Ron Howard, le mini-guide

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Rush venant juste de sortir sur nos écrans, il me semblait judicieux de revenir sur la filmographie de Ron Howard, en tant que cinéaste. C’est qu’il en a fait des choses, depuis ses débuts comme acteur dans le Andy Griffith Show, Il faut marier Papa !, de Vincente Minelli, American Graffiti et Happy Days… J’ai volontairement mis de côté les courts-métrages et téléfilms (notamment les plus intéressants, Skyward avec Bette Davis, et Through the Magic Pyramid) réalisés par ses soins. Plus de trente ans d’une carrière éclectique, comportant des classiques à réévaluer, des films oubliés, et malheureusement aussi parfois quelques couacs, signés d’un des bonshommes les plus sympathiques de sa profession.

Note : n’ayant pas vu tous ses films, j’ai signalé ceux qui m’ont échappé des initiales « PV ».

 

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PV – Grand Theft Auto (Lâchez les bolides, 1977)

Paula Powers (Nancy Morgan), une jeune femme riche, vole la Cadillac paternelle pour aller se marier à Las Vegas, sans le consentement parental. Entraînant Sam Freeman (Ron Howard) dans sa cavale, la demoiselle se retrouve poursuivie par un prétendant jaloux, ses géniteurs furieux et des chasseurs de primes appâtés par la récompense qu’offrent ceux-ci à qui saura la ramener au bercail…

Pas grand-chose à dire, si ce n’est que ce film marque les débuts de réalisateur de Ron Howard, à l’époque jeune star d’American Graffiti et Happy Days. Il se débrouille plutôt bien avec un minuscule budget confié par Roger Corman, le producteur exécutif du film, célèbre pour avoir donné leurs premières chances à un nombre considérable de futurs grands cinéastes et acteurs (Jack Nicholson, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, James Cameron… ou encore Joe Dante, ici chef monteur). Poursuites automobiles et blagues orientées sexe sont au programme, dans une ambiance typique de la « car culture« américaine.

 

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PV – Night Shift (Les croque-morts en folie, 1982)

Chuck (Henry « Fonzie » Winkler) a tourné le dos, par timidité, à une prometteuse carrière dans la finance à Wall Street, et se contente d’un modeste travail à la morgue. Obligé de travailler la nuit avec Bill (Michael Keaton), un collègue complètement dingue, odieux et passablement idiot, Chuck tombe amoureux de sa voisine, Belinda (Shelley Long), une prostituée. Quand il apprend que son maquereau s’est fait tuer, Chuck craint pour la sécurité de Belinda. Bill décide alors de l’entraîner dans un plan financier très particulier : sur leur lieu de travail, les deux hommes vont devenir les « protecteurs » de Belinda et ses amies de trottoir !… 

Cette comédie a eu son petit succès à sa sortie aux Etats-Unis, à l’époque. Howard, qui sortait d’Happy Days, et avait signé plusieurs téléfilms, y fit plusieurs rencontres professionnelles déterminantes pour sa carrière de réalisateur : il travaille ici avec les scénaristes Lowell Ganz et Babaloo Mandel, qui signeront la plupart de ses futures comédies, dirige pour la première fois Michael Keaton, et s’associe au producteur Brian Grazer, son associé avec qui il fonda leur studio de production Imagine Entertainment.

 

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Splash (1984), avec Daryl Hannah et Tom Hanks

Allen Bauer (Tom Hanks) dirige une compagnie fruitière à New York, avec son frère irresponsable, Freddie (John Candy). Stressé, déprimé, Allen se saoule joyeusement ; tombant à l’eau, il est sauvé par Madison, une
ravissante sirène (Daryl Hannah), qui l’embrasse avant de rejoindre l’océan. Persuadé d’avoir rêvé, Allen rentre à New York, sans se douter que la belle l’a suivi. Madison se fait passer pour humaine, mais est pourchassée par un scientifique décidé à prouver l’existence des sirènes…

Grand succès de l’année 1984, Splash reste une comédie très agréable, signée d’Howard et du duo Ganz-Mandel, s’amusant à revisiter le conte classique d’Andersen, La Petite Sirène. Réalisé sans grand génie, mais avec suffisamment de bonne humeur pour faire passer un bon moment, le film marque la première incursion d’Howard dans la fantasy (au cinéma, s’entend). Il est surtout célèbre pour avoir fait de Daryl Hannah une icône sexy inoubliable, et a lancé la carrière d’un Tom Hanks juvénile… et complètement éclipsé ici par sa charmante partenaire !

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Cocoon (1985)
Retraités en Floride, Art (Don Ameche), Ben (Wilford Brimley) et Joe (Hume Cronyn) font le mur pour aller se baigner dans la piscine d’une villa voisine, à l’abandon. A leur grande surprise, ces vieillards fatigués par la vie retrouvent une forme miraculeuse, pour le plus grand bonheur de leurs épouses. Les trois papys ne savent pas que la piscine sert de refuge temporaire à d’étranges cocons, ramenés depuis l’océan Atlantique par quatre touristes mystérieux…

Les triomphes de Rencontres du Troisième Type et E.T. de Steven Spielberg avaient inspiré toute une vague de films de science-fiction bienveillants bâtis sur des récits similaires (Starman, Explorers…). Cocoon s’est avéré une des meilleures oeuvres de cette brève mouvance. Ron Howard fait certes ouvertement référence à Spielberg, mais il évite joliment les pièges du plagiat en déplaçant sa seconde « fantaisie aquatique » vers des chemins plus inattendus. Derrière les effets visuels réussis et l’ambiance science-fictionnelle faisant référence à l’Atlantide et au Triangle des Bermudes, il dresse aussi un portrait plein de tendresse pour ses héros vieillards (avec à leur tête, Don Ameche, vétéran de la grande comédie américaine des années 1930-40, qui retrouva une popularité inattendue), mis à la retraite mais encore bien verts.

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Gung Ho (1986)

Les temps sont durs pour les ouvriers de l’usine automobile d’Hadleyville, au chômage depuis que celle-ci a fermée. Hunt Stevenson (Michael Keaton), contremaître tchatcheur et roublard, parvient à convaincre le comité directeur d’Assan Automobiles, une puissante firme japonaise, d’investir dans l’usine, et donc de rendre leur travail à ses amis et collègues. Mais, chargé de faire la liaison entre ceux-ci et les nouveaux dirigeants venus de l’Empire du Soleil Levant, Hunt se retrouve vite confronté au choc de cultures bien peu compatibles… 

Ron Howard signait un retour à la comédie plutôt bien accueilli à l’époque, mais il faut bien admettre que Gung Ho a mal vieilli. Le scénario reste finalement assez prévisible dans sa confrontation des mentalités américaines et japonaises. Américains râleurs, individualistes, combinards et hostiles au changement Vs. japonais courtois et soumis à l’esprit d’entreprise collective, c’était un peu trop évident… L’intérêt du film devient finalement historique, lié à une époque où le modèle libéral économique japonais était vu comme une réussite. Comme les temps ont changé !

 

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Willow (1988)

Ayant appris par une prophétie qu’un nouveau-né, la princesse Elora Danan, mettrait fin à son règne de terreur, la cruelle reine Bavmorda (Jean Marsh) décide de faire tuer celle-ci dès sa naissance. Mais la fillette, encore bébé, est recueillie par un paisible fermier Hobb…, pardon, Nelwyn : Willow Ufgood (Warwick Davis), qui rêve d’être un grand magicien. Les soldats de la reine, à la recherche de l’enfant, risquant de détruire son village, Willow emmène l’enfant loin de chez lui pour la remettre au premier humain venu. S’étant pris d’affection pour Elora, Willow décide de la protéger de tous les dangers, au péril de sa vie. Face aux guerriers de Bavmorda, dans un monde de lutins farceurs, de trolls immondes et de dragons féroces, il aura bien besoin de l’aide de Madmartigan (Val Kilmer), une crapule au grand coeur… 

Retrouvant George Lucas, ici producteur et à l’origine du scénario du film, quinze ans après American Graffiti, Ron Howard plonge dans ses racines celtiques pour ce film d’heroic fantasy toujours très apprécié. Certes, on ne peut pas s’empêcher de penser que Lucas, féru de mythologie, a « photocopié » ça et là son cher Star Wars, transposant ses personnages dans un univers à la Tolkien (Willow = Luke Skywalker, Madmartigan = Han Solo, le Général Kael = Darth Vader, etc.). Heureusement, Howard emballe un plaisant film d’aventures, bourré de poursuites trépidantes, d’humour (grâce notamment à un Val Kilmer irrésistible) et d’effets visuels soignés par ILM ; notamment un dragon de toute beauté, digne des meilleurs Ray Harryhausen, et les premiers morphings en images de synthèse. Willow garde toujours un certain charme nostalgique… surtout pour les gamins de ma génération qui ne pouvaient que fantasmer sur une adaptation filmée du Seigneur des Anneaux, jugée impossible à faire… Mais ceci est une autre histoire !

 

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PV – Parenthood (Portrait craché d’une famille modèle, 1989)

Les Buckman, une famille américaine dont chaque membre se débat avec les problèmes de la parenté… Gil (Steve Martin), malgré tout le soutien de sa femme Karen (Mary Steenburgen), se débat entre les obligations de sa carrière et ses devoirs paternels. Terriblement anxieux, Gil craint par-dessus tout de devenir comme son père (Jason Robards) : froid et sans coeur. Du côté des soeurs et du frère de Gil, la situation n’est pas plus brillante : Helen (Dianne Wiest), divorcée, vit mal les rébellions de ses enfants adolescents (Martha Plimpton et Joaquin Phoenix). L’autre soeur de Gil, Susan (Harley Jane Kozak) ne supporte plus que son mari Nathan (Rick Moranis) applique ses théories comportementales sur leur petite fille. Et le frère cadet de Gil, Larry (Tom Hulce), mouton noir de la famille, débarque avec un fils que personne ne connaissait, pas même lui, après ses galipettes d’une nuit avec une showgirl… 

Un nouveau succès pour Howard qui signe, avec ses complices Ganz et Mandel, cette comédie abordant l’un des thèmes qui lui est le plus cher : la famille, et comment la garder soudée dans les épreuves. Bien écrite et cernée, moins portée sur le burlesque que sur l’humour des observations (et une pointe de drame), elle est sans doute la plus appréciable de sa filmographie, aidée en cela par une belle galerie de personnages (dont les tous jeunes Joaquin Phoenix et Keanu Reeves). Steve Martin était alors au meilleur de sa forme comique, qu’il soit en train de s’acharner sur une pinata increvable, ou réagisse très mal à une gâterie impromptue de sa femme alors qu’il conduit !

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Backdraft (1991)

Les équipes de pompiers de Chicago sont sur des charbons ardents quand un conseiller municipal ambitieux menace de leurs couper les vivres, par calcul politique. Situation d’autant plus difficile à vivre pour deux frères, Steven et Brian McCaffrey (Kurt Russell et William Baldwin), qui se retrouvent après que le plus jeune des deux, Brian, ait vécu des années de galère. Steven met tout de suite son cadet à l’épreuve, en première ligne des incendies les plus dangereux ; tant et si bien que celui-ci craque vite sous la pression. Mis sur la touche, Brian est recruté par Don Rimgale (Robert De Niro), ex-combattant du feu enquêtant sur les incendies criminels. Le jeune homme réalise que la vague d’incendies qui dévaste les bâtiments de Chicago ne doit rien au hasard…

Un des grands succès du box-office américain de 1991, Backdraft rend un hommage appuyé à la bravoure des pompiers de Chicago, que le scénariste Gregory Widen a côtoyé. On peut difficilement reprocher au film de ne pas en mettre plein la vue : les séquences d’incendies, filmées par Howard et son chef-opérateur « tout terrain » Mikael Salomon (également remarqué pour son travail sur Abyss et Always), sont extrêmement impressionnantes. Très emphatique, le film d’Howard, aussi plaisant soit-il, a malheureusement parfois tendance à passer en mode « chargeurs réunis » (mention particulière à la musique de Hans Zimmer), et à alourdir son script de plusieurs histoires parallèles, notamment une enquête policière où Donald Sutherland cabotine en Hannibal Lecter pyromane… Côté casting, on préfèrera au falot William Baldwin le charisme tranquille des vétérans Kurt Russell et Scott Glenn.

 

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PV- Far and Away (Horizons lointains, 1992)

En 1893, Joseph Donnelly (Tom Cruise), jeune irlandais bouillant, menacé d’expropriation, décide de tuer son propriétaire, mais ne réussit qu’à s’attirer de graves ennuis. Grâce à l’aide de Shannon Christie (Nicole Kidman), la fille du propriétaire qui ne rêve que de modernité, Joseph parvient à fuir son pays natal pour l’Amérique. Débiteur de la jeune femme au tempérament bien affirmé, Joseph devient boxeur. Shannon doit aussi gagner sa vie ; ouvrière le jour, elle devient danseuse de music-hall le soir. Alors que les Christie envoient leur administrateur Stephen Chase (Thomas Gibson) récupérer leur fille rebelle, Joseph et Shannon tentent de gagner assez d’argent pour participer au grand rush vers les terrers de l’Oklahoma…

Natif de l’Oklahoma et descendant d’immigrés gallois, anglais, allemands et écossais, Ron Howard revenait à ses origines avec ce film, épopée à grand spectacle qui n’avait pas vraiment convaincu le public à l’époque. Véhicule taillé sur mesure pour Tom Cruise et Nicole Kidman, le film tente d’être une grande épopée romantique, mais semble avoir manqué son objectif. Reste cependant le charisme du couple vedette, des séquences de boxe énergiques et la reconstitution de la grande course aux terres de l’Oklahoma, où Howard revisite avec panache Cimarron (La Ruée vers l’Ouest), classique western mis jadis en images par Wesley Ruggles et Anthony Mann.

 

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PV - Le Journal (1994)

24 heures dans la vie d’un rédacteur en chef new-yorkais, Henry Hackett (Michael Keaton), qui sacrifie sa vie de famille avec sa femme Martha (Marisa Tomei), reporter enceinte jusqu’au cou, pour son travail. Situation tendue que n’améliorent pas les difficultés financières du journal ; Bernie, l’éditeur d’Henry (Robert Duvall), et le patron du journal Graham Keighley (Jason Robards) ont affaire à la redoutable Alicia Clark (Glenn Close) qui impose des coupures budgétaires sévères. S’apprêtant à quitter son journal pour un poste plus respectable dans un autre journal, Henry se retrouve avec une affaire criminelle de grande envergure sur les bras…

Retrouvailles de Ron Howard et Michael Keaton pour cette comédie dramatique à petit budget, presque des vacances après les gros tournages précédents du réalisateur, et un bon accueil fait à l’époque par le public et la critique pour ce Journal, revenu à l’esprit de classiques comme Deadline U.S.A. (Bas les Masques) avec Humphrey Bogart, ou la pièce The Front Page de Ben Hecht adaptée au cinéma par Howard Hawks et Billy Wilder.

 

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Apollo 13 (1995)

Après le succès de la mission Apollo 9 qui vit Neil Armstrong et Buzz Aldrin poser le pied sur la Lune en 1969, la NASA continue de programmer des vols spatiaux habités qui peinent à capter l’attention du public. Il en faudrait plus pour décourager Jim Lovell (Tom Hanks), et ses coéquipiers Ken Mattingly (Gary Sinise) et Fred Haise (Bill Paxton), désignés pour le vol de la mission Apollo 13. Déclaré malade par les médecins, Mattingly est remplacé à la dernière minute par Jack Swigert (Kevin Bacon), remplaçant inexpérimenté mais enthousiaste. Le vol est un succès, jusqu’à ce moment fatidique du 13 avril où Lovell contacte le contrôle de mission : « Houston, nous avons un problème« … Une grave fuite soudaine d’oxygène dans le vaisseau Odyssey oblige bientôt les trois astronautes à se réfugier dans le module lunaire LEM. Au sol, les équipes de contrôle supervisées par Gene Kranz (Ed Harris) se démènent pour trouver en urgence des solutions aux incidents techniques risquant de coûter la vie à chaque instant aux trois hommes…

Retrouvant Tom Hanks plus de dix ans après Splash, pour un sujet les passionnant tous les deux, Howard connut un triomphe justifié au box-office avec cette reconstitution méticuleuse et épique d’une mission entrée dans la légende de la conquête spatiale. Digne successeur de L’Etoffe des Héros (avec qui il partage la présence de l’impeccable Ed Harris), Apollo 13 bénéficie d’un script plus resserré, focalisé autant sur la préparation que le déroulement dramatique de la mission. Howard réussit à rendre son film didactique sans être jamais ennuyeux dès lors que sont abordés les problèmes techniques du vol spatial, et alterne avec bonheur l’emphase, l’humour et la tension dramatique. Quant à Hanks et ses collègues, même malmenés par le tournage des scènes en apesanteur à bord de l’avion « Vomit Comet », ils se montrent parfaitement crédibles de bout en bout. Etant sans contestation le meilleur film fait par Howard dans les années 1990, Apollo 13 a largement mérité ses galons de classique.

 

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La Rançon (1996)

Tout a souri dans la vie à Tom Mullen (Mel Gibson) ; marié à la belle Kate (Rene Russo), Tom possède une compagnie aérienne privée qui l’a rendu richissime, et il est le père heureux de Sean (Brawley Nolte). Ce bonheur tourne cependant au drame quand Sean est kidnappé en plein jour. Le FBI vient chez Tom, attendant l’appel des kidnappeurs qui se manifestent bientôt : contre le versement de 2 millions de dollars, Sean sera rendu à ses parents. Mais les choses tournent mal ; entre Tom, les agents du FBI et les ravisseurs, se livre une terrible guerre psychologique où l’enfant risque d’être tué à chaque anicroche. Personne ne se doute un seul instant que l’instigateur du kidnapping est un policier d’élite, Jimmy Shaker (Gary Sinise)…

Encore un très grand succès pour Ron Howard, qui révèle à travers ce film, à ceux qui ne voyaient en lui qu’un « gentil », une facette plus dure de son univers. Bénéficiant de l’écriture efficace du scénariste Richard Price (un habitué des polars et des films noirs), La Rançon est aussi l’occasion pour Mel Gibson, à l’époque à son meilleur niveau, de jouer un de ses personnages les plus intenses, un paternel déterminé mais pouvant aussi se montrer égoïste jusqu’à l’inconscience. Face à lui, on a aussi un excellent Gary Sinise, particulièrement retors. Seul bémol dans ce polar de très bonne tenue, un réglement de comptes final sentant le dénouement  »hollywoodien » trop facile.

 

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EdTv (En direct sur Edtv, 1999)

Ed Pekurny (Matthew McConaughey), jeune Texan naïf installé à San Francisco avec sa famille, voit sa vie pépère de vendeur de vidéocassettes chamboulée du jour au lendemain quand Cynthia (Ellen DeGeneres), conceptrice de l’émission de téléréalité « TrueTv », décide d’en faire sa star. Dorénavant, Ed sera suivi 24 heures sur 24 par une équipe de tournage filmant son quotidien. L’émission est un triomphe, permettant à Ed et sa famille de s’en sortir financièrement, mais le brave garçon, tombé amoureux de Shari (Jenna Elfman), la petite amie de son grand frère Ray (Woody Harrelson), réalise bien trop tard les inconvénients de sa nouvelle célébrité…

Howard retrouve ses scénaristes Lowell Ganz et Babaloo Mandel mais connaît un certain manque d’inspiration cette fois-ci… Jouant sur ses thèmes de prédilection (les liens familiaux, la rivalité fraternelle), le cinéaste tente une critique humoristique de la télé-réalité apparue dans la société américaine. Malheureusement, son film arrive quelques mois après The Truman Show de Peter Weir, autrement plus original et poétique sur le même sujet, et se limite à des considérations somme toute assez banales sur les aléas de la célébrité. Les comédiens s’en sortent bien (notamment, Martin Landau et Dennis Hopper, dans des seconds rôles), mais le film n’a rien de marquant.

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PV – Dr.Seuss’s How the Grinch stole Christmas (Le Grinch, 2000)

Tout le monde, à Whoville, aime les fêtes de Noël… à l’exception d’une seule personne : le Grinch (Jim Carrey), croque-mitaine poilu, verdâtre, odieux et qui déteste absolument tout le monde, depuis que les Whos s’étaient moqués de lui sans arrêt dans son enfance. Seule la petite Cindy Lou (Taylor Momsen) voudrait défendre ce vilain lascar, qui complote en solitaire au meilleur moyen de ruiner l’esprit de Noël, et enfin se venger des Whos…

Adaptation d’une histoire du Docteur Seuss, auteur de contes bizarroïdes qu’affectionnent les enfants anglo-saxons, Ron Howard s’aventure ici dans un univers à la Tim Burton. Le résultat (du moins au vu des quelques extraits et bandes-annonces que j’ai pu voir) est malheureusement typique des « films de Noël » que nous infligent trop souvent les américains. Couleurs acidulées, cadrages tordus sur les grimaces d’un Jim Carrey déchaîné… Grâce à ce dernier, métamorphosé sous le maquillage de Rick Baker, le film a eu du succès, mais il a semble-t-il détourné le propos caustique du conte de Seuss (ridiculisant le conformisme de ses concitoyens américains vis-à-vis de Noël) pour une morale plus consensuelle.

 

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A Beautiful Mind (Un Homme d’exception, 2001)

John Forbes Nash Jr. (Russell Crowe), ou l’histoire d’un génie perturbé. Récompensé d’un Prix Nobel pour ses travaux révolutionnaires en sciences économiques en 1994, il fut un étudant remarquable à Princeton, à la fin des années 1940. Entré ensuite au MIT où il rencontre sa future femme, Alicia Lardé (Jennifer Connelly), Nash travaille aussi pour le renseignement militaire américain, décodant les messages secrets les plus complexes émis par les Soviétiques. Le comportement de Nash devient de plus en plus erratique et déroutant pour sa femme et ses proches. Il fréquente son meilleur ami du temps des études, Charles Herman (Paul Bettany), et l’inquiétant agent Parcher (Ed Harris) qui l’emploie pour des missions secrètes. Mais ni Herman ni Parcher ne sont réels. Nash est un schizophrène profond, et son brillant esprit, incapable de distinguer la réalité et les hallucinations, devient son pire ennemi…

Une nouvelle décennie entamée en fanfare pour Ron Howard, récompensé des Oscars du Meilleur Film et Meilleur Réalisateur, et qui offre un rôle magnifique à Russell Crowe, également récompensé pour la circonstance. Parfois regardé de haut comme une interprétation très « hollywoodienne » d’une histoire vraie, A Beautiful Mind gagne cependant en qualité au fil des ans. Ceci autant grâce à une interprétation collective de très haute qualité qu’à la mise en scène, très bien dosée, de Ron Howard, qui alterne les séquences chaleureuses et celles, inquiétantes à souhait, qui nous font entrer dans l’esprit malade de John Nash. Parfois très éprouvant (les scènes des traitements de choc), glissant dans le Fantastique cauchemardesque, A Beautiful Mind reste une très belle histoire de courage d’un couple faisant face à la maladie mentale. 

 

ron-howard-the-missingThe Missing (Les Disparues, 2003)

Au Nouveau-Mexique, en 1885. Fermière et guérisseuse, mère de deux filles, Maggie Gilkeson (Cate Blanchett) accueille froidement un curieux bonhomme, un « Indien blanc » venu des montagnes voisines : son père, Samuel Jones (Tommy Lee Jones), qui l’a jadis abandonnée et demande son pardon. Peu après son départ, des Indiens Apaches désertant l’armée américaine tuent Brake (Aaron Eckhardt), le compagnon de Maggie, et kidnappent sa fille aînée Lilly (Evan Rachel Wood), pour la vendre comme prostituée au Mexique, avec d’autres malheureuses. Accompagnée de sa cadette, Dot (Jenna Boyd), ne pouvant compter sur les autorités pour sauver Lilly, Maggie retrouve Samuel. Ami des Apaches Chiricahuas, Samuel connaît les tactiques des fuyards ; lui et Maggie n’ont que peu de temps pour retrouver les captives, prisonnières de Pesh-Chidin (Eric Schweig), un dangereux Brujo

Auréolé de son succès précédent, Ron Howard signe ici un western de très solide facture, où ses thèmes de prédilection (les liens familiaux) sont associés à une intrigue fortement inspirée du classique des classiques de John Ford, The Searchers (La Prisonnière du Désert). Fidèle à ses habitudes, Howard rassemble un casting de fortes personnalités, avec un Tommy Lee Jones irrésistible face à Cate Blanchett, impeccable comme toujours. Point intéressant du scénario, celui-ci s’intéresse à un thème rarement abordé dans les westerns parlant des Amérindiens : le chamanisme, et ses pratiques, qui font ici basculer le film vers le Fantastique. Western plutôt âpre et parfois assez violent, The Missing est juste desservi par une musique de James Horner trop invasive, le compositeur n’ayant pas retrouvé l’inspiration de ses partitions précédentes pour Howard (Cocoon, Willow, Apollo 13 et A Beautiful Mind).

 

ron-howard-cinderella-manCinderella Man (De l’ombre à la lumière, 2005)

L’histoire de Jim Braddock, le « Bouledogue de Bergen » (Russell Crowe), champion de boxe poids lourds chouchou du public de New York dans les années 1920, qui perdit sa fortune suite au krach de Wall Street en 1929, alors qu’il briguait le titre de champion du monde. Pour Jim, sa femme Mae (Renée Zellweger) et leurs enfants, des jours très sombres arrivent… Quatre ans plus tard, le boxeur perd match sur match, et se brise la main droite durant un combat. S’étant vu retirer sa licence professionnelle, Jim Braddock est condamné à une vie de misère, qui va anéantir sa famille. Il faudra toute l’énergie et le soutien sans faille de son ami et manager Joe Gould (Paul Giamatti) pour que, petit à petit, l’ex-champion déchu remonte la pente… 

Les retrouvailles de Ron Howard et Russell Crowe, après A Beautiful Mind, furent plutôt réussies, malgré un accueil public très tiède (peut-être dû au choix malheureux du titre original du film). Dommage, car Cinderella Man est de nouveau l’occasion d’une très belle performance de l’acteur australien, parfaitement à l’aise dans cette histoire très classique de revanche sur le mauvais sort, comme on les aime. Aidé par une superbe photo de Salvatore Totino, Howard reconstitue l’ambiance rude et triste des années de la Grande Dépression (glissant au passage, quelques hommages discrets aux Raisins de la Colère de John Steinbeck et John Ford, encore lui !), et filme des combats de boxe intenses à souhait. Mention particulière, aussi, à Paul Giamatti, excellent en manager roi du système D.

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Da Vinci Code (2006)

Venu en conférence à Paris, Robert Langdon (Tom Hanks), sommité mondiale en histoire des symboles, est appelé par le capitaine Fache (Jean Reno) du SRPJ pour identifier le cadavre de Jacques Saunière (Jean-Pierre Marielle), le conservateur du Musée du Louvre retrouvé assassiné. Rejoint par Sophie Neveu (Audrey Tautou) de la Police Scientifique française, Langdon réalise que Saunièreci, juste avant de mourir, a laissé de curieux indices dans le Musée, menant à la Joconde de Léonard de Vinci. Une énigme menant à d’autres, Langdon et Sophie se retrouvent pourchassés par les policiers et un inquiétant tueur albinos, Silas (Paul Bettany). Sir Leigh Teabing (Ian McKellen) leur apprend que Saunière, grand maître de l’Ordre des Chevaliers du Prieuré du Sion, qui protège depuis des siècles le secret du Saint Graal, a été tué sur ordre de l’Opus Dei, secte catholique ultraconservatrice et très puissante…

On n’a jamais vu un tel déchaînement de venin de la part de la presse spécialisée qu’au moment de la sortie du film de Ron Howard, adapté du best-seller de Dan Brown. Il faut bien admettre que les qualités littéraires du roman de Brown, inspirées de l’énigme de Rennes-le-Château et de diverses rumeurs conspirationnistes, étaient des plus limitées… Paradoxe : malgré le simplisme du best-seller de Brown, le film d’Howard est finalement tout à fait appréciable, à condition de ne pas en attendre un chef-d’oeuvre ! C’est un thriller solide, filmé sans génie mais avec l’efficacité « howardienne » habituelle, bien aidée en cela par l’ambiance posée par la photographie de Salvatore Totino et la superbe musique de Hans Zimmer. Côté interprétation, Da Vinci Code est un peu plus inégal : Tom Hanks se contente du minimum syndical, tout comme Jean Reno et Ian McKellen. Audrey Tautou, gracieuse, et Paul Bettany, mutique, sont finalement ceux qui s’en sortent le mieux.

 

ron-howard-frost-nixonPV – Frost/Nixon (2008)

1977. Le journaliste britannique David Frost (Michael Sheen), animateur du talk-show télévisé « Frost On America », se sent en perte de vitesse. Au terme de difficiles tractations, il parvient à convaincre l’ancien président Richard M. Nixon (Frank Langella) d’être son invité, pour une interview où il compte bien l’interroger sur ses abus de pouvoir dans l’affaire du Watergate. Pour Frost, considéré comme un simple animateur de divertissement, la situation est explosive : Nixon n’est pas un « client » facile, et il compte bien faire de l’émission une tribune pour se réhabiliter. S’il y parvient, la réputation professionnelle de Frost en souffrira, définitivement. Sous le regard de Caroline Cushing (Rebecca Hall), la compagne de Frost, et de Jack Brennan (Kevin Bacon), vigilant chef de staff de Nixon, l’interview devient un duel à couteaux tirés entre les deux hommes…

Un film inhabituel dans la filmographie de Ron Howard, Frost/Nixon est l’opportunité pour ce dernier de se lancer un challenge inédit : adapter une pièce de Peter Morgan (également signataire de l’adaptation) relatant ce contrecoup méconnu de la déchéance du président Nixon, cherchant à justifier sa position injustifiable (« si le Président le décide, ce n’est pas illégal ») à la télévision. Le film marque une volonté de rupture stylistique inattendue et bienvenue de la part d’Howard, bénéficiant de la grande qualité d’écriture de Morgan, avec qui il a retravaillé avec succès pour Rush, et de la confrontation passionnante entre Michael Sheen et Frank Langella. Cité aux Golden Globes et aux Oscars, Frost/Nixon est à redécouvrir.

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Anges et démons (2009)

Robert Langdon (Tom Hanks) arrive à Rome pour cette nouvelle aventure située avant Da Vinci Code. Alors que le jeune camerlingue Patrick McKenna (Ewan McGregor) prend la direction du Vatican suite au décès du Pape, et que le Conclave se réunit pour élire son successeur, un meurtre et le vol d’une charge d’antimatière du CERN à Genève alarme la scientifique Vittoria Vetra (Ayelet Zurer). Elle rencontre Langdon, contacté par le capitaine Richter (Stellan Skarsgard), de la police du Vatican, qui a besoin de ses lumières pour sauver quatre preferiti, cardinaux favoris pour l’élection pontificale, venant d’être enlevés. Langdon identifie le message codé des ravisseurs comme étant celui utilisé par les Illuminati, une secte née des persécutions d’antan de l’Eglise contre les hommes de science. Langdon et Vittoria se lancent dans une course contre la montre pour empêcher le meurtre rituel des cardinaux et l’Apocalypse imminente sur Rome…

Fidèle à ses engagements, Ron Howard adapte le roman de Dan Brown écrit avant le triomphe du Da Vinci Code, retrouvant son vieil ami Tom Hanks pour ce thriller d’honnête facture, mais somme toute ni meilleur ni pire que leur précédent film. Anges et Démons version cinéma a pour lui un rythme plus soutenu par rapport au Code, une ambiance visuelle tout aussi réussie et quelques scènes de meurtres bien cruelles. Pas de quoi marquer les esprits cependant, si ce n’est la scène involontairement comique montrant Ewan McGregor jouer les prêtres parachutistes dans le climax du film…

 

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PV – Le Dilemme (2011)

Ronny (Vince Vaughn) et Nick (Kevin James), amis à la vie à la mort depuis l’université, se sont lancés dans le design automobile et sont sûrs de pouvoir vendre leur grand projet : une voiture écologique, produite en série par Dodge. Heureux en amour, Ronny s’apprête à demander en mariage sa compagne Beth (Jennifer Connelly), et Nick est marié à Geneva (Winona Ryder). Tout va pour le mieux… jusqu’au jour où Ronny surprend Geneva en train d’embrasser un jeune homme, Zip (Channing Tatum). Craignant que révéler l’infidélité de sa femme à Nick risque de ruiner leur plan de carrière, Ronny hésite et multiplie les bévues…

Le retour à la comédie de Ron Howard ne lui a pas porté chance, cette fois. Le réalisateur semble avoir eu un gros coup de mou en réalisant ce film au script assez banal, s’aventurant sans inspiration dans la comédie noire. On est certes heureux de revoir Jennifer Connelly et Winona Ryder, mais le film n’a définitivement rien d’emballant. Le résultat fut un échec public cinglant, et le film se traîne désormais la réputation d’être l’un des plus mauvais du cinéaste. Heureusement, Howard s’est largement rattrapé…

 

Voilà, le tour d’horizon des films de Ron Howard est terminé, et, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous conseille vivement d’aller voir Rush, toujours en salles. Le cinéaste de 59 ans planche activement sur ses prochains projets : outre le bouclage de la « trilogie Langdon » d’après Dan Brown (Inferno, toujours avec Tom Hanks), Howard envisage un retour à la fantasy, plutôt noire, avec l’adaptation du roman de Neil Gaiman The Graveyard Book, que nous connaissons sous le titre de L’Etrange Vie de Nobody Owens, l’histoire des aventures surnaturelles d’un jeune garçon adopté par des fantômes. Ron Howard vient de se lancer dans un projet particulièrement alléchant : In the Heart of the Sea , avec Chris Hemsworth, Cillian Murphy, Benjamin Walker, Brendan Gleeson et Ben Whishaw. L’histoire vraie des marins du navire baleinier Essex, attaqué et détruit par un cachalot en 1820. Le récit de la survie des rescapés, perdus en mer à bord des canots, marqua les esprits (les marins affamés durent manger les cadavres de leurs compagnons) et inspira à Herman Melville l’écriture de Moby Dick. Un récit de survie qui, on l’espère, va inspirer la fibre épique du réalisateur d’Apollo 13.

 

Ludovic Fauchier.

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