Le vrai Prince John – John BARRY (1933-2011)

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John BARRY (1933-2011)

Encore une semaine qui a mal démarré pour les cinéphiles et amateurs de musiques de films… C’est un message ému paru sur Twitter, signé de David Arnold, l’actuel compositeur de la saga des James Bond, qui a annoncé la mauvaise nouvelle : le décès de John Barry, le «Guv’nor», et l‘un des géants parmi les géants de la musique cinématographique.

Le «son Barry», si reconnaissable par ses grandes envolées mélodiques de cuivres et de cordes, fut la signature musicale de quatre décennies de films, séries et pièces musicales. La mémoire collective lie instantanément les orchestrations de Barry à l’univers de James Bond, depuis sa première apparition en 1962, sous les traits de Sean Connery.

Le nom de John Barry est indissociable de onze films «bondiens», de son thème et de ses chansons de génériques légendaires, tels GOLDFINGER interprété par Shirley Bassey… 

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Ne réduisons cependant pas le talent de cet immense compositeur et chef d‘orchestre à la seule série des exploits de 007. Barry a épanoui son style dans des musiques aussi diverses et prestigieuses que ZOULOU, MIDNIGHT COWBOY (MACADAM COWBOY), UN LION EN HIVER, COTTON CLUB, DANSE AVEC LES LOUPS et tant d‘autres…

Née dans l’univers du jazz et des bouillonnements annonçant le «Swinging London», la musique de John Barry reposait sur une qualité d’écriture mélodique et éminemment romantique, un registre où l‘usage orchestral des cuivres et cordes était aisément identifiable. Le maestro britannique est vite devenu l’un des noms les plus prestigieux dans l’univers de la musique de film, aux côtés d’autres géants qui se firent un nom et une réputation dans les années 1960, la génération des Lalo Schifrin, Henry Mancini, Maurice Jarre, Michel Legrand, Jerry Goldsmith ou Ennio Morricone.

Pour le plaisir de la nostalgie, je vous propose une sélection, tout à fait subjective mais bien fournie, de quelques-unes des meilleures compositions du Prince John (avec le concours des internautes utilisateurs de YouTube, merci à eux), tout en évoquant brièvement sa vie. Les informations proviennent des éléments biographiques trouvés sur ImdB et Wikipédia, et peuvent donc être erronées. N’hésitez pas à me signaler toute erreur.

 

John Barry Prendergast est né le 3 novembre 1933 à York en Angleterre, le benjamin de trois enfants. Son père, Jack, était le propriétaire de plusieurs salles de cinéma. Les cabines de projection des cinémas de papa sont donc un lieu idéal pour le jeune John, qui bénéficie ainsi de séances «à l’œil» ! Un premier contact avec le Cinéma qui s’avèrera bien pratique quand, des années plus tard, le compositeur devra écrire, composer et réaliser des musiques pour le grand écran…

En attendant, le jeune John suit une éducation scolaire normale à York, à l’École St. Peter. Il suit les leçons de composition musicale d’un respecté mentor, Francis Jackson, Organiste du Ministère de York, et développe un talent certain pour le piano. Il apprendra par la suite la trompette.

Le Service Militaire lui permet de faire ses débuts comme musicien. Après l’Armée, le jeune John Barry Prendergast suivra des cours de musique par correspondance avec un autre mentor professionnel accompli, Bill Russo, arrangeur du grand jazzman Stan Kenton et de son Orchestre. Sa voie est toute choisie, le jeune homme sera musicien, compositeur et arrangeur musical. Il fait de ses deux prénoms son nom de scène, et forme avec six camarades le groupe The John Barry Seven en 1957. Le groupe obtient plusieurs succès à la mode de l‘époque (on est en pleine explosion rock) comme «Hit and Miss», ou la reprise d’un titre des Ventures, «Walk Don’t Run» en 1960.

John Barry est aussi vite sollicité à la télévision britannique. Il compose pour la BBC le générique de l’émission JUKE BOX JURY, qui servira de 1959 à 1967, ainsi que la musique du show télévisé musical DRUMBEAT, toujours en 1959, où se produisent les jeunes talents des l’époque : Adam Faith, Cliff Richard, Billy Fury, Petula Clark, Paul Anka… l’efficacité, le talent musical et la rapidité d’écriture de Barry sont vite appréciés, et sa carrière est lancée.

À cette époque, il épouse Barbara Pickard dont il divorcera en 1963. Ils ont eu un enfant.

Après la télévision, John Barry entre dans le milieu du cinéma. En 1960, il compose ses deux premières musiques de film : BEAT GIRL (L’AGUICHEUSE) d’Edmund T. Greville, avec David Farrar, Gillian Hills et Christopher Lee ; et NEVER LET GO de John Guillermin, avec Peter Sellers. L’année suivante, il réalise son premier album, STRINGBEAT et compose la musique du téléfilm GIRL ON A ROOF.

Alors employé chez EMI, Barry est repéré par Albert R. Broccoli et Harry Saltzman, les producteurs de la compagnie Eon, en train de préparer un petit film d’espionnage et d’action, DOCTOR NO (JAMES BOND CONTRE DR. NO), tiré d’un roman d’espionnage bon marché de Ian Fleming, avec un illustre inconnu au générique, Sean Connery…

Pour le héros de leur film, agent secret portant le matricule 007, les producteurs veulent un thème héroïque, identifiable. Ils engagent d’abord Monty Norman, compositeur très à la mode d’alors, mais son travail ne les emballe pas vraiment. Ils se tournent alors vers le jeune John Barry, qui réécrit la partition de Norman, et orchestre le tout. Et voilà comment un thème musical entra dans la légende… Le film sort en 1962, et ce n’est pas un succès… c’est un triomphe mondial !  

Une controverse accompagnera cependant toujours le succès de la première grande partition de John Barry. Le générique, et tous ceux qui suivront, citeront toujours Norman comme seul auteur du thème de 007… Mais, sans vouloir déprécier le travail de Norman, il faut bien avouer que la musique de DOCTEUR NO, essentiellement composée de chansons et de musiques d’ambiance dues à ce dernier, ne pourra rivaliser avec les futures orchestrations élaborées signées par Barry. La controverse entre les deux hommes, portant sur la paternité du fameux thème, continuera pendant quatre décennies.

Pour les amateurs comme pour les spécialistes, il ne fera par la suite aucun doute que le style musical «Bond», et donc son thème principal, doit bien tout à John Barry ! Il insufflera sur dix autres films l’esprit de la musique bondienne par excellence : l‘entrée en scène fracassante de l‘agent secret imaginée visuellement par le créateur de générique Maurice Binder, avec cuivres triomphants et ce fabuleux riff de guitare électrique maintes fois imité… Puis ce sont de grandes envolées mélodiques, savamment construites, de puissantes orchestrations de pure action, et la touche finale devenue la marque de fabrique de la série : le générique accompagné d’une chanson composée et co-écrite généralement par Barry. Il sera de presque toutes les aventures bondiennes pendant un quart de siècle, à quelques exceptions près où d’autres compositeurs tenteront d’ailleurs de faire du John Barry, sans le principal intéressé !

La saga se poursuivra à la fin des années 90 avec un héritier spirituel aux commandes musicales des Bond, David Arnold, qui aura su adapter «l‘esprit John Barry» à un contexte contemporain.

 

En 1962, Barry signe les musiques de THE COOL MIKADO, de Michael Winner, THE AMOROUS PRAWN d’Anthony Kimmins et THE L-SHAPED ROOM (LA CHAMBRE INDISCRETE) de Bryan Forbes avec Leslie Caron. C’est le premier film sur lequel il travaille avec Forbes, un réalisateur avec qui il entretiendra une grande amitié professionnelle et personnelle. Barry signe aussi le générique musical d’une émission télévisée, DATELINE LONDON.

Après son divorce avec Barbara Pickard, Barry vit avec Ulla Larsson dans les sixties, et ils auront un enfant hors mariage. Il écrit et dirige en 1963 la musique de MAN IN THE MIDDLE (L’AFFAIRE WINSTON) de Guy Hamilton, avec Robert Mitchum.

Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd’hui, les producteurs de JAMES BOND CONTRE DOCTEUR NO faillirent ne pas engager John Barry pour le second Bond, BONS BAISERS DE RUSSIE ! Pour cette réussite due à Terence Young (accessoirement, le dernier Bond «sérieux» avant l’avalanche de gadgets, méchants et jolies filles des futurs films), Broccoli et Saltzman engagèrent Lionel Bart, un autre compositeur… qui s’avéra ne pas pouvoir écrire la musique d’un film ! Ils rappellent Barry à la rescousse, pour un résultat brillant. Ayant cette fois les mains libres, le jeune compositeur crée un vrai paysage musical pour l’univers Bond. Dont un mémorable thème d’action qui sera réutilisé à plusieurs reprises.

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En cette même année 1963, Barry signe le générique musical de l’émission télévisée ELIZABETH TAYLOR IN LONDON. Son travail lui vaudra une nomination à l’Emmy Award de la Meilleure Musique Originale pour une émission télévisée spéciale.

En 1964, Barry signe les musiques d’A JOLLY BAD FELLOW de Don Chaffey, SEANCE ON A WET AFTERNOON (LE RIDEAU DE BRUME) de Bryan Forbes, avec Kim Stanley et Richard Attenborough, et les génériques des émissions télévisées IMPROMPTU et SOPHIA LOREN IN ROME.

Et surtout, sa réputation monte en flèche, grâce à un coup double magistral : le triomphal GOLDFINGER, troisième aventure de James Bond, entre dans la légende grâce à la fameuse chanson titre, composée et dirigée par Barry. Une musique impeccablement menée de bout en bout, culminant avec la séquence de la prise de Fort Knox par le diabolique Goldfinger, rythmée à la perfection par l’orchestre de Barry.

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Barry enchaîne sur une autre réussite, un classique oublié du film de guerre et d’aventures, qui mérite largement d’être reconnu. ZOULOU, le film de Cy Endfield, relate la Bataille de Rorke’s Drift en Afrique du Sud, en 1879, opposant une centaine de soldats britanniques, retranchés dans leur fort, à des milliers de redoutables guerriers Zoulous fermement décidés à les tuer jusqu’au dernier. Le film révéla le talent d’un jeune acteur anglais, Michael Caine, impeccable dans le rôle et la tenue rouge flamboyante d‘un officier aristocrate très snob. Le film est remarquablement mis en scène, pourvu d‘un rythme et d‘une tension surclassant nombre de productions épiques récentes. Pas étonnant que des cinéastes à poigne tels que Paul Verhoeven (avec le siège de STARSHIP TROOPERS) ou Ridley Scott (pour la scène d’ouverture de GLADIATOR) aient puisé une partie de leur inspiration dans ce film épique à souhait… La musique de Barry amplifie à merveille l’ambiance du combat sanglant que se mènent les deux camps sous un soleil écrasant. Tremblez devant la fureur des guerriers zoulous ! 

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John Barry se remarie en 1965, avec une jeune actrice et mannequin qui fait sensation dans le «Swinging London» : Jane Birkin. Leur mariage ne durera que trois ans. Ils auront une petite fille, née en 1967, la future photographe Kate Barry.

Cette année-là est particulièrement chargée et bien remplie pour le compositeur. Il signe le générique de la série télévisée THE NEWCOMERS. Bien sûr, c’est surtout le quatrième Bond, THUNDERBALL (OPERATION TONNERRE), qui retient l’attention. Barry poursuit sur sa lancée de GOLDFINGER, signant entre autres la musique d’une nouvelle séquence d’action d’anthologie, la grande bataille sous-marine finale. Pour la chanson du générique, Barry compose et dirige d’abord «Mister Kiss Kiss Bang Bang», interprétée par Dionne Warwick, mais la chanson est rejetée. Barry signe alors une seconde chanson, le tonitruant «Thunderball» interprété par un Tom Jones en pleine forme ! La légende prétend que le chanteur gallois s’évanouit dans la dernière note…

 

Barry signe aussi les musiques de MISTER MOSES, de Ronald Neame avec Robert Mitchum, FOUR IN THE MORNING d’Anthony Simmons avec Judi Dench (tiens, la future Madame M de 007 !), THE PARTY’S OVER de Guy Hamilton avec Oliver Reed, KING RAT, de Bryan Forbes avec George Segal et John Mills. Barry s’illustre aussi avec les musiques du KNACK… ET COMMENT L’AVOIR, comédie culte de Richard Lester, et THE IPCRESS FILE (IPCRESS DANGER IMMEDIAT) de Sidney J. Furie, avec Michael Caine en Harry Palmer, l’anti James Bond ! Tout le parfum des «swinging sixties»…

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Par ailleurs, Barry accepte aussi de signer la musique d’un court-métrage qui l’impressionne, BOY AND BICYCLE, signé d’un jeune homme nommé Ridley Scott… et il compose la pièce musicale PASSION FLOWER HOTEL à Manchester et Londres.

Cinq nouvelles œuvres en 1966, et du bon, du beau, du grand John Barry : BORN FREE (VIVRE LIBRE) de James Hill. Un touchant film d’aventures, relatant la lutte de George et Joy Adamson pour la survie des lions d’Afrique (notamment leur lionne mascotte, Elsa), contre les braconniers. Une superbe musique dont la noblesse sied bien à l’image du Roi des Animaux, et des grands espaces africains, qui décidément inspireront Barry… Cette musique à la simplicité enchanteresse vous donnerait presque envie de partir protéger immédiatement les lions sauvages. Ou de leur faire un gros câlin.

… mauvaise idée, le câlin aux lions. Ecoutez plutôt la musique ! 

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Si la musique vous paraît familière, cela n’a rien d’étonnant… elle a été joyeusement détournée par Hans Zimmer, pour l’hilarante séquence d’ouverture de MADAGASCAR, avec son lion farceur, son zèbre Tarzan et ses pingouins volants ! John Barry sera récompensé de deux Oscars, Meilleure Chanson et Meilleure Musique Originale, et récoltera aussi une nomination au Golden Globe de la Meilleur Chanson Originale.

Le producteur Sam Spiegel l’engage pour signer la musique de THE CHASE (LA POURSUITE IMPITOYABLE), le film d’Arthur Penn, avec Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, Robert Duvall… L’ambiance poisseuse, bien sudiste, est impeccablement rendue par Barry, donnant la gravité voulue à ce grand film mal-aimé de son réalisateur, pour cause de frictions incessantes avec Spiegel et le chef-opérateur… 

Barry signe aussi les musiques de la comédie THE WRONG BOX (UN MORT EN PLEINE FORME) de Bryan Forbes, avec John Mills et Michael Caine et THE QUILLER MEMORANDUM (LE SECRET DU RAPPORT QUILLER) de Michael Anderson, avec George Segal, Alec Guinness, Max Von Sydöw et Senta Berger. Et il crée pour la télévision le générique de VENDETTA. 

John Barry rempile pour le cinquième Bond, signé en 1967 par Lewis Gilbert : ON NE VIT QUE DEUX FOIS. Une réussite de plus à mettre à son palmarès, Barry s’illustrant notamment avec un nouveau thème, la glaçante «Space March», accompagnant les détournements de fusée commis par l’infâme Blofeld (Donald Pleasence) ; thème de «super-vilain» implacable par excellence, qui inspirera beaucoup d’autres… Michael Giacchino, brillant compositeur des INDESTRUCTIBLES, ou George Clinton, qui la parodiera à volonté pour les AUSTIN POWERS, pour n’en citer que deux. Et la superbe chanson du générique (un des plus beaux de la série), interprétée par Nancy Sinatra. 

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Barry signe aussi les musique des films LES CHUCHOTEURS de Bryan Forbes et DUTCHMAN d’Anthony Harvey, cette même année. Il enchaîne en 1968 avec les scores de BOOM ! de Joseph Losey, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, PETULIA de Richard Lester, avec Julie Christie et George C. Scott et DEADFALL (LE CHAT CROQUE LES DIAMANTS) de Bryan Forbes, avec Michael Caine. Il y fait d’ailleurs un caméo en chef d’orchestre.

Et il connaît un nouveau triomphe avec une de ses plus remarquables compositions, la musique du LION EN HIVER d’Anthony Harvey, avec Peter O’Toole, Katharine Hepburn, Anthony Hopkins et Timothy Dalton.

Il obtient son deuxième Oscar de la Meilleure Musique, et le BAFTA Anthony Asquith Award, ainsi qu’une nomination au Golden Globe. Toute l’âpreté de l’époque médiévale d’Aliénor d’Aquitaine et des intrigues à la Cour d’Angleterre, retranscrite par les percussions, et une prodigieuse utilisation des chœurs par Barry (magnifique séquence de l‘arrivée d‘Aliénor en bateau, portée par des voix angéliques), qui s‘éloigne des clichés de l’époque sur le Moyen Âge. 

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1969. John Barry se remarie épouse Jane Sidey, un mariage qui ne durera que deux ans. Il compose la musique du film LE RENDEZ-VOUS de Sidney Lumet, avec Omar Sharif et Anouk Aimée, et signe deux nouvelles remarquables partitions : tout d’abord, celle du drame urbain de John Schlesinger, récompensé aux Oscars, MIDNIGHT COWBOY (MACADAM COWBOY) avec Dustin Hoffman et Jon Voight. Composition inoubliable des deux acteurs, Dustin alias Ratso rongé par sa tuberculose, Jon alias Joe Buck le cow-boy du trottoir, deux marginaux vivant dans les quartiers les plus sordides de la Grosse Pomme, tout en rêvant à un impossible Paradis. On se souvient bien sûr de la chanson de Harry Nilsson, EVERYBODY’S TALKIN’, mais saluons le travail de John Barry qui signe un score touchants, aux accents westerniens dérisoires, aidés par l’harmonica de Michel «Toots» Thielemans. Barry obtient un Grammy Award pour la Meilleure Composition Instrumentale. 

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Et un sixième Bond au programme de cette année 1969 : c’est AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE, de Peter Hunt, sans Sean Connery remplacé par l’éphémère George Lazenby, le 007 d‘un seul film. L’un des tous meilleurs films de la série, malgré, paradoxalement, son acteur principal bien falot en comparaison du grand Sean…

Barry innove avec, pour l’une des toutes premières fois à l’époque, l’usage de synthétiseurs intégrés à une composition orchestrale de premier plan. L’action située en haute montagne inspire le compositeur, donnant une couleur unique à ce Bond très atypique, puisqu’il finit mal pour le héros… et s’ouvre non pas sur un chanson, mais sur un générique instrumental, superbe, signé de Barry. Un thème qui est resté dans l’oreille de Hans Zimmer – encore lui – qui s’en est largement inspiré pour les séquences montagnardes d’INCEPTION, le cinéaste Christopher Nolan étant un fan absolu de l’univers Bondien et de ce film en particulier, auquel il rend hommage.

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Barry compose et dirige la chanson romantique de Louis Armstrong, «We Have All The Time In The World», qui apparaît quand à elle en cours de film, accompagnant la romance de Bond avec la charmante Tracy (Diana Rigg). Ma chanson préférée des Bond de l‘Âge d‘Or…

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En 1970, Barry compose les musiques du western MONTE WALSH de William A. Fraker, avec Lee Marvin, Jeanne Moreau et Jack Palance, et du rarissime LA VALLEE PERDUE, film d’aventures méconnu, seule réalisation du romancier James Clavell, avec Michael Caine et Omar Sharif. Il enchaîne avec, en 1971, THEY MIGHT BE GIANTS (LE RIVAGE OUBLIE) d’Anthony Harvey avec George C. Scott et Joanne Woodward et LA GUERRE DE MURPHY de Peter Yates avec Peter O’Toole et Philippe Noiret. Il signe aussi cette très belle musique de WALKABOUT (LA RANDONNEE), étonnant film de Nicolas Roeg sur deux jeunes anglais, une fille et un garçon, perdus dans le désert australien et aidés par un Aborigène.  

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Une autre réussite pour l’année 1971, le gracieux score de MARIE STUART REINE D’ECOSSE, film de Charles Jarrott avec Vanessa Redgrave, qui lui vaut des nominations pour l’Oscar et le Golden Globe de la Meilleure Musique.

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Et un septième Bond, avec le retour de Sean Connery : LES DIAMANTS SONT ETERNELS, de Guy Hamilton ! La saga commence à donner de nets signes d’essoufflements, amorçant son virage comique pataud qui mènera aux films de Roger Moore… Au moins, Sean Connery assure toujours le spectacle. Barry fait de même à la musique, s’associant de nouveau à Shirley Bassey pour la très classieuse chanson du générique. Et, en parlant de générique et de Roger Moore… il faut bien évoquer la géniale musique de la série télévisée THE PERSUADERS ! (AMICALEMENT VÔTRE), œuvre du maestro britannique en cette même année 1971. Une musique «culte» qui a largement contribué à la réputation d’une série éphémère et gentiment passée de mode.  

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Après avoir monté une pièce musicale à Boston et Philadelphie, LOLITA, MY LOVE d’après Nabokov, John Barry enchaîne les partitions dans les années suivantes : en 1972, les musiques des films ALICE’S ADVENTURES IN WONDERLAND de William Sterling et FOLLOW ME ! (SENTIMENTALEMENT VÔTRE) de Carol Reed avec Mia Farrow, le générique musical de la série télévisée THE ADVENTURER ; en 1973, le film MAISON DE POUPEE de Patrick Garland, avec Claire Bloom et Anthony Hopkins, les génériques des séries et téléfilms ORSON WELLES’S GREAT MYSTERIES THE GLASS MENAGERIE.

En 1974, retour à l’espionnage et au thriller ; Barry travaille avec Blake Edwards pour THE TAMARIND SEED (TOP SECRET), avec Julie Andrews et Omar Sharif. Puis il revient à l’univers Bond et son nouvel interprète, Roger Moore… que certains esprits chagrins surnommeront Roger Mou, vu la désinvolture de plus en plus exagérée, affichée par l’acteur à chaque film… Absent de VIVRE ET LAISSER MOURIR, Barry signe une composition «bondienne» d’honnête facture, même si elle ne marque pas autant que les précédentes… sans compter que la saga dérape dans la farce grossière. Barry obtient un nouveau succès par ailleurs avec la musique de THE DOVE, de Charles Jarrott, sa chanson «Sail the Summer Winds», interprétée par Lyn Paul, lui vaut une nouvelle nomination au Golden Globe, pour la Meilleure Chanson Originale. 

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Barry et son ami parolier Don Black s’associent pour monter une pièce musicale : BILLY, qui remporte un bon succès. Dans le courant des années 1970, Barry quitte son Angleterre natale, pour des raisons financières, et, après un temps passé en Espagne, il ira vivre aux USA, à Oyster Bay. En 1975, il retrouve John Schlesinger pour son film LE JOUR DU FLEAU, avec Donald Sutherland, et signe la musique du téléfilm LOVE AMONG THE RUINS (IL NEIGE AU PRINTEMPS) de George Cukor, avec Katharine Hepburn et Laurence Olivier. Il sort un second album, THE AMERICANS. 

Puisque nous abordons maintenant l’année 1976, il serait criminel, dans ce blog où on aime tellement les grands primates, de ne pas s’arrêter pour écouter le thème puissant, tout en gravité, que Barry compose pour le remake de KING KONG ! Un remake qui manque cruellement certes de la magie et de la cruauté du film original de 1933, et dont le souvenir provoque généralement une grosse colère de la part des adorateurs du King (je parle bien sûr de Kong, pas d’Elvis). Le film de John Guillermin fit couler beaucoup d’encre, et faillit tuer dans l’œuf la carrière naissante de la charmante Jessica Lange… Le défunt producteur Dino De Laurentiis voulait surpasser les recettes d’un «film de monstre» sorti l’année précédente (une certaine histoire de requin tueur filmée par un jeunot de «la montagne du jeu»…) et ne lésina pas sur les moyens, quitte à monter une publicité ahurissante sur les soi-disant effets «robotiques» du gorille… S’il est certes loin d’être une réussite, le film demeure plaisant, mais essuiera les plâtres des excès mégalomaniaques d’un producteur pourtant souvent inspiré par ailleurs. En tout cas, la musique de Barry donne un sentiment de grandeur tout à fait de rigueur, et surpasse même les musiques des autres versions, plus tonitruantes.  

 

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Saluons aussi le travail de Barry, parfaitement à son aise pour le film de Richard Lester, ROBIN AND MARIAN (LA ROSE ET LA FLECHE) avec Sean Connery, Audrey Hepburn et Robert Shaw. Une nouvelle mélodie romantique et mélancolique à souhait, pour cette évocation des amours d’un Robin des Bois et d’une Marian vieillissants. Le compositeur se fend d’une composition émouvante, incarnation musicale idéale de l’Amour Courtois. 

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Après avoir signé la musique du téléfilm de Daniel Petrie, ELEANOR AND FRANKLIN, Barry signe en 1977 une nouvelle réussite, la musique du film de feu Peter Yates, THE DEEP (LES GRANDS FONDS) avec le regretté Robert Shaw, Jacqueline Bisset (et son adorable t-shirt tout mouillé…) et un jeune Nick Nolte moustachu, en chasseurs de trésors des fonds sous-marins, confrontés à des trafiquants de drogue implacable et une murène hargneuse… Le succès des DENTS DE LA MER, adaptation par Steven Spielberg du roman de Peter Benchley, pousse les studios à la surenchère d’aventures maritimes et de créatures carnassières. THE DEEP, justement adapté d’un autre roman de Benchley, capitalise forcément sur le succès du film de Spielberg (avec en prime le dernier rôle de Shaw, l‘inoubliable Capitaine Quint croqué par le Requin), et demeure un film d’aventures fort plaisant… aidé par le charme de Miss Bisset, et la musique de Mister Barry, parfait équilibre atmosphérique entre le mystère, le danger et une petite pointe d’érotisme suggestif ! Hmm, t-shirt…  

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La chanson du film, interprétée par Donna Summer (ah, les années disco !), vaut une nouvelle nomination au Golden Globe. L’année 1977 est bien remplie par ailleurs pour Barry, qui signe les scores de FIRST LOVE, de Joan Darling, LE BISON BLANC, western et film de monstre de J. Lee Thompson, avec Charles Bronson (produit par Dino De Laurentiis qui voulait décidément son DENTS DE LA MER à lui !), et THE GATHERING, de Randal Kleiser, ainsi que les musiques des téléfilms : ELEANOR AND FRANKLIN : THE WHITE HOUSE YEARS de Daniel Petrie, suite du précédent, THE WAR BETWEEN THE TATES et YOUNG JOE, THE FORGOTTEN KENNEDY de Richard T. Heffron. ELEANOR AND FRANKLIN : THE WHITE HOUSE YEARS lui vaut d’ailleurs une nomination à l’Emmy Award de la Composition Musicale pour une Émission. 

Le 3 janvier 1978, John Barry, dont les précédents mariages avaient été pour le moins brefs et – on le suppose – instables, trouve enfin la sérénité conjugale, en épousant sa quatrième et dernière femme, Laurie. Le couple restera uni jusqu’à la mort du compositeur. Ils ont eu un enfant. Cette même année, il signe les scores du JEU DE LA MORT, film posthume de et avec Bruce Lee, THE BETSY, de Daniel Petrie, STARCRASH, ahurissant sous-STAR WARS italien de Luigi Cozzi dans lequel s’égare Christopher Plummer et ST. JOAN de Steven Rumbelow.

En 1979, Barry compose la musique de HANOVER STREET (GUERRE ET PASSION), film de guerre de Peter Hyams, avec Harrison Ford, Christopher Plummer et Lesley-Anne Down. Puis il rejoint l’espaaaace, Frontière de l’Infini… avec deux films qui tentent vaille que vaille de profiter du triomphe de STAR WARS. Le premier est une production Disney assez particulière, LE TROU NOIR de Gary Nelson, avec Maximilian Schell, Anthony Perkins, Yvette Mimieux et Ernest Borgnine. Le film est assez daté maintenant, mais la composition de Barry demeure une jolie réussite de «space opéra». Signalons l’usage particulier du «Blaster Beam», un énorme synthétiseur dont le son métallique fit également partie de la bande originale du premier STAR TREK composé par Jerry Goldsmith, la même année.  

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Et puis il y a MOONRAKER, son huitième Bond (Marvin Hamlisch avait assuré un honorable intérim sur L‘ESPION QUI M‘AIMAIT entre-temps)… Même pour un fan indécrottable de la saga, le film demeure une épreuve douloureuse… Passons sur les pigeons qui font des «double-takes» et Roger Moore qui fait de la gondole sur les trottoirs de Venise… Barry relève heureusement le niveau en s’associant une troisième fois à Shirley Bassey pour la chanson du générique, et sa musique des séquences spatiales surclasse largement le film lui-même.

Barry signe les musiques des téléfilms THE CORN IS GREEN de George Cukor, avec Katharine Hepburn, et WILLA. Il signe une superbe mélodie en 1980 pour le film du français Jeannot Szwarc, QUELQUE PART DANS LE TEMPS, de Jeannot Szwarc, avec Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer. Adapté d’un roman du grand Richard Matheson (traduit en français sous le titre LE JEUNE HOMME, LA MORT ET LE TEMPS si mes souvenirs sont exacts), le film raconte l’émouvante histoire d’amour entre un homme et une femme… séparés d’un siècle. Le thème de Barry, délicat et touchant à souhait, magnifie ce très bon film fantastique. Il obtient pour son travail une nomination méritée au Golden Globe de la Meilleure Musique. 

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Il signe également en 1980 les musiques de TOUCHED BY LOVE de Gus Trikonis, avec Diane Lane, INSIDE MOVES (RENDEZ-VOUS CHEZ MAX’S) de Richard Donner, NIGHT GAMES (JEUX EROTIQUES DE NUIT) de Roger Vadim et RAISE THE TITANIC (LA GUERRE DES ABÎMES), de Jerry Jameson, avec Jason Robards. Nous voici en 1981. Passons rapidement sur la musique de THE LEGEND OF THE LONE RANGER (LE JUSTICIER SOLITAIRE), de William A. Fraker… qui lui vaudra son seul et unique Razzie Award… Que voulez-vous, même les génies ont leurs petites faiblesses. Et une petite bande de plumitifs sera toujours alors ravie de déverser sa bile. Bref…

Heureusement, Barry se rattrape avec la sublime partition 100% Film Noir de BODY HEAT (LA FIEVRE AU CORPS), première réalisation de Lawrence Kasdan, avec une incandescente Kathleen Turner qui rend le pauvre William Hurt fou de désir… Une réussite magnifiée par le score sensuel et ténébreux de Barry. 

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Après l’échec d’une pièce musicale à Broadway : THE LITTLE PRINCE AND THE AVIATOR, avec Michael York, d’après Saint-Exupéry, Barry repart vers les studios d’enregistrement. Il enchaîne les musiques de FRANCES, de Graeme Clifford, avec Jessica Lange, MURDER BY PHONE, de Michael Anderson, avec Richard Chamberlain et HAMMETT, première réalisation américaine de Wim Wenders qui sera largement remaniée par son producteur, Francis Ford Coppola. C’est la première de trois collaborations artistiques entre le réalisateur du PARRAIN et Barry, décidément ravivé par l’ambiance des films noirs à l’atmosphère jazzy. Un travail splendide. 

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1983 : retour à James Bond pour OCTOPUSSY, toujours avec Roger Moore ; et une musique dans la tradition bondienne signée par Barry, tellement à l’aise dans cet univers que c’en est presque une routine !

Il signe également les musiques des films THE GOLDEN SEAL, HIGH ROAD TO CHINA (LES AVENTURIERS DU BOUT DU MONDE) de Brian G. Hutton avec Tom Selleck (qui tente de faire son Indiana Jones après avoir été «recalé» deux ans plus tôt…) et celle du téléfilm SVENGALI d’Anthony Harvey, avec Peter O’Toole et Jodie Foster.

En 1984, Barry est engagé par Francis Ford Coppola pour signer la musique et les arrangements orchestraux de son ambitieux COTTON CLUB, avec Richard Gere, Diane Lane, Bob Hoskins, Gregory Hines et Nicolas Cage. Beaucoup d’encre a coulé sur les aléas d’un tournage difficile, véritable lutte de pouvoir entre Coppola et le producteur Robert Evans… Un budget pharaonique pour l’époque, et un échec public financier sévère pour ce film assez bancal. Le pari de mêler les grandes heures du jazz des années 20 et les luttes d’influence des gangsters new-yorkais historiques ne décolle jamais vraiment, malgré des morceaux de bravoure typiques du cinéaste du PARRAIN. Quoiqu’il en soit, à la musique, Barry fait un sans-faute, poursuivant dans la veine «Film Noir» jazzy qui lui a réussi sur BODY HEAT et HAMMETT. Il orchestre les grands succès jazz de l’époque et signe de nouvelles partitions originales élégantes, tel ce thème aux accents très « Gershwin », accompagnant l’histoire d’amour contrariée entre Dixie le trompettiste et Vera l’entraîneuse (Richard Gere et Diane Lane).  

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Barry compose aussi les musiques des films UNTIL SEPTEMBER (FRENCH LOVER) de Richard Marquand, avec Karen Allen, et MIKE’S MURDER de James Bridges en 1984. Puis, en 1985, son dixième James Bond, A VIEW TO A KILL (DANGEREUSEMENT VÔTRE), sans surprise, une musique professionnellement réalisée et interprétée pour le dernier 007 de Roger Moore, fatigué face à un réjouissant méchant campé par Christopher Walken. Barry travaille de nouveau avec le réalisateur Richard Marquand pour un thriller de bonne facture, avec Glenn Close et Jeff Bridges, JAGGED EDGE (A DOUBLE TRANCHANT).

Barry enchaîne avec un film prestigieux, couvert de récompenses aux Oscars… et pour le moins surestimé, OUT OF AFRICA de Sydney Pollack, avec Meryl Streep, Robert Redford et Klaus Maria Brandauer. On peut être assez surpris du déluge de récompenses pour ce film très «ronronnant», et assez figé… et dont la réputation est sans doute largement sauvée par le prestige de son trio de comédiens vedettes. La romance entre l’écrivaine Karen Blixen (Streep) et le beau chasseur campé par Redford ne décolle, finalement, que grâce à cette magnifique musique composée par Barry. Son écoute surpasse largement le souvenir du film, captant l’émerveillement des paysages africains, et une touche de tristesse… On aimerait en dire autant du film lui-même. Barry reçoit en tout cas un nouvel Oscar de la Meilleure Musique, son troisième. Ainsi qu’une nomination au BAFTA Award de la Meilleure Musique Originale. 

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En 1986, John Barry participe à un projet pour le moins… euh, surréaliste, dirons-nous… la musique du film produit par George Lucas, HOWARD THE DUCK (HOWARD… UNE NOUVELLE RACE DE HEROS) de Willard Huyck. Un score élégant pour un film au concept assez ahurissant… l’histoire d’un canard extra-terrestre humanoïde, fumeur de cigares et amoureux d’une jolie pépée terrienne ! Mais à quoi pensait donc George Lucas cette année-là… Enfin, bref… Barry signe également les scores d’A KILLING AFFAIR de David Saperstein, avec Peter Weller et GOLDEN CHILD, de Michael Ritchie avec Eddie Murphy. Il travaille pour la troisième fois avec Francis Ford Coppola, pour PEGGY SUE S’EST MARIEE, avec Kathleen Turner et Nicolas Cage – et des tous jeunes Jim Carrey et Helen Hunt. Très gracieuse musique, dans l’esprit de QUELQUE PART DANS LE TEMPS, pour cette histoire de voyage dans le temps très atypique et douce-amère.  

En 1987, John Barry rempile pour ce qui sera son onzième et dernier James Bond, THE LIVING DAYLIGHTS (TUER N’EST PAS JOUER). Film passable, qui marque tout de même le retour de Bond à un esprit moins «pouet-pouet» et plus sérieux. Le changement fait du bien à Barry qui livre une composition tonique à souhait – et a droit à un rôle caméo dans le film, celui d‘un chef d‘orchestre. Même si les producteurs décident de remplacer la chanson «Where has everybody gone» écrite pour The Pretenders, par un plus consensuel tube interprété par le groupe pop A-Ha ! Comparez la chanson du générique avec celle des Pretenders et de Chrissie Hynde, accompagnée par les cuivres fracassants du grand John. La version instrumentale survit toutefois dans le film, accompagnant les méfaits du tueur Necros, adversaire de Bond. Ça déménage ! 

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Barry réalise ensuite les musiques des films HEARTS OF FIRE, de Richard Marquand, avec Bob Dylan, et de MASQUERADE, thriller de Bob Swaim, avec Rob Lowe. Il est aussi l’auteur de la musique de la série TV USA TODAY THE SERIES. Mais en cette année 1988, un accident de santé sévère, une rupture de l’œsophage, le tient éloigné des studios d’enregistrement pour deux années. 

Une mise au repos nécessaire qui sera particulièrement profitable pour le «Guv’nor», engagé en 1990 pour le premier long-métrage de Kevin Costner réalisateur, un certain western avec des Indiens qui va connaître un triomphe mondial : DANSE AVEC LES LOUPS. Évoquer ce film provoque chez moi beaucoup de réactions contradictoires… le film est incontestablement spectaculaire, visuellement superbe (merci au chef-opérateur Dean Semler) et plaisant… Pour ma part, je dois quand même avoir vu le film plusieurs fois à sa sortie, et en avoir gardé un souvenir ému. Mais… Seulement voilà, en vieillissant, on découvre des classiques oubliés du western pro-Indien, comme LES CHEYENNES de John Ford, ou LE JUGEMENT DES FLECHES de Samuel Fuller, dans lequel le scénariste de DANSE AVEC LES LOUPS semble avoir «emprunté» énormément d’éléments, en les cachant sous une couche très politiquement correcte…

Un écrivain amérindien, James Welch, avait justement critiqué le film de Costner en pointant du doigt son angélisme et son manichéisme embarrassants, pour un film supposé défendre la mémoire des Indiens d’Amérique : les Sioux sont dépeints comme bons et pleins de sagesse… des «bons sauvages» opposés à de «méchants Peaux-Rouges», les Pawnees montrés cruels et brutaux. Et voilà comment l’humanisme affiché du film, par ailleurs réussi pour ses qualités esthétiques et épiques, prend d’un seul coup une couleur réductrice et simpliste, très déplaisante.

Dommage, car, pour ce qui est de la musique, John Barry accomplit un parcours sans faute. À l’instar d’OUT OF AFRICA, l’écoute de la musique de DANSE AVEC LES LOUPS provoque l‘enthousiasme. Impossible de résister à la noblesse des compositions de Barry, synonymes de grands espaces étendus à l‘infini, de chevauchées héroïques et de chasses aux bisons monumentales. On aimerait en dire autant du film de Costner, couvert de récompenses, salué comme un nouveau classique, mais un brin surfait dès qu‘on étudie ses défauts thématiques… 

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John Barry obtient son quatrième Oscar de la Meilleure Musique, est nommé au BAFTA Award et Golden Globe de la Meilleure Musique, et au Grammy Award du Meilleur Album pour une Musique de Film.

Barry enchaîne, à l’approche de la soixantaine, avec CHAPLIN, le film de 1992 de Richard Attenborough, qui révèle le talent du jeune Robert Downey Jr. Une «biopic» un rien compassée de la vie troublée du grand comédien et réalisateur, selon l’opinion générale. Quoiqu’il en soit, John Barry livre un travail superbe, réorchestrant des thèmes écrits par Chaplin pour ses propres films («Smile», la mélodie des TEMPS MODERNES), mêlés à des compositions originales dont cette très entraînante relecture de la danse des petits pains, immortalisée dans LA RUEE VERS L’OR.

 

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Barry décroche deux nominations Oscar et Golden Globe de la Meilleure Musique pour CHAPLIN, et signe également la musique du court-métrage télévisé THE WITNESS, de Chris Gerolmo, avec Gary Sinise et Elijah Wood. En 1993, il compose et dirige les musiques des drames RUBY CAIRO de Graeme Clifford avec Andie MacDowell, Liam Neeson et Viggo Mortensen, MY LIFE de Bruce Joel Rubin, avec Michael Keaton et Nicole Kidman, et du plus connu PROPOSITION INDECENTE d’Adrian Lyne, avec Robert Redford, Demi Moore et Woody Harrelson. Nouvelle partition d’une grande élégance, toute «barryesque». Il participe par ailleurs à la série documentaire musicale GREAT PERFORMANCES, signant la musique de l’épisode MOVIOLA qui lui est consacré.  

Même si l’âge ne lui permet pas de répéter les cadences surmenantes de ses jeunes années, Barry continue néanmoins à travailler sur des musiques de films, signant une dernière décennie de très bonne facture : en 1994, la musique du thriller THE SPECIALIST (L’EXPERT) de Luis Llosa, avec Sylvester Stallone et Sharon Stone, en 1995, celles de PLEURE, Ô PAYS BIEN-AIME, drame sur l’Apartheid de Darrell Roodt, avec James Earl Jones et Richard Harris, et le film IMAX 3D ACROSS THE SEA OF TIME.  

Il remplace Elmer Bernstein sur THE SCARLET LETTER (LES AMANTS DU NOUVEAU MONDE), le film de Roland Joffé avec Demi Moore et Gary Oldman adapté de «La Lettre Écarlate», le célèbre roman de Nathaniel Hawthorne. L’occasion pour lui de livrer une musique éminemment romantique, notamment pour la scène d’amour évoquée ci-dessous.  

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En 1997, il compose la musique de SWEPT FROM THE SEA (AU CŒUR DE LA TOURMENTE), un drame de Beeban Kidron, avec Vincent Perez et Rachel Weisz. Puis Barry réussit un joli coup double en 1998 pour ses avant-dernières musiques de film : celle du thriller de Harold Becker, MERCURY RISING (CODE MERCURY) avec Bruce Willis et Alec Baldwin, qui le ramène au genre policier et suspense dans lequel il est comme un poisson dans l‘eau. Et il signe la musique de PLAYING BY HEART (LA CARTE DU CŒUR) de Willard Carroll, avec un casting choral de choix rassemblant entre autres Sean Connery, Angelina Jolie, Dennis Quaid… Pour l’occasion, Barry réorchestre magistralement des classiques jazz de Chet Baker. 

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Il rejoint cette année-là le Songwriters Hall of Fame, puis en 1999, sort un nouvel album, THE BEYONDNESS OF THINGS. John Barry se consacre désormais aux concerts de prestige, et, honneur suprême, se voit récompensé de l’Ordre de l’Empire Britannique pour ses services rendus au monde de la musique. Au Service (secret ?) de Sa Majesté, donc !

Nous voici arrivés en 2001, et John Barry peut raccrocher sa baguette de chef d’orchestre, du moins en ce qui concerne le petit monde de la musique de film. Il le fait en nous livrant un dernier beau cadeau, un thème inspiré pour le film méconnu de Michael Apted, ENIGMA, avec Kate Winslet.

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… La grande classe, jusqu’au bout !

Il signe cette même année son dernier album, ETERNAL ECHOES. À cette époque, la Haute Cour de Londres se voit chargée de trancher au sujet de l’affaire de la parenté du thème de James Bond, Monty Norman ayant poursuivi le Sunday Times suite à un article de 1997 établissant Barry comme seul compositeur du thème. Barry témoigna pour la défense.

Le compositeur admit avoir réarrangé le thème écrit par Norman, et composé de la musique additionnelle. Norman, par contrat avec les producteurs, garda le seul crédit de la paternité musicale. Le verdict final de la Cour reste mi-figue, mi-raisin… Norman est toujours crédité dans les Bond comme seul auteur du thème, malgré les preuves du travail de Barry.

Celui-ci continue de travailler, en 2004, sur une nouvelle pièce musicale avec son complice Don Black, BRIGHTON ROCK. Il obtient le BAFTA Fellowship Award pour sa carrière en 2005, et il est le producteur exécutif de l’album HERE’S TO THE HEROES de l’ensemble Australien The Ten Tenors, reprenant ses chansons écrites avec Black.

La résolution judiciaire de l‘«affaire James Bond» semble avoir été une pilule amère pour Barry, qui, le 7 septembre 2006, alors qu’il est invité du Steve Wright Show à la Radio BBC 2, continue d’insister : il est bien le seul auteur du thème de 007… mais la BBC dut retirer l’interview de son site web et publier des excuses.

Nommé en France en 2007 Commandeur de l’Ordre National des Arts et des Lettres, John Barry fera l’objet l’année suivante d’une biographie par Geoff Leonard, Pete Walker & Gareth Branley : JOHN BARRY – THE MAN WITH THE MIDAS TOUCH. Il reçoit le Prix Max Steiner pour l’Ensemble de sa Carrière remis par la Cité de Vienne en 2009, et, cette même année, livre sa dernière œuvre au titre prémonitoire, pour l’album de son amie Shirley Bassey, THE PERFORMANCE : la chanson OUR TIME IS NOW. 

Le maestro nous a finalement quitté, victime d’une attaque cardiaque, dans sa demeure de Glen Cove. À l’âge de (00)77 ans.

 

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His name was Barry. John Barry !

1 commentaire à “Le vrai Prince John – John BARRY (1933-2011)”


  1. 0 SimonT95 5 oct 2016 à 0:28

    Excellent travail. Beaucoup de plaisir à lire.
    Juste une remarque : Le maestro nous a finalement quittéS

    Répondre

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