Quelque Chose en toi… – THE THING (1982), 1e partie

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    THE THING, de John CARPENTER (1982)    

Avant toute chose… «ALERTE SPOILERS» ! Si vous n’avez jamais vu THE THING, «la» version de 1982, et que vous souhaitez le découvrir au cours d’une prochaine soirée (après tout, Halloween approchant, c’est toujours une bon prétexte de se faire peur grâce au DVD), je vous déconseille de regarder les extraits présentés dans ce texte, qui révèlent des moments choc du film. Ne lisez pas non plus ce qui suit, puisque là aussi, certaines scènes seront évoquées en détail. Et, en règle générale, si vous êtes un esprit sensible… si vous adorez les chiens… et si vous n’aimez pas les films d’horreur, NE REGARDEZ PAS CE QUI VA SUIVRE, VOUS ÊTES PREVENUS !!      Souvenez-vous… : l’Antarctique, au début de l’hiver austral. Le survol de la base de recherches numéro 31 par un hélicoptère norvégien vient tirer les douze hommes, américains, de leurs occupations quotidiennes. Le passager de l’hélicoptère tente d’abattre à coups de fusil le chien de traîneau qui se précipite vers eux… Les deux norvégiens affolés, hurlent des cris incompréhensibles aux membres de la base. Ils sont vite tués – le tireur étant abattu sans sommation par Garry (Donald Moffat), le commandant de la base. Le chien est aussitôt recueilli, et l’on décide d’enquêter sur le coup de folie inexplicable, survenu dans la base norvégienne voisine. Le pilote R.J. MacReady (Kurt Russell) et le docteur Copper (Richard Dysart) découvrent celle-ci déserte, entièrement détruite… Parmi de macabres indices, ils trouvent un cadavre calciné, aux formes humaines démentes, fusionnées, impossibles à saisir d’un seul coup d’œil… MacReady et Copper ramènent le cadavre à leur base, ainsi que le journal vidéo des Norvégiens, espérant comprendre la raison cachée derrière ces inquiétants évènements. Sans se douter que le cauchemar se trouve déjà caché parmi eux…   

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Comme cela a souvent été le cas dans la filmographie de John Carpenter, le statut de film «culte» de THE THING s’est souvent développé sur le long terme. Le cinéaste américain, maître du film de terreur, n’a jamais connu de véritable triomphe grand public, mais certains de ses films comme HALLOWEEN (1978), pionnier ingénieux du «slasher movie», ont connu un succès foudroyant comparé à la maigreur initiale de leur budget. D’autres ont eu des fortunes moins heureuses, mais il ne fait aucun doute que, pour les connaisseurs de son œuvre, il y a une «patte» totalement identifiable, qui fait de Carpenter un auteur unique dans le cinéma fantastique américain trop souvent stéréotypé. Au point que des producteurs opportunistes ont souvent tenté de s’approprier ses films pour exploiter leur titre et les assimiler aux nouvelles modes. Les amateurs préfèrent à raison oublier les remakes d’autres films du grand John : THE FOG, ou ASSAUT (devenu ASSAUT SUR LE CENTRAL 13)… en attendant une nouvelle version d’ESCAPE FROM NEW YORK (NEW YORK 1997) qui devrait bientôt apparaître. Le principal intéressé, avec son sens de l’humour très laconique, préfère généralement éluder le sujet quand on lui demande ce qu’il pense de ces nouvelles versions… THE THING vient donc, après de longues années de «development hell» (encore un terme barbare désignant à Hollywood le très long processus de développement d’un scénario en film prêt à être tourné…), de vivre un traitement similaire. Au vu des premières images diffusées sur la bande-annonce, et des avis d’internautes ayant vu le film, THE THING cuvée 2011 serait finalement très respectueuse du film de Carpenter : non pas une suite mais une «préquelle», prélude montrant ce qui s’est passé dans certaine base antarctique norvégienne avant le début du film de Carpenter. On veut bien accorder le bénéfice du doute au réalisateur Mathijs van Heijningen Jr. et à ses acteurs vedettes Mary Elisabeth Winstead et Adewale Akinnuoye-Agbaje pour avoir fait un film de bonne facture. En tous les cas, pour la prononciation des noms des vedettes, le film en impose… Essayez de dire les trois en une seule phrase, vos amis vont être admiratifs. Plus sérieusement, la bande-annonce donne justement l’impression d’avoir affaire à un «copié-collé» du style cinématographique de Carpenter, adapté à l’imagerie numérique contemporaine. Ce qui est assez savoureux par ailleurs, c’est que ce THING 2011 s’est développé à partir du film de 1982, lui-même étant une adaptation «libre» d’un vieux classique de la science-fiction des années 1950, LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, lui-même adapté d’une nouvelle de 1938, intitulée QUI VA LA ? La fameuse «Chose», créature extra-terrestre décrite dans ces histoires ayant pour particularité de se développer dans un organisme vivant pour le dupliquer (le «remaker» en quelque sorte), on se demande si elle n’a pas fini par s’emparer de sa propre histoire, pour se reproduire à l’infini d’un film à l’autre, et assurer ainsi sa survie…

   

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QUI VA LA ? est une nouvelle de science-fiction et de suspense, due à John W. Campbell, qui la publia en août 1938, dans la revue Astounding Science Fiction (précédemment Astounding Stories) dont il était le rédacteur en chef. C’était alors la grande vague des magazines «pulps» où, pour quelques cents, le jeune lecteur américain pouvait lire histoires policières, récits d’aventures et de science-fiction, alléché par des couvertures peintes, pleines de charmantes pinups légèrement vêtues, de héros virils et de monstres tentaculaires, peintures faisant maintenant le bonheur des collectionneurs. Peu importait la qualité des illustrations intérieures, du papier du magazine ou des récits, l’évasion était garantie à peu de frais ! Et de temps en temps, le lecteur pouvait tomber sur de vraies pépites. Homme pratique, Campbell dénicha d’ailleurs pas mal de futurs grands talents littéraires et les lancer dans les pages de sa revue : Alfred Van Vogt, Theodore Sturgeon, Robert Heinlein, Clifford Simak et consorts, piliers d’une nouvelle science-fiction qui connut son apogée dans les décennies suivantes, firent ainsi leurs premiers pas en écrivant des nouvelles «au kilomètre» dans la revue de Campbell. Celui-ci fut bien moins inspiré par la suite, quand il se laissera séduire par l’abracadabrante «dianétique» de L. Ron Hubbard, écrivaillon de SF devenu fondateur d’une pseudo-religion d’escrocs hélas bien développée de nos jours, la scientologie…  S’il n’était pas un grand écrivain, Campbell savait reconnaître une bonne histoire et savait aussi en raconter, dans le style sec et concis propre aux «pulps». QUI VA LA est un petit classique du genre, une histoire d’une efficacité imparable : un groupe d’explorateurs de l’Antarctique découvre un vaisseau spatial enfoui dans les glaces, mais a la mauvaise idée de ramener à leur base son occupant apparemment mort… une créature sanguinaire qui peut prendre l’aspect de n’importe qui. Voilà une idée simple, qui fournit un récit solide, devant quand même beaucoup aux idées d’un certain H.P. Lovecraft et notamment sa nouvelle LES MONTAGNES HALLUCINEES, écrite en 1931 et publiée en 1936… dans les pages de la revue de Campbell, Astounding Stories ! L’influence «lovecraftienne» rejaillira d’ailleurs plus tard dans le film de John Carpenter, nous y reviendrons.    

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La nouvelle de Campbell obtient un certain succès, au point d’attirer l’attention du grand cinéaste Howard Hawks (l’original SCARFACE, L’IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE, LE GRAND SOMMEIL, LA RIVIERE ROUGE) au début des années 1950. Le cinéma américain s’intéresse tout juste alors à la science-fiction dans un contexte propice, le début de la Guerre Froide ; un récit comme celui de Campbell, parlant de suspicion généralisée et de menaces venues du Ciel, permet à Hawks et ses amis scénaristes Charles Lederer et Ben Hecht de l’adapter à l’ambiance de l’époque. 

Sortie en 1951, LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, produite et supervisée par Hawks, voit sa mise en scène confiée à Christian Nyby, son habituel chef monteur. Cette adaptation très libre de la nouvelle de John W. Campbell Jr. est restée un classique du récit d’invasion extra-terrestre, se reposant sur un cadre original propice à la claustrophobie (assurée par les éclairages inquiétants du chef opérateur Russell Harlan), et sur l’angoissante partition signée de Dimitri Tiomkin. Cependant, le film a plutôt mal passé le cap des années, baignant dans une atmosphère «patriotique» assez balourde, une allégorie anti-Communiste pesante, typique de l’époque de paranoïa et de chasse aux sorcières maccarthyste qui régnait alors. Les scientifiques trop curieux (des intellectuels trop «ouverts d’esprit» aux yeux de Hawks ?) veulent protéger et étudier la créature (au look plus proche du Monstre de Frankenstein que de l’entité changeante du récit de Campbell), tandis que les militaires, forcément courageux, ne s’embarrassent pas de principes pour décider son extermination. Le reporter invité sur place, aux ordres de ces derniers, conclut le film d’un «Watch the Skies» très patriotique : il ne faudrait quand même pas que les concitoyens américains s’alarment de l’apparition dans le ciel d’autres visiteurs des cieux, probablement «satellisés» par Moscou ! Malgré ses défauts et son ton grandiloquent, le film de Hawks a une influence notable sur nombre de jeunes spectateurs amoureux du genre, et pour qui la métaphore anticommuniste n’a sans doute alors que peu d’intérêt. Deux d’entre eux se nomment John Carpenter et Dan O’Bannon. Fervent admirateur du cinéma de Howard Hawks, Carpenter, adulte, ne se privera pas de citer LA CHOSE dans ses premières œuvres : notamment ASSAUT, qui en reprend certains thèmes (l’enfermement progressif des personnages, la présence d’une femme qui vient perturber un milieu très viril…), et HALLOWEEN, où la télévision montre la scène la plus identifiée au film de Hawks : les scientifiques formant un cercle autour du vaisseau enfoui dans les glaces. Camarade de Carpenter, Dan O’Bannon a travaillé avec ce dernier sur son premier film, DARK STAR, en 1974. A la même époque, O’Bannon travaille à l’adaptation avortée de DUNE, puis bricolera des effets visuels sur un certain STAR WARS de George Lucas, tout en s’attelant à l’écriture d’un scénario mêlant science-fiction et terreur, scénario délibérément inspiré par la nouvelle de Campbell et le film de Hawks, cette fois transposés à bord d’un vaisseau spatial. Un certain ALIEN…    

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En 1979, ALIEN, réalisé par Ridley Scott, arrive sur les écrans et terrorise toute une génération de spectateurs. L’histoire est d’une simplicité absolue, et très familière aux amateurs du genre qui y reconnaissent l’influence du récit de Campbell : une expédition ramène dans son vaisseau une créature protéiforme, insaisissable et meurtrière ; en proie à la peur, le petit groupe se voit éliminé les uns après les autres, à la façon des 10 PETITS NEGRES d’Agatha Christie… Le talent de Scott, en terme d’ambiance, de montage, de direction artistique (la contribution du peintre suisse surréaliste H.R. Giger pour les créatures) et de travail sur le son fait la différence, et transforme ce qui s’annonçait comme une modeste série B sans prétention en chef-d’œuvre d’angoisse. Le film fait une forte impression sur John Carpenter, qui y reconnaît sans doute aussi quelques éléments provenant de DARK STAR (surtout les scènes où Dan O’Bannon, justement, est persécuté par un alien burlesque en forme de ballon de plage !). Carpenter a le vent en poupe après ses premiers succès, et prépare alors sa propre version de QUI VA LA ? avec le scénariste Bill Lancaster, le fils de Burt Lancaster, et les producteurs David Foster et Lawrence Turman qui avaient d’abord envisagé Tobe Hooper, l’homme de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. L’objectif de Carpenter n’est pas uniquement d’égaler ALIEN, mais surtout de réinterpréter un vieux classique qu’il adore, à condition toutefois de s’en éloigner pour y glisser ses propres obsessions, sa propre vision. Carpenter et Lancaster s’inspirent donc plus du récit original de Campbell que du film de Hawks. Pour faire aussi bien que Ridley Scott sans l’imiter, Carpenter va notamment prendre la décision de «tout montrer» en ce qui concerne son monstre vedette : si Scott jouait la carte de la suggestion (le monstre reste finalement très fugace, et seuls les derniers plans trahissent le comédien dans le costume), Carpenter va prendre le pari de « débusquer » son monstre vedette en pleine lumière, et de le rendre crédible. Pour cela, il se tourne vers un jeune artiste d’effets spéciaux surdoué, Rob Bottin, pour offrir au public les visions d’horreur «en live», scènes apparemment impossibles à réaliser avant l’ère des effets numériques ! 

Le studio Universal donne le feu vert à Carpenter en 1981. Pour son premier film produit par une «major», Carpenter rassemble autour de lui de vieux complices comme le chef-opérateur Dean Cundey (futur collaborateur de Robert Zemeckis et de Steven Spielberg), et son comédien vedette d’ESCAPE FROM NEW YORK, Kurt Russell. Ce dernier est assez vite choisi par Carpenter pour le rôle principal de R.J. McReady, pilote d’hélicoptère de la Base 31, un rôle un temps imaginé pour Clint Eastwood (les storyboards du film prêtent d’ailleurs à McReady les traits de Clint). Mais ce dernier ne donnera pas suite, sans doute en raison de son association de longue date avec le studio rival de la Warner. Pour l’anecdote, Clint se souviendra sans doute du cinéma de Carpenter, engageant par exemple deux des acteurs de THE THING, Charles Hallahan et Richard Dysart, pour jouer les méchants de PALE RIDER ; et des années plus tard, un extrait d’un film de Carpenter, VAMPIRES, apparaîtra à la télévision dans une des meilleures scènes de MYSTIC RIVER…

  

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Quoiqu’il en soit, Carpenter se tourne sans difficultés vers son copain Kurt Russell ; ancien enfant acteur des films de Disney devenu un solide comédien, Russell travaille pour la troisième fois avec Carpenter après le téléfilm ELVIS et ESCAPE… qui l’a consacré dans le rôle du mercenaire borgne Snake Plissken. Avec les onze autres comédiens du film, Carpenter, Russell et toute l’équipe de tournage se rendent à Stewart, en Colombie Britannique Canadienne, pour tourner les extérieurs en conditions réelles… En soi, ce début de tournage est une sacrée aventure : entre le bus des acteurs qui dérape sur les routes verglacées et manque de précipiter tout le monde dans un ravin, et le matériel technique mis à mal par le froid et la neige, le tournage de THE THING se déroule dans des conditions difficiles… Mais heureusement, tout ce petit monde garde la tête froide et boucle le tournage dans les temps.    L’équipe se retrouve ensuite en huis clos dans les studios d’Universal pour tourner les scènes d’intérieur. Comme il faut bien maintenir l’ambiance «polaire» nécessaire au récit, acteurs et techniciens passent de longues heures dans des températures hivernales contrastant avec le brûlant soleil californien au dehors… Rhumes et grippes frappent donc presque tout le monde en conséquence de ce «chaud et froid» permanent dès que chacun sort après une journée de travail… Les acteurs garderont un souvenir amusé, par ailleurs, des réactions horrifiées à la cantine d’Universal dès qu’ils venaient prendre leur repas, portant les maquillages sanglants que leur a concocté Rob Bottin !    

Impossible de parler de THE THING sans parler de ce sacré personnage qu’est Rob Bottin… Le cinéma fantastique des années 1980 a vu émerger une génération de génies des effets spéciaux de maquillages, grands spécialistes ès créatures monstrueuses devenues légendaires ; et, aux côtés d’un Rick Baker et d’un Stan Winston, Bottin s’est vite imposé comme un artiste brillant et passablement barré. Découvert par Baker, Bottin n’a que 22 ans lorsqu’il embarque dans l’aventure de THE THING. Géant barbu perpétuellement hilare dans ses interviews, le gaillard a déjà travaillé pour John Carpenter, créant les spectres vengeurs de FOG ; mais surtout, il vient d’affoler et d’enthousiasmer les amateurs de fantastique en créant des séquences de métamorphoses «en chair et en os» pour les loups-garous de HURLEMENTS de Joe Dante, en 1981. John Carpenter, déjà convaincu du talent du lascar, l’engage sans hésiter pour créer des scènes encore plus démentielles pour THE THING. Sur les recommandations de ce dernier, Bottin prépare en amont du tournage les scènes de mutations avec un dessinateur-illustrateur surdoué venu de la bande dessinée, Mike Ploog (créateur du Ghost Rider), et ils mettent «au propre» les abominations qui vont frapper les hommes de la Base 31… Les dessins en question sont détaillés, beaucoup ne seront pas finalisés compte tenu des limitations techniques de l’époque, mais ne laissent aucun doute sur le côté inédit, graphique et organique des manifestations de la Chose protéiforme. 

  

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Elaborant une technique d’effets spéciaux mêlant les maquillages traditionnels, les effets mécaniques et l’animation commandée à distance, Bottin se pose en pionnier de l’animatronique, technique désormais reconnue qui a permis de donner vie aux créatures fantastiques pour le grand écran. Le jeune homme est si passionné par sa tâche qu’il se démène pendant des mois pour créer des transformations jamais vues : le cadavre «fusionné» découvert dans la base norvégienne, les métamorphoses des victimes du monstre, l’ «assemblage» final contre-nature qu’affronte McReady (Kurt Russell)… La technique inédite étant ce qu’elle est, il y a parfois des plantages fâcheux en cours de route (telle «l’explosion» du faux torse de l’acteur Charles Hallahan… une journée de travail fichue en l’air) mais Bottin ne s’avoue pas vaincu… au point de passer ses nuits dans le studio, de passer ses jours à malaxer des produits pas très sains (dont des composants chimiques de gélatine et de chewing-gum !), et de s’épuiser au travail. Victime d’un sévère «burn-out», Bottin doit être emmené à l’hôpital. Pour une scène cruciale, la première attaque du monstre, Carpenter doit appeler à la rescousse Stan Winston, chargé de fabriquer et animer le monstre selon les préparatifs de Bottin.   

Voici l’extrait en question – une scène de cauchemar qui commence dans un chenil glacial. Clark (Richard Masur) y enferme l’unique survivant de la base norvégienne, un chien trop calme… qui va révéler sa vraie nature aux malheureux toutous et à leurs maîtres horrifiés.    

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Pauvres chiens… Et ce n’est que le début du film, c’est encore plus horrible après ! Une leçon de mise en scène à suivre en tout cas pour tout amateur de film de terreur. Le spectateur est déjà bien mis en condition avant l’attaque proprement dite ; Clark (Richard Masur) est séparé des autres, prenant donc le risque traditionnel d’être la première victime dans tout film d’horreur. Mais Carpenter sait retarder le moment attendu. Il provoque le malaise du spectateur en insistant sur l’immobilité absolue du chien, et son regard vide. Une attitude familière aux films de Carpenter, qui aime faire grimper la tension en montrant des «menaces immobiles». Voir par exemple les inquiétants clochards de PRINCE DES TENEBRES, tout aussi immobiles et dénués de vie avant l’attaque. Les protagonistes de ce film les croient schizophrènes… on peut en dire autant de la part du chien ici. A la première vision de la scène, le spectateur non préparé peut croire que le toutou a été traumatisé par les évènements antérieurs survenus chez les norvégiens…  La «mise en condition» du spectateur se fait par petites touches adroites :  - les cadrages : Carpenter prend d’abord une légère distance par rapport à l’entrée du chien dans le chenil, action vue du point de vue de Clark. Puis il «enferme» le spectateur dans le chenil, mettant celui-ci à la même place que les infortunées victimes canines… 

- la lumière : Clark éteint le chenil, rajoutant encore à la claustrophobie de la scène. Une basse lumière, très froide, de Dean Cundey, qui enlève toute «vie» à la scène et ne laisse aucun doute sur le sort des malheureux chiens, tout en laissant juste ce qu’il faut de lumière pour apercevoir les détails de l’horrible transformation. - et le son : les gémissements des chiens à moitié assoupis, le bruit du vent glacial… et ce son d’outre-tombe qui semble littéralement sortir du ventre de l’intrus… Tout le reste de la séquence découle de cette mise en condition impeccablement menée. Un montage et un découpage adroit, avec un usage bien géré de la profondeur de champ quand les membres de la base arrivent dans le couloir, et des angles de caméra placés au meilleur endroit pour nous faire partager l’horreur ressentie par McReady et ses alliés.  

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Influencé par des artistes comme Salvador Dali, Edvard Munch ou Francis Bacon, Bottin déchaine son imagination pour créer des corps éclatés, disloqués, fondus… un fantastique catalogue d’horreurs sorties des cauchemars de H.P. Lovecraft, impeccablement mises en valeur par Carpenter et Dean Cundey. Le travail de Bottin est unanimement salué, et va propulser en avant le jeune maître ès métamorphoses. Sous d’autres latitudes et à une autre époque, ses créations auraient sans doute fait de lui un authentique Surréaliste. Sa carrière cinématographique va en tous les cas s’envoler pendant deux décennies, et le faire travailler avec des pointures. Jugez donc : Joe Dante (le segment «toonesque»du film TWILIGHT ZONE / LA QUATRIEME DIMENSION de 1983, EXPLORERS en 1985 et INNERSPACE / L’AVENTURE INTERIEURE en 1987) ; Ridley Scott (LEGEND et son magnifique Prince des Ténèbres, en 1985) ; George Miller (LES SORCIERES D’EASTWICK, 1987), en 1987 ; trois films pour le hollandais fou Paul Verhoeven, ROBOCOP en 1987, TOTAL RECALL en 1990 et BASIC INSTINCT en 1992 ; deux films pour David Fincher – SEVEN en 1995 et FIGHT CLUB en 1999. Citons aussi ses collaborations avec Barry Levinson (TOYS), Brian DePalma (MISSION IMPOSSIBLE – avec les tous premiers maquillages numériques), Terry Gilliam (LAS VEGAS PARANO), Stephen Sommers (DEEP RISING / UN CRI DANS L’OCEAN)…    

Une carrière incroyablement créative, mais aussi terriblement courte ; après deux décennies fructueuses, et tandis que ses congénères Rick Baker et Stan Winston s’adaptent sans difficultés au passage aux effets numériques tout en conservant leur savoir-faire initial, l’inclassable Bottin va disparaître inexplicablement du milieu du cinéma… Plus rien depuis 2002 et une modeste contribution à une comédie d’Adam Sandler. Depuis, les «geeks» nostalgiques de THE THING, LEGEND et autres HURLEMENTS recherchent désespérément sa trace… Mais où est donc passé le météore Rob Bottin ?  

  

A suivre tout de suite dans la 2e Partie !

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