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EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES – la Fiche Technique et l’Histoire

EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES - la Fiche Technique et l'Histoire dans Fiche et critique du film Extrêmement-Fort-et-Incroyablement-Près-5

EXTREMELY LOUD & INCREDIBLY CLOSE / EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES

Réalisé par Stephen DALDRY   Scénario d’Eric ROTH, d’après le roman de Jonathan SAFRAN FOER  

 

Avec : Thomas HORN (Oskar Schell), Tom HANKS (Thomas Schell), Sandra BULLOCK (Linda Schell), Max Von SYDÖW (le Locataire), Zoe CALDWELL (la Grand-mère d’Oskar), John GOODMAN (Stan le Portier), Viola DAVIS (Abby Black), Jeffrey WRIGHT (William Black), Stephen HENDERSON (Walt le Serrurier), Hazelle GOODMAN (Hazelle Black)

 

Produit par Scott RUDIN et Tarik KARAM (Paramount Pictures / Scott Rudin Productions / Warner Bros. Pictures)   Producteurs Exécutifs Celia D. COSTAS et Nora SKINNER  

Musique Alexandre DESPLAT   Photo Chris MENGES   Montage Claire SIMPSON   Casting Ellen LEWIS et Mele NAGLER   Décors K.K. BARRETT   Direction Artistique Peter ROGNESS   Costumes Ann ROTH  

1er Assistant Réalisateur Richard STYLES   Réalisateur 2e Équipe Tarik KARAM 

Mixage Son Robert FERNANDEZ, Gregg LANDAKER, Skip LIEVSAY et Paul URMSON   Montage Son Skip LIEVSAY   Design Sonore Debby VanPOUCKE   

Distribution USA et INTERNATIONAL : Warner Bros. Pictures   Durée : 2 heures 09   Caméras : Arri Alexa   

 

 

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L’Histoire :

le père d’Oskar Schell, 11 ans, Thomas, se trouvait dans une des tours du World Trade Center, le matin tragique du 11 septembre 2001, et son corps n’a jamais été retrouvé. Oskar, sa mère Linda et sa grand-mère paternelle n’ont pu enterrer qu’un cercueil vide. Le drame a profondément perturbé le garçon, qui adorait ce père original et chaleureux.

Grâce à lui, le timide Oskar était devenu un enfant curieux de tout, exceptionnellement intelligent. Leur jeu préféré était la «Mission de Reconnaissance», un savant jeu de piste et d’indices créés par Thomas pour aider l’enfant à aller vers les autres et savoir se débrouiller dans la grande ville. La tragédie a marqué Oskar, au point qu’il se coupe de sa mère, s’inflige des blessures sur le corps, et, en secret, garde le répondeur téléphonique où son père a laissé ses derniers appels avant de mourir.

Plusieurs mois après, Oskar ose pénétrer dans l’armoire où son père laissait de vieilles affaires. Il renverse par accident un vase, et découvre que celui-ci cachait une enveloppe. Marquée du nom «Black», celle-ci renferme une clé… Oskar décide d’enquêter pour savoir ce qu’elle ouvre. Déterminé à finir la dernière «Mission de Reconnaissance» imaginée par son père, il est persuadé que la clé le mènera à un dernier message de son père. Et pour cela, il se décide à aller rencontrer un à un tous les habitants de New York nommés Black…

Fractures – EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES

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EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES, de Stephen DALDRY

 

Impressions :

 

Bonjour, chers amis neurotypiques !

 

Avec EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES, son quatrième long-métrage, le cinéaste britannique Stephen Daldry nous rappelle son intérêt pour les personnages sortant des normes sociales. Un constat présent dans chaque œuvre : BILLY ELLIOT racontait comment un gamin, né et élevé dans le milieu ouvrier, devenait un homme grâce à une passion, la danse, jugée bien peu virile par son père et ses voisins ; THE HOURS racontait comment le roman «Mrs. Dalloway» de Virginia Woolf, la grande écrivaine surdouée mais dépressive, bouleversait la vie rectiligne d’une «housewive» des années 1950, l’amenant à découvrir sur elle-même des vérités dérangeantes ; et THE READER racontait l’étrange relation entre un écrivain et son ancien amour de jeunesse, une femme illettrée, ancienne S.S. qui se faisait lire des livres par les fillettes qu’elle envoyait à la mort…

Le réalisateur anglais aime donc les histoires atypiques, malmenant les conventions. Adapté du roman de Jonathan Safran Foer, EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES, ne déroge pas à la règle, et brosse le portrait paradoxal d’un début de siècle bouleversé par une tragédie historique unique. Daldry continue de de dérouter les préjugés, en prenant le risque courageux de raconter une histoire contournant les formules toutes faites des films sur les attentats du 11 septembre 2001.   

 

Fractures - EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES dans Fiche et critique du film Extrêmement-Fort-et-Incroyablement-Près-1

EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES nous ramène à ce jour terrible qui hante désormais la mémoire collective de l’Humanité. Cependant, Daldry choisit une histoire tordant le cou aux poncifs que l’on pouvait craindre. Depuis plus de dix ans maintenant, dès que le cinéma «mainstream» a évoqué la tragique journée, nous avons eu droit à des œuvres souvent maladroites en la matière. La portée de l’évènement est tellement douloureuse, elle soulève tellement de questions et de suspicion qu’il est difficile de garder la tête froide dès lors que le 11 septembre est évoqué dans une simple conversation, quand ce n’est pas dans les médias ou la fiction.

Certains cinéastes ont voulu reconstituer cette journée, et, deux d’entre eux au moins s’y sont cassé les dents. UNITED 93 de Paul Greengrass s’est limité à une reconstitution en style documentaire de la prise d’otages et du crash du troisième avion en Pennsylvanie ; certes efficace et terrifiant, le film manque de recul par rapport à l’horreur décrite. Il souligne l’héroïsme des passagers arrêtant par leur sacrifice l’attentat kamikaze, accréditant la thèse officielle sans regard critique. Quand à Oliver Stone, pourtant d’habitude très incisif et dérangeant vis-à-vis des vérités officielles en vigueur aux USA, il s’est montré d’une prudence excessive avec WORLD TRADE CENTER ; l’hommage à l’héroïsme des deux seuls survivants de l’effondrement des tours jumelles est bien poussif, et s’englue dans les scènes d’attente angoissée des épouses et mères des protagonistes pris au piège…

 

Stephen Daldry a bien dû être conscient de ces pièges à éviter, et livre en conséquence un regard très différent sur la journée en question. Il en propose une approche intime, personnelle, à travers le regard original d’un protagoniste qui est loin d’être «héroïque» au sens patriotique du terme. Ironiquement, le film est parfois mal perçu, les préjugés ayant la peau dure. Se limitant à regarder les noms des acteurs et des grands studios engagés dans la production, des internautes ont fustigé le film sans réfléchir, persuadés qu’il s’agissait d’une «récupération hollywoodienne», forcément larmoyante, de la tragédie… Or, au lieu de reconstituer la catastrophe pour en tirer une facile leçon de patriotisme à l’américaine, le film de Daldry préfère s’intéresser aux effets psychologiques, émotionnels, qu’ont causés ces attentats sur la vie d’un jeune garçon original et de ses proches. La quête que nous propose Daldry est riche, originale, profondément humaine… et parfois inconfortable.  

 

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Au-delà du contexte historique précis filmé ici, le cinéaste nous pose des questions pertinentes, sur le deuil impossible.

Comment vivre avec le poids d’un traumatisme, qui touche à la fois au plan personnel et universel ? Peut-on faire le deuil d’une personne disparue dont il ne reste aucune trace, à part les souvenirs subjectifs que nous en avons ? Daldry ne propose pas de réponses faciles ; et il met le spectateur en difficulté face à ses propres a priori. Oskar Scholl (Thomas Horn) est le jeune protagoniste new-yorkais qui voit sa vie changée à jamais par le drame : la mort de son père Thomas (Tom Hanks) pris au piège dans l’une des tours du World Trade Center. Le gamin est intelligent, sensible, et en totale détresse ; il lui arrive aussi parfois d’être terriblement antipathique, déroutant dans ses obsessions et attachant dans sa quête. Un «garçon difficile» qui n’est pas sans rappeler parfois par son comportement le jeune garçon d’EMPIRE DU SOLEIL, incarné par le tout jeune Christian Bale en 1987.  

 

Le scénariste Eric Roth et Stephen Daldry ont très bien su saisir le caractère étonnant du jeune héros du roman de Foer. C’est un enfant de toute évidence surdoué, et au comportement social unique. Ce jeune garçon présente de toute évidence certains des signes du syndrome d’Asperger, qu’il cite même dans le film. Etonnant de voir comme ce syndrome, encore mal compris, devient pourtant de plus en plus «popularisé» par le biais du cinéma et des médias audiovisuels ! J’ouvre une petite parenthèse : depuis la sortie de THE SOCIAL NETWORK et le portrait de Mark Zuckerberg fait par David Fincher, il me semble voir partout, et de plus en plus souvent, des personnalités et des personnages présentant les signes de ce syndrome. Etant moi-même «Aspie», je commence à avoir l’œil… Fin de la parenthèse, et retour au film !

 

Le personnage d’Oskar affiche plusieurs aspects typiques du «profil Asperger», et ils sont traités avec beaucoup d’honnêteté par les créateurs du film. L’hypersensibilité sensorielle, accrue chez Oskar après le traumatisme de la mort du père : elle se traduit par ses réactions angoissées aux bruits discordants, tels que les sonneries de téléphone et les sirènes stridentes, qui le renvoient justement au jour des attentats. Son vocabulaire élaboré, original : le père l’encourageait d’ailleurs dans des batailles ludiques d’oxymores («Guerre pacifique», etc.) ; Oskar s’amuse aussi à des concours d’insultes ludiques, créant des mots inexistants, avec le portier Stan (John Goodman). Il est aussi l’auteur de l’expression donnant son titre au film, traduisant son extrême sensibilité sensorielle et émotionnelle. Sa façon de parler sur les sujets qui l’obsèdent, sans s’arrêter, ni se rendre compte qu’il peut «assommer» de la sorte ses interlocuteurs, est un autre trait distinctif du syndrome. Le traumatisme de la mort du père est tel, d’ailleurs, qu’il ne peut prononcer les mots «11 septembre», les remplaçant par des expressions détournées.

Phobique, souvent mal à l’aise en société (et Dieu sait que la population new-yorkaise peut être vite intimidante…), Oskar se réconforte grâce à un tambourin, objet fétiche indispensable pour ne pas craquer. Là encore, une description assez juste de ce que peut être un jeune Asperger. Surtout, comme toutes les personnes ayant le syndrome en question, Oskar aime voir une logique, une raison spécifique dans toute chose de son existence. Son père aime pousser le gamin dans des quêtes élaborées, truffées d’indices, l’incitant à développer son insatiable curiosité intellectuelle. La logique d’Oskar se trouve ainsi enrichie au contact de la réalité, à laquelle ce père aimant et inventif veut le confronter pour en faire un futur adulte bien préparé à la vie. Or, les attentats brisent cela. La quête d’Oskar devient celle d’une logique qui lui échappe, ce qui lui est intolérable. Il l’exprime à sa façon : «Pourquoi de complets inconnus ont-ils tué mon père ? Il ne leur voulait aucun mal !». La question concerne tous ceux qui ont vécu une tragédie similaire. Toute catastrophe, accidentelle ou volontaire, apparaît comme profondément absurde aux proches des victimes. Mais Oskar, avec son caractère particulier, s’entête à trouver une réponse hors des normes. Il y déploie une énergie inépuisable, au risque de sombrer dans la folie. Il conserve même dans ses «archives» privées une image tirée d’Internet, un homme se défenestrant pour échapper à l’incendie de la tour. Une image floue, des pixels indéchiffrables, sur lesquels il ne peut que se représenter son propre père en train de chuter dans le vide…

Le portrait du jeune «Asperger» fait par Roth et Daldry est d’autant plus juste qu’il est réaliste jusqu’à la violence, crue et amère, dont le gamin peut faire preuve. Ses crises de colère démesurées, soudaines, causent des scènes terribles avec sa mère désemparée (Sandra Bullock) et avec le mystérieux vieillard, «le Locataire», qui l’accompagne.   

La colère et la détresse du gamin ont une cause, à vrai dire, très personnelle. Elles sont liées à une autre particularité du syndrome d’Asperger : la détestation absolue de tout évènement imprévu… Tout ce qui vient perturber le déroulement ordinaire, planifié, d’une journée d’un Asperger est ressenti comme celui-ci comme une épreuve terriblement déstabilisante. On comprendra alors que le drame du 11 septembre apparaisse dans le récit comme une épreuve insurmontable pour Oskar.

Il rentre tôt de l’école, situation imprévue mais jusqu’ici gérable. Mais le téléphone sonne : Oskar entend alors les appels et messages de son père, qui a deviné qu’il est là… mais Oskar ne répond pas, comme paralysé. Sa peur est tout à fait compréhensible… mais elle a quelque chose de terriblement ambivalent pour le garçon, qui n’est absolument pas préparé à comprendre ce qui lui arrive. Oskar a jusque-là dépendu de ce père qu’il adore, qui le guide et l’inspire… Et si son refus de répondre au téléphone, à ce moment fatidique, était dû à autre chose ? Oskar est à l’aube de l’adolescence, ce moment difficile où il faut «tuer» symboliquement le Père pour devenir un adulte autonome. Ce moment important, Oskar ne peut l’assumer puisqu’il est lié à un évènement incompréhensible à ses yeux. Le traumatisme est terrible à plus d’un niveau.

La guérison est longue, douloureuse, et passe par une quête absurde à la recherche d’une trace passée de ce paternel qu’il idéalise. Au bout du compte, Oskar finit par faire face à sa peur (le pont, la séquence des messages téléphoniques qu’il fait écouter au vieil homme), pour accepter enfin que son père n’était pas l’homme parfait qu’il voyait. En acceptant de voir aussi les défauts du père, il réussit l’épreuve du deuil en gardant de celui-ci une image plus saine, adulte.  

 

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Le parcours d’Oskar se confond aussi à celui d’un autre personnage énigmatique, le «Locataire», vieil homme muet vivant chez sa grand-mère, auquel le grand Max Von Sydöw prête son magnifique visage semblant gravé dans la pierre ancienne. L’histoire contemporaine d’Oskar et celle du Locataire se complètent : leur histoire personnelle est aussi celle des traumatismes d’une époque historique.

Le vieil homme a perdu lui aussi des êtres chers, suite aux bombardements des villes allemandes par les Alliés durant la 2e Guerre Mondiale. Depuis cette époque, il ne parle plus. Les raisons de ce silence très «bergmanien» sont pudiquement évoquées par la grand-mère, sans plus de détails. Tout juste mentionne-t-elle «d’autres évènements» laissant au spectateur le soin d’émettre d’autres hypothèses (peut-être un passage dans un camp de concentration ?). Les raisons pour lesquelles la grand-mère cache le vieillard au monde extérieur sont aussi volontairement laissées dans l’ombre ; qu’a-t-il bien pu faire, qu’a-t-il bien pu vivre, pour se terrer ainsi ? Le poids du secret de famille est perceptible.

Quoiqu’il en soit, le Locataire et Oskar se complètent. Le jeune garçon socialement inadapté, bavard et hyperactif dans sa quête, et le vieil homme fatigué, muet, reclus acceptant enfin de sortir, de renaître au Monde, forment un duo des plus attachants. Daldry évite habilement le sentimentalisme qui pourrait s’installer, l’entente entre les deux personnages passant aussi par des moments de violence psychologique. Cela culmine dans la scène où Oskar ose lui faire écouter les derniers appels de son père, juste avant sa mort. Un moment cathartique extrêmement dérangeant, autant pour le vieillard que pour le spectateur, mais nécessaire. Il débouche sur une dispute et une rupture inévitables entre eux deux, avant que renaisse le mince espoir d’une réconciliation.  

 

L’aventure personnelle d’Oskar a aussi une résonnance particulière, à un niveau plus universel. La population de New York, on le sait, a été profondément marquée par les attentats. Rappelons succinctement que la grande ville est une somme de communautés cosmopolites venues du monde entier ; ce qui lui a valu, entre autres surnoms, celui de la «Capitale du Monde». Les attentats ont divisé, fracturé, les différentes communautés ethniques la composant. Mais, malgré tout, la vie doit continuer. La démarche du film se confond alors avec celle du jeune Oskar, qui, en cherchant désespérément un sens personnel à son propre drame, s’en va sonner à toutes les portes des habitants de New York nommés «Black». Les rencontres qu’il fait révèlent une mosaïque d’identités, de parcours, de vies personnelles uniques, à laquelle il ne s’attendait pas.

Toutes ces personnes composent une facette de la ville, et une vision «en raccourci» de l’Humanité au 21e Siècle. Tous (ou presque) semblent avoir quelque chose à dire à Oskar, à partager avec lui. L’astucieux scénario de Roth révèlera, le moment venu, le rôle précieux tenu par la mère du jeune héros, pour l’aider malgré lui dans sa quête ; sans l’avoir deviné, inconsciemment, le gamin va aider la population new-yorkaise à effectuer son propre deuil. Abby et William, le couple divorcé interprété par Viola Davis et Jeffrey Wright, va en quelque sorte symboliser ce deuil collectif.   

 

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Un film au sujet aussi risqué que celui d’EXTRÊMEMENT FORT… nécessite un casting à la hauteur. Saluons une nouvelle fois le tact et l’intelligence de Daldry, remarquable directeur de comédiens, en la matière. Il confirme son talent à découvrir de jeunes comédiens et à les lancer dans des rôles difficiles. Ainsi, Jamie Bell a bien grandi depuis BILLY ELLIOT et accède tranquillement au statut de jeune star, évoluant à son rythme de KING KONG à TINTIN en passant par MEMOIRES DE NOS PERES. Le jeune comédien allemand David Kross semble faire de même, après THE READER, et tient un rôle bref mais marquant dans CHEVAL DE GUERRE. Daldry poursuit dans la même voie avec le jeune Thomas Horn, une révélation ; Horn révèle une intelligence de jeu remarquable pour créer Oskar, un enfant parfois dur, émouvant mais jamais attendrissant.

Il faut dire aussi que le jeune comédien en herbe est entouré par une troupe de professionnels irréprochables. A commencer par Tom Hanks, dans un rôle assez particulier, son personnage n’apparaissant à l’écran que dans les souvenirs de son fils. Une présence «absente», donc, auquel l’interprète de FORREST GUMP prête le caractère chaleureux qu’on lui connaît.

Sandra Bullock interprète la mère d’Oskar avec un investissement émotionnel complet. Elle n’a a priori pas la partie facile, son personnage étant montré comme complètement «détruit» par le drame. A côté du personnage expansif qu’est le père d’Oskar, la mère se tient en retrait ; son caractère se révèle progressivement, par une scène intense de dispute mère-fils, où Sandra Bullock trouve le ton juste dans un moment difficile. Et elle révèle peu à peu le caractère aimant, intuitif, de cette mère dans la dernière partie du film.

D’excellents seconds rôles complètent la distribution avec finesse. On retrouve avec plaisir ce bon vieux John Goodman, toujours là malgré ses ennuis de santé, dans le rôle humoristique du gardien échangeant des insultes savantes avec Oskar. Viola Davis (THE HELP / LA COULEUR DES SENTIMENTS) et Jeffrey Wright ont des rôles courts mais importants, et les incarnent impeccablement. Mais la meilleure prestation provient sans aucun doute de Max Von Sydöw ; le grand comédien suédois tient un rôle muet qui aurait dû lui valoir au moins une nomination aux Oscars. Les membres de l’Académie ont dû se dire qu’il y avait un « muet » de trop, cette année, hélas pour l’acteur de L’EXORCISTE… Tirant une belle simplicité de jeu de son imposante stature et de ce visage «millénaire» si expressif, Von Sydöw marque de son empreinte des scènes mémorables auprès du jeune Horn.    

 

Eric Roth, l’auteur du script, ajoute EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES à une filmographie déjà bien fournie : rappelons pour mémoire que son nom apparaît au générique de films prestigieux depuis plus de vingt ans. A son actif, les scénarii de FORREST GUMP de Robert Zemeckis (qui lui valut un Oscar), L’HOMME QUI MURMURAIT A L’OREILLE DES CHEVAUX de Robert Redford, THE INSIDER / REVELATIONS et ALI de Michael Mann, MUNICH de Steven Spielberg, THE GOOD SHEPHERD / RAISONS D’ETAT de Robert De Niro, L’ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de David Fincher, pour ne citer que ceux-là. Cet écrivain prolifique et inventif rajoute donc EXTRÊMEMENT FORT… à cette belle liste, créant un véritable jeu de piste narratif à l’intention du spectateur vigilant. Roth, tel le père d’Oskar, glisse des indices intrigants dans la quête du jeune garçon. En répétant, par exemple, le chiffre 6, signe récurrent dans le film. Le père disparu crée tout un mystère fantaisiste autour d’un «6e District» disparu en plein New York ; mystère faisant partie d’un jeu inventé par ses soins, la «Mission de Reconnaissance». Avant son décès, le père venait justement de lancer pour son fils une sixième «Mission». Et il laisse six messages de plus en plus affolés sur le répondeur, le jour du drame… Trois «6» qui offrent une hypothèse particulière. L’Apocalypse fait référence au «666», le Nombre de la Bête… Certes, les images du 11 septembre 2001 ont ravivé un contexte biblique de destruction dans l’inconscient collectif. La Bête serait alors ici le terrorisme aveugle, le fanatisme meurtrier, entraînant chaos, peur et méfiance dans la société des hommes. Mais restons prudents, ce n’est qu’une interprétation contestable. «Apocalypse» ne signifie pas du tout «Fin du Monde», mais «Révélation», au sens de Vérité révélée… L’odyssée d’Oskar est «apocalyptique» au sens où elle le révèle à lui-même ; l’objectif de sa quête (découvrir à quoi sert une clé mystérieuse, le «MacGuffin» de l’intrigue) compte moins que son voyage personnel.
Reconnaissons que cette hypothèse mystique ne constitue pas le sujet central du film. Plus simplement, le film de Stephen Daldry, s’appuyant sur une dramaturgie habile, émeut parce qu’il raconte l’histoire d’un gamin en recherche d’une dernière vérité sur son père. En cela, EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES touche au cœur d’une tragédie universelle, assumant et accomplissant jusqu’au bout, dans les larmes et les sourires, sa démarche cathartique.  

 

 

Ludovic Fauchier, Extrêmement Blog et Incroyablement «Aspie».



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