La musique de Clint – JERSEY BOYS (et autres films)

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JERSEY BOYS, de Clint Eastwood

L’histoire :

L’histoire de Frankie Valli et de son groupe, The Four Seasons, commence en 1951. Frankie Castelluccio (John Lloyd Young) a 16 ans ; apprenti barbier à Belleville, New Jersey, il joue dans un groupe avec son meilleur ami, Tommy DeVito (Vincent Piazza). Sûr de lui et grande gueule, Tommy entraîne Frankie dans ses combines. Pour un braquage mal organisé, Frankie échappe de justesse à la prison en raison de son jeune âge, et Tommy passe six mois derrière les barreaux. Une fois ce dernier sorti de prison, lui, Frankie et Nick Massi (Michael Lomenda) décident de poursuivre dans la chanson, aidés en cela par la voix exceptionnelle de Frankie… ainsi que par le soutien du « protecteur » local, Gyp De Carlo (Christopher Walken), qui aime leur musique. Ayant changé son nom en Frankie Valli, Frankie épouse Mary Delgado (Renée Marino), qu’il a rencontré dans un bar. Le trio, dont le groupe change en permanence de nom, rencontre en 1959 un compositeur surdoué de 17 ans, Bob Gaudio (Erich Bergen). Les quatre hommes trouveront le nom définitif de leur groupe au sortir d’un bowling. Après des débuts difficiles avec leur nouveau producteur, Bob Crewe (Mike Doyle), les Four Seasons enchaînent les hits. Mais les tensions naissent, alimentées par le comportement de Tommy, lourdement endetté auprès d’ »associés » dangereux…

 

Jersey Boys

La critique :

Clint Eastwood, avec une régularité de métronome, continue d’ignorer la retraite (84 ans depuis le 31 mai dernier !) et enchaîne les tournages, ajoutant à une filmographie déjà phénoménale un petit (avant) dernier. Jersey Boys est en effet son 33ème long-métrage comme réalisateur, et il a déjà amorcé la post-production du suivant, American Sniper, avec Bradley Cooper. Un tel rythme impressionne… et inquiète aussi, un peu. On ne peut pas s’empêcher de penser que l’acteur-cinéaste est parfaitement conscient du peu de temps qu’il lui reste à vivre sur cette Terre, et qu’il tient à finir dans les temps une œuvre impressionnante, tant par sa régularité que sa qualité. Pardonnez-moi cette réflexion aux airs d’enterrement prématuré, mais il n’échappe à personne que Clint sait qu’il ne sera bientôt plus là, et, qu’à travers ses films, il fait aussi le bilan de sa vie. Même une comédie musicale (terme erroné s’il en est) comme Jersey Boys, sur un sujet classique (l’ascension et la rupture d’un groupe de jeunes gens venus d’un milieu modeste), se situe à sa façon dans la lignée des précédents films du réalisateur de Million Dollar Baby, toujours prêt à regarder la Grande Faucheuse droit dans les yeux… et si possible, caméra en main !

La sortie de Jersey Boys offre ici l’occasion de revenir sur un thème cher au cœur de Clint Eastwood : l’univers de la musique. On le sait passionné de jazz depuis toujours, et il n’a échappé à personne qu’il a développé, au travers des films qu’il a réalisé, un lien particulier avec le son et les ambiances musicales propres à la culture américaine. Bien après avoir poussé la chansonnette dans Paint Your Wagon (La Kermesse de l’Ouest), Clint s’est souvent servi de ses films pour transmettre sa passion. Celle-ci a souvent surgi de façon inattendue dans plusieurs de ses longs-métrages : voir par exemple l’inoubliable Big Fran’s Baby qui devient le thème principal d’Un Monde Parfait, lié à l’enfance du héros (Kevin Costner en alter ego du cinéaste), ou ce détour dans une boîte de jazz dans Sur la Route de Madison, qui nous permet d’apprécier le talent du fiston Kyle Eastwood, devenu un jazzman de renommée mondiale ! Avant d’en venir à Jersey Boys, voici la  »playlist » des films musicaux de l’ami Clint. 

 

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PLAY MISTY FOR ME (UN FRISSON DANS LA NUIT, 1971)

Première réalisation de Clint Eastwood, qui joue ici le rôle de Dave Garver, un disc-jockey animant les heures nocturnes de sa station de radio, située à Carmel-by-the-Sea. Un DJ charmeur, qui, bien qu’ayant une tendre relation avec Tobie (Donna Mills), ne se prive pas de quelques « écarts »… Comme de passer la nuit avec une admiratrice, Evelyn Draper (Jessica Walter), qui lui demande chaque soir de jouer Misty, langoureux morceau jazz d’Erroll Garner. Cela ne poserait aucun problème à Dave, sauf que l’aventure d’une nuit tourne au cauchemar. Evelyn le harcèle, persuadée qu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre ; et quand Dave l’éconduit, le drame éclate…

Play Misty for me est un solide thriller, « à la Hitchcock », dont l’originalité tient à son ambiance musicale permanente. Parfois formellement maladroit, pardonnable dans ses défauts puisqu’il s’agissait du tout premier film réalisé par Clint, Play Misty fut en tout les cas l’occasion parfaite pour celui-ci de révéler au public sa passion de la musique jazz. Dans ce thriller qui préfigure l’histoire de Liaison Fatale, Eastwood se permet de nombreuses « déviations » musicales qui donnent au film un charme particulier. Outre l’entêtante présence de la musique de Garner qui devient le signal de la présence du danger, représenté par une femme gravement perturbée (excellente Jessica Harper), on sort du cadre du thriller pur pour s’aventurer dans des passages entièrement « musicalisés ». Comme cette séquence de promenade amoureuse dans les bois et sur la plage de Carmel, entre Clint et Donna Mills, sur l’air de la balade de Roberta Flack, The First Time Ever I Saw Your Face. Et, le travail de son personnage aidant, Clint détourne aussi son film, dans une longue pause située durant le Festival de Jazz de Monterey. L’occasion pour le jeune cinéaste de filmer quelques-uns de ses héros musicaux : Johnny Otis, Cannonball Adderley et Joe Zawinul, des Weather Report. Sont également cités dans cette séquence Woody Herman, Joe Williams et le légendaire Duke Ellington. Un bon départ pour Clint, qui mettra sa passion de côté pendant quelques films avant d’y revenir une décennie plus tard.

 

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HONKYTONK MAN (1982) 

Clint Eastwood joue ici le rôle de Red Stovall, un chanteur et compositeur de country qui fait la tournée des « beuglants » (« honkytonks »), et n’a jamais percé dans son métier. On est en pleine Grande Dépression, et Red a enfin l’occasion de décrocher le succès : il doit se rendre à Memphis, Tennessee, pour auditionner au Grand Ole Opry, le temple de la musique country. Encore faut-il pour cela arriver à temps, à bord de sa Lincoln… Red emmène avec lui son jeune neveu Whit (Kyle Eastwood), qui va devenir son complice, et fait aussi la route avec le grand-père du gamin (John McIntire) et une gamine un peu folle (Alexa Kenin). Au fil des aventures dérisoires qui les attendent sur la route, Whit apprend à grandir et comprend que son oncle se meurt de la tuberculose, qu’il ne peut soigner…

Certainement l’une des plus belles réussites d’Eastwood, toute périodes confondues. Honkytonk Man avait, à l’époque, complètement pris à contrepied ceux qui ne voyaient en Clint qu’un flingueur taciturne. Avec la simplicité de style qui fait la force des plus grands (on pense énormément à John Ford, le film retrouvant l’ambiance des Raisins de la Colère situé à la même époque de crise aux USA), Clint Eastwood se permet pour la première fois d’aborder directement le monde de la musique américaine, baignant ici intégralementdans l’ambiance de la country. C’est l’occasion aussi pour le cinéaste-acteur de filmer des thèmes qui lui sont chers : les relations filiales, la transmission d’un savoir et la douloureuse agonie d’un personnage central porté sur l’autodestruction. La bonne humeur du duo formé par Clint et son fils Kyle adoucit la tristesse d’un finale poignant. Rétrospectivement, on se rendra compte que ce chef-d’oeuvre souvent oublié allait préfigurer Bird et Jersey Boys.

 

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BIRD (1988)

Un très grand film qui fait le saut entre différentes époques de la vie de Charlie « Yardbird » Parker (Forest Whitaker). Nous suivons ici l’inventeur du be-bop, dans son enfance difficile à Kansas City, sa relation avec ses amis Dizzy Gillespie (Samuel E. Wright) et Red Rodney (Michael Zelniker), et son histoire d’amour avec sa femme, Chan (Diane Venora). Une vie qui finira en tragédie, par la mort de Parker à l’âge de 34 ans, d’une overdose…

Autre très grand film de Clint Eastwood sur une figure révolutionnaire de la musique jazz, Bird a définitivement contribué à asseoir la réputation d’Eastwood comme cinéaste de tout premier plan. C’est aussi certainement son film le moins « accessible » aux néophytes, sa construction très particulière pouvant rebuter le spectateur habitué à des œuvres plus linéaires. Le scénario, dense et passionnant, de Joel Oliansky adopte en effet la structure même du jazz de Charlie Parker : un récit basculant sans cesse du passé au présent, ainsi construit selon les principes du be-bop, mode d’expression favori du personnage central. Une narration audacieuse, adaptée au sujet, et qui nous fait entrer dans la psyché perturbée du grand musicien, magnifiquement interprété par Forest Whitaker. Bird n’épargne pas le spectateur en décrivant la déchéance du musicien, ceci tout en livrant un regard lucide sur le monde du jazz des années 1940-50, qui, grâce à des gens comme Parker, sortait peu à peu du cloisonnement.

 

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MINUIT DANS LE JARDIN DU BIEN ET DU MAL (1997)

Quand le journaliste John Kelso (John Cusack) débarque de New York pour faire un article sur Jim Williams (Kevin Spacey), antiquaire réputé de Savannah, en Géorgie, il n’imagine pas une seconde mettre les pieds dans un drôle d’univers… A peine a-t-il découvert les habitants de la ville, qui semblent tous avoir un sacré grain de folie, qu’il apprend que Williams a tué son amant, Billy Hanson (Jude Law). Un procès retentissant va dévoiler les secrets de « l’irréprochable » gentleman, et Kelso, flairant l’article à succès, décide de rester en ville. Il faut dire que la présence de la jolie Mandy (Allison Eastwood) a de quoi le persuader. La rencontre avec un travesti extravagant, Lady Chablis (dans son propre rôle), l’omniprésence du vaudou et la musique de Johnny Mercer, parolier, chanteur et compositeur légendaire, vont contribuer à rendre le séjour de John vraiment unique…

Film imparfait, au rythme nonchalant collant bien à la personnalité de son metteur en scène, Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal est un véritable OVNI dans la filmographie d’Eastwood. Impossible en effet de lui donner un genre spécifique ! Le film est à la fois une comédie, un drame, un film romantique, un thriller judiciaire, un film fantastique… le tout sans jamais suivre la ligne stricte de ces genres très différents. S’il souffre parfois de ce déséquilibre, Minuit… n’ennuie en tout cas jamais. L’ambiance unique de la petite ville sudiste de Savannah y est sans doute pour beaucoup, de même que la musique. Eastwood a veillé à imprégner l’ensemble du film de l’esprit des créations du grand Johnny Mercer (auteur de classiques immortels comme Moon River ou That Old Black Magic), dont le sublime Skylark interprété par K.D. Lang ouvre le film. La sortie du film a permis à l’époque de redécouvrir  les standards de Mercer, interprétés par la crème de la crème : K.D. Lang, Cassandra Wilson, Brad Mehldau, Diana Krall, Tony Bennett, Joshua Redman, pour ne citer que ceux-là… Kevin Spacey vient y chrooner à merveille That Old Black Magic, tandis que Clint et sa fille Allison viennent y pousser joliment la chansonnette. Cette dernière susurre un langoureux Come Rain Or Come Shine (qu’elle interprète dans le film), tandis que son illustre paternel swingue à merveille sur Ac-cent-tchuate The Positive, qui illustre à merveille sa philosophie de la vie !

 

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PIANO BLUES (2003)

Une « récréation » pour Clint Eastwood, qui, entre deux gifles magistrales (Mystic River et Million Dollar Baby), tourne cet épisode de la série documentaire The Blues créée par Martin Scorsese, explorant les racines des différentes facettes de la musique américaine. Le réalisateur de Bird n’allait évidemment pas laisser passer cette chance de parler de sa passion ! Et il est en grande compagnie : il interviewe des maîtres du blues et du jazz, comme Dave Brubeck, Doctor John, Pinetop Perkins Marcia Ball… Les mânes de Fats Waller, Fats Domino, Duke Ellington, Art Tatum, Oscar Peterson et bien d’autres sont aussi présents, via des extraits d’archives sélectionnées par le réalisateur. Avec en prime, comme co-présentateur, le grand Ray Charles dans une de ses dernières apparitions filmées avant sa mort. Ses conversations avec Clint, et leur numéro de duettistes au piano, sont irrésistibles.

 

Jersey Boys 02

Jersey Boys poursuit (et conclut ?) en beauté la filmographie musicale de Clint Eastwood. Il ne s’agissait pas, à l’origine, d’un projet personnel du réalisateur. Celui-ci avait tenté de mettre en scène une nouvelle version d’Une Etoile est née. Rappelons que le film original de George Cukor, sorti en 1954, fut la première grande « tragédie » musicale apparue à une époque où les films musicaux hollywoodiens étaient invariablement joyeux et optimistes. On devine ce qui avait intéressé Clint Eastwood dans l’histoire originelle : l’autodestruction dans l’alcool, jusqu’au suicide, d’une gloire vieillissante de l’écran (James Mason) supplanté par sa muse et épouse (Judy Garland)…  Le film d’Eastwood aurait transposé la même situation dans l’univers du jazz, et le réalisateur de Million Dollar Baby avait contacté Tom Cruise et Beyoncé pour les premiers rôles. Le projet n’aboutit pas. Heureusement, Eastwood ne s’est pas laissé abattre et a finalement décidé d’adapter Jersey Boys, une pièce musicale à succès de Broadway, écrite par Marshall Brickman, célèbre co-auteur des meilleurs Woody Allen (Annie Hall et Manhattan, notamment). Cela a été l’occasion pour Eastwood de poursuivre son exploration de la musique américaine et de ses héros méconnus. A la vision du film, on comprend la cohérence de la démarche du cinéaste, qui, après la country (Honkytonk Man) et le jazz (Bird), s’attaque ici à l’univers de la pop rock des années 1960. Relativement méconnus de ce côté de l’Atlantique, Frankie Valli and the Four Seasons ont fait partie de cette grande décennie riche en classiques « rétro ». Valli, un drôle de petit bonhomme à la voix haut perchée, est resté lié à ce groupe à l’existence très chaotique, dont quelques standards nous sont quand même familiers. On leur doit, entre autres, le classique Can’t Take My Eyes Off You (« You’re just to good to be true…« . Robert De Niro et Christopher Walken chantaient ce tube dans une séquence mémorable du Voyage au bout de l’Enfer de Cimino) et December, 1963 (Oh, What a night), arrivé en pleine vague disco, et qui fut « remaké » (hélas) chez nous par Claude François (Cette année-là). En solo ou avec les Four Seasons, Valli a dû une grande partie de son succès au travail « dans l’ombre » de l’autre vétéran du groupe, le compositeur-parolier Bob Gaudio.

Ces précisions sont nécessaires pour bien comprendre le parcours de Valli, Gaudio et des deux autres fondateurs du groupe, Tommy DeVito et Nick Massi. Quoi qu’il en soit, le résultat procure, à la fin de la projection, une joie permanente. Certes, l’histoire de la success story, de la rupture et des drames au sein du groupe demeure très classique, mais on sent qu’Eastwood a pris un plaisir immense à faire un vrai film musical « à l’ancienne », se permettant même de conclure sur un numéro final digne des grands classiques hollywoodiens. Mais avant d’en arriver là, il y aura eu des heurts et des pleurs… L’habileté de l’écriture de Brickman et Rick Elice, respectée par Eastwood, fait que le film glisse en douceur du rire des débuts (un cambriolage calamiteux commis par nos apprentis chanteurs, un peu loubards mais pas trop…) à une tristesse absolue au final. Car la vieille ennemie d’Eastwood, la Grande Faucheuse, rôde toujours, comme elle rôdait dans Honkytonk Man et Bird… ici, elle frappera une personne la propre fille de Frankie Valli. On retrouve ici une hantise propre au cinéaste, qui, ces dernières années, a souvent décrit des relations père-fille parfois maladroites (comme dans l’inégal Les Pleins Pouvoirs ou dans True Crime / Jugé Coupable) mais toujours touchantes (revoir évidemment Million Dollar Baby ou Trouble with the Curve / Une Nouvelle Chance). Le chagrin et le deuil, Valli saura les sublimer dans le film grâce au travail (la valeur sacrée que défend Gaudio, dans le film), et qui aboutira à une belle déclaration d’amour cachée dans la chanson Can’t Take My Eyes Off You.

Cohérent avec l’œuvre eastwoodienne, le film l’est aussi dans la description des relations, tantôt amicales, tantôt conflictuelles, qui unissent les quatre garçons de la bande ; Eastwood bénéficie ici de la dynamique créée par les comédiens, qui reprennent les rôles qu’ils interprétaient sur scène. Ces ambiances de groupe, le réalisateur a su bien les exploiter, faisant des Four Seasons les continuateurs des autres « films de groupe » d’Eastwood, comme les Space Cowboys ou les soldats de Mémoires de nos pères. Et il n’est pas interdit de penser qu’à l’instar de ces derniers, les membres des Four Seasons affichent des traits de caractères proches de la personnalité d’Eastwood : Nick, tenaillé par un grave manque de confiance en lui, et qui commence à s’abîmer dans l’alcool ; Bob, consciencieux, travailleur infatigable… et un poil carriériste et arrogant ; Tommy, bad boy avec un bon fond, mais macho, narcissique et tête brûlée ; et Frankie, la star malgré lui qui s’affirme peu à peu, mais perd beaucoup dans l’histoire (la mort de sa fille, et, autre thème récurrent d’Eastwood, la rupture conjugale inévitable). Les quatre « cavaliers » se rassembleront une dernière fois pour délivrer, au spectateur, un message dont on ne peut s’empêcher de penser qu’il est le testament de Clint Eastwood*.

* je sais, je m’avance un peu, là. Tout le monde sait que Clint ne meurt jamais ! L.F.

 

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ci-dessus : les véritables Four Seasons interprètent un de leurs plus grands hits, Big Girls don’t cry.

 

Cette gravité qui, peu à peu, s’empare de Jersey Boys n’empêche heureusement pas le film de rester par ailleurs ludique et joyeux. Grand gentleman, Clint Eastwood sait bien qu’il ne faut jamais ennuyer le spectateur, quand bien même la Mort s’invite à la fête. De ce point de vue-là, le film cultive une nostalgie amusée, passant par un jeu permanent avec le spectateur. C’est même le tout premier film d’Eastwood qui ose briser le « quatrième mur », les personnages apostrophant le spectateur, face caméra. Une méthode familière aux connaisseurs d’un certain film de Martin Scorsese qui usait (et abusait) de cette pratique. Il s’agit bien sûr de Goodfellas (Les Affranchis), auquel Eastwood ne peut manquer de se référencer pour des raisons historiques compréhensibles. Frankie Valli, Tommy DeVito et leurs compères ont plus d’une fois croisé la route de l’acteur Joe Pesci, oscarisé pour son rôle dans Goodfellas : il y jouait un mafieux très irascible du nom de… Tommy DeVito, hommage probable à son ami musicien ! Et nous voyons naturellement le jeune Joe Pesci (ici joué par Joey Russo) présenter Bob Gaudio à ses futurs collègues. Eastwood se permet même de glisser la fameuse réplique  »funny how ? » emblématique de Goodfellas. La private joke ne sera remarquée que par les incurables cinéphiles ! Pour ajouter à la bonne humeur, on saluera les dialogues de Brickman, typiques de l’humour que celui-ci affichait chez Woody Allen. Comme cet aparté tout en understatement, du jeune Gaudio au spectateur, au sujet du très gay producteur Bob Crewe : « Vous savez, à l’époque, on disait que Liberace était juste extravagant ! ». Rajoutons aussi d’autres moments savoureux liés à la création des chansons les plus célèbres du groupe : c’est en regardant Ace in the Hole (Le Gouffre aux Chimères), classique acide de Billy Wilder avec Kirk Douglas, que les Seasons trouvent l’idée de Big Girls don’t cry ; quant à December, 1963 (Oh, What a night), Eastwood nous en montrera l’inspiration : le dépucelage de Bob Gaudio, le cadet du groupe, par une ravissante demoiselle. Clint évite le scabreux de la situation, jouant à merveille la carte de l’humour… et assume ainsi toujours, à un âge canonique, une certaine verdeur coquine ! Au passage, il se permettra même un savoureux caméo télévisuel, via un épisode de Rawhide présent au détour d’une scène. Nostalgie, toujours…

J’ai gardé le meilleur pour la fin avec la présence toujours bénéfique du grand Christopher Walken, toujours bon pied bon œil, et irrésistible en « parrain » mélomane. L’acteur de Voyage au bout de l’Enfer, remarquable danseur depuis toujours, ne pouvait pas ne pas se permettre un petit pas de danse dans le feu d’artifice final. Et rien que pour cela, on pardonnera à Jersey Boys quelques menues faiblesses techniques (une incrustation numérique ratée d’une scène de voiture, des maquillages vieillissants un peu trop évidents). Clint Eastwood, pour le bonheur et les larmes de la musique, a su compléter idéalement la démarche entamée avec Honkytonk Man et poursuivie avec Bird.

 

Ludovic Fauchier, melomonomaniac.

 

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ci-dessus : Weapon of Choice des Fatboy Slim, mis en images par Spike Jonze… légèrement hors sujet avec ce texte, mais Christopher Walken est absolument irrésistible !

 

La fiche technique :

Réalisé par Clint Eastwood ; scénario de Marshall Brickman et Rick Elice, d’après leur comédie musicale et leur livret ; produit par Clint Eastwood, Tim Headington, Graham King et Robert Lorenz ; producteurs exécutifs : Bob Gaudio, Tim Moore, Jeff Packer, Brett Ratner et Frankie Valli (Malpaso / GK Productions / Ratpac-Dune Entertainment / Warner Bros. Pictures)

Chansons originales de Bob Gaudio, paroles de Bob Crewe ; photographie : Tom Stern ; montage : Joel Cox et Gary D. Roach

Décors : James J. Murakami ; direction artistique : Patrick M. Sullivan Jr. ; costumes : Deborah Hopper

Distribution : Warner Bros. Pictures 

Durée : 2 heures 14 

Caméras : Arri Alexa XT

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