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Aspie, or not Aspie ? Le petit abécédaire Asperger, chapitre 6

F, comme…

 

Aspie, or not Aspie ? Le petit abécédaire Asperger, chapitre 6 dans Aspie f-finesse-avengers-academy

… Finesse, de la bande dessinée AVENGERS ACADEMY, parue chez Marvel.

Mélangez les réflexions tranchantes d’un Julian Assange / Mark Zuckerberg, les compétences et la sociopathie d’une Lisbeth Salander, l’élocution froide de l’ordinateur HAL 9000 et des dons de combattant dignes de Daredevil… vous obtenez Finesse, une toute jeune super-héroïne débutante, made in Marvel, sérieusement asociale. Une personnalité affichant quelques particularités propres aux Aspergers dans un contexte super-héroïque…

Recrutée et entraînée par Norman Osborn (le Bouffon Vert) quand il avait les pleins pouvoirs sur les Vengeurs, Jeanne Foucault / Finesse faisait partie de son équipe de jeunes recrues destinées à être de futurs super-criminels. Osborn évincé, les vrais Vengeurs ont décidé d’entraîner la jeune équipe pour leur apprendre à ne pas suivre la voie qu’il leur préparait. Tâche difficile car ces jeunes gens perturbés n’ont pas vraiment conscience de ce que le mot « responsabilité » implique… C’est le postulat de base de cette série récemment parue chez Marvel, et plutôt réussie.

Cette demoiselle est l’un des personnages les plus intéressants de la série, et au vu de ses « exploits » obtenus par des moyens douteux, il n’est pas interdit de penser que les auteurs ont largement puisé leur inspiration dans le personnage de Lisbeth Salander, héroïne des romans et des films MILLENIUM, pour l’accommoder à la mode super-héroïque. Finesse, comme Miss Salander, est une surdouée de l’informatique, hackeuse de génie, et ne s’embarrasse pas de scrupules pour parvenir à ses fins. Elle pratique ainsi sans remords le vol de données privées, et le chantage. Surdouée  diplômée du MIT à 14 ans, Finesse a pour principal super-pouvoir sa mémoire eidétique qui lui permet d’acquérir en un temps record un maximum de connaissances : que ce soit en informatique, en techniques de combat, dans le maniement des langues étrangères ou la capacité de lire sur les lèvres – comme HAL 9000, l’ordinateur de 2001 : L’ODYSSEE DE L’ESPACE, avec qui elle partage une autre caractéristique : une confiance absolue en ses talents la poussant à croire qu’elle ne peut commettre la moindre erreur. Ce qui serait somme toute très pratique (dans un monde de super-héros, s’entend) si elle n’avait sa propre faiblesse, la limitation typique de tout Aspie : une dramatique maladresse sociale qui se traduit par des jugements dénués de sympathie, un vocabulaire très recherché (qui provoque les ricanements de ses camarades) et un sérieux manque de confiance envers autrui.

Ce petit portrait d’un personnage mineur dans l’univers Marvel fournira peut-être une piste de réflexion aux amateurs de comics… Les super-héros ne seraient-ils pas autistes, à leur façon ? En cherchant bien, on trouvera peut-être quelque chose de ce genre chez le plus emblématique de la maison Marvel, avant (et même après) sa transformation en bondissant tisseur de toile… On en parlera en temps voulu.

 

Cf. Peter Parker, Lisbeth Salander

 

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… Fischer, Bobby (Robert James) (1943-2008) :

Les « Aspies » (supposés) de l’Histoire réelle ne sont pas forcément tous des personnalités aimables… Le cas de Bobby Fischer, légende du monde des jeux d’échecs, dont on a pu supposer qu’il était atteint d’une forme extrême du syndrome, est l’un des plus révélateurs et des plus déroutants qui aient existé. La personnalité controversée de Fischer, ses phases de réclusion, son comportement vers la fin de sa vie, traduisent un malaise bien plus profond que le simple syndrome. Il est absolument certain que Bobby Fischer a souffert de graves troubles mentaux ayant complètement altéré sa perception des réalités…

Il faut dire que le jeune Robert James Fischer avait eu de quoi être profondément perturbé, l’histoire de ses parents, marquée par les persécutions raciales et politiques, aura eu sur lui des effets dévastateurs. Sa mère, Regina Wender, d’ascendance juive allemande, quitta l’Allemagne nazie avec un biophysicien, Gerhardt Fischer. Ils partirent à Moscou, où ils se marièrent et eurent une fille. Puis en 1938, Regina dut fuir à nouveau, toujours à cause de l’antisémitisme, devenant citoyenne américaine en 1939, avec sa fille. Elle ne revit plus Gerhardt, qui était parti de son côté au Chili. Ils étaient déjà séparés de fait lorsque Bobby naquit en 1943. Son père d’état-civil n’était donc pas son vrai père ; le vrai père biologique de Bobby était probablement un autre fugitif, le physicien juif hongrois Paul Nemenyi, travaillant sur le Projet Manhattan. Le FBI, soupçonneux, voyait en Nemenyi un communiste et Regina une espionne soviétique. Nemenyi mourut en 1952. Le jeune Bobby Fischer ne connut sans doute jamais son vrai père, et refusa toujours par la suite de voir son « faux » père.

La découverte d’un livre décrivant des parties d’échecs changea tout pour le jeune garçon ; selon sa mère, lorsqu’il lisait le livre en question, il était tellement absorbé que c’était impossible de lui parler… Il participa à son premier championnat à l’âge de dix ans ; sans être surdoué du jeu, il se débrouillait bien dans les championnats jusqu’à faire parler de lui dans les journaux dès l’âge de 12 ans. Sa rencontre avec son entraîneur John William Collins en 1956 fera vraiment de lui une figure remarquée du monde des échecs ; en août 1957, il devint champion des USA à 14 ans, sans perdre une partie. Dans un contexte de Guerre Froide, où le jeu d’échecs était une véritable institution politique en URSS, Fischer devint le plus jeune grand maître international suite à ses excellents scores, au tournoi interzonal de Portoroz en Yougoslavie.

Seulement voilà, si Bobby Fischer remporta des succès foudroyants, ses compétences sociales, elles, étaient calamiteuses… Dès ses 16 ans, Fischer arrêta ses études, au grand dam de sa mère avec qui les relations se dégradèrent vite au point qu’ils se brouillèrent pendant 12 ans. Les déclarations de l’époque de Fischer sont pour le moins cinglantes et peu appréciées. Jugez plutôt : en 1961, au cours d’une interview, il dit tout le mal qu’il pense du système scolaire américain, traitant les professeurs et les autres enfants d’idiots, et déclarant que les femmes ne devraient pas enseigner. Ces déclarations lui firent beaucoup de tort, et laissent aussi transparaître une possible attitude d’Asperger… et une indubitable arrogance.

Arrogance qui rejaillit dans les compétitions, la personnalité exigeante et rigide de Fischer lui donnant une réputation méritée de joueur difficile, tout au long des années 1960… Un changement de calendrier durant sa partie contre Reshevsky en 1961 le faisant déclarer forfait, Fischer poursuivit la fédération américaine devant le tribunal, et passa pour un très mauvais perdant. Quatrième au tournoi des candidats de Curaçao l’année suivante, il accusa les trois premiers, tous soviétiques, de collusion contre lui. Après deux ans de boycott des tournois et le changement des règles de qualification par la Fédération Internationale (FIDE) Fischer connut un retour manqué ; après plusieurs bons résultats et victoires, il quitta le tournoi de Sousse alors qu’il dominait… il ne voulait pas affronter plusieurs joueurs soviétiques sans se reposer, et ne voulait pas jouer le samedi, pratiquant le sabbat selon les préceptes de l’Eglise Universelle de Dieu, une secte à laquelle il était lié.

Après un nouveau retrait, ce sera le retour en force en 1970, la période qui le mènera au sommet jusqu’au « match du siècle » face à Boris Spassky à Reykjavik en 1972. Un match entré dans la légende pour ses incidents répétés hors compétition, dûs à Fischer : ses critiques répétées des méthodes Soviétiques, son absence volontaire à la cérémonie d’ouverture, des exigences et des volte-faces déroutantes nécessitant même les appels diplomatiques d’Henry Kissinger. Symptomatique : il voulut faire interdire les caméras de télévision (il ne supportait pas leur bruit, hypersensibilité sonore typique d’un syndrome d’Asperger prononcé), et obtint gain de cause après deux refus… Au bout du compte, Fischer devint le 11ème champion du monde d’échecs. Et de l’avis général, son talent et sa vision unique du jeu en faisaient le meilleur joueur de son époque, révolutionnant cette discipline, selon Garry Kasparov lui-même.

La suite sera hélas moins heureuse, véritable descente aux enfers amorcée par les relations conflictuelles de Fischer avec l’Eglise Universelle de Dieu, dont il s’éloigna après avoir réalisé tardivement que ses dirigeants l’avaient floué. Refusant les conditions du match qui devait l’opposer à Anatoli Karpov en 1975, Fischer se vit destitué de son titre de champion du monde par forfait ; ce qu’il contestera toujours, restant jusqu’à la fin de sa vie le numéro 1… dans sa tête. Et dans la tête de Bobby Fischer, quelque chose « explosa » à cette époque… Fischer sombra dans la paranoïa antisémite, insultant la foi de ses parents et ancêtres ; durant quinze ans, se croyant persécuté, il vit en reclus et se ruina avant de refaire parler de lui en mal, lorsqu’il disputa en 1992 un match revanche contre Spassky en Yougoslavie, durant la guerre civile, en violation de l’embargo décrété par le gouvernement américain ; poursuivi pour fraude fiscale, il ne retournera pas aux USA. La fin de sa vie fut un exil permanent, où il continua les provocations antisémites dans les médias jusqu’à sa mort à Reykjavik, la ville où il devint champion du monde.

On pourrait croire que la vie troublée de Fischer aurait inspiré les cinéastes, mais jusqu’ici, peu de choses à signaler, mis à part les documentaires… Le film de Steven Zaillian A LA RECHERCHE DE BOBBY FISCHER (1993) avec Ben Kingsley est un titre trompeur, le film racontant l’histoire d’un autre enfant prodige des jeux d’échecs, Joshua Waitzkin. Bobby Fischer aura probablement enfin sa « biopic » en 2014, le cinéaste Edward Zwick (LE DERNIER SAMOURAÏ, BLOOD DIAMOND) préparant PAWN SACRIFICE avec Tobey Maguire dans le rôle de Fischer.

 

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… Fischer, Max (Jason Schwartzman dans RUSHMORE)

Issu du drôle de petit univers du cinéaste Wes Anderson (voir notre chapitre « A »), ce jeune homme de 15 ans se dit fils d’un neurochirurgien. Orphelin de sa mère, Max (joué par Jason Schwartzman, membre de la fameuse famille Coppola : son oncle n’est autre que Francis Ford Coppola, et sa mère Talia « Adriaaan » Shire) est élève à l’école privée de Rushmore, préparant aux grandes universités américaines. Bien que remarquablement intelligent, Max exaspère le directeur Guggenheim (Brian Cox) car il ne se distingue que pour une chose : son manque d’intérêt total aux cours, et son implication totale dans les activités extra-scolaire du campus.

Max, à Rushmore, est ainsi tour à tour :  auteur de pièces de théâtre, éditeur de la gazette locale, président du Club de Français, délégué Russe à l’assemblée reconstituée de l’ONU, vice-président du club de philatélie et numismatique, animateur de débats et joutes verbales, direction de l’équipe de hockey sur gazon, président du club de calligraphie, de l’association d’astronomie, capitaine de l’équipe d’escrime, membre de l’équipe de lutte gréco-romaine, décathlonien amateur, deuxième chef des choeurs de la chorale, fondateur du tournoi de balle au prisonnier, ceinture jaune de kung fu, fondateur du club de ball-trap, président des apiculteurs, directeur de l’équipe de karting, fondateur du club d’aviation, du club de backgammon… A cet emploi du temps déjà chargé, il faut ajouter sa passion de la lecture, et ses actions militantes pour l’annulation puis la réhabilitation des cours de latin obligatoire selon son humeur… Bref, il déploie une énergie fantastique à ne pas entrer dans le moule social de l’école, se singularisant aussi par son look caractéristique, là où ses petits camarades gardent la tenue officielle de rigueur.

Egocentrique, terriblement sûr de lui, un brin mégalo et mythomane, volontiers blessant avec ses quelques proches, Max a en fait surtout un terrible problème d’adaptation et de compréhension du langage social, ce qui en fait un bel exemple d’Aspie… Ses mésaventures viendront peu à peu lui ouvrir les yeux sur ses défauts ; en particulier les réactions d’Herman Blume (Bill Murray), businessman désillusionné en qui il croit voir son mentor, et de Rosemary Cross (Olivia Williams), institutrice veuve dont il est amoureux et dont il croit qu’elle sera son initiatrice. Tout en se montrant par ailleurs odieux avec le petit Dirk (Mason Gamble), son seul ami, et Margaret, une lycéenne de son âge, visiblement aussi une Aspie si on en juge par sa passion de l’aéromodélisme et son apparence.

Le film de Wes Anderson, avec beaucoup d’humour pince-sans-rire, raconte l’évolution de Max vers plus de maturité, et la découverte de son talent pour la dramaturgie : Max, son ego « dégonflé », va mettre en scène avec le concours de tous une pièce sur la Guerre du Viêtnam, véritable APOCALYPSE NOW en miniature ; et voilà donc comment Jason Schwartzman, révélé par ce rôle « OVNI », rend hommage à son célèbre tonton ! 

– cf. Wes Anderson, Bill Murray ; Sam et Suzy (MOONRISE KINGDOM), Margot Tenenbaum (LA FAMILLE TENENBAUM)

 

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… Fitts, Ricky (Wes Bentley) dans AMERICAN BEAUTY

La famille Burnham (Kevin Spacey, Annette Bening et Thora Birch) est au bord de l’implosion, alors que Lester, le père tenaillé par le démon de midi, se met à fantasmer sur Angela, la meilleure amie de sa fille Jane. Laquelle est épiée à la fênêtre chaque soir par Ricky, le fils de ses nouveaux voisins, les Fitts. Une joyeuse famille dominée par le père, Frank (Chris Cooper), un colonel des US Marines odieux et réactionnaire. Face à ce triste paternel, la mère (Allison Janney) est complètement détruite, un vrai fantôme entre le mari et le fils, qui semble quant à lui bien bizarre… On l’aura deviné, l’étrange jeune homme est bien un Aspie.

Gestuelle raide, regard intense mais évitant, bonnet vissé presque en permanence sur les oreilles, strictement vêtu et ne se séparant jamais d’une caméra vidéo, Ricky débarque dans le cauchemar de tout jeune Aspie : le lycée, le lieu où tout « anormal » subit vite les moqueries et les jugements méprisants des petits tyrans en devenir… C’est bien ce qui arrive dès le premier jour pour Ricky, qui insulter par Angela, la vedette des pom-pom girls locales. Plus curieuse que son amie, Jane s’intéresse à ce beau garçon cultivant un jardin secret bien particulier. Vidéaste amateur, poète en devenir, il aime filmer des choses triviales – un cadavre d’oiseau, un sac plastique soulevé par le vent… - pour y trouver une beauté cachée. C’est dans le même ordre d’idée qu’il filme Jane, triste et solitaire, dans sa morne maison de banlieue. Loin de s’en offusquer, elle le laisse le filmer, trouvant enfin quelqu’un à qui se confier…

Il faut dire que Ricky vit un quotidien sinistre ; son père, qui l’a surpris en train de vendre et fumer de la marijuana, n’a rien trouvé de mieux que de le faire interner en hôpital psychiatrique avant de l’envoyer à l’école militaire… Observateur impitoyable qui a bien cerné les peurs et les failles de ce pitoyable paternel, Ricky sait que l’attitude macho de Frank n’est qu’une façade pathétique - Frank est un homosexuel profondément refoulé se cachant derrière ses insultes homophobes. La guerre entre eux atteindra son paroxysme un soir où, suite à un malentendu révélateur, Frank va battre son fils comme plâtre. Mais Ricky lui tiendra tête, trouvant là enfin l’occasion de se libérer de son étouffant géniteur.

Excellent premier film de Sam Mendes, AMERICAN BEAUTY bénéficie de la finesse d’écriture du scénariste / dramaturge Alan Ball (SIX FEET UNDER), qui crée avec le personnage de Ricky un personnage d’Aspie crédible et fouillé. Et l’interprétation de Wes Bentley capture la sensibilité cachée du jeune homme derrière la façade du jeune « autiste ».

 

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… Ford, Henry (1863-1947) :

L’un des très grands industriels américains de la première moitié du 20ème Siècle, fondateur de la firme automobile homonyme, Henry Ford est parfois cité dans les listes de personnalités « Asperger » célèbres. Difficile comme souvent d’avoir des certitudes à ce sujet, les quelques informations glanées sur le Net ne peuvent suffire à établir le diagnostic, juste des suppositions… Sur une photo de jeunesse, prise à 22 ans, Ford fait face à l’objectif avec un regard indéchiffrable. Sur les films d’époque, où il apparaît plus âgé, le même Ford a la gestuelle très raide de l’Aspie type. Le doute est donc permis.

Si cela était prouvé, il y a fort à parier qu’Henry Ford, symbole majeur du capitalisme américain, en représente la facette la moins aimable. S’il a révolutionné le monde industriel par ses innovations dans le mode de production, et les idées purement techniques, Ford ne s’est guère montré concerné par l’aspect humain du monde du travail… Il fut l’illustration parfaite du grand patron adepte du « time is money », craint de tous, paternaliste, maniaque du contrôle, fermé aux discussions et, comme si cela ne suffisait pas, il se doublait d’un affreux antisémite, apprécié d’Hitler. 

Fils d’immigré irlandais, le jeune Henry Ford s’ennuyait autant à la ferme de son père qu’à l’école ; élève médiocre, il n’apprit pas à écrire ni à lire correctement. Il s’exprimait par des phrases très simples, un trait de caractère qui lui restera durant toute sa vie. Ford se distinguait par un don pour la mécanique : à 12 ans, son père lui offre une montre de poche qu’il démontera et remontera plusieurs fois. Bricoleur remarquablement doué, il construira une première machine à vapeur à 15 ans, la même année où il arrêtera l’école. Ford considérait que le bricolage était une source de savoir aussi pratique, si ce n’est plus, que les livres. Ses rares centres d’intérêt seront exclusivement liés à son travail, notamment une passion pour la science des matériaux.

Il travailla comme ingénieur mécanicien chez Edison Illuminating Company, et sur son temps libre, élabora des moteurs à essence encore expérimentaux. Il créa une automobile à essence, la Ford Quadricycle, ce qui lui permettra de rencontrer le grand inventeur et de recevoir ses félicitations. Après sa démission de chez Edison, et quelques infortunes comme constructeur débutant, Henry Ford va changer le monde industriel. C’est surtout la Ford T, apparue en 1908, qui va faire de son créateur l’un des hommes les plus riches et puissants de l’époque. Inspiré par le taylorisme, une méthode de travail visant à augmenter la productivité des ouvriers sur les chaînes d’assemblage par la standardisation de leur travail, Henry Ford mit celle-ci en pratique : là où ses concurrents mettaient une dizaine d’heures à fabriquer une seule voiture très coûteuse, Ford fera fabriquer très vite une voiture bon marché, facile à conduire et à réparer. Grâce à un système de franchise et d’ateliers répartis dans tout le pays, et la création d’un très habile marketing, ce sera un véritable triomphe économique, les Américains achetant comme des petits pains la « Tin Lizzie ». Les usines de montage vont se multiplier, y compris à l’étranger. Plus tard, Ford connaîtra un autre grand succès avec la Ford A, à la fin des années 1920, voiture plus confortable et définitivement associée à l’imagerie de l’époque de la Prohibition et de la Grande Dépression.

Ford défendait l’idée du « capitalisme du bien-être », croyant que la paix mondiale et l’entente entre les peuples passerait par le consumérisme… y compris pour ses ouvriers. Du moins s’en persuadait-il, car la réalité était beaucoup moins idyllique : cadences infernales, répétitivité d’un travail monotone, salaires très bas, contrôle maniaque de leurs habitudes (interdiction de boire, de fumer ou de jouer)… Intransigeant, rétif au changement et psychorigide, adversaire déclaré de la politique du New Deal de Roosevelt, Ford refusa pendant très longtemps le dialogue avec les syndicats au point d’engager de douteux services de sécurité interne composés d’hommes de main et de criminels, pour intimider et brutaliser les représentants syndicaux. Accroché à son pouvoir, il fut pendant vingt ans le « conseiller » officieux de son successeur, son fils Edsel, et succéda à ce dernier après son décès…

Les méthodes de Ford furent la cible de critiques justifiées, et laissèrent à la postérité l’image d’un patron inhumain, ambigu, immortalisé en ce sens par les films METROPOLIS de Fritz Lang et LES TEMPS MODERNES de Chaplin. Une vision mécaniste du Monde qui changea certes radicalement le mode de vie de ses contemporains, mais révélatrice de l’échec humain personnel de Ford.

Cf. Thomas Edison

 

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… Ford, Robert (1862-1892).

Ce jeune homme est entré dans l’Histoire par la plus petite porte, la moins glorieuse : celle des assassins et des traîtres… Robert Ford doit sa notoriété à un seul fait, l’assassinat du hors-la-loi Jesse James en 1882. Une célèbre ballade folk le qualifiera pour toujours de « Sale Petit Couard ». Sans ce triste fait d’armes, Robert Ford serait resté à jamais anonyme, et n’aurait pas eu sa place dans cet abécédaire si le roman et le film L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD, avec Brad Pitt, n’avaient pas modifié le point de vue général à son égard.

La vie de Robert Ford fut très brève ; le dernier-né de sept frères, il comptait parmi ceux-ci Charles, qui avait rejoint le gang de Jesse James. Admirateur de James depuis son enfance, suivant tous ses exploits de « bandit héroïque », Robert Ford voulait plus que tout rejoindre sa bande. Mais, trop jeune, pas pris au sérieux, il fut rejeté, tout en restant en contact avec certains membres du gang. Lorsque Jesse James choisit de se retirer sous un faux nom avec sa famille à Saint-Joseph, Missouri, il invita Charles et Robert à le rejoindre, ces derniers se faisant passer pour ses cousins. Les frères Ford avaient en fait l’intention de tuer Jesse James pour toucher la récompense de 10 000 dollars offerte par le gouverneur du Missouri, et la grâce de leurs crimes passés (Robert Ford était accusé du meurtre de Wood Hite, un membre du gang cousin des frères James). Le 3 avril 1882, Robert Ford tua Jesse James d’une balle derrière l’oreille, alors qu’il dépoussiérait un tableau, et revendiqua aussitôt le meurtre. Graciés, n’ayant touché qu’une partie de la récompense promise, les frères Ford vécurent quelques temps de leur « exploit » reconstitué sur les planches. Spectacles qui leur firent vite une réputation de Judas… Charles se suicida, Robert erra dans le pays, avant d’être finalement tué à son tour par un hors-la-loi, Edward O’Kelley, qui fut gracié et remercié pour son acte.

 

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La culture populaire s’empara vite de l’histoire, et bien plus tard, d’innombrables westerns firent de Robert Ford le traître de service. Seul un film de Samuel Fuller, J’AI TUE JESSE JAMES (1949), s’intéressa au personnage de manière plus nuancée, tout en prenant des libertés avec la véracité historique. Jusqu’à ce qu’arrive donc le film L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES…, salué pour son réalisme et son approche psychologique plus fouillée des personnages.

Robert Ford, tel qu’il est joué par Casey Affleck, rejoint par ce biais la liste des personnages « Aspies ». Le film montre en effet le point de vue de Ford, un jeune homme rejeté et moqué par ses aînés, et dont il ne fait aucun doute qu’il est autiste. Servile, geignard, Ford parvient cependant à gagner la confiance de son héros gagné quant à lui par la paranoïa. Entre eux deux, c’est un lien curieux qui se forme – Ford est littéralement amoureux du mythe de Jesse James ; or le vrai Jesse aspire à ne plus vivre cette légende qui l’étouffe… Le film montre qu’il se laisse volontairement tuer par Ford, après que celui-ci ait vu ses illusions héroïques déçues. L’interprétation subtile d’Affleck, cité à l’Oscar, nous montre un jeune homme qui a des traits caractéristiques de l’Aspie : la terrible maladresse sociale, les difficultés à se faire comprendre et respecter, et cette passion démesurée pour la mythologie du brigand bien-aimé vont dans ce sens.

 

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… Saint François d’Assise (1181 ou 1182 ? – 1226) :

Au gré de parutions aux origines parfois hasardeuses sur le syndrome d’Asperger, on en vient à chercher parfois d’hypothétiques « Aspies » chez des figures spirituelles importantes. Saint François d’Assise, le fondateur de l’Ordre Franciscain, saint patron des animaux serait ainsi un authentique Aspie. Cela demeure encore une fois une théorie difficilement prouvable, mais des indices indirects peuvent toujours semer le doute. Le portrait du saint montré ici est censé être le plus fidèle à la réalité historique ; la physionomie paisible, introvertie, et le regard du saint laisseraient dans ce cas-là effectivement penser que, peut-être bien… Reste qu’il faudrait savoir faire la part des choses entre la réalité historique, l’hagiographie religieuse et les contes populaires italiens – les « fioretti », « petites fleurs » – qui ont fait la gloire de Saint François.

Il était né Giovanni di Bernardone : fils d’un riche commerçant, marchand de vêtements d’Assise, qui le nommera  »Francesco » (« François » ou « le Français »), car sa mère était française (provençale, pour être exact). Très jeune, Francesco se pris de passion pour tout ce qui vient du pays maternel – spécialement les troubadours. Grâce aux leçons de cette mère, Francesco sut très vite apprendre à parler et chanter en français, en plus de l’italien. Certaines sources affirment qu’il était illettré quand d’autres prétendent le contraire. Il semble cependant que Francesco ne fit pas d’études particulières, et il ne se destinait pas du tout à la vie monastique.

Le parcours de Francesco n’a rien de conventionnel pour l’époque. Ce fils de bourgeois destiné à reprendre les affaires de son père était un jeune homme dissipé, rêvant d’être un chevalier accomplissant de hauts faits d’armes… mais (selon les hagiographes), derrière cette façade insouciante, Francesco aurait très tôt montré de la compassion pour les pauvres, une attitude guère partagée et appréciée dans son milieu. Un séjour en prison d’une année, suite à une expédition militaire contre la cité voisine de Pérouse, contribua certainement à sa « naissance » spirituelle. Francesco, souvent malade, anxieux, eut une vision mystique le faisant retourner à Assise alors qu’il allait reprendre les armes. Décidé à suivre à la lettre les enseignements du Christ – sans être passé par l’éducation monacale traditionnelle - il embrassa la pauvreté, passant de plus en plus de son temps en solitaire, fréquentant sans hésiter les maisons et colonies de lépreux. Et ceci, sans plus se soucier du jugement de ses proches et de ses amis. Interprétant au pied de la lettre une vision de Jésus Christ, dans la chapelle de San Damiano, lui demandant de « réparer son Eglise en ruine », Francesco vendit donc des vêtements du magasin paternel pour acheter de quoi réparer la chapelle… déclenchant la fureur de son père ; amené devant l’évêque, Francesco renonça à son héritage, et se débarrassa de ses vêtements.

Renonçant totalement aux richesses et aux biens matérielq, Francesco toucha la population de l’époque par ses prêches, simples et enthousiastes. Bientôt entouré de disciples, Francesco initia ainsi un mouvement religieux reconnu par le Pape Innocent III comme un ordre à part entière, les Frères Mineurs qui deviendront l’Ordre des Frères Franciscains. Ses missions religieuses ultérieures emmèneront notamment Francesco à Damiette, en Egypte, pour rencontrer le neveu de Saladin, le sultan Al-Kamil ; une prise de risque incroyable pour l’époque, en pleine Croisade… et si leur conversation exacte resta un mystère, on sait qu’Al-Kamil le laissa partir gracieusement. Il est à noter d’ailleurs que l’ordre Franciscain reçut des concessions en Terre Sainte de la part des successeurs d’Al-Kamil, ceci même après la chute des Croisés, devenant les « Gardiens de la Terre Promise » tolérés par les Musulmans.

Retiré au fil du temps des affaires extérieures de son ordre, Francesco poussa l’identification à Jésus à son paroxysme, priant quarante jours sur la montagne de Verna ; en 1224, il eut une nouvelle vision : l’Exaltation de la Sainte Croix, où un séraphin lui donna les stigmates des cinq blessures du Christ. Soigné mais malade, il fut ramené à Porziuncola, où il dicta son testament spirituel avant son décès. Il sera canonisé en 1228 par Grégoire IX, devenant ainsi Saint François d’Assise.

Etonnant parcours que celui de Saint François, dont l’oeuvre et le testament spirituel firent de lui le premier poète italien selon les critiques littéraires. Ses écrits (dont le « Cantique des Créatures » ou « Cantique au Soleil ») sont toujours considérés comme ayant une grande valeur littéraire et religieuse. Quant à savoir si cela fait obligatoirement de lui un « Aspie », il est difficile d’être affirmatif… Une intelligence précoce, des maladresses sociales (son comportement face à son père, notamment), son refus des conventions qui le pousse à aller dialoguer avec un « Infidèle » Sarrasin, ses phases de retrait du monde, ses angoisses sont cependant des signes interprétables en ce sens. Tout comme son amour profond de la Nature, qui fit de lui dans l’imagination populaire le « Saint Patron des animaux » et de l’écologie. Il n’est pas rare de voir, chez des personnes atteintes du syndrome d’Asperger, un attachement similaire aux animaux et à la Nature (attachement qui n’est certes pas le monopole exclusif des Aspies). Et il arrive parfois que ces mêmes personnes prennent d’une certaine manière le rôle d’un guide spirituel, suivant en cela le chemin tracé par Saint François. A méditer, donc. 

  f-le-monstre-de-frankenstein-joue-par-boris-karloff

… Le Monstre (ou la Créature) de Frankenstein

Imaginé par Mary Shelley dans son roman FRANKENSTEIN, OU LE PROMETHEE MODERNE, immortalisé au cinéma par Boris Karloff dans les films d’épouvante des années 1930, souvent imité et parodié, le Monstre de Frankenstein a déjà eu mille vies depuis sa naissance littéraire en 1818. Vénérable « grand-père » des morts-vivants comme des robots, cyborgs et autres androïdes animés par la science, le Monstre n’est pas qu’un être terrifiant, il est aussi une créature intelligente et profondément mélancolique. Ses efforts désespérés pour s’intégrer à la société humaine sont bien mal récompensés : sans cesse rejeté et brutalisé, il provoque la compassion… En cela, ce pauvre Monstre n’a rien à envier aux Aspies. L’imaginaire collectif faisant du Monstre une créature pathétique va d’ailleurs bien dans ce sens. Il serait donc à sa façon un autiste/Aspie qui s’ignore !

Rappelons d’abord qu’il n’a pas de nom : Frankenstein est le nom de son créateur, Victor Frankenstein, étudiant en médecine versé dans l’alchimie obsédé par le secret de la Vie. Utilisant la science et l’occultisme, pour mélanger des restes humains et des « ingrédients » comme l’argile (parenté évidente avec la légende du Golem), Frankenstein imite la création divine en créant un homme artificiel… Mais, comme chacun sait, l’apparence de la créature est si horrible, si contrefaite, que Frankenstein rejette ce dernier sans lui donner de nom. Et le Monstre de poursuivre sans relâche son « père » qui l’a abandonné… Difficile a priori de déceler dans le roman de Mary Shelley les traces d’une créature autiste. Tout juste s’étonnera-t-on de voir que le Monstre se montre remarquablement cultivé (il lit notamment Plutarque et Goethe) et employer un langage châtié, élégant et forcément littéraire, celui du style littéraire de l’époque. Mais déjà, il émeut par sa condition de marginal perpétuel, essayant sans succès de faire partie d’une famille miséreuse. Frankenstein,le vrai « monstre » de l’histoire, refusera de lui donner une compagne pour qu’il puisse rompre sa solitude permanente. La Créature se vengera de lui sur ses amis et sa famille.

Le Monstre connaîtra en 1931 une seconde naissance, grâce au cinéma. Et notamment grâce au cinéaste James Whale, qui, avec FRANKENSTEIN (1931) et sa suite LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN (1935), fit entrer le Monstre dans la mémoire collective. Prenant de très grandes libertés avec le roman, Whale saisit au mieux l’aspect tragique du Monstre, désormais une pauvre brute d’abord muette puis capable de parler quelques mots. Il crée aussi toute l’imagerie liée au Monstre – le laboratoire, la foudre qui lui donne vie, et les foules apeurées donnant la chasse au monstre, de véritables lynchages publics. Pas de doute possible, si Whale terrifiait le public de l’époque, il n’en était pas moins du côté du Monstre.

L’interprétation de Boris Karloff allait dans ce sens : le Monstre avait finalement une âme malgré sa brutalité (dûe au serviteur malveillant de Frankenstein). Aidé par le maquillage créé par Jack Pierce, Karloff donnera au Monstre une étrangeté familière qu’aucun autre comédien ne sut imiter. La gestuelle du Monstre est d’une raideur mécanique, comme s’il était encombré par son propre corps ; et son regard alourdi par ses grandes paupières et son front avancé est tantôt fuyant, tantôt compassionnel. Des scènes célèbres des deux films évoquent déjà, sur un mode dramatique, les déficiences sociales du Monstre, innocent comme un nouveau-né et incapable de comprendre des codes bien établis. Jeter des fleurs dans l’eau, ou jeter la petite fille avec qui il joue, c’est hélas la même chose… Et s’il se réfugie dans une cabane, c’est pour y rencontrer un vieil aveugle qui ne peut être terrifié par son apparence. Le Monstre ne voyant d’abord le vieillard que comme un autre humain, un ennemi, il se montre méfiant et colérique. Mais la bonté de son hôte va toucher chez lui une corde sensible qu’il ne se connaissait pas… Face à l’incompréhension et l’hostilité de la société, il trouve ainsi un peu d’humanité chez un autre paria. Un cadeau inestimable pour le Monstre, qui malheureusement ne trouvera pas l’âme soeur ; même sa « fiancée » (Elsa Lanchester) créée par Frankenstein sera horrifiée par son apparence.

Pauvre Monstre, toujours si seul malgré ses suppliques… Il voulait juste qu’on l’aime. Ses déboires rappelleront des souvenirs familiers aux personnes « Aspies ».

Cf. tous les personnages robotiques présentés dans cet abécédaire – notamment Edward aux Mains d’Argent, les Réplicants de BLADE RUNNER

 

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… Franklin, Benjamin (1706-1790) :

Imprimeur, écrivain, homme politique, franc-maçon, philosophe, diplomate, musicien, scientifique et inventeur… et on en oublie sûrement ! Benjamin Franklin semble avoir tout fait à son époque. Véritable touche-à-tout, autodidacte, Franklin demeure aujourd’hui une des figures fondatrices les plus populaires de l’Histoire des Etats-Unis d’Amérique. Benjamin Franklin, par sa curiosité permanente et son esprit polymathe (c’est-à-dire ouvert à la connaissance approfondie de sujets différents), a peut-être été un Asperger – caractéristique qu’il partagerait avec deux autres Pères Fondateurs et présidents américains qu’il a croisés durant sa vie, Thomas Jefferson et George Washington. Si Franklin a eu le syndrome en question, son remarquable parcours laisse penser qu’il n’en n’était atteint qu’à un degré mineur, qui ne l’a pas empêché de s’impliquer totalement, et avec succès, dans la société de son époque.

Benjamin Franklin n’a jamais fait de grandes études pour y parvenir. Dernier-né d’une famille puritaine ayant dix-sept enfants, il était le fils d’un fabriquant de bougies et de savons. Destiné à faire des études pastorales à Harvard, Franklin, à 8 ans, fut un très bon élève mais n’avait pas les qualités requises pour ses futures études. Il fit ensuite deux ans dans une école d’écriture et d’arithmétique. Doué pour la première discipline, il ne l’était pas pour la seconde ; son père arrêta là sa scolarité, et le jeune Franklin travailla comme apprenti auprès de ce dernier. Le jeune garçon développa une intelligence pratique lui permettant alors, pour jouer avec ses camarades, de construire des chaussées de pierre et de jouer au cerf-volant… un objet familier dont la propulsion l’aidait à franchir les plans d’eau. Surtout, il se prit de passion exclusive pour la lecture. La moindre occasion était bonne pour lire, lire, lire ! Même quand il dut travailler comme apprenti imprimeur à Boston chez un frère aîné, James, sévère et colérique. Les déboires de ce dernier avec les autorités anglaises amèneront Benjamin Franklin à écrire et publier le journal New England Courant fondé par son aîné. Ce qui déclenchera l’ire de James, appréciant peu de se voir supplanté par son cadet trop insolent à ses yeux.

Après une série de déboires, Benjamin Franklin s’établira à Philadelphie où il deviendra imprimeur et rédacteur de la Pennsylvania Gazette. Celle-ci et ses almanachs remportèrent un franc succès, tandis que Franklin, désormais enrichi, tiendra une place fondamentale dans l’administration de la ville fondée par les Quakers, puis dans l’administration des colonies anglaises d’Amérique. Secrétaire de l’assemblée générale de Pennsylvanie, Maître des Postes (qui joueront un rôle fondamental en liant entre elles les colonies antagonistes, puis durant la Guerre d’Indépendance), philanthrope fondateur d’hôpitaux et d’universités, fondateur de l’American Philosophical Society, de la première compagnie de pompiers de la ville… il multiplia les activités tout en étant également un scientifique pratique. Les incendies causés par la foudre lui inspireront sa célèbre expérience avec une clé métallique et un cerf-volant, prouvant aux incrédules la nature électrique de la foudre. L’expérience sera à l’origine de l’invention du paratonnerre. Franklin a aussi inventé les lunettes à double foyer, le poêle à bois à combustion contrôlée et un instrument de musique, le glassharmonica. Et il s’est aussi intéressé aux montgolfières, au Gulf Stream, à la météorologie…

Impossible de tout citer ici en détail, rappelons aussi son action politique un brin paradoxale mais aux conséquences immenses : représentant de l’Assemblée de Pennsylvanie, puis agent des colonies pour le gouvernement britannique, il s’opposera toutefois aux droits seigneuriaux coutumiers pratiqués au détriment des colons natifs ; les rebuffades et le mépris des Britanniques le pousseront contre son gré à signer la Déclaration d’Indépendance en 1776, aux côtés notamment de Thomas Jefferson. Durant la Guerre d’Indépendance, il effectua un voyage diplomatique marquant en France, obtenant la signature du Traité de Paris, avant de rentrer au pays. Il sera, comme George Washington, l’un des rédacteurs et signataires de la Constitution américaine, devenant de fait le seul Père Fondateur à avoir signé les trois documents officiels de la naissance politique des Etats-Unis.

Comme il le disait lui-même, il préférait qu’on dise de lui qu’ »il a eu une vie utile ».  Et ce fut une vie utile, à tout point de vue. Le rêve de toute personne Asperger, sans doute ?

 

Cf. Thomas Jefferson, George Washington ; « Doc » Emmett Brown

 

A suivre…

Ludovic Fauchier.

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