Le Vampire de ces Dames – DARK SHADOWS

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DARK SHADOWS, de Tim Burton

 

Impressions :

Tim Burton et Johnny Depp, les extra-terrestres du cinéma américain, se retrouvent donc pour la 8ème fois en 22 ans de carrière. Tour à tour homme artificiel perdu dans la banlieue américaine, cinéaste travesti roi de la série Z, inspecteur froussard égaré chez les spectres, confiseur mégalomane, timide fiancé d’une charmante morte-vivante, barbier sanguinaire et chapelier fou, Johnny Depp incarne cette fois-ci pour Burton un vampire tourmenté, Barnabas Collins, héros de ce DARK SHADOWS bien évidemment «burtonien» en diable.

 

Le Vampire de ces Dames - DARK SHADOWS dans Fiche et critique du film Dark-Shadows-la-série-télé-300x248

DARK SHADOWS, c’est avant tout une véritable institution aux USA, une série télévisée créée et produite par Dan Curtis, vétéran de la télévision américaine rompu au Fantastique (il réalisa dans les années 1970 une adaptation réussie de DRACULA avec Jack Palance, entre autres). En 1966, Curtis lança DARK SHADOWS, un soap-opéra très particulier, mêlant les ressorts mélodramatiques traditionnels au genre à un contexte gothique fantastique. Près de 600 épisodes tournés entre 1966 et 1972, narrant les tourments de Barnabas Collins (Jonathan Frid), vampire humain luttant contre sa condition maléfique, et revenu parmi ses descendants. Ainsi, les ménagères américaines et leurs enfants pouvaient donc apprécier des histoires à la Edgar Poe remplies de fantômes, de spectres et de châteaux hantés. Ce décalage ne pouvait que plaire à Tim Burton, qui depuis longtemps déjà adore les télescopages entre l’univers douillet et anesthésiant de l’American Way of Life avec les monstres hantant son imaginaire.

Pour porter à l’écran sa vision très particulière du film de vampires, Burton s’est adjoint l’aide d’un écrivain scénariste très particulier. Nouveau fleuron de la génération «geek», Seth Grahame-Smith, 36 ans, affiche un CV bien barré. Il a écrit les romans ORGUEIL ET PREJUGES ET ZOMBIES (détournement du classique de Jane Austen, désormais envahi par des
hordes de morts-vivants à l’heure du thé dans les jardins anglais) et ABRAHAM LINCOLN CHASSEUR DE VAMPIRES, au titre explicite. Grahame-Smith a aussi écrit, entre autres joyeusetés, THE BIG BOOK OF PORN (une fiction historique sur l’histoire du cinéma X), une étude sur Spider-Man et le guide HOW TO SURVIVE A HORROR MOVIE… un allumé de première, donc, qui était fait pour rejoindre l’univers «burtonien».

 

 

Dark-Shadows-a dans Fiche et critique du film

Sous l’auspice de Burton et Grahame-Smith, le film DARK SHADOWS devient un choc frontal entre les deux aspects visuels dominants de la filmographie du cinéaste – le mélange du Burton «gothique noir dépressif» (celui de BATMAN RETURNS, SLEEPY HOLLOW, CORPSE BRIDE, SWEENEY TODD) et du Burton «acidulé excentrique» (celui de PEE-WEE, BEETLEJUICE, MARS ATTACKS !, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE). Ce mélange des genres a de quoi dérouter même les habitués de ses films… DARK SHADOWS pratique en effet la rupture de ton permanente entre l’humour décalé et l’effroi à l’ancienne. Rupture effectuée souvent avec bonheur, mais parfois inachevée.

Plutôt que de transposer l’histoire à notre époque, Burton choisit de respecter l’époque où la série triomphait sur les petits
écrans. Le vampire Barnabas, d’un sérieux gothique absolu, découvre donc le monde étrange de la libération sexuelle, du flower power et d’autres coutumes absurdes à ses yeux. Burton ne se prive pas de créer des gags à son goût (comme la découverte d’une enseigne McDonald’s par Barnabas, qui voit en elle la marque du Diable !). Son regard sur une époque qu’il a connu dans sa jeunesse offre les meilleures scènes du film, jouant sur le double décalage des situations : les réactions de Barnabas, le «freak» burtonien dans toute sa splendeur, sur les mœurs de l’époque, déjà bien anachroniques pour nos yeux de spectateurs de 2012, fait tout le charme du film. Il permet à l’occasion de décrire une nouvelle famille américaine n’ayant rien à envier à celles de BEETLEJUICE ou EDWARD AUX MAINS D’ARGENT par son matérialisme satisfait…

Ce double décalage peut cependant être problématique, parfois. Le film donne parfois l’impression que Burton fait du Burton, sur un sujet taillé sur mesure mais sans risque pour lui. Les scènes du film sont ainsi d’intérêt variable. La meilleure étant le sit-in nocturne de Barnabas avec d’inoffensifs hippies ; il discute poliment, partage leur point de vue sur le monde… puis, cédant à son instinct de vampire, les tue tous, en restant parfaitement courtois ! On est dans le mélange «rire et effroi» propre à l’auteur de BEETLEJUICE et MARS ATTACKS.

A l’opposé, la scène la moins réussie est sûrement la confrontation finale, truffée de rebondissements téléphonés, mal amenés. Peut-être est-ce volontaire de la part du cinéaste et de son scénariste. Les rebondissements en question sont tout à fait typiques d’un soap opéra, ce qu’était DARK SHADOWS après tout. Reconnaissons que les films de Burton tirent avant
tout leur force de leur qualité esthétique, plutôt que de scénarii élaborés – avec quand même d’heureuses exceptions pour ses meilleurs films, la «trilogie des Edward» : EDWARD, ED WOOD et BIG FISH. Pas étonnant que ceux-ci soient ses œuvres les plus personnelles.

 

 

Dark-Shadows-c

D’autre part, saluons le travail fourni par Burton et son scénariste pour ne pas éluder l’aspect sexuel du récit de vampires… Encore qu’ils ne se privent pas de tordre le cou aux clichés d’usages, mettant une bonne touche de folie dans les scènes en question. DARK SHADOWS nous montre un vampire certes romantique, au sens «mélo à l’ancienne» du terme, mais pas chaste pour autant. Les femmes qui gravitent autour de Barnabas tombent toutes, à des degrés divers, sous son charme. Au très pudique amour entre le vampire et la gouvernante, réincarnation de sa défunte fiancée, Burton oppose des relations bien plus osées. Une attirance sous-entendue entre Barnabas et la jeune Carolyn, l’ado «burtonienne» par excellence ; le sous-entendu est évident quand Barnabas reluque la lava-lampe rouge sang trônant dans la chambre de la jeune fille… Plus gratinée encore, une scène où la doctoresse alcoolique jouée par Helena Bonham-Carter gratifie notre vampire d’une petite gâterie improvisée… et l’affrontement grivois entre Barnabas et la sorcière Angélique (Eva Green) qui tourne au «sex fight» en apesanteur ! Loin d’être un cinéaste pour enfants sages, Tim Burton ne se censure pas à l’occasion ; qu’on se souvienne du dépucelage raté d’Edward aux Mains d’Argent, d’une Catwoman branchée SM chez Batman, ou de l’affolante espionne Martienne invitée par un conseiller présidentiel libidineux dans MARS ATTACKS… DARK SHADOWS poursuit la voie.

 

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Fidèle à ses habitudes, Burton retrouve une troupe de comédiens parfaitement à l’aise dans son univers. A commencer bien sûr par l’inusable Johnny Depp, d’un sérieux pince-sans-rire absolu en toute circonstance, et Helena Bonham Carter, qui s’amuse à créer un nouveau personnage excentrique dans une galerie déjà bien fournie par son époux réalisateur. On saluera aussi le grand retour de Michelle Pfeiffer (Catwoman forever !!) dans l’univers Burton ; à leurs côtés, Eva Green campe une sorcière déjantée (qui connaîtra une fin joliment graphique), et la jeune Chloë Grace Moretz (révélation de KICK-ASS et HUGO CABRET) assure son parcours de future star. Et, le meilleur étant pour la fin, n’oublions pas les guest stars spéciales : la mémorable apparition d’Alice Cooper («la femme la plus hideuse que j’aie jamais vu !») dans son propre rôle, et celle de Christopher Lee en vieux marin. Impensable de ne pas faire un film de vampires sans inviter Dracula en personne.

 

Voilà quelques menus plaisirs qui font passer les réserves que l’on peut avoir sur ce DARK SHADOWS de bonne facture, suffisamment plaisant pour faire oublier le mauvais souvenir d’ALICE AU PAYS DES MERVEILLES… Maintenant, on attend quand même que Tim Burton revienne à des films plus personnels ; espérons que son FRANKENWEENIE, «auto-remake» en film d’animation de son court-métrage réalisé en 1984, sera l’un de ceux-là.

 

Ludovic Fauchier, blogueur «dark».

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