En bref… CAPITAINE PHILLIPS

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Capitaine Phillips, de Paul Greengrass

Une histoire vraie, survenue en avril 2009. Le capitaine Richard Phillips (Tom Hanks) prend le commandement du cargo Maersk Alabama, et part d’Oman à destination de Mombasa, au Kenya. La route du navire passe par le golfe d’Aden, une des zones les plus dangereuses du globe, théâtre d’attaques des gros navires par des pirates somaliens. Partant de chalutiers faisant office de vaisseau-mère, les anciens pêcheurs devenus criminels arraisonnent les équipages, afin de soutirer une forte rançon à leurs compagnies. Les craintes de Phillips et de son équipage se concrétisent bientôt, durant un exercice d’alerte dans les eaux somaliennes : deux esquifs se lancent à leur poursuite, sous la conduite d’Abduwali Muse (Barkhad Abdi)… 

 

Captain Phillips

Formé au documentaire avant de passer à la fiction, devenu « l’homme des films Jason Bourne » avec Matt Damon, l’anglais Paul Greengrass s’est surtout spécialisé dans un registre bien particulier : la reconstitution « sur le vif » d’évènements historiques dramatiques. Rappelons qu’on lui doit dans ce registre Bloody Sunday (sur la tuerie de Derry en Irlande du Nord, commise en 1972 par des parachutistes anglais contre des activistes pacifistes irlandais) et Flight 93 / United 93 (la prise d’otages et le crash fatal de l’avion en Pennsylvanie durant les attaques du 11 septembre 2001). Les reconstitutions sont minutieuses, pleines de tension et immergent le spectateur dans les évènements, à la façon d’un reportage de guerre… avec des résultats variés. Bloody Sunday était une réussite, Flight 93 beaucoup moins convaincant, manquant de distance avec son sujet encore brûlant. Capitaine Phillips se situe dans la même veine, traitant des attaques de navires et des prises d’otages survenant au large des côtes de la Somalie. Comme il l’avait fait avec le moyen Green Zone sur la Guerre d’Irak avec Matt Damon, Greengrass s’adjoint les services d’une star pour sa reconstitution. Bonne idée en l’occurence : ce bon vieux Tom Hanks est aux commandes, et c’est certainement en grande partie grâce à sa performance que Capitaine Phillips est la meilleure oeuvre de Greengrass depuis Bloody Sunday. Le réalisateur a su se concentrer sur le drame humain de son histoire vraie, et juguler cette fois ses abus de montage « ultra cut » dont il abusait depuis les films Bourne.

Pour Tom Hanks, cette année 2013 marque un retour en très grande forme après quelques années plus discrètes. D’abord son étonnante performance à visages multiples dans Cloud Atlas chez les Wachowski, puis le film de Greengrass, et, bientôt sur nos écrans, un Saving Mr. Banks (Dans l’ombre de Mary) salué par la critique, film dans lequel il incarnera Walt Disney ! Hanks a toujours su jouer à merveille les types ordinaires et familiers, dégageant une autorité tranquille et un sentiment d’aliénation face à un monde chaotique en diable. Autant dire que le rôle de Richard Phillips, rescapé d’une dramatique prise d’otages en haute mer, ne dépare pas dans sa filmographie. Le Phillips incarné par Hanks est avant tout un simple être humain obligé de faire face à une situation incontrôlable : il fait jouer dans un premier temps son expérience et son autorité de marin vétéran, avant de devoir improviser pour sauver la vie de son équipage, en prenant des décisions à la limite de l’inconscience, voire carrément suicidaires. Temporisation, bluff, négociation, ou tentative d’ascendant psychologique face à ses ravisseurs… Tom Hanks, sans jamais donner l’impression de forcer son talent, est crédible dans ce rôle épuisant. Face à lui, les preneurs d’otages sont joués par des comédiens très convaincants (mention particulière pour Barkhad Abdi, qui joue leur chef), qui ne font jamais de leurs personnages des stéréotypes d’un mauvais film d’action. Ces assaillants sont des gamins désespérés, mal préparés, lancés à corps perdu dans une situation sur laquelle ils n’ont aucune prise. Cette prise d’otage est aussi un nouveau choc de deux mondes séparés, apparaissant à travers la lutte psychologique de Phillips et Muse. Ce dernier finira par être le dindon de la « farce » préparée par les Navy SEALS, et finira certainement emprisonné jusqu’à la fin de ses jours (les USA faisant toujours fi, en ces cas-là, des lois internationales ; aucune clémence pour les pauvres types qui oseront toucher à ses citoyens et à ses intérêts économiques…) ; et Phillips, lui, ressortira sérieusement traumatisé de l’expérience. Les dernières minutes du film, en termes de jeu d’acteur, constituent d’ailleurs un des plus beaux (et douloureux) moments de Tom Hanks, qu’on a rarement vu aussi perturbé. Plus encore que ses personnages du Soldat Ryan ou Cast Away

Capitaine Phillips serait à vrai dire un très grand film s’il ne lui manquait pas un petit quelque chose en plus… Greengrass a le mérite d’aborder un sujet très fort, idéal pour décrire les crises de notre monde : d’un côté, la mondialisation du commerce faisant que des navires pleins à craquer sillonnent des eaux où ne règne aucune loi (et transformant ses employés mal payés en cibles mobiles…) ; de l’autre, un pays ravagé par des décennies d’une épouvantable guerre civile, par la famine, et par des seigneurs de guerre imposant la loi des armes (rien n’a vraiment changé depuis l’époque décrite dans Black Hawk Down de Ridley Scott). Les marins somaliens n’ont guère le choix, s’ils veulent survivre. Reste néanmoins ce sentiment d’inachevé à la vision du film : on aurait aimé un peu plus de mise en perspective de la part de Greengrass, un peu de didactisme (nécessaire pour comprendre pourquoi la piraterie s’est développée dans ce pays), et aussi un peu moins de musique, très envahissante… Des détails qui gâchent un film par ailleurs très intéressant, et prenant.  

Ludovic Fauchier.

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La fiche technique :

Réalisé par Paul Greengrass ; scénario de Billy Ray, d’après le livre de Richard Phillips et Stephan Talty, « A Captain’s Duty : Somali Pirates, Navy SEALS, and Dangerous Days at Sea » ; produit par Dana Brunetti, Michael De Luca, Scott Rudin, Christopher Rouse et Khadidja Alami (Michael De Luca Productions / Scott Rudin Productions / Translux / Trigger Street Productions) ; producteurs exécutifs : Kevin Spacey, Eli Bush et Gregory Goodman

Photographie : Barry Ackroyd ; musique : Henry Jackman ; montage : Christopher Rouse

Direction artistique : Charlo Dalli, Raymond Pumila, Paul Richards et Su Whitaker ; décors : Paul Kirby ; costumes : Mark Bridges

Distribution : Columbia Pictures / Sony Pictures Releasing

Caméras : Aaton Penelope, Aaton XTR Prod, Arri Alexa, Arricam LT, Arriflex 235, Arriflex 435, Beaumont VistaVision Camera, Canon EOS C300 et GoPRo HD Hero

Durée : 2 heures 14

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