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Archives pour octobre 2013

En bref… L’EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET

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L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, de Jean-Pierre Jeunet

T.S. Spivet (Kyle Catlett), dix ans, vit dans le ranch familial tout au sommet du Montana, avec ses parents (Helena Bonham Carter et Callum Keith Rennie), sa grande soeur Gracie (Niamh Wilson), et son chien Tapioca. Jeune surdoué passionné de sciences, T.S. communique mal avec son père, un cowboy laconique, et avec sa mère, une doctoresse écolo obsédée par la recherche d’un insecte introuvable. La famille est endeuillée par la mort accidentelle de Layton, le frère jumeau de T.S., que lui préférait son père. Le garçonnet a assisté au drame, mais refuse d’en parler, préfèrant se plonger dans ses inventions. Mis au défi de créer la machine à mouvement perpétuel, T.S. envoie un plan de sa conception au Smithsonian Museum ; lorsque la directrice Jibsen (Judy Davis) téléphone chez lui, sans savoir que l’inventeur n’a que dix ans, T.S. ment et décide de faire seul le grand voyage à Washington pour toucher le prix que l’Institut va lui décerner…

 

En bref... L'EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET dans Fiche et critique du film lextravagant-voyage-du-jeune-et-prodigieux-t.s.-spivet

Retour en terre américaine pour Jean-Pierre Jeunet, dans un contexte heureusement très différent de celui d’un Alien : la Résurrection de triste mémoire. Le réalisateur d’Amélie Poulain donne un petit cousin américain à celle-ci, interprété par le tout jeune Kyle Catlett, très touchant. Le résultat est une plaisante balade, un road movie mélancolique et léger, bénéficiant aussi d’une émouvante performance d’Helena Bonham Carter.

Ludovic Fauchier.

Joe Dante, le mini-guide

Joe Dante, le mini-guide dans Mini-guide joe-dante

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Aujourd’hui, nous revisitons la filmographie de Joe Dante, un cinéaste attachant mais malheureusement devenu bien rare depuis plusieurs années. La carrière de ce dernier ne se limite pas au seul Gremlins, son film le plus célèbre. Une filmographie vouée toute entière à l’amour du Cinéma fantastique des années 1950, des monsters movies les plus déjantés devant lesquels le réalisateur, maintenant âgé de 67 ans, a grandi. Au programme, donc, une dizaine de films cultes, remplis de drôles de bestioles, d’extraits de classiques du Fantastique, de gags mémorables et de guest stars référentielles. Fidèle à ses acteurs, grand amateur de caméos à l’instar de son collègue John Landis, Joe Dante adore s’entourer de visages familiers dans ses films : en tête, l’inamovible Dick Miller, vétéran bourru des productions de Roger Corman, toujours présent dans chaque film de Dante depuis Hollywood Boulevard. Miller est suivi de près par Kevin McCarthy (le psychiatre paranoïaque des Body Snatchers de Don Siegel), William Schallert (le médecin dépassé de L’Homme qui rétrécit) ou Kenneth Tobey (qui combattit La Chose d’un Autre Monde pour Howard Hawks). Se joignirent à eux Robert Picardo (second rôle familier et victime régulière des gags de Dante), Bruce Dern et sa trogne grimaçante, Kathleen Freeman (comparse de Jerry Lewis dans sa grande période), et des apparitions surprises : comme celles de Steven Spielberg (jouant les inventeurs plâtrés dans Gremlins), Chuck Jones (cartoonist de génie des meilleurs Looney Tunes, créateur de Bip Bip et du Coyote), Jerry Goldsmith (le compositeur attitré de Dante), ou encore Bugs Bunny, Daffy Duck et Robby, le robot de Planète Interdite. Que du beau monde !

Entre deux longs-métrages, Dante a aussi régulièrement travaillé pour la télévision américaine, malheureusement je manque de place pour citer toutes ses contributions… Cela dit, n’hésitez pas à chercher des curiosités comme sa comédie satirique très réussie La Seconde Guerre de Sécession, le film à sketches Amazon Women on the Moon (Cheeseburger Film Sandwich), co-réalisé entre autres avec John Landis, ou les épisodes de nombreuses séries télévisées auxquelles il a contribué… La mention PV signalera les tous premiers films du cinéaste que je n’ai pas vus. Merci de mentionner les éventuels oublis ou erreurs !

Aucune raison autre que la nostalgie (et l’approche d’Halloween) pour ce mini-guide. C’est que l’ami Joe commence à nous manquer : son film des Looney Tunes est sorti il y a dix ans sur grand écran, et son dernier long-métrage, The Hole, fut expédié en vidéo sans aucune sortie en salles, en 2009…

J’espère que vous apprécierez ce guide, qui vous est gracieusement présenté par ACME Industries, Clamp Channel Network et les Pilules Laxatives Carter.

 

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(PV) The Movie Orgy (de 1966 à 1975)

Pas d’histoire pour le tout premier film de Joe Dante, qui se présente comme un « collage » de séquences de films de série B de l’âge atomique (dont le cultissime L’Attaque de la Femme de 50 Pieds, image ci-dessus), d’extraits d’émissions télévisées, de divers documents d’archives, de films gouvernementaux, de cartoons, de publicités, de films musicaux, etc. Le tout étant coupé de quelques sketches mis en scène par Dante, et monté de façon à donner l’impression que le spectateur assiste à un vaste programme télévisé, zappant d’une chaîne à l’autre… l’enchaînement des séquences, truffées de monster movies, laisse finalement croire que de graves évènements (type « Guerre des Mondes ») se produisent en simultané. 

 

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Le réalisateur modifia à loisir la durée du film, de quatre à sept heures selon les copies. Travaillant avec Jon Davison (futur producteur de RoboCop et Starship Troopers de Paul Verhoeven), Dante assume ainsi d’emblée son incurable cinéphilie tout en s’adonnant aux joies du « film dans le film », et invente le concept des émissions du style « Le Zapping », vingt ans avant Canal+ !

 

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(PV) Hollywood Boulevard (1976)

Où les déboires d’une starlette, Candy (Candice Rialson), qui rêve de devenir star à Hollywood, mais échoue dans les studios Miracle (comme on dit dans Hellzapoppin : « If it’s a good movie, it’s a Miracle ! »), spécialisés dans les séries Z. Voilà donc notre damoiselle tournant Machete Maidens of Mora Tau aux Philippines, dans un tournage vite perturbé par un meurtre…

Dante travaillait alors chez New World, le studio de Roger Corman, le pape de la série B américaine, célèbre pour son sens de l’économie drastique, et découvreur de futurs talents du cinéma américain (Jack Nicholson, Coppola, Scorsese, James Cameron, Jonathan Demme ou Ron Howard. Suite au pari fait par Corman et Jon Davison de produire le film le plus cheap qui soit, Dante, nommé co-réalisateur avec Allan Arkush, se fit donc les dents avec ce film, utilisant au maximum des stock-shots et séquences de précédentes productions Corman, telles que The Terror / L’Halluciné (dans lequel apparaît Dick Miller, qui regarde l’extrait en question dans son premier film avec Dante) ou La Course à la mort de l’an 2000, film culte de Paul Bartel, un autre visage familier des films de Dante. Celui-ci livre un travail tout à fait correct aux yeux de Corman, manifestant son don pour la satire des moeurs hollywoodiennes (le titre faisant évidemment référence à un quartier réputé pour ses péripatéticiennes…) et ses monstres chéris (dont cet homme-mouche très swag tapant le carton avec Mary Woronov, égérie de la série B des seventies !).

 

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Piranhas (1978)

Ne vous baignez pas dans la Lost River, un paisible cours d’eau texan… Suite à la disparition d’un jeune couple, Maggie, une détective amateur (Heather Menzies), et Paul, un garde-chasse (Bradford Dillman), découvrent un site d’expérimentations de l’US Army, cadre des opérations scientifiques de l’ »Opération Razorteeth » durant la Guerre du Viêtnam. Par la faute d’un savant fou (Kevin McCarthy), des piranhas sont maintenant capables de vivre en eau froide et dans l’océan. Libérés accidentellement de leur bassin, les poissons voraces vont semer une panique monstre en aval, alors que le camp de vacances voisin vient d’ouvrir…

 

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Joe Dante signe son premier long-métrage professionnel officiel, toujours sous l’égide de Jon Davison et Roger Corman qui ont évidemment remarqué le triomphe des Dents de la Mer au box-office, trois ans plus tôt… Si le film de Spielberg généra un nombre phénoménal de plagiats, séquelles ou parodies souvent dénuées d’imagination, le film de Dante n’eut pas à rougir de l’inévitable comparaison. Habilement géré avec son minuscule budget, Piranhas reste tout à fait appréciable, grâce à l’humour noir du script de John Sayles (devenu depuis un réalisateur indépendant très doué), et aux attaques des bestioles, sanglantes et absurdes à souhait. Les effets sont notamment dûs à de futurs grands des effets visuels, notamment Phil Tippett et Rob Bottin. Le film générera une suite complètement Z, oeuvre malencontreuse d’un débutant nommé James Cameron, et attirera l’attention de Steven Spielberg, qui préfèra largement ce film aux Dents de la Mer n°2

 

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Hurlements (1981)

Ayant servi d’appât dans la traque et l’élimination d’un tueur en série des plus vicieux, Eddie Quist (Robert Picardo), la journaliste Karen White (Dee Wallace Stone) reste traumatisée par l’incident. Sur les conseils du bon docteur Waggner (Patrick Macnee), Karen et son compagnon Bill (Christopher Stone) se rendent dans son institution spécialisée, la Colonie, au bord de la côte Pacifique nord. Séances de thérapie et activités de détente sont au programme, et les autres membres sont des plus aimables, quoique un peu rustres… Pendant que leurs amis restés à Los Angeles font d’inquiétantes découvertes sur Eddie Quist, Karen est de plus en plus perturbée, les hurlements des loups dans la forêt voisine, chaque nuit, lui rappelant un mauvais souvenir…

 

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La belle, et les Bêtes !… Sorti du giron de Roger Corman, et désormais associé au producteur Michael Finnell qui sera de chacun de ses films, Joe Dante dépoussière en 1980 le mythe archi-rebattu du loup-garou. Tous les films du genre suivaient basiquement la trame du vieux classique avec Lon Chaney Jr., sans jamais rien changer ni au propos ni aux scènes de transformation. Devançant de quelques mois John Landis et son Loup-Garou de Londres, Dante réactualise le thème en le transposant à notre époque (comprendre : 1980), et lui injecte une bonne dose d’humour noir, d’horreur graphique et de sexualité (notamment une mémorable scène de copulation bestiale entre un homme et une sublime lycanthrope). Le résultat est un petit classique du genre, référentiel (les personnages portant des noms de réalisateurs ayant tourné un film de loup-garous) et plein d’humour : Slim Pickens qui garde son éternel Stetson sur la tête quand il se transforme ; John Carradine, vétéran fordien dans un de ses derniers rôles, en lycanthrope sénile qui perd son dentier… Magnifiés par les cadrages et les lumières du chef opérateur John Hora, les loups-garous ont la vedette grâce aux extraordinaires transformations dynamiques dûes à Rob Bottin.

 

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Twilight Zone : The Movie / La Quatrième Dimension : Le Film (1983)

Troisième segment de ce film inspiré de la mythique série de Rod Serling, C’est une bonne vie nous narre la rencontre entre Helen Foley (Kathleen Quinlan), une institutrice en voyage, et un jeune garçon, Anthony (Jeremy Licht). Ayant manqué de le renverser avec sa voiture, Helen se fait pardonner en raccompagnant le gamin chez lui, le jour de son anniversaire. Mauvaise idée, car la famille d’Anthony semble terrorisée et soumise à ses moindres caprices, liés aux dessins animés qui sont diffusés en boucle dans la maisonnée…

 

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Ce film à sketches co-produit par Steven Spielberg et John Landis, recrutant Joe Dante et George Miller, tenta sans succès d’adapter au cinéma la mythique série télévisée créée par Rod Serling. L’épisode de Dante, écrit par le grand Richard Matheson en personne, fut l’un des rares motifs de satisfaction de ce film déséquilibré, par ailleurs endeuillé par un accident qui causa la mort de l’acteur Vic Morrow et de deux enfants, sur le tournage du segment de Landis. Pour Dante, le film est une première pour plusieurs raisons. Il travaille pour la première fois avec Steven Spielberg, et surtout trouve sa « voix » musicale grâce au grand Jerry Goldsmith qui devint son compositeur régulier. Dante assume ouvertement sa passion des cartoons dans ce conte cauchemardesque sur le pouvoir aliénant de la télévision et les défaillances de l’éducation des enfants. Techniquement parlant, c’est un tour de force : Dante et son équipe (le chef-opérateur John Hora et Rob Bottin, le concepteur des créatures, en tête) recréent en réel les codes visuels des cartoons de Tex Avery et Chuck Jones, dans une ambiance jouant à la fois sur l’humour et l’angoisse. Le résultat est plutôt réussi. Dommage que le sketch, à l’instar des autres, soit si court. Il constitua en tout cas un solide galop d’essai avant le film suivant…

 

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Gremlins (1984)

Billy Peltzer (Zach Galligan), un tout jeune homme, reçoit de son père Rand (Hoyt Axton) un inoubliable cadeau de Noël : Gizmo le Mogwaï, adorable petite boule de fourrure, découvert dans une vieille échoppe du quartier chinois de New York. Trois règles strictes sont à respecter pour élever Gizmo : ne jamais le mouiller, ne jamais l’exposer à la lumière vive et surtout, ne jamais lui donner de nourriture après minuit. N’ayant pas respecté la première règle, Billy se retrouve avec cinq Mogwaïs supplémentaires sur les bras. Cinq petits garnements, bien loin d’être aussi mignons que Gizmo, et qui vont faire passer à Billy, sa petite amie Kate (Phoebe Cates) et à leurs voisins un Noël épouvantable…

 

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Le classique des classiques de Joe Dante, Gremlins n’a rien perdu, trente ans après sa réalisation, de son charme très spécial. Parti d’un scénario de Chris Columbus, Dante, associé à Spielberg, en adoucit le ton initial très horrifique pour en tirer quelque chose de plus personnel. Le film, entamé comme un conte de Noël à la Capra (La Vie est belle est d’ailleurs ouvertement cité), est peu à peu envahi par le mauvais esprit des E.C. Comics, de Tex Avery et des films de monstres à l’ancienne, et provoque un mélange détonant de tendresse absolue (Gizmo forever !!!), de rire (la virée des Gremlins dans le bar !!) et d’effroi (voir la scène de la cuisine, ci-dessus). Le mélange était risqué, mais Dante s’en est tiré de main de maître. Et Gremlins de délivrer en sous-texte un message corrosif sur ce besoin typiquement américain de vouloir contrôler, « civiliser » des forces naturelles sans se soucier des conséquences. Mais le film est aussi une réflexion amusée sur le cinéma en tant qu’objet à préserver avec beaucoup de précautions. Rappelons qu’à l’époque, les films étaient tournés sur pellicule argentique. On tirait les copies (= les Gremlins) de la bobine originale (= Gizmo), après un passage au bain révélateur (= la multiplication des bestioles au contact de l’eau !) ; et comme chacun le sait, les copies sont toujours moins bonne que l’original… De plus, gare à la surexposition à la lumière… Quant à la fameuse règle « pas de nourriture après minuit », s’agit-il pour Dante de mettre en garde contre le consumérisme excessif des images ? Ou plutôt un clin d’oeil aux séances de minuit, propices à regarder des films anticonformistes, les vrais « Gremlins » du Cinéma ? Qui sait…

 

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Explorers (1985)

le jeune Ben (Ethan Hawke) adore la science-fiction, est amoureux transi d’une camarade de classe, et est aussi la tête de turc de la brute du lycée. Seul réconfort, il a pour meilleur ami Wolfgang (River Phoenix), petit génie scientifique qui partage ses goûts. Dérangé par un rêve récurrent représentant un circuit électronique détaillé, Ben en parle à Wolfgang, et tous deux réalisent que Ben reçoit les instructions pour construire un vaisseau spatial ! Farfouillant du matériel de récupération, les deux gamins entraînent un troisième larron, le marginal Darren (Jason Presson), pour fabriquer le vaisseau Thunder Road. Direction les étoiles, à la rencontre des êtres mystérieux qui ont contacté Ben…

 

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Le triomphe de Gremlins lui ayant ouvert des portes, Dante tourna immédiatement après pour le studio Paramount cet Explorers d’inspiration très « spielbergienne 80′s »… qui reste sa plus grande déception, et sans doute son film le plus faible. Il faut dire que le projet souffrit des aléas de production devenus hélas monnaie courante chez les studios : les exécutifs de Paramount ne trouvèrent rien de mieux que d’obliger Dante à abréger tournage et montage pour sortir précipitamment le film durant l’été 1985. Résultat, Explorers, bien que très sympathique (au moins dans sa première partie), se fit laminer au box-office par Retour vers le Futur et Les Goonies, deux productions Spielberg… Le film souffre terriblement de son troisième acte déséquilibré et d’un final en queue de poisson. Dommage, car les aventures de ce vaisseau spatial bricolé par les trois gamins (dont le regretté River Phoenix), référence certaine au cinéma « bricolé » qu’affectionne Dante, conservent un certain charme.

 

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Innerspace / L’Aventure Intérieure (1987)

Mauvaise passe pour Tuck Pendleton (Dennis Quaid), un pilote terriblement égocentrique, qui se fait plaquer par sa petite amie journaliste Lydia (Meg Ryan), lassée de son attitude. Tuck, déprimé, accepte d’être le pilote d’essai d’un projet fou conçu dans les laboratoires Vectorscope : aux commandes d’un submersible, il va être miniaturisé et injecté dans un lapin vivant… Mais, à la suite d’un sabotage industriel en règle, Tuck se retrouve accidentellement injecté dans le corps d’un brave caissier de supermarché, Jack Putter (Martin Short) ! Terriblement hypocondriaque et timide, Jack ne comprend rien à ce qui lui arrive, alors que Tuck tente de le contacter depuis l’intérieur de son corps. Le temps presse, car le cupide Scrimshaw (Kevin McCarthy) et ses sbires veulent s’emparer de la puce de miniaturisation fixée au submersible. Et Tuck, exposé aux multiples dangers du corps de Jack, doit s’en extraire avant un délai fatidique au-delà duquel lui et le submersible vont reprendre leur taille normale…

 

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Après un détour télévisuel pour Histoires Fantastiques, Joe Dante et Steven Spielberg reprirent leur association avec Innerspace, très drôle relecture du Voyage Fantastique de Richard Fleischer. Malheureusement, inexplicablement, le film fut un nouvel échec au box-office américain pour Dante… D’autant plus incompréhensible qu’Innerspace est considéré aujourd’hui, à juste titre, comme un de ses meilleurs films. Le scénario de Jeffrey Boam, plein d’astuces et de situations à la fois délirantes et cohérentes, ne se limite pas à une simple exploration du corps humain comme dans le film de Fleischer. Il développe des situations de comédie où les deux protagonistes principaux, sans jamais se croiser avant la toute fin du film, ne cessent de s’influencer l’un l’autre, pour le meilleur et le pire. Le macho Tuck (Dennis Quaid, excellent dans le registre de son personnage de L’Etoffe des Héros) joue la « conscience virile » du timide Jack, l’obligeant à sortir de sa coquille, tandis que ce dernier (Martin Short, irrésistible) lui fait subir en retour les multiples dangers de son organisme malmené ! Ajoutez à ce duo une Meg Ryan craquante, un faux Terminator (pourvu d’une main artificielle faisant vibromasseur !), des effets visuels splendides (le corps humain décrit dans Innerspace, créé par ILM, est un véritable monde extra-terrestre), une scène de métamorphose dûe à ce fou de Rob Bottin, l’apparition hilarante de Kathleen Freeman, des situations inattendues à tire-larigot (dont l’exploration par le héros miniaturisé de l’utérus de sa petite amie !!), et vous n’aurez qu’une petite idée de la joyeuse folie qui imprègne ce film cher aux « dantophiles ».

 

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The ‘Burbs / Les Banlieusards (1989)

Ray Peterson (Tom Hanks), cadre moyen en proie au burn-out, voudrait bien rester à glander chez lui durant ses vacances, au grand dam de sa femme Carol (Carrie Fisher). S’il supporte tout juste la présence de ses voisins, notamment Art (Rick Ducommun), grande gueule et sans-gêne, et Mark (Bruce Dern), vétéran détraqué de la Guerre du Viêtnam, Ray s’étonne davantage de ses nouveaux voisins, les Klopek. Une odeur bizarre se dégage de leur maison mal entretenue, ils font du bruit dans le sous-sol chaque nuit, et personne n’a revu les anciens locataires. Contre son gré, Ray se retrouve poussé à espionner ces voisins étranges…

 

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Associé ici à Ron Howard, co-producteur du film, Dante s’aventure dans la comédie noire, s’amusant à tirer à boulets rouges sur le symbole le plus évident de l’American Way of Life satisfaite d’elle-même : le quartier résidentiel de banlieue, avec ses petites maisons alignées, ses pelouses immaculées, et ses voisins trop souriants. Dante laisse ici les effets spéciaux (ou du moins, il les réduit à un simple générique partant de l’espace pour atterrir dans ce quartier, afin de souligner l’égocentrisme de ses concitoyens) pour signer une fable grinçante à souhait ; l’ensemble fait penser aux séries télévisées des fifties gentiment conservatrices (style Leave It To Beaver) qui rencontreraient Fenêtre sur Cour ou certains épisodes de La Quatrième Dimension, comme Les Monstres de Maple Street (description impitoyable de la paranoïa banlieusarde), avec l’humour référentiel de Dante pour couronner l’ensemble. Côté casting, Tom Hanks est déjà égal à lui-même en américain ordinaire un brin patachon, mais c’est Bruce Dern en ex-soldat paranoïaque qui décroche le meilleur rôle, et devient un fidèle de la bande à Dante.

 

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Gremlins 2 (1990)

Billy et Kate (Zach Galligan et Phoebe Cates), maintenant fiancés, vivent à New York et travaillent tous les deux dans la Tour Clamp, l’immeuble du magnat Daniel Clamp (John Glover), qui cumule bureaux, centres commerciaux, chaînes de télévision… ainsi qu’un laboratoire de recherches génétiques menées par le sinistre docteur Catheter (Christopher Lee). Celui-ci s’est emparé du pauvre Gizmo, orphelin depuis la mort de son maître. Si Billy retrouve à temps le petit Mogwaï, le jeune homme doit s’absenter à cause du travail. Et Gizmo est une nouvelle fois accidentellement mouillé… Les affreux Gremlins sont de retour, pour semer destruction, panique et rigolade dans tout l’immeuble ! Billy et ses amis sauront-ils les empêcher de se répandre dans New York ?… 

 

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On prend les mêmes, et on recommence ? Pas tout à fait… Le triomphe du premier Gremlins avait évidemment motivé les cadres de la Warner à vouloir une suite immédiate. Mais Dante, trouvant qu’une suite serait forcément inutile, se fit finalement tardivement convaincre de signer Gremlins 2, à la condition qu’on lui laisse la liberté de faire le film qu’il voulait. Il s’est donc lâché pour cette suite qui est un ahurissant pétage de plombs cinématographique. Gremlins 2, c’est l’Hellzapoppin des années 1990 : un film qui se moque délibérément de lui-même, et de son statut de suite imposée à un classique. Le film est littéralement pris de démence au fil des minutes, comme si les Gremlins avaient échappé à leurs concepteurs pour s’emparer de l’oeuvre… C’est précisément le cas, Dante osant briser le « quatrième mur » (la frontière entre le spectateur et le film) dans une scène mémorable où les Gremlins interrompent la projection du film !! Tout le reste du film est dans le même esprit : Bugs Bunny et Daffy Duck (animés par Chuck Jones en personne) viennent malmener le logo Warner, Gizmo se prend pour Rambo, le monologue de Kate du premier film est ridiculisé (tout comme les trois règles), les Gremlins étranglent le critique Leonard Maltin qui s’en est pris à leur film… Gremlins 2 illustre à merveille les tendances satiriques du père Dante, ravi de sa bonne blague à l’encontre du studio Warner Bros. Le public, décontenancé et divisé, ne suivit pas. Aujourd’hui, le film conserve un statut culte le plaçant à côté d’autres oeuvres bien barrées comme 1941 de Steven Spielberg, Last Action Hero de John McTiernan ou Mars Attacks! de Tim Burton. Pour résumer l’esprit du film, tout repose dans une réplique du « Gremlin intello » : « Etait-ce civilisé ? En aucun cas. Drôle, certainement, mais absolument pas civilisé ! ».

 

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Matinee / Panic sur Florida Beach (sic) (1993)

La vie n’est pas toujours rose pour le jeune Gene Loomis (Simon Fenton) et son petit frère Dennis (Jesse Lee Sofer), forcés de suivre leur père militaire au gré de ses affectations. Récemment arrivé à Key West, Gene passe ses week-ends avec son frère, dans la salle du Strand, le cinéma de la ville. L’arrivée de Lawrence Woolsey (John Goodman), roi de la série B qui va projeter son nouveau film, Mant!, est l’occasion rêvée pour lui d’en savoir plus sur le cinéma, de se faire des amis, et de nouer une première relation amoureuse. Mais alors que Woolsey prépare un show mémorable pour son jeune public, en Atomo-Vision et Vrombirama, le vrai spectacle risque bien d’être en dehors de la salle, définitivement… Nous sommes en octobre 1962, et Key West est la ville la plus proche des missiles cubains braqués sur les Etats-Unis !

 

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Joe Dante livra avec Matinee l’un de ses meilleurs films, et le plus personnel. Le réalisateur, à travers cette comédie, revisite l’esprit d’une époque révolue, celle de sa jeunesse passée dans les cinémas « à l’ancienne », et les séances des matinees. Comme des milliers de kids des années 50-60, le jeune Dante passa ses weekends dans les salles obscures ; au programme dans la même matinée, pour un prix modique : cartoons, documentaires, bandes-annonces à foison, et surtout des films de série B à la pelle, qui alimentèrent toute l’imagination du futur réalisateur. L’explosion de ces films durant l’après-guerre marquée par la paranoia anticommuniste et la peur des bombes atomiques fournit à Dante et au scénariste Charlie Haas l’idée géniale de faire un parallèle entre le spectacle, bien inoffensif, des monstres mutants atomiques (Godzilla, Tarantula, Them ! / Des Monstres attaquent la Ville et tant d’autres) et la peur bien réelle des citoyens américains, durant la crise des missiles cubains. Le film recrée astucieusement le curieux climat de cette période, aidé en cela par l’humour de Dante. Celui-ci donne un rôle en or à John Goodman, dont le personnage de réalisateur-businessman-bonimenteur-bricoleur ringard et enthousiaste s’inspire notamment de Roger Corman et de William Castle. Dante s’amuse aussi beaucoup avec son faux film, Mant!, dont la projection ponctue le récit. Il osera même malmener les règles cinématographiques courantes, pratiquant la mise en abîme et brisant encore une fois le quatrième mur. C’est ainsi qu’au détour d’une scène, le spectateur de Matinee (vous et moi) se retrouve à regarder les protagonistes du film, qui eux-même regardent des spectateurs au cinéma dans le film Mant! … lesquels se retournent vers eux, pour les alerter de l’attaque de l’homme-fourmi qui nous saute alors au visage. Du grand art ! 

 

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Small Soldiers (1998)

Branle-bas de combat pour les responsables de la firme de jouets Heartland, rachetée par Gil Mars (Dennis Leary), président de la multinationale Globotech. Après une rapide réunion, une nouvelle gamme de figurines interactives est lancée : les Commando Elite, un groupe de super-soldats héroïques, et leurs ennemis les Gorgonites, des monstres extra-terrestres. L’un des concepteurs ne trouve rien de mieux que de  »booster » en secret l’intelligence artificielle des jouets en les dotant d’une puce expérimentale militaire, avant d’envoyer une première série de jouets dans le magasin du père d’Alan Abernathy (Gregory Smith), un jeune garçon perturbé. Alan découvre avec stupeur qu’Archer (voix de Frank Langella) et ses alliés Gorgonites sont réellement conscients… Malheureusement, c’est aussi le cas des Commando, qui se réveillent sous la férule du redoutable Chip Hazard (Tommy Lee Jones) et décident de détruire les alliés des Gorgonites : la famille d’Alan et celle de sa voisine, la jolie Christy (Kirsten Dunst)…

 

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Après de nouveaux détours télévisuels, notamment avec le téléfilm La Seconde Guerre de Sécession (1997), Joe Dante reprit le chemin des studios et retrouva Steven Spielberg pour ce Small Soldiers qui constitua leur dernière association à ce jour. Un peu forcé et contraint de refaire un film dans l’esprit de Gremlins, Dante accepta la commande et s’en tira plutôt bien, compte tenu des circonstances… Un script inachevé au moment du tournage, et les pressions incessantes de la firme Hasbro, cherchant à faire du film un support pour promouvoir une nouvelle gamme de jouets. Les cadres exécutifs et les décideurs de multinationales étant désormais la bête noire de Dante, ce dernier, incorrigible, leur taille un costume sur mesure dès les premières minutes du film ! Et il glisse toujours un propos subversif qui a dût déplaire à ceux-ci : les Commando Elite et autres poupées Gwendy (GI Joe et Barbie), vendus et distribués en masse aux gamins américains, sont d’affreux stéréotypes fascisants, véhiculant une idéologie agressive et déshumanisée, la mort de l’imagination représentée ici par les Gorgonites au look de monstres désuets. Un poil trop référentiel (le film ressemble beaucoup trop aux deux Gremlins pour convaincre), Small Soldiers n’en demeure pas moins sympathique, aidé par un casting vocal de premier plan (mentions spéciales aux Commandos doublés par Tommy Lee Jones, Bruce Dern et les derniers des Douze Salopards : Ernest Borgnine, Jim Brown, George Kennedy et Clint Walker).

 

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Les Looney Tunes passent à l’action (2003)

Crise majeure aux studios Warner Bros. : Daffy Duck, exaspéré d’être l’éternel faire-valoir de Bugs Bunny, fait un scandale quand il apprend que Kate Houghton (Jenna Elfman), la nouvelle responsable de la branche familiale du studio, veut le licencier. D.J. Drake (Brendan Fraser), gardien des studios et fils de la star de films d’action Damian Drake (Timothy Dalton), n’arrive pas à calmer l’irascible canard qui provoque une catastrophe… D.J. se retrouve donc au chômage. Un message de son père lui révèle que ce dernier est en réalité un véritable espion, sur la trace du légendaire diamant Singe Bleu, convoité par le maléfique Président Chairman (Steve Martin) des industries Acme. Décidé à sauver son père, D.J. se rend à Las Vegas, Daffy pendu à ses basques ; rejoints par Bugs et Kate, qui risque le renvoi pour avoir séparé le célèbre duo animé, la fine équipe doit sauver le monde des griffes de Chairman et ses sbires, les vieux ennemis de Bugs…

 

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Depuis le temps qu’ils apparaissent dans ses films, il était inévitable que Joe Dante finisse par mettre en scène Bugs Bunny et Daffy Duck. Les Looney Tunes passent à l’action fut surtout l’occasion pour Dante de rendre un hommage affectueux à son vieil ami Chuck Jones (décédé en 2002), de rendre justice à la joyeuse folie de ses meilleurs dessins animés… et de faire oublier l’infâme Space Jam de 1997. Renouant avec l’esprit « nawak » de Gremlins 2, Dante signe son feu d’artifice : une série de courses-poursuites loufoques, truffées de références à l’oeuvre de Jones (« Duck season ! Rabbit season ! », le Coyote, Marvin le Martien…), de clins d’oeils cinéphiliques, de moments délirants et de coups de griffes bien sentis envers le système hollywoodien. se projetant certainement dans Daffy, Dante ose en effet évoquer ses propres démélés avec les studios et se venge par l’humour : Daffy saccage le tournage du nouveau Batman (réalisé par Roger Corman !!), et écrase la célèbre citerne Warner sur l’exécutive indélicate ! Les gags « métatextuels » abondent une nouvelle fois : Brendan Fraser incarne le doubleur des cascades de Brendan Fraser (présenté ici comme un abruti de première), Timothy Dalton (ancien James Bond) incarne un agent secret se faisant passer pour un acteur jouant les agents secrets… Du Dante tout craché. Et on retiendra notamment deux passages complètement azimutés : la poursuite entre Bugs, Daffy et Elmer Fudd dans des tableaux de maîtres, prétexte à des trouvailles graphiques savoureuses ; et la découverte du Hangar 52 où Robby le Robot croise Kevin McCarthy (toujours obnubilé par ses Body Snatchers !), hangar pris d’assaut par Marvin le Martien et les monstres échappés des vieilles séries B chères au cinéaste (les Daleks de Docteur Who, les Triffides, le Métalunien des Survivants de l’Infini, L’Homme de la Planète X et le Ro-Man de Robot Monster)…

Plus tristement par contre, Les Looney Tunes… marquera la dernière collaboration entre Dante et Jerry Goldsmith, avant son décès. Et l’insuccès du film poussera un peu plus Dante vers la sortie du système des studios. Dommage, vraiment, car même s’il n’éclipse pas le Roger Rabbit de Zemeckis, le film de Dante mériterait bien d’être réévalué.

 

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The Hole (2009)

Dane et Lucas Thompson (Chris Massoglia et Nathan Gamble) suivent leur mère, obligée de fuir en permanence un mari violent. Arrivés dans leur nouvelle maison de Bensonville, les frères découvrent une étrange trappe, fermée de six verrous, dans la cave. Ouverte, la trappe s’avère si profonde que l’on ne peut ni en voir ni en toucher le fond. Avec l’aide de Julie (Haley Bennett), une charmante voisine, Dane et Lucas font glisser dans le trou une caméra fixée à une corde. Personne ne prête attention aux phénomènes inquiétants liés au trou, phénomènes qui menacent bientôt le petit Lucas…

 

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La poisse continue de s’acharner sur Dante… Dernier long-métrage à ce jour du cinéaste, The Hole se vit condamner d’emblée à une infamante sortie direct-to-video, et donc privé d’une projection sur grand écran. Le film dut attendre deux ans avant d’être édité chez nous en DVD. Dur, quand on pense que Dante écrasait le box-office 25 ans auparavant… et injuste, car ce The Hole au budget modeste tient toutes ses promesses, prouvant que le papa des Gremlins sait toujours mêler l’humour et l’effroi avec brio. Si le film en lui-même n’est pas d’une originalité confondante (Dante revisite l’esprit de La Quatrième Dimension, et exploite des situations déjà vues dans ses films), il sait créer l’angoisse (les scènes avec la poupée clown) avec son efficacité coutumière. Le film garde aussi une noirceur bienvenue, Dante suggérant que ses jeunes héros ont subi des violences de la part de leur père. La maîtrise technique de premier ordre est toujours là, dans un dernier acte justifiant pour une fois pleinement l’usage de la 3D dans une scène de confrontation cauchemardesque. Et, cerise sur le gâteau, Dante nous gratifie d’une nouvelle apparition de Bruce Dern, le temps de quelques séquences inquiétantes à souhait.

La carrière cinématographique de Joe Dante en est malheureusement restée là depuis quatre ans. Obligé de se tourner vers la télévision (où, fidèle à son univers, il glisse des allusions aux films fantastiques dans des épisodes des Experts ou d’Hawaï Five-O !), l’ami Joe n’a pas pour autant renoncé à de futurs projets (Air Disturbance et le bien nommé Monster Love, histoire de vampires et loups-garous) qu’il a malheureusement du mal à monter, en dehors du système des studios l’ayant rejeté… Il ne reste plus qu’à espérer qu’un producteur solide et bienveillant (Steven, c’est quand tu veux) permette à Dante de continuer à filmer, pour la grande joie des cinéphiles. Et « That’s all, Folks ! »

 

Ludovic « Brain Gremlin » Fauchier.

En bref… PRISONERS

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Prisoners, de Denis Villeneuve

Keller et Grace Dover (Hugh Jackman et Maria Bello) fêtent Thanksgiving chez leurs amis Franklin et Nancy Birch (Terrence Howard et Viola Davis). Sorties jouer dans le jardin, Anna et Joy, les petites filles des deux couples disparaissent. Personne n’a rien vu, rien entendu. Seul indice : un van délabré, garé dans le voisinage, auprès duquel les fillettes jouaient un peu plus tôt dans la journée. Le signalement du van est transmis à la police locale et le soir même, l’inspecteur Loki (Jake Gyllenhaal) arrête son conducteur : Alex Jones (Paul Dano), un jeune homme retardé mental, au comportement incohérent. Placé en détention par Loki, Alex nie avoir enlevé les fillettes. Faute de preuves, il est relâché, au bout de 24 heures de garde à vue, et ramené à sa tante Holly (Melissa Leo). Lorsqu’il l’apprend, Keller, à bout de nerfs après des battues infructueuses, agresse le jeune homme dès sa sortie. Terrifié, Alex murmure une phrase qui persuade Keller qu’il est le complice d’un rapt. Tandis que Loki, cherchant un début de piste parmi les criminels sexuels fichés dans la région, fait une découverte perturbante, Keller, déterminé à retrouver coûte que coûte Anna et Joy, entraîne Franklin à commettre un acte irréparable…

 En bref... PRISONERS dans Fiche et critique du film prisoners

Quelle gifle… voilà le genre de film qui ne vous laissera ni indemne, ni indifférent. Le cinéaste québécois Denis Villeneuve, dont les précédents films ne laissaient déjà pas de marbre (notamment Polytechnique, inspiré du massacre commis en 1989 à l’Ecole Polytechnique de Montréal, et surtout le très apprécié Incendies, attaque en règle contre le fanatisme religieux au Proche Orient), entre ici de plain-pied dans le cinéma américain, pour ce qui n’est, en apparence seulement, qu’un thriller classique. La différence se faisant toujours dans le traitement du sujet, Villeneuve prouve qu’il n’est certainement pas un banal tâcheron ; Prisoners a beau se reposer sur des schémas classiques (disparition, enquête, identification du coupable, résolution), le film sort des sentiers balisés du polar pour rejoindre quelques films des plus vénéneux qui soient. Il n’est guère étonnant de voir William Friedkin apprécier le film de Villeneuve, tant celui-ci rejoint son univers, par son approche frontale de la violence et ses questionnements sur le Mal ordinaire. Prisoners rejoint aussi The Pledge de Sean Penn, Manhunter de Michael Mann, Zodiac de David Fincher (Jake Gyllenhaal livrant, comme chez Fincher, une belle prestation toute intériorisée) ou History of Violence de Cronenberg (Maria Bello jouant là aussi l’épouse d’un homme dont le vernis civilisé finit par craquer). Du beau monde, et Villeneuve n’a pas à rougir des comparaisons avec ces chefs-d’oeuvre.

S’approchant souvent du Fantastique, Prisoners parle du Mal ordinaire, et de son pouvoir contagieux. Le récit met à mal les convictions d’un père rigoriste (Hugh Jackman, métamorphosé), qui cache sa sauvagerie derrière les arguments de la foi, et son rôle de chef de famille. Dès une scène d’introduction glaçante, inspirée à Villeneuve par ses souvenirs de chasse durant sa jeunesse, le ton est donné : Dover est un tueur qui s’ignore, contrôlant ses instincts primitifs par le biais de la religion. Croyance religieuse qui est un alibi idéal pour justifier la mort d’un chevreuil (scellant un esprit communautaire bien fragile), ou de torturer un innocent « coupable » de ne pas lui donner la bonne réponse, jusqu’à la folie… Même une phrase glissée par une fillette en état de choc vient provoquer le vertige, soulignant l’égarement moral de Dover. Labyrinthique, Prisoners distille un sentiment de malaise permanent, à travers des images à la fois révélatrices et trompeuses : un jeune homme surpris en train de maltraiter un chien, la découverte de mannequins enterrés, ou de serpents grouillants sur des vêtements d’enfants souillés… chaque indice semé par Villeneuve suggère l’Horreur, tout en semant le doute. La révélation de l’identité du véritable criminel et sa mort ne ramèneront pas à un trompeur juste retour des choses. Le spectateur sera amené à faire le lien entre les différentes fausses pistes semées par le film, et réalisera la nature de l’horreur à l’oeuvre dans le film. Et, loin du happy end salvateur, Villeneuve ose même une scène finale épurée, d’une simplicité évocatrice exceptionnelle : l’inspecteur Loki, aux aguets du son ténu d’un sifflet, dernier signal de détresse de Dover, à l’agonie six pieds sous terre. 

Vous voilà prévenus, on ne sort pas indemne de ce film âpre, glaçant et inconfortable.

Ludovic Fauchier.

Ron Howard, le mini-guide

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Rush venant juste de sortir sur nos écrans, il me semblait judicieux de revenir sur la filmographie de Ron Howard, en tant que cinéaste. C’est qu’il en a fait des choses, depuis ses débuts comme acteur dans le Andy Griffith Show, Il faut marier Papa !, de Vincente Minelli, American Graffiti et Happy Days… J’ai volontairement mis de côté les courts-métrages et téléfilms (notamment les plus intéressants, Skyward avec Bette Davis, et Through the Magic Pyramid) réalisés par ses soins. Plus de trente ans d’une carrière éclectique, comportant des classiques à réévaluer, des films oubliés, et malheureusement aussi parfois quelques couacs, signés d’un des bonshommes les plus sympathiques de sa profession.

Note : n’ayant pas vu tous ses films, j’ai signalé ceux qui m’ont échappé des initiales « PV ».

 

Ron Howard, le mini-guide dans Mini-guide ron-howard-grand-theft-auto

PV – Grand Theft Auto (Lâchez les bolides, 1977)

Paula Powers (Nancy Morgan), une jeune femme riche, vole la Cadillac paternelle pour aller se marier à Las Vegas, sans le consentement parental. Entraînant Sam Freeman (Ron Howard) dans sa cavale, la demoiselle se retrouve poursuivie par un prétendant jaloux, ses géniteurs furieux et des chasseurs de primes appâtés par la récompense qu’offrent ceux-ci à qui saura la ramener au bercail…

Pas grand-chose à dire, si ce n’est que ce film marque les débuts de réalisateur de Ron Howard, à l’époque jeune star d’American Graffiti et Happy Days. Il se débrouille plutôt bien avec un minuscule budget confié par Roger Corman, le producteur exécutif du film, célèbre pour avoir donné leurs premières chances à un nombre considérable de futurs grands cinéastes et acteurs (Jack Nicholson, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, James Cameron… ou encore Joe Dante, ici chef monteur). Poursuites automobiles et blagues orientées sexe sont au programme, dans une ambiance typique de la « car culture« américaine.

 

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PV – Night Shift (Les croque-morts en folie, 1982)

Chuck (Henry « Fonzie » Winkler) a tourné le dos, par timidité, à une prometteuse carrière dans la finance à Wall Street, et se contente d’un modeste travail à la morgue. Obligé de travailler la nuit avec Bill (Michael Keaton), un collègue complètement dingue, odieux et passablement idiot, Chuck tombe amoureux de sa voisine, Belinda (Shelley Long), une prostituée. Quand il apprend que son maquereau s’est fait tuer, Chuck craint pour la sécurité de Belinda. Bill décide alors de l’entraîner dans un plan financier très particulier : sur leur lieu de travail, les deux hommes vont devenir les « protecteurs » de Belinda et ses amies de trottoir !… 

Cette comédie a eu son petit succès à sa sortie aux Etats-Unis, à l’époque. Howard, qui sortait d’Happy Days, et avait signé plusieurs téléfilms, y fit plusieurs rencontres professionnelles déterminantes pour sa carrière de réalisateur : il travaille ici avec les scénaristes Lowell Ganz et Babaloo Mandel, qui signeront la plupart de ses futures comédies, dirige pour la première fois Michael Keaton, et s’associe au producteur Brian Grazer, son associé avec qui il fonda leur studio de production Imagine Entertainment.

 

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Splash (1984), avec Daryl Hannah et Tom Hanks

Allen Bauer (Tom Hanks) dirige une compagnie fruitière à New York, avec son frère irresponsable, Freddie (John Candy). Stressé, déprimé, Allen se saoule joyeusement ; tombant à l’eau, il est sauvé par Madison, une
ravissante sirène (Daryl Hannah), qui l’embrasse avant de rejoindre l’océan. Persuadé d’avoir rêvé, Allen rentre à New York, sans se douter que la belle l’a suivi. Madison se fait passer pour humaine, mais est pourchassée par un scientifique décidé à prouver l’existence des sirènes…

Grand succès de l’année 1984, Splash reste une comédie très agréable, signée d’Howard et du duo Ganz-Mandel, s’amusant à revisiter le conte classique d’Andersen, La Petite Sirène. Réalisé sans grand génie, mais avec suffisamment de bonne humeur pour faire passer un bon moment, le film marque la première incursion d’Howard dans la fantasy (au cinéma, s’entend). Il est surtout célèbre pour avoir fait de Daryl Hannah une icône sexy inoubliable, et a lancé la carrière d’un Tom Hanks juvénile… et complètement éclipsé ici par sa charmante partenaire !

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Cocoon (1985)
Retraités en Floride, Art (Don Ameche), Ben (Wilford Brimley) et Joe (Hume Cronyn) font le mur pour aller se baigner dans la piscine d’une villa voisine, à l’abandon. A leur grande surprise, ces vieillards fatigués par la vie retrouvent une forme miraculeuse, pour le plus grand bonheur de leurs épouses. Les trois papys ne savent pas que la piscine sert de refuge temporaire à d’étranges cocons, ramenés depuis l’océan Atlantique par quatre touristes mystérieux…

Les triomphes de Rencontres du Troisième Type et E.T. de Steven Spielberg avaient inspiré toute une vague de films de science-fiction bienveillants bâtis sur des récits similaires (Starman, Explorers…). Cocoon s’est avéré une des meilleures oeuvres de cette brève mouvance. Ron Howard fait certes ouvertement référence à Spielberg, mais il évite joliment les pièges du plagiat en déplaçant sa seconde « fantaisie aquatique » vers des chemins plus inattendus. Derrière les effets visuels réussis et l’ambiance science-fictionnelle faisant référence à l’Atlantide et au Triangle des Bermudes, il dresse aussi un portrait plein de tendresse pour ses héros vieillards (avec à leur tête, Don Ameche, vétéran de la grande comédie américaine des années 1930-40, qui retrouva une popularité inattendue), mis à la retraite mais encore bien verts.

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Gung Ho (1986)

Les temps sont durs pour les ouvriers de l’usine automobile d’Hadleyville, au chômage depuis que celle-ci a fermée. Hunt Stevenson (Michael Keaton), contremaître tchatcheur et roublard, parvient à convaincre le comité directeur d’Assan Automobiles, une puissante firme japonaise, d’investir dans l’usine, et donc de rendre leur travail à ses amis et collègues. Mais, chargé de faire la liaison entre ceux-ci et les nouveaux dirigeants venus de l’Empire du Soleil Levant, Hunt se retrouve vite confronté au choc de cultures bien peu compatibles… 

Ron Howard signait un retour à la comédie plutôt bien accueilli à l’époque, mais il faut bien admettre que Gung Ho a mal vieilli. Le scénario reste finalement assez prévisible dans sa confrontation des mentalités américaines et japonaises. Américains râleurs, individualistes, combinards et hostiles au changement Vs. japonais courtois et soumis à l’esprit d’entreprise collective, c’était un peu trop évident… L’intérêt du film devient finalement historique, lié à une époque où le modèle libéral économique japonais était vu comme une réussite. Comme les temps ont changé !

 

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Willow (1988)

Ayant appris par une prophétie qu’un nouveau-né, la princesse Elora Danan, mettrait fin à son règne de terreur, la cruelle reine Bavmorda (Jean Marsh) décide de faire tuer celle-ci dès sa naissance. Mais la fillette, encore bébé, est recueillie par un paisible fermier Hobb…, pardon, Nelwyn : Willow Ufgood (Warwick Davis), qui rêve d’être un grand magicien. Les soldats de la reine, à la recherche de l’enfant, risquant de détruire son village, Willow emmène l’enfant loin de chez lui pour la remettre au premier humain venu. S’étant pris d’affection pour Elora, Willow décide de la protéger de tous les dangers, au péril de sa vie. Face aux guerriers de Bavmorda, dans un monde de lutins farceurs, de trolls immondes et de dragons féroces, il aura bien besoin de l’aide de Madmartigan (Val Kilmer), une crapule au grand coeur… 

Retrouvant George Lucas, ici producteur et à l’origine du scénario du film, quinze ans après American Graffiti, Ron Howard plonge dans ses racines celtiques pour ce film d’heroic fantasy toujours très apprécié. Certes, on ne peut pas s’empêcher de penser que Lucas, féru de mythologie, a « photocopié » ça et là son cher Star Wars, transposant ses personnages dans un univers à la Tolkien (Willow = Luke Skywalker, Madmartigan = Han Solo, le Général Kael = Darth Vader, etc.). Heureusement, Howard emballe un plaisant film d’aventures, bourré de poursuites trépidantes, d’humour (grâce notamment à un Val Kilmer irrésistible) et d’effets visuels soignés par ILM ; notamment un dragon de toute beauté, digne des meilleurs Ray Harryhausen, et les premiers morphings en images de synthèse. Willow garde toujours un certain charme nostalgique… surtout pour les gamins de ma génération qui ne pouvaient que fantasmer sur une adaptation filmée du Seigneur des Anneaux, jugée impossible à faire… Mais ceci est une autre histoire !

 

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PV – Parenthood (Portrait craché d’une famille modèle, 1989)

Les Buckman, une famille américaine dont chaque membre se débat avec les problèmes de la parenté… Gil (Steve Martin), malgré tout le soutien de sa femme Karen (Mary Steenburgen), se débat entre les obligations de sa carrière et ses devoirs paternels. Terriblement anxieux, Gil craint par-dessus tout de devenir comme son père (Jason Robards) : froid et sans coeur. Du côté des soeurs et du frère de Gil, la situation n’est pas plus brillante : Helen (Dianne Wiest), divorcée, vit mal les rébellions de ses enfants adolescents (Martha Plimpton et Joaquin Phoenix). L’autre soeur de Gil, Susan (Harley Jane Kozak) ne supporte plus que son mari Nathan (Rick Moranis) applique ses théories comportementales sur leur petite fille. Et le frère cadet de Gil, Larry (Tom Hulce), mouton noir de la famille, débarque avec un fils que personne ne connaissait, pas même lui, après ses galipettes d’une nuit avec une showgirl… 

Un nouveau succès pour Howard qui signe, avec ses complices Ganz et Mandel, cette comédie abordant l’un des thèmes qui lui est le plus cher : la famille, et comment la garder soudée dans les épreuves. Bien écrite et cernée, moins portée sur le burlesque que sur l’humour des observations (et une pointe de drame), elle est sans doute la plus appréciable de sa filmographie, aidée en cela par une belle galerie de personnages (dont les tous jeunes Joaquin Phoenix et Keanu Reeves). Steve Martin était alors au meilleur de sa forme comique, qu’il soit en train de s’acharner sur une pinata increvable, ou réagisse très mal à une gâterie impromptue de sa femme alors qu’il conduit !

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Backdraft (1991)

Les équipes de pompiers de Chicago sont sur des charbons ardents quand un conseiller municipal ambitieux menace de leurs couper les vivres, par calcul politique. Situation d’autant plus difficile à vivre pour deux frères, Steven et Brian McCaffrey (Kurt Russell et William Baldwin), qui se retrouvent après que le plus jeune des deux, Brian, ait vécu des années de galère. Steven met tout de suite son cadet à l’épreuve, en première ligne des incendies les plus dangereux ; tant et si bien que celui-ci craque vite sous la pression. Mis sur la touche, Brian est recruté par Don Rimgale (Robert De Niro), ex-combattant du feu enquêtant sur les incendies criminels. Le jeune homme réalise que la vague d’incendies qui dévaste les bâtiments de Chicago ne doit rien au hasard…

Un des grands succès du box-office américain de 1991, Backdraft rend un hommage appuyé à la bravoure des pompiers de Chicago, que le scénariste Gregory Widen a côtoyé. On peut difficilement reprocher au film de ne pas en mettre plein la vue : les séquences d’incendies, filmées par Howard et son chef-opérateur « tout terrain » Mikael Salomon (également remarqué pour son travail sur Abyss et Always), sont extrêmement impressionnantes. Très emphatique, le film d’Howard, aussi plaisant soit-il, a malheureusement parfois tendance à passer en mode « chargeurs réunis » (mention particulière à la musique de Hans Zimmer), et à alourdir son script de plusieurs histoires parallèles, notamment une enquête policière où Donald Sutherland cabotine en Hannibal Lecter pyromane… Côté casting, on préfèrera au falot William Baldwin le charisme tranquille des vétérans Kurt Russell et Scott Glenn.

 

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PV- Far and Away (Horizons lointains, 1992)

En 1893, Joseph Donnelly (Tom Cruise), jeune irlandais bouillant, menacé d’expropriation, décide de tuer son propriétaire, mais ne réussit qu’à s’attirer de graves ennuis. Grâce à l’aide de Shannon Christie (Nicole Kidman), la fille du propriétaire qui ne rêve que de modernité, Joseph parvient à fuir son pays natal pour l’Amérique. Débiteur de la jeune femme au tempérament bien affirmé, Joseph devient boxeur. Shannon doit aussi gagner sa vie ; ouvrière le jour, elle devient danseuse de music-hall le soir. Alors que les Christie envoient leur administrateur Stephen Chase (Thomas Gibson) récupérer leur fille rebelle, Joseph et Shannon tentent de gagner assez d’argent pour participer au grand rush vers les terrers de l’Oklahoma…

Natif de l’Oklahoma et descendant d’immigrés gallois, anglais, allemands et écossais, Ron Howard revenait à ses origines avec ce film, épopée à grand spectacle qui n’avait pas vraiment convaincu le public à l’époque. Véhicule taillé sur mesure pour Tom Cruise et Nicole Kidman, le film tente d’être une grande épopée romantique, mais semble avoir manqué son objectif. Reste cependant le charisme du couple vedette, des séquences de boxe énergiques et la reconstitution de la grande course aux terres de l’Oklahoma, où Howard revisite avec panache Cimarron (La Ruée vers l’Ouest), classique western mis jadis en images par Wesley Ruggles et Anthony Mann.

 

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PV - Le Journal (1994)

24 heures dans la vie d’un rédacteur en chef new-yorkais, Henry Hackett (Michael Keaton), qui sacrifie sa vie de famille avec sa femme Martha (Marisa Tomei), reporter enceinte jusqu’au cou, pour son travail. Situation tendue que n’améliorent pas les difficultés financières du journal ; Bernie, l’éditeur d’Henry (Robert Duvall), et le patron du journal Graham Keighley (Jason Robards) ont affaire à la redoutable Alicia Clark (Glenn Close) qui impose des coupures budgétaires sévères. S’apprêtant à quitter son journal pour un poste plus respectable dans un autre journal, Henry se retrouve avec une affaire criminelle de grande envergure sur les bras…

Retrouvailles de Ron Howard et Michael Keaton pour cette comédie dramatique à petit budget, presque des vacances après les gros tournages précédents du réalisateur, et un bon accueil fait à l’époque par le public et la critique pour ce Journal, revenu à l’esprit de classiques comme Deadline U.S.A. (Bas les Masques) avec Humphrey Bogart, ou la pièce The Front Page de Ben Hecht adaptée au cinéma par Howard Hawks et Billy Wilder.

 

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Apollo 13 (1995)

Après le succès de la mission Apollo 9 qui vit Neil Armstrong et Buzz Aldrin poser le pied sur la Lune en 1969, la NASA continue de programmer des vols spatiaux habités qui peinent à capter l’attention du public. Il en faudrait plus pour décourager Jim Lovell (Tom Hanks), et ses coéquipiers Ken Mattingly (Gary Sinise) et Fred Haise (Bill Paxton), désignés pour le vol de la mission Apollo 13. Déclaré malade par les médecins, Mattingly est remplacé à la dernière minute par Jack Swigert (Kevin Bacon), remplaçant inexpérimenté mais enthousiaste. Le vol est un succès, jusqu’à ce moment fatidique du 13 avril où Lovell contacte le contrôle de mission : « Houston, nous avons un problème« … Une grave fuite soudaine d’oxygène dans le vaisseau Odyssey oblige bientôt les trois astronautes à se réfugier dans le module lunaire LEM. Au sol, les équipes de contrôle supervisées par Gene Kranz (Ed Harris) se démènent pour trouver en urgence des solutions aux incidents techniques risquant de coûter la vie à chaque instant aux trois hommes…

Retrouvant Tom Hanks plus de dix ans après Splash, pour un sujet les passionnant tous les deux, Howard connut un triomphe justifié au box-office avec cette reconstitution méticuleuse et épique d’une mission entrée dans la légende de la conquête spatiale. Digne successeur de L’Etoffe des Héros (avec qui il partage la présence de l’impeccable Ed Harris), Apollo 13 bénéficie d’un script plus resserré, focalisé autant sur la préparation que le déroulement dramatique de la mission. Howard réussit à rendre son film didactique sans être jamais ennuyeux dès lors que sont abordés les problèmes techniques du vol spatial, et alterne avec bonheur l’emphase, l’humour et la tension dramatique. Quant à Hanks et ses collègues, même malmenés par le tournage des scènes en apesanteur à bord de l’avion « Vomit Comet », ils se montrent parfaitement crédibles de bout en bout. Etant sans contestation le meilleur film fait par Howard dans les années 1990, Apollo 13 a largement mérité ses galons de classique.

 

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La Rançon (1996)

Tout a souri dans la vie à Tom Mullen (Mel Gibson) ; marié à la belle Kate (Rene Russo), Tom possède une compagnie aérienne privée qui l’a rendu richissime, et il est le père heureux de Sean (Brawley Nolte). Ce bonheur tourne cependant au drame quand Sean est kidnappé en plein jour. Le FBI vient chez Tom, attendant l’appel des kidnappeurs qui se manifestent bientôt : contre le versement de 2 millions de dollars, Sean sera rendu à ses parents. Mais les choses tournent mal ; entre Tom, les agents du FBI et les ravisseurs, se livre une terrible guerre psychologique où l’enfant risque d’être tué à chaque anicroche. Personne ne se doute un seul instant que l’instigateur du kidnapping est un policier d’élite, Jimmy Shaker (Gary Sinise)…

Encore un très grand succès pour Ron Howard, qui révèle à travers ce film, à ceux qui ne voyaient en lui qu’un « gentil », une facette plus dure de son univers. Bénéficiant de l’écriture efficace du scénariste Richard Price (un habitué des polars et des films noirs), La Rançon est aussi l’occasion pour Mel Gibson, à l’époque à son meilleur niveau, de jouer un de ses personnages les plus intenses, un paternel déterminé mais pouvant aussi se montrer égoïste jusqu’à l’inconscience. Face à lui, on a aussi un excellent Gary Sinise, particulièrement retors. Seul bémol dans ce polar de très bonne tenue, un réglement de comptes final sentant le dénouement  »hollywoodien » trop facile.

 

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EdTv (En direct sur Edtv, 1999)

Ed Pekurny (Matthew McConaughey), jeune Texan naïf installé à San Francisco avec sa famille, voit sa vie pépère de vendeur de vidéocassettes chamboulée du jour au lendemain quand Cynthia (Ellen DeGeneres), conceptrice de l’émission de téléréalité « TrueTv », décide d’en faire sa star. Dorénavant, Ed sera suivi 24 heures sur 24 par une équipe de tournage filmant son quotidien. L’émission est un triomphe, permettant à Ed et sa famille de s’en sortir financièrement, mais le brave garçon, tombé amoureux de Shari (Jenna Elfman), la petite amie de son grand frère Ray (Woody Harrelson), réalise bien trop tard les inconvénients de sa nouvelle célébrité…

Howard retrouve ses scénaristes Lowell Ganz et Babaloo Mandel mais connaît un certain manque d’inspiration cette fois-ci… Jouant sur ses thèmes de prédilection (les liens familiaux, la rivalité fraternelle), le cinéaste tente une critique humoristique de la télé-réalité apparue dans la société américaine. Malheureusement, son film arrive quelques mois après The Truman Show de Peter Weir, autrement plus original et poétique sur le même sujet, et se limite à des considérations somme toute assez banales sur les aléas de la célébrité. Les comédiens s’en sortent bien (notamment, Martin Landau et Dennis Hopper, dans des seconds rôles), mais le film n’a rien de marquant.

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PV – Dr.Seuss’s How the Grinch stole Christmas (Le Grinch, 2000)

Tout le monde, à Whoville, aime les fêtes de Noël… à l’exception d’une seule personne : le Grinch (Jim Carrey), croque-mitaine poilu, verdâtre, odieux et qui déteste absolument tout le monde, depuis que les Whos s’étaient moqués de lui sans arrêt dans son enfance. Seule la petite Cindy Lou (Taylor Momsen) voudrait défendre ce vilain lascar, qui complote en solitaire au meilleur moyen de ruiner l’esprit de Noël, et enfin se venger des Whos…

Adaptation d’une histoire du Docteur Seuss, auteur de contes bizarroïdes qu’affectionnent les enfants anglo-saxons, Ron Howard s’aventure ici dans un univers à la Tim Burton. Le résultat (du moins au vu des quelques extraits et bandes-annonces que j’ai pu voir) est malheureusement typique des « films de Noël » que nous infligent trop souvent les américains. Couleurs acidulées, cadrages tordus sur les grimaces d’un Jim Carrey déchaîné… Grâce à ce dernier, métamorphosé sous le maquillage de Rick Baker, le film a eu du succès, mais il a semble-t-il détourné le propos caustique du conte de Seuss (ridiculisant le conformisme de ses concitoyens américains vis-à-vis de Noël) pour une morale plus consensuelle.

 

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A Beautiful Mind (Un Homme d’exception, 2001)

John Forbes Nash Jr. (Russell Crowe), ou l’histoire d’un génie perturbé. Récompensé d’un Prix Nobel pour ses travaux révolutionnaires en sciences économiques en 1994, il fut un étudant remarquable à Princeton, à la fin des années 1940. Entré ensuite au MIT où il rencontre sa future femme, Alicia Lardé (Jennifer Connelly), Nash travaille aussi pour le renseignement militaire américain, décodant les messages secrets les plus complexes émis par les Soviétiques. Le comportement de Nash devient de plus en plus erratique et déroutant pour sa femme et ses proches. Il fréquente son meilleur ami du temps des études, Charles Herman (Paul Bettany), et l’inquiétant agent Parcher (Ed Harris) qui l’emploie pour des missions secrètes. Mais ni Herman ni Parcher ne sont réels. Nash est un schizophrène profond, et son brillant esprit, incapable de distinguer la réalité et les hallucinations, devient son pire ennemi…

Une nouvelle décennie entamée en fanfare pour Ron Howard, récompensé des Oscars du Meilleur Film et Meilleur Réalisateur, et qui offre un rôle magnifique à Russell Crowe, également récompensé pour la circonstance. Parfois regardé de haut comme une interprétation très « hollywoodienne » d’une histoire vraie, A Beautiful Mind gagne cependant en qualité au fil des ans. Ceci autant grâce à une interprétation collective de très haute qualité qu’à la mise en scène, très bien dosée, de Ron Howard, qui alterne les séquences chaleureuses et celles, inquiétantes à souhait, qui nous font entrer dans l’esprit malade de John Nash. Parfois très éprouvant (les scènes des traitements de choc), glissant dans le Fantastique cauchemardesque, A Beautiful Mind reste une très belle histoire de courage d’un couple faisant face à la maladie mentale. 

 

ron-howard-the-missingThe Missing (Les Disparues, 2003)

Au Nouveau-Mexique, en 1885. Fermière et guérisseuse, mère de deux filles, Maggie Gilkeson (Cate Blanchett) accueille froidement un curieux bonhomme, un « Indien blanc » venu des montagnes voisines : son père, Samuel Jones (Tommy Lee Jones), qui l’a jadis abandonnée et demande son pardon. Peu après son départ, des Indiens Apaches désertant l’armée américaine tuent Brake (Aaron Eckhardt), le compagnon de Maggie, et kidnappent sa fille aînée Lilly (Evan Rachel Wood), pour la vendre comme prostituée au Mexique, avec d’autres malheureuses. Accompagnée de sa cadette, Dot (Jenna Boyd), ne pouvant compter sur les autorités pour sauver Lilly, Maggie retrouve Samuel. Ami des Apaches Chiricahuas, Samuel connaît les tactiques des fuyards ; lui et Maggie n’ont que peu de temps pour retrouver les captives, prisonnières de Pesh-Chidin (Eric Schweig), un dangereux Brujo

Auréolé de son succès précédent, Ron Howard signe ici un western de très solide facture, où ses thèmes de prédilection (les liens familiaux) sont associés à une intrigue fortement inspirée du classique des classiques de John Ford, The Searchers (La Prisonnière du Désert). Fidèle à ses habitudes, Howard rassemble un casting de fortes personnalités, avec un Tommy Lee Jones irrésistible face à Cate Blanchett, impeccable comme toujours. Point intéressant du scénario, celui-ci s’intéresse à un thème rarement abordé dans les westerns parlant des Amérindiens : le chamanisme, et ses pratiques, qui font ici basculer le film vers le Fantastique. Western plutôt âpre et parfois assez violent, The Missing est juste desservi par une musique de James Horner trop invasive, le compositeur n’ayant pas retrouvé l’inspiration de ses partitions précédentes pour Howard (Cocoon, Willow, Apollo 13 et A Beautiful Mind).

 

ron-howard-cinderella-manCinderella Man (De l’ombre à la lumière, 2005)

L’histoire de Jim Braddock, le « Bouledogue de Bergen » (Russell Crowe), champion de boxe poids lourds chouchou du public de New York dans les années 1920, qui perdit sa fortune suite au krach de Wall Street en 1929, alors qu’il briguait le titre de champion du monde. Pour Jim, sa femme Mae (Renée Zellweger) et leurs enfants, des jours très sombres arrivent… Quatre ans plus tard, le boxeur perd match sur match, et se brise la main droite durant un combat. S’étant vu retirer sa licence professionnelle, Jim Braddock est condamné à une vie de misère, qui va anéantir sa famille. Il faudra toute l’énergie et le soutien sans faille de son ami et manager Joe Gould (Paul Giamatti) pour que, petit à petit, l’ex-champion déchu remonte la pente… 

Les retrouvailles de Ron Howard et Russell Crowe, après A Beautiful Mind, furent plutôt réussies, malgré un accueil public très tiède (peut-être dû au choix malheureux du titre original du film). Dommage, car Cinderella Man est de nouveau l’occasion d’une très belle performance de l’acteur australien, parfaitement à l’aise dans cette histoire très classique de revanche sur le mauvais sort, comme on les aime. Aidé par une superbe photo de Salvatore Totino, Howard reconstitue l’ambiance rude et triste des années de la Grande Dépression (glissant au passage, quelques hommages discrets aux Raisins de la Colère de John Steinbeck et John Ford, encore lui !), et filme des combats de boxe intenses à souhait. Mention particulière, aussi, à Paul Giamatti, excellent en manager roi du système D.

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Da Vinci Code (2006)

Venu en conférence à Paris, Robert Langdon (Tom Hanks), sommité mondiale en histoire des symboles, est appelé par le capitaine Fache (Jean Reno) du SRPJ pour identifier le cadavre de Jacques Saunière (Jean-Pierre Marielle), le conservateur du Musée du Louvre retrouvé assassiné. Rejoint par Sophie Neveu (Audrey Tautou) de la Police Scientifique française, Langdon réalise que Saunièreci, juste avant de mourir, a laissé de curieux indices dans le Musée, menant à la Joconde de Léonard de Vinci. Une énigme menant à d’autres, Langdon et Sophie se retrouvent pourchassés par les policiers et un inquiétant tueur albinos, Silas (Paul Bettany). Sir Leigh Teabing (Ian McKellen) leur apprend que Saunière, grand maître de l’Ordre des Chevaliers du Prieuré du Sion, qui protège depuis des siècles le secret du Saint Graal, a été tué sur ordre de l’Opus Dei, secte catholique ultraconservatrice et très puissante…

On n’a jamais vu un tel déchaînement de venin de la part de la presse spécialisée qu’au moment de la sortie du film de Ron Howard, adapté du best-seller de Dan Brown. Il faut bien admettre que les qualités littéraires du roman de Brown, inspirées de l’énigme de Rennes-le-Château et de diverses rumeurs conspirationnistes, étaient des plus limitées… Paradoxe : malgré le simplisme du best-seller de Brown, le film d’Howard est finalement tout à fait appréciable, à condition de ne pas en attendre un chef-d’oeuvre ! C’est un thriller solide, filmé sans génie mais avec l’efficacité « howardienne » habituelle, bien aidée en cela par l’ambiance posée par la photographie de Salvatore Totino et la superbe musique de Hans Zimmer. Côté interprétation, Da Vinci Code est un peu plus inégal : Tom Hanks se contente du minimum syndical, tout comme Jean Reno et Ian McKellen. Audrey Tautou, gracieuse, et Paul Bettany, mutique, sont finalement ceux qui s’en sortent le mieux.

 

ron-howard-frost-nixonPV – Frost/Nixon (2008)

1977. Le journaliste britannique David Frost (Michael Sheen), animateur du talk-show télévisé « Frost On America », se sent en perte de vitesse. Au terme de difficiles tractations, il parvient à convaincre l’ancien président Richard M. Nixon (Frank Langella) d’être son invité, pour une interview où il compte bien l’interroger sur ses abus de pouvoir dans l’affaire du Watergate. Pour Frost, considéré comme un simple animateur de divertissement, la situation est explosive : Nixon n’est pas un « client » facile, et il compte bien faire de l’émission une tribune pour se réhabiliter. S’il y parvient, la réputation professionnelle de Frost en souffrira, définitivement. Sous le regard de Caroline Cushing (Rebecca Hall), la compagne de Frost, et de Jack Brennan (Kevin Bacon), vigilant chef de staff de Nixon, l’interview devient un duel à couteaux tirés entre les deux hommes…

Un film inhabituel dans la filmographie de Ron Howard, Frost/Nixon est l’opportunité pour ce dernier de se lancer un challenge inédit : adapter une pièce de Peter Morgan (également signataire de l’adaptation) relatant ce contrecoup méconnu de la déchéance du président Nixon, cherchant à justifier sa position injustifiable (« si le Président le décide, ce n’est pas illégal ») à la télévision. Le film marque une volonté de rupture stylistique inattendue et bienvenue de la part d’Howard, bénéficiant de la grande qualité d’écriture de Morgan, avec qui il a retravaillé avec succès pour Rush, et de la confrontation passionnante entre Michael Sheen et Frank Langella. Cité aux Golden Globes et aux Oscars, Frost/Nixon est à redécouvrir.

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Anges et démons (2009)

Robert Langdon (Tom Hanks) arrive à Rome pour cette nouvelle aventure située avant Da Vinci Code. Alors que le jeune camerlingue Patrick McKenna (Ewan McGregor) prend la direction du Vatican suite au décès du Pape, et que le Conclave se réunit pour élire son successeur, un meurtre et le vol d’une charge d’antimatière du CERN à Genève alarme la scientifique Vittoria Vetra (Ayelet Zurer). Elle rencontre Langdon, contacté par le capitaine Richter (Stellan Skarsgard), de la police du Vatican, qui a besoin de ses lumières pour sauver quatre preferiti, cardinaux favoris pour l’élection pontificale, venant d’être enlevés. Langdon identifie le message codé des ravisseurs comme étant celui utilisé par les Illuminati, une secte née des persécutions d’antan de l’Eglise contre les hommes de science. Langdon et Vittoria se lancent dans une course contre la montre pour empêcher le meurtre rituel des cardinaux et l’Apocalypse imminente sur Rome…

Fidèle à ses engagements, Ron Howard adapte le roman de Dan Brown écrit avant le triomphe du Da Vinci Code, retrouvant son vieil ami Tom Hanks pour ce thriller d’honnête facture, mais somme toute ni meilleur ni pire que leur précédent film. Anges et Démons version cinéma a pour lui un rythme plus soutenu par rapport au Code, une ambiance visuelle tout aussi réussie et quelques scènes de meurtres bien cruelles. Pas de quoi marquer les esprits cependant, si ce n’est la scène involontairement comique montrant Ewan McGregor jouer les prêtres parachutistes dans le climax du film…

 

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PV – Le Dilemme (2011)

Ronny (Vince Vaughn) et Nick (Kevin James), amis à la vie à la mort depuis l’université, se sont lancés dans le design automobile et sont sûrs de pouvoir vendre leur grand projet : une voiture écologique, produite en série par Dodge. Heureux en amour, Ronny s’apprête à demander en mariage sa compagne Beth (Jennifer Connelly), et Nick est marié à Geneva (Winona Ryder). Tout va pour le mieux… jusqu’au jour où Ronny surprend Geneva en train d’embrasser un jeune homme, Zip (Channing Tatum). Craignant que révéler l’infidélité de sa femme à Nick risque de ruiner leur plan de carrière, Ronny hésite et multiplie les bévues…

Le retour à la comédie de Ron Howard ne lui a pas porté chance, cette fois. Le réalisateur semble avoir eu un gros coup de mou en réalisant ce film au script assez banal, s’aventurant sans inspiration dans la comédie noire. On est certes heureux de revoir Jennifer Connelly et Winona Ryder, mais le film n’a définitivement rien d’emballant. Le résultat fut un échec public cinglant, et le film se traîne désormais la réputation d’être l’un des plus mauvais du cinéaste. Heureusement, Howard s’est largement rattrapé…

 

Voilà, le tour d’horizon des films de Ron Howard est terminé, et, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous conseille vivement d’aller voir Rush, toujours en salles. Le cinéaste de 59 ans planche activement sur ses prochains projets : outre le bouclage de la « trilogie Langdon » d’après Dan Brown (Inferno, toujours avec Tom Hanks), Howard envisage un retour à la fantasy, plutôt noire, avec l’adaptation du roman de Neil Gaiman The Graveyard Book, que nous connaissons sous le titre de L’Etrange Vie de Nobody Owens, l’histoire des aventures surnaturelles d’un jeune garçon adopté par des fantômes. Ron Howard vient de se lancer dans un projet particulièrement alléchant : In the Heart of the Sea , avec Chris Hemsworth, Cillian Murphy, Benjamin Walker, Brendan Gleeson et Ben Whishaw. L’histoire vraie des marins du navire baleinier Essex, attaqué et détruit par un cachalot en 1820. Le récit de la survie des rescapés, perdus en mer à bord des canots, marqua les esprits (les marins affamés durent manger les cadavres de leurs compagnons) et inspira à Herman Melville l’écriture de Moby Dick. Un récit de survie qui, on l’espère, va inspirer la fibre épique du réalisateur d’Apollo 13.

 

Ludovic Fauchier.

Guillermo Del Toro chez les Simpsons

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Je ne résiste pas à un petit plaisir comme celui que viennent de nous offrir les créateurs des Simpsons, pour leur 24ème épisode d’Halloween.

Vous connaissez le principe : chaque année, Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie vivent des aventures comico-horrifiques faisant référence à des classiques de l’épouvante, de l’horreur et de la science-fiction sous toutes leurs formes. Cette année, Matt Groening et ses collaborateurs ont confié le traditionnel gag du canapé de générique à Guillermo Del Toro. Le réalisateur de Pacific Rim, Hellboy et Le Labyrinthe de Pan a donc transformé la ville de Springfield en terrain de jeu pour ses monstres favoris. Amusez-vous à reconnaître toutes les « guest stars » et les références (dont celles des propres films de Del Toro) revues à la mode Simpsons !

 

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Tiens, il y a même l’Hypno-Crapaud de Futurama !

Ludovic Fauchier. …GLOIRE A L’HYPNO-CRAPAUD.

 

 

Jouer avec le feu – RUSH

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RUSH, de Ron Howard

L’ascension et la rivalité de deux champions de Formule 1, rivaux déclarés durant les années 1970 : l’anglais James Hunt (Chris Hemsworth), et l’autrichien Niki Lauda (Daniel Brühl). « Rock star » des circuits, amateur de jolies filles, gros buveur, fumeur, bagarreur et fêtard invétéré, Hunt brûle la chandelle par les deux bouts. Premier pilote de l’écurie de Lord Hesketh, Hunt a l’ambition de devenir champion du monde, mais prend beaucoup trop de risques en courses. Fils d’une famille d’hommes d’affaires prospères, Niki Lauda, lui, a acheté sa place de pilote. Taciturne, peu charismatique, il se fait remarquer par son intelligence tactique et ses connaissances en mécanique. Lauda obtient bientôt une place de choix chez Ferrari. Les deux pilotes ne cesseront de se croiser et se défier sur les circuits, ceci jusqu’au championnat du monde 1976, où le Grand Prix d’Allemagne va changer la donne entre eux, sur le dangereux circuit du Nürburgring…

 

Jouer avec le feu - RUSH dans Fiche et critique du film rush-01

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Une nouvelle saison cinématographique démarre, et pour l’occasion, nous assistons à un retour en force d’un réalisateur des plus sympathiques (si ce n’est même le plus sympathique) du cinéma américain, Ron Howard. Le réalisateur d’Apollo 13 s’attaque, avec Rush, à un sujet à la fois passionnant et des plus casse-gueule s’il en est : le monde des courses automobiles. Un domaine que le cinéma a souvent courtisé, sans forcément grand succès jusqu’ici. Petite revue de détail rapide : on peut citer un « ancêtre » oublié, Pour plaire à sa belle (1952) avec Clark Gable et Barbara Stanwyck, qui serait totalement oublié s’il n’avait pas fourni l’idée d’une scène gag de Gremlins (c’est ce film qui donne l’idée à Gizmo de s’improviser pilote de course !). Il y eut des films plus notables, produits à une époque où les courses automobiles étaient réellement dangereuses, mais qui n’ont souvent pas bien vieilli : Ligne Rouge 7000 (1965) signé du grand Howard Hawks hélas en fin de course (et qui ne vaut guère le coup d’oeil que pour un James Caan débutant), Grand Prix (1966) de John Frankenheimer, avec Yves Montand, James Garner et Toshirô « Samurai » Mifune, et Le Mans (1971) de Lee Katzin, littéralement conçu autour de Steve McQueen, grand passionné de sports mécaniques. Une attraction partagée d’ailleurs par d’autres superstars du cinéma, comme Paul Newman (qui possédait sa propre écurie et participait aux courses NASCAR) ou Tom Cruise. Ce dernier « fit son Steve McQueen » en 1990 avec l’insipide Jours de Tonnerre, véritable copié-collé de Top Gun signé du même Tony Scott. Dernière tentative en date de recréer l’atmosphère des circuits et la rivalité des pilotes de Formule 1, Driven, avec Sylvester Stallone, un navet phénoménal caviardé d’accidents en images de synthèse grotesques, ne rehaussa pas le tableau en 2001.

rush-03 dans Fiche et critique du film

C’est dire que Ron Howard, passionné de mécanique, de sports et d’automobiles (plusieurs films et scènes de sa carrière d’acteur et cinéaste font le lien), se risquait sur un terrain glissant. Le petit monde des pilotes de course fournissait jusqu’ici les plus gros clichés du film sportif (compétition machiste, jolies filles attirées par les pilotes risquant leur peau à chaque virage, retour du champion déchu, etc.), et le cinéaste ne partait pas gagnant. Heureusement, au final, on ne peut que constater que Rush est une belle réussite, reposant moins sur le spectaculaire (encore que Howard sait livrer des scènes de course d’une tension jamais vue jusque-là) que sur la caractérisation forte et le conflit de ses personnages. A la différence de ses prédécesseurs, aussi, Rush repose sur une histoire réelle ; la crédibilité y gagne énormément, ainsi que la dramaturgie. Très bonne pioche en l’occurence, le scénario de Rush est l’oeuvre du britannique Peter Morgan, auteur des brillantissimes scripts de The Queen et Le Dernier Roi d’Ecosse, et donc habitué à déjouer les pièges des « biopics » traditionnels. Morgan, non content d’avoir livré des portraits particulièrement complexes et incisifs de la Reine Elizabeth, Tony Blair ou Idi Amin Dada, avait aussi écrit le script de Frost/Nixon, pour Ron Howard. Leur collaboration s’était tellement bien passée qu’il semble maintenant évident que le récit de Rush était fait pour le réalisateur, tant on y retrouve ses thèmes de prédilection. 

Ron Howard est depuis déjà longtemps un habitué de la « car culture », ceci depuis l’époque où il était l’une des jeunes têtes d’affiche d’American Graffiti de George Lucas, il y a quarante ans de cela. Passé à la mise en scène, il signa en 1978 son premier film, intitulé Grand Theft Auto (en français Lâchez les bolides, aucun rapport avec la série de jeux vidéo homonymes), baignant dans cette même culture typique de l’Amérique. S’affirmer et s’afficher au volant de sa voiture est un rituel masculin, que le cinéaste sait cependant croquer avec humour et nuance quand le besoin s’en fait sentir. On retrouve un intérêt évident pour le monde de l’automobile traité dans sa comédie Gung Ho (1986). A côté de cela, la filmographie d’Howard s’était déjà souvent aventurée dans des domaines « virils » s’il en est : les compétitions de boxe (Horizons Lointains et The Cinderella Man / De l’Ombre à la Lumière), l’univers des combattants du feu (Backdraft), et celui des astronautes (Apollo 13)… Les pilotes de Rush sont en fin de compte très proches, dans leurs attitudes, des protagonistes de ces films. Howard, cependant, sait nuancer le propos et éviter l’excès de testostérone, de démonstration de force machiste. Lauda, Hunt et leurs collègues ne sont pas des rouleurs de mécaniques, malgré les apparences trompeuses d’un sport mettant en valeur leurs exploits individuels. Le scénario de Morgan est heureusement trop intelligent pour tomber dans cet écueil là. Il montre aussi, sans polissage hollywoodien, les aspects les moins reluisants de ce milieu, qu’il s’agisse des conflits entre pilotes, ou des luttes internes au sein des écuries ; le parcours de Niki Lauda est en cela fidèle à la réalité des faits, notamment dans sa description de sa relation tendue avec les patrons de Ferrari, le Commandatore en personne et Luca di Montezemolo.

 

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Indissociable de la description de ce milieu professionnel fascinant et très codifié, le film en démontre la portée mythologique évidente. De ce point de vue-là, les influences majeures de Rush n’ont finalement que peu à voir avec les films de courses automobiles cités plus haut : Ron Howard et Peter Morgan situeraient plutôt leur film dans la lignée d’oeuvres à la fois spectaculaires et nuancées. Les pilotes de course de Rush sont finalement les héritiers des astronautes de The Right Stuff (L’Etoffe des Héros) de Philip Kaufman, ou des joueurs de foot américain d’Any Given Sunday (L’Enfer du Dimanche) d’Oliver Stone. Derrière les querelles d’ego et les basses manoeuvres médiatico-commerciales, Rush partage avec ces derniers une mythification évidente de ses héros, jouant à la fois sur la puissance iconique des images et les failles, les doutes des protagonistes conscients de risquer leur vie. Le film s’échappe insidieusement des poncifs pour entrer de plain pied dans un esprit mythologique, qui fait des pilotes enfermés dans leurs « tombeaux » roulants l’équivalent des chevaliers se défiant à la joute médiévale… du moins est-ce là l’opinion de Hunt, contestée par Lauda, dans le film. Le champion britannique, protégé d’un aristocrate sensible à cette image chevaleresque, est le premier ravi de pouvoir piloter une voiture blanche immaculée, la Hesketh, dépourvue de tout sponsor, et représentant bien cet idéal anachronique, mis à mal par la commercialisation excessive de ce sport. Mais c’est un idéal bien naïf, une notion immature justement critiquée par le pragmatique Lauda, ayant très bien cerné les nouveaux impératifs commerciaux de son domaine professionnel. On n’est pas pour rien le descendant d’une lignée de banquiers… Ironie de l’histoire, Lauda « l’Ordinateur », qui raisonne en termes de paramètres et de risques calculés, apprend à devenir un peu plus humain en traversant une série d’épreuves ramenant finalement à la « mythologisation » de l’épreuve sportive. Sa conquête amoureuse de sa future femme, Marlene (Alexandra Maria Lara), est ainsi une savoureuse mise à l’épreuve selon une règle digne de l’amour courtois ; au terme d’une savoureuse séquence d’auto-stop, une des meilleures scènes du film, Lauda gagne le coeur de sa belle après avoir été mis au défi par celle-ci, par l’intermédiaire de l’automobile.

 

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Nul champion n’existe s’il n’a pas un récit pour transmettre sa légende ; pour ce faire, les médias sont là. Fidèle à ses thématiques, Howard épingle ceux-ci avec beaucoup d’ironie. Les journalistes sportifs contribuent à la mythification des champions, mais la contrepartie est risquée pour ceux-ci. Rush se situe exactement à l’époque où la télévision a commencé à dicter ses règles aux compétitions sportives, imposant sa programmation au détriment du facteur humain. L’invasion médiatique, Howard l’avait déjà abordé par le thème de la comédie (Le Journal, EdTV) ; il l’avait aussi brocardée dans Apollo 13, montrant des télévisions intéressées par la conquête spatiale, uniquement quand les astronautes sont sur le point de mourir. Les bonnes nouvelles ne sont jamais vendeuses, c’est bien connu… Rush se situe dans la lignée de ce dernier film. La Formule 1, jusque dans les années 1970, était un sport dangereux, les décennies précédentes ayant été une véritable hécatombe pour des pilotes ne bénéficiant pas de strictes mesures de protection. Et le fait que des chaînes de télévision fassent pression pour que les courses aient lieu, même par mauvais temps, ajoutaient au stress permanent des pilotes. On comprend mieux, dès lors, la position d’un Niki Lauda parfaitement conscient de ce risque, à l’opposé d’un James Hunt cultivant une insouciance de pure façade.

 

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Ce qui nous amène évidemment à l’accident du Nürbugring qui défigura Lauda. Accident de course qui aurait pu être évité, certes, mais qui prend une tout autre dimension dans Rush. Puisqu’il est question de mythologie, il ne peut y avoir de chevalier sans qu’il n’y ait de dragon… Le Feu, élément primitif omniprésent dans plusieurs scènes clés du film, aussi bien dans le parcours de Lauda que dans la paranoïa grandissante de Hunt (symbolisée par son briquet avec lequel il joue nerveusement), est un motif récurrent chez Howard. Il y avait bien, déjà, un dragon cracheur de feu dans Willow ; plus « désincarné » mais bien plus réel et dangereux, le « Dragon » réapparaissait au début d’Apollo 13 (l’incendie mortel qui tua les astronautes d’Apollo 1), et bien évidemment dans Backdraft. Le récit de Rush poursuit cette thématique ; le « Dragon » dissimulé en accident mortel existait déjà dans les courses automobiles depuis longtemps. Il emporta des dizaines de pilotes durant les années 1950-60, et par la suite François Cevert, Ronnie Peterson, Patrick Depailler, Gilles Villeneuve et d’autres y succombèrent, jusqu’à l’accident fatal d’Ayrton Senna à Imola en 1994. Niki Lauda faillit voir son nom s’ajouter à cette liste noire. Le « Dragon » dont il est question ici n’est pas une créature imaginaire, il est tapi dans l’inconscient des pilotes. Pour paraphraser Nietzsche, le Dragon réside dans l’égo, ce trait particulier de l’esprit humain qui le pousse autant à s’affirmer qu’à s’aliéner. Les champions de Formule 1 sont, on le sait, extrêmement orgueilleux ; un trait de caractère nécessaire pour les pousser à se surpasser, mais qui peut aussi les pousser à l’erreur. C’est justement l’excès d’orgueil qui fera que Hunt  conteste l’appel de Lauda pour l’annulation de la course au Nürburgring. Naturellement, les chicaneries incessantes de Lauda à son égard, durant la saison sportive, l’avaient motivé à cette attitude. Et Lauda, en difficulté durant le Grand Prix d’Allemagne, laissera l’orgueil, le Dragon, prendre le dessus. Il manquera d’en mourir et souffrira d’un traumatisme psychologique sévère à son retour dans la compétition. L’accident du Nürburgring sera un choc thérapeutique radical, une prise de conscience, aussi bien pour Lauda que pour Hunt qui s’en sentira responsable.

 

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Le pilote anglais, d’ailleurs, lutte aussi avec son démon, son Dragon ; « star » des circuits, charismatique mais impulsif, il lutte avec un sentiment de vide terrible, une immaturité et une superficialité qu’il perçoit sans pouvoir en prendre le dessus. Cette angoisse permanente, typique des grands égocentriques (Dieu sait qu’ils sont légion, dans le sport comme dans les métiers du spectacle…), lui coûtera son mariage avec Suzy (Olivia Wilde), son épouse top model partie se consoler dans les bras de l’acteur Richard Burton (toujours curieuse, cette proximité de ces deux mondes !)… L’ego incontrôlable de Hunt le pousse aussi bien à rater sa vie privée que ses courses, souvent perdues par son indiscipline. L’objectif de la « quête » de Hunt sera donc de franchir un palier psychologique important : surmonter son « Dragon » personnel, ce manque permanent de confiance en lui-même. Fait révélateur : à l’issue de sa remontée héroïque au Grand Prix du Japon, Hunt s’excuse auprès de son patron, comme un petit garçon pris en faute, sans réaliser qu’il vient de devenir champion du Monde ! Après cette victoire, les deux rivaux, finalement apaisés, sauront enfin se respecter, sans pour autant tourner le dos à leurs habitudes. Lauda dirigera sa compagnie aérienne, avant de revenir en F1 (il décrochera deux autres titres de champion du monde) ; Hunt continuera ses fiestas avant de se retirer, et de mourir jeune. 

 

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Enfin, surtout, Rush nous offre un passionnant duel psychologique, derrière les courses, entre ces deux hommes d’exception (pour reprendre le titre d’un autre célèbre film d’Howard). A ce titre, le travail des deux comédiens principaux, sur lequel tout le film repose, est remarquable de bout en bout. Dans le rôle de James Hunt, l’acteur australien Chris Hemsworth prouve qu’il n’est pas juste bon à incarner le puissant Thor, et qu’il peut mettre son charisme tranquille et sa présence physique imposante au service de personnages complexes. Ni cabot ni « muscle man », il réussit à apporter un bon mélange de désinvolture britannique et d’inquiétude à un personnage qui, autrement, aurait été réduit à sa simple image de playboy des circuits. Hemsworth a su trouver le ton juste, au point de gagner la confiance d’Howard qui a aussitôt décidé de retravailler avec lui pour son prochain film, le drame maritime Heart of the Sea. Complétant la prestation d’Hemsworth, Daniel Brühl, dans le rôle de Niki Lauda, s’avère un choix parfait. Découvert il y a dix ans dans Goodbye Lénine !, le jeune comédien allemand (qu’on avait revu en « star » du film de propagande nazi, soupirant malchanceux de Mélanie Laurent dans Inglourious Basterds) réussit un exercice périlleux, celui de rendre attachant un personnage très introverti et à priori peu aimable. Le regard évitant et renfermé, la tête baissée, le ton cassant, Brühl est parfait de bout en bout. Il faut saluer le travail de Peter Morgan qui a su, très finement, percevoir la curieuse relation d’hostilité et d’amitié unissant les deux pilotes, si dissemblables en apparence. Hunt et Lauda, en somme, représentent les facettes opposées d’une même personnalité conflictuelle. Tous deux luttent avec une anxiété permanente, et tous deux ont été rejetés par leurs familles pour leur choix de vie. « Superstar » Hunt a choisi la dolce vita, protégé d’un lord passionné de courses, entouré de ses frères (la famille, autre thème fondamental chez Howard) et de ses groupies ; Lauda, avec sa « Face de rat », sa raideur toute germanique et sa solitude permanente (qui confine à l’autisme : voir la scène de sa rencontre avec sa future femme), est son antithèse totale. Bien entendu, chacun jalouse ce qu’il n’a pas chez l’autre ; et pourtant leur antipathie mutuelle va les enrichir peu à peu. Hunt ira même jusqu’à se ranger du côté de son adversaire, après l’accident (il va même pour cela tabasser un journaliste indélicat !) ; Lauda, lui, trouvera à son retour l’inspiration de l’esprit combattif de Hunt à Monza, avant de réaliser que s’entêter serait suicidaire (son abandon après un seul tour, au Japon). De la paranoïa initiale, à l’amitié franche, Rush réussit un petit miracle : un film sachant concilier le grand spectacle et la justesse psychologique. Une vraie réussite de la part d’un Ron Howard totalement inspiré par son sujet.

 

Ludorush Fauchier.



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