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Archives pour février 2015

L’homme d’Enigma – IMITATION GAME

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IMITATION GAME, de Morten Tyldum

L’histoire :

Manchester, Angleterre, en 1952. Suite à un appel téléphonique, l’inspecteur Nock (Rory Kinnear) constate un cambriolage au domicile d’Alan Turing (Benedict Cumberbatch). Celui-ci, mathématicien de profession, nie pourtant toute trace de cambriolage ; son comportement ses réponses évasives mettent la puce à l’oreille de l’inspecteur. Nock découvre bientôt un curieux dossier militaire, vide, concernant Turing. Son enquête l’amène à interroger l’étrange professeur, qui lui révèle les détails de son incroyable – et véridique – histoire…

1939. Quand la 2ème Guerre Mondiale éclate, Turing, bardé de diplômes prestigieux, passionné de cryptographie, est un véritable surdoué dans son champ d’expertise. Il est recruté par le Commander Denniston (Charles Dance), chef du GC&CS, la division du Foreign Office chargée de décoder les transmissions secrètes de l’Allemagne nazie. Turing rejoint Bletchley Park, le siège secret du GC&CS, à Milton Keynes ; il fait partie d’une petite équipe d’experts en cryptanalyse rassemblés dans la Hutte 8. Dirigés par Hugh Alexander (Matthew Goode), ces hommes doivent accomplir dans le plus grand secret une mission capitale : décoder les transmissions des machines Enigma utilisés par les forces armées allemandes, particulièrement la Kriegsmarine et ses redoutables U-Boots. En l’espace de quelques mois, l’Europe est sous la coupe des nazis, et l’Angleterre subit de plein fouet le Blitz. Malgré leurs efforts, les hommes de la Hutte 8 et leurs collègues de Bletchley Park piétinent. Sans en référer à Denniston et Alexander, Turing prend le commandement de l’équipe, après avoir écrit à Winston Churchill en personne. Avec le soutien du Général Menzies (Mark Strong), du MI-6, Turing recrute deux nouveaux membres, dont une jeune femme, Joan Clarke (Keira Knightley), avec qui il se lie d’amitié. Pour déchiffrer Enigma, Turing fabrique un calculateur numérique, « Christopher ». Ses travaux feront de lui le père de l’informatique et de l’intelligence artificielle. Mais il ne pourra jamais le revendiquer…

 

The Imitation Game 01

La critique :

Incroyable parcours que celui du mathématicien anglais Alan Turing. Brillant diplômé des meilleures universités (Cambridge, Princeton), auteur de travaux théoriques remarquables qui poseront les bases de l’informatique et de l’intelligence artificielle, inventeur des premiers ordinateurs numériques, cet homme talentueux, perturbé et asocial, aurait dû être récompensé du Prix Nobel de son vivant. Au lieu de quoi, il mourut prématurément, misérablement, d’un probable suicide à l’âge de 41 ans… après avoir été « persuadé » de se castrer chimiquement, pour un crime qui n’en était pas un. Homosexuel (à une époque où la loi anglaise considérait qu’être gay était un crime d’immoralité et de perversion), très probablement autiste, Turing ne put se défendre comme il aurait dû. Nous partageons tous aujourd’hui les fruits de ses travaux : si vous lisez ce texte, et si je peux le publier sur le Net, c’est grâce aux ordinateurs, descendants des premiers modèles du genre imaginés et créés par cet homme gracié et réhabilité à titre posthume. The Imitation Game, excellente reconstitution de l’histoire d’Alan Turing, va certainement contribuer à faire reconnaître ce personnage encore méconnu du public.

 

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Ci-dessus : photo du vrai Alan Turing, et une authentique machine Enigma.

Avant d’en venir au personnage de Turing, il faut d’abord s’intéresser au contexte historique durant lequel cet homme a exercé son talent très particulier. The Imitation Game rend justice au travail de Turing, et de ses collègues de Bletchley Park, et révèle une des histoires les plus méconnues de la 2ème Guerre Mondiale. Alors que le cinéma et les livres ont célébré l’héroïsme guerrier de l’époque, le rôle de ces analystes (que l’on qualifierait sans doute aujourd’hui de geeks) a été tout aussi prépondérant pour enrayer et vaincre les armées nazies. Le film de Morten Tyldum sait se montrer didactique afin d’expliquer le fonctionnement des machines Enigma créées et employées sous le IIIe Reich. Les Nazis n’étaient pas peu fiers de l’invention de ces machines d’encodage, nécessaires à leurs transmissions radio stratégiques. Leurs différents corps d’armée les ont utilisés, avec grand succès dans les premières années de la guerre, particulièrement les sous-marins (les fameux U-Boots) qui coulaient les convois Alliés de ravitaillement aussi bien que les navires civils. Les Enigmas codaient et traduisaient sans erreur les messages du haut commandement allemand aux officiers sur le terrain ; comme le film l’explique très bien, le système d’encodage de ces machines permettait des millions de combinaisons possibles, et la mise à jour permanente des codes empêchait – théoriquement - toute traduction des messages par les cryptanalystes de Bletchley Park.

Le film insiste certes sur le génie de Turing à interpréter ces messages, mais, bien évidemment, il ne faut pas négliger le travail des autres cerveaux britanniques de l’affaire : Hugh Alexander, Joan Clarke, leurs collègues de la Hutte 8, mais aussi d’innombrables autres héros de l’ombre se sont acharnés, durant cinq années, à résoudre ce problème. Il ne faut surtout pas non plus oublier le rôle essentiel, joué avant la 2ème Guerre Mondiale, par les services secrets polonais, qui ont été les premiers à déchiffrer partiellement les premières Enigmas – et à communiquer leurs découvertes à leurs homologues britanniques, ce qui est clairement mentionné dans le film. Ne pas oublier, non plus, que Turing ne s’est pas contenté de « bricoler » l’ordinateur décodant Enigma ; il avait déjà, avant la guerre, effectué des recherches poussées et publié des articles déterminants menant à l’élaboration de sa machine ; et, durant le conflit, il avait réalisé d’autres avancées remarquables en cryptanalyse. Pour d’évidentes raisons de dramaturgie, les auteurs de The Imitation Game se sont fixés sur la création du « proto-ordinateur » baptisé Christopher.

The Imitation Game ne néglige pas non plus le contexte de l’immédiate après-guerre : une Angleterre grise et triste, éprouvée par les privations, où la Guerre Froide plante ses racines. Le drame de Turing, dans les dernières années de sa vie, est indissociable de la suspicion provoquée par l’affaire des espions Burgess et Maclean, des universitaires de Cambridge (appartenant à un groupe surnommé les « Cambridge Five« ) s’étant vendus aux Soviétiques. Les anciens Alliés staliniens de la 2ème Guerre Mondiale pratiquaient le chantage contre des fonctionnaires du Renseignement britannique ; si leur point faible était leur homosexualité cachée, autant jouer là-dessus pour les « convaincre » de livrer des informations précieuses au KGB. Turing n’était pas un espion, mais son besoin absolu de protéger sa vie privée et ses penchants en faisait une victime toute désignée pour la suspicion, dans le contexte de l’époque.

 

The Imitation Game 02

Cela nous amène à parler de Turing, lui-même, magnifiquement incarné par Benedict Cumberbatch, qui, en quelques années, se bâtit une prometteuse carrière. Le jeune comédien britannique a su parfaitement mener une carrière riche en personnages atypiques, alternant les premiers et seconds rôles aussi bien dans des productions historiques (Cheval de Guerre, 12 Years a Slave) que dans des blockbusters trépidants (Khan dans Star Trek Into Darkness, le dragon Smaug dans la trilogie du Hobbit, en attendant Docteur Strange), dans lesquels son charisme et sa voix impressionnante ont fait merveille. On remarquera que son interprétation d’Alan Turing complète un beau tableau de surdoués qu’il campe avec aisance : après s’être fait remarquer en 2004 en interprétant Stephen Hawking (un autre ancien de Cambridge, comme Turing… et dont une biopic, Une merveilleuse histoire du Temps, vient de sortir en même temps qu’Imitation Game !) dans le téléfilm de la BBC Hawking, il a explosé en jouant un Sherlock Holmes moderne (l’excellente mini-série Sherlock, avec Martin « Bilbo » Freeman en Watson), et a aussi incarné Julian Assange dans l’intéressant Cinquième Pouvoir. « Son » Alan Turing est dans la droite lignée de ses personnages précédents – voir notamment sa première scène où, bricolant du cyanure chimique dans sa chambre en désordre, il semble tout droit sorti de Sherlock… Point commun avec ses personnages de Sherlock Holmes et de Julian Assange : une différence qui présente tous les signes manifestes d’un syndrome d’Asperger, forme particulière d’autisme dont il affiche les signes évidents. Le film confirme des hypothèses récentes et sérieuses, basées sur des biographies consacrées au personnage, sur ce sujet, et croque à merveille les grandes difficultés de Turing à s’entendre avec son entourage. Tout concorde : le regard évitant (voir son entretien d’embauche initial avec le Commander Denniston…), le manque de spatialisation (Turing ne cesse de se heurter, par accident, dans les meubles ou dans les collègues), les manies (Turing adolescent séparant obsessionnellement petit pois et carottes), les centres d’intérêt exclusifs (mots croisés et cryptographies), le besoin de s’isoler (mal perçu par ses collègues), l’apparent manque d’empathie ou d’intérêt pour les activités humaines « normales » (comme d’accepter une invitation à déjeuner de ses collègues, scène très drôle par le décalage permanent des réponses de Turing plongé dans ses réflexions…), le sens de l’amitié sincère et exclusive (sa relation, purement intellectuelle, avec Joan Clarke), l’indifférence pour les codes sociaux en vigueur (aucune déférence vis-à-vis du Commander, comme l’exige une règle tacite en Grande-Bretagne)… The Imitation Game est donc, aussi, le beau portrait d’un « Aspie » d’exception, qui a grandement souffert de ses différences. Turing a non seulement vécu dans la peur de voir son homosexualité révélée, il a aussi craint en permanence de ne pas être accepté, reconnu, comme un être humain. Son originalité a fait sa force, mais elle l’a aussi piégé. Difficile, sinon impossible, d’être à la fois autiste Asperger et gay lorsqu’on travaille pour un Etat en guerre…

 

The Imitation Game 03

D’une rigueur et d’un classicisme tout britannique, The Imitation Game captive car, sous ses apparences de thriller historique, le film de Morten Tyldum est avant toute chose une quête. Le scénario de Graham Moore, alternant trois phases déterminantes de l’histoire de Turing (l’adolescence, les années de guerre, et la déchéance), est en phase avec son sujet : la recherche du code permettant de traduire le langage des machines Enigma est ainsi intégrée à la propre quête d’Alan Turing. A savoir, celle d’un être humain cherchant à se faire accepter, en dépit des brimades, du mépris et des menaces subies depuis son adolescence. Une tâche éprouvante dans laquelle le principal intéressé s’est perdu, faute de reconnaissance de son vivant. Il n’a pas été aidé en cela ; pour s’épanouir, toute personne autiste a besoin de marques de confiance absolue, une chose qui lui aura manqué dès les années de lycée. L’apprentissage de la violence (le bullying constant des élèves envers « l’anormal ») et la découverte de sa différence (l’histoire d’amour platonique envers Christopher Morcom, son seul ami, dont le décès va le bouleverser) ont paradoxalement forgé et fragilisé en même temps Turing. Pas étonnant de le voir, durant la guerre, donner le nom de son amour perdu à sa machine, dont le développement va lui permettre de s’humaniser, et même de nouer une relation contrariée avec Joan Clarke, une solitaire aussi brillante que lui. Certes, le film romance quelque peu, pour la bonne cause, l’histoire de cette dernière avec Turing : la vraie Joan Clarke avait bien plus vite mis fin aux fiançailles annoncées, n’a sans doute jamais rendu visite à son collègue après la guerre et n’était pas aussi jolie fille que Keira Knightley, mais qu’importe… Le film insiste davantage sur la sympathie de ces deux esprits originaux. C’est en s’ouvrant l’un à l’autre, et en abordant le délicat problème des relations amoureuses, que Joan Clarke et Alan Turing trouvent la clé d’Enigma. Une soirée un peu trop arrosée dans un bar, une collègue de Joan qui fait une remarque anodine sur un « mot clé » émis par un opérateur allemand à son amoureuse… il n’en faut pas plus à Turing pour enfin décoder l’Enigma ; et de conclure par un triomphal « l’amour a fait perdre la guerre à l’Allemagne ! » (de même que la météo et le conditionnement hitlérien, pourrait-on ajouter…).

Le principe de la cryptographie (expliqué ainsi dans le film : « il n’y a pas de messages secrets, seulement des messages lisibles rendus incompréhensibles, sauf à celui qui a la clé ») s’applique, dans le film, aussi bien au fonctionnement d’Enigma qu’au « fonctionnement » de Turing, un être humain forcément incompréhensible pour ses contemporains ; la tragédie de cet homme aura été qu’il cherchait comme tout un chacun à s’intégrer, à être aimé, sans en avoir été récompensé en retour. La découverte du double jeu des services secrets (la révélation du collègue agent double des Soviétiques, toléré par le MI-6…), le secret d’Etat, la méfiance permanente des policiers… tout cela aura peu à peu miné la confiance déjà fragilisée de Turing envers ses congénères, et à le faire basculer dans la paranoïa suicidaire. Paradoxe, cette déchéance l’aura conduit à produire les plus brillantes théories sur l’intelligence artificielle, dont le fameux Test de Turing visant à identifier l’être humain et la machine « consciente ». Dans The Imitation Game, la grande scène finale conduit Turing, durant l’interrogatoire policier, à poser à l’officier la question qui le taraude : « Suis-je un homme ? Une machine ? Un héros de guerre, ou un criminel ? » Manière détournée, aussi, pour le réalisateur de poser au public une question similaire : si votre talent, votre intelligence, votre différence vous différencie de la « norme » dominante, comment vous percevez-vous ? Comment vous acceptez vous-même ? En nous posant ces questions, qui reviennent à se dire « qu’est-ce qu’être humain ?« , la quête de Turing nous touche parce qu’elle concerne tout le monde. Il ne fait pas de doute qu’au final, en nous donnant les clés pour comprendre l’étrange Mr. Turing, The Imitation Game lui rende enfin justice. 

 

Ludovic Fauchier (système à décoder)

 

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La fiche technique :

Réalisé par Morten Tyldum ; scénario de Graham Moore, d’après le livre « Alan Turing : The Enigma » d’Andrew Hodges ; produit par Nora Grossman, Ido Ostrowsky, Teddy Schwarzman et Peter Heslop (BlackBear Pictures / Bristol Automotive)

Musique : Alexandre Desplat ; photo : Oscar Faura ; montage : William Goldenberg

Direction artistique : Nick Dent ; décors : Maria Djurkovic ; costumes : Sammy Sheldon

Distribution USA : The Weinstein Company / Distribution Royaume-Uni et France : Studio Canal

Durée : 1 heure 54

Caméras : Arricam LT et ST

Retour vers le Futur (dans le passé) ! – 1925 : Chaplin, Keaton et Lloyd

Retour vers le Futur

Bonjour, chers amis neurotypiques ! Voici une nouvelle rubrique qui paraîtra de temps à autre, entre deux critiques de films… Le principe est simple : on va remonter le Temps, et redécouvrir le cinéma d’une autre époque, de la plus ancienne à la plus récente. Bonne lecture ! Nom de Zeus, Marty ! Comme j’aime bien suivre une certaine logique, je programme le convecteur temporel de la DeLorean sur les années se finissant en « 5″. En plus, ce sera parfaitement raccord avec nos propres aventures, qui ont débuté il y a trente ans ! Aujourd’hui, cap sur l’année 1925.

Le monde a considérablement changé… Nous sommes en pleines Années Folles, succédant aux privations et au traumatisme de la Grande Guerre – celle dont on croit qu’elle fut la dernière… Quelques repères de cette année-là : Benito Mussolini a prononcé en janvier un discours décisif en Italie, en faveur des violences commises par les squadristes, qu’il libère. En Allemagne, Paul von Hindenburg est élu président de la République de Weimar, dans un pays gagné lui aussi par le nationalisme et l’antisémitisme ; sorti de prison, un certain Hitler a vu son parti, le NSDAP, de nouveau autorisé ; il crée cette année-là les SS, et son (minable) petit livre, Mein Kampf, vient d’être publié… En juillet, l’armée française vient de quitter la Ruhr en Allemagne, et subit de plein fouet l’insurrection nationaliste de la Révolution Syrienne. Aux Etats-Unis, l’opinion publique se passionne pour le « Procès du Singe », opposant l’Etat du Tennessee à l’enseignant John Scopes qui a osé enseigner les théories évolutionnistes de Darwin à l’école. Les membres du Ku Klux Klan, de leur côté, ont défilé en masse à Washington. Les mathématiciens Werner Heisenberg et Max Born élaborent la mécanique quantique. En France, on découvre Joséphine Baker et on fredonne Valentine, de Maurice Chevalier. Le dirigeant nationaliste chinois Sun Yat-Sen décède le 12 mars, le compositeur Erik Satie meurt le 1er juillet. Les amateurs de mystères, quant à eux, s’intéresseront à la disparition en Amazonie de l’explorateur anglais Percy Fawcett, parti à la recherche de la mythique cité perdue de « Z » ; et le steamer Cotopaxi (familier aux fans de Rencontres du Troisième Type…) disparaît dans le Triangle des Bermudes. 

Au cinéma, on va voir, entre autres, Ben Hur de Fred Niblo, Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, la version scandaleuse de La Veuve Joyeuse d’Erich Von Stroheim, on frissonne devant Le Fantôme de l’Opéra avec Lon Chaney et les dinosaures animés par Willis O’Brien dans Le Monde Perdu. On pleure aussi la mort de Max Linder, génie précurseur du cinéma comique, suicidé à Paris avec son épouse le 31 octobre 1925. Linder, on l’oublie souvent, a influencé les plus grands noms du cinéma burlesque, principalement Charles Chaplin. Transition toute trouvée pour parler des films des trois champions du rire de l’ère du muet, qui, cette année-là, donnent le sourire aux spectateurs.

 

Seven Chances

Le 11 mars 1925, Buster Keaton offre au public américain Seven Chances (Fiancées en Folie), qui narre en 56 minutes les mésaventures de Jimmie Shannon (Keaton). Soupirant de Mary (Ruth Dwyer), Jimmie reçoit un héritage de son oncle particulièrement bienvenu : 7 millions de dollars… à condition qu’il se marie avant 7 heures du soir, et avant son 27ème anniversaire. Ledit anniversaire tombant le jour même de la réception du télégramme, Jimmie paniqué enchaîne les gaffes en demandant sa main à Mary. Le voilà obligé de chercher une « solution de rechange », qui le verra pourchassé par des milliers de prétendantes…

 

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ci-dessus : plus fort que Super Mario et Indiana Jones réunis, Buster Keaton ose les acrobaties les plus folles durant le grand finale des Fiancées en Folie. Quitte à se prendre de vraies gamelles et à sauter au-dessus d’un ravin !


Pas le meilleur film de Buster Keaton (mieux vaut apprécier Le Mécano de la Général, La Croisière du Navigator ou Steamboat Bill Jr. / Cadet d’Eau Douce), Seven Chances n’en reste pas moins un bel exemple du talent comique de l’artiste. L’histoire est somme toute bien simple, prétexte à une série de gags… mais quels gags ! Se servant de sa petite taille et de son visage impassible, Keaton utilise sans problèmes son physique atypique, enfantin, pour confronter son personnage à une obligation sociale des plus intimidantes : la demande en mariage. Le récit est alors une suite ininterrompue de gaffes et bévues (notamment un passage, assez cruel pour Keaton, au country club – même l’employée du vestiaire le rejette !) ; le clou du spectacle étant la grande poursuite finale où Keaton réalise une nouvelle fois les cascades les plus risquées. Le voilà s’agrippant à une voiture en course, pour en être aussitôt éjecté dans une collision, et se faire pourchasser par des centaines de roches dégringolants… scène truquée, certes, mais tout de même risquée, les plus gros rocs en papier mâché et armature de métal pesant quand même leur poids… Toute la construction du film tend vers cette apothéose burlesque, qui nous prépare aux futures poursuites du Mécano de la Général, qui ne cessera d’inspirer encore aujourd’hui les blockbusters modernes puisant allègrement dans le répertoire de Keaton ; celui-ci enchaînera aussitôt avec Go West (Ma Vache et moi), cette même année, avant ses ultimes chefs-d’oeuvre.

 

La Ruée vers l'Or

26 juin 1925 : c’est la date de sortie officielle de La Ruée vers l’Or, le film emblématique de Charles Chaplin. « Charlot » nous entraîne en Alaska, durant la Ruée vers l’Or de 1896-1899 ; son personnage, ici nommé le Prospecteur Solitaire, s’aventure dans le Grand Nord en quête de fortune. Partageant le sort de milliers d’aventuriers cherchant le précieux filon d’or qui les rendra riches, le Prospecteur connaît les affres du froid, de la faim et de la violence. Enfermé dans une cabane maigrelette, il a fort à faire avec une crapule, Black Larsen (Tom Murray), et le bon gros Big Jim (Mack Swain), qui a découvert un filon. Larsen les trahit, laissant notre héros seul avec Big Jim tenaillé par la faim…

 

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ci-dessus : Charles Chaplin vous invite, avec Big Jim (Mack Swain), à rester dîner dans La Ruée vers l’Or. Au menu : chaussure de cuir bouilli (en réalité, de la réglisse que les acteurs durent ingurgiter durant 63 prises !). Bon appétit, mangez tant que c’est chaud !

 

Après la tiède réception de L’Opinion Publique en 1923, alors son seul film dramatique, dans lequel il ne jouait pas, Chaplin revint à son personnage de Charlot. Le triomphe fut garanti, et La Ruée vers l’Or est généralement considéré comme l’un de ses meilleurs films, si ce n’est le meilleur selon Chaplin lui-même. Ce retour au burlesque est toutefois nuancé d’un ton plus dramatique ; après les courts-métrages innombrables où le Petit Vagabond laissait souvent éclater une joyeuse hargne contre les représentants de l’Ordre et de la Morale, les choses avaient changé avec Le Kid. Un Chaplin plus mature, plus émouvant, apparaissait ; quitte, parfois, à verser dans le pathos et le sentimentalisme excessifs. Quoi qu’il en soit, La Ruée vers l’Or n’a rien perdu de son charme, 90 ans après, dès que les gags pointent… cependant, il faut bien avouer que la partie sentimentale du film, où le héros rencontre la belle Gloria (Georgia Hale), perd de son intérêt. Le sentimentalisme de Chaplin commence à pointer le nez, dans des saynètes moins convaincantes. Que cela ne gâche pas cependant le plaisir des grands moments chapliniens ; impossible de ne pas sourire dès les premières minutes du film, quand Charlot déambule le long d’une falaise, sans se rendre compte qu’il est suivi par un grizzly affamé… D’ailleurs, de nourriture, il est souvent question dans les gags de Chaplin, et La Ruée vers l’Or contient sans doute les meilleurs morceaux du maître, en la matière. On pense bien sûr à la danse des petits pains (« empruntée » semble-t-il à un court-métrage de Buster Keaton et Fatty Arbuckle de 1917, The Rough House (Fatty chez lui). Les meilleures scènes du film restent cependant celles où Chaplin a un partenaire de poids, Mack Swain dans le rôle de Big Jim… Leurs mésaventures dans la cabane sont des moments de bravoure. En revoyant ces scènes, il n’est pas interdit de penser que l’œuvre de Chaplin influença une fameuse bande dessinée ; Georges Rémi, dit Hergé, allait souvent au cinéma dans ses jeunes années, et garda sans doute le souvenir de Big Jim affamé, quand il imagina le Capitaine Haddock, prenant Tintin pour une bouteille de whisky dans Le Crabe aux Pinces d’Or !

 

The Freshman

Concluant ce tiercé gagnant du grand cinéma burlesque, Harold Lloyd présenta le 20 septembre 1925 son  nouveau film, The Freshman (Vive le Sport). Il y jouait Harold « Speedy » Lamb, un étudiant enthousiaste mais très naïf. Entrant à l’Université Tate, Harold est persuadé qu’il lui suffit d’imiter le héros de son film préféré pour devenir populaire… Les héros du campus ont vite fait de se payer sa tête, sans qu’il s’en rende compte. Harold se met même en tête de rejoindre leur équipe de football américain, mais il n’est bon qu’à être remplacer le mannequin d’entraînement ! Par pitié, le coach lui fait croire qu’il peut disputer un match. Si Harold ne se doute de rien, sa dulcinée, la douce Peggy (Jobyna Ralston), fille de sa logeuse, n’ose lui révéler la vérité, de peur de briser ses rêves…

 

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ci-dessus : quand Harold Lloyd fait du football américain… il remplace le mannequin d’entraînement ! Dans The Freshman (Vive le Sport), le sympathique binoclard en voit de toutes les couleurs. Une certaine idée du traitement réservé aux « nerds » durant les heures de sport…

 

Souvent éclipsé par ses deux collègues et rivaux du cinéma burlesque, Harold Lloyd n’avait pourtant rien à envier à Chaplin et Keaton. La preuve avec The Freshman qui est un excellent modèle de comédie de l’époque. Un héros à l’optimisme contagieux, mais qui ne voit pas le mal qu’on lui fait, et qui cherche à s’affirmer tout en vivant une histoire d’amour légère et touchante… il n’en fallait pas plus pour que le film de Lloyd soit l’un de ses tout meilleurs. Le film permet d’ailleurs de comparer les différences de style comique entre les rivaux de l’époque : Keaton exploitait jusqu’à l’absurde une idée de gag, utilisant à merveille son impassibilité et ses prouesses acrobatiques ; Chaplin se reposait sur une série de scènes centrées sur son personnage ; Lloyd, lui, utilise ici des ressorts scénaristiques plus classiques, d’une efficacité comique indéniable. Par rapport aux films de ses concurrents, on peut même dire que The Freshman tient mieux la route, grâce à ce solide travail scénaristique, reposant sur un message positif adressé au spectateur, qui serait : « n’essayez pas d’imiter les autres pour vous faire aimer, soyez vous-même« . Les quiproquos (la scène des mots croisés qui amorce la romance entre Harold et Peggy) sont savoureux, et les enchaînements de gags permettent à Lloyd de livrer quelques-unes des meilleures scènes de son répertoire. La drôlerie du film, jamais cruelle, fait aussi que la romance sert l’histoire au lieu de lui être imposée. Exemple, avec ce passage touchant où Peggy raccorde le pull de son amoureux ; l’élue de son cœur ayant fini de recoudre les boutons, Harold en détache discrètement d’autres. Simple, et irrésistible ! Tout le film fonctionne de la même façon, du discours de bienvenue perturbé par des matous farceurs à une homérique séance d’entraînement (qui frise le masochisme de la part de Lloyd), en passant par un bal estudiantin (avec le costume raccordé à la va-vite par un tailleur ivre qui suit partout notre héros !). L’homme aux lunettes d’écailles fait ainsi feu de tout bois jusqu’au grand match attendu, et obtint lui aussi un succès mérité.

Verdict final pour les opus des trois géants de la comédie en 1925 ? Léger avantage à Harold Lloyd !

 

Ludovic Fauchier.

Aspie, vous avez dit Aspie ?

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Un petit message, juste pour vous prévenir de la parution imminente de mon premier livre : Aspie, vous avez dit Aspie ?, un essai qui est « l’adaptation » des textes parus sur mon blog sous le titre Aspie, or not Aspie ? entre octobre 2012 et juin 2013. 

Il est édité par les Editions Amalthée et sera distribué en librairies le 10 février 2015, et sera aussi disponible sur les sites de vente Fnac, Amazon, Chapitre.com, Decitre… et sur le catalogue en ligne des Editions Amalthée.

Je vous tiens au courant pour d’éventuelles précisions ultérieures.

 

Ludovic Fauchier.



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