebenezer Scrooge, le héros du récit de Dickens et du futur film de Zemeckis ! Le Grand Finale de BEOWULF, opposant le vieux guerrier à un terrifiant Dragon, se concluait sur l’expiation du héros et son sacrifice héroïque. Ce combat dantesque avait lieu «le Jour de la Naissance du Christ», autrement dit Noël, encore… On voit, à travers ces exemples, l’importance du contexte de cette fête jadis sacrée (et associée dans les cultures européennes au retour des morts), devenue depuis un triste symbole de la société de consommation, dans les récits de Zemeckis : elle intervient à des moments-clé du parcours personnel de ses personnages. Logique, alors, que le cinéaste ait voulu livrer avec CHRISTMAS CAROL la quintessence de son regard sur cette fête, synonyme autant de joie et d’amour, que de tristesse et de noirceur. La vie du vieux Scrooge est intimement liée à «l’Esprit de Noël», dans ses pôles opposés.  

 

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Ci-dessus : la bande-annonce d’A CHRISTMAS CAROL / Le Drôle de Noël de Scrooge, en VO. Ne pas aux apparences !  

 

 

Ce qui amène aussi Robert Zemeckis à traiter d’un autre de ses sujets favoris : le Temps. Et l’impact que des décisions et des choix peuvent avoir sur la vie et la destinée d’une personne. Sur le mode ludique, c’est le thème fondamental de la trilogie RETOUR VERS LE FUTUR, bien entendu. Mais aussi de pratiquement tous ses autres films : ROGER RABBIT – Eddie hanté par le souvenir de la mort de son frère pour le reste de ses jours ; LA MORT VOUS VA SI BIEN – où les deux divas hollywoodiennes (Meryl Streep et Goldie Hawn), obsédées par la peur de vieillir et de mourir, trichent avec le Temps qui passe inexorablement ; FORREST GUMP, l’histoire d’une vie liée à celle de l’Amérique du 20e Siècle; CONTACT, également l’histoire d’une vie entière pour son héroïne, se conclue sur un paradoxe temporel prouvant la réalité du fameux contact (l’enregistrement du vol «raté» d’Ellie, supposé durer quelques secondes, dure plus de douze heures) ; APPARENCES, où un fantôme venu du Passé (déjà) venait faire voler en éclats le bonheur factice du couple Harrison Ford – Michelle Pfeiffer ; Chuck «hors du temps» sur l’Île de CAST AWAY, le Contrôleur obsédé par le Temps et le retard perpétuel du PÔLE EXPRESS, BEOWULF où le héros vieilli constate les dégâts d’un secret de jeunesse… Le Cinéma de Zemeckis est donc régi par la loi implacable, mais aussi les paradoxes, du Temps, intimement liés aux choix moraux faits par ses personnages. C’est une nouvelle fois le cas dans A CHRISTMAS CAROL. Le réalisateur avait depuis longtemps en tête l’adaptation de l’histoire de Dickens, qualifiée par lui «d’un des tous premiers grands récits de voyage dans le temps». Guidé par les trois fantômes, l’acariâtre Scrooge voyage donc dans son propre Passé, voit le Temps Présent s’écouler en son absence (le jeu des devinettes chez son neveu Fred, le réveillon des Cratchit) et voit le Futur funeste (mort, désolation) qui l’attend s’il persiste dans ses erreurs… Les esprits sont, on le devine, une représentation de Scrooge lui-même, de ses choix de vie qu’il s’est laissé dicter par sa condition sociale. Le Fantôme du Noël Présent a une vie éphémère, ses deux «enfants» hideux, nommés Ignorance et Désir («Want» en VO) grandissent et vieillissent… c’est le Temps atteint de folie qui se détraque sous les yeux du vieillard.  

A posteriori, l’avarice pathologique de Scrooge se comprend par la peur du personnage envers ce satané Temps, impossible à posséder matériellement, et qui lui file entre les doigts. Le temps, c’est de l’argent, comme on dit dans les affaires : la première scène, brillante, voit Scrooge payer les funérailles de Marley en prélevant sur les yeux de ce dernier les deux pièces qui y sont posées ! Derrière l’humour grinçant de la séquence, Zemeckis livre sa morale : en refusant à Marley un repos éternel paisible (le rituel des deux pièces est une vieille croyance, peut-être héritée de la légende de Charon, le Passeur des Morts, qui doit être payé par le défunt pour une garantie d‘«après-vie» paisible), Scrooge, effrayé par la Mort, condamne ce dernier à l’errance éternelle… et déclenche malgré lui la série d‘évènements qui va l‘obliger à revoir sa vie, et à évoluer spirituellement.  

 

Tout ceci se déroule dans une ambiance visuelle totalement respectueuse de l’œuvre de Dickens : un univers mêlant le réalisme victorien d’OLIVER TWIST à une fantaisie finalement assez macabre, familière à Zemeckis. Ce qui rend le film finalement assez contradictoire avec son estampille «Disney», affiche et bande-annonces insistant sur un univers familial féerique qui n’est pas celui que propose le réalisateur ! Sombre et triste, malgré le happy end chaleureux attendu, CHRISTMAS CAROL est aussi un festival de visions spectrales peu recommandables aux tout-petits : les apparitions du fantôme de Marley, la vision des fantômes des damnés aperçus par Scrooge, l‘apparition des affreux «enfants» du Noël Présent, sont autant de visions volontairement cauchemardesques et grotesques, traduisant la patte de Dickens, grand spécialiste des récits de revenants – comme l‘excellente et classique nouvelle LE SIGNALEUR. Les moments les plus oppressants étant assurés par les manifestations du Fantôme des Noëls Futurs, ombre gigantesque, sinistre et muette harcelant Scrooge dans Londres… Dans cette ambiance inquiétante et familière, le cinéaste glisse ça et là quelques rares touches de folie – notamment un gag avec Marley qui se décroche la mâchoire (clin d’œil à Peter Jackson et les FRIGHTENERS / Fantômes Contre Fantômes, petit bijou de comédie horrifique justement produite par Zemeckis ?), une envolée de Scrooge dans le ciel, façon PETER PAN et E.T., et sa «miniaturisation» délirante… sans oublier quelques fantaisies finales de Jim Carrey.  

L’acteur aux mille visages réussit d’ailleurs une performance «numérisée» remarquable. Il campe Ebenezer Scrooge à tous les âges de sa vie, du petit garçon timide au vieil Harpagon décati. Parfait dans la gestuelle, les changements de voix, et le regard amer de son personnage, Carrey réussit l’exploit de faire oublier la technique informatique et investit Scrooge corps et âme. C’en est presque effrayant, d’autant plus qu’il joue aussi les trois fantômes du récit – le Passé androgyne et gracile, le Présent géant dionysiaque, le Futur muet et effrayant… Les autres acteurs numérisés sont du coup quelque peu éclipsés par sa prestation. Gary Oldman joue à la fois le brave Cratchit et le fantôme de Marley, et s‘en sort plutôt bien. Son talent à incarner des personnages monstrueux sert à merveille les scènes où il incarne le spectre de Marley. Colin Firth est un Fred fidèle à la vision de Dickens, affable et bon bourgeois. Dommage que les autres comédiens, des familiers de l’univers Zemeckis (la gracieuse Robin Wright Penn et ce bon vieux Bob Hoskins) soient quant à eux de simples «silhouettes» passagères dans la vie de Scrooge, mais le récit l‘impose, et ils livrent le travail attendu.  

 

Film inégal, techniquement remarquable, et riche donc en éléments typiques à Robert Zemeckis, A CHRISTMAS CAROL / Le Drôle de Noël de Scrooge repose donc sur l’impressionnante maîtrise technique de ce dernier, l’art du récit de Dickens, et sur le jeu d’un acteur véritablement extra-terrestre. Pour ceux qui n’ont jamais osé se frotter au récit original, ou même n’en ont jamais entendu parler, c’est une bonne occasion de le découvrir ; pour ceux qui le connaissent, l’expérience risque de les décontenancer. C’est tout le paradoxe de ce film totalement lié aux obsessions de son réalisateur, et à une histoire sans doute trop connue pour totalement convaincre. Mais le spectacle vaut le détour.  

 

Joyeux Noël à tous !  

… avec un mois de retard… ou un an d’avance !    

 

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Ebenezer Ludovicrooge

 

 

La Fiche Technique :  

A CHRISTMAS CAROL / Le Drôle de Noël de Scrooge   

Réalisé par Robert ZEMECKIS   Scénario de Robert ZEMECKIS, d’après le roman «Un Chant de Noël» de Charles DICKENS  

Avec : Jim CARREY (Ebenezer Scrooge, à tous les âges de sa vie / le Fantôme des Noëls Passés / le Fantôme du Noël Présent / le Fantôme des Noëls Futurs), Gary OLDMAN (Bob Cratchit / Jacob Marley / le Petit Tim), Colin FIRTH (Fred), Robin WRIGHT PENN (Fan / Belle), Bob HOSKINS (Mr. Fezziwig / le Vieux Joe), Cary ELWES (Dick Wilkins / le Gentleman Corpulent n°1 / le Violoniste Fou / l’Invité n°2 / l’Homme d’Affaires n°1), Fionnula FLANAGAN (Mrs. Dilber), Fay MASTERSON (Martha Cratchit / l’Invitée n°1 / Caroline), Daryl SABARA (Peter Cratchit / l’Apprenti Croquemort / un Chanteur de Noël en haillons / le Jeune Mendiant / un Chanteur de Noël bien vêtu), Molly C. QUINN (Belinda Cratchit)  

Produit par Jack RAPKE, Steve STARKEY, Robert ZEMECKIS, Katherine C. CONCEPCION, Heather SMITH et Peter M. TOBYANSEN (Walt Disney Pictures / ImageMovers)

Musique Alan SILVESTRI   Photo Robert PRESLEY   Montage Jeremiah O’DRISCOLL   Casting Scot BOLAND, Victoria BURROWS et Nina GOLD  

Décors Doug CHIANG   Direction Artistique Marc GABBANA, Norman NEWBERRY et Mike STASSI   Costumes Anthony ALMARAZ   Conception des Personnages et Costumes Dermot POWER  

1er Assistant Réalisateur David H. VENGHAUS Jr.   Animation Jimmy ALMEIDA, Michael CORCORAN, Brett SCHROEDER et David SHIRK  

Mixage Son William B. KAPLAN et James M. TANENBAUM   Montage Son Dennis LEONARD   Effets Spéciaux Sonores Randy THOM   Effets Spéciaux Visuels George MURPHY et Kevin BAILLIE (Gentle Giant Studios / Plowman Craven & Associates / The Third Floor)   Effets Spéciaux de Plateau Michael LANTIERI  

Distribution USA et INTERNATIONAL : Walt Disney Studio Motion Pictures  

Durée : 1 heure 36

Spaciba Bolchoï ! – LE CONCERT

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LE CONCERT, de Radu MIHAILEANU 

L’Histoire :  

prestigieux chef de l‘orchestre du Bolchoï à Moscou, Andrei Filipov a vu sa carrière brisée en 1980, lorsqu‘il a refusé de dénoncer ses amis musiciens juifs, s‘opposant aux pressions du gouvernement de Brejnev. Alors que son orchestre jouait le Concerto pour violon de Tchaïkovski durant une soirée de gala, un fonctionnaire du KGB monta sur scène et l‘humilia publiquement. Révoqué, Andrei continue d‘arpenter les coulisses du Bolchoï, en tant que simple homme de ménage, depuis 28 ans…  

Un jour, alors qu’il nettoie le bureau du directeur, Andrei intercepte un fax envoyé par le directeur du Théâtre du Châtelet à Paris, Olivier Morne Duplessis, décidé à faire venir le célèbre orchestre pour un grand concert. Sans réfléchir à son geste, Andrei vole le fax. Il a une idée folle : revenir sur scène à Paris, avec ses anciens amis musiciens, qui ont depuis longtemps abandonné le métier, à la place du véritable orchestre, pour pouvoir enfin jouer le Concerto de Tchaïkovski ! Encouragé par sa femme Irina, Andrei entraîne son vieil ami, Sacha Grossman, violoncelliste reconverti en ambulancier, dans sa mission impossible. Encore faut-il : engager comme négociateur et attaché de relations publiques Ivan Gavrilov, l’ancien employé du KGB qui a jadis humilié Andrei sur ordre de ses supérieurs ; accepter qu’un drôle de sponsor, roi du gaz et épouvantable musicien, finance le voyage à condition d’avoir sa place dans l‘orchestre ; obtenir des faux passeports à la dernière minute ; ne pas éveiller la suspicion de Morne Duplessis et ses acolytes ; et surtout, pouvoir compter sur une troupe très indisciplinée ! L’affaire est d’autant plus délicate qu’Andrei a une exigence bien spécifique, celle d’avoir comme soliste invitée la jeune violoniste Anne-Marie Jacquet…  

La Critique :  

Radu Mihaileanu est le fils d’un journaliste roumain juif, Mordechai Buchman, lequel, échappé d’un camp de concentration nazi, dût ensuite changer d’identité sous le régime communiste de Ceausescu. Mihaileanu quittera son pays écrasé par la dictature, pour se réfugier en Israël en 1980, puis en France où il est devenu cinéaste. Marquée par les remous tumultueux de l’Histoire, la vie de Mihaileanu a donc littéralement nourri son œuvre, inspirant notamment ses deux films les plus connus : TRAIN DE VIE (1998) et VA, VIS ET DEVIENS (2005), deux véritables petits bijoux. Radu Mihaileanu, c’est un fort tempérament, humaniste, chaleureux, plein de tendresse mais aussi un regard lucide sur les faiblesses humaines ; encore mal connu du public jusqu‘à cette année 2009 qui vient de s‘achever, Mihaileanu semblait aussi ne pas être reconnu à sa juste valeur par le milieu du cinéma français – à peine un tout petit César 2005 du meilleur scénario (remarquablement écrit, cela dit) pour VA, VIS ET DEVIENS et rien d‘autre… Mais la persévérance paie. LE CONCERT vient d’obtenir un fort joli succès en salles hexagonales, confirme l’immense talent du cinéaste, et devrait, c‘est du moins ce que l‘on espère, être amplement récompensé aux prochaines cérémonies.   

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Ci-dessus, la bande-annonce du CONCERT.  

 

La bande-annonce donne le ton, sans rien laisser cependant deviner la gravité derrière la bonne humeur. LE CONCERT, c’est d’abord un pur régal de comédie : le film se déguste comme du Lubitsch grand cru, et le souvenir de TO BE OR NOT TO BE n’est pas loin de faire surface. Le chef-d’œuvre comique du grand cinéaste juif berlinois parti à Hollywood ridiculisait en son temps une autre atroce dictature, la machine guerrière du Reich ; on peut parier que l’histoire de cette joyeuse troupe de comédiens polonais se faisant passer pour Hitler et ses sbires au nez et à la barbe des vrais nazis a dû marquer profondément Mihaileanu. On en trouvait des traces dans TRAIN DE VIE, ou chaque situation inquiétante était désamorcée par des pirouettes comiques inattendues et hilarantes, jusqu’à la gifle finale. Point de faux nazis ici, mais une troupe tout aussi indisciplinée d’ex-musiciens russes, juifs et tziganes venues prendre leur revanche sur une Histoire injuste, et bousculer l’autorité avec une bonne humeur communicative !  

Il faut dire que l’histoire personnelle de Mihaileanu, reposant largement sur les changements d’identité nécessaires de son père, conditionne largement le thème récurrent de son cinéma, ce qu’il appelle lui-même «l’imposture positive»* : les juifs fugitifs se faisant passer pour de faux déportés et de faux Nazis (TRAIN DE VIE) ; Moshe, le jeune éthiopien chrétien devenu faux Falasha en Israël (VA, VIS ET DEVIENS)… L’imposture positive, source de nombre de gags et de situations rocambolesque, est ici celle organisée par Andrei, vrai-faux chef d’orchestre décidé à prendre sa revanche personnelle sur l’Histoire. Et d’autres impostures se «greffent» en quelque sorte, à sa propre démarche : voir par exemple l‘hilarant passage au restaurant marocain, rebaptisé à la hâte «Trou Normand» !… Autres impostures qui se mêlent à l’histoire centrale : les manifestations hebdomadaires des nostalgiques de l’URSS – des figurants recrutés à la hâte ! Ou la description d’un congrès au PCF dont les grandes heures sont bien lointaines, désormais… Ou encore, ce concert mémorable du futur sponsor de l’orchestre, un oligarque mafieux, durant un mariage bling-bling en diable…  

 

Il y aurait certes encore beaucoup à dire pour évoquer tout ces détails qui assurent à merveille la comédie : l’ambulance pourrie du brave Sacha ; le bref aperçu des nouveaux métiers des ex-musiciens d‘Andrei (dont un s’est reconverti en compositeur de musique de film porno…) ; le vieux Juif qui tente d’inculquer à son grand fils les valeurs traditionnelles des affaires ; «l’exode» improvisé vers l’aéroport… Le tout dans une ambiance de joyeux bordel garanti : un orchestre russe, juif et tzigane, ça rouspète forcément, ça picole dur, ça s’éparpille dans la capitale… Mihaileanu nous dépeint une communauté chaotique mais pleine de vie, à l’opposé du petit monde culturel français, qui en prend pour son grade : policé, verrouillé, et surtout terriblement condescendant envers ses hôtes.  

Autre thème important, sur lequel Mihaileanu s’est exprimé, le jeu sur le langage, qui nourrit les éléments de comédie du CONCERT : le réalisateur s’est inspiré de ses propres mésaventures lors de son arrivée en France, pour créer des situations savoureuses. À commencer par le français très approximatif de l’ex-KGB, un festival d’expressions vieillottes et d’erreurs d’élocution pour un résultat imparable (voyez les scènes de tractations)… dans le même registre, on retiendra aussi la mémorable réplique d’Andrei, «Je vous baise chaleureusement !», est appelée à devenir un classique.

 

* lisez à ce sujet l’interview de Radu Mihaileanu, publiée sur le site officiel du film :  

http://www.leconcert-lefilm.com/

 

La comédie s‘efface cependant, au fil du récit, laissant peu à peu la place à la tristesse. Mihaileanu dirige parfaitement ce glissement dramaturgique, sans forcer la dose, en suivant simplement la trajectoire personnelle d’Andrei : sous l’URSS de Brejnev, l’oppression des artistes et intellectuels opposés au pesant régime Soviétique était hélas une triste réalité. Persécutions et déportations au goulag, synonyme de mort lente, attendaient ceux qui, aux yeux de Brejnev et ses laquais, risquaient de former un contrepouvoir culturel important. Persécutions dont Mihaileanu, dans LE CONCERT, nous suggère aussi qu’elle se teinte d’antisémitisme – rappelons que la haine des Juifs en Europe ne commença pas et ne se limita pas, hélas, à la funeste Allemagne nazie ; bien avant l’époque Brejnev, sous la Russie des Tsars et l’URSS de Staline, elle fut longtemps pratiquée, voir même approuvée et encouragée – voir l‘histoire des faux Protocoles des Sages de Sion, des Centuries noires et des pogroms…  

Ces éléments, Mihaileanu les fait toutefois passer «en douceur» au spectateur, sans délivrer de discours pesant. Ludique et inspirée, sa mise en scène sait toujours trouver le ton juste, entre les larmes et le rire, jusqu’à ce magnifique Grand Finale. Le grand concert donné par Andrei est non seulement un exercice virtuose de montage purement cinématographique, mais aussi le triomphe d’une histoire de réconciliation et d’Amour inconditionnel. Dans l’échange de regards d’Aleksei Guskov (excellent) et de la belle violoncelliste (Mélanie Laurent et ses immenses yeux bleus, définitivement transformée cette année par ce rôle et sa prestation dans INGLOURIOUS BASTERDS), tout passe, sans surlignage excessif. Avec ce petit je ne sais quoi de fierté paternelle non avouée du chef d’orchestre vieillissant à la jeune musicienne, qui sublime l’ensemble de la séquence.  

 

Spaciba Bolchoï, monsieur Mihaileanu !

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le Camarade Ludovikov  

 

La Fiche Technique : 

LE CONCERT  

Réalisé par Radu MIHAILEANU   Scénario de Radu MIHAILEANU, Alain-Michel BLANC et Matthew ROBBINS  

Avec : Aleksei GUSKOV (Andreï Filipov), Dmitri NAZAROV (Sacha Grossman), Mélanie LAURENT (Anne-Marie Jacquet), François BERLEAND (Olivier Morne Duplessis), MIOU-MIOU (Guylène de La Rivière), Valeri BARINOV (Ivan Gavrilov), Lionel ABELANSKI (Jean-Paul Carrère), Anna KAMENKOVA (Irina Filipova), Alexander KOMISSAROV (Victor Vikitch), Ramzy BEDIA (le Patron du Trou Normand), Guillaume GALLIENNE (le Critique)  

Produit par Alain ATTAL, Valerio De PAOLIS, André LOGIE, Bogdan MONCEAU et Vlad PAUNESCU (Oï Oï Oï Productions / Les Productions du Trésor / France 3 Cinéma / Europa Corp. / Castel Film Romania / RTBF / BIM Distribuzione / Canal+ / France 3 / Eurimages / Région Île-de-France / Belgacom TV / Tax Shelter ING Invest de Tax Shelter Productions / Le Fonds d’Action de la Sacem)  

Musique Armand AMAR   Photo Laurent DAILLAND   Montage Ludovic TROCH   Casting Gigi AKOKA et Hervé JAKUBOWICZ  

Décors Christian NICULESCU et Stanislas REYDELLET   Direction Artistique Vlad ROSEANU   Costumes Viorica PETROVICI et Maira RAMEDHAN LÉVY  

1er Assistant Réalisateur Olivier JACQUET

Mixage Son Bruno TARRIERE   Montage Son Selim AZZAZI  

Distribution BELGIQUE : Cinéart / Distribution FRANCE : EuropaCorp. Distribution / Distribution ITALIE : BIM Distribuzione / Distribution ROUMANIE : —-  

Durée : 1 heure 59



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