IRON MAN 3, de Shane Black
le soir du Réveillon de l’an 2000, Tony Stark (Robert Downey Jr.), aux bras de la généticienne Maya Hansen (Rebecca Hall), ignore royalement les appels d’Aldrich Killian (Guy Pearce), fondateur d’Advanced Ideas Mechanics (AIM). Bien avant de devenir le super-héros en armure Iron Man, Stark ignore que son attitude va avoir des conséquences imprévues sur sa vie…
Après les évènements de la Bataille de New York (cf. AVENGERS), Tony Stark revient à sa vie habituelle. Vivant désormais avec sa chère Pepper Potts (Gwyneth Paltrow), directrice de Stark Enterprises, il passe son temps à créer de nouvelles armures améliorées d’Iron Man. Son vieil ami James «Rhodey» Rhodes (Don Cheadle) est quand à lui sous les projecteurs des médias : un chef terroriste, le Mandarin (Ben Kingsley), diffuse des messages de menace et lance une série d’attaques meurtrières contre les installations militaires américaines dans le monde entier ; Rhodey, devenu l’Iron Patriot, se voit chargé de rechercher et neutraliser le criminel.
Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, Tony voit sa relation avec Pepper se dégrader. Aldrich Killian réapparaît, transformé par la technologie Extremis, qu’il a mis au point pour AIM : une amélioration radicale des capacités physiques de l’être humain, au niveau nano-technologique. Craignant de le voir utiliser sa découverte à des fins militaires, Pepper refuse sa proposition de partenariat. Un attentat-suicide revendiqué par le Mandarin blesse grièvement Happy Hogan (Jon Favreau), le chauffeur garde du corps et ami de Tony, poussant ce dernier à défier le Mandarin devant les médias. Le Mandarin répond aussitôt en bombardant la villa du super-héros milliardaire. Passant pour mort, Tony, pilotant sa dernière armure inachevée, s’enfuit et se retrouve privé de tout, au fin fond du Tennessee…
Ouverture en fanfare de la saison printemps-été des blockbusters 2013, IRON MAN 3 nous ramène donc à nouveau dans l’univers Marvel, avec le Vengeur en armure, décidément très sollicité : quatre films (en comprenant AVENGERS) en l’espace de cinq ans. Constat : après deux films solo certes agréables et très distrayants, bien qu’un peu vains, dont l’intérêt reposait essentiellement sur le « show » de Robert Downey Jr. qui s’est brillamment investi dans le personnage de Tony Stark, la série, au lieu de s’enliser dans une certaine monotonie, vient ici de se renouveler intelligemment. Une évolution qui doit certes beaucoup au programme « Marvel Phase 2″ initié par le producteur Kevin Feige, instigateur de la déferlante de super-héros Marvel de ces dernières années, en attendant les suites prévues de THOR, de CAPTAIN AMERICA et bien sûr des AVENGERS, se situant tous dans le même univers partagé. Revenant ici à un « film solo », Iron Man reprend de l’épaisseur, aidé il faut le dire par un changement significatif. Jon Favreau, réalisateur des deux premiers films, cède la place à Shane Black, et, sans vouloir faire injure au premier, la série y a énormément gagné.
Black n’est pas un inconnu, loin de là ; pour les aficionados des films d’action, c’est même un nom synonyme d’ »entertainment value » ; scénariste, il a écrit il y a quelques 25 ans de cela un certain L’ARME FATALE qui posait bien les bases de son univers : des héros cabossés et sérieusement dépressifs (avant de laisser la place à des « buddy movies » portés sur la gaudriole, le premier ARME FATALE se montrait même d’une noirceur extrême à ce sujet), évoluant dans un univers policier « hard boiled », truffé de références à la pop culture (ceci bien avant Tarantino), et surtout servi par des dialogues à la mitraillette immédiatement identifiables. Black était aussi la première victime du PREDATOR de McTiernan, le soldat amateur de comics et de blagues cochonnes ! Son nom est aussi associé à d’autres polars explosifs des 90′s devenus cultes : LE DERNIER SAMARITAIN de Tony Scott, avec Bruce Willis, et AU REVOIR A JAMAIS avec Geena Davis et Samuel L. Jackson. Egalement « script doctor » capable de trouver les meilleures répliques du LAST ACTION HERO de McTiernan, Black semblait avoir quelque peu disparu de la circulation, avant de réapparaître en 2005, comme réalisateur et scénariste d’un hilarant thriller, KISS KISS BANG BANG, dont Robert Downey Jr. était la vedette. Baignant donc depuis toujours dans un univers de pop culture, entre polar sérieux et références permanentes à l’univers des comics, Black retrouve donc son acteur pour IRON MAN 3. Association judicieuse, car le film bénéficie de la « touche Shane Black » : en dehors des attendues scènes d’action démesurées, on y retrouve tous les éléments habituels de son univers. Tony Stark se retrouve ici en déveine permanente, affublé d’un traumatisme sévère qui l’éloigne peu à peu de sa compagne, et poussé à bout par des méchants particulièrement retors. La destruction de la villa de Stark par les hélicoptères du Mandarin nous renvoie aussi au bon souvenir d’une scène similaire de L’ARME FATALE. Les nostalgiques des « buddy movies » seront aux anges avec l’association finale de Stark et Rhodey, prenant d’assaut la base des affreux en ne pouvant compter que sur quelques armes, et des répliques cinglantes dans la grande tradition du genre.
On appréciera surtout que Black ait contourné avec beaucoup d’astuce certains pièges liés aux adaptations de comics ; à savoir, ici, le personnage du Mandarin, ennemi juré d’Iron Man dans la b.d. Un personnage problématique à l’époque du politiquement correct ; créé à l’époque de la Guerre Froide, le Mandarin était un vrai stéréotype ambulant de « Péril Jaune », un mixe de Fu Manchu, du Docteur No et de Genghis Khan… Comment le rendre crédible dans un univers cinématographique ancré dans le réel – du moins, la « réalité » des films Marvel ?… Shane Black a osé tordre le cou au cliché. La révélation de l’identité réelle du Mandarin (performance ahurissante du grand Ben Kingsley) est un sacrilège vis-à-vis du comics, mais un sacrilège génial. Clairement assimilé dans le film à un stéréotype de chef terroriste à la Ben Laden, le grand méchant oriental fanatique n’est en fin de compte qu’un pitoyable acteur, une couverture pour un autre criminel bien plus dangereux. Un mythe médiatique entretenu par une multinationale, un leurre qui piège le gouvernement américain, lequel répond en fabriquant un autre mythe médiatique, l’Iron Patriot… Black se permet donc, par le biais d’un film de super-héros, de critiquer avec beaucoup d’ironie les faux-semblants de son pays dans sa guerre au terrorisme mondial. Très gonflé, et payant : Black nous rappelle ainsi qu’il y a une grande part de manipulation de l’opinion publique, dans la représentation des criminels de ce début de siècle.
La réalisation, nerveuse, ne se limite pas aux explosions et aux effets spéciaux (cela dit, les amateurs seront largement contentés), elle laisse aussi aux acteurs une certaine marge de liberté pour donner une vie à ces personnages de b.d. Complices depuis le début de la série, Downey Jr. et Gwyneth Paltrow s’entendent toujours à merveille. Les interprètes des méchants ne sont pas en reste : outre un Ben Kingsley passant de la menace absolue à la comédie british avec une aisance sidérante, on retrouve le toujours bon Guy Pearce, à son aise avec un personnage manipulateur à souhait ; on retiendra aussi la présence du moins connu James Badge Dale (découvert dans la mini-série THE PACIFIC), excellent en homme de main mutique, qui fait passer de sales moments à Tony Stark et ses proches. Un nom à suivre.
Astucieux, cinglant, trépidant, IRON MAN 3 boucle brillamment une trilogie jusque-là plutôt inégale. On attend bien entendu de voir la suite…
Ludovic Fauchier.








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