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Aspie, or not Aspie ? Le petit abécédaire Asperger, chapitre 17 (2ème partie)

S, comme… :

 

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… Schulz, Charles M. (1922-2000) :

Il était une fois, un garçon et son chien… et leur dessinateur. Charles M. Schulz, ou la preuve que l’on peut travailler toute sa vie pour des « cacahuètes » dans son domaine de prédilection, et créer un univers très personnel, plein d’humour, de poésie et de fulgurances philosophiques, devenant ainsi un conteur universel, rien qu’en alignant quatre petits dessins par jour pendant près de cinquante ans. Le tout en restant d’une discrétion extrême, malgré la reconnaissance du public. Les nombreuses interviews qu’il accorda de son vivant confirment une évidente timidité du dessinateur, qui fut aussi un grand anxieux comme son alter ego de papier Charlie Brown. A tel point qu’on peut tout à fait supposer que, vu sa façon de parler et de se tenir durant ces conversations enregistrées, Schulz avait le fameux syndrome d’Asperger.

Fils d’immigrés allemands et norvégiens, Charles Monroe Schulz naquit à Minneapolis, Minnesota, et fut élevé dans le même état, à Saint Paul. Il passa une enfance paisible, manifestant très tôt un talent précoce pour le dessin. Son oncle le surnomma « Sparky », d’après le cheval Spark Plug du comic strip BARNEY GOOGLE de Billy DeBeck ; un signe du destin de dessinateur de comic strip qui attendait Schulz. Celui-ci aimait particulièrement dessiner le chien de la famille, Spike, un pointer blanc tacheté de noir qui adorait manger broches et punaises. Grâce à Spike, Schulz envoya son premier dessin de presse alors qu’il n’était qu’un gamin : ce fut un dessin de Spike envoyé à RIPLEY’S BELIEVE IT OR NOT ! (connue en France dans de nombreux magazines pour la jeunesse, sous le titre LE SAVIEZ-VOUS ?), populaire franchise compilant faits et anecdotes étranges et loufoques… Spike inspirera bien sûr Snoopy à Schulz ; bien des années plus tard, Schulz donnera à son toutou un frère moustachu et indépendant, justement nommé Spike.

Schulz passa une scolarité normale, sautant deux classes de l’école élémentaire. L’adolescent très timide vit ses dessins pour l’almanach de son lycée rejetés. Sur la photo de fin d’année, Schulz apparaissait comme un jeune homme très calme, au regard rêveur très « Aspie », véritable incarnation de Charlie Brown. En 1943, Schulz rejoignit les drapeaux, engagé dans la 20th Armored Division en Europe ; le voilà chef d’escadron d’une unité de combat à la mitraillette calibre 50 – ceci, tout en suivant des cours par correspondance à l’Art Instruction Inc. Schulz resta loin des combats, et son seul fait d’armes sembla tout droit sortir d’une de ses histoires : à la toute fin du conflit, il oublia de charger sa mitraillette, et tomba sur un soldat allemand qui se rendit tout de suite ! Rentré à Minneapolis en 1945, il fut lettreur pour un magazine catholique de comics, TIMELESS TOPICS. En juillet 1946, il travailla à Art Instruction Inc. pour réviser et classer les leçons soumises par les élèves. Il y travailla quelques années et fit ses premiers dessins professionnels : notamment, LI’L FOLKS de 1947 à 1950 pour le St. Paul Pioneer Press. Il y utilisa pour la première fois le nom « Charlie Brown », le nom d’un collègue enseignant de l’Art Instruction Inc., pour créer divers personnages de gamins, et un chien « proto-Snoopy ». Il tenta de syndiquer LI’L FOLKS par la Newspaper Enterprise Association - ce qui aurait fait de lui un fournisseur indépendant du syndicat, chose rare à l’époque, mais l’affaire échoua. LI’L FOLKS s’arrêta en janvier 1950, interrompu par le Pioneer Press. Schulz contacta United Features Syndicate pour continuer la parution des LI’L FOLKS. Mais entretemps, Schulz avait développé un comic strip (utilisant quatre cases, au lieu d’une, pour les dessins de presse habituels), et le syndicat préférait cette version. PEANUTS fit ses grands débuts le 2 octobre 1950 dans sept journaux. Après un démarrage lent, PEANUTS obtint un succès immense, devenant la référence absolue au fil des ans du comic strip – influence dépassant son cadre d’origine. Les PEANUTS accapareront bientôt Schulz qui n’aura plus guère le temps de dessiner autre chose (IT’S ONLY A GAME 1957-1959, YOUNG PILLARS 1956-65 dans une publication liée à l’Eglise de Dieu). Schulz signa aussi les illustrations des deux volumes de KIDS SAY THE DARNDEST THINGS d’Art Linkletter, et une collection de lettres de Bill Adler, DEAR PRESIDENT JOHNSON. PEANUTS sera publié quotidiennement dans 2600 journaux, 75 pays et 21 langues. La vente des strips, le merchandising, les publicités vaudront à Schulz un confortable revenu annuel entre 30 et 40 millions de dollars. Schulz dessinera sans interruption pendant cinquante années, pratiquement sans interruption.

Schulz suivait chaque jour la même routine de travail : tout d’abord, manger un beignet à la confiture ; puis éplucher le courrier avec sa secrétaire ; et enfin, se mettre à écrire et dessiner le strip du jour, le fruit d’une patiente cogitation pouvant prendre aussi bien cinq minutes que plusieurs heures. Il n’a jamais utilisé d’assistants, encreurs ou lettreurs, pour faire son travail à sa place. Schulz, influencé par les maîtres américains du dessin « strip » (Milton Caniff, Bill Mauldin, George Herriman, Roy Crane, Elzie C. Segar, Percy Crosby…) sut s’en affranchir pour donner à PEANUTS son propre style, ses thémes personnels. Luthérien, membre de l’Eglise de Dieu puis Méthodiste, Schulz incluait souvent ses réflexions sur la religion dans ses dessins, se définissant comme un « humaniste laïc ». Dans PEANUTS, Linus (le gamin au doudou) représentait son côté spirituel. La vie de Schulz, bien que réglée par des routines de vie assez paisibles, connut évidemment de grands changements, et quelques épreuves qui le mirent à mal. Il souffrit toute sa vie de crises de dépression, qu’on devine liées à certains évènements dramatiques de sa vie. Particulièrement en 1966, où Schulz perdit son père, et vit le studio qu’il avait fondé huit ans plutôt être détruit par un incendie. Il divorça de sa première femme, Joyce, dont il avait eu quatre enfants, en 1972. Il épousa Jean Forsyth Clyde l’année suivante. Ils s’étaient rencontrés alors que Jean emmenait sa fille au hockey sur glace - un sport que Schulz adorait, en bon natif du Minnesota (les sports sur glace sont d’ailleurs omniprésents dans PEANUTS). En dehors d’un incident (une tentative manquée de kidnapping de sa femme en 1988), la vie de Charles Schulz resta d’une tranquillité idéale pour réaliser ses dessins ; une flopée de récompenses et de distinctions venant reconnaître la valeur de son travail. Il continua, malgré la maladie de Parkinson et le cancer, à dessiner jusqu’au 14 décembre 1999, date de son dernier PEANUTS annonçant sa retraite. Schulz mourut dans son sommeil le 12 février 2000, d’une attaque cardiaque. Les collègues et émules cartoonistes lui rendirent unanimement hommage, le 27 mai 2000, en incluant les personnages de PEANUTS dans leurs strips du jour.

 

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Il faut bien sûr glisser ici quelques mots sur Charlie Brown : bien que Schulz se soit défendu d’en avoir fait son alter ego, affirmant que tous les personnages de PEANUTS représentaient un aspect de sa personnalité, Charlie n’en reste pas moins un personnage très autobiographique, un petit garçon timide, inquiet d’un rien, et facilement déprimé – et probablement « Aspie » fictif. Un « loser » permanent, attendrissant… et très maladroit (cette peste de Lucy Van Pelt s’amusant toujours à le faire tomber au moment du « kick » fatidique des matchs de foot américain !). Beaucoup d’éléments biographiques (les parents, les premiers amours, les copains…) de Charles Schulz sont cachés dans le personnage de Charlie, ayant trouvé ainsi le moyen de s’exprimer par le dessin. Et, bien sûr, en bon Aspie, Schulz resta très attaché au souvenir de son animal familier. Avec Snoopy, le beagle rêveur, refaisant le monde allongé sur le toit de sa niche, c’est un monde à part entière qui mériterait bien un essai à part…

 

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… Sellers, Peter (1925-1980) :

Ce n’est un secret pour personne, les grands acteurs ont souvent une réputation méritée d’être des angoissés chroniques. Et les acteurs spécialisés dans la comédie semblent l’être encore plus, jusqu’à connaître de terribles accès de dépression, qui peuvent saboter complètement leur vie. Le cas de Peter Sellers, le génial comédien anglais aux mille visages, interprète du Docteur Folamour, de Hrundi V. Bakshi (LA PARTY), l’Inspecteur Clouseau (les PANTHERE ROSE), Chance le Jardinier (BEING THERE / BIENVENUE MISTER CHANCE), constitue l’exemple extrême. Reconnu de son vivant comme l’un des meilleurs acteurs du 20ème Siècle, un génie de la comédie capable de faire rire en un instant les spectateurs du monde entier, Sellers resta une énigme pour les biographes comme pour ses proches. Il fascinait par son aptitude à se fondre complètement dans les personnages qu’il interprétait. Lui-même avait conscience de cette aptitude unique. Craignant souvent de devoir être lui-même en public, Sellers semblait ne pas exister en dehors des caméras. Son cas nous intéresse ici d’autant plus que certains de ses personnages, socialement inadaptés, ont des traits «Aspies» partiels (Hrundi V. Bakshi dans LA PARTY) ou absolus (le jardinier de BIENVENUE MISTER CHANCE). Dans la réalité, ce roi de la comédie montrait un tout autre visage : profondément anxieux, terriblement névrosé, capable de terribles sautes d’humeur, dépressif, il pouvait se montrer odieux avec son entourage, et commettre de nombreuses erreurs de jugement. Sans vouloir en tirer des conclusions définitives, on peut tout à fait imaginer que le comédien souffrit d’un syndrome d’Asperger évidemment non diagnostiqué…

Peter Sellers naquit le 8 septembre 1925 à Southsea près de Portsmouth, en Angleterre. Un vrai enfant de la balle, ses parents étaient des gens du spectacle. Son vrai nom était Richard Henry Sellers, mais ses parents, William « Bill » et Agnes « Peg », lui firent un étrange cadeau en l’appelant toujours «Peter», du nom de leur fils, mort à la naissance l’année précédente. Sellers eut souvent à vivre avec le « souvenir » de morts hantant sa vie. Outre le fait de porter le prénom d’un frère mort, Sellers conservait chez lui une gravure d’un illustre ancêtre, Daniel Mendoza, un pugiliste du 18ème et 19ème Siècle qui révolutionna l’art de la boxe, ancêtre de sa mère. Le visage de Mendoza ornait même le logo de production de Sellers. Un troisième mort hantait aussi Sellers : Dan Leno, comédien de music-hall, décédé en 1904, et dont Sellers se persuadait qu’il venait le conseiller sur ses choix de rôles…. Difficile, on s’en doute, de rester totalement sain d’esprit en rivalisant avec des morts.

Les Sellers voyageaient beaucoup, ce qui perturbait leur fils, qui monta sur les planches dès ses cinq ans. Ancienne danseuse, Peg poussera sans arrêt son fils à suivre une carrière de comédien, contre l’opinion de Bill, plus distant de son fils. Peter Sellers était un enfant très timide, complètement dominé par cette mère étouffante, une relation peu saine qui perdura jusqu’à l’âge adulte. Très bon élève (mais jugé paresseux) à l’école catholique privée St. Aloysius de Londres, Sellers subira cependant la discrimination des professeurs et des camarades, sa mère étant juive. Très sensible à l’antisémitisme, Sellers ripostera à sa façon en imitant bien plus tard les nazis, dont le fameux DOCTEUR FOLAMOUR de Stanley Kubrick. Il accompagna ses parents dans leurs tournées, tout en étudiant au collège, où il s’amusa vite à faire des imitations des animateurs de la radio, et développa un talent pour l’improvisation. Quand la 2ème Guerre Mondiale éclata, le College dut évacuer à Cambridgeshire ; Peg n’autorisa pas son fils à aller seul là-bas, ce qui mit fin à sa scolarité. Les Sellers quittèrent Londres pour Ilfracombe, dans le Devon, où son oncle dirigeait le Victoria Palace Theatre. Sellers fit tous les petits boulots du théâtre, tout en jouant sur scène, et put étudier en coulisse le jeu d’acteurs prestigieux comme Paul Scofield. Le jeune Sellers développa ainsi une exceptionnelle faculté de mémorisation pour les accents, le phrasé, la gestuelle, et la musique. Excellent joueur de batterie, il rejoignit des orchestres, puis l’ENSA, pour divertir les troupes ; contre l’avis de maman Sellers, il intégra la RAF en septembre 1943. Ne pouvant devenir pilote en raison d’une mauvaise vue, Sellers auditionna pour le GANG SHOW du chef d’escadron Ralph Reader, une troupe de spectacle de la RAF grâce à laquelle il put voyager en France, en Allemagne après la guerre… et en Inde (« Birdy num num ! »). Le talent d’acteur comique du sous-officier Sellers était déjà là, excellant dans les imitations d’officiers militaires « stiff upper lip » dont le Group Captain Mandrake, dans FOLAMOUR, sera l’incarnation.

Avec la fin de la guerre, Sellers fut démobilisé et rentra travailler en Angleterre. Il reprit une carrière théâtrale et musicale, période de vaches maigres. En 1948, il auditionna à la BBC, faisant ses débuts à la télévision dans NEW TO YOU. Frustré, il contacta le producteur radio de la BBC Roy Speer, en faisant semblant d’être Kenneth Horne, star du show MUCH BINDING IN THE MARSH. L’insolent Sellers sut convaincre Speer de l’engager, et il devint un nom familier de la radio. Il rencontra d’autres comédiens : Michael Bentine, Harry Secombe et Spike Milligan, ses copains du futur GOON SHOW, ou THE GOONS. Sellers rencontra et épousa l’actrice Anne Howe, et ils auront un fils et une fille : Michael et Sarah. Le premier travail de Sellers au cinéma fut de doubler l’acteur mexicain Alfonso Bedoya, dans le film LA ROSE NOIRE. Le GOON SHOW démarra le 28 mai 1951 : après un démarrage honorable, l’émission comique devint un véritable phénomène de société, un show à l’humour absurde « so british » qui influencera beaucoup les Monty Python. Grâce à ses improvisations, ses imitations, et la création de personnages récurrents (le lâche Major Bloodnok, le génie du crime Hercules Gryptype-Thynne, Bluebottle, le vieillard Henry Crun…), Sellers y devint une vedette. Avec le succès de l’émission, le cinéma s’intéresse vite à Sellers. Une occasion inratable, les comédies britanniques étant à leur apogée grâce à des films comme NOBLESSE OBLIGE ou L’HOMME AU COMPLET BLANC avec le grand Alec Guinness, un maître du déguisement à l’écran. Ce fut justement avec ce dernier que Sellers joua, après un second rôle remarqué dans ORDERS ARE ORDERS, dans le triomphal TUEURS DE DAMES en 1955. Le succès du film, et la diffusion télévisée des Goons, ne suffirent pas cependant à Sellers. A cette époque, Sellers trouvait que sa carrière ne décollait pas, et son ménage commença à subir les effets de ses angoisses. Il consulta l’astrologue Maurice Woodruff. Peter Sellers prendra malheureusement des décisions par la suite des décisions malencontreuses, semblant incapable d’avoir un jugement clair des relations humaines ordinaires. L’influence de Woodruff, insistant pour qu’il évite les soins ordinaires après ses ennuis cardiaques, aura des effets dramatiques sur le long terme. En attendant, UP THE CREEK (1958) lança vraiment Sellers au cinéma, ce que confirmèrent l’année suivante ses succès dans I’M ALL RIGHT JACK (APRES MOI, LE DELUGE) et LA SOURIS QUI RUGISSAIT (où il joue trois rôles, dont celui de la grande duchesse Gloriana du Grand Fenwick). Le GOON SHOW se termina, alors qu’Hollywood avait remarqué ce comédien au physique passe-partout capable de plier de rire des salles entières. Le succès sera souvent au rendez-vous, au détriment du reste.

En 1960, Sellers joua le Docteur Ahmed el Kabir dans la comédie romantique d’Anthony Asquith, THE MILLIONAIRESS (LES DESSOUS DE LA MILLIONNAIRE), pour une seule raison : Sophia Loren. Persuadé d’être amoureux de la sublime italienne, Sellers lui fit la cour, en pure perte, tout en se disputant avec sa femme, sous les yeux des enfants pris à partie. Leur mariage ne survivra pas aux subites crises de colère de Sellers, et le couple divorça bientôt. Après une nomination aux BAFTA pour WALTZ OF THE TOREADORS, Peter Sellers rencontra Stanley Kubrick, qui lui offrit le rôle de l’écrivain manipulateur Clare Quilty dans LOLITA ; une collaboration des plus fructueuses, Sellers appréciant réellement sa collaboration avec le cinéaste, lui ayant offert un personnage bien plus inquiétant qu’ à l’ordinaire. Après le décès de son père, Sellers quitta l’Angleterre, ne parlant presque plus à sa mère. A Hollywood, un nouveau rôle mémorable l’attend : Blake Edwards l’engagea pour remplacer Peter Ustinov dans le rôle du gaffeur-né inspecteur Jacques Clouseau, calamiteux policier français de LA PANTHERE ROSE ; Sellers créa littéralement le personnage de A à Z, son accent, ses bévues et sa panoplie reconnaissables entre tous, éclipsant les autres stars du film, David Niven et Claudia Cardinale. Un triomphe.

Sellers retrouva Kubrick pour DOCTEUR FOLAMOUR : ce dernier voulait lui confier quatre rôles – le président Muffley, le Docteur Folamour, le Captain Mandrake et le Major King Kong. Mais Sellers se sentit incapable de jouer le dernier rôle, un pilote texan. Il se présenta un jour sur le plateau la jambe plâtrée, incapable de monter dans le décor du bombardier. Kubrick dut donner le rôle à Slim Pickens. Sellers fut nominé aux Oscars et aux BAFTAS pour ses trois interprétations, dont l’halluciné ex-savant nazi à la perruque blonde repris par ses anciens réflexes fanatiques (« Mein Führer ! Je peux marcher !! »). Puis il retourna dans la peau de Clouseau avec A SHOT IN THE DARK (QUAND L’INSPECTEUR S’EMMÊLE), chef-d’oeuvre de précision burlesque de Blake Edwards, appelé à la rescousse en remplacement d’Anatole Litvak. Edwards et son scénariste William Peter Blatty remanièrent le scénario pour en faire un « Clouseau », sans aucun doute le meilleur de la série. Mais sur le plateau, la relation Edwards-Sellers se dégrada : les deux hommes ne se parlant que par notes interposées, tandis que Sellers se disputant aussi avec les autres comédiens. Le comportement de Sellers sur les tournages se fera de plus en plus erratique à partir de cette époque, l’acteur gagnant une réputation de devenir ingérable. En cette année 1964, Sellers rencontra la ravissante actrice suédoise Britt Ekland : ce fut un coup de foudre et un mariage éclair… mais leur relation privée tourna vite au cauchemar. La belle Britt attirait le regard des hommes, rendant Sellers jaloux, anxieux et paranoïaque. Sellers commença le tournage d’EMBRASSE-MOI IDIOT du maître Billy Wilder. Cela aurait dû être une fabuleuse collaboration, qui avorta totalement. Ayant pris des poppers pour passer une nuit torride avec sa femme, Sellers fut victime de huit attaques cardiaques en trois heures. Il crut voir un ange s’adresser à lui, alors qu’il était en réanimation… Il dut abandonner le tournage d’EMBRASSE-MOI IDIOT, à la grande colère de Wilder. Il reprit les tournages à la fin de l’année, mais l’accident avait gravement affecté sa personnalité, de plus en plus hypocondriaque. Avec le succès de QUOI DE NEUF, PUSSYCAT ? de Clive Donner (1965), écrit par Woody Allen, avec Peter O’Toole, Romy Schneider, Capucine et Ursula Andress, Sellers, une nouvelle fois excellent dans le rôle du professeur Fritz Fassbender, était un symbole des « swinging sixties » venues d’Angleterre. En privé, la naissance de Victoria, la fille de Sellers et Britt Ekland, ne calma pas la situation. Ils tournèrent ensemble AFTER THE FOX de Vittorio De Sica, un cauchemar pour l’actrice : Sellers fit des scènes terribles en public, l’accusant de n’avoir aucun talent et l’insultant sans raison, jusqu’à devenir violent. Le tournage de CASINO ROYALE, parodie de James Bond, fut un chaos absolu (sept réalisateurs différents !) ; Sellers se disputait avec Orson Welles et quitta abruptement le tournage, avant la fin. Les problèmes du couple Ekland-Sellers, une « atroce imposture » selon elle, atteinrent le point de rupture. Leur film LE BOBO fut un échec cinglant. Quand Peg eut un grave accident cardiaque, Sellers refusa de la voir à l’hôpital ; elle décéda, le laissant accablé de remords sur sa conduite. Il divorça finalement d’avec Britt Ekland en décembre 1968. Pour sourire un peu, il nous reste heureusement les souvenirs des films de cette fin de décennie : l’inoubliable LA PARTY (1968) de Blake Edwards, où Sellers créa l’irrésistible Hrundi V. Bakshi, et I LOVE YOU, ALICE B. TOKLAS (LE BAISER PAPILLON) où son personnage découvre les joies de la culture hippie et de l’amour libre. 

Après avoir ruiné sa vie privée, Peter Sellers traversa une période de grave dépression dans les années 1970. Sa popularité baissa après une série d’échecs, dans des films où il semblait être absent (HOFFMAN, WHERE DOES IT HURT ?, GHOST IN THE NOONDAY SUN, THE GREAT MCGONAGALL…). Sellers épousa une top model de 23 ans, Miranda Quarry, en 1970, un mariage qui ne tint pas et finit une nouvelle fois en divorce  ; il sortit un temps en 1973 avec Liza Minnelli, sans plus de bonheur. Il accepta finalement, à contrecoeur, de rejouer Clouseau pour Blake Edwards dans trois nouveaux films : des cartons assurés au box-office, et des comédies hilarantes… mais sa relation avec Edwards ne s’améliora pas pour autant : de nouveau, des colères et des disputes houleuses. Sellers fut une nouvelle fois nominé aux Golden Globes pour THE PINK PANTHER STRIKES AGAIN (QUAND LA PANTHERE ROSE S’EMMÊLE, 1976). Il fréquenta l’actrice Lynne Frederick – une nouvelle relation malheureuse, aggravée par l’alcool et la toxicomanie. Il subit un nouvel accident cardiaque en mars 1977. Et il continuait de refuser toute aide professionnelle pour ses problèmes émotionnels et mentaux. Ce fut à cette époque qu’il fit son étonnante confidence à Kermit la grenouille dans LE MUPPET SHOW (« Je n’existe pas…« ). Avec Blake Edwards, les relations s’apaisèrent enfin un peu, le cinéaste lui offrant le rôle principal de son ’10′ / ELLE ; s’il refusa, il accepta de faire une apparition dans le film, coupée au montage final, leur dernière collaboration, en 1979. Cette année-là fut le chant du cygne de Sellers : après le bide d’un PRISONNIER DE ZENDA sans intérêt, Sellers se rattrapa magistralement en incarnant Chance le Jardinier, « l’homme qui n’existe pas » de BEING THERE (BIENVENUE MR. CHANCE) de Hal Ashby. Pour Sellers, ce fut le rôle de sa vie ; il obtint une pluie méritée de récompenses (dont le Golden Globe) et de nominations (notamment à l’Oscar). Les derniers mois de Peter Sellers furent amers. Son dernier mariage s’effondra encore : il avait commencé à préparer le retrait de Lynne Frederick de son testament ; Sellers, plein de regrets sur sa conduite passée, se réconcilia avec son fils. Après son dernier (et oubliable) film, LE COMPLOT DIABOLIQUE DU DOCTEUR FU MANCHU, Sellers fut terrassé par une ultime attaque cardiaque en Suisse, et il décèda le 24 juillet 1980 à Londres. Le règlement de l’héritage se fit en faveur de Lynne Frederick ne laissa que des miettes aux enfants de l’acteur. Michael Sellers mourut d’une attaque cardiaque…. le 24 juillet 2006, la même date que son père. Une coïncidence étonnante de plus, ponctuant tristement la vie pleine de dédoublements de l’insaisissable comédien.

On signalera, pour les curieux, l’existence d’une très intéressante « biopic » datée de 2004, consacrée à Peter Sellers : THE LIFE AND DEATH OF PETER SELLERS (MOI, PETER SELLERS). C’est un autre grand comédien « caméléon », l’australien Geoffrey Rush, qui redonne vie à Sellers de façon particulièrement convaincante.

Cf. Hrundi V. Bakshi (LA PARTY), Chauncey Gardner (BEING THERE/BIENVENUE MR. CHANCE) ; Stanley Kubrick

 

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… Shaw, George Bernard (1856-1950) : 

« Ma façon de plaisanter, c’est de dire la vérité. C’est la blague la plus drôle au monde. »

George Bernard Shaw, le dramaturge et écrivain irlandais, était célèbre pour son humour cinglant, à la source de citations et aphorismes qui continuent de faire le bonheur des connaisseurs. Mais l’auteur de PYGMALION n’avait pas limité sa carrière à de simples bons mots : anticonformiste né dans une époque de grand conformisme, il fut non seulement un brillant et prolifique écrivain, mais aussi un critique social implacable de la bonne société britannique. Shaw, en près d’un siècle d’existence, devint une figure majeure du monde culturel britannique, un esprit d’une logique à toute épreuve, n’hésitant pas à manier l’ironie et la provocation – quitte à s’attirer les foudres du public en défendant souvent des points de vue contestables. Personnage singulier à plus d’un titre, capable aussi de s’entêter aussi jusqu’à l’erreur, George Bernard Shaw a vu son nom apparaître dans des publications régulières sur le syndrome d’Asperger, parfois aux côtés d’autres illustres figures de la littérature irlandaise, tels que William Butler Yeats et James Joyce. L’Irlande, terreau idéal pour les écrivains Aspies ? Le sujet reste évidemment une simple hypothèse…

George Bernard Shaw naquit à Dublin, le seul garçon des trois enfants d’un marchand en grain, et d’une chanteuse professionnelle. On sait, de l’enfance de Shaw, qu’il garda une horreur absolue de l’école durant tout le reste de sa vie, ayant pris en haine l’éducation rigide et répressive de l’époque, avec les punitions corporelles en vigueur. Une prison, et «la mort de l’esprit et de l’intellect», voilà comment il définissait le système éducatif. Sa jeunesse fut aussi marquée par la séparation de ses parents, alors qu’il n’avait que seize ans ; les mauvaises affaires financières du père, touché par l’alcoolisme, avaient dû mener à la rupture. Sa mère vécut avec son professeur de voix, George Vandeleur Lee, et partit pour Londres avec ses filles ; le jeune Shaw resta à Dublin avec son père, travaillant sans enthousiasme comme employé dans un bureau de vente immobilière. Vers ses vingt ans, George Bernard Shaw questionna sa conscience religieuse, et exerça son besoin de logique aux dépens de celle-ci. Il ne faisait aucun doute pour lui que les enseignements doctrinaires de l’Eglise d’Irlande étaient complètement absurdes, et en conclua qu’il était  »un athée malgré lui« . Il se méfiera toute sa vie de la religion et des croyances, refusant sur son testament qu’un quelconque mémorial prenne la forme d’une croix, symbolisant pour lui un instrument de torture. Refuser ainsi la religion chrétienne, quand on est irlandais, est une sacrée provocation. Shaw n’en restera pas là, loin s’en faut.

En 1876, Shaw rendit visite à sa mère à Londres, et ce passionné de lecture fréquenta les librairies et la salle de lecture du British Museum. Ce fut à cette époque qu’il commença à écrire ses premiers romans. Mais ceux-ci furent rejetés. George Bernard Shaw ne commença à vraiment gagner sa vie qu’en tant que critique musical, en 1885 : après avoir été le nègre de Vandeleur Lee (critique musical du journal Hornet), Shaw rejoignit la Pall Mall Gazette, signant ses textes sous le pseudonyme « Corno di Bassetto » (« Cor de Basset » !), puis sous la signature « GBS », dans plusieurs périodiques. Shaw devint vite un féroce critique des conventions du théâtre victorien, artificiel et hypocrite à ses yeux, et n’hésitait pas à incendier un acteur réputé comme Sir Henry Irving, coupable à ses yeux de réduire arbitrairement les pièces de Shakespeare, une coutume de l’époque. Il devint aussi très populaire grâce à ses critiques et essais sur la musique, notamment celle de Wagner, qu’il savait faire apprécier au public grâce à son écriture vive et pleine d’humour. A cette époque, George Bernard Shaw développa sa conscience politique ; il prit fait et cause pour la classe ouvrière, la seule à être spoliée dans un système démocratique injuste à ses yeux : selon lui, les ouvriers vivaient dans une pauvreté abjecte faisant d’eux des exploités ignorants et apathiques, rendus incapables de voter intelligemment. Ayant la médiocrité en horreur, Shaw, sans doute influencé par les oeuvres de Nietzsche, croyait que des « surhommes » pourraient corriger cette défaillance politique, avec assez d’intelligence et d’expérience pour gouverner correctement. Il affirmait aussi qu’une « reproduction élective » (qu’il appellera, faute d’un meilleur terme, « eugénisme shawien »), reposant sur une « force vitale », menait les femmes à choisir les hommes les plus capables de leur donner des enfants supérieurs. Influencé par Henry George, Shaw conclut par ailleurs que la propriété privée et l’exploitation de la terre pour un profit personnel était une forme de vol, et qu’il fallait une distribution équitable des ressources naturelles, contrôlées par les gouvernements pour le bien commun. Sous l’influence de ses lectures, il devint un fervent Socialiste, et rejoignit en 1884 la Société Fabienne, organisation de la classe moyenne créée pour promouvoir le socialisme par des moyens pacifiques. Il y rencontra Charlotte Payne-Townshend, qu’il épousera en 1898. Leur mariage ne fut jamais consommé, mais Shaw aura cependant de nombreuses relations adultères… encouragé en cela par sa femme ! D’un commun accord, ils n’eurent ni enfants, ni relations sexuelles.

Durant toute la fin du 19ème Siècle, George Bernard Shaw devint une plume des plus prolifiques, s’engageant dans des causes qui lui tenaient à coeur, entre l’écriture de ses pièces et romans. En 1886, par exemple, il rédigea et diffusa une pétition en faveur du pardon des ouvriers anarchistes arrêtés (et exécutés) à tort pour le Massacre de Haymarket Square, à Chicago (une manifestation pacifiste qui dégénéra par la faute des policiers de Chicago, qui avaient ouvert le feu sur la foule…). Seul Oscar Wilde la signa, parmi les écrivains contactés par Shaw. Il s’investit dans des activités sociales, politiques et philanthropiques, sous l’égide de la Socité Fabienne. Ses premières pièces (LA PROFESSION DE MADAME WARREN, CANDIDA, L’HOMME AIME DES FEMMES…) jouées dans les années 1890 connurent un très grand succès. Elles révolutionnèrent le théâtre de l’époque : Shaw n’était pas du tout porté à la frivolité, mais glissait dans ses comédies l’expression de ses vues morales, politiques et économiques, parlant avant tout de questions sociales. Il fut l’auteur de 63 pièces, et d’innombrables romans, critiques, pamphlets et essais. Shaw laissera une correspondance phénoménale, estimée à plus de 250 000 lettres : une moyenne qu’on peut estimer à plus de 3000 lettres par an, soit 8 lettres par jour, sur des décennies. Shaw fut l’ami d’un très vaste ensemble de personnes fameuses, à travers les décennies : il correspondit ainsi souvent avec Lord Alfred « Bosie » Douglas (compagnon d’Oscar Wilde), Ellen Terry (grande actrice du théâtre londonien), H.G. Wells, G.K. Chesterton, le révolutionnaire irlandais Michael Collins, le compositeur Edward Elgar… Shaw fut aussi un très grand ami de T.E. Lawrence, Lawrence d’Arabie, qu’il aida à faire paraître LES SEPT PILIERS DE LA SAGESSE. Shaw compta aussi plus tard, parmi ses amis, Albert Einstein… et Harpo Marx, qu’il rencontra un jour où celui-ci faisait du nudisme !!! En dehors de ses activités d’écrivain et d’homme engagé, Shaw eut aussi le temps de développer un autre centre d’intérêt très poussé pour la photographie, dont il se fera un ardent défenseur.

Au début du 20ème Siècle, les pièces de Shaw gagnèrent en maturité - CESAR ET CLEOPÂTRE (1898), HOMME ET SURHOMME (1903, relecture ironique de Nietzsche), LA COMMANDANTE BARBARA (1905), LE DILEMME DU DOCTEUR (1906). Il exprima aussi à cette époque des vues qui, aujourd’hui, feraient scandale. Qu’il fut végétarien, opposé à la vivisection et aux sports violents, passe encore. Par contre, sa détestation des charlatans le fit prendre une position contradictoire, lorsqu’il s’opposa à une campagne de vaccination contre la variole, maladie qui avait pourtant failli le tuer en 1881. Shaw avait l’idiotie en horreur, on le sait, mais ses raisonnements, influencés par les croyances admises à l’époque, défendaient une vision eugéniste qui, aujourd’hui, ne passe plus. En toute bonne conscience, le dramaturge émit même publiquement des opinions provoquant aujourd’hui le malaise : il imaginait la fabrication de « chambres léthales« , dans lesquelles on éliminerait les « faibles » avec un « gaz mortel mais humain« … Avant d’en arriver à une conclusion hâtive, il faut se rappeler que George Bernard Shaw était un provocateur qui aimait bien mettre à l’épreuve l’intelligence de ses interlocuteurs. C’était un satiriste qui pouvait utiliser ces arguments pour « piéger » ceux qui prenaient ce genre de raisonnements trop au sérieux… au risque de jouer avec le feu, admettons-le. Il n’est pas sûr, d’ailleurs, que le Shaw d’après 1945 aurait tenu ce type de raisonnement (qui, répétons-le, était lié à des idées reçues très répandues au début du 20ème Siècle).

Shaw était à son sommet créatif en ce début de siècle : sa comédie irlandaise JOHN BULL’S OTHER ISLAND (1904) fit tellement rire le Roi Edward VII qu’il en cassa sa chaise ; FANNY’S FIRST PLAY (1911) et le fameux PYGMALION (1912) furent des triomphes. Malgré le succès, Shaw refusa des revenus conséquents pour toute adaptation musicale de son oeuvre, après une mauvaise expérience d’ARMS AND THE MAN devenu une opérette allemande, THE CHOCOLATE SOLDIER (1908), qu’il détestait. La célèbre comédie musicale de Broadway MY FAIR LADY (qui fit l’objet d’une fastueuse adaptation cinématographique avec la merveilleuse Audrey Hepburn) était en fait basée sur l’adaptation cinéma de PYGMALION datée de 1938. Installé désormais à Ayot St. Lawrence, un village du Hertfordshire en Angleterre, George Bernard Shaw rédigea en 1912 le GUIDE DE LA FEMME INTELLIGENTE EN PRESENCE DU SOCIALISME ET DU CAPITALISME, et aida à fonder le magazine New Statesman, toujours sous l’égide de la Société Fabienne. Durant la 1ère Guerre Mondiale, le dramaturge osa aller contre l’opinion commune en s’opposant à celle-ci. Il s’opposa aussi à l’exécution du diplomate, poète et révolutionnaire irlandais Sir Roger Casement, accusé de trahison envers la Couronne en 1916. Après la Guerre, Shaw verra sa foi en l’Humanité plutôt amoindrie. Il continuera à supporter le socialisme et le pacifisme, mais se montrera inconscient du danger naissant des dictatures européennes. Parfois même très mal informé, le grand écrivain n’évitera pas d’ailleurs de susciter le ridicule et le ressentiment du public. Ses opinions sur la spiritualité, exprimées dans EN REMONTANT A MATHUSALEM, son « Pentateuque Métabiologique », s’exposeront aussi au feu nourri des critiques. En revanche, SAINTE JEANNE (1923) fera l’unanimité ; son rêve de longue date d’écrire sur Jeanne d’Arc aboutira à son chef-d’oeuvre. Il refusera les titres honorifiques et les titres de chevalier qu’on lui proposa, mais accepta, en se faisant tirer l’oreille, le Prix Nobel de Littérature, sur l’insistance de Charlotte. Il acceptera le prix, sous la condition que la récompense financière soit utilisée à faire traduire l’oeuvre de Strindberg en anglais. Shaw, une décennie plus tard, sera aussi récompensé de l’Oscar du Meilleur Scénario pour le film PYGMALION, en 1938. Ce qui fit de lui le seul récipiendaire du Prix Nobel et de l’Oscar. Statuette qui servait, chez lui, de presse-papier ou de cale pour la porte de sa maison d’Ayot St. Lawrence…

Les années 1930 marqueront le déclin de Shaw ; l’âge aidant, Shaw et son épouse pourront profiter de sa renommée pour effectuer nombreux voyages à travers le monde. Ses pièces (TROP VRAI POUR ËTRE BEAU, LA MILLIARDAIRE…), elles, marquèrent de l’avis général un certain affaiblissement. Il suscita la controverse en se rendant en URSS en 1931, répétant son soutien à Staline après avoir rencontré personnellement celui-ci. Il encouragea même, ensuite, à la radio, des ouvriers américains à aller travailler en Union Soviétique. Des centaines d’américains s’y rendirent… quant à savoir combien en revinrent après avoir découvert la réalité du système stalinien, c’est une autre affaire. Le grand homme s’obstinera dans l’erreur, persuadé que les récits d’atrocités, de régime totalitarisme et de famine (l’Ukraine, en 1933) liées à Staline n’étaient que calomnies. Ce qui lui vaudra des critiques bien senties, de la part d’un Bertrand Russell par exemple, sur cet entêtement à vouloir défendre un système représentant à ses yeux l’idéal de sa vision politique. Le grand dramaturge demeura cependant, malgré ces opinions critiquables, une figure éminente du monde culturel britannique. Les dernières années furent marquées par un nouveau refus de devenir chevalier honoré par le gouvernement britannique, et surtout par la mélancolie ; ses derniers écrits montraient bien, après les horreurs de deux guerres mondiales, une perte de foi de Shaw en l’Humanité. Une curiosité intellectuelle toujours vive, aussi, lorsqu’il rejoignit à 91 ans la British Interplanetary Society. Une chute fatale dans son jardin, alors qu’il cueillait des prunes sur une échelle, causa une défaillance rénale qui l’emporta à l’âge de 94 ans. Ses cendres et celles de Charlotte, décédée en 1943, furent versées dans les sentiers et autour de la statue de Sainte Jeanne dans leur jardin.

Cf. Albert Einstein, Thomas Edward Lawrence, Friedrich Nietzsche, Bertrand Russell

 

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… Simpson, Lisa (des SIMPSONS – voix en VO de Yeardley Smith, en VF d’Aurélia Bruno) :

Bienvenue à Springfield, foyer de la célèbre famille Simpson, fidèle au poste depuis maintenant un bon quart de siècle : Homer, le papa glouton, alcoolique et paresseux, et clown de la famille ; Marge, la maman au foyer dévouée, stressée, souvent rabat-joie et rétrograde, mais toujours aimante ; et leurs trois enfants, Bart, le cancre absolu, et ses deux soeurs, Lisa et Maggie, la petite dernière qui ne dit rien mais n’en pense pas moins. Lisa (de son vrai prénom Elisabeth Marie Simpson), du haut de ses huit ans, est l’extra-terrestre de la famille : cultivée, sensible, intelligente et très raisonneuse, elle ne semble pas avoir grand chose en commun avec ses parents (surtout Homer, l’incarnation absolue de l’idiot américain absolu) ni avec son turbulent grand frère. La petite fille aux cheveux en étoile et à la robe rouge, s’y sent souvent incomprise, à juste titre. Les épisodes la mettant en valeur la mettent souvent en conflit avec ses parents, son frère, ou les citoyens de Springfield, une belle bande de mous du bulbe toujours prompts à déclencher une émeute au lieu de réfléchir. Au vu de ses centres d’intérêt, de son comportement atypique (même dans un univers de dessin animé), et de ses difficultés à se faire comprendre de ses proches, on en vient à se demander si Lisa est « juste » une surdouée précoce, ou une très jeune Aspie.

Lisa est la première de sa classe et la meilleure élève, chez les filles de l’école. Ce qui ne la rend pas spécialement populaire (ça, c’est la spécialité de Bart le clown indécrottable). En règle générale, la sérieuse Lisa se sent souvent rejetée. Ses prises de position très affirmées entrent souvent en conflit avec le conformisme de l’ »american way of life », Lisa trouve un certain réconfort à rencontrer des gens, dont des célébrités, qui partagent ses gouts et ses convictions : Richard Gere, Paul et Linda McCartney, Stephen Hawking, Stephen Jay Gould, etc. Parmi ses modèles et héros, on retrouve des originaux, des non-conformistes, dont quelques-uns sont ou ont peut-être été Aspies : la poétesse Emily Dickinson, Bob Dylan (elle a déjà été chanteuse folk contestataire, et a interprété avec sa grand-mère Mona BLOWIN’IN THE WIND), Steve Jobs (Lisa adore les produits de la marque « Mapple »), et nombre de musiciens, philosophes, scientifiques, artistes…

Bouddhiste et végétarienne affirmée, Lisa est une militante-née pour les grandes causes humanitaires, pacifistes, écologistes, etc. Généralement très calme, elle connaît cependant quelques «pétages de plombs», généralement causés par l’attitude d’Homer et Bart à son égard. Il lui arrive aussi de connaître de sévères crises dépressives, et de se sentir le plus souvent négligée, particulièrement par son père à qui elle reproche constamment ses échecs paternels. Dans la famille, Lisa reste l’épicentre moral, celle vers qui on se tourne dès qu’une situation échappe à tout contrôle. Ses jugements sont toujours justes et sûrs, même si la fillette en tire une fierté excessive jusqu’à jouer les  »mademoiselle je-sais-tout ». Dans ces cas-là, ses objections critiques sont souvent interrompues par un « file dans ta chambre, Lisa ! » définitif.

Lisa a un Q.I. exceptionnel : 159, la marque d’une surdouée. Ceci grâce à l’héritage génétique de sa grand-mère paternelle, de Marge, et de toutes les femmes de la famille Simpson (les hommes étant condamnés par la même génétique loufoque à tous devenir des crétins et des losers !). Elle devra quand même se méfier de sa petite soeur, qui serait encore plus intelligente qu’elle… Lisa est une passionnée aux connaissances encyclopédiques dans de nombreux domaines : science, histoire, mathématiques, littérature, philosophie, musique (spécialement le jazz saxophone), etc. Conséquence de ces connaissances et expertises, Lisa emploie souvent un phrasé très élaboré, proche des Aspies, contrastant avec le langage courant de sa famille. Elle a aussi une expression toute personnelle : le  »meh » dédaigneux (là encore souvent adressé aux bêtises de Bart ou d’Homer).

On a beau être surdouée, on reste une petite fille qui adore jouer à la poupée… Lisa adore les siennes, les Malibu Stacy, mais enrage quand elle découvre le caractère sexiste de ces simili-Barbies. Ses autres hobbies récurrents : jouer du saxophone, lire les romans des « Baby-sitters détectives », les magazines « Wired » ou « Junior Skeptic Magazine », préparer des projets scientifiques pour l’école… Et se tordre de rire avec Bart devant les frasques de Krusty le clown, et du dessin animé Itchy & Scratchy, version gore de Tom & Jerry. Bien que non-violente et pacifiste, Lisa adore ces cartoons sanglants, philosophant même dessus à l’occasion… Quand elle ne se lance pas dans une grande cause lui tenant à coeur, elle mène (souvent en tandem avec Bart) des enquêtes à la Sherlock Holmes pour résoudre les mystères incessants qui s’abattent sur Springfield… mais la réalité des SIMPSONS étant très « élastique » et absurde, les faits sont souvent à l’inverse de ses conclusions logiques. Par ailleurs, Lisa est très maladroite en sport, activité qu’elle déteste ; seuls trouvent grâce à ses yeux le hockey sur glace, et surtout l’équitation (la vue d’un cheval la fait craquer instantanément). Lisa est aussi redoutable dans les débats d’opinion, et les sujets politiques la passionnent. Un jour, elle sera même la première femme Présidente des Etats-Unis. Respect pour la miss !

Comme de nombreux Aspies, Lisa est une solitaire, même s’il faut nuancer le propos. Elle n’a que peu d’amis à l’école, apparemment à cause de son statut de première de la classe. De nombreux épisodes voient Lisa, complexée par un sentiment d’infériorité permanent, cherchant à être l’amie d’une camarade de classe ou d’une fillette plus «cool», plus riche, plus jolie, etc. qu’elle : situation familière à de nombreux enfants en difficulté… Lisa traîne cependant souvent avec les copains de Bart. Surtout ce loser pleurnichard de Milhouse Van Houten, qui a le béguin pour elle, alors qu’elle ne s’intéresse pas du tout à lui… Même si elle n’a que 8 ans, Lisa a déjà une vie sentimentale chaotique : elle a eu le benêt Ralph Wiggum, et la grosse brute Nelson Muntz, pour amoureux, avec des résultats calamiteux. D’autres potentiels amoureux (comme Colin, le petit irlandais apparu dans le long-métrage des SIMPSONS) ont été souvent découragés par la bêtise d’Homer ou les frasques de Bart. Dans le futur, Lisa va rompre ses fiançailles avec un bel anglais, Hugh Parkfield. Elle a eu aussi un mentor : le jazzman Murphy les Gencives Saignantes, qui lui a appris à jouer du saxophone, et qui est décédé au tout début de la série. En fait, son meilleur ami reste son grand frère, Bart. Malgré leurs chamailleries permanentes, ces deux-là s’adorent et se complètent à merveille ! Tout comme elle adore ses parents, malgré leurs énormes défauts.

Pour atténuer quand même un personnage qui, autrement, serait insupportable si elle n’avait que des qualités, les créateurs de la série n’ont pas oublié que Lisa est aussi une fillette avec des défauts, des erreurs de son âge. Elle a un béguin pour les jeunes acteurs nommés Corey, ce qui lui cause des ennuis quand elle s’abonne à une hotline payante, elle se découvre accro aux jeux vidéo et en oublie ses chers devoirs… Et elle peut parfois mentir effrontément à ses parents, ou manipuler Bart, et le regretter amèrement par la suite. Cette drôle de fillette est devenue, à juste titre, un des personnages les plus aimés du show. Sa popularité, partagée avec Bart, doit beaucoup à l’interprétation de Yeardley Smith, comédienne au physique et à la voix de lutin qui a lutté dans sa vie contre une timidité extrême, et qui a su mettre le meilleur de sa personnalité dans le personnage. 

 

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… Spengler, Egon (joué par Harold Ramis dans GHOSTBUSTERS / S.O.S. FANTÔMES) :

Ah, nostalgie « geek » des années 1980… au même titre qu’un Doc Brown de RETOUR VERS LE FUTUR par exemple, Egon Spengler est un autre savant farfelu dont le profil correspond assez bien au syndrome d’Asperger. Membre fondateur éminent de l’agence S.O.S. Fantômes, Spengler est le troisième larron du groupe comprenant Peter Venkman (Bill Murray), Ray Stantz (Dan Aykroyd), bientôt rejoints par Winston Zeddemore (Ernie Hudson) pour débarrasser New York d’encombrants et dangereux ectoplasmes, poltergeists, spectres et autres démons qui pullulent à l’approche de la fin du monde. Fin du monde qui, si l’on en croit les deux films S.O.S. FANTÔMES réalisés par Ivan Reitman en 1984 et 1989, a déjà failli arriver deux fois.

Egon est la tête pensante du groupe, l’intello par excellence, reconnaissable immédiatement à ses lunettes cerclées le faisant ressembler à Harold Lloyd (ressemblance accentuée par le prénom homonyme d’Harold Ramis, également coscénariste des films). Si Egon reste quelque peu éclipsé par ses deux amis, il n’en est pas moins important. Son parcours a été étoffé dans les séries animées dérivées des films : ce docteur en philosophie, expert en paranormal (qu’il cherche à comprendre par des moyens purement scientifiques) accumule les excentricités depuis l’enfance. Ses ancêtres étaient paraît-il sorciers ; son intérêt personnel pour le paranormal date de l’époque, où, enfant, il a affronté et vaincu à deux reprises le Croque-mitaine en personne. C’est aussi durant l’enfance qu’il a développé un don certain pour le bricolage scientifique, s’exerçant à agrandir une moitié de ressort Slinky. Après ses études, Egon a aussi tâté de la médecine, en devenant médecin légiste pendant un temps, un domaine qui reste un de ses centres d’intérêt. Egon Spengler ne vit que pour et par son travail, ne s’accordant que quatorze minutes de sommeil par jour… Nul ne sait précisément comment il a rencontré Peter et Ray ; on sait cependant qu’en une occasion, Peter lui a sauvé la vie : Egon avait tenté, toujours au nom de la science, de s’auto-trépaner ; heureusement pour lui, son ami l’en a dissuadé…  On le sait aussi accro aux sucreries (notamment les redoutables biscuits Twinkies, son péché mignon), et grand collectionneur de spores, moisissures et autres résidus ectoplasmiques qui le fascinent. Entre les deux films, enfin, lorsque l’agence a dû fermer faute de clients, Egon est le seul à s’en être à peu près bien sorti, en supervisant des expériences comportementales. Ce qui n’est pas sans ironie, vu son peu d’expérience personnelle en la matière.

Egon a su exploiter son talent pour le bricolage scientifique. C’est lui qui a créé les célèbres packs à protons piégeant les fantômes récalcitrants, les détecteurs portables d’activité spectrale, les caisses de confinement des fantômes, les canons lanceurs de slime, et un appareil d’analyse cérébrale capable de montrer si une personne est possédée par un démon – ce qui est le cas de Louis Tully (Rick Moranis), très coincé comptable subitement « habité » par un chien des Enfers… En dehors de ces brillantes et peu banales compétences, Egon Spengler n’a qu’un intérêt très limité pour les relations humaines normales. Il est d’un sérieux absolu, et sa timidité fait de lui un Aspie fictif de premier plan. Tellement sérieux au point d’en paraître parfois rigide et fermé à la discussion, Egon reste imperturbable face aux attaques spectrales ; il faut dire qu’il est déjà naturellement « blindé » contre les vannes et les sarcasmes incessants de Peter… Même l’attaque d’un « big boss » surnaturel provoque chez lui des réponses détachées, très « Aspies ». Par exemple cette réponse typique de sa part, face au chaos provoqué par le Géant en Marshmallow venu ravager New York : «Négatif. La terreur annihile toutes mes facultés conceptuelles.»

Il préfèrerait presque la compagnie des spectres à celles des femmes, une espèce qui semble bien plus le déstabiliser… Lorsque la secrétaire de l’équipe, Janine (Annie Potts), lui fait des avances, Egon, tout intimidé, bafouille sur ses hobbies de collectionneur de champignons… Janine aura beau multiplier les appels, rien n’y fera, Egon reste dans son monde de sciences paranormales. La secrétaire des S.O.S. Fantômes, manifestant un penchant évident pour les hommes à lunettes, se rabattra sur Louis Tully dans le second film. Quant à savoir ce qu’est devenu Egon après celui-ci, hé bien… l’annonce d’un troisième opus imminent devrait apporter des réponses, les membres fondateurs de S.O.S. Fantômes, ayant maintenant atteint la soixantaine, vont probablement devenir les mentors d’une nouvelle génération. Egon Spengler pourra donc apprendre à ses élèves à ne jamais croiser les effluves. Ce serait mal.

Cf. Dan Aykroyd, Bill Murray

 

à suivre,

Ludovic Fauchier.

1 commentaire à “Aspie, or not Aspie ? Le petit abécédaire Asperger, chapitre 17 (2ème partie)”


  1. 0 adam 8 fév 2016 à 12:53

    je ve aprendre a dessiner

    Répondre

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