En bref… EXODUS : GODS AND KINGS

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EXODUS : GODS AND KINGS, de Ridley Scott

L’histoire :

1300 ans avant notre ère. Sous le règne du Pharaon Séti (John Turturro), l’Egypte assoit son hégémonie face aux royaumes rivaux. Le Pharaon vieillissant prépare sa succession pour son fils Ramsès (Joel Edgerton), mais favorise un autre membre de la famille royale : Moïse (Christian Bale), le général de ses armées, qu’il a traité comme son autre fils depuis l’enfance. Durant une bataille contre les envahisseurs Hittites, Moïse sauve la vie de Ramsès ; un geste d’éclat annoncé par des prophéties, et qui ferait de Moïse un grand chef. Peu après, Moïse se rend, à la place de Ramsès, à Pithom, où les esclaves Hébreux fabriquent statues et idoles. Il est horrifié de voir les esclaves brutalisés par le Vice-Roi Hegep (Ben Mendelsohn) et ses hommes de main. Lorsque Moïse rencontre le vieux Noun (Ben Kingsley), il est stupéfait d’apprendre par celui-ci qu’il est un Hébreu. Sa naissance correspondait à la venue annoncée d’un libérateur pour le peuple Hébreu, réduit en esclavage depuis quatre siècles ; alors qu’il n’était qu’un nourrisson, Moïse fut confié à la fille de Pharaon qui l’éleva comme son fils. Informé, Hegep dénonce les origines de Moïse à Ramsès. Forcé d’admettre qu’il est Hébreu, Moïse est condamné à l’exil dans le désert… 

 

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La critique :

Il est difficile de revenir en arrière… Dans ces pages, on apprécie et on défend le travail de Ridley Scott, mais il faut bien admettre que, depuis quelques films, le cinéaste anglais est en panne d’inspiration. Après un Prometheus inégal (la faute à des réécritures de script cherchant à raccorder artificiellement le film à l’univers d’Alien), et un Counselor (Cartel) épouvantablement bavard et figé, Scott revient ici à un genre qui lui est familier, la grande épopée historique, un domaine qui lui a permis d’aborder l’Antiquité romaine, le Moyen Âge, la conquête des Amériques et les guerres napoléoniennes. Le voir traiter sous un angle réaliste (ou disons, semi-réaliste) l’histoire la plus célèbre de l’Ancien Testament avec Exodus : Gods and Kings semblait prometteur… Cependant, le résultat laisse pointer la déception, derrière les images épiques en diable. Si Gladiator, en son temps, avait su dépoussiérer le péplum en « remakant » largement un grand classique (La Chute de l’Empire Romain, d’Anthony Mann), Exodus : Gods and Kings, revisitant l’histoire de Moïse, souffre de ne pouvoir supplanter le souvenir des Dix Commandements de Cecil B. DeMille… et aussi de Gladiator, une pâle campagne publicitaire rappelant au spectateur que le même Scott a déjà fait mieux. Scott, réalisateur ouvertement agnostique (l’exact opposé d’un DeMille n’hésitant jamais à en faire trop pour « convertir » le spectateur des années 50 à sa vision), tente ici de garder une approche plus pragmatique du parcours du héros campé par Christian Bale, et des miracles auxquels il assiste et participe. Malheureusement, faute d’un script inspiré, Exodus peine à convaincre. Mieux vaut revoir le classique de DeMille avec Charlton Heston et Yul Brynner ; malgré son côté souvent kitsch, sentencieux et démodé, le spectacle biblique des Dix Commandements emportait l’adhésion par sa splendeur visuelle. Pas étonnant que des cinéastes de la trempe de Martin Scorsese ou Steven Spielberg (un temps intéressé d’ailleurs par Exodus) le citent comme un de leurs films favoris. Et dommage pour Scott d’avoir un script cherchant, de façon assez répétitive, à reprendre le récit de Gladiator dans ses grandes lignes, lui empruntant même ses dialogues (« S’il dort aussi bien, c’est qu’il est aimé » est ainsi servi à deux reprises…).

 

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Parti sur des bases assez mal ajustées, Exodus s’est logiquement pris une volée de bois vert au box office. La qualité du spectacle n’est pas forcément la cause (il y a suffisamment d’idées visuelles pour faire passer la pilule), mais on sent que le public s’est lassé de ce type d’épopée. A moins que le traitement sceptique, distant, du sujet religieux du film soit la vraie cause de son échec. Cette approche n’a pas plu à tout le monde. Il est assez inquiétant, d’ailleurs, de voir le torrent de critiques adressées au film par divers pays, journaux et groupes religieux, pour des motifs moins artistiques que religieux et raciaux. Dur pour Ridley Scott, qui a dû essuyer des accusations de racisme à cause de son casting blanc (argument médiocre régulièrement utilisé par les tenants de la « véracité » historique… qui ne se sont jamais plaints pourtant, à la sortie de Gladiator, en voyant un Romain espagnol joué par un acteur australien !), d’erreurs historiques ou d’interprétation gênant l’explication théologique officielle (les Plaies d’Egypte et la traversée de la Mer Rouge), quand ce n’est pas le film lui-même qui se retrouve purement et simplement interdit d’être distribué dans les pays musulmans. Moïse, étant vu comme un prophète d’Allah, ne peut du coup être représenté en image… Donc : interdiction pure et simple du film au Maroc, en Egypte ou dans les Emirats.

Etant personnellement agnostique, m’intéressant aux religions uniquement pour leur valeur mythique et symbolique, mais ne comprenant fichtrement RIEN aux questions de doctrine et rhétorique religieuse, je ne peux juger le film sur ces motifs. Je m’inquiète par contre de voir autant d’anathèmes et d’interdits dressés de la sorte (voir aussi l’hostilité à l’intéressant Noé de Darren Aronofsky, sorti l’an dernier), contre une œuvre artistique, même si celle-ci est passable. Les déclarations franches de Ridley Scott voyant la religion comme  »la source de tous les maux » n’ont certainement pas calmé les esprits… A la rigueur, je comprendrais mieux, en tant que cinéphile, les critiques portant sur les faiblesses d’écriture du film, ou sur des choix de casting assez hasardeux ; le très new-yorkais John Turturro, qu’on a plus l’habitude de voir faire le dingo chez les frères Coen, est un curieux choix en Pharaon ; et on regrette que Sigourney Weaver, cette chère Ripley, soit trop peu présente en épouse de ce dernier. Sans doute a-t-elle été « sacrifiée » au montage, laissant supposer que des scènes inédites seront réintégrées dans une éventuelle sortie DVD. On est donc très loin des questions religieuses, ou du respect de la véracité historique, qui ne sauraient expliquer les faiblesses du film de Scott… 

 

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Faute de mieux, on se contentera dans Exodus de rares moments marquants. Ridley Scott retrouve une partie de son inspiration dans la création visuelle de l’histoire de Moïse, faisant toujours preuve d’un sens du détail cruel. A ce titre, la recréation des Dix Plaies d’Egypte garantit les meilleures scènes du film. Voir ce moment particulièrement brutal, digne des Dents de la Mer, où les crocodiles assaillent un bateau. Le sang des infortunés pêcheurs se mêle aux eaux du Nil, qui peu à peu se transforme en fleuve de sang… Une scène graphique au possible, dénuée de dialogue et donc purement cinématographique. Les autres Plaies sont du même acabit. Dommage cependant que la traversée de la Mer Rouge, avec son traitement final très « blockbuster » contemporain n’ait pas la même force. Au passage, la logique agnostique du film offre une explication très plausible des phénomènes constatés ; avec beaucoup d’ironie mordante, Scott montre même un scientifique de la cour de Pharaon oser expliquer les miracles survenus, sans être écouté. Il finit même exécuté pour avoir ainsi osé suggérer que Pharaon et son entourage de prêtres n’ont ainsi aucun contrôle sur le monde ! Difficile, dans une théocratie où l’on écoute les prêtres et leurs prophéties floues, de faire valoir un point de vue rationnel.

La même attitude caractérise aussi le traitement de Moïse et Ramsès, au centre du récit. Impossible de ne pas penser que l’histoire de ces deux « frères » rivaux, a certainement touché une corde sensible chez Ridley Scott, qui dédie le film à son frère et collègue disparu il y a deux ans, Tony Scott. On saura gré au cinéaste de vouloir sortir des archétypes des Dix Commandements ; ici, Moïse doute, refuse de suivre aveuglément les ordres divins et fomente une révolte armée, tout en donnant les signes évidents d’une sévère schizophrénie le faisant parler dans le vide à un « enfant » imaginaire. La scène où, enseveli par un glissement de terrain, il rencontre l’envoyé divin pour la première fois, est aussi l’une des rares bonnes scènes du film. Ramsès, vu par Ridley Scott, est aussi un personnage moins monolithique que prévu. Dommage cependant que ces tentatives n’aboutissent qu’à un film bien décevant. A charge pour le réalisateur, âgé de 77 ans, de redorer son blason avec The Martian, un survival de science-fiction qu’il prépare avec Matt Damon.

 

Ludovic Fauchier.

 

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ci-dessus : « I need a general », extrait de la belle musique d’Exodus composée par Alberto Iglesias, avec le support d’Harry Gregson-Williams. L’influence évidente de Richard Wagner !

 

La fiche technique :

Réalisé par Ridley Scott ; scénario d’Adam Cooper & Bill Collage, Jeffrey Caine et Steven Zaillian ; produit par Peter Chernin, Mohamed El Raie, Mark Huffam, Teresa Kelly, Michael Schaefer, Ridley Scott, Mirel Soliman, Adam Somner et Jenno Topping (Chernin Entertainment / Scott Free Productions / Babieka / Volcano Films)

Musique : Alberto Iglesias ; photo : Dariusz Wolski ; montage : Billy Rich

Direction artistique : Benjamin Fernandez et Marc Homes ; décors : Arthur Max ; costumes : Janty Yates

Effets spéciaux : Neil Corbould ; effets spéciaux visuels : Asregardoo Arundi, James D. Fleming et Jessica Norman (Double Negative / 4DMax / FBFX / Method Studios / MPC / One Of Us / Peerless Camera Company) ; cascades : Rob Inch

Distribution : 20th Century Fox

Caméras : Red Epic

Durée : 2 heures 30

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