En bref… PRISONERS

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Prisoners, de Denis Villeneuve

Keller et Grace Dover (Hugh Jackman et Maria Bello) fêtent Thanksgiving chez leurs amis Franklin et Nancy Birch (Terrence Howard et Viola Davis). Sorties jouer dans le jardin, Anna et Joy, les petites filles des deux couples disparaissent. Personne n’a rien vu, rien entendu. Seul indice : un van délabré, garé dans le voisinage, auprès duquel les fillettes jouaient un peu plus tôt dans la journée. Le signalement du van est transmis à la police locale et le soir même, l’inspecteur Loki (Jake Gyllenhaal) arrête son conducteur : Alex Jones (Paul Dano), un jeune homme retardé mental, au comportement incohérent. Placé en détention par Loki, Alex nie avoir enlevé les fillettes. Faute de preuves, il est relâché, au bout de 24 heures de garde à vue, et ramené à sa tante Holly (Melissa Leo). Lorsqu’il l’apprend, Keller, à bout de nerfs après des battues infructueuses, agresse le jeune homme dès sa sortie. Terrifié, Alex murmure une phrase qui persuade Keller qu’il est le complice d’un rapt. Tandis que Loki, cherchant un début de piste parmi les criminels sexuels fichés dans la région, fait une découverte perturbante, Keller, déterminé à retrouver coûte que coûte Anna et Joy, entraîne Franklin à commettre un acte irréparable…

 En bref... PRISONERS dans Fiche et critique du film prisoners

Quelle gifle… voilà le genre de film qui ne vous laissera ni indemne, ni indifférent. Le cinéaste québécois Denis Villeneuve, dont les précédents films ne laissaient déjà pas de marbre (notamment Polytechnique, inspiré du massacre commis en 1989 à l’Ecole Polytechnique de Montréal, et surtout le très apprécié Incendies, attaque en règle contre le fanatisme religieux au Proche Orient), entre ici de plain-pied dans le cinéma américain, pour ce qui n’est, en apparence seulement, qu’un thriller classique. La différence se faisant toujours dans le traitement du sujet, Villeneuve prouve qu’il n’est certainement pas un banal tâcheron ; Prisoners a beau se reposer sur des schémas classiques (disparition, enquête, identification du coupable, résolution), le film sort des sentiers balisés du polar pour rejoindre quelques films des plus vénéneux qui soient. Il n’est guère étonnant de voir William Friedkin apprécier le film de Villeneuve, tant celui-ci rejoint son univers, par son approche frontale de la violence et ses questionnements sur le Mal ordinaire. Prisoners rejoint aussi The Pledge de Sean Penn, Manhunter de Michael Mann, Zodiac de David Fincher (Jake Gyllenhaal livrant, comme chez Fincher, une belle prestation toute intériorisée) ou History of Violence de Cronenberg (Maria Bello jouant là aussi l’épouse d’un homme dont le vernis civilisé finit par craquer). Du beau monde, et Villeneuve n’a pas à rougir des comparaisons avec ces chefs-d’oeuvre.

S’approchant souvent du Fantastique, Prisoners parle du Mal ordinaire, et de son pouvoir contagieux. Le récit met à mal les convictions d’un père rigoriste (Hugh Jackman, métamorphosé), qui cache sa sauvagerie derrière les arguments de la foi, et son rôle de chef de famille. Dès une scène d’introduction glaçante, inspirée à Villeneuve par ses souvenirs de chasse durant sa jeunesse, le ton est donné : Dover est un tueur qui s’ignore, contrôlant ses instincts primitifs par le biais de la religion. Croyance religieuse qui est un alibi idéal pour justifier la mort d’un chevreuil (scellant un esprit communautaire bien fragile), ou de torturer un innocent « coupable » de ne pas lui donner la bonne réponse, jusqu’à la folie… Même une phrase glissée par une fillette en état de choc vient provoquer le vertige, soulignant l’égarement moral de Dover. Labyrinthique, Prisoners distille un sentiment de malaise permanent, à travers des images à la fois révélatrices et trompeuses : un jeune homme surpris en train de maltraiter un chien, la découverte de mannequins enterrés, ou de serpents grouillants sur des vêtements d’enfants souillés… chaque indice semé par Villeneuve suggère l’Horreur, tout en semant le doute. La révélation de l’identité du véritable criminel et sa mort ne ramèneront pas à un trompeur juste retour des choses. Le spectateur sera amené à faire le lien entre les différentes fausses pistes semées par le film, et réalisera la nature de l’horreur à l’oeuvre dans le film. Et, loin du happy end salvateur, Villeneuve ose même une scène finale épurée, d’une simplicité évocatrice exceptionnelle : l’inspecteur Loki, aux aguets du son ténu d’un sifflet, dernier signal de détresse de Dover, à l’agonie six pieds sous terre. 

Vous voilà prévenus, on ne sort pas indemne de ce film âpre, glaçant et inconfortable.

Ludovic Fauchier.

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