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Aspie, or not Aspie ? Le petit abécédaire Asperger, chapitre 11

L, comme…

 

… Lanza, Adam (1992 ? – 2012) :

Il faut qu’on parle d’Adam Lanza…

J’ai commencé cet abécédaire, avec, entre autres, l’idée de parler de figures historiques originales : écrivains, cinéastes, scientifiques, politiques, etc. possiblement ou réellement atteints du syndrome d’Asperger. Des personnes dont les travaux ont changé la société de leur temps, et ont fait l’Histoire. Le but était et reste de valoriser à travers elles, aussi, le syndrome d’Asperger. Etant moi-même Aspie, je ne m’attendais certainement pas à parler ici d’un meurtrier : Adam Lanza, qui s’est suicidé après avoir abattu 27 victimes (sa mère, vingt enfants de six et sept ans, et six adultes membres du personnel enseignant de son ancienne école de Sandy Hook) et blessé 2 autres. Il n’aurait jamais dû en principe avoir sa place dans cet abécédaire. Inutile de publier sa photo, qui circule abondamment sur Internet.

Cette histoire me met bien évidemment très mal à l’aise… et aussi très en colère contre une certaine presse, qui a répété à foison, sans le moindre recul, que Lanza était atteint du syndrome d’Asperger, assimilant ainsi le trouble autistique à un acte de tueur psychopathe. Selon des éléments de l’enquête en cours, il semble que le tueur aurait planifié ce massacre, à l’instar des meurtriers du lycée Columbine (1999) et de l’Université Virginia Tech (2007)… Cette situation malheureusement devenue familière se répète : après l’arrestation de James Holmes, le tueur du cinéma d’Aurora, des reporters américains avaient déjà osé prétendre que ce dernier pourrait avoir le syndrome d’Asperger, faisant une assimilation facile entre le trouble autistique et un crime particulièrement odieux. 

Après les « révélations » sur Lanza, les associations de défense des personnes autistes et Asperger sont aussitôt intervenues auprès des médias américains pour reprendre ceux-ci, et critiquer l’amalgame fait entre ce qu’est le syndrome - un handicap touchant les compétences SOCIALES - et une maladie MENTALE. CE QUI N’EST ABSOLUMENT PAS LA MÊME CHOSE ! Qu’on se le tienne pour dit, une bonne fois pour toutes : LES PERSONNES ATTEINTES DU SYNDROME D’ASPERGER NE SONT PAS DES MALADES MENTAUX CRIMINELS. ET CERTAINEMENT PAS DES MEURTRIERS EN MASSE.

Les médias français n’ont guère été plus brillants, au fait. Des journalistes à la petite semaine ont même montré leur ignorance totale du syndrome d’Asperger en se trompant sur sa prononciation… Ceux-ci ont bêtement assimilé le nom allemand (qui se dit, phonétiquement : « As-per-gherr ») au verbe français « asperger ». Vu le contexte de cette triste affaire, le lapsus est consternant. N’importe quel journaliste compétent découvre vite que les Aspies sont des personnes inoffensives, ayant la violence en horreur. Les rares cas de comportements violents relevés chez des Aspies révèlent que ceux-ci se sont toujours d’abord défendus contre une situation de menace préalable envers eux. Accuser Lanza d’avoir commis ces meurtres à cause de son syndrome d’Asperger me semble donc totalement hors de propos ; celui-ci ne serait qu’un « handicap collatéral » à la vraie origine du comportement criminel de Lanza. Il semble que l’enquête commence tout juste à relever des « troubles psychologiques » chez le meurtrier, sans plus de précisions.

Quelques observations : aux USA, le choc causé par l’affaire est d’autant plus grand que la mère de Lanza, première de ses victimes, était une enseignante divorcée passionnée d’armes à feu. Elle possédait chez elle une douzaine d’armes, et encourageait son fils à aller s’entraîner au club de tir local… Une question se pose : quel genre d’enseignante peut bien laisser des armes à feu automatiques à portée de main de son propre fils, sachant que celui-ci souffre de sérieux problèmes, s’enferme dans le sous-sol familial, et refuse de s’intégrer socialement ? Lanza a tiré à quatre reprises sur sa mère avant d’aller commettre ensuite la tuerie à l’école. Toutes les victimes adultes étaient des femmes : des enseignantes, comme sa mère, la directrice et la psychologue de l’école. Des figures d’autorité féminine. Cela n’est-il pas la marque d’un comportement psychopathique ?

Autre chose… à ma connaissance (mais je peux me tromper), personne ne semble avoir relevé l’étonnante coïncidence entre ce drame et un roman très célèbre, et très controversé, de Lionel Shriver : IL FAUT QU’ON PARLE DE KEVIN, sorti en 2003, et qui a fait l’objet d’une adaptation cinéma très récente (2011) sous son titre original, WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN. N’ayant ni lu le livre ni vu le film, je n’en connais que le résumé. Une histoire glaçante qui présente d’étonnantes correspondances « prémonitoires » avec la tragédie de Newtown, à certaines variantes près. La réalité a-t-elle dépassé la fiction, ou bien la fiction a-t-elle anticipé ce qui allait se produire ?

L’affaire a, enfin, souligné le début d’une difficile prise de conscience politique du problème de la vente libre des armes à feu aux USA, le président Obama ayant osé enfin s’attaquer à ce puissant tabou de la société américaine. Le combat est difficile, tant le puissant lobby de la NRA est prompt à noyer le poisson et se défendre âprement poursuivre son commerce… Espérons, pour le bien de la société américaine, que le contrôle strict des armes deviendra enfin une réalité.

Et espérons que les ignobles amalgames effectués par la presse, au nom de la sacro-sainte information, n’aient pas terni l’image des personnes autistes et Aspies, et de leurs proches, dans cette affreuse histoire.

 

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… Lawrence, Thomas Edward, dit  »Lawrence d’Arabie » (1888-1935) :

Le cinéma, quand il est confié aux mains de personnes compétentes, peut devenir une véritable machine à voyager dans le Temps, plus efficace que n’importe quel cours d’Histoire. Et il contribue autant à mythifier des personnages historiques qu’à révéler leurs failles. LAWRENCE D’ARABIE, le chef-d’oeuvre aux sept Oscars de Sir David Lean sorti en 1962, en est un bel exemple. Cette monumentale épopée a littéralement donné au vrai Thomas Edward Lawrence le visage et la voix de l’acteur Peter O’Toole ; portrait fidèle du vrai Lawrence d’Arabie, le film nous a révélé un personnage complexe. Thomas Edward Lawrence, ou T.E. Lawrence (à ne pas confondre avec son homonyme britannique D.H. Lawrence, l’auteur de L’AMANT DE LADY CHATTERLEY…), était un homme de nombreux secrets. Archéologue, agent secret, stratège guerrier, écrivain, conseiller politique, mécanicien, simple soldat… cet officier britannique a vécu une vie vraiment extraordinaire. Sa personnalité a fait l’objet de nombreuses biographies, et d’autant de spéculations. Et son portrait, dépeint par David Lean, a fait aussi se demander s’il n’était pas lui aussi atteint du syndrome d’Asperger.

La vie de T.E. Lawrence est dès sa naissance placée sous le sceau du non-conformisme. Son père, le baronnet irlandais Sir Thomas Chapman, quitta son épouse pour vivre en union libre (en pleine époque victorienne) avec sa gouvernante Sarah Junner. Ils vécurent ensemble sans se marier sous le nom de « Mr. & Mrs. Lawrence », prenant le nom d’un des anciens maîtres de Sarah. Thomas Edward Lawrence fut le second de leurs cinq fils illégitimes, répétant en cela les origines de sa mère, elle-même fille illégitime, et il n’a donc jamais pu obtenir les titres de noblesse de son père. Le jeune Lawrence, dans son enfance, se prit de passion pour les balades à vélo (qui deviendront bien plus tard des balades à moto) et pour les frottis sur cuivre, un hobby très prisé de la jeunesse anglaise à son époque. C’est en s’amusant à reproduire les détails des monuments historiques que le jeune Lawrence s’enflamma pour l’Histoire médiévale et l’archéologie. A l’adolescence, le jeune garçon rebelle, épris d’aventures, fugua pour servir quelques semaines à la Royal Garrison Artillery en 1905. Du moins, c’est ce qu’il prétendit par la suite ; on accusa assez souvent Lawrence d’exagérer ses exploits… 

Etudiant au Jesus College d’Oxford spécialisé en Histoire, Lawrence voyagea souvent pour visiter les forteresses médiévales et rédigea un brillant mémoire de fin d’études sur l’architecture médiévale, mémoire révélant un esprit observateur et érudit. Diplômé, Thomas Edward Lawrence devint ensuite archéologue au Moyen-Orient, entre 1910 et 1914, et se montrait déjà peu conventionnel ; appréciant la culture arabe, il prenait déjà un certain plaisir à se vêtir comme un arabe, ceci bien avant de devenir « Shérif Aurens »… Ses voyages l’emmèneront sur les sites archéologiques d’Egypte, de Mésopotamie, du Levant et de la Syrie alors sous domination ottomane – notamment à Karkemish. Son talent pour comprendre les autochtones, son goût pour l’aventure (il convoie des armes de Beyrouth à Alep en 1911) et ses compétences en cartographie furent repérés par l’armée britannique à l’approche de la 1ère Guerre Mondiale : en janvier 1914, Lawrence et son collègue Leonard Woolley participèrent ainsi à une mission de surveillance du désert du Néguev, face à la menace ottomane. Après l’entrée en guerre de l’empire ottoman rallié à l’Allemagne contre l’Angleterre, T.E. Lawrence rejoignit le Department of Military Intelligence en octobre 1914, promu lieutenant.

Tous ceux qui ont vu le film de David Lean connaissent cette partie-là de son histoire… En 1916, envoyé comme agent de liaison des mouvements nationalistes arabes sous l’égide de l’Emir Fayçal ibn Hussein, Lawrence prit fait et cause pour celui-ci. La Révolte Arabe fut la concrétisation de ses rêves de jeunesse : la prise d’Aqaba (son exploit militaire le plus célèbre), les attaques du réseau ferroviaire du Hejaz, la capture de Damas sous les ordres du général Allenby… et son projet fou d’unifier les tribus arabes pour Fayçal, sous une seule  »Nation Arabe ». Les reportages de Lovell Thomas, et la parution du livre LES SEPT PILIERS DE LA SAGESSE (compte-rendu de ses activités militaires, doublé d’une théorie de l’insurrection et de la guérilla très visionnaire), le rendirent célèbre après-guerre. Ce qui ne lui valut cependant pas que des éloges ; peu respectueux des usages de l’armée britannique, où l’on ne tolère guère l’excentricité d’un ancien civil, Lawrence se fit beaucoup reprocher d’être mégalomane, vaniteux et mythomane. Mais son histoire ne s’arrêta pas avec son échec glorieux causé par la signature des accords secrets Sykes-Picot, partageant le Moyen-Orient entre les Anglais et les Français, au détriment de Fayçal.

L’histoire de T.E. Lawrence devint plus mystérieuse par la suite. Après la guerre, le colonel Lawrence, revenu au Foreign Office, fut un temps conseiller politique de Fayçal à la Conférence de paix de Paris en 1919, puis de Winston Churchill à l’Office Colonial en 1921… avant de devenir subitement simple soldat à la RAF sous le nom de « John Hume Ross » en 1922. Son identité révélée, il quitta aussitôt la RAF l’année suivante, s’engageant un bref temps au Royal Tank Corps sous un autre pseudonyme, « T.E. Shaw ». Il retourna à la RAF en 1925. Envoyé en Inde près de la frontière Afghane (1926-1928), il fut accusé  d’avoir désobéi à son ordre d’assignation : il se serait déguisé en saint homme, nommé «Pir Karam Shah», opposé au roi Amanullah Khan allié des Ottomans, et fut rapatrié en 1929. Tout porte à croire que, durant ces années, T.E. Lawrence était bien en mission secrète d’espionnage, à l’étranger et à l’intérieur de l’armée britannique. Il finira simple mécanicien de l’armée, sans grade. Durant cette période, il reprit son activité d’écrivain rédigeant THE MINT (LA MATRICE), compte-rendu de ses années de service à la RAF, qui ne sera publié qu’après sa mort. Quelques semaines après la fin de son contrat, en 1935, Lawrence eut un accident de moto fatal, et décéda six jours plus tard. Accident de la route ordinaire, ou mort suspecte ?

Singulier parcours qui fait écho à une personnalité tout aussi singulière… Thomas Edward Lawrence était un homme remarquablement cultivé ; ce grand amateur de littérature, polyglotte, traducteur de L’ODYSSEE, entretint une correspondance nombreuse et fournie avec quelques-uns des plus grandes personnalités britanniques de son temps. Il rencontra ainsi Joseph Conrad, et écrivit fréquemment à John Buchan (l’auteur des 39 MARCHES), E.M. Forster (celui de LA ROUTE DES INDES, adapté au cinéma par David Lean), Noel Coward (figure marquante de la scène et du cinéma anglais qui fut le producteur-scénariste-interprète des premiers films de… David Lean !) et surtout George Bernard Shaw, son compatriote irlandais, anticonformiste notoire qui était peut-être bien, lui aussi, un Aspie. C’est très certainement en hommage à ce dernier que Lawrence prit ses pseudonymes durant ses années d’espion, Shaw l’ayant aidé à faire publier LES SEPT PILIERS DE LA SAGESSE. Le dramaturge s’inspira en retour de Lawrence pour créer le personnage de Napoleon Meek pour sa pièce TOO TRUE TO BE GOOD.

Mais la singularité de T.E. Lawrence provient aussi, surtout, des spéculations sur sa vie privée… On ne lui connaissait aucune vie amoureuse, aucune conquête féminine, ce qui laissait donc sous-entendre qu’il était homosexuel. Pourtant, il semble que Lawrence n’ait jamais eu une seule liaison homosexuelle. En fait, des biographies plus récentes laissent penser qu’il était asexuel, lui-même affirmant n’avoir eu aucune expérience sexuelle d’aucune sorte et ne pas s’en préoccuper. Une particularité parfois relevée chez les Aspies, et qui peut prêter à beaucoup de confusions… Lawrence restait fréquemment en compagnie exclusivement masculine, comptant parmi ses intimes un jeune arabe, Selim Ahmed dit « Dahoum » qui le suivait durant ses recherches archéologiques. L’ambiguïté demeure, car son livre LES SEPT PILIERS DE LA SAGESSE, d’abord expurgé de nombreux passages choquants pour l’époque, regorge effectivement de passages homo-érotiques. Aucun doute par contre sur le masochisme de T.E. Lawrence. L’incident de son arrestation par les turcs à Deraa, relaté dans LES SEPT PILIERS…, est un autre passage censuré à la première publication. On ne sait si Lawrence a réellement vécu ou inventé les sévices et les agressions sexuelles de ses bourreaux qu’il y décrit. Ce masochisme était-il un plaisir coupable lié aux souvenirs des corrections « à l’anglaise » de son enfance, ou une autopunition de Lawrence, se sentant peut-être coupable de la mort de deux de ses frères, tués sur le front français ? Ce point restera toujours sujet à débat.

Reste encore, le mystère de «S.A.», à qui il dédicace LES SEPT PILIERS… dans un message d’amour. L’identité de «S.A.» reste une autre énigme de T.E. Lawrence : l’explication la plus évidente serait les initiales de Selim Ahmed. A moins que ce ne fut une femme inconnue, ou un personnage inventé, ou un symbole représentant la nation arabe. « S.A. », c’était aussi le nom arabe de Lawrence, son alter ego héroïque, «Sherif Aurens»… Le film de Lean créa le personnage fictif de «Sherif Ali» (joué par Omar Sharif) pour donner vie à ce mystérieux «S.A.». Coïncidence ou non, «S.A.» nous ramène aussi aux initiales du Syndrome d’Asperger !

 

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T.E. Lawrence entra bien évidemment dans l’imagination populaire, devenant le héros ou le sujet principal de nombreuses pièces de théâtre et de films. Au théâtre, on retrouve Lawrence dans des oeuvres telles que ROSS, de Terence Rattigan, revenant sur le passage de Lawrence à la RAF. Encore une coïncidence : le rôle de  »Ross », alias Lawrence, fut joué par Alec Guinness dans la première production de la pièce… ceci juste avant que l’acteur ne rejoigne le casting de LAWRENCE D’ARABIE.

Le film de David Lean nous intéresse plus particulièrement dans le cadre de cet abécédaire, pour le portrait très réussi de son héros. De nombreuses scènes peuvent être revues et appréciées sous « l’angle Asperger », tant le personnage joué par Peter O’Toole semble sans cesse hors de son élément, plongé dans son monde intérieur. C’est particulièrement flagrant dans les savoureuses séquences de présentation du personnage, mourant d’ennui dans les bureaux du Renseignement Militaire au Caire. Un bon Aspie aime avoir ses routines, mais déteste les travaux routiniers… c’est le cas de Lawrence, obligé de dessiner des cartes dans un minuscule bureau. Un bon Aspie ne sait pas intégrer les codes sociaux en vigueur, ou ne s’y intéresse pas : c’est également le cas, Lawrence, intellectuel érudit, oubliant de se découvrir et de saluer ses supérieurs exaspérés par son attitude. « C’est ma façon d’être, Sir. J’ai l’air insolent, mais je ne le suis pas. »

Rejoignant aussi « l’hypothèse Aspie », nous voyons Lawrence tirer une grande fierté de sa mémoire et de ses connaissances culturelles, faire preuve d’une certaine raideur de comportement (à cause de vêtements militaires mal ajustés) et renverser une table dans le mess… Les Aspies appréciant souvent mal les distances et leur propre position, ils vivent assez souvent des situations embarrassantes de ce genre. Et même l’insensibilité à la douleur, le fameux « truc des allumettes », peut être interprété comme une caractéristique Aspie, tout en donnant un indice sur le goût du risque et le masochisme de Lawrence. « Le truc, William Potter, c’est d’oublier que cela fait mal »

Cinquante ans après sa sortie, ce superbe film impressionne toujours et a naturellement inspiré un très grand nombre de cinéastes prestigieux. Le plus enthousiaste défenseur du film est une vieille connaissance : Steven Spielberg, qui le cite comme un de ses films préférés. LAWRENCE D’ARABIE a considérablement influencé son style de mise en scène, Spielberg aimant souvent glisser des hommages très conscients à Lean dans presque tous ses films. Il cofinança la restauration du film dans son montage intégral en 1989, avec Martin Scorsese, autre grand admirateur de la saga de Lean. L’ami et complice de Spielberg, George Lucas, ne fut pas en reste. Le personnage historique de Lawrence ayant été archéologue, espion et aventurier, et une inspiration probable pour le personnage d’Indiana Jones, il était normal qu’il rencontre et influence  »pour de vrai » ce dernier adolescent dans la série produite par Lucas… Parmi les autres cinéastes admirateurs de l’oeuvre, citons aussi Ridley Scott, qui fait souvent référence dans ses films à l’aventure de T.E. Lawrence, au point d’intégrer des séquences du film dans son PROMETHEUS. L’androïde David (Michael Fassbender), s’y identifie totalement à Lawrence, comme on l’a vu. Hors du film de Lean, citons aussi un très intéressant téléfilm de 1990, A DANGEROUS MAN : LAWRENCE AFTER ARABIA, où il est incarné par Ralph Fiennes. Enfin, décidément toujours actif sur tous les fronts, l’énigmatique colonel Lawrence est aussi réapparu en bande dessinée cette année, invité « guest star » du dernier album de Blake & Mortimer, LE SERMENT DES CINQ LORDS, sa mort accidentelle étant liée au passé du vaillant Colonel Blake. By Jove !…

– cf. George Lucas, George Bernard Shaw, Steven Spielberg ; David (PROMETHEUS)

 

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… Lincoln, Abraham (1809-1865) :

Une taille démesurée accrue par un manteau, un pantalon et un chapeau « tuyau de poêle » noirs ; une minceur d’ascète ; un visage marqué, sculpté par une tardive barbe en collier ; un regard intense, profond et un peu rêveur ; des mains, des oreilles et un nez immenses ; une silhouette toute en angles « cassés » contrastant avec l’habituel embonpoint de l’homme politique ordinaire… Abraham Lincoln est certainement le président américain le plus connu de toute l’Histoire, véritable icône des combats pour la liberté et la démocratie dans l’histoire des Etats-Unis. Lincoln fut aussi l’un des présidents les plus singuliers de son pays, un enfant de la Frontière dont le parcours politique n’était pas du tout déterminé par une appartenance aux universités de l »Ivy League », comme tant d’autres de ses homologues. L’homme Lincoln, quant à lui, intrigue. Souffrant de graves problèmes physiques, dépressif chronique, il faisait par ailleurs preuve de capacités intellectuelles étonnantes, doublées de certaines difficultés sociales, qui ont conduit parfois certains à se demander s’il n’était pas un hypothétique Aspie… Une hypothèse parmi d’autres, certes, mais qui fait que le Grand Emancipateur mérite bien une place en ces pages.

Natif du Kentucky, Abraham Lincoln aurait dû en principe se résoudre à suivre les traces de son père, un modeste fermier illettré, tout comme sa mère (Nancy Hanks, une lointaine ancêtre indirecte de Tom Hanks !). Peu intéressé par les activités de la ferme, n’aimant pas le travail manuel, ni chasser ni pêcher, le jeune Lincoln passait pour être paresseux… Une personne va avoir une influence déterminante : sa belle-mère, Sarah Bush Johnson, qui l’éleva affectueusement comme son enfant après la mort de sa mère. Grâce à elle, il se prit de passion pour la lecture ; à une époque où il était difficile d’acheter des livres, et où les écoles étaient rares, le jeune Lincoln développa grâce à l’enseignement de Sarah une mémoire remarquable. Il pouvait marcher pendant des kilomètres pour acquérir un seul livre, et sut mémoriser la Bible, ROBINSON CRUSOË, THE PILGRIM’S PROGRESS de Bunyan, et les ouvrages de Benjamin Franklin – autre autodidacte et « Aspie » présumé.

Majeur, Lincoln quitta la ferme familiale pour être marin (sur les rivières Sangamon, Illinois et Mississipi), commerçant, puis capitaine de la Milice de l’Illinois (où les rixes entre miliciens le formèrent à la politique « à la dure »), maître de poste et arpenteur, avant de devenir avocat à Springfield. Ce qui lui permit de se faire connaître pour son sens du débat, son élocution en public et son refus de l’injustice. Cela lui valut le surnom, assez ironique, d’ »Honest Abe »… car un avocat, même honnête, devait quand même se faire toucher ses honoraires même auprès des plus pauvres (voyez le film de John Ford, YOUNG MISTER LINCOLN / VERS SA DESTINEE !) ; et, assez rapidement, Lincoln embrassa une carrière politique, dans le Parti Whig. Après quelques déconvenues à la Chambre des Représentants (dûes à son opposition à la Guerre Américano-mexicaine en 1848), le nom de Lincoln deviendra familier du public durant les années 1850, surtout lorsqu’il participe aux débats sur l’esclavagisme qui divisait les Etats-Unis. Lincoln, ayant rejoint le Parti Républicain, y était très clairement opposé, suivant sa vision politique et économique des choses à venir. Abraham Lincoln fut élu président des Etats-Unis en 1860, et se retrouva avec la pire des situations politiques possible : la Guerre Civile Américaine (ou Guerre de Sécession), causée par la sécession de la Confédération, les Etats sudistes esclavagistes présidés par Jefferson Davis. Pendant quatre années de batailles meurtrières, Lincoln lutta, par des moyens pas toujours très propres, à maintenir la nation américaine unie. Grand écrivain et orateur, très habile politicien, il réussira contre vents et marées à faire admettre le 13ème Amendement garantissant l’affranchissement de tous les esclaves Noirs (de l’Union et de la Confédération), et la reconnaissance de leurs droits civils dans la Constitution en 1863 ; un exploit, compte tenu des préjugés raciaux de l’époque et des critiques dont lui-même faisait l’objet pour s’être donné les pleins pouvoirs sur le Sénat… Réélu en 1864, Abraham Lincoln voulait reconstruire son pays et réintégrer les états sudistes dans les Etats-Unis. Mais six jours après la fin de la guerre, son assassinat à Washington durant une représentation théâtrale mit fin à son projet de Reconstruction. Il devint ainsi le  »Président Martyr », mort pour la grande cause de l’unité nationale américaine. Et voilà donc comment il rejoignit d’illustres prédécesseurs (possibles Aspies eux aussi) tels George Washington et Thomas Jefferson… à côté de qui il sera d’ailleurs statufié sur le Mont Rushmore, avec Teddy Roosevelt.   

Le parcours historique de Lincoln est connu, mais l’homme l’est moins… Il est déjà étonnant de voir un fils de fermiers illettrés, devenu un temps un avocat habile et quelque peu marron, occuper le poste politique le plus important de son pays, pour finir par incarner les idéaux de liberté de celui-ci. Cela l’est plus encore quand on étudie sa personnalité, forgée dans les épreuves, la douleur physique et morale. La morphologie et la silhouette particulière de Lincoln intrigue encore aujourd’hui les spécialistes qui diagnostiquèrent, tour à tour, une néoplasie endocrinienne multiple (une affection cancéreuse grave, héréditaire, sans doute à l’origine des morts dans sa famille), le Syndrome de Marfan (maladie génétique du tissu conjonctif), l’ataxie ou la plagiocéphalie. Ajoutez à cela, au fil de sa vie : des contractions de malaria (deux fois), une possible syphilis, et la vérole, plus quelques blessures (coups à la tête, main entaillée par une hache, engelures, et mêmes des coups administrés par sa femme), et vous avez une petite idée de l’endurance physique de Lincoln…

Plus intéressant pour ce qui nous concerne, le président américain souffrit toute sa vie de dépression clinique. On le décrivait comme un homme extrêmement solitaire, triste et secret. Lincoln, fut, à n’en pas douter, marqué par les épreuves : la mort de sa mère, de sa soeur, celle de son amour de jeunesse Ann Rutledge, et celle de deux de ses fils (Edward, avant ses 4 ans, et William, avant ses 11 ans), l’affectèrent. Son épouse Mary Todd était de surcroît bipolaire, et leur relation, dans les premières années de leur mariage, en furent gravement perturbées. Les crises dépressives de Lincoln, allant jusqu’à des idées suicidaires, le frappaient aussi quand il se sentait trahi, ou peu soutenu, par des proches et des personnes de confiance. Son combat politique controversé pour l’époque n’avait sûrement pas dû améliorer les choses, tout comme les scènes de champs de bataille de la Guerre Civile qu’il dût visiter. Sa vie privée révéla des relations parfois problématiques avec les femmes. On connaît l’histoire d’amour, platonique et tragique, avec Ann Rutledge, tout comme l’épisode du refus de Mary Owens, et son difficile mariage avec Mary Todd (qui débuta par une rupture de fiançailles). La nature mélancolique, solitaire, de Lincoln compliqua sans doute ces relations. On peut trouver, dans tout cela, les signes d’un très hypothétique syndrome d’Asperger éclaircissant certains traits de sa personnalité sans toutefois correspondre entièrement.

Plus que tout autre support, le cinéma a largement contribué à l’iconisation de Lincoln. Depuis même avant la reconstitution de son assassinat dans NAISSANCE D’UNE NATION de D.W. Griffith, il est omniprésent, statufié, peint, cité, ou montré bien vivant ! Parmi les nombreux films qui ont été consacrés à son histoire, le  YOUNG MISTER LINCOLN (VERS SA DESTINEE) de John Ford, avec Henry Fonda dans le rôle-titre, tient le haut de l’affiche. Lincoln est d’ailleurs une figure récurrente dans l’oeuvre du grand cinéaste américano-irlandais. L’image mythifiée de Lincoln est aussi présente dans de nombreux classiques, souvent utilisée par des iconoclastes familiers de ces pages : tel ce coquin de Tim Burton, qui l’a malmené à trois reprises (il en fait un mannequin-cuisinier dans PEE-WEE BIG ADVENTURE, « relooke » son effigie du Mont Rushmore dans MARS ATTACKS! et surtout détourne son Mémorial dans LA PLANETE DES SINGES)… Le Grand Emancipateur est aussi une figure récurrente des films de Steven Spielberg ; nous le trouvons en statue de Père Noël écrasant John Belushi dans 1941, cité plus sérieusement dans LE SOLDAT RYAN et MINORITY REPORT… On attend avec grande impatience l’imminent LINCOLN qu’il vient de réaliser avec Daniel Day-Lewis, pour nous dévoiler les zones d’ombre du grand homme.

– cf. Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, Steven Spielberg, George Washington

 

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… Lovecraft, H.P. (Howard Phillips) (1890-1937) : 

Ecrivain méconnu de son vivant, Howard Phillips Lovecraft est devenu un nom incontournable de la littérature fantastique, dont les créations ont largement dépassé le cadre des « pulp magazines » pour lesquels il écrivait. H.P. Lovecraft a contribué à sortir les genres littéraires de la Science-fiction et du Fantastique des clichés de son époque, pour développer tout un univers original, élaboré, et terriblement angoissant. Il est le maître de ce que l’on a appelé l’Horreur Cosmique, celui qui a soulevé le voile rassurant de la Réalité pour malmener notre santé mentale. L’écrivain était d’ailleurs un homme fragile, extrêmement anxieux et souvent reclus. Il a laissé derrière lui une abondante correspondance, riche en informations révélatrices sur lui-même. Nul doute qu’il a été atteint du syndrome d’Asperger, certaines de ses déclarations et de ses mésaventures allant dans ce sens.

Né à Providence, dans le Rhode Island, H.P. Lovecraft était le fils de parents mariés à plus de 30 ans, ce qui était rarissime à l’époque. Lovecraft avait trois ans quand un premier drame affecta sa famille : son père, souffrant de syphilis, fut atteint de démence durant un voyage, et fut interné en hôpital psychiatrique. Il mourut cinq ans plus tard. La mère de Lovecraft, dont il était très proche, souffrira de dépression et d’hystérie. Elle mourra en 1921 des complications d’une opération chirurgicale, après avoir été internée dans le même hôpital que son mari. Enfant, H.P. Lovecraft fut élevé par sa mère, ses deux tantes, et son grand-père maternel, qui eut une grande influence sur le futur écrivain, un enfant surdoué capable de réciter des poèmes par coeur dès l’âge de trois ans, et d’en écrire à l’âge de six. Le grand-père de Lovecraft, possédant une bibliothèque bien fournie, l’encouragea à lire LES 1001 NUITS, L’ILIADE et L’ODYSSEE, Edgar Poe… et lui racontait des histoires d’épouvante gothique le faisant frémir, alimentant son imagination au point de lui causer des terreurs nocturnes répétées. Enfant maladif, au caractère affirmé et effronté, Lovecraft n’alla pas à l’école avant ses huits ans, et en fut retiré l’année suivante. En grandissant, il se passionna pour la lecture d’ouvrages de sciences et d’astronomie. Le décès du grand-père affecta terriblement Lovecraft : la mauvaise situation financière de la famille suite au décès obligea celle-ci à un déménagement subit, le perturbant tellement qu’il fit une dépression nerveuse à quatorze ans. Son adolescence fut d’ailleurs handicapée par ces crises dépressives. H.P. Lovecraft rêvait d’être astronome professionnel, mais, incapable de comprendre les mathématiques, ne put suivre d’études supérieures, à son grand regret.

Lovecraft vécut un temps en jeune reclus, ne restant en contact qu’avec sa mère. Contactant la revue Argosy, le jeune Lovecraft fut remarqué pour son talent d’écrivain et rejoignit l’United Amateur Press Association pour publier ses poèmes et essais. Lovecraft se mit donc à la tâche, écrivant ses premiers textes professionnels : des récits d’épouvante et de fantastique très inspirés par ses lectures des maîtres, Edgar Allan Poe, Lord Dunsany, Arthur Machen, Algernon Blackwood… Peu de temps après le décès de sa mère, il rencontra Sonia Greene à un congrès de journalistes. Le mariage, en 1924, fut suivi d’un emménagement à Brooklyn, mais fut vite gâché par les difficultés financières, Sonia devant partir trouver du travail à Cleveland. La soudaine solitude de Lovecraft à New York aggrava ses phobies : incapable de se mêler à la population, terrifié par les étrangers (il ne se privait d’ailleurs pas de faire des commentaires racistes dans ses écrits), l’écrivain découragé finit par divorcer et rentrer à Providence. Entre 1927 et 1933, il vit la période créatrice la plus prolifique de sa vie. Le magazine Weird Tales publia ses meilleurs romans et nouvelles : LES MONTAGNES HALLUCINEES, L’AFFAIRE CHARLES DEXTER WARD, LA COULEUR TOMBEE DU CIEL… Tous ces récits constituant les bases de ce que l’on appellera par la suite « le Mythe de Cthulhu ». Malheureusement, son style déroutait les goûts de l’époque et il ne put gagner beaucoup d’argent grâce à ses écrits. Souffrant de malnutrition, vivant dans un logement étroit et inconfortable, H.P. Lovecraft décèdera à l’âge de 47 ans d’un cancer de l’intestin.

H.P. Lovecraft semble bien avoir confirmé, sans s’en douter, « l’hypothèse Aspie » à son égard. Craintif, phobique social aigu, il a compensé le peu de relations qu’il avait en réalité par une correspondance écrite très fournie avec de nombreux amis, écrivains confirmés ou au début de leur carrière : des gens comme August Derleth (qui fit connaître Lovecraft après sa mort), Robert E. Howard (le père de Conan le Barbare et Solomon Kane, dont le suicide à seulement trente ans affecta Lovecraft) ou Robert Bloch, futur auteur du roman PSYCHOSE. S’il garda une grande amitié envers eux, Lovecraft ne rencontra jamais la plupart d’entre eux. Dans les écrits qu’il a laissé dans ses échanges, H.P. Lovecraft donne ça et là des informations très révélatrices. Par exemple : « Dans ma jeunesse (…), remercier quelqu’un pour un cadeau relevait tellement du supplice que j’aurais plutôt écrit une pastorale de 250 vers ou un traité de 20 pages sur les anneaux de Saturne. » Ou encore : « Je ne peux être ni joyeux ni triste, car je suis plus prompt à analyser qu’à ressentir des émotions. » Voilà qui est bien la marque d’un syndrome d’Asperger très prononcé. Notons que le misanthrope Lovecraft avoua, dans ces mêmes lettres, que ses échanges de courriers avec des correspondants différents, l’aida à varier ses points de vue sur le monde. Ceci tout en restant un incurable pessimiste à l’échelle cosmique… ce qui se devine vite dans son oeuvre.

L’univers fictif de H.P. Lovecraft est en effet d’une grande imagination, mais d’une noirceur et d’une horreur absolues. Partagé entre les histoires macabres de ses débuts, les nouvelles du « Cycle Onirique » et surtout le « Mythe de Cthulhu », l’univers que nous connaissons est une monstrueuse anomalie selon l’écrivain ; développée sur Terre par accident, l’espèce humaine ignore que les Grands Anciens, de monstrueuses divinités tentaculaires, attendent patiemment leur retour sur cette même Terre abandonnée par eux des millénaires auparavant. Les infortunés humains qui sont brièvement témoins de leurs manifestations, ont le choix entre une mort atroce où un séjour définitif à l’hôpital psychiatrique. Usant de descriptions élaborées dans un langage paraissant déjà « hors du temps » pour son époque, Lovecraft développe un monde de cauchemars dominés par ses plus célèbres créations : la ville d’Arkham (reflet de Providence), le livre maudit Necronomicon, et, tête d’affiche des Grands Anciens, l’affreux Cthulhu, dieu destructeur à tête de poulpe qui inspire les cauchemars de quelques malheureux « élus »… Dans la nouvelle L’APPEL DE CTHULHU, Lovecraft s’inspire volontairement des travaux de Carl Gustav Jung sur l’inconscient collectif et les synchronismes.

Les écrits de H.P. Lovecraft ont inspiré bien des écrivains et des artistes de tout bord, développant l’univers inquiétant du maître de Providence selon leurs vues, et garantissant à Cthulhu et compagnie une belle longévité à travers les années. Des écrivains variés comme Jorge Luis Borges, Stephen King (notamment pour BRUME/THE MIST), Michel Houellebecq ou Clive Barker ont reconnu son influence ; tout comme de grands auteurs de bandes dessinées : Neil Gaiman (SANDMAN), Alan Moore, Mike Mignola (HELLBOY) ou Philippe Druillet. Au cinéma, il faut savoir trouver les hommages plus ou moins directs à son oeuvre : le très sérieux Alain Resnais et son (surfait) PROVIDENCE ; ou, dans un autre genre, Ridley Scott, aidé par les terrifiants designs de H.R. Giger, qui puise dans l’imaginaire lovecraftien les horreurs d’ALIEN et PROMETHEUS. On retrouve les créations de H.P. Lovecraft dans la trilogie EVIL DEAD de Sam Raimi (l’usage fatal du Necronomicon), le film gore culte RE-ANIMATOR de Stuart Gordon, et ceux de John Carpenter : principalement THE FOG, THE THING, PRINCE DES TENEBRES et L’ANTRE DE LA FOLIE. Enfin, le mexicain Guillermo Del Toro s’est fendu de quelques beaux hommages à Lovecraft, via l’apparition des Grands Anciens dans HELLBOY et le sublime univers horrifico-onirique du LABYRINTHE DE PAN.

Cf. Carl Gustav Jung

 

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… Lucas, George :

Quand on parle de cinéaste américain indépendant, on pense le plus souvent aux frères Coen, à David Lynch, Abel Ferrara ou Jim Jarmusch… en oubliant de citer George Lucas. Car le père de STAR WARS et co-créateur d’INDIANA JONES, incarnation du « movie brat » multimilliardaire des années 1970-80, est bel et bien un cinéaste indépendant, à la base ! Scénariste, monteur, réalisateur, producteur et donc auteur à part entière de ses films, George Lucas est pourtant davantage connu et considéré comme un véritable entrepreneur. Un homme paradoxal, lancé dans le cinéma par amour du cinéma expérimental, hors du système hollywoodien, qui s’est pourtant retrouvé à la tête d’un empire multimédia aussi puissant que ces derniers. Situation difficile à vivre pour cet homme difficile à cerner malgré son succès, symbolisant avec ses amis et collègues Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Steven Spielberg, et quelques autres, une grande génération de jeunes barbus intrépides ayant pris le pouvoir du cinéma américain dans les années 1970. Situation qui a valu à Lucas autant d’admiration que de critiques… Les rares interviews et apparitions publiques de cet homme discret laissent percevoir une personnalité souvent sur la défensive, parfois rigide, laissant supposer que Lucas a peut-être le syndrome d’Asperger… tout comme son vieil ami Steven Spielberg, avec qui on l’a souvent confondu, à tort ou à raison.

L’aventure de George Lucas commence il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… en fait, dans un ranch de Modesto, parmi une famille méthodiste. Enfant timide, refusant de reprendre l’entreprise de papeterie de son père avec qui il ne s’entendait pas (« Rejoins-moi dans le Côté Obscur, Luke… »), le jeune Lucas fut semble-t-il un élève médiocre. On ne lui connaît guère de centres d’intérêt durant l’enfance, mis à part voir des films à la télévision, surtout de vieux serials d’aventure et de science-fiction. Ces prédécesseurs des feuilletons télévisés firent le bonheur des enfants américains dans les salles de cinéma du samedi matin, jusque dans les années 1940. Chaque épisode de ces aventures rocambolesques, bon marché et menées tambour battant se finissaient toujours par un suspense insoutenable : la fiancée du héros ligotée aux rails alors que le train arrive, le héros jeté dans une fosse pleine de serpents, etc. Et chaque semaine, les petits américains revenaient voir la suite, pour découvrir comment leurs héros s’en sortaient. Nul doute que ces feuilletons influencèrent Lucas des années plus tard… En attendant, le jeune Lucas ne s’intéressait guère qu’à une chose à l’adolescence : les voitures ! A Modesto, cet adolescent très ordinaire pratiquait comme ses amis le cruising : se balader dans les rues en voiture pour frimer devant les copains, tomber les filles et se lancer dans des rodéos motorisés. Lucas connut un grave accident durant un de ces rodéos, qui le laissa plusieurs jours dans le coma avant une longue rééducation. Une expérience qu’il vécut comme une vraie révélation, l’incitant à ne pas gâcher le reste de sa vie.

Aimant l’anthropologie, la sociologie et la littérature, et découvrant la mythologie comparée de Joseph Campbell, Lucas commença à s’intéresser au cinéma par la voie autodidacte classique, en réalisant des petits films en 8 millimètres. Entré à l’USC où il rejoignit d’autres futurs prestigieux confrères, Lucas se prit surtout de passion pour le cinéma expérimental, ainsi que pour les cinéastes de la Nouvelle Vague, et les films d’Akira Kurosawa. La capacité de Lucas à penser visuellement, en terme de montage et de dynamisme cinématographique, l’aidera beaucoup à développer ses premiers films, des courts-métrages avant-gardistes qui sont vite remarqués dans les festivals : surtout THX 1138 4EB (ou ELECTRONIC LABYRINTH) qui récolte de nombreux prix. Lucas se vit récompensé par une bourse d’études de la Warner Bros. ce qui lui permit de travailler avec le héros de sa génération, Francis Ford Coppola, sur FINIAN’S RAINBOW (LA MELODIE DU BONHEUR). Lucas le rejoignit dans la grande aventure du studio indépendant American Zoetrope, créé par Coppola pour LES GENS DE LA PLUIE ; rejoints par des personnalités comme John Milius ou Walter Murch, les jeunes cinéastes voulaient transformer le cinéma américain, l’éloignant de l’hégémonie des studios pour créer de grandes oeuvres artistiques. Sous la houlette de Coppola, Lucas réalisa ses deux premiers films : THX 1138, oeuvre de science-fiction à la George Orwell / Aldous Huxley, et AMERICAN GRAFFITI, basé sur ses souvenirs de jeunesse, qui remporta un beau succès au box-office (et dans lequel on peut découvrir un tout jeune Harrison Ford, portant déjà un bien beau chapeau !).

Le succès d’AMERICAN GRAFFITI devait placer Lucas en position de force vis-à-vis des studios hollywoodiens. Sa passion pour la mythologie le fait alors plancher sur un projet de « space opéra » épique. Lucas écrivit un traitement original, y mêlant les films de Kurosawa, les westerns, une touche de Tolkien, de DUNE et de Joseph Campbell ; traitement que les studios refusèrent, ne comprenant rien à ce que le cinéaste leur racontait. Aujourd’hui, ils s’en mordent encore les doigts… STAR WARS, ayant enfin vu le jour après un tournage épuisant (le très anxieux Lucas fut même hospitalisé pour hypertension), sortit en mai 1977 pour établir un record historique au box-office, et entrer dans la culture populaire mondiale. Devenu richissime en quelques jours, pour avoir su gérer ses négociations financières en gardant tous les droits du film sur les revenus des produits dérivés, Lucas pourra produire tous ses futurs films en totale indépendance (non sans des frictions avec le puissant système de Guilde des producteurs à Hollywood). Ayant déjà fondé son studio de production, Lucasfilm Limited, Lucas ouvrit une nouvelle brèche technologique avec STAR WARS en rassemblant des jeunes gens plein d’énergie et d’idées pour créer des effets spéciaux totalement inédits à l’époque : ils seront les piliers de ce qui va devenir Industrial Light & Magic (ILM), qui deviendra le plus grand studio d’effets spéciaux visuels du cinéma américain. En améliorant les techniques déjà existantes (matte painting, rotoscope, maquettes, etc.) tout en innovant - à commencer par l’utilisation de caméras contrôlées par ordinateur - ILM sera le studio de référence pour des scènes jamais vues, ouvrant une autre brèche ultérieure avec les premières grandes scènes en image de synthèse (ABYSS, TERMINATOR 2, LA MORT VOUS VA SI BIEN et surtout JURASSIC PARK) intégrées à de vraies prises de vues, devenues courantes aujourd’hui. 

Lucas utilisera son nouveau pouvoir pour faire construire le Skywalker Ranch, offrant ses facilités techniques (son, montage, effets visuels…) à tous les réalisateurs américains. Au fil des années, Lucas, tout en supervisant la production des suites de STAR WARS (retitré depuis UN NOUVEL ESPOIR), L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE et LE RETOUR DU JEDI, sera un producteur actif, parfois très inspiré… et parfois beaucoup moins ! Il y a bien sûr la saga d’Indiana Jones, entamée avec LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE mis en scène par son ami Steven Spielberg : un nouveau triomphe au box-office mondial, tout comme les trois films qui suivront. Lucas fut aussi le producteur exécutif de KAGEMUSHA du maître Kurosawa, de BODY HEAT (LA FIEVRE AU CORPS) de Lawrence Kasdan, de MISHIMA de Paul Schrader, de POWAQQATSI de Ron Fricke et Godfrey Reggio, de TUCKER de Francis Ford Coppola, de WILLOW de Ron Howard. Un joli palmarès terni par des productions… bien plus embarrassantes : STAR WARS HOLIDAY SPECIAL, les téléfilms des EWOKS, le prometteur mais raté LABYRINTHE de Jim Henson, et le terrible HOWARD LE CANARD. 

Lucas produira aussi la série LES AVENTURES DU JEUNE INDIANA JONES (1992-96), où le mythique héros, enfant et adolescent, croisa les grandes figures historique de son époque – dont certaines ont déjà été évoquées. Un feuilleton volontairement éloigné des films, Lucas voulant surtout éduquer les jeunes spectateurs et leur donner le goût de l’Histoire. En 1997, il produit les Editions Spéciales de STAR WARS retouchées par des effets numériques, déclenchant les plus sévères critiques à son égard ; tout comme le sera la « prélogie » longtemps attendue de STAR WARS : les trois nouveaux films qu’il réalisa entre 1999 et 2005, victimes d’un abus d’imagerie numérique qui ont eu raison de la magie des premiers films. Après avoir annoncé un projet de série télévisée STAR WARS, produit le quatrième Indiana Jones (le tout aussi critiqué ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL) et RED TAILS, Lucas surprend tout le monde en annonçant se retirer des blockbusters à grand spectacle : il confie Lucasfilm à Kathleen Kennedy, collaboratrice de Spielberg, et revend les droits de STAR WARS à l’ogre Disney à la fin de l’année 2012. « Il y a toujours un plus gros poisson… ». Décision motivée selon lui, par son envie de revenir à son envie initiale de faire des films expérimentaux.

Les apports de Lucas ne se limitent pas à la réalisation et production de films. Intéressé très tôt par l’utilisation de l’animation numérique en images de synthèse, il a fondé le Graphics Group, une branche spéciale de la division informatique d’ILM, qu’il dût vendre à Steve Jobs en 1986. Le Graphics Group devint Pixar… Lucas a aussi co-fondé le système THX Ltd., la division son de Lucasfilm Skywalker Sound (ex Sprocket Systems), et LucasArts (ex Lucasfilm Games), pour les jeux vidéo. Il s’est lancé, depuis 1991, dans l’action philanthropique pour encourager l’éducation – défendant l’idée d’un réseau d’éducation à grande échelle, gratuit. Parmi ses autres actions philanthropiques : sa contribution au Giving Pledge de Bill Gates et Warren Buffett. Intéressant d’ailleurs de noter le parallèle entre l’évolution de la carrière des Lucas et Spielberg dans leur branche, avec celle des « frères ennemis » de la Silicon Valley, Jobs et Gates, révolutionnant l’industrie informatique à l’époque où les « brats«  firent de même avec le cinéma américain.

Une vie bien remplie, et beaucoup d’honneurs légitimes, donc, mais la personnalité de Lucas divise. L’homme, terriblement introverti, semble souvent gêné dans ses interviews : regard parfois évitant, élocution rapide frisant le bégaiement, difficulté à parler de lui… George Lucas n’aime pas sa célébrité et a souvent montré des difficultés à communiquer, typiques du profil Asperger, traduisant chez lui un comportement terriblement angoissé, insatisfait et parfois psychorigide. Une attitude qui lui a valu l’incompréhension de beaucoup de monde ; même des admirateurs… sans parler des fans, qui n’ont pas toujours pardonné ses erreurs de communication et ses révisions incessantes, maniaques, de ses films, ou ses choix artistiques sur la « prélogie ». Il y a quelque chose d’assez révélateur, finalement, dans l’évolution des personnages de la saga dans lesquels Lucas se projette le plus. A l’enthousiasme juvénile d’un Luke Skywalker devenu mature pour le bien commun, succèdera ainsi la déchéance d’un Anakin Skywalker, « enfant roi » devenu une froide machine à la tête d’un Empire tout-puissant. On constatera aussi qu’entre le premier STAR WARS (1977) et le retour à la réalisation de Lucas avec LA MENACE FANTÔME (1999), son style n’a guère évolué, et s’est figé. Alors que Spielberg et Coppola ont évolué depuis leurs débuts, Lucas semble avoir fait du surplace créatif. Sans doute faut-il voir dans ce blocage une des raisons de son retrait.

Quoiqu’il en soit, George Lucas est devenu un personnage iconique, déjà une figure de légende de son vivant… S’il n’a pas fait l’objet de « biopics » à ce jour, l’ami George a déjà été le sujet de courts-métrages de fiction signés par de nombreux jeunes réalisateurs, les enfants de la génération STAR WARS. Certains sont très drôles et astucieux. GEORGE LUCAS IN LOVE (1999) revisite façon SHAKESPEARE IN LOVE une « love story » estudiantine qui donne à Lucas l’idée des personnages de sa saga stellaire ; COURAGE & STUPIDITY (2005), où Lucas rend visite à son ami Steven Spielberg en pleine galère du tournage des DENTS DE LA MER ; ou encore BY GEORGE (2012), ou un homme, persuadé que son voisin n’est autre que Lucas, devient complètement fou ! 

– cf. Bill Gates, Jim Henson, Steve Jobs, Steven Spielberg

 

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… Ludwig II (ou Louis II) de Bavière (1845-1886) :

Parmi les personnages historiques les plus étranges de cet abécédaire, Ludwig II de Bavière, « le Roi fou de Bavière » occupe une place de choix. Romantique tardif, mécène de Wagner, à l’origine de la construction dispendieuse de somptueux châteaux vides, homosexuel profondément réprimé, déclaré fou et mort dans des circonstances mystérieuses, Ludwig II (ou Louis II en France) fut un « roi artiste » incompris. Ou un « roi autiste », dont le drame fut de s’identifier absolument aux héros mythologiques germaniques, au point de négliger ses charges et devoirs royaux, au moment où l’Allemagne allait s’unifier sous Bismarck.

L’énigme de la personnalité de Ludwig II, de ses délires et de son monde intérieur, laisse forcément la place aux hypothèses les plus diverses, de la part des spécialistes. Le « Roi Fou » était très certainement épileptique, comme le fut son frère cadet Otto (ou Othon), et certainement en proie au fil du temps à un délire de persécution, le menant à des phases de réclusion de plus en plus aiguës… Eugen Bleuler, une des grandes figures fondatrices de la psychiatrie moderne, ancien élève de Bernhard von Gudden (le médecin de Ludwig II qui fut probablement tué par ce dernier le soir de sa mort), et futur supérieur de Carl Gustav Jung (tiens, tiens…), signala chez le défunt roi de Bavière une nette propension à l’autisme. De là, certains ont pu supposer que Ludwig II était peut-être bien atteint d’une forme aiguë du syndrome d’Asperger, ce qui expliquerait ses étranges réactions à des pressions et exigences politiques, difficilement conciliables avec sa sensibilité…

Dans la famille de Ludwig II, il y a déjà un antécédent de personnalité anticonformiste : son grand-père Louis Ier de Bavière, tombé fou amoureux de la courtisane Lola Montez, et qui dut abdiquer en raison du scandale en faveur de son fils Maximilien II de Bavière, le père de Ludwig. Premier des deux fils né de Maximilien et de la princesse de Prusse Marie de Hohenzollern, Ludwig II était destiné à monter sur le trône de Bavière. Mais l’enfant subit très tôt un premier rude choc psychologique : il n’avait que huit mois quand sa nourrice succomba à la typhoïde, un sevrage brutal qui l’affecta probablement. Pour ne rien arranger, le sévère Maximilien astreignit beaucoup trop tôt son fils aîné aux devoirs d’un prince héritier : des journées d’études surchargées dès son jeune âge, études qui ennuyèrent vite le jeune prince, à l’exception de quelques matières (la littérature, l’Histoire, les sciences naturelles, l’histoire religieuse, la langue française). Ludwig, certes très intelligent, fut très bien éduqué, mais n’eut pas vraiment d’enfance heureuse : très sensible, fantasque, le jeune prince manqua de rapports affectueux avec ses parents, tout à leur charge de souverains, et se replia inévitablement sur une vie intérieure marquée par un goût précoce pour les arts.

Ludwig grandit aussi dans une Bavière forcément mythique ; il gardera de ses séjours au château d’Hohenschwangau, lié aux légendes de Lohengrin et de Tannhaüser, un souvenir inoubliable durant toute sa vie. Et il devint de fait totalement passionné par l’imaginaire du Graal, les Minnesänger, et les mythologies germaniques ; les musiques de Richard Wagner incarneront à merveille, aux yeux du prince héritier, cet idéal mythologique. Ludwig lit son ouvrage L’OEUVRE D’ART DE L’AVENIR à 12 ans et se prit immédiatement de passion pour l’oeuvre du musicien. A 16 ans, l’écoute de LOHENGRIN provoque chez lui une crise d’épilepsie. Crise qui, sans doute, fut perçue par lui comme une révélation mystique, renforçant son obsession et son identification à Parsifal (Perceval), le héros au coeur pur, gardien du Graal. Il est étonnant de constater à quel point l’oeuvre musicale de Wagner et la mythologie germanique fascina trois personnages historiques présents en ces pages, tous probablement atteints de troubles autistiques et/ou Aspies : Ludwig II, Carl Gustav Jung et Friedrich Nietzsche. On sait aussi, malheureusement, à quel point ces idéaux romantiques wagnériens allaient être pervertis au 20ème Siècle, écrasés dans les bruits de marche au pas de l’oie venus de la même Bavière…

Mais revenons à Ludwig II. Couronné roi à 18 ans, il va régner sur la Bavière pendant 22 années. Un règne controversé pour plusieurs raisons : la principale étant le rapide désintérêt du jeune roi pour la politique. Il préféra financer les coûteux opéras de son cher Wagner, au grand dam des différents gouvernements bavarois soutenus par la famille royale. Au fil des années, le délire de Ludwig le poussera à financer la construction de châteaux somptueux – Neuschwanstein, Herrenchiemsee, Linderhofn Schachen… -, certains vite désertés ou inachevés, aggravant la dette de l’Etat. Féru d’art, ne vivant que par et pour lui, Ludwig II ne pouvait politiquement faire le poids face au retors chancelier Bismarck, organisateur de l’unification allemande. Les refus systématiques, entêtés, de Ludwig de traiter avec les Prussiens qu’il détestait aidèrent finalement Bismarck à annexer la Bavière indépendante à la nouvelle Allemagne. Un échec politique cinglant dont Ludwig n’avait cure, vivant de plus en plus en reclus, sortant la nuit tombée pour vivre ses rêves romantiques en compagnie de ses nombreux valets… L’autre source de scandale dans la vie de Ludwig II étant son homosexualité, inadmissible pour l’époque. Amoureux tout platonique d’Elisabeth d’Autriche (la fameuse « Sissi ») en qui il voyait son héroïne wagnérienne incarnée, Ludwig dut céder aux pressions familiales et se fiancer avec la soeur cadette d’Elisabeth, la duchesse Sophie-Charlotte… fiançailles évidemment malheureuses vu les circonstances.

Ludwig II, profondément bouleversé par l’internement de son frère Otto en 1874, s’enfonçant dans son monde d’illusions, accumulant les dettes, fut finalement renversé par le gouvernement bavarois en 1886. Son oncle Léopold de Wittelsbach fut nommé régent le 10 juin 1886 ; deux jours plus tard, Ludwig II fut interné au château de Berg, sous la surveillance du docteur Gudden, désigné par le nouveau gouvernement. Le lendemain soir, Ludwig II était retrouvé mort sur les rives du lac de Würm (maintenant lac de Starnberg), avec Gudden. Une mort qui ne fit qu’enrichir la légende tragique du roi déchu. Souffrant de délires de la persécution aggravés par les manoeuvres politiques à son encontre, Ludwig II aurait eu une crise de folie, noyant le docteur durant celle-ci avant de se précipiter dans les eaux glacées du lac. Il succomba à une hydrocution. Mais, comme de bien entendu, les rumeurs devaient s’en mêler, des plus romantiques (il aurait voulu rejoindre Elisabeth) aux plus conspiratrices (un enlèvement par les catholiques qui aurait mal tourné, ou un complot visant à se débarrasser pour de bon de l’encombrant souverain)… Triste fin pour un roi qui aimait sincèrement les arts, et son peuple, malgré ses lubies.

Il aurait certainement préféré naître artiste… et les artistes ne l’ont pas oublié. Musique, théâtre, littérature (Guillaume Apollinaire, Thomas et Klaus Mann…) et bien sûr cinéma (LUDWIG de Luchino Visconti, avec Helmut Berger) ont bien souvent évoqué la vie de ce souverain incompris, qui a finalement réalisé son rêve : devenir une légende dans sa Bavière natale.

Cf. Carl Gustav Jung, Friedrich Nietzsche ; Perceval

 

à suivre…

 

Ludovic Fauchier

2 commentaires à “Aspie, or not Aspie ? Le petit abécédaire Asperger, chapitre 11”


  1. 0 Franck 4 mar 2015 à 20:08

    Hello,
    je suis étonné de ne voir aucun commentaires à votre travail pourtant « golozal » ,,,
    Je suis tombé sur votre site en faisant une recherche à la suite de la lecture d’un autre « aspi/aspirant qui n’est autre que Michel houellebecq lui même et de son ouvrage superbe « d’aspirauté » :
    Lovecraft, contre la vie contre le monde !
    que je vous conseil vraiment, ainsi qu’au lecteur de votre page web ,
    bien à vous et en espérant un « volume deux » de votre part dans de futurs instances hélicoïdales,,,, ;)

    Répondre

    • 1 kingludo 14 mar 2015 à 9:56

      Merci pour votre commentaire, Franck !
      Concernant Michel Houellebecq, je dois avouer que je connais très mal son univers, n’ayant rien lu de ses œuvres… Je sais, c’est inexcusable, alors même que j’aurais dû me rappeler ce documentaire très étonnant sur Lovecraft, que j’avais vu il y a très longtemps. J’ignorais tout simplement qu’il en était l’auteur !

      Cordialement,

      Ludovic Fauchier.

      Répondre

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