Lâcher prise – GRAVITY

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Gravity, d’Alfonso Cuaron

Effectuant une dernière sortie extravéhiculaire (EVA) en orbite terrestre, les astronautes de la navette Explorer réparent le télescope spatial Hubble. Les messages du Contrôleur de Mission (la voix d’Ed Harris) se font pressants : la destruction d’un satellite russe a entraîné la formation d’une nuée de débris métalliques, se déplaçant rapidement dans la direction d’Explorer… Les débris percutent la navette, brisant le bras robotique sur lequel se trouve Ryan Stone (Sandra Bullock), la spécialiste médicale de la mission. Désemparée, affolée, elle dérive en orbite avant d’être récupérée in extremis par le lieutenant Matt Kowalski (George Clooney). La navette détruite, tous les autres membres d’équipage sont morts. Kowalski et Ryan doivent rejoindre au plus vite sur l’ISS, la Station Spatiale Internationale, où est amarré un vaisseau Soyouz. Ryan et Kowalski n’ont pas le droit à l’erreur pour atteindre la station, alors que leurs réserves d’oxygène baissent…

 

Lâcher prise - GRAVITY dans Fiche et critique du film gravity-06

(ATTENTION ! ALERTE AUX SPOILERS ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous n’avez pas encore vu le film…)

Sept ans déjà depuis Children of Men (Les Fils de l’Homme)… Cela commençait à faire beaucoup pour Alfonso Cuaron, le troisième larron du « Tequila Gang », le trio de cinéastes mexicains qui, depuis une bonne décennie, s’est taillé une place de choix dans le cinéma mondial. Aux côtés du jovial Guillermo Del Toro (Hellboy, Le Labyrinthe de Pan, L’Echine du Diable, Pacific Rim) et d’Alejandro Gonzalez Inarritu (21 Grammes, Babel, Biutiful), le poète dont les films ne laissent jamais indemne, le plus discret Cuaron, alternant projets personnels totalement mexicains dans l’âme (Et ta mère aussi !) et commandes hollywoodiennes réussies (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, seul film de toute la saga à dégager un vrai sentiment de magie), avait soufflé tout le monde avec Children of Men, sa bouleversante odyssée apocalyptique dans une Angleterre dévastée ; associé à son fidèle chef opérateur Emmanuel Lubezki (à qui l’on doit aussi les magnifiques lumières du Sleepy Hollow de Tim Burton, Ali de Michael Mann ou Le Nouveau Monde de Terrence Malick), Cuaron y faisait preuve d’une maîtrise technique exceptionnelle. Personne, parmi les heureux spectateurs ayant découvert le film en salles, n’avait oublié plusieurs scènes très intenses, que ce soit l’assaut d’une voiture et ses occupants par des pillards motorisés, ou la périlleuse traversée d’une ville en guerre, effectuée par Clive Owen. La réussite de ce film venait de cette capacité unique à « invisibiliser » la virtuosité technique (ces plans-séquences rendus invisibles par la mise en situation au niveau des personnages), tout au service d’une histoire profondément humaine, aux fortes résonnances mythologiques. Après ce coup d’éclat, Cuaron, au terme d’une très longue période de gestation, nous offre son dernier opus, ce Gravity qui nous ramène aux vertiges insondables de l’aventure spatiale. Et de vertiges, il en est fortement question, vu le réalisme époustouflant des séquences de cette aventure hors normes…

 

gravity-02 dans Fiche et critique du film

Cuaron réalise un vieux rêve d’enfance avec ce film, lui qui rêvait enfant d’être astronaute. Le réalisateur mexicain savait aussi à quels écueils il allait se frotter en tournant un film d’exploration spatiale réaliste. Les films du genre sont rares, mais beaucoup sont célèbres. L’un d’eux est particulièrement intimidant, la référence absolue du genre. Je veux bien entendu parler du 2001 : L’Odyssée de l’Espace de maître Stanley Kubrick, qui, en 1968, sans aucune facilité technique moderne, avait livré d’impressionnantes images d’EVA (les sorties spatiales des astronautes), précédant de la sorte les premières images d’archives de la NASA avec un réalisme inégalé. Le film est resté la référence incontournable du genre, éclipsant d’autres films sur la conquête spatiale, comme Marooned (Les Naufragés de l’Espace, 1969) de John Sturges avec Gregory Peck et Gene Hackman. Une décennie plus tard, si la science-fiction était devenue à la mode, rares furent cependant les films réalistes sur les dangers de l’aventure spatiale. Le box-office préférait les space opéras où des vaisseaux spatiaux rugissent et foncent dans l’espace en dépit des lois élémentaires de l’astronautique. On citera The Right Stuff (L’Etoffe des Héros, 1983), le film oscarisé de Philip Kaufman, réservant une de ses plus belles séquences au voyage orbital de John Glenn (Ed Harris) autour de la Terre, confiné dans sa modeste capsule spatiale. Suite décriée de 2001, le 2010 de Peter Hyams reste un exercice intéressant de « hard SF«  ne pouvant certes rivaliser avec le monument de Kubrick, mais offrait quelques vertigineuses scènes de sortie spatiale au spectateur. Les films spatiaux réalistes durent attendre une décennie supplémentaire pour obtenir un de leurs plus beaux fleurons, Apollo 13 de Ron Howard, avec Tom Hanks (et Ed Harris, encore lui, déjà en contrôleur de mission avant Gravity) ; les scènes spatiales, toutefois, restaient confinées à l’intérieur de la capsule spatiale bien malmenée (autant que les acteurs jouant leurs scènes en apesanteur réelle, à bord de l’avion d’entraînement « Vomit Comet »). On passera vite sur le très décevant Mission to Mars de Brian De Palma (2000), qui, malgré ses qualités techniques et artistiques, et ses intentions ambitieuses, est plombé par son scénario incroyablement mal écrit, faisant penser à une sorte de  »2001 pour les nuls ». Sorti également en 2000, le Space Cowboys de Clint Eastwood faisait bien meilleure figure ; baignant dans ses deux premiers tiers dans un humour digne de l’esprit de John Ford, le film nous offrait un dernier acte spatial d’une très grande élégance visuelle, empreinte de mélancolie (ce dernier plan sur fond musical de Frank Sinatra !). Coïncidence ? Certains plans du film d’Eastwood, dernier grand film spatial relativement réaliste avant Gravity, annonçaient curieusement des images similaires du film de Cuaron ; le cinéaste mexicain passionné par l’espace connait sûrement ses classiques, tout en gardant son propre ton. Même démarche quand certains passages de Gravity se rapprochent de la démarche de Kubrick, sans chercher pour autant à le plagier ou le citer ouvertement, ce qui aurait tenu du suicide artistique.

 

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Les spectateurs auront pu constater par eux-même la réussite imparable de la démarche de Cuaron, dès les premiers instants du film. On prêtait jadis à Steven Spielberg ou James Cameron (voire aux deux) une déclaration similaire, selon laquelle ils seraient prêts à embarquer dans la navette spatiale, pour filmer caméra au poing les astronautes de la NASA en orbite terrestre. Déclaration sérieuse, ou simple boutade, allez savoir, toujours est-il qu’Alfonso Cuaron a littéralement grillé la politesse à ses prestigieux aînés. Dès le tout début du film, c’est le choc sensoriel absolu. Le spectateur ne regarde pas un film sur l’espace… il est dans l’espace, le vrai ! Impossible de croire que tout le film a été tourné en studio, alors que la caméra contemple la Terre, et s’approche doucement de la navette et ses occupants en EVA. Et c’est une première séquence qui en met à la fois plein la vue tout en faisant oublier les trucages pourtant omniprésents. On en oublie même que l’on voit deux stars familières, jouant les astonautes. Présentés en un très long plan-séquence surclassant ceux de Children of Men, Kowalski et Stone sont totalement crédibles : ce ne sont en aucun cas des super-héros, juste des gens ordinaires faisant un travail peu ordinaire. Cette séquence, avant même que la catastrophe ne se réalise, est aussi pour le spectateur une sacrée épreuve physique. Combinant la prise de vues en plan-séquence, alternant les points de vue des deux protagonistes et celui, objectif, du spectateur, Cuaron tire aussi le meilleur profit de la 3D parfaitement employée. Le chef-opérateur Emmanuel Lubezki élabore tout simplement la photographie spatiale la plus crédible jamais employée à ce jour, surclassant même le travail de Kubrick et Geoffrey Unsworth pour 2001. Le résultat est une impression de vertige total. Un tour de force qui amène aussi à saluer le très intelligent travail de mise en scène préparé par Cuaron et Lubezki, qui ont dû se poser en amont la question : comment régler la scénographie d’une scène, où placer la caméra dans un milieu qui, par définition, n’a ni haut ni bas, ni gauche ni droite ? Et comment tenir compte du point de vue du spectateur, dans l’action ? Le résultat a valu à Cuaron les louanges admiratives de James Cameron en personne, reconnaissant qu’il s’agissait là de la meilleure photographie spatiale jamais tournée. On ne saurait lui donner tort à ce sujet ; Gravity va certainement redéfinir le genre science-fictionnel (bien qu’il ne soit pas exactement un film appartenant à ce genre), et il ne sera plus possible de regarder les photos et films d’archives spatiales sans penser au film de Cuaron… Regardez par exemple cette photo de l’astronaute Stephen Robinson, ci-dessous : elle semble être sortie de la première scène du film.

 

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Ce vertige permanent, Cuaron le provoque aussi grâce à un découpage et un montage intelligemment gérés. Il n’y a pas un changement de plan sans justification dramatique, et, à l’intérieur même de plusieurs de ses séquences, le cinéaste s’affranchit de certaines règles traditionnelles de mise en scène pour mieux « effacer » celle-ci, mettant le spectateur dans la peau malmenée de Ryan Stone. Dès le second plan du film, alors que celle-ci dérive, glissant comme une toupie dans l’immensité spatiale, Cuaron effectue un second plan-séquence, « chaotique » (mais lisible), là où le premier était élégant ; la caméra passe d’une exposition objective de la situation (Ryan dérivant, entraînée par le bras robotique auquel elle est arrimée et dont elle ne peut se détacher) à un extrême gros plan sur son visage affolé, la caméra entrant à l’intérieur de son casque sans coupure, et sans choquer l’oeil du spectateur. Impressionnant. Tout aussi crédible, la sensation de vertige est accrue bien sûr par les effets (physiques et visuels) décrivant avec un grand luxe de détails la force centrifuge, la masse, les effets de l’inertie sur les corps des deux astronautes transformés en incontrôlables pantins. Image saisissante de Ryan, suspendue par des câbles tendus au point de rupture, et reliée elle-même au câble de Kowalski suspendu au-dessus d’un abîme sans fin… Et quand il revient à un découpage plus traditionnel, Cuaron reste fidèle à son approche : des plans en caméra subjective, à travers les yeux de Ryan, contribuant à la tension permanente et au suspense, simple mais efficace. Enfin, la sensation de vertige est accrue par un usage intelligent de la bande sonore. Contrairement aux conventions du genre (y compris celle des bandes-annonces qui « mentaient » délibérément pour la circonstance), Cuaron tient compte du fait que, dans l’espace, le son ne peut se propager… Là où nombre de confrères hollywoodiens surchargent la bande sonore de bruits d’explosions, de rayon lasers ou de moteurs grondants, Cuaron n’oublie pas la réalité scientifique. Les chocs des objets créent des vibrations, les astronautes discutent par radio interposée, et la musique est limitée à son strict minimum : point de grandes symphonies orchestrales ici, mais de courtes plages sonores, servant à renforcer l’intensité des situations traversées par les astronautes. L’effet est imparable, conjugant les sensations de claustrophobie et d’agoraphobie.

 

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Mais ce tour de force technique que constitue Gravity ne peut contribuer à lui seul à la réussite du film. D’un scénario qui, sur le papier, tient sur un ticket de métro (des astronautes, un accident, une lutte pour la survie), Alfonso Cuaron et son fils Jonas, co-scénariste impliqué de longue date dans le projet, tirent d’une part un survival des plus intenses, et d’autre part touchent le public à travers l’odyssée intime de Ryan Stone, touchant à des préoccupations d’ordre bien plus spirituelles et universelles. Pour ce faire, ils ont osé « casser » une règle scénaristique traditionnelle aux récits spatiaux : l’élimination pure et simple d’un premier acte sur Terre, qui aurait présenté les personnages, leur vie ordinaire, leur entraînement et l’envol depuis Cape Canaveral. En plaçant le spectateur in media res, au milieu des évènements, et en ne déviant jamais du point de vue de leur héroïne, les Cuaron mènent Gravity vers des régions inattendues. Et, très vite, le film se situe dans la continuité thématique des Children of Men. Il n’est pas non plus sans évoquer une célèbre nouvelle de Ray Bradbury (parue dans le recueil L’Homme Illustré), intitulée Kaléidoscope, qui racontait la dérive fatale dans l’espace de deux astronautes, l’un appelé à disparaître dans l’immensité cosmique, l’autre retombant vers la Terre pour s’embraser en étoile filante.

 

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Toute l’histoire de Gravity est, pour simplifier, l’histoire du deuil et de la renaissance d’une femme marquée par un drame terrible, intime, et qui, dans des circonstances exceptionnelles, se retrouve confrontée au choix le plus simple : se battre pour survivre, ou lâcher prise définitivement. Le carton qui ouvre le film nous rappelle des données simples : la vie dans l’espace est impossible. Et s’il n’y a pas de vie, c’est donc que ce que nous appelons l’espace est par définition le « lieu » de la Mort (CQFD), du Néant… Une belle évidence, certes, mais qui pose bien le paradoxe du métier d’astronaute, amenant avec soi la Vie dans un milieu qui exclut celle-ci. La Mort, Ryan Stone ne la connaît que trop bien, pour avoir perdu sa petite fille dans un banal accident ; le drame est évoqué, sans trémolos excessifs, dans le film. Comment cette femme peut-elle trouver la force de continuer à vivre ? La première séquence nous la montre plongée dans son travail, tellement fixée sur celui-ci qu’elle se ferme à toute discussion ; même les blagues de Kowalski ne la dérident pas. On constatera qu’au cours du film, au fil des évènements, Ryan, « morte » spirituellement, va connaître une nouvelle évolution. Elle semble travers sous nos yeux les diverses étapes de la vie, de l’enfance à l’âge adulte. Durant cette première scène, on la voit surveillée par Kowalski, qui garde un oeil quasi paternel sur son équipage (un second astronaute fait le clown, accroché à son câble, comme un enfant sur une balançoire dans un parc) et vient aux nouvelles de la « petite dernière » qui boude dans son coin… Un symbole un peu dérisoire de cette ambiance « enfantine » apparaîtra plus tard, quand les rescapés trouveront dans la navette en ruines une figurine de leur mascotte, Marvin le Martien. Personnage familier de l’univers des Looney Tunes créé par le grand Chuck Jones, Marvin a réellement été utilisé comme mascotte par la NASA, pour les missions martiennes. A vrai dire, on peut se demander si Cuaron ne s’amuse pas, en sous-main, à rendre hommage à travers Gravity à Chuck Jones, et à un de ses plus célèbres personnages : Wile E. Coyote, sans cesse victime des méfaits de la gravité terrestre l’entraînant sans cesse au fond du ravin. D’une certaine façon, bien plus sérieuse, Ryan serait une « Coyote » qui s’ignore, entraînée dans une chute inexorable, mais capable comme ce dernier de se relever après la chute finale…

 

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Cet interlude « cartoonesque » mis à part, revenons à l’évolution de notre héroïne. Après cette première scène enfantine, Ryan, entraînée par la chute des débris, est prise de panique ; ses appels à l’aide prennent une autre dimension, alors qu’elle demande cette fois l’aide de « papa » Kowalski (« qu’est-ce que je dois faire ? qu’est-ce que je dois faire ? » ) qui vient finalement la rassurer en la prenant dans ses bras. Pas question de flirter, ce serait parfaitement incongru ici, Kowalski plaisantant dans ce sens uniquement pour relâcher la tension et calmer sa collègue ; incidemment, on peut aussi s’amuser de voir entre eux une ébauche de drague adolescente, même si ce n’est pas le propos du film. Symboliquement, Kowalski va entraîner Ryan vers la station spatiale internationale, avec un câble ; un lien on ne peut plus symbolique, salvateur et protecteur dans un premier temps, mais qui se transforme ensuite en piège mortel. Kowalski se verra obligé de laisser Ryan livrée à elle-même. Métaphore évidente de l’entrée dans l’âge adulte, ses peurs, ses dangers et ses frustrations… Lorsque Ryan peut enfin se remettre brièvement de ses épreuves, elle se débarrasse de son encombrant scaphandre pour s’endormir en position foetale, flottant dans l’air. Image évocatrice, très proche de celles du 2001 de Kubrick, marquant un seuil décisif de maturation pour la jeune femme. La suite du voyage ne sera pas plus de tout repos, et sera marquée par un moment de dépression terrible pour Ryan, piégée dans le vaisseau Soyouz. Il y aura cette séquence étonnante, triste et touchante, où elle contacte par radio un chasseur Inuit, chantant pour son enfant, avant qu’elle ne décide de se suicider en s’endormant, coupant l’arrivée d’oxygène. Une apparition inattendue la ramènera à sa problématique de départ. Hallucination dûe au manque d’oxygène ? Visite spirituelle d’un Kowalski décédé, la poussant à vite reprendre pied ? Toujours est-il que Ryan fait un choix décisif, celui de poursuivre son voyage jusqu’à sa renaissance totale. Ce n’est pas par hasard que Cuaron filme une statuette de Bouddha dans la station chinoise, que Ryan a atteinte après avoir joué les Wall-E, propulsée par un simple extincteur… Les dernières minutes du film, apaisées après 90 minutes de chaos et de peur, sont très clairement une renaissance spirituelle pour Ryan. Dans une séquence rappelant curieusement moins 2001 que l’Excalibur de John Boorman, l’astronaute, entraînée dans les eaux par le poids de son scaphandre, se débarrasse de celui-ci pour revenir à la surface et entrer dans la lumière, tel Perceval retrouvant le Saint Graal dans le film de Boorman, après avoir symboliquement enlevé l’armure qui l’entraînait au fond d’un fleuve. Et lentement, péniblement, la jeune femme atteint le rivage, chancelant sur ses jambes (conséquence du séjour prolongé dans l’espace) comme un petit enfant faisant ses premiers pas. C’est à la fois d’une simplicité évangélique, et d’une beauté filmique absolue.

 

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La réussite de Gravity n’est pas non plus le seul fait de Cuaron, ou des techniciens du film. Le tour de force du film est aussi dû, pour une large part, à une exceptionnelle interprétation de Sandra Bullock. Qu’on s’imagine un peu la difficulté du rôle : un entraînement drastique pour être crédible en astronaute, et un investissement émotionnel dans le rôle de cette femme cassée par la vie. Un rôle que l’actrice a dû interpréter pendant des semaines, suspendue en permanence à des câbles à dix mètres du sol ! Ce n’est pas rien, et l’actrice, faisant ressentir et partager toutes les émotions « brutes » de son personnage (enfermement, peur, colère, détresse, résignation, résolution), alors qu’elle a été entourée de tout un matériel technique envahissant, mérite bien un coup de chapeau. D’autant plus remarquable que celle-ci, à 49 ans, est dans la zone d’âge fatale à tant de ses collègues, mises prématurément sur la touche par le système hollywoodien. Mrs. Bullock a dû tenir tête aux quarterons d’exécutifs des studios, toujours prêts à réclamer une actrice plus jeune (le rôle devait être à l’origine tenu par Natalie Portman), ou à faire pression sur le réalisateur pour qu’il remplace le personnage par un homme… La lutte en valait la peine. On n’oubliera pas au passage de saluer amicalement George Clooney, qui s’efface avec beaucoup d’élégance pour défendre sa collègue et a accepté de jouer un rôle à la présence déterminante mais limitée. A la manière de Julianne Moore dans Children of Men, Clooney voit son personnage disparaître au tout premier tiers du récit. Crédible en astronaute, il en profite pour glisser sa tranquille autorité, sous une fausse désinvolture assurant les quelques instants de légèreté du film. La fin de son personnage n’en est que plus frappante.  

Un grand merci donc aux comédiens, à Alfonso Cuaron et son équipe qui nous prouvent, avec beaucoup de ténacité, que le Cinéma peut encore offrir des moments uniques, et garantir à la fois un spectacle de haute volée et une histoire intime, et universelle.

 

Ludovic Fauchieeeeeeeeeeeeeeeeeeeer (lost in space).

 

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Fiche technique :

Réalisé par Alfonso Cuaron ; scénario d’Alfonso & Jonas Cuaron ; produit par Alfonso Cuaron et David Heyman (Warner Bros. / Esperanto Fimoj / Heyday Films)

Photographie : Emmanuel Lubezki ; musique : Steven Price ; montage : Alfonso Cuaron et Mark Sanger

Direction artistique : Mark Scruton ; décors : Andy Nicholson ; costumes : Jany Temime

Effets spéciaux de plateau : Neil Corbould ; effets spéciaux visuels : Richard McBride, Matt Kasmir, Ben Morris et Timothy Webber (Framestore / Gentle Giant Studios / 4DMax / Mova / Peanut FX / Prime Focus World / ReelEye Company / Rising Sun Pictures / The Third Floor / The Visual Effects Company)

Durée : 1 heure 31

Distribution : Warner Bros.

Caméras : Arri Alexa et Arriflex 765

 

 

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