Joe Dante, le mini-guide

Joe Dante, le mini-guide dans Mini-guide joe-dante

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Aujourd’hui, nous revisitons la filmographie de Joe Dante, un cinéaste attachant mais malheureusement devenu bien rare depuis plusieurs années. La carrière de ce dernier ne se limite pas au seul Gremlins, son film le plus célèbre. Une filmographie vouée toute entière à l’amour du Cinéma fantastique des années 1950, des monsters movies les plus déjantés devant lesquels le réalisateur, maintenant âgé de 67 ans, a grandi. Au programme, donc, une dizaine de films cultes, remplis de drôles de bestioles, d’extraits de classiques du Fantastique, de gags mémorables et de guest stars référentielles. Fidèle à ses acteurs, grand amateur de caméos à l’instar de son collègue John Landis, Joe Dante adore s’entourer de visages familiers dans ses films : en tête, l’inamovible Dick Miller, vétéran bourru des productions de Roger Corman, toujours présent dans chaque film de Dante depuis Hollywood Boulevard. Miller est suivi de près par Kevin McCarthy (le psychiatre paranoïaque des Body Snatchers de Don Siegel), William Schallert (le médecin dépassé de L’Homme qui rétrécit) ou Kenneth Tobey (qui combattit La Chose d’un Autre Monde pour Howard Hawks). Se joignirent à eux Robert Picardo (second rôle familier et victime régulière des gags de Dante), Bruce Dern et sa trogne grimaçante, Kathleen Freeman (comparse de Jerry Lewis dans sa grande période), et des apparitions surprises : comme celles de Steven Spielberg (jouant les inventeurs plâtrés dans Gremlins), Chuck Jones (cartoonist de génie des meilleurs Looney Tunes, créateur de Bip Bip et du Coyote), Jerry Goldsmith (le compositeur attitré de Dante), ou encore Bugs Bunny, Daffy Duck et Robby, le robot de Planète Interdite. Que du beau monde !

Entre deux longs-métrages, Dante a aussi régulièrement travaillé pour la télévision américaine, malheureusement je manque de place pour citer toutes ses contributions… Cela dit, n’hésitez pas à chercher des curiosités comme sa comédie satirique très réussie La Seconde Guerre de Sécession, le film à sketches Amazon Women on the Moon (Cheeseburger Film Sandwich), co-réalisé entre autres avec John Landis, ou les épisodes de nombreuses séries télévisées auxquelles il a contribué… La mention PV signalera les tous premiers films du cinéaste que je n’ai pas vus. Merci de mentionner les éventuels oublis ou erreurs !

Aucune raison autre que la nostalgie (et l’approche d’Halloween) pour ce mini-guide. C’est que l’ami Joe commence à nous manquer : son film des Looney Tunes est sorti il y a dix ans sur grand écran, et son dernier long-métrage, The Hole, fut expédié en vidéo sans aucune sortie en salles, en 2009…

J’espère que vous apprécierez ce guide, qui vous est gracieusement présenté par ACME Industries, Clamp Channel Network et les Pilules Laxatives Carter.

 

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(PV) The Movie Orgy (de 1966 à 1975)

Pas d’histoire pour le tout premier film de Joe Dante, qui se présente comme un « collage » de séquences de films de série B de l’âge atomique (dont le cultissime L’Attaque de la Femme de 50 Pieds, image ci-dessus), d’extraits d’émissions télévisées, de divers documents d’archives, de films gouvernementaux, de cartoons, de publicités, de films musicaux, etc. Le tout étant coupé de quelques sketches mis en scène par Dante, et monté de façon à donner l’impression que le spectateur assiste à un vaste programme télévisé, zappant d’une chaîne à l’autre… l’enchaînement des séquences, truffées de monster movies, laisse finalement croire que de graves évènements (type « Guerre des Mondes ») se produisent en simultané. 

 

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Le réalisateur modifia à loisir la durée du film, de quatre à sept heures selon les copies. Travaillant avec Jon Davison (futur producteur de RoboCop et Starship Troopers de Paul Verhoeven), Dante assume ainsi d’emblée son incurable cinéphilie tout en s’adonnant aux joies du « film dans le film », et invente le concept des émissions du style « Le Zapping », vingt ans avant Canal+ !

 

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(PV) Hollywood Boulevard (1976)

Où les déboires d’une starlette, Candy (Candice Rialson), qui rêve de devenir star à Hollywood, mais échoue dans les studios Miracle (comme on dit dans Hellzapoppin : « If it’s a good movie, it’s a Miracle ! »), spécialisés dans les séries Z. Voilà donc notre damoiselle tournant Machete Maidens of Mora Tau aux Philippines, dans un tournage vite perturbé par un meurtre…

Dante travaillait alors chez New World, le studio de Roger Corman, le pape de la série B américaine, célèbre pour son sens de l’économie drastique, et découvreur de futurs talents du cinéma américain (Jack Nicholson, Coppola, Scorsese, James Cameron, Jonathan Demme ou Ron Howard. Suite au pari fait par Corman et Jon Davison de produire le film le plus cheap qui soit, Dante, nommé co-réalisateur avec Allan Arkush, se fit donc les dents avec ce film, utilisant au maximum des stock-shots et séquences de précédentes productions Corman, telles que The Terror / L’Halluciné (dans lequel apparaît Dick Miller, qui regarde l’extrait en question dans son premier film avec Dante) ou La Course à la mort de l’an 2000, film culte de Paul Bartel, un autre visage familier des films de Dante. Celui-ci livre un travail tout à fait correct aux yeux de Corman, manifestant son don pour la satire des moeurs hollywoodiennes (le titre faisant évidemment référence à un quartier réputé pour ses péripatéticiennes…) et ses monstres chéris (dont cet homme-mouche très swag tapant le carton avec Mary Woronov, égérie de la série B des seventies !).

 

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Piranhas (1978)

Ne vous baignez pas dans la Lost River, un paisible cours d’eau texan… Suite à la disparition d’un jeune couple, Maggie, une détective amateur (Heather Menzies), et Paul, un garde-chasse (Bradford Dillman), découvrent un site d’expérimentations de l’US Army, cadre des opérations scientifiques de l’ »Opération Razorteeth » durant la Guerre du Viêtnam. Par la faute d’un savant fou (Kevin McCarthy), des piranhas sont maintenant capables de vivre en eau froide et dans l’océan. Libérés accidentellement de leur bassin, les poissons voraces vont semer une panique monstre en aval, alors que le camp de vacances voisin vient d’ouvrir…

 

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Joe Dante signe son premier long-métrage professionnel officiel, toujours sous l’égide de Jon Davison et Roger Corman qui ont évidemment remarqué le triomphe des Dents de la Mer au box-office, trois ans plus tôt… Si le film de Spielberg généra un nombre phénoménal de plagiats, séquelles ou parodies souvent dénuées d’imagination, le film de Dante n’eut pas à rougir de l’inévitable comparaison. Habilement géré avec son minuscule budget, Piranhas reste tout à fait appréciable, grâce à l’humour noir du script de John Sayles (devenu depuis un réalisateur indépendant très doué), et aux attaques des bestioles, sanglantes et absurdes à souhait. Les effets sont notamment dûs à de futurs grands des effets visuels, notamment Phil Tippett et Rob Bottin. Le film générera une suite complètement Z, oeuvre malencontreuse d’un débutant nommé James Cameron, et attirera l’attention de Steven Spielberg, qui préfèra largement ce film aux Dents de la Mer n°2

 

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Hurlements (1981)

Ayant servi d’appât dans la traque et l’élimination d’un tueur en série des plus vicieux, Eddie Quist (Robert Picardo), la journaliste Karen White (Dee Wallace Stone) reste traumatisée par l’incident. Sur les conseils du bon docteur Waggner (Patrick Macnee), Karen et son compagnon Bill (Christopher Stone) se rendent dans son institution spécialisée, la Colonie, au bord de la côte Pacifique nord. Séances de thérapie et activités de détente sont au programme, et les autres membres sont des plus aimables, quoique un peu rustres… Pendant que leurs amis restés à Los Angeles font d’inquiétantes découvertes sur Eddie Quist, Karen est de plus en plus perturbée, les hurlements des loups dans la forêt voisine, chaque nuit, lui rappelant un mauvais souvenir…

 

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La belle, et les Bêtes !… Sorti du giron de Roger Corman, et désormais associé au producteur Michael Finnell qui sera de chacun de ses films, Joe Dante dépoussière en 1980 le mythe archi-rebattu du loup-garou. Tous les films du genre suivaient basiquement la trame du vieux classique avec Lon Chaney Jr., sans jamais rien changer ni au propos ni aux scènes de transformation. Devançant de quelques mois John Landis et son Loup-Garou de Londres, Dante réactualise le thème en le transposant à notre époque (comprendre : 1980), et lui injecte une bonne dose d’humour noir, d’horreur graphique et de sexualité (notamment une mémorable scène de copulation bestiale entre un homme et une sublime lycanthrope). Le résultat est un petit classique du genre, référentiel (les personnages portant des noms de réalisateurs ayant tourné un film de loup-garous) et plein d’humour : Slim Pickens qui garde son éternel Stetson sur la tête quand il se transforme ; John Carradine, vétéran fordien dans un de ses derniers rôles, en lycanthrope sénile qui perd son dentier… Magnifiés par les cadrages et les lumières du chef opérateur John Hora, les loups-garous ont la vedette grâce aux extraordinaires transformations dynamiques dûes à Rob Bottin.

 

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Twilight Zone : The Movie / La Quatrième Dimension : Le Film (1983)

Troisième segment de ce film inspiré de la mythique série de Rod Serling, C’est une bonne vie nous narre la rencontre entre Helen Foley (Kathleen Quinlan), une institutrice en voyage, et un jeune garçon, Anthony (Jeremy Licht). Ayant manqué de le renverser avec sa voiture, Helen se fait pardonner en raccompagnant le gamin chez lui, le jour de son anniversaire. Mauvaise idée, car la famille d’Anthony semble terrorisée et soumise à ses moindres caprices, liés aux dessins animés qui sont diffusés en boucle dans la maisonnée…

 

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Ce film à sketches co-produit par Steven Spielberg et John Landis, recrutant Joe Dante et George Miller, tenta sans succès d’adapter au cinéma la mythique série télévisée créée par Rod Serling. L’épisode de Dante, écrit par le grand Richard Matheson en personne, fut l’un des rares motifs de satisfaction de ce film déséquilibré, par ailleurs endeuillé par un accident qui causa la mort de l’acteur Vic Morrow et de deux enfants, sur le tournage du segment de Landis. Pour Dante, le film est une première pour plusieurs raisons. Il travaille pour la première fois avec Steven Spielberg, et surtout trouve sa « voix » musicale grâce au grand Jerry Goldsmith qui devint son compositeur régulier. Dante assume ouvertement sa passion des cartoons dans ce conte cauchemardesque sur le pouvoir aliénant de la télévision et les défaillances de l’éducation des enfants. Techniquement parlant, c’est un tour de force : Dante et son équipe (le chef-opérateur John Hora et Rob Bottin, le concepteur des créatures, en tête) recréent en réel les codes visuels des cartoons de Tex Avery et Chuck Jones, dans une ambiance jouant à la fois sur l’humour et l’angoisse. Le résultat est plutôt réussi. Dommage que le sketch, à l’instar des autres, soit si court. Il constitua en tout cas un solide galop d’essai avant le film suivant…

 

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Gremlins (1984)

Billy Peltzer (Zach Galligan), un tout jeune homme, reçoit de son père Rand (Hoyt Axton) un inoubliable cadeau de Noël : Gizmo le Mogwaï, adorable petite boule de fourrure, découvert dans une vieille échoppe du quartier chinois de New York. Trois règles strictes sont à respecter pour élever Gizmo : ne jamais le mouiller, ne jamais l’exposer à la lumière vive et surtout, ne jamais lui donner de nourriture après minuit. N’ayant pas respecté la première règle, Billy se retrouve avec cinq Mogwaïs supplémentaires sur les bras. Cinq petits garnements, bien loin d’être aussi mignons que Gizmo, et qui vont faire passer à Billy, sa petite amie Kate (Phoebe Cates) et à leurs voisins un Noël épouvantable…

 

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Le classique des classiques de Joe Dante, Gremlins n’a rien perdu, trente ans après sa réalisation, de son charme très spécial. Parti d’un scénario de Chris Columbus, Dante, associé à Spielberg, en adoucit le ton initial très horrifique pour en tirer quelque chose de plus personnel. Le film, entamé comme un conte de Noël à la Capra (La Vie est belle est d’ailleurs ouvertement cité), est peu à peu envahi par le mauvais esprit des E.C. Comics, de Tex Avery et des films de monstres à l’ancienne, et provoque un mélange détonant de tendresse absolue (Gizmo forever !!!), de rire (la virée des Gremlins dans le bar !!) et d’effroi (voir la scène de la cuisine, ci-dessus). Le mélange était risqué, mais Dante s’en est tiré de main de maître. Et Gremlins de délivrer en sous-texte un message corrosif sur ce besoin typiquement américain de vouloir contrôler, « civiliser » des forces naturelles sans se soucier des conséquences. Mais le film est aussi une réflexion amusée sur le cinéma en tant qu’objet à préserver avec beaucoup de précautions. Rappelons qu’à l’époque, les films étaient tournés sur pellicule argentique. On tirait les copies (= les Gremlins) de la bobine originale (= Gizmo), après un passage au bain révélateur (= la multiplication des bestioles au contact de l’eau !) ; et comme chacun le sait, les copies sont toujours moins bonne que l’original… De plus, gare à la surexposition à la lumière… Quant à la fameuse règle « pas de nourriture après minuit », s’agit-il pour Dante de mettre en garde contre le consumérisme excessif des images ? Ou plutôt un clin d’oeil aux séances de minuit, propices à regarder des films anticonformistes, les vrais « Gremlins » du Cinéma ? Qui sait…

 

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Explorers (1985)

le jeune Ben (Ethan Hawke) adore la science-fiction, est amoureux transi d’une camarade de classe, et est aussi la tête de turc de la brute du lycée. Seul réconfort, il a pour meilleur ami Wolfgang (River Phoenix), petit génie scientifique qui partage ses goûts. Dérangé par un rêve récurrent représentant un circuit électronique détaillé, Ben en parle à Wolfgang, et tous deux réalisent que Ben reçoit les instructions pour construire un vaisseau spatial ! Farfouillant du matériel de récupération, les deux gamins entraînent un troisième larron, le marginal Darren (Jason Presson), pour fabriquer le vaisseau Thunder Road. Direction les étoiles, à la rencontre des êtres mystérieux qui ont contacté Ben…

 

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Le triomphe de Gremlins lui ayant ouvert des portes, Dante tourna immédiatement après pour le studio Paramount cet Explorers d’inspiration très « spielbergienne 80′s »… qui reste sa plus grande déception, et sans doute son film le plus faible. Il faut dire que le projet souffrit des aléas de production devenus hélas monnaie courante chez les studios : les exécutifs de Paramount ne trouvèrent rien de mieux que d’obliger Dante à abréger tournage et montage pour sortir précipitamment le film durant l’été 1985. Résultat, Explorers, bien que très sympathique (au moins dans sa première partie), se fit laminer au box-office par Retour vers le Futur et Les Goonies, deux productions Spielberg… Le film souffre terriblement de son troisième acte déséquilibré et d’un final en queue de poisson. Dommage, car les aventures de ce vaisseau spatial bricolé par les trois gamins (dont le regretté River Phoenix), référence certaine au cinéma « bricolé » qu’affectionne Dante, conservent un certain charme.

 

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Innerspace / L’Aventure Intérieure (1987)

Mauvaise passe pour Tuck Pendleton (Dennis Quaid), un pilote terriblement égocentrique, qui se fait plaquer par sa petite amie journaliste Lydia (Meg Ryan), lassée de son attitude. Tuck, déprimé, accepte d’être le pilote d’essai d’un projet fou conçu dans les laboratoires Vectorscope : aux commandes d’un submersible, il va être miniaturisé et injecté dans un lapin vivant… Mais, à la suite d’un sabotage industriel en règle, Tuck se retrouve accidentellement injecté dans le corps d’un brave caissier de supermarché, Jack Putter (Martin Short) ! Terriblement hypocondriaque et timide, Jack ne comprend rien à ce qui lui arrive, alors que Tuck tente de le contacter depuis l’intérieur de son corps. Le temps presse, car le cupide Scrimshaw (Kevin McCarthy) et ses sbires veulent s’emparer de la puce de miniaturisation fixée au submersible. Et Tuck, exposé aux multiples dangers du corps de Jack, doit s’en extraire avant un délai fatidique au-delà duquel lui et le submersible vont reprendre leur taille normale…

 

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Après un détour télévisuel pour Histoires Fantastiques, Joe Dante et Steven Spielberg reprirent leur association avec Innerspace, très drôle relecture du Voyage Fantastique de Richard Fleischer. Malheureusement, inexplicablement, le film fut un nouvel échec au box-office américain pour Dante… D’autant plus incompréhensible qu’Innerspace est considéré aujourd’hui, à juste titre, comme un de ses meilleurs films. Le scénario de Jeffrey Boam, plein d’astuces et de situations à la fois délirantes et cohérentes, ne se limite pas à une simple exploration du corps humain comme dans le film de Fleischer. Il développe des situations de comédie où les deux protagonistes principaux, sans jamais se croiser avant la toute fin du film, ne cessent de s’influencer l’un l’autre, pour le meilleur et le pire. Le macho Tuck (Dennis Quaid, excellent dans le registre de son personnage de L’Etoffe des Héros) joue la « conscience virile » du timide Jack, l’obligeant à sortir de sa coquille, tandis que ce dernier (Martin Short, irrésistible) lui fait subir en retour les multiples dangers de son organisme malmené ! Ajoutez à ce duo une Meg Ryan craquante, un faux Terminator (pourvu d’une main artificielle faisant vibromasseur !), des effets visuels splendides (le corps humain décrit dans Innerspace, créé par ILM, est un véritable monde extra-terrestre), une scène de métamorphose dûe à ce fou de Rob Bottin, l’apparition hilarante de Kathleen Freeman, des situations inattendues à tire-larigot (dont l’exploration par le héros miniaturisé de l’utérus de sa petite amie !!), et vous n’aurez qu’une petite idée de la joyeuse folie qui imprègne ce film cher aux « dantophiles ».

 

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The ‘Burbs / Les Banlieusards (1989)

Ray Peterson (Tom Hanks), cadre moyen en proie au burn-out, voudrait bien rester à glander chez lui durant ses vacances, au grand dam de sa femme Carol (Carrie Fisher). S’il supporte tout juste la présence de ses voisins, notamment Art (Rick Ducommun), grande gueule et sans-gêne, et Mark (Bruce Dern), vétéran détraqué de la Guerre du Viêtnam, Ray s’étonne davantage de ses nouveaux voisins, les Klopek. Une odeur bizarre se dégage de leur maison mal entretenue, ils font du bruit dans le sous-sol chaque nuit, et personne n’a revu les anciens locataires. Contre son gré, Ray se retrouve poussé à espionner ces voisins étranges…

 

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Associé ici à Ron Howard, co-producteur du film, Dante s’aventure dans la comédie noire, s’amusant à tirer à boulets rouges sur le symbole le plus évident de l’American Way of Life satisfaite d’elle-même : le quartier résidentiel de banlieue, avec ses petites maisons alignées, ses pelouses immaculées, et ses voisins trop souriants. Dante laisse ici les effets spéciaux (ou du moins, il les réduit à un simple générique partant de l’espace pour atterrir dans ce quartier, afin de souligner l’égocentrisme de ses concitoyens) pour signer une fable grinçante à souhait ; l’ensemble fait penser aux séries télévisées des fifties gentiment conservatrices (style Leave It To Beaver) qui rencontreraient Fenêtre sur Cour ou certains épisodes de La Quatrième Dimension, comme Les Monstres de Maple Street (description impitoyable de la paranoïa banlieusarde), avec l’humour référentiel de Dante pour couronner l’ensemble. Côté casting, Tom Hanks est déjà égal à lui-même en américain ordinaire un brin patachon, mais c’est Bruce Dern en ex-soldat paranoïaque qui décroche le meilleur rôle, et devient un fidèle de la bande à Dante.

 

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Gremlins 2 (1990)

Billy et Kate (Zach Galligan et Phoebe Cates), maintenant fiancés, vivent à New York et travaillent tous les deux dans la Tour Clamp, l’immeuble du magnat Daniel Clamp (John Glover), qui cumule bureaux, centres commerciaux, chaînes de télévision… ainsi qu’un laboratoire de recherches génétiques menées par le sinistre docteur Catheter (Christopher Lee). Celui-ci s’est emparé du pauvre Gizmo, orphelin depuis la mort de son maître. Si Billy retrouve à temps le petit Mogwaï, le jeune homme doit s’absenter à cause du travail. Et Gizmo est une nouvelle fois accidentellement mouillé… Les affreux Gremlins sont de retour, pour semer destruction, panique et rigolade dans tout l’immeuble ! Billy et ses amis sauront-ils les empêcher de se répandre dans New York ?… 

 

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On prend les mêmes, et on recommence ? Pas tout à fait… Le triomphe du premier Gremlins avait évidemment motivé les cadres de la Warner à vouloir une suite immédiate. Mais Dante, trouvant qu’une suite serait forcément inutile, se fit finalement tardivement convaincre de signer Gremlins 2, à la condition qu’on lui laisse la liberté de faire le film qu’il voulait. Il s’est donc lâché pour cette suite qui est un ahurissant pétage de plombs cinématographique. Gremlins 2, c’est l’Hellzapoppin des années 1990 : un film qui se moque délibérément de lui-même, et de son statut de suite imposée à un classique. Le film est littéralement pris de démence au fil des minutes, comme si les Gremlins avaient échappé à leurs concepteurs pour s’emparer de l’oeuvre… C’est précisément le cas, Dante osant briser le « quatrième mur » (la frontière entre le spectateur et le film) dans une scène mémorable où les Gremlins interrompent la projection du film !! Tout le reste du film est dans le même esprit : Bugs Bunny et Daffy Duck (animés par Chuck Jones en personne) viennent malmener le logo Warner, Gizmo se prend pour Rambo, le monologue de Kate du premier film est ridiculisé (tout comme les trois règles), les Gremlins étranglent le critique Leonard Maltin qui s’en est pris à leur film… Gremlins 2 illustre à merveille les tendances satiriques du père Dante, ravi de sa bonne blague à l’encontre du studio Warner Bros. Le public, décontenancé et divisé, ne suivit pas. Aujourd’hui, le film conserve un statut culte le plaçant à côté d’autres oeuvres bien barrées comme 1941 de Steven Spielberg, Last Action Hero de John McTiernan ou Mars Attacks! de Tim Burton. Pour résumer l’esprit du film, tout repose dans une réplique du « Gremlin intello » : « Etait-ce civilisé ? En aucun cas. Drôle, certainement, mais absolument pas civilisé ! ».

 

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Matinee / Panic sur Florida Beach (sic) (1993)

La vie n’est pas toujours rose pour le jeune Gene Loomis (Simon Fenton) et son petit frère Dennis (Jesse Lee Sofer), forcés de suivre leur père militaire au gré de ses affectations. Récemment arrivé à Key West, Gene passe ses week-ends avec son frère, dans la salle du Strand, le cinéma de la ville. L’arrivée de Lawrence Woolsey (John Goodman), roi de la série B qui va projeter son nouveau film, Mant!, est l’occasion rêvée pour lui d’en savoir plus sur le cinéma, de se faire des amis, et de nouer une première relation amoureuse. Mais alors que Woolsey prépare un show mémorable pour son jeune public, en Atomo-Vision et Vrombirama, le vrai spectacle risque bien d’être en dehors de la salle, définitivement… Nous sommes en octobre 1962, et Key West est la ville la plus proche des missiles cubains braqués sur les Etats-Unis !

 

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Joe Dante livra avec Matinee l’un de ses meilleurs films, et le plus personnel. Le réalisateur, à travers cette comédie, revisite l’esprit d’une époque révolue, celle de sa jeunesse passée dans les cinémas « à l’ancienne », et les séances des matinees. Comme des milliers de kids des années 50-60, le jeune Dante passa ses weekends dans les salles obscures ; au programme dans la même matinée, pour un prix modique : cartoons, documentaires, bandes-annonces à foison, et surtout des films de série B à la pelle, qui alimentèrent toute l’imagination du futur réalisateur. L’explosion de ces films durant l’après-guerre marquée par la paranoia anticommuniste et la peur des bombes atomiques fournit à Dante et au scénariste Charlie Haas l’idée géniale de faire un parallèle entre le spectacle, bien inoffensif, des monstres mutants atomiques (Godzilla, Tarantula, Them ! / Des Monstres attaquent la Ville et tant d’autres) et la peur bien réelle des citoyens américains, durant la crise des missiles cubains. Le film recrée astucieusement le curieux climat de cette période, aidé en cela par l’humour de Dante. Celui-ci donne un rôle en or à John Goodman, dont le personnage de réalisateur-businessman-bonimenteur-bricoleur ringard et enthousiaste s’inspire notamment de Roger Corman et de William Castle. Dante s’amuse aussi beaucoup avec son faux film, Mant!, dont la projection ponctue le récit. Il osera même malmener les règles cinématographiques courantes, pratiquant la mise en abîme et brisant encore une fois le quatrième mur. C’est ainsi qu’au détour d’une scène, le spectateur de Matinee (vous et moi) se retrouve à regarder les protagonistes du film, qui eux-même regardent des spectateurs au cinéma dans le film Mant! … lesquels se retournent vers eux, pour les alerter de l’attaque de l’homme-fourmi qui nous saute alors au visage. Du grand art ! 

 

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Small Soldiers (1998)

Branle-bas de combat pour les responsables de la firme de jouets Heartland, rachetée par Gil Mars (Dennis Leary), président de la multinationale Globotech. Après une rapide réunion, une nouvelle gamme de figurines interactives est lancée : les Commando Elite, un groupe de super-soldats héroïques, et leurs ennemis les Gorgonites, des monstres extra-terrestres. L’un des concepteurs ne trouve rien de mieux que de  »booster » en secret l’intelligence artificielle des jouets en les dotant d’une puce expérimentale militaire, avant d’envoyer une première série de jouets dans le magasin du père d’Alan Abernathy (Gregory Smith), un jeune garçon perturbé. Alan découvre avec stupeur qu’Archer (voix de Frank Langella) et ses alliés Gorgonites sont réellement conscients… Malheureusement, c’est aussi le cas des Commando, qui se réveillent sous la férule du redoutable Chip Hazard (Tommy Lee Jones) et décident de détruire les alliés des Gorgonites : la famille d’Alan et celle de sa voisine, la jolie Christy (Kirsten Dunst)…

 

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Après de nouveaux détours télévisuels, notamment avec le téléfilm La Seconde Guerre de Sécession (1997), Joe Dante reprit le chemin des studios et retrouva Steven Spielberg pour ce Small Soldiers qui constitua leur dernière association à ce jour. Un peu forcé et contraint de refaire un film dans l’esprit de Gremlins, Dante accepta la commande et s’en tira plutôt bien, compte tenu des circonstances… Un script inachevé au moment du tournage, et les pressions incessantes de la firme Hasbro, cherchant à faire du film un support pour promouvoir une nouvelle gamme de jouets. Les cadres exécutifs et les décideurs de multinationales étant désormais la bête noire de Dante, ce dernier, incorrigible, leur taille un costume sur mesure dès les premières minutes du film ! Et il glisse toujours un propos subversif qui a dût déplaire à ceux-ci : les Commando Elite et autres poupées Gwendy (GI Joe et Barbie), vendus et distribués en masse aux gamins américains, sont d’affreux stéréotypes fascisants, véhiculant une idéologie agressive et déshumanisée, la mort de l’imagination représentée ici par les Gorgonites au look de monstres désuets. Un poil trop référentiel (le film ressemble beaucoup trop aux deux Gremlins pour convaincre), Small Soldiers n’en demeure pas moins sympathique, aidé par un casting vocal de premier plan (mentions spéciales aux Commandos doublés par Tommy Lee Jones, Bruce Dern et les derniers des Douze Salopards : Ernest Borgnine, Jim Brown, George Kennedy et Clint Walker).

 

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Les Looney Tunes passent à l’action (2003)

Crise majeure aux studios Warner Bros. : Daffy Duck, exaspéré d’être l’éternel faire-valoir de Bugs Bunny, fait un scandale quand il apprend que Kate Houghton (Jenna Elfman), la nouvelle responsable de la branche familiale du studio, veut le licencier. D.J. Drake (Brendan Fraser), gardien des studios et fils de la star de films d’action Damian Drake (Timothy Dalton), n’arrive pas à calmer l’irascible canard qui provoque une catastrophe… D.J. se retrouve donc au chômage. Un message de son père lui révèle que ce dernier est en réalité un véritable espion, sur la trace du légendaire diamant Singe Bleu, convoité par le maléfique Président Chairman (Steve Martin) des industries Acme. Décidé à sauver son père, D.J. se rend à Las Vegas, Daffy pendu à ses basques ; rejoints par Bugs et Kate, qui risque le renvoi pour avoir séparé le célèbre duo animé, la fine équipe doit sauver le monde des griffes de Chairman et ses sbires, les vieux ennemis de Bugs…

 

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Depuis le temps qu’ils apparaissent dans ses films, il était inévitable que Joe Dante finisse par mettre en scène Bugs Bunny et Daffy Duck. Les Looney Tunes passent à l’action fut surtout l’occasion pour Dante de rendre un hommage affectueux à son vieil ami Chuck Jones (décédé en 2002), de rendre justice à la joyeuse folie de ses meilleurs dessins animés… et de faire oublier l’infâme Space Jam de 1997. Renouant avec l’esprit « nawak » de Gremlins 2, Dante signe son feu d’artifice : une série de courses-poursuites loufoques, truffées de références à l’oeuvre de Jones (« Duck season ! Rabbit season ! », le Coyote, Marvin le Martien…), de clins d’oeils cinéphiliques, de moments délirants et de coups de griffes bien sentis envers le système hollywoodien. se projetant certainement dans Daffy, Dante ose en effet évoquer ses propres démélés avec les studios et se venge par l’humour : Daffy saccage le tournage du nouveau Batman (réalisé par Roger Corman !!), et écrase la célèbre citerne Warner sur l’exécutive indélicate ! Les gags « métatextuels » abondent une nouvelle fois : Brendan Fraser incarne le doubleur des cascades de Brendan Fraser (présenté ici comme un abruti de première), Timothy Dalton (ancien James Bond) incarne un agent secret se faisant passer pour un acteur jouant les agents secrets… Du Dante tout craché. Et on retiendra notamment deux passages complètement azimutés : la poursuite entre Bugs, Daffy et Elmer Fudd dans des tableaux de maîtres, prétexte à des trouvailles graphiques savoureuses ; et la découverte du Hangar 52 où Robby le Robot croise Kevin McCarthy (toujours obnubilé par ses Body Snatchers !), hangar pris d’assaut par Marvin le Martien et les monstres échappés des vieilles séries B chères au cinéaste (les Daleks de Docteur Who, les Triffides, le Métalunien des Survivants de l’Infini, L’Homme de la Planète X et le Ro-Man de Robot Monster)…

Plus tristement par contre, Les Looney Tunes… marquera la dernière collaboration entre Dante et Jerry Goldsmith, avant son décès. Et l’insuccès du film poussera un peu plus Dante vers la sortie du système des studios. Dommage, vraiment, car même s’il n’éclipse pas le Roger Rabbit de Zemeckis, le film de Dante mériterait bien d’être réévalué.

 

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The Hole (2009)

Dane et Lucas Thompson (Chris Massoglia et Nathan Gamble) suivent leur mère, obligée de fuir en permanence un mari violent. Arrivés dans leur nouvelle maison de Bensonville, les frères découvrent une étrange trappe, fermée de six verrous, dans la cave. Ouverte, la trappe s’avère si profonde que l’on ne peut ni en voir ni en toucher le fond. Avec l’aide de Julie (Haley Bennett), une charmante voisine, Dane et Lucas font glisser dans le trou une caméra fixée à une corde. Personne ne prête attention aux phénomènes inquiétants liés au trou, phénomènes qui menacent bientôt le petit Lucas…

 

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La poisse continue de s’acharner sur Dante… Dernier long-métrage à ce jour du cinéaste, The Hole se vit condamner d’emblée à une infamante sortie direct-to-video, et donc privé d’une projection sur grand écran. Le film dut attendre deux ans avant d’être édité chez nous en DVD. Dur, quand on pense que Dante écrasait le box-office 25 ans auparavant… et injuste, car ce The Hole au budget modeste tient toutes ses promesses, prouvant que le papa des Gremlins sait toujours mêler l’humour et l’effroi avec brio. Si le film en lui-même n’est pas d’une originalité confondante (Dante revisite l’esprit de La Quatrième Dimension, et exploite des situations déjà vues dans ses films), il sait créer l’angoisse (les scènes avec la poupée clown) avec son efficacité coutumière. Le film garde aussi une noirceur bienvenue, Dante suggérant que ses jeunes héros ont subi des violences de la part de leur père. La maîtrise technique de premier ordre est toujours là, dans un dernier acte justifiant pour une fois pleinement l’usage de la 3D dans une scène de confrontation cauchemardesque. Et, cerise sur le gâteau, Dante nous gratifie d’une nouvelle apparition de Bruce Dern, le temps de quelques séquences inquiétantes à souhait.

La carrière cinématographique de Joe Dante en est malheureusement restée là depuis quatre ans. Obligé de se tourner vers la télévision (où, fidèle à son univers, il glisse des allusions aux films fantastiques dans des épisodes des Experts ou d’Hawaï Five-O !), l’ami Joe n’a pas pour autant renoncé à de futurs projets (Air Disturbance et le bien nommé Monster Love, histoire de vampires et loups-garous) qu’il a malheureusement du mal à monter, en dehors du système des studios l’ayant rejeté… Il ne reste plus qu’à espérer qu’un producteur solide et bienveillant (Steven, c’est quand tu veux) permette à Dante de continuer à filmer, pour la grande joie des cinéphiles. Et « That’s all, Folks ! »

 

Ludovic « Brain Gremlin » Fauchier.

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