… pour qu’il ne vit point la Mort… – RESTLESS

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RESTLESS, de Gus VAN SANT    

Impressions :   Gus Van Sant aime toujours prendre des risques, et passer sans difficultés apparentes d’un film au budget modeste à une production plus «classique», pour revenir ensuite à un film artistique quasi expérimental avant d’enchaîner un film de studio… Une tactique qui donne une œuvre passionnante où les œuvres de prestige (WILL HUNTING, A LA RENCONTRE DE FORRESTER…) s’intègrent aux plus modestes DRUGSTORE COWBOY, MY OWN PRIVATE IDAHO, et à la radicale trilogie ELEPHANT / GERRY / LAST DAYS. Et c’est donc tout naturellement, après le triomphe mérité de son HARVEY MILK, que Van Sant revient à un «petit» film, RESTLESS. Une production qui, en termes de logistique et de préparation, se situe donc à l’extrême opposé de la grande histoire du défunt «Maire de Castro Street». Et le réalisateur nous prouve à nouveau que ce n’est jamais la taille d’un film qui fait sa force, mais bien l’émotion qu’elle renferme… 

RESTLESS donne le même sentiment qu’une musique de chambre touchante succédant à une grande symphonie ; en dépit de sa modestie, le film n’a pas à rougir des précédentes réussites de son auteur et s’intègre parfaitement à son univers.  

  

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Sans avoir à subir les pressions d’un grand studio, ou d’un quelconque festival, Van Sant a porté à l’écran le premier scénario de Jason Lew, avec le concours comme producteurs de Ron Howard (APOLLO 13, DA VINCI CODE, FROST/NIXON et bien d’autres), sa fille, la comédienne Bryce Dallas Howard, et de Brian Grazer, l’associé de Howard, co-fondateur d’Imagine Entertainment. Retournant dans sa ville fétiche de Portland en Oregon pour les besoins du tournage, Van Sant met en scène une histoire d’amour qui recèle en elle quelques belles pépites. Le mépris et l’indifférence quasi-unanimes avec lesquels la critique, toujours prompte à brûler un jour ce qu’elle adore la veille, a pu malheureusement contribué à détourner le spectateur d’un sujet délicat : une «love story» entre deux jeunes gens, dont l’un d’eux est condamné par une maladie incurable. Un regard superficiel sur ce résumé laisserait croire que RESTLESS est une «bluette» tire-larmes, mais ce serait une erreur. L’évocation du cancer dans une fiction suffit généralement à provoquer des réactions épidermiques injustifiées de la part de beaucoup, critiques ou spectateurs… Comme si le mot lui-même déclenchait une peur irrationnelle de la maladie. Par ailleurs, on est forcément tenter de faire le rapprochement entre le sujet de RESTLESS et le souvenir d’un film romantique à succès réputé «larmoyant», avec Ryan O’Neal et Ali McGraw… Les clichés sont faciles et ont souvent la vie dure… dommage. Il ne s’agit pas ici d’enfoncer le LOVE STORY d’Arthur Hiller (chose difficile à faire surtout si on ne l’a jamais vu…), mais de souligner que le mauvais accueil fait à RESTLESS sur le seul argument «amour et maladie» est franchement réducteur et mal placé.    

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Gus Van Sant a su sortir du piège des clichés. Certes, il n’élude pas la grande question qui se pose dans ce type de film, où les personnages doivent vivre avec l’inéluctable. La maladie vient faucher une vie dans sa première jeunesse, et tuer un amour naissant entre deux êtres humains. Comment y faire face ? Comment aimer la vie quand l’autre est condamné à très court terme ? Et, pour les auteurs comme pour les personnages, comment évoquer la Mort qui vient sans donner dans la morbidité, la mièvrerie ou le déni ? En grand artiste, Van Sant donne des réponses qui n’iront forcément pas dans le sens du consensus confortable. Il ose même souvent, dans son film, garder un ton parfois joyeux, ludique, loin du pathos annoncé.  De fait, les protagonistes de RESTLESS sont encore des enfants. Enoch et Annabel (et leur congénère fantôme Hiroshi) ont un comportement forcément très juvénile : jouer à la bataille navale (souvenir de la mort d’Hiroshi), imaginer comment sont décédés les locataires d’une morgue (en imaginant la mort la plus comique qui soit) ; interpréter une scène de mort romantique, à la Roméo & Juliette, et se corriger le cas échéant, comme des acteurs en train de travailler leur grande scène… Van Sant capte d’autres petits moments de bonheur entre Annabel et Enoch, comme autant de scènes de joie éphémères avant que la triste réalité ne les rattrape. Jusqu’à la cérémonie finale, un repas de «junk food» en guise de dîner funèbre, est lumineuse, joyeuse, apaisée. L’ambiance ne fait pas oublier la douleur, mais elle aide les proches de la défunte à l’acceptation. C’est simple et touchant, sans être infantile.  Mais ces scènes ne sont pas là pour donner l’impression au spectateur que l’on peut nier la Mort, ou la traiter à la légère. Elles montrent que les personnages ont une façon toute personnelle, intime et unique, de l’«apprivoiser». RESTLESS nous rappelle qu’il faut finalement bien accepter la perte finale… et que le chemin menant à cette acceptation n’est pas toujours heureux. Enoch et Annabel vivent des étapes douloureuses sur le long chemin de l’acceptation ; le jeune homme, surtout, qui fuit, se sent impuissant, développe des obsessions morbides et finit par laisser éclater sa rage, en accomplissant un geste sacrilège : la profanation de la pierre tombale de ses parents. Van Sant ne le juge pas, et nous invite à ne pas en faire autant ; le geste du jeune homme, aussi grave soit-il, est à ce moment du film parfaitement compréhensible et révélateur de sa détresse.    

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Le rôle d’Hiroshi, le fantôme du jeune kamikaze (Ryo Kase - LETTRES D’IWO JIMA), est particulièrement important. Ce n’est pas une «astuce» artificielle de film fantastique à la SIXIEME SENS ; le personnage a un rôle fondamental dans l’histoire des deux amoureux. Tué à la guerre alors qu’il était à peine sorti de l’enfance, Hiroshi est une sorte de guide pour Enoch, un observateur sincère de sa vie et son seul confident. Il l’accompagne dans ses jeux, lointains échos de son passé guerrier (la bataille navale, le «bombardement» du train à coups de cailloux…) ; il lui transmet la culture de ses origines (le salut respectueux à la japonaise, le rituel du seppuku, les costumes d’Halloween des deux amoureux déguisés en kamikaze et geisha)… mais il s’oppose aussi à lui. Lors de la profanation, Hiroshi peut être légitimement choqué de voir un tel manque de respect d’Enoch pour ses ancêtres, ce devoir de respect cimentant la culture nippone d’avant-guerre. Et Hiroshi a son propre secret mélancolique, qu’il révèle à un moment clé de l’histoire : la lecture d’une lettre destinée à celle qu’il n’a pas pu aimer, des années auparavant, alors qu’il allait mourir pour son Empereur… Van Sant fait basculer les scènes avec Hiroshi de l’humour et la fantaisie légère, vers la gravité et la tristesse, avec tact. Jusqu’à ce qu’il montre l’évolution de ce drôle de guide spirituel, symbolisée par un changement de costume. Hiroshi n’est plus ce «fantasme» de la 2e Guerre Mondiale au costume mythique : il revêt un complet de cérémonie, plus mature, et apparaît pour la première et unique fois à Annabel.    

Van Sant et son scénariste procèdent par petites touches discrètes mais bien vues, sans jamais exagérer le trait. Ils savent utiliser à bon escient les symboles cachés dans leur histoire, à commencer par le choix d’un titre énigmatique, et du prénom du jeune héros, campé par Henry Hopper. Pourquoi RESTLESS ? Pourquoi Enoch ? Cela reste lié au thème de la Mort omniprésent dans le film. Le jeune homme a un nom significatif (qui a sans doute donné naissance à «Hanouka», la fête religieuse juive), celui de deux patriarches de la Bible liés à l’Ancien Testament. Le premier, fils de Caïn, est associé à l’espace «physique» (Caïn construit une cité pour lui) ; et l’autre, père de Mathusalem et arrière-grand-père de Noé, est quant à lui associé au décompte des temps. Ce qui fait donc que l’’espace et le temps sont associés pour un même nom, signifiant «Initié»… Le second Enoch fut emmené au Ciel par Dieu sans connaître le trépas, et changé en ange. «C’est par la foi qu’Enoch fut enlevé pour qu’il ne vit point la mort»… Enoch, ce jeune homme marqué par la Mort, mais épargné par elle, va être lentement, sûrement, douloureusement, réveillé à la vie et l’amour par la grâce d’un ange mourant. Une transformation spirituelle énoncée par le titre, RESTLESS, «sans sommeil, sans repos»… et aussi «sans Mort».    

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Prestation remarquable des jeunes comédiens : Henry Hopper, portrait craché de son père Dennis, l’éternel «Easy Rider», à qui le film est dédié. Une prestation très intériorisée, sensible, traversée de subites explosions de violence «hopperienne». Bon sang ne saurait mentir… 

Et la magie de Mia Wasikowska (l’ALICE AU PAYS DES MERVEILLES de Tim Burton), très «Farrow» avec sa coupe de cheveux et son air fragile à la Rosemary’s Baby… La comédienne de 22 ans dégage une douceur et une lumière «angélique» à chacune de ses apparitions, donnant à RESTLESS de vrais instants de grâce.   

La note :    

8content2.jpg   Ludovic Fauchier, Blogless    

La Fiche Technique :    

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Réalisé par Gus VAN SANT   Scénario de Jason LEW    

Avec : Henry HOPPER (Enoch Brae), Mia WASIKOWSKA (Annabel Cotton), Ryo KASE (Hiroshi Takahashi), Schuyler FISK (Elizabeth Cotton), Lusia STRUS (Rachel Cotton), Jane ADAMS (Mabel), Paul PARSON (Edward), Thomas LAUDERDALE (le Pasteur), Chris HAN (le Docteur Lee), Colton LASATER (Ozzie)     Produit par Brian GRAZER, Bryce Dallas HOWARD, Ron HOWARD et Brett CRANFORD (Columbia Pictures / Imagine Entertainment / 360 Pictures)   Producteurs Exécutifs David Allen CRESS, Eric BLACK et Frank MANCUSO Jr.    Musique Danny ELFMAN   Photo Harris SAVIDES  Montage Elliot GRAHAM   Casting Francine MAISLER     Décors Anne ROSS   Direction Artistique Benjamin HAYDEN   Costumes Danny GLICKER     1er Assistant Réalisateur David J. WEBB      Mixage Son Leslie SHATZ et Gabriel J. SERRANO   Montage Son Robert JACKSON    

Distribution USA et INTERNATIONAL : Sony Pictures Classics / Sony Pictures Releasing   Durée : 1 heure 31    

Enoch Brae, un jeune homme solitaire, sèche les cours du lycée. Il dessine sa silhouette à la craie sur le bitume, et parle avec un fantôme, son meilleur ami Hiroshi, pilote kamikaze mort à la fin de la 2e Guerre Mondiale. Enoch passe aussi son temps à fréquenter les services funéraires d’un hôpital de Portland, et s’invite régulièrement aux obsèques. 

Le curieux manège d’Enoch lui vaut d’être remarqué par l’organisateur des funérailles à l’hôpital ; mais une jeune fille, Annabel, prend sa défense. Travaillant au service des enfants malades du cancer, elle l’a remarqué alors qu’elle assistait aux précédentes cérémonies. Férue d’ornithologie et d’entomologie, Annabel est fantasque, imaginative, et ils se lient d’amitié. Puis ils deviennent amoureux. Enoch apprend qu’Annabel n’est pas employée par l’hôpital, mais une patiente atteinte d’une tumeur au cerveau. Après une période de rémission, la maladie se développe à nouveau, ne lui laissant que trois mois à vivre…    

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