En bref… THE HOMESMAN

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THE HOMESMAN, de Tommy Lee Jones

L’histoire :

le Nebraska, en 1855. Mary Bee Cuddy (Hilary Swank) travaille dur du matin au soir, dirigeant seule sa ferme. Célibataire, pieuse et déterminée, Mary Bee propose à son voisin de l’épouser, mais celui-ci refuse net, gêné par cette proposition inattendue. L’hiver frappe durement les habitants du territoire de Loup City : une épidémie de diphtérie tue le bétail et les personnes fragiles. Au printemps, le Révérend Dowd (John Lithgow) rend visite à Mary Bee ; suite à l’épidémie, trois femmes sont devenues folles, dont sa meilleure amie Theoline Belknap (Miranda Otto). Le Révérend propose d’envoyer les malheureuses en Iowa, chez un de ses confrères, le Révérend Carter, qui les ramènera ensuite à leurs familles. Mary Bee remplace Vester Belknap (William Fichtner), hostile à l’idée, et un tirage au sort la désigne comme celle qui fera le dangereux voyage en Iowa. Lors des préparatifs, Mary Bee croise un vagabond sur le point d’être pendu ; elle sauve l’homme, qui dit s’appeler George Briggs (Tommy Lee Jones), à condition que celui-ci accepte, pour 300 dollars, de conduire la carriole et ses trois passagères à destination…

 

The Homesman 01

La critique :

Une question s’impose à la vision de The Homesman : pourquoi Tommy Lee Jones ne réalise-t-il pas plus de films ? Neuf ans depuis le splendide Trois Enterrements, l’acteur le plus buriné du cinéma américain vient juste de repasser à la mise en scène. Et, comme pour ce dernier, il a de quoi être fier du résultat : The Homesman se situe d’ailleurs dans sa continuité. Les deux films de Jones réalisateur sont de remarquables « westerns anti-westerns » puisant aux sources du genre, tout en retournant leurs conventions. Un même rythme contemplatif et un même regard lucide et désabusé sur les limites de la légende américaine (qu’il s’agisse des relations américano-mexicaines dans Trois Enterrements, ou, ici, des souffrances des femmes de pionniers) se retrouvent ainsi dans l’œuvre de Tommy Lee Jones. Il est dommage, vu la qualité du résultat fini, que ce dernier n’ait pas signé plus de films comme metteur en scène ; il n’aurait sûrement rien eu à envier à Clint Eastwood, avec lequel on le compare souvent. Comparaison compréhensible dans la mesure où Tommy Lee Jones, Hilary Swank et Meryl Streep (qui fait ici une courte apparition en femme de pasteur) ont tous été de grands acteurs « eastwoodiens ». Mais même s’il se met lui aussi en scène, jamais Tommy Lee Jones ne cherche pas pour autant à singer le grand Clint. Le film a son propre style et son propre univers, et poursuit en les modernisant des idées venues des grands « faiseurs de western » de jadis.

Certains journaux ont beau hâtivement classer The Homesman dans la catégorie « drame », ce qui fait plus sûrement plus « noble » et moins typé, à leurs yeux, que de dire « western »… il n’en reste pas moins que ce film assume complètement son héritage du genre. Ce qui n’a rien d’étonnant puisqu’il est adapté d’un roman de Glendon Swarthout, défunt écrivain américain sosie de Ben Johnson (acteur fétiche de Ford et Peckinpah) et auteur à succès de nombreux romans  »westerns », le plus célèbre étant The Shootist, qui fut adapté en 1976 par Don Siegel ; le film, sorti en France sous le titre Le Dernier des Géants, fut le dernier rôle de John Wayne. Au jeu des références et influences, The Homesman assume sans problème les siennes : Eastwood bien sûr (avec le leitmotiv de la pendaison qui joue ici un rôle pourtant différent des films de Sergio Leone ou de Pendez-les Haut et Court), le Peckinpah de Cable Hogue (Briggs, le personnage de Tommy Lee Jones, est aussi touchant en rustaud gagné par la tendresse que l’était Jason Robards), et même une touche de John Huston… La relation entre Briggs et Mary Bee, vieille fille en détresse affective (magnifique performance d’Hilary Swank, qui n’avait pas été aussi bien servie depuis… Million Dollar Baby. Encore Clint !) évoque discrètement celle du duo Bogart-Katharine Hepburn d’African Queen. Toutefois, si The Homesman ne devait garder qu’un seul réel « inspirateur » à son récit, ce serait sans doute un des westerns les moins connus de John Ford et John Wayne : 3 Godfathers (Le Fils du Désert), touchante fable religieuse dont The Homesman semble souvent être le pendant féminin. Le « Duke » y campait une crapule, un fuyard qui se découvrait une conscience en se perdant dans le désert pour sauver un nourrisson, qu’il remettait à un couple de pasteurs… une rédemption douloureuse qui passait aussi par la mort de ses compagnons de fuite. Le film de Tommy Lee Jones suit – avec des variantes de taille – le parcours d’une autre crapule fugitive, que le dévouement d’une femme un peu revêche finit par transformer. Et là aussi, il est fortement question de s’égarer dans le désert, de sacrifices, et du salut – cette fois-ci, celui de l’âme brisée de trois malheureuses.

Pour autant, on l’a dit, The Homesman ne cherche pas à imiter ses prestigieux aînés, pas plus qu’il ne nous ressert les poncifs du genre. On n’y trouvera pratiquement ni fusillades furieuses, ni grandes cavalcades endiablées. Les Indiens qu’on y croise se contentent de poursuivre un cheval pour se nourrir, un kidnapping tourne à un affrontement délibérément grotesque (avant sa brutale conclusion), et, s’il y a bien un règlement de comptes, celui-ci tient plus du sordide fait divers que du grand geste héroïque. Les « méchants », des hôteliers promoteurs immobiliers bien visqueux, sont ici les marchands du Temple sévèrement punis pour leur mesquinerie. L’intérêt du film réside avant tout dans l’étude de deux forts caractères qui « s’apprivoisent » à grand peine et souffrent beaucoup, en silence, sous leur masque impassible. L’autre point fort du film étant sa description sans complaisance du calvaire des trois femmes devenues folles ; dans ce triste coin du Nebraska, en plein 19ème Siècle, la condition féminine n’est qu’une notion très lointaine dans l’esprit des colons, surtout de ces messieurs qui ne brillent pas par leur bonté… Tommy Lee Jones ne ménage pas le spectateur devant les scènes les plus dures du film, montrant les souffrances des trois femmes. Viol conjugal de l’une d’elle, meurtre d’un nourrisson (jeté vivant par sa mère désespérée dans la fosse des toilettes…), mort des enfants de la plus jeune femme, tout est montré sans pathos ni effets superflus. On comprend aisément pourquoi les trois femmes craquent face à des maris incapables d’amour ; les trois actrices n’ont pas la partie facile, mais elles s’avèrent tout à fait crédibles. La description des symptômes dont leurs personnages sont frappés (catatonie, hystérie) évoque même, au détour d’une scène, l’ombre de William Friedkin et de L’Exorciste, l’une des malades se mettant à cracher et siffler, comme une possédée. Pas étonnant quand on se rappelle que Tommy Lee Jones a travaillé à deux reprises avec ce dernier. La scène se situe d’ailleurs dans la même optique spirituelle, les trois « folles » nous renvoyant là aussi à l’ambiance religieuse omniprésente dans The Homesman. Le film est aussi l’histoire de leur lente et difficile guérison, comme celle de ces « possédés » que guérissait jadis un jeune rabbin de Nazareth…

Qu’on se rassure aussi, The Homesman ne fait pas dans le catéchisme pesant, ni dans l’horreur, malgré la violence des situations. A l’occasion, Tommy Lee Jones cinéaste n’oublie pas de détendre aussi un peu l’atmosphère ; difficile de garder son sérieux devant sa première apparition dans le film, surgissant d’une bicoque en caleçon long ! Tout comme de le voir improviser une gigue devant une Hilary Swank médusée par le comportement de ce vieil ours imbibé de whisky… Ces notes d’humour ne détonnent pas dans un film qui, s’il est difficile et violent de premier abord, n’en garde pas moins d’immenses trésors de tendresse cachée.

 

Ludovic Fauchier.

 

The Homesman 02

La fiche technique :

Réalisé par Tommy Lee Jones ; scénario de Kieran Fitzgerald, Tommy Lee Jones, Wesley A. Oliver et (NC) Miles Hood Swarthout

Produit par Luc Besson, Peter Brant et Brian Kennedy (Europa Corp / Ithaca / The Javelina Film Company) ; producteurs exécutifs : Deborah Dobson Bach, Michael Fitzgerald, Tommy Lee Jones et Richard Romero

Musique : Marco Beltrami ; photo : Rodrigo Prieto ; montage : Roberto Silvi

Décors : Merideth Boswell ; direction artistique : Guy Barnes ; costumes : Lahly Poore

Distribution Internationale : EuropaCorp. Distribution / Distribution USA et Canada : Saban Films

Durée : 2 heures 02

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