Archives pour mai 2015

Un Max de puissance ! – MAD MAX : FURY ROAD

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MAD MAX : FURY ROAD, de George Miller

L’histoire :

Bon retour dans le monde de Max Rockatansky (Tom Hardy)… Un monde ravagé par la guerre pour le pétrole, les désastres nucléaires et la pollution, et où chaque jour est une lutte impitoyable pour ses survivants. Ex-policier marqué par la mort de tous ceux qu’il n’a pu sauver, Max erre dans les étendues désertiques du Wasteland. Poursuivi, il est capturé par les guerriers du tyran Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne), seigneur de guerre qui règne sur sa Citadelle en maître absolu, entouré de son fils Rictus Erectus (Nathan Jones), de ses officiers d’élite, les Imperators et de ses soldats fanatisés, les War Boys. Max, captif, devient un « donneur universel » dont le sang est transfusé à Nux (Nicholas Hoult), un jeune War Boy malade.

Pour alimenter sa cité en pétrole, armes et nourriture, Joe confie la conduite du War Rig, un immense camion-citerne blindé, à l’Imperator Furiosa (Charlize Theron), qui fait la navette entre les cités alliées. Mais, sitôt partie, Furiosa change de cap. Elle fait s’enfuir les cinq « épouses » de Joe : Angharad the Splendid (Rosie Huntington-Whiteley), Toast (Zoë Kravitz), Capable (Riley Keough), Fragile (Courtney Eaton) et The Dag (Abbey Lee), esclaves sexuelles du despote qui cherche à s’assurer une descendance saine. Furieux d’avoir été dupé, Joe entraîne sa horde de guerriers à la poursuite du War Rig. En tête, Nux, toujours relié à un Max ligoté sur son véhicule, entraîné dans une course-poursuite démentielle sur la Fury Road…

 

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La critique :

Trente ans ! Cela fait trente ans que l’on croyait avoir perdu de vue le Road Warrior, imaginé par George Miller. Le personnage de Mad Max, immortalisé en une trilogie « heavy metal » aussi furieuse qu’épique par Mel Gibson, semblait avoir disparu corps et bien dans le désert du Wasteland à la toute fin de Mad Max : Au-delà du Dôme du Tonnerre, en 1985. La saga postapocalyptique était depuis lors restée vivace dans la mémoire de ses fans, mais le chemin de la résurrection aura été bien long. Mel Gibson, révélé par le rôle, était depuis lors devenu une star ; il avait juré ne plus jamais, au grand jamais, endosser à nouveau la défroque de Max Rockatansky, s’orientant lui-même vers la mise en scène (revoir ses propres films épiques, Braveheart et Apocalypto en tête, qui sont somme toute des avatars de Mad Max en d’autres époques)… ceci avant de ruiner sa propre réputation à cause d’un alcoolisme sévère et de paroles malheureuses, qui lui ont valu une mise au pilori hollywoodienne. Quant à George Miller, il sera revenu mi-figue mi-raisin de son expérience américaine. Quelle ironie de voir aujourd’hui le studio Warner le présenter comme le « maître » de Mad Max : Fury Road, quand on sait que le même studio lui mit tant de bâtons dans les roues à l’époque du Dôme du Tonnerre et des Sorcières d’Eastwick… sans compter les projets avortés ou confiés à d’autres (Contact, Justice League : Mortal). Mais ne nous plaignons pas de voir le même studio lui dérouler le tapis rouge pour ce qui constitue seulement son neuvième long-métrage en 36 années de carrière. Rappelons qu’outre la trilogie Mad Max, et Les Sorcières d’Eastwick, Miller nous a donné quelques pépites, autant de sacrées expériences pour le spectateur, et des leçons de mise en scène pour tout aspirants cinéastes : le drame méconnu et bouleversant Lorenzo (Lorenzo’s Oil, 1992), Babe : le Cochon dans la Ville (un des films pour enfants les plus sombres et radicaux qui soient, datant de 1999) et les deux films d’animation Happy Feet consacrés aux aventures du petit manchot danseur de claquettes, films dont la virtuosité et le sens du spectacle mettent k.o. les meilleurs productions Pixar. Ajoutons aussi à son actif le meilleur épisode du film à sketches La Quatrième Dimension (Twilight Zone : The Movie, 1983) produit par Steven Spielberg : Cauchemar à 20 000 Pieds, un magistral concentré de terreur aérienne de 25 minutes ; sans oublier qu’il fut aussi, parmi d’autres choses, le producteur – et réalisateur officieux – de l’excellent thriller maritime Calme Blanc (qui révéla une toute jeunette Nicole Kidman) et du premier Babe, le petit cochon devenu chien de berger. Des univers très différents, mais tous soutenus par des projets de mise en scène audacieux, imaginatifs, et tous baignés dans la même sève mythologique. Tous les films de Miller ont en commun d’être des quêtes, avec leur lot d’épreuves souvent cruelles, touchant à des thèmes universels. Et Mad Max : Fury Road ne fait pas exception à la règle. Annoncé depuis 2003, et depuis reporté suite à un development hell qui aurait mis sur les rotules n’importe quel autre réalisateur (annulation du film à cause de la Guerre d’Irak, décès d’Heath Ledger initialement prévu pour remplacer Mel Gibson, déplacement du tournage de l’Australie vers la Namibie à cause du changement climatique, etc.), Fury Road débarque enfin sur nos écrans après un long tournage en 2013, et une promotion par des bandes-annonces intelligemment diffusées sur le Web depuis l’an dernier. Ces premières images avaient mis la bave aux lèvres des nostalgiques, comme de ceux qui n’avaient jamais vu un Mad Max sur grand écran. Bonne nouvelle : Miller a gardé intacts l’enthousiasme et la hargne de ses débuts, et nous offre un film d’action absolument démentiel. Sacré nom de Dieu, qu’est-ce que ça fait du bien ! A l’heure où les superproductions hollywoodiennes sont de plus en plus standardisées sur les mêmes modèles, Mad Max : Fury Road, en deux heures bien dégraissées, renvoie Michael Bay dans les abîmes de la médiocrité, et roule sur les super-héros « disneyifiés ». C’est bien simple : le film procure une expérience surréelle, bourrée d’adrénaline, carrément un orgasme non-stop jamais ressenti depuis… allez, disons le mythique Mad Max 2, déjà en soi une référence absolue en matière d’action absolue !

 

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George Miller a horreur de se répéter. Là où tant de suites de films d’action finissent inéluctablement par répéter mécaniquement la formule du film original sans en avoir l’inspiration, il prend les connaisseurs de sa saga à revers en changeant d’entrée les règles du jeu. Si Fury Road évoque, dans ses grandes lignes, l’esprit « poursuite non-stop » de Mad Max 2, ainsi que certains thèmes abordés dans le Dôme du Tonnerre (rôle prépondérant des femmes, quête d’un Eden oublié, course-poursuite assimilée à l’Exode des Hébreux poursuivis par Pharaon), c’est pour mieux les « retourner » et les retravailler. Les fans se sont ainsi longtemps demandé si Miller allait respecter une quelconque continuité narrative par rapport à la trilogie ; Miller donne la réponse d’emblée : non ! Le remplacement de Mel Gibson par Tom Hardy est ainsi l’occasion pour le cinéaste d’annoncer la couleur d’emblée de jeu : la légendaire Ford Interceptor V8, véhicule emblématique des deux premiers films, détruite durant Mad Max 2, est à nouveau démolie dès le début du film, puis réassemblée et séparée pour toujours de son pilote. Miller fait ainsi passer le message aux connaisseurs de la saga : « je sais que vous adorez les films originaux, mais nous allons nous orienter vers une nouvelle direction« . A l’instar de l’Interceptor, la saga est donc reconstruite ; nous sommes toujours dans le même univers, avec le même concept de base et des images familières, mais celui-ci est sciemment retravaillé par son créateur pour éviter le sentiment de déjà-vu qui tue tant de suites, préquelles, remakes et autres reboots commandés à la chaîne. « Similaire, mais différent », tel est le mot d’ordre du cinéaste qui change de la même façon les origines du traumatisme de son héros. Originalité supplémentaire du projet, Miller tord aussi le cou à plus d’un siècle de règles dramaturgiques absolues dans l’élaboration de Fury Road. Le cinéaste a commencé le projet en engageant cinq artistes de story-boards et de comic-books pour raconter visuellement le film ; le scénario a ensuite été écrit en fonction des 3000 croquis préparatoires ainsi dessinés. Le réalisateur pousse ainsi au bout sa logique narrative sur la saga, malmenant souvent les codes scénaristiques en vigueur pour livrer ici un récit purement visuel, traversé d’idées démesurées, et donc parfaitement adaptées à l’esprit de l’aventure. Fury Road assume sa narration purement visuelle, constituant une expérience de cinéma unique ; pas de rationalisation ni de recours à des clichés dramaturgiques trop évidents, le film assume son statut de course-poursuite endiablée, propice à créer une atmosphère d’opéra heavy metal surchauffé, parcouru de trouvailles aussi folles que ce guitariste lanceur de flammes qui rythme le récit.

 

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Mais qu’on ne s’y trompe pas, Fury Road est aussi un film de personnages. Des caractères forts, le film n’en manque pas ; tous des personnages sacrément bien écrits et interprétés, avec, en premier lieu, une volonté de tordre là encore le cou aux préjugés des films d’action contemporains : George Miller, dans un film bourré de testostérone, accorde une importance majeure aux personnages féminins, actrices et enjeux du récit. Depuis longtemps déjà, le cinéaste avait su prouver que les femmes de caractère sont des constantes dans son univers : il suffit de revoir l’énergique Entity (Tina Turner), dominant ses troupes dans le Dôme du Tonnerre ; ou Les Sorcières d’Eastwick (Cher, Susan Sarandon et Michelle Pfeiffer) tenant tête avec malice au Diable Nicholson ; n’oublions pas aussi Rae Ingram (Nicole Kidman) qui évolue, de victime désignée à guerrière déterminée, dans Calme Blanc, ou Michaela (Susan Sarandon), la maman bouleversante de Lorenzo… Miller n’aura en fait cessé de rendre justice, dans la plupart de ses films, à la combativité féminine, il est vrai bien mise à mal dans le monde des Mad Max dominé par les brutes. Charlize Theron, sublime Furiosa, rejoint donc la galerie des grandes héroïnes « milleriennes » par la grande porte. Et elle n’a rien à envier à ses grandes sœurs guerrières que sont Ripley (Sigourney Weaver) dans les Alien, ou Sarah Connor (Linda Hamilton) dans les premiers Terminator, campant un personnage tout aussi iconique de dure à cuire cachant un cœur immense. La comédienne joue à merveille d’un physique à la fois fragile, gracieux (en dépit d’une transformation physique radicale : cheveux ras, apparence crasseuse et bras gauche mutilé), mais dégageant aussi la puissance physique d’une lionne. Ne pas se fier à son apparente fragilité, Furiosa est une battante, déterminée coûte que coûte à sauver les cinq épouses de Joe d’une vie misérable d’asservissement sexuel. Le personnage est aussi typiquement « Millerien », par son acharnement absolu à atteindre un objectif irréaliste, la quête d’un Paradis perdu renvoyant au traumatisme de sa propre enfance. Miller et le chef-opérateur John Seale, à l’occasion d’une scène, captent toute la détresse cachée de cette guerrière, via quelques instants de solitude dans le désert. Des images d’une tristesse terrible, faisant de Furiosa un des personnages les plus emblématiques de son auteur. L’aspect « féminin » de cette épopée est clairement mis en avant, via la lutte désespérée de Furiosa et de ses cinq protégées. Un poil coquin, Miller nous les présente durant une courte scène de halte en plein désert, jouant là aussi sur l’iconisation de ses actrices ; toutes d’anciennes top-models, dont les minces tenues virginales ne font que renforcer l’innocence en même temps qu’une sexualisation évidente. Des proies rêvées, somme toute, pour Immortan Joe, incarnation d’un pouvoir machiste en diable. Aux côtés de Furiosa, toutefois, les victimes désignées, enfermées dans des ceintures de chasteté médiévales, se libèrent et révèlent aussi leur tempérament de battantes. L’aide d’une tribu de motardes, valkyries du désert, ne sera pas de trop. Mais cette lutte pour la liberté, chez Miller, n’est évidemment pas sans risques. L’aînée des cinq fugitives connaîtra une fin tragique, rappelant que l’univers des Mad Max n’est tendre pour personne. Miller refusera toujours de se plier aux diktats narratifs hollywoodiens exigeant que l’on épargne les innocents (jeunes femmes, enfants, chiens, etc.) pour ne pas choquer le public. Mais c’est justement cette mise en danger qui rend précisément ses personnages aussi touchants. Ici, la bonté innée des femmes (qu’elle soit amoureuse, comme Capable envers le jeune Nux, ou, maternelle, comme la vieille motarde envers The Dag) est une qualité merveilleuse, digne de respect, mais somme toute bien fragile, dans un monde dominé par la soif de pouvoir et de conquête guerrière.  Quoi qu’il en soit, le combat des femmes de Fury Road est l’une des forces majeures du film.

 

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Du côté de ces messieurs, la situation n’est pas glorieuse dans Fury Road… Dans ce monde infernal, certains tirent leur épingle du jeu en cédant à leurs pires instincts. Avec le personnage d’Immortan Joe, Miller peut fustiger une nouvelle fois ce pouvoir masculin fondé sur la domination, le matérialisme aveugle et la destruction. Ce n’est certes pas nouveau, mais le cinéaste australien apporte toujours des variantes bienvenues. Les méchants de l’univers de Mad Max ont, eux aussi, évolué depuis leurs débuts ; de simples chefs de meute dans les premiers films (voir Toecutter et Humungus), ils se sont développés dans une « écologie humaine » (pour reprendre les mots du cinéaste) familière aux anciennes civilisations. Entity (Tina Turner) dans le Dôme du Tonnerre était plus ambivalente, une leader politique aux intentions civilisatrices, mais qui devait affirmer son pouvoir économique par des moyens détournés. Immortan Joe est passé, quant à lui, à un autre stade ; il rassemble les traits des précédents adversaires de Max pour former une incarnation terrifiante d’un pouvoir royal dévoyé. Son aspect bestial et mécanique, souligné par son masque respiratoire orné de dents de cheval, correspond bien à sa conception du pouvoir. Il se pose en être divin, rassemblant ses « fidèles » asservis dans une cérémonie soigneusement orchestrée, distribuant eau et nourriture avec parcimonie, mais en jouant sur le spectaculaire, pour mieux asseoir son pouvoir. Ce Pharaon des temps apocalyptiques est aussi un capitaliste absolu, ayant élaboré une civilisation qui marchandise aussi bien les ressources naturelles que les corps humains. Miller ose des scènes jamais vues dans une superproduction de cette ampleur, montrant des humains asservis aux machines (on pense à Metropolis de Fritz Lang), des humains transformés en « bétail » vivant, donneurs de liquides nourriciers (sang et lait)… et suggère bien évidemment que Joe se taille la part du lion, s’étant constitué un harem dans un coffre-fort ! Quand on voit les malformations dont souffrent les rejetons du tyran, on comprend (sans approuver) que ce dernier, tout à son délire de vouloir établir une lignée dynastique qui justifierait sa divinisation, cherche à récupérer celles qu’il appelle « son capital ». Joe n’est pas très éloigné, dans la filmographie de George Miller, du Daryl Van Horne (Jack Nicholson) des Sorcières d’Eastwick, lui aussi charismatique, misogyne, bestial… et finalement dupé par ces dames. Sous le masque de Joe, une tête familière : Hugh Keays-Byrne, impressionnante « gueule » du cinéma et du théâtre australien, qui fut l’affreux Toecutter dans le Mad Max originel. La boucle est bouclée, et Keays-Byrne incarne ici un nouveau méchant tout aussi mémorable. 

 

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Dans la galerie des personnages marquants de Fury Road, il faut aussi s’attarder sur Nux, le jeune War Boy entraîné dans l’infernale course-poursuite. Le jeune Nicholas Hoult, remarqué chez Bryan Singer (Jack le Tueur de Géants, les derniers X-Men où il campe le Fauve), tord le cou à ses personnages de gentils garçons un poil falots pour incarner un personnage plus intéressant. L’évolution de Nux donne un souffle supplémentaire au film ; ce jeune garçon, condamné par une maladie nécessitant qu’il soit transfusé en permanence, connaît un parcours le rattachant à certains des personnages « milleriens » les plus touchants. Au début de l’aventure, il nous est montré comme totalement endoctriné et fanatisé, à l’instar de ses camarades, qui espèrent tous connaître une mort glorieuse au combat pour Immortan Joe. On devine que ce dernier leur a copieusement menti, en leur enseignant une religion basée sur les mythes nordiques, toujours idéaux pour stimuler leurs instincts guerriers. Nux, comme les autres, n’a aucun moyen ni intention de remettre en cause cette doctrine… avant de se heurter de plein fouet à ses limites. Il faudra, pour qu’il prenne réellement conscience de lui-même, qu’il se voit refuser la Mort qu’il croyait se voir prédite. Quelques coups de poing infligés par Max, et la proximité naissante avec la fugitive Capable, l’aideront à revoir ses objectifs et se choisir une nouvelle destinée. Cette évolution était-elle latente chez Nux, ou bien lui a-t-elle été transmise ? Sans doute les deux, Miller laissant le spectateur libre de sa propre opinion. On remarquera cependant que Nux rejoindra la cause de Max et des femmes fuyardes après avoir reçu en transfusion le sang du Road Warrior… comme si l’héroïsme, quasiment suicidaire, de ce dernier lui avait été transmis. Nux rejoint aussi le parcours de divers personnages des films de Miller, souvent hâtivement condamnés et marginalisés avant de révéler, envers et contre tout, leur héroïsme. Comme le petit Lorenzo Odone (Lorenzo’s Oil), il est condamné par une maladie ne lui laissant que peu de temps à vivre ; comme Babe, il croit d’abord à un vaste mensonge avant d’ouvrir les yeux sur sa condition ; et comme Mumble, le petit manchot de Happy Feet, il est un marginal dans sa propre communauté et finit par en rejoindre une autre, pour changer le cours des traditions imposées par un ordre patriarcal tyrannique. Et, comme eux, il devient un héros surmontant des épreuves… même s’il n’y aura pas pour lui de happy end. Reste que son geste sacrificiel final n’est pas gratuitement imposé, et l’éveil de sa relation sentimentale avec Capable donne quelques larmes bienvenues dans ce film plein de bruit et de fureur.  

 

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Et Max, dans tout ça ? Ce bon vieux Road Warrior a peut-être changé de visage, mais sa caractérisation reste (en surface) la même. Toujours taciturne et asocial, Max reste l’héritier spirituel des westerners à l’ancienne : on pense bien sûr à ces errants éternels que furent John Wayne dans La Prisonnière du Désert, Steve McQueen dans Nevada Smith (il y incarnait un jeune vengeur du nom de… Max) et surtout Clint Eastwood période Homme Sans Nom / Josey Wales Hors la loi. Des marginaux aidant, avec beaucoup de réticence, les démunis à survivre dans un Ouest ravagé par la loi du plus fort ; Max poursuit donc, depuis 1979, cette tradition. A priori, il n’y aurait que peu de choses à dire sur le personnage campé par un Tom Hardy impressionnant, successeur idéal de Mel Gibson. Il est toujours un loup solitaire errant dans un monde en flammes, parle toujours aussi peu, se montre toujours aussi distant, irascible et suicidaire… mais George Miller n’aime pas se répéter. Il change subtilement la donne, concernant son personnage fétiche. Si la cause de la folie de Max nous est connue depuis le premier film, Fury Road nous offre pour la première fois l’opportunité d’entrer dans la tête du héros. Et ce n’est pas bien beau… Le Road Warrior est hanté par des voix et des visions particulièrement perturbantes, celles des victimes qu’il n’a pas pu sauver, et surtout d’une fillette mystérieuse qui apparaît dans les moments de tension. Cette gamine est-elle le fruit de l’esprit dérangé de Max, ou a-t-elle vraiment existé ? Miller ne nous donnera jamais la réponse claire. Quelques images subliminales laissent penser que cette fillette a connu un sort horrible, écrasée sous les roues d’une voiture folle, écho lointain de la mort de l’épouse de Max et de son fils, tués par des motards. Elle rappelle aussi le Feral Kid de Mad Max 2 et les « Enfants Perdus » du Dôme du Tonnerre, qui eux étaient sauvés par Max… Dans la chronologie volontairement floue de la série, Max n’avait jusque-là jamais veillé sur une fillette. Aurait-il eu une autre enfant qu’il a également vu mourir sous ses yeux ? Possible, mais on peut aussi croire que l’esprit de Max « invente » cette fillette, qui existerait en tant que symbole de toutes les victimes croisées par l’ex-policier de la route. Elle pourrait aussi être l’ »esprit guide » de celui-ci, le narguant, le tourmentant et l’aidant à prendre les bonnes décisions aux moments décisifs. Sans doute la fillette occupe ces différentes fonctions pour nous rappeler que Max n’est pas Mad pour rien… Ce personnage a toujours été un curieux héros, tenaillé entre son besoin d’être un homme bien et ses côtés plus « sociopathes ». On le voit désormais schizophrène, et pourtant pragmatique et terre à terre ; il se montre violent (il tire sur une jeune femme enceinte !), mais finit par se laisser convaincre de combattre pour une bonne cause ; et s’il y a un début de rapprochement entre lui et Furiosa (son pendant féminin, aussi abîmée que lui par la vie), il refuse au final de se « fixer » auprès d’elle, en vrai lonesome cowboy à la Clint Eastwood… N’oublions pas aussi la dimension masochiste explicite du personnage, réduit à l’état de bétail ligoté et muselé. Paradoxe ultime, cet action hero connu pour ses talents de pilote se voit même contraint à l’immobilité absolue, transformé en figure de proue par Nux, au début de la folle poursuite ! C’est tout le sens de l’ironie de George Miller, s’amusant à maltraiter son personnage le plus emblématique en le forçant à être un « spectateur mobile » incapable de bouger durant une course qui risque de lui coûter la vie… Saluons au passage la prestation de Tom Hardy, qui reprend le rôle jadis tenu par Mel Gibson en l’adaptant à sa propre stature. Ce talentueux comédien anglais a su intégrer le personnage de Max à son propre style de jeu, très physique. Son Mad Max est dans la continuité de ses personnages les plus mémorables, comme par exemple dans Bronson de Nicolas Winding Refn. Voir aussi la mémorable prestation de Hardy, dans The Dark Knight Rises de Christopher Nolan, où il incarnait l’affreux Bane, avec son masque respiratoire lui donnant l’allure de Humungus, le grand méchant de Mad Max 2 ! On comprend mieux pourquoi George Miller l’a choisi, et l’acteur, sans dialogues excessifs, promène dans le film un charisme fatigué adapté. On tient là une superstar.

 

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La mise en scène de George Miller est toujours pleine de surprises. Fury Road respecte comme il se doit le visuel emblématique de toute la saga : des hordes de véhicules motorisés aux looks plus dingues les uns que les autres ! Les décorateurs ont dû s’en donner à cœur joie en créant des voitures, motos, camions et autres engins fous aux looks plus bizarroïdes les uns que les autres, prolongations de leurs conducteurs et véritables fusions entre machines et animaux du désert. La saga baigne depuis ses débuts dans la « car culture » poussée à son paroxysme de film en film ; rappelons que l’idée de Mad Max était venue à ses auteurs après les effets violents, en Australie, de la crise pétrolière, mêlée à des souvenirs douloureux personnels à George Miller. L’ancien étudiant en médecine avait perdu des amis, dans sa jeunesse, victimes d’accidents automobiles et, intervenant aux urgences, avait constaté de visu les horribles contrecoups physiques sur des blessés et de morts de la route. Il décrit une société postapocalyptique imprégnée jusqu’à l’absurde de cette culture qui pousse à la violence les possesseurs de véhicules, rendant au passage un hommage discret à l’autre grand père fondateur du cinéma australien, Peter Weir. Le réalisateur de Witness et du Cercle des Poètes Disparus avait débuté dans son pays natal par le très intrigant Les Voitures qui ont mangé Paris, précédant de 5 ans Mad Max. Les dernières minutes du film annonçaient déjà celui de Miller, qui lui rend la pareille dans Fury Road en montrant des voitures « porc-épics » hérissées de pointes d’acier, tout droit sorties du film de Weir !  

 

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Dosant savamment son épopée selon un crescendo qui ne laisse aucune échappatoire au spectateur, George Miller intègre les références westerniennes à cette traque qui repose sur un principe de mise en scène aussi simple qu’imparable : exploiter au maximum toutes les trouvailles que son concept narratif lui offre. En variant les obstacles et les dangers naturels, par exemple. Qu’il s’agisse de la traversée tendue d’un canyon (on se croit revenu chez John Ford en territoire Apache), dans des marécages ralentissant poursuivants et poursuivis, ou de cette étonnante séquence nocturne autour d’un arbre et d’un treuil (on pense au Salaire de la Peur et son remake, Le Convoi de la Peur), Miller trouve toujours une idée forte par séquence. Les forces de la Nature ne sont pas oubliées, dans l’hallucinant passage de la tempête de sable qui se transforme en épreuve mythologique ; le spectateur attentif remarquera que les colonnes de sable de la tempête prennent l’apparence de pieds gigantesques, comme si des Titans se dressaient sur la route du War Rig et de ses occupants… De mythologie, il en a toujours été question dans la saga, Miller transformant son personnage principal au fil des histoires ; si le premier film avait été une tragédie (Max cherchant à fuir la violence pour vivre une vie paisible précipitait finalement sa famille dans un piège, et en perdait la raison), les autres développeront plusieurs variations sur le thème, cher à Joseph Campbell, du héros entraîné malgré lui dans une quête. Le troisième film avait même fait de Max une figure messianique, un libérateur à la Moïse pour une communauté d’enfants. Fury Road poursuit dans la même veine, enlevant cependant les excès de « gentillesse » (imposées alors par le studio Warner) du Dôme du Tonnerre pour revenir au côté plus désespéré des premiers opus. Ici, le véritable héros est sans aucun doute Furiosa, qui finira par renverser l’ordre masculin établi par Immortan Joe pour laisser la place à un peu d’espoir, passant par une prise du pouvoir féminin. Ce ne sera pas sans casse, et la jeune femme finira l’épreuve sérieusement abîmée, à l’instar de Max dans ses aventures. Celui-ci aura su la convaincre de ne pas se focaliser sur un objectif impossible à atteindre (« on ne répare pas ce qui est brisé »), mais l’aidera, dans un de ces rares sursauts d’humanité dont il est capable. Son aide consistera à appliquer sa tactique favorite, un demi-tour suicidaire pour foncer droit vers la Citadelle de Joe ; décision téméraire, irrationnelle, mais payante. Souvenez-vous, la course-poursuite finale de Mad Max 2 était en fait une duperie dont Max était le complice involontaire, servant d’appât aux pillards ; ici, c’est le principe même de la poursuite dans son ensemble qui tourne à l’absurde délibéré. Tous ces risques pris, tous ces crashes meurtriers, tout ce déploiement de forces et de personnages démesurés… tout cela pour que les fuyards reviennent finalement à leur point de départ ! Miller a incontestablement gardé intact le sens de l’ironie narrative.  

 

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Ajoutons pour conclure que le cinéaste, aidé par son chef-opérateur John Seale (également collaborateur de Peter Weir), aura su élaborer un univers crédible et coloré, à l’opposé de nombre de films apocalyptiques plus récents, nettement plus « dépressifs » (voir Les Fils de l’Homme ou La Route, héritiers des Mad Max originaux) ; ce parti pris, associé à des prises de vues hyperdynamiques, renforce délibérément l’aspect « cartoonesque » délirant qui est aussi le propre de la saga (ces longues courses-poursuites dans le désert n’évoquent-elles pas non plus le souvenir lointain de Chuck Jones, et du Coyote à la poursuite de Bip Bip ?…). Miller assume complètement le côté grandiloquent, excessif, sauvage de son show, culminant dans ces ahurissantes acrobaties de Max voltigeant en funambule d’un véhicule à un autre au bout d’une perche, comme dans un cirque monstrueux. Aidé de surcroît par la musique de Junkie XL, ancien disciple de Hans Zimmer, Miller réussit de bout en bout à faire de Mad Max : Fury Road un opéra fou furieux qui laisse le spectateur pantelant, au bout de deux heures de projection. Le public répond favorablement dans le monde entier… même si les américains, « refroidis » par la censure autant que par les partis pris antihéroïques de Miller, semblent avoir inexplicablement boudé le film (le téléchargement illégal est sans doute aussi responsable).

Quoi qu’il en soit, on ne désespère pas de revoir Max dans de nouvelles mésaventures, Miller ayant déjà sous la main le scénario d’un Mad Max : The Wasteland annoncé ; Tom Hardy ayant confirmé avoir signé pour plusieurs films, on est donc rassuré. On les salue bien bas, on remercie aussi Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, les cinq filles adorables et toute la fine équipe de Fury Road pour nous avoir offert ce cadeau royal. On vous attend sur la route, pour la suite.

Oh, what a day. WHAT A LOVELY DAY !

 

Ludovic Fauchier, Au-delà du Blog du Tonnerre

 

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La fiche technique :

Réalisé par George Miller ; scénario de George Miller, Brendan McCarthy et Nick Lathouris ; produit par George Miller, Doug Mitchell, P.J. Voeten et Genevieve Hofmeyr (Kennedy Miller Productions / Village Roadshow Pictures)

Musique : Tom Holkenborg alias Junkie XL ; photo : John Seale ; montage : Margaret Sixel

Direction artistique : Shira Hockman et Jacinta Leong ; décors : Colin Gibson ; costumes : Jenny Beavan

Supervision des cascades : Guy Norris ; effets spéciaux de plateau : Dan Oliver ; effets spéciaux visuels : Andrew Jackson et Katherine Rodtsbrooks (Iloura / 4DMax / Hybrid Enterprises / Method Studios / Odd Studio / The Third Floor / Tinsley Studio) 

Distribution : Warner Bros.

Caméras : Arri Alexa M et Arri Alexa Plus, Canon EOS D Mark II et Olympus P5

Durée : 2 heures

En bref… LE LABYRINTHE DU SILENCE

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LE LABYRINTHE DU SILENCE, de Giulio Ricciarelli

L’histoire :

Francfort, Allemagne de l’Ouest, en 1958. Simon Kirsch (Johannes Krisch), un artiste peintre, croise la route d’un instituteur, Alois Schulz (Hartmut Volle). Quand celui-ci lui offre du feu, Simon se fige, terrifié. L’homme ne lui est pas inconnu…

Johann Radmann (Alexander Fehling), un tout jeune procureur, s’occupe sans enthousiasme des litiges sur les infractions au code de la route. Il assiste à une scène curieuse : un journaliste, Thomas Gnielka (André Szymanski), déboule dans les couloirs du tribunal et invective les procureurs. Ami de Simon Kirsch, Gnielka a mené son enquête sur le paisible instituteur Schulz. Il s’avère que celui-ci a été un Waffen SS, au camp d’Auschwitz, durant la 2ème Guerre Mondiale. Il n’y a aucun doute que Schulz ait commis des atrocités dans ce camp, mais l’administration judiciaire refuse d’agir, par faute de preuves directes… Johann mène une petite enquête privée, par curiosité. Il ne se doute pas qu’il met les pieds dans un champ de mines. Gnielka lui fait vite comprendre qu’Auschwitz n’est qu’un nom très vague lui et ses concitoyens, qui ne veulent pas (ou plus) entendre parler de la guerre et d’Hitler. Alors qu’il se rapproche de la jolie Marlene (Friederike Becht), Johann, soutenu par le vieux procureur général Fritz Bauer (Gert Voss), se lance dans une enquête officielle de longue haleine. Maladroitement, freiné par la bureaucratie, sans trop savoir comment convaincre les rares témoins de parler de ce qu’ils ont vu et subi, Johann s’obstine. Le terrible récit de Simon, notamment, le mène sur la piste d’un homme, devenu le symbole absolu de l’horreur nazie : Joseph Mengele…

 

Le Labyrinthe du Silence

La critique :

Par hasard des programmations des sorties cinéma de ce mois-ci, j’ai cette fois-ci changé mes habitudes de spectateur en allant voir ce Labyrinthe du Silence qui, a priori, n’avait pas grand chose pour attirer. Un titre vaguement ésotérique pour un sujet guère joyeux, évoquant les soirées thématiques d’Arte les moins engageantes, pour un film signé d’un acteur italien devenu réalisateur strictement inconnu au bataillon de ce côté ces Alpes… Pas de quoi être intéressé a priori, mais il faut toujours se méfier des préjugés. Giulio Ricciarelli, pour son premier long-métrage, a signé une œuvre joliment prenante. Le cinéaste (se reposant sur un solide scénario coécrit avec Elisabeth Bartel) décrit le portrait d’une toute jeune République Fédérale d’Allemagne (née de la reconstruction et partition politique du pays vaincu, à la fin de la 2ème Guerre Mondiale), partagée entre l’ignorance de ses plus jeunes habitants et l’amnésie volontaire de ses aînés, témoins ou complices des crimes commis sous Hitler. Le procès de Nuremberg avait soi-disant « purgé » le pays de la honte et de la tyrannie nazie… mais il avait laissé échapper un grand nombre de bourreaux et de simples exécutants modelés par la doctrine nazie, devenus après la guerre des citoyens en apparence bien ordinaires. Dans ses meilleures scènes, Le Labyrinthe du Silence prend des allures de fable à la Kafka, accompagnant la douloureuse prise de conscience d’un jeune bureaucrate idéaliste (convaincant Alexander Fehling). Cela se traduit dans le film par des scènes souvent grinçantes. Voir par exemple ce passage où notre héros et sa petite amie profitent d’un petit moment de tendresse amoureuse… avant d’entendre, du haut d’une fenêtre, le futur beau-père et ses anciens copains de régiment, ivres, beuglant des chants guerriers de bien sinistre mémoire.

Le réalisateur sait capter le climat de cette curieuse époque, où la jeune génération tout juste adulte commence à regarder dans les yeux ses parents, bien embarrassés d’avoir à justifier leurs petites lâchetés de l’époque. Il sait aussi heureusement éviter le manichéisme ; cette histoire, basée sur des faits réels, méritait bien du tact et de la distance critique : le jeune procureur a l’assurance et l’inconscience de la jeunesse, qui le pousse souvent à commettre de graves erreurs dans son enquête. Un bon point supplémentaire, donc, pour éviter de faire du personnage et de ses rares alliés des figures trop angéliques. Pour ces mêmes raisons, le personnage du journaliste Gnielka est particulièrement intéressant ; ce révolté permanent a des coups de colère vengeresse qui révèlent la « zone grise » de cette étrange époque. Son regard est moins innocent que celui du jeune procureur, et son histoire révèle le dur prix à payer pour un ancien gamin qui a été, comme des milliers d’autres, dupé par les mensonges d’Hitler au point de devenir un complice de l’infâme machine de mort des camps. Sa colère n’en prend que plus de poids. 

Par ailleurs, hors les personnages eux-mêmes, Giulio Ricciarelli sait, au fil du récit, trouver les petits détails justes, ceux qui provoquent le malaise en dépit de leur banalité apparente. Une chanson aux accents rock, dont les paroles doucereuses (sur l’air de « ton père a raison« …) incitent gentiment la jeunesse à ne pas poser de questions gênantes ; des enfants qu’un instituteur trop zélé (et gagné par ses vieux « réflexes » conditionnés) sépare en deux rangs pour les punitions ; ou encore cette famille de bons bourgeois, rassemblés en privé, qui regardent d’un très sale œil les intrus venus chercher le grand absent (un certain Mengele)… autant de petites touches qui créent ce sentiment d’une chape de plomb sur la bonne société ouest-allemande de l’époque. On pardonnera du coup à Ricciarelli quelques excès démonstratifs : notamment ces deux cauchemars que fait le héros au sujet des camps, et de sa propre quête personnelle, sont un peu trop « fabriqués » pour entièrement convaincre.

On passera outre ces menus défauts pour saluer dans Le Labyrinthe du Silence le message d’avertissement glissé par le réalisateur aux spectateurs, à l’heure où tant de pays européens laissent ressurgir, sous un contexte différent, des discours nauséeux qu’on avait cru anéantis il y a 70 ans, avec la Bête Immonde. Les voix des victimes de la Shoah, dont les derniers survivants disparaîtront inévitablement, ne doivent jamais êtres tues, étouffées par l’apathie ou l’amnésie sélective.

 

Ludovic Fauchier

 

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ci-dessus : la scénariste Elisabeth Bartel, interviewée aux 19èmes Rencontres du Cinéma de Gérardmer, parle de son travail sur Le Labyrinthe du Silence.

 

La fiche technique :

Réalisé par Giulio Ricciarelli ; scénario d’Elisabeth Bartel & Giulio Ricciarelli ; produit par Jakob Claussen, Ulrike Putz, Sabine Lamby et Jens Oberwetter (Claussen Wöbke Putz Filmproduktion / Naked Eye Filmproduktion)

Musique : Sébastian Pille et Niki Reiser ; photographie : Martin Langer et Roman Osin ; montage : Andrea Mertens ; costumes : Aenne Plaumann

Distribution Allemagne : Universal Pictures International / Distribution France : Sophie Dulac Distribution

Durée : 2 heures 04

En bref… AVENGERS : L’ERE D’ULTRON

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AVENGERS : L’ERE D’ULTRON, de Joss Whedon

L’histoire :

branle-bas de combat pour les Avengers ! Après avoir livré bataille en plein New York contre le perfide Loki et les envahisseurs extra-terrestres Chitauris, les héros se rassemblent à nouveau : l’espionne de choc Natacha Romanov alias Black Widow (Scarlett Johansson), le vétéran super-soldat Steve Rogers alias Captain America (Chris Evans), l’archer intrépide Clint Barton alias Hawkeye (Jeremy Renner), Bruce Banner et son monstrueux alter ego Hulk (Mark Ruffalo), l’ingénieur milliardaire Tony Stark alias Iron Man (Robert Downey Jr.), et le puissant dieu du tonnerre Thor (Chris Hemsworth) combattent en Sokovie, un pays d’Europe de l’Est. L’HYDRA, l’organisation terroriste internationale qui avait infiltré les services secrets du SHIELD (cf. Captain America : Le Soldat de l’Hiver), y a établi une base et un laboratoire, sous la férule du Baron Strucker (Thomas Kretschmann). Les Avengers prennent d’assaut la base et s’emparent du sceptre de Loki. Mais, avant de fuir, Strucker libère deux surhumains améliorés par ses expériences : les jumeaux Pietro et Wanda Maximoff (Aaron Taylor-Johnson et Elizabeth Olsen), respectivement dotés d’une super-vitesse et de pouvoirs psychiques phénoménaux. Grâce à ceux-ci, Wanda confronte Tony Stark à sa pire crainte : la vision d’une Terre détruite par le retour des Chitauris, et les Avengers morts parce qu’il n’a pas pris les mesures défensives nécessaires.

De retour à New York, Stark et Banner étudient la gemme qui orne le sceptre de Loki : le joyau renferme un programme d’intelligence artificielle d’une complexité surclassant celle de J.A.R.V.I.S. (voix de Paul Bettany), l’ordinateur de Stark. Celui-ci est persuadé qu’il pourra, grâce à ce programme, donner aux peuples de la Terre la protection parfaite contre les menaces venues d’autres mondes… Banner, malgré ses réticences, accepte de l’aider à développer cette nouvelle intelligence artificielle, surnommée Ultron. Erreur fatale… alors que les Avengers sont réunis pour une soirée de fête, Ultron (James Spader) s’éveille. Désorienté, rendu confus par les contradictions de sa programmation, il prend peur et élimine J.A.R.V.I.S., avant de télécharger sa conscience dans un drône robotique de Stark. Concluant que, pour sauver la Terre, l’Humanité et ses protecteurs doivent être anéantis pour laisser la place à une nouvelle forme de vie, Ultron attaque les Avengers stupéfaits, et leurs alliés, vite divisés sur la question de la responsabilité de Stark. L’équipe doit pourtant rester unie alors que le robot psychotique retrouve Wanda et Pietro, les manipulant pour parvenir à ses fins…

 

Avengers L'ère d'Ultron 02

La critique :

La fine équipe des Avengers se reforme, pour entamer la saison estivale des blockbusters US de 2015. Suivant au plus près l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne« , les Marvel Studios continuent de développer leur univers partagé depuis sept ans. Depuis que Nick Fury (Samuel L. Jackson) apparut en bonus final dans le premier Iron Man, annonçant la création de la fameuse équipe de super-héros, dix films se sont succédé en sept ans, avec des résultats irréguliers, mais un public de fidèles répondant toujours présent. Le second volet des Avengers, toujours orchestré par Joss Whedon, ne change pas la formule gagnante et s’adresse avant tout aux familiers des héros de la Maison des Idées. Autant dire que les spectateurs néophytes risquent de se sentir un peu dépassés par les références et les apparitions de personnages gravitant autour de Thor, Iron Man, Captain America et leurs camarades. Pas trop de surprises non plus à attendre d’Avengers : L’ère d’Ultron, qui respecte à la lettre le cahier des charges des films de super-héros Marvel : du divertissement avant tout, une approche plutôt « légère » des conflits entre les personnages (on reste assez loin de l’introspection plus fouillée des personnages de la Distinguée Concurrence, revus par Christopher Nolan ou Zack Snyder), et des morceaux de bravoure d’action propre à ravir les jeunes fans. Ambiance « piou piou piou ! whaam ! boum ! wiiingg !! kaboom !! » garantie donc, heureusement tirée vers le haut par le sens de l’écriture habile de Whedon, et son mélange de références intégrées entre Shakespeare et Star Wars. L’Empire Contre-Attaque reste ici le modèle inspirateur, le récit jouant sur la même idée des  »héros dispersés » et souvent conflictuels. 

 

Avengers L'ère d'Ultron 03

En bonus appréciable, Whedon laisse un peu plus de champ libre aux personnages  »secondaires » de l’équipe. Si Iron Man, Cap et Thor sont les stars de l’équipe, ils sont forcément ici un peu moins développés que dans leurs séries respectives ; encore que l’on voit Tony Stark (Downey Jr. égal à lui-même) montrer les premiers signes d’une certaine mégalomanie sécuritaire (faisant directement référence à Reagan et son programme de défense spatiale, intitulé Star Wars !) qui prépare la voie au Captain America : Civil War qui le verra s’opposer au plus démocrate Steve Rogers. Ici, cependant, ce sont Hulk, Black Widow et Hawkeye qui sont un peu plus développés par le réalisateur-scénariste. L’archer joué par Jeremy Renner, négligé dans le premier volet, gagne même en capital sympathie, sans doute parce qu’il est le seul humain « normal » au milieu de cette équipe de dieux et de monstres. L’espace de quelques scènes, Renner donne au plus oublié des Avengers un certain sens de l’ironie et un détachement « cool » approprié. Il est suivi de près par Scarlett Johansson et Mark Ruffalo qui donnent aussi un peu plus d’humanité à leurs héros respectifs. Rien à redire sur la prestation de James Spader, transformé en Ultron psychotique, en revanche la présentation des jumeaux Vif-Argent et Sorcière Rouge est un peu étouffée par l’histoire. Bonus appréciable, cependant, avec l’arrivée d’un certain androïde vert, rouge et jaune, familier des lecteurs du comics, et qui annonce une refonte complète de l’équipe annoncée dans la dernière séquence.

 

Avengers L'ère d'Ultron 01

Rien de plus à dire, sinon que cet Avengers assure son contrat envers un public forcément conquis d’avance, et se montre plaisant à suivre. Les morceaux de bravoure sont légion (notamment ce combat démentiel entre Hulk et Iron Man en mode « Hulkbuster »), le film est divertissant… mais, toutefois, sans surprise. Les studios Marvel ont quand même pris l’habitude (risquée, mais payante jusqu’ici) de « s’emparer » des écrans avec leurs héros appartenant au même univers. Les projets vont se succéder et se multiplier, sur les quinze prochaines années minimum… Comment faire pour surprendre un public qui sera forcément blasé ? Tandis que la Distinguée Concurrence réagit assez lentement (on attend quand même Batman Vs. Superman : Dawn of Justice, annonciateur d’un film imminent de la Justice League, concurrent annoncé des Avengers de Marvel…), Marvel poursuit sa route sans ralentir : Ant-Man (entaché par une brouille entre le studio et le réalisateur Edgar Wright qui a claqué la porte, mécontent de l’ingérence des cadres exécutifs, soucieux de ne pas laisser les cinéastes trop imposer leur marque sur des héros qui restent leur propriété financière) sera la prochaine sortie, en attendant Captain America : Civil War (qui verra Cap rejoint par un invité de marque, qui tisse partout…), Thor : Ragnarok, Avengers : Infinity War (en deux parties !), les suites des Gardiens de la Galaxie, plus Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel, Inhumans… sans oublier les productions des héros Marvel restés sous l’égide de la 20th Century Fox pour des questions de vente de droits (sortie imminente d’une version plus sérieuse des Fantastic Four, tournage de X-Men Apocalypse, un nouveau film de Wolverine qui se profile à l’horizon) et ceci sans compter les séries télévisées Agents of SHIELD, Daredevil, Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist… N’en jetez plus, la cage est pleine ! Le vieux lecteur-cinéphile fan du genre que je suis devait attendre, enfant, une bonne décennie pour avoir un film de super-héros correct ; maintenant, c’est la surcharge qui guette… Le risque de saturation et de lassitude d’un « marché » de films super-héroïques va forcément être de plus en plus présent à chaque nouveau film.

Que cela ne dissuade pas pour autant le spectateur d’apprécier ce nouvel Avengers à sa juste valeur, comme un grand 8 amusant, rythmé et décomplexé.

 

Ludovic Fauchier, alias The Incredible Blogbuster.

 

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ci-dessus : la fine équipe du casting d’Avengers : l’Ere d’Ultron en pleine séance d’autographes au Comic-Con. Manque juste à l’appel Scarlett Johansson (argh ! damned !).

 

La fiche technique :

Réalisé par Joss Whedon ; scénario de Joss Whedon, d’après la bande dessinée créée par Stan Lee & Jack Kirby (Marvel Comics) ; produit par Kevin Feige, Mitchell Bell, Jamie Christopher et Daniel S. Kaminsky (Marvel Studios)

Musique : Danny Elfman et Brian Tyler, thème des Avengers par Alan Silvestri ; photo : Ben Davis ; montage : Jeffrey Ford et Lisa Lassek

Direction artistique : Ray Chan ; décors : Charles Wood ; costumes : Alexandra Byrne

Effets spéciaux de plateaux : Ian Corbould, Paul Corbould, Kevin Bitters et Danilo Bollettini ; effets spéciaux visuels : (heu… plein de monde dans plein de studios !) Ben Snow, Paul Butterworth, Trent Claus, Marcus Degen, Nigel Denton-Howes, Florian Gellinger, Jamie Hallett, Ken McGaugh, Ray McMaster, Michael Mulholland, Rocco Passionino, Katherine Rodtsbrooks, Alan Torres, Christopher Townsend et Chad Wiebe (ILM / Animal Logic VFX / Capital T / Clear Angle Studios / Double Negative / FBFX / Framestore / Lola VFX / Luma Pictures / Mova / Plowman Craven & Associates / Method Studios / Prime Focus World / RISE Visual Effects Studios / Secret Lab / Territory Studios Zoic Studios) (je vous avais prévenus, c’est même pour ça que le générique est presque aussi long que le film. Ah la la de nos jours, les films c’est n’importe quoi. Je me souviens des génériques des vieux films qui duraient une minute maximum, c’était le bon temps mes chers petits…) Cascades : Greg Powell

Distribution USA : Walt Disney Studios Motion Pictures

Caméras : Arri Alexa XT, Blackmagic Pocket Cinema, Canon EOS C500, GoPro Hero HD3 et Red Epic MX

Durée : 2 heures 22 (c’est bon, vous pouvez partir maintenant !)



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