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Archives pour juillet 2015

Retour vers le Futur (dans le Passé) 1965 : DOCTEUR JIVAGO

Docteur Jivago 04A Omar Sharif, pour toujours Youri Jivago

 

Nom de Zeus, Marty ! Nous sommes en 1965, et le monde a considérablement changé… Cette année-là, un petit pays asiatique résonne du bruit des hélicoptères et retient l’attention internationale : le Viêtnam… Avec l’entrée en fonction officielle de Lyndon B. Johnson à la Maison-Blanche, les Etats-Unis passent à l’offensive contre le Nord-Viêtnam communiste ; des moyens considérables en hommes et en armement sont déployés. Mais les premiers bombardements, les batailles et les enrôlements massifs provoquent la division, tant au niveau national qu’international. La jeune génération se rebelle contre cette guerre aux motifs bien flous : on brûle les cartes d’enrôlement, on manifeste en masse au fil des mois…Par ailleurs, la communauté noire américaine revendique haut et fort la défense de ses droits civiques, dans un climat de violence. Malcolm X, l’ancien porte-parole controversé de Nation of Islam, est assassiné à New York le 21 février. En mars, le révérend Martin Luther King organise la marche pour les Droits Civiques, de Selma à Montgomery en Alabama ; les manifestants se heurtent à la répression décidée par le gouverneur George Wallace, et à la violence des « Petits Blancs » racistes. King et 25 000 manifestants obtiendront gain de cause, dans la douleur. Il y aura aussi six jours d’émeutes cette année-là dans le quartier de Watts, en août à Los Angeles, en réponse à des violences commises par des policiers blancs.

L’actualité internationale est tout aussi mouvementée : Nicolae Ceausescu est le nouveau Premier Secrétaire du Parti Communiste Roumain le 22 mars ; les cadavres du politicien portugais Humberto Delgado, opposant à la dictature, et de son secrétaire sont retrouvés le 24 avril en Espagne ; le président algérien Ahmed Ben Bella est déposé par le Colonel Boumediene le 19 juin ; les rebelles Tupamaros s’engagent dans des actions violentes contre le gouvernement uruguayen en août ; une guerre frontalière entre l’Inde et le Pakistan éclate le 16 août ; le Tibet, officiellement déclaré  »région autonome de la République Populaire de Chine » subit une nouvelle vague de persécutions de ses occupants ; l’Indonésie est en proie à la guerre civile après l’échec du coup d’état du PKI (Parti Communiste Indonésien), et la chute de l’ancien président Sukarno, renversé par le Général Suharto. Mehdi Ben Barka, principal opposant politique du Roi du Maroc Hassan II, est enlevé en France le 29 octobre. Son corps ne sera jamais retrouvé. La guerre civile au Congo se conclut par la prise de pouvoir du Général Mobutu le 24 novembre ; en Centrafrique, Bokassa fait de même le 31 décembre.

Le Royaume-Uni salue la mémoire de Sir Winston Churchill, décédé le 24 janvier, et dont les funérailles attirent un nombre record d’hommes d’Etat du monde entier, le 30 du même mois. La République Fédérale Allemande entame l’examen de conscience de ses aînés compromis sous le IIIe Reich, via le procès à Francfort de 81 criminels de guerre, anciens SS d’Auschwitz. En France, l’affaire Ben Barka sème le trouble et entraîne la démission du préfet de police Maurice Papon. Charles de Gaulle inaugure le tunnel du Mont-Blanc le 16 juillet, avec son homologue italien Saragat, et se porte candidat à sa propre succession aux élections présidentielles de décembre. Surprise : il se retrouve en ballotage contre le seul candidat de gauche, François Mitterrand, et doit attendre le second tour pour l’emporter.

1965, c’est aussi la suite de la Course à l’Espace entre Soviétiques et Américains : les premiers célèbrent Alexei Leonov, premier homme à sortir dans l’espace, le 18 février. Les Etats-Unis salueront, eux, l’exploit similaire d’Edward White le 3 juin. Les vols Gemini font aussi l’actualité spatiale. En troisième position derrière les deux géants : la France, qui procède au lancement de son premier satellite, Astérix, en orbite le 26 novembre. Transition toute trouvée pour parler du triomphe des bandes dessinées franco-belges, et du petit gaulois malicieux créé par Goscinny et Uderzo, dont les albums Le Tour de Gaule et Astérix et Cléopâtre amusent petits et grands. A la télévision, suivant les pays, on peut découvrir Max la Menace aux USA, Les Sentinelles de l’Air en Grande-Bretagne, ou Belphégor en France. Les amateurs de sport peuvent suivre les exploits des champions de l’année : le Pays de Galles vainqueur du Tournoi des 5 Nations de rugby devant la France ; l’Inter de Milan champion d’Europe de football devant Benfica ; le duel Felice Gimondi-Raymond Poulidor au Tour de France cycliste ; Jim Clark champion du monde de Formule 1 ; et en boxe, le match Mohamed Ali-Sonny Liston, conclu par un k.o. dès le premier round. Ali est champion du monde poids lourds ; ne l’appelez plus Cassius Clay ! Dans ce tour d’horizon de l’année 1965, n’oublions pas non plus les décès de l’architecte Le Corbusier, des écrivains T.S. Eliot et Somerset Maugham, ou de Stan Laurel, qui fit tant rire le public avec son défunt complice Oliver Hardy. 

Côté musique, les amateurs de « bon son » n’ont que l’embarras du choix en 1965. Beatles ou Rolling Stones ? Les « Fab Four » de Liverpool sont toujours omniprésents : la parution de l’album Rubber Soul, avec des classiques comme Yesterday ; leur second film, Help ! dont ils signent les chansons ; ou un concert à New York, le premier dans un stade, devant 55000 fans en délire. Mais Mick Jagger, Keith Richards et leurs camarades leur font une sacrée concurrence avec un hit générationnel, (I Can’t Get No) Satisfaction. Bob Dylan fait une tournée mémorable en Angleterre, et a choisi son camp en interprétant Like a Rolling Stone. En Angleterre, on se déchaîne aussi avec d’autres trublions, The Who et le bien nommé My Generation. Aux USA, James Brown électrise les foules au son de Papa’s got a brand new bag. Il y a aussi Ray Charles (qui interprète la chanson du film Le Kid de Cincinnati), Wilson Pickett (Into the Midnight Hour), The Temptations (My Girl), Otis Redding (Ole Man Trouble)… 1965, ce sont aussi les succès de Tom Jones (What’s new, Pussycat ?), Petula Clark (Downtown), Marianne Faithfull, Roy Orbison, les Beach Boys, sans oublier Sonny & Cher et I Got You Babe (debout, Bill Murray !…). En France, on ne parle que du mariage de Johnny Halliday et Sylvie Vartan, le 11 avril. On écoute France Gall (lauréate à l’Eurovision pour Poupée de Cire Poupée de Son), Christophe (Aline), Hervé Vilard (Capri c’est fini), et Mireille Mathieu… On n’oubliera pas Nat King Cole, décédé le 15 février, et l’actrice-chanteuse Dorothy Dandridge, emportée par une overdose le 8 septembre.

Le Cinéma bouge aussi, en cette année 1965. L’installation de la télévision dans les foyers lui a porté un rude coup. Plus besoin d’aller se déplacer, les films arrivent directement chez le spectateur. L’hégémonie hollywoodienne n’est plus ce qu’elle était ; des grands studios ont fermé leurs portes (la RKO), d’autres sont en souffrance. Les superproductions coûteuses ne font plus forcément recette, les grands patrons d’antan (Warner, Zanuck) prennent leur retraite ou décèdent (comme David O. Selznick, l’homme d’Autant en emporte le Vent), les stars de l’Âge d’Or vieillissent… Les grandes compagnies entrent dans le giron de multinationales et les co-productions en Europe se multiplient. Des grands cinéastes s’arrêtent de travailler, tel John Ford, malade, qui doit quitter le tournage du Jeune Cassidy fini par Jack Cardiff. Le public, désormais, affirme ses goûts en fonction de sa tranche d’âge et de ses engagements, et, partout sur la planète, le Cinéma change en conséquence. La Nouvelle Vague française et le Free Cinema britannique sont passés par là. Les Oscars jouent la sécurité, avec le triomphe de la comédie musicale My Fair Lady de George Cukor. En Europe, le Festival de Cannes fait un triomphe au Knack, la comédie britannique de Richard Lester, et Venise consacre Sandra, le drame de Visconti avec Claudia Cardinale.

Que voit-on sur les écrans cette année-là ? Au Japon, le public boude un des plus beaux films d’Akira Kurosawa, Barberousse. En Italie, Federico Fellini signe Juliette des Esprits, ode à sa chère Giulietta Masina. On voit aussi naître la mode des « westerns spaghettis » dont le maître d’œuvre se nomme Sergio Leone : Et pour quelques dollars de plus fait un malheur sur les écrans européens… avec en vedette un acteur américain méconnu dans son propre pays : Clint Eastwood ! Derrière le Rideau de Fer, en Tchécoslovaquie, un jeune cinéaste prometteur amorce le renouveau du cinéma local : Milos Forman, signant son premier film, Les Amours d’une Blonde. Côté britannique, on va voir des films très variés : outre Help ! et Le Knack dus à Richard Lester, on va bien sûr voir le dernier James Bond, Opération Tonnerre. Le triomphe de l’année, signé Terence Young, avec le grand Sean Connery en 007. Celui-ci sait changer de registre : il est excellent en prisonnier réfractaire dans The Hill (La Colline des Hommes Perdus), de Sidney Lumet. Des cinéastes venus des USA trouvent un nouveau souffle, comme William Wyler, dirigeant Terence Stamp dans L’Obsédé. Le public britannique célèbre les nouvelles stars des sixties : Julie Christie dans Darling de John Schlesinger, et Michael Caine, anti-James Bond dans Ipcress Danger Immédiat.

En France, la fréquentation des salles diminue, et le public se partage en deux entités distinctes : d’un côté, les spectateurs toujours friands de films populaires et distrayants, et de l’autre, un camp plus exigeant, plus avant-gardiste, sous l’influence des anciens critiques des Cahiers du Cinéma qui ont supplanté le « Cinéma de Papa »… Tandis que François Truffaut s’en va interviewer Alfred Hitchcock pour un livre référence, Jean-Luc Godard présente Pierrot le Fou et Alphaville. Claude Chabrol, lui, s’amuse avec Marie-Chantal contre le Docteur Khâ ;  dans la mouvance de la Nouvelle Vague, Louis Malle remporte un succès populaire avec Viva Maria !, associant Brigitte Bardot (qui provoque une cohue monstre à New York, où elle présente le film) et Jeanne Moreau. On salue aussi le talent d’un jeune réalisateur grec, français d’adoption, Costa-Gavras, qui signe son premier film : Compartiments Tueurs. Le grand public, lui, a ses chouchous : Louis de Funès explose les zygomatiques des spectateurs et devient une star comique incontournable grâce au Corniaud de Gérard Oury, avec Bourvil ; et Lino Ventura confirme sa popularité (L’Arme à gauche, de Claude Sautet, La Métamorphose des Cloportes de Pierre Granier-Defferre et Michel Audiard aux dialogues, et Les Grandes Gueules de Robert Enrico). Enfin, hors des normes imposées, quelques OVNIS filmiques attirent l’attention ; le burlesque et poétique Yoyo de Pierre Etaix, disciple de Jacques Tati ; et l’un des meilleurs films jamais tournés sur la guerre, La 317e Section de Pierre Schoendoerffer.

Du côté américain, la situation est incertaine. Les superproductions n’attirent plus forcément le public. Les spectateurs font cependant un triomphe à la comédie musicale The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur) de Robert Wise, avec Julie Andrews et Christopher Plummer, et ses chansons entraînantes et les paysages autrichiens. Par contre, le film burlesque de Blake Edwards, The Great Race (La Grande Course autour du Monde), malgré les cascades, les chansons et le numéro d’un Jack Lemmon déchaîné, se « ramasse » au box-office. On préfère voir LA star cool par excellence des sixties, Steve McQueen alias Le Kid de Cincinnati, joueur de poker opposé au vétéran Edward G. Robinson. Ou Peter O’Toole, Lord Jim chez Richard Brooks, dans une grande aventure asiatique l’opposant aux affreux joués par James Mason et Eli Wallach. On s’amuse devant le duo du western comique Cat Ballou formé par Jane Fonda et Lee Marvin. Les films de guerre aux castings truffés de stars sont à la mode, comme La Bataille des Ardennes avec Henry Fonda, ou L’Express du Colonel von Ryan avec Frank Sinatra. On découvre le talent d’un jeune premier prometteur : Robert Redford, aux côtés de Natalie Wood, dans Daisy Clover de Robert Mulligan. Côté « valeurs sûres » du box-office, le bon vieux John Wayne continue de faire régner la Loi dans l’Ouest, avec Dean Martin, dans le sympathique Les Quatre fils de Katie Elder du vétéran Henry Hathaway. 1965 est aussi une très bonne année pour Charlton Heston, excellent dans trois films aux destins différents : Major Dundee, dont le tournage sous la direction de Sam Peckinpah se passe mal ; Heston est superbe en Michel-Ange s’opposant au Pape Jules II (Rex Harrison) dans L’Extase et l’Agonie, de Carol Reed. Il est tout aussi bon dans le film d’aventures médiévales, Le Seigneur de la Guerre, réalisé par Franklin J. Schaffner.

Mais tous ces films sont éclipsés par la première, le 22 décembre 1965, du film-évènement de la fin d’année. Une grande romance tragique et épique… Le Docteur Jivago de David Lean arrive sur les écrans.

 

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L’URSS, après la 2ème Guerre Mondiale. Le Lieutenant-Général Yevgraf Jivago (Alec Guinness), du KGB, enquête à titre personnel. Il rencontre une jeune femme craintive, du nom de Tania Komarova (Rita Tushingham). Elle est peut-être la fille de son célèbre demi-frère, le médecin Youri Jivago, célèbre écrivain et poète, auteur d’une ode à une certaine Lara. Mais Tania affirme n’avoir aucun souvenir de ses parents… 

Youri (Omar Sharif), orphelin de père, fut élevé par des amis de sa défunte mère, Alexander et Anna Gromeko (Ralph Richardson et Siobhân McKenna), qui l’emmenèrent vivre à Moscou avec leur fille Tonya. En 1913, Youri est promis à une belle vie : il étudie la médecine, et son premier recueil de poésie a déjà été publié ; de plus, il est fiancé à Tonya (Géraldine Chaplin), revenue de Paris. Pendant ce temps, Lara (Julie Christie), la jolie jeune fille d’une couturière, est amoureuse de Pavel « Pasha » Antipov (Tom Courtenay). Pasha, enthousiasmé par les idéaux communistes, rêve de voir une nouvelle société égalitaire et libre jeter à bas le régime tsariste, source d’injustices. Victor Komarovsky (Rod Steiger), homme d’affaires influent et richissime, amant de la mère de Lara, emmène la jeune fille découvrir le grand monde, le soir même où Pasha participe à une manifestation pacifique. Victor déflore Lara. Les Cosaques chargent les manifestants. Youri assiste au massacre, horrifié. Pasha, blessé au visage, vole un revolver et s’enfuit. Lara le protège, sans oser lui dire qu’elle est désormais la maîtresse de Victor. Au fil du temps, tous ces personnages vont se croiser, se séparer, se retrouver. Durant la Grande Guerre, Youri et Lara, mariés à Tonya et Pasha, se rencontreront et tomberont amoureux, dans une Russie mise à feu et à sang par la Révolution d’Octobre 1917…

 

Docteur Jivago 07

Ci-dessus : sur le tournage de Docteur Jivago, Sir David Lean a la cool attitude entre Géraldine Chaplin et Julie Christie !

Lorsqu’il publia en 1957 Le Docteur Jivago, Boris Pasternak s’attira les foudres du Parti Communiste soviétique. L’écrivain russe avait osé raconter les terribles années de guerre civile, qui virent la naissance de l’URSS ; peu importait aux dirigeants du Parti que le roman de Pasternak racontait aussi, et avant tout, une déclaration d’amour aux femmes qui avaient marqué sa vie : parler de la suspicion généralisée, des villes rasées, des famines et des horreurs sans fin d’une guerre entre russes était un outrage aux vérités officielles du Parti. On connaît la suite : Le Docteur Jivago fut interdit de publication dans le propre pays de l’écrivain, et ce fut presque par miracle qu’un manuscrit fut envoyé à l’éditeur italien Giacomo Feltrinelli. Succès littéraire immédiat, le roman de Pasternak fut salué d’un Prix Nobel de Littérature en 1958, en dépit des demandes de l’écrivain rédigeant une lettre qu’on devina « guidée » par les censeurs de Moscou… Histoire d’autant plus surprenante qu’il semble que la CIA joua un rôle dans la reconnaissance du livre, les américains pensant que le triomphe du livre en Occident humilierait les Soviétiques (lire à ce sujet L’Affaire Jivago) ! Pasternak ne put savourer son succès et décéda en 1960. Les droits du livre intéressèrent vite les producteurs de cinéma, et l’heureux gagnant fut le producteur italien Carlo Ponti. Un véritable nabab du cinéma italien et européen de qualité (à son palmarès : La Strada, Léon Morin Prêtre, Lola, Le Doulos), célèbre surtout pour sa love story mouvementée avec Sophia Loren. Pour sa belle, Ponti était prêt à toutes les folies. Pourquoi ne pas lui offrir le rôle de Lara, la muse du bon docteur Jivago ? Et dans une adaptation de standing, avec du grand spectacle, des scènes de foule, des costumes d’époque et une ambiance épique à souhait… Le choix de Ponti fut vite fait. Il contacta David Lean. 

Auréolé des triomphes et des Oscars du Pont de la Rivière Kwaï et de Lawrence d’Arabie, Lean accepta vite l’offre de Ponti, pas malheureux de se débarrasser du mégalomane Sam Spiegel pour travailler avec un producteur aussi puissant, mais plus compréhensif. Le cinéaste britannique fera, poliment mis fermement, comprendre à Ponti qu’engager sa sublime épouse dans le rôle d’une jeune russe fragile n’était sans doute pas une bonne idée de casting. Ponti fut d’accord, et laissa à Lean les coudées franches pour faire son film comme il l’entendait. Près d’un an de tournage, en Espagne (où la police franquiste débarqua en plein tournage de la scène des manifestants chantant L’Internationale…), et le film vit le jour à la fin de l’année 1965. Cette œuvre titanesque fut un nouveau triomphe pour Lean. Mais il fut alors de bon ton pour les critiques professionnels (Pauline Kael en tête) de déverser leur venin, pointant du doigt quelques défauts (mineurs) et la transformation de « l’intouchable » œuvre de Pasternak en film à Oscars, pour justifier leur jalousie envers le talent de Lean. Pendant longtemps, on a considéré Docteur Jivago comme un film moins abouti que Le Pont de la Rivière Kwaï et Lawrence d’Arabie. Le temps a rétabli certaines injustices à ce niveau, et des cinéastes renommés - un certain Steven S. en tête – ont largement contribué à réhabiliter la réputation du film de Lean. Quel dommage que ce dernier n’ait pu que réaliser deux films en 25 ans après Jivago… La vindicte des critiques à la sortie du sous-estimé La Fille de Ryan fut l’une des raisons majeures du ralentissement d’activité de Lean, qui décéda en 1991.

 

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Ci-dessus : la légendaire musique de Maurice Jarre composée pour Docteur Jivago.

Mais que les critiques officiels aillent au diable ! Et apprécions à sa juste valeur le Docteur Jivago tel que l’a conçu David Lean, avec les principaux membres de l’aventure Lawrence d’Arabie : le dramaturge Robert Bolt, le chef-opérateur Freddie Young (appelé à la rescousse en plein tournage après le renvoi de Nicolas Roeg), le décorateur John Box (assisté de l’indispensable machiniste – homme à tout faire, Eddie Fowlie) et évidemment, Maurice Jarre à la musique ! Devant les caméras, un beau casting international, rassemblant des visages familiers de l’univers leanien et des nouveaux venus : du côté féminin, Siobhân McKenna, Rita Tushingham, Géraldine Chaplin et l’égérie du nouveau cinéma britannique des sixties, Julie Christie dans le rôle de Lara ; côté messieurs, Sir Ralph Richardson, Rod Steiger, Tom Courtenay (révélé dans Billy le Menteur), Sir Alec Guinness (l’acteur fétiche de Lean) et le regretté Omar Sharif, qui vient de nous quitter, pour prêter ses traits à Youri Jivago. Une belle somme de talents complétée par des seconds rôles mémorables, dont un certain Klaus Kinski excellent en déporté politique (« je suis un homme libre, Lèche-bottes ! »).

Le cinéaste britannique n’avait pas son pareil pour mêler l’intime et le spectaculaire, et nous rappeler, derrière des images d’une beauté terrassante, à notre condition humaine. Et, quand bien même il nous offre l’une des plus belles histoires d’amour sur grand écran, il n’oubliait pas son sens critique ; aidé par l’écriture précise et intransigeante de Robert Bolt, Lean évitait les clichés et le sentimentalisme facile. La romance de Youri et Lara était sublime autant que tragique, née dans l’un des pires épisodes de l’Histoire du 20ème Siècle. La liste des violences commises ou évoquées dans Jivago est terrifiante : exploitation sexuelle, répression policière, lynchages, bombardements des populations civiles, spoliations, déportations, exécutions sommaires, massacres, mise en place d’un régime totalitaire par des « comités de surveillance » encourageant la délation (« ton attitude sera notée, Camarade »), endoctrinement des enfants (la fille de Lara, toute réjouie par l’histoire de l’exécution du Tsar et de sa famille…) et déculturation programmée… comment la rencontre de deux êtres peut-elle se sublimer dans ce triste contexte ? Contrairement à ce que les critiques de l’époque ont pu écrire, la romance décrite par Lean ne tombait en aucun moment dans les excès sirupeux. A l’occasion, le cinéaste ne se montre pas tendre avec ses deux principaux protagonistes. Rappelons qu’en la matière de love stories désabusées, Lean n’en était pas à son coup d’essai. La vieille fille campée par Katharine Hepburn dans Summertime (Vacances à Venise) voyait ses illusions d’idéal amoureux se heurter à une réalité moins glorieuse, et les amants de Brève Rencontre joués par Celia Johnson et Trevor Howard, plus tous jeunes, se savaient piégés par les conventions et les habitudes de leur milieu. Youri et Lara sont des personnages du même ressort : leur passion se brûle les ailes au contact d’une réalité épouvantable.

 

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Ci-dessus : les funérailles de la mère de Youri (Tarek Sharif, le fils d’Omar Sharif).

 

Youri, comme tous les personnages « leaniens », est un incorrigible rêveur et un contemplatif. Ceci dès son enfance, marquée par la scène de l’enterrement de sa mère ; il « cherche » son âme dans le vent… avant le dur rappel à la réalité : impitoyable, Lean  »fixe » l’image du cadavre maternel enfermé dans le cercueil. Adulte, il voit aussi la beauté dans des microbes virulents au travers de son microscope, ou composera ses plus beaux poèmes aux pires heures des « purges » bolcheviques. Lara, elle, ne sera jamais à la fête ; toute jeune encore, la voilà devenue la maîtresse soumise du puissant Komarovsky (Rod Steiger, génial en « gros chat » paternaliste et cynique). Elle n’a pas vraiment le choix, à vrai dire, dans la Russie impérialiste représentée par son  »protecteur » : les hommes riches ont tous les droits sur les femmes… Le mariage malheureux avec Pasha n’y changera rien. Le souvenir de Brève Rencontre n’est pas loin quand Youri et Lara se croisent et se retrouvent, conscients du caractère éphémère de leur histoire.

 

Docteur Jivago 05Ci-dessus : les tournesols en larmes… 

En véritable peintre du Cinéma, David Lean déploie des tableaux visuels de toute beauté, et invente jusqu’au moindre détail l’élément-clé d’une scène, qu’il s’agisse des « grandes images » – les steppes enneigées de la Sibérie, la reconstitution minutieuse du Moscou tsariste, les champs de fleurs entourant la villa de Varykino – ou de simples détails. En la matière, Lean sait transformer la moindre image en symbole immédiatement lisible pour le spectateur : l’étoile rouge soviétique qui « écrase » les files d’ouvriers du barrage ; la fameuse balalaïka maternelle, objet fétiche récurrent dans le film, qui veille sur le petit Youri effrayé par les grattements nocturnes d’une branche dénudée à la fenêtre (images de la Vie et de la Mort) ; les étincelles sur la ligne de tramway que prennent Youri et Lara sans se voir, annonciatrices de leur futur coup de foudre ; les tournesols qui pleurent à la première séparation de Youri et Lara, idée sublime qui inspirera sûrement à Spielberg le pot de fleurs d’E.T. … Jivago, 50 ans après sa sortie, reste de la sorte un régal pour les yeux du spectateur, et un véritable manuel de langage cinématographique pour tout apprenti réalisateur.

 

Docteur Jivago 02

Ci-dessus : vue d’ensemble de la charge des Cosaques dans les rues d’une Moscou enneigée… reconstituée entièrement en Espagne !

L’ancien monteur devenu cinéaste qu’était Lean était parfaitement conscient du pouvoir évocateur des images, des couleurs, et de l’enchaînement narratif. A titre d’exemple, la scène de la répression sanglante menée par les Cosaques du Tsar contre une procession pacifiste reste un modèle du genre. Quaker profondément dégoûté par la violence humaine, Lean savait trouver des idées originales, et perturbantes, pour suggérer les pires actes commis dans ses films. C’est en « détournant » les images de brutalité que l’on touche vraiment le spectateur, sans jamais montrer l’acte lui-même. Voisine de la scène du massacre des soldats turcs de Lawrence d’Arabie, la scène de la manifestation témoigne de la rigueur de Lean. Il passe ainsi entre deux scènes simultanées et séparées (le viol de Lara par Komarovsky, puis la procession guettée par les Cosaques dans une rue déserte). Par l’enchaînement visuel et sonore des plans et des regards, Lean ne montre rien de directement choquant ; les mouvements latéraux gauche-droite s’enchaînent – charge des Cosaques, mouvement de panique des manifestants, chute des instruments de musique de la fanfare… – auxquels seuls répondent la fuite de Pasha (qui s’éclipse, blessé, du cadre) et l’immobilité de Youri, témoin bouleversé du massacre. Trois couleurs tranchées dominent la scène : le blanc immaculé de la neige, le noir (tenue des manifestants, et bien sûr la nuit qui englobe le tout)… et le rouge. Celui des drapeaux piétinés, et cette horrible flaque de sang répandue par terre. Lean revient alors sur Lara, le visage défait, au bord des larmes, et un Komarovsky partagé entre satisfaction personnelle et embarras. Inutile d’en dire plus : le viol de la jeune fille et le massacre des innocents sont un même crime commis par les classes dominantes de la Russie tsariste, le spectateur fait inconsciemment le lien entre ce qu’il a vu et ce que Lean lui suggère.

 

Docteur Jivago 03Ci-dessus : la couleur rouge omniprésente dans cette scène entre Lara (Julie Christie), piégée par Victor (Rod Steiger).

Docteur Jivago a beau être un grand film romantique, Lean ne ménage jamais le spectateur. La violence de l’époque est omniprésente, même si elle reste distanciée. Elle est moins axée sur la brutalité physique que sur les effets psychologiques, et les rapports sociaux. Le talent narratif de Lean est à son sommet, trouvant toujours l’idée ou l’image forte qui provoque le malaise du spectateur. Aidé en cela par son équipe artistique et par le chef opérateur Freddie Young, le cinéaste vise juste. La couleur rouge vif, notamment, accompagne les drames et la peur : couleur de vie et de passion, elle est aussi la couleur du sang qui coule à flots, et celle du nouvel ordre appelé à asservir le peuple russe. L’étoile rouge au-dessus du barrage, les drapeaux des manifestants et des partisans, la flaque de sang, la robe rouge de Lara esclave de Komarovsky, les étendards qui ornent le  »train de mort » de Strelnikov… A l’opposé, Lean saura y opposer le jaune solaire, chaleureux, lié aux tournesols, aux jonquilles qui ornent les près de Varykino, aux bougies et aux cheveux blonds dorés de Lara ; c’est la couleur de l’histoire d’amour de Youri et Lara. Des moments éphémères, fragiles, qui ne font que renforcer l’horreur et l’étrangeté de la guerre civile qui ensanglante la Russie.

Lean sut aussi, toujours par le montage, amplifier les chocs psychologiques envers le spectateur ; la révélation de l’identité du « monstre » Strelnikov se fait par exemple par à-coups, en révélant d’abord les ravages causés par celui-ci (les villages anéantis, la population affamée), le caractère déjà légendaire de cet officier impitoyable de Lénine. Puis Lean montre l’arrivée de son train spécial, une forteresse d’acier roulant sans égards pour les piétons sur la voie… Surprise : la révélation en gros plan du visage défiguré de Strelnikov, qui n’est autre que Pasha, conserve son pouvoir de surprise et d’effroi, 50 ans après. Les idéalistes les plus acharnés deviennent les pires monstres.

Dans le même ordre d’idée, on se rappellera de cette scène de bataille abstraite, en fin de métrage, entre les Partisans et une cohorte de soldats Russes Blancs, dans un champ de fleurs. Sous l’œil d’un Youri épuisé, les Blancs sont fauchés par les mitrailleuses, « dansant » comme dans un ballet avant de succomber. Les Partisans inspectent le champ de bataille, Youri cherche des blessés à soigner. Et Lean de nous révéler en gros plan l’âge réel des soldats abattus : des enfants, entraînés dans la guerre par leur instructeur de l’école militaire… Là encore, l’effet sur le spectateur est imparable.

 

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Ci-dessus : les retrouvailles entre Youri (Omar Sharif) et Lara (Julie Christie).

 

La mise en scène de Lean reste indissociable, aussi, des grands espaces qu’il sut une nouvelle fois magnifiquement mettre en valeur. Le cinéaste, formé dans la première partie de sa carrière à des films totalement « urbains » (Oliver Twist, Summertime), avait su profiter des moyens de ses superproductions pour ramener l’espèce humaine à sa fragilité, face à une Nature qu’elle avait abandonné. S’aventurer hors de la civilisation, malgré ses hypocrisies et ses tromperies, n’est pas sans risques : qu’il s’agisse de la jungle dans Le Pont de la Rivière Kwaï, du désert dans Lawrence d’Arabie, ou ici des immenses steppes et forêts russes (en attendant la côte irlandaise de La Fille de Ryan et des grottes hindoues de La Route des Indes), les éléments naturels se rappellent non seulement à toute leur splendeur écrasante, mais ils mettent en plus en danger les petits êtres humains et leurs grands rêves… Youri, ici, risque la mort ; le poète-médecin exalté, rêvant de liberté et d’amour, est sans cesse ramené à la sinistre réalité dès qu’il s’aventure en forêt (la halte du train qui l’amène à Strelnikov, la capture par les Partisans). Sa traversée des plaines sibériennes, en plein hiver, sera une épreuve fatidique. Il n’en reste pas moins lié à cette Nature, toujours ambivalente chez Lean ; les moments intimes dans la datcha avec Lara, au milieu d’une nuit d’hiver hantée par les loups, lui donneront l’inspiration nécessaire pour écrire ses poèmes. Une scène difficile à décrire et narrer verbalement (difficile, a priori, de se passionner pour un homme qui écrit…), mais que Lean transcende avec rigueur, utilisant à merveille les échanges de regards entre Omar Sharif et Julie Christie.

 

Docteur Jivago 01ci-dessus : Youri et Lara de retour dans la datcha enneigée.

 

Les comédiens sont tous au diapason, bénéficiant de personnages impeccablement « croqués » par le dramaturge Robert Bolt. Un film à grand spectacle n’est rien s’il n’a pas, d’abord, des personnages forts pour soutenir son récit. Docteur Jivago n’a rien à craindre de ce côté-là : autour de son couple vedette, Lean fait s’entrecroiser une demi-douzaine de personnages récurrents, tous marquants… même si on peut mettre un léger bémol concernant le personnage de Tonya, l’épouse de Youri. Un peu trop lisse pour convaincre entièrement, Géraldine Chaplin est plus crédible dans le rôle quand Tonya est une jeune fiancée pétulante, et un peu moins quand elle est plus mature, soutenant sa famille dans les épreuves de la guerre. Sans doute les choix scénaristiques de Bolt et Lean ont joué en sa défaveur ; le film et son langage visuel favorisent essentiellement l’histoire de Youri et Lara, au détriment de Tonya. Le jeu de l’actrice n’est sans doute pas en cause. Il faut dire aussi qu’elle est éclipsée par la photogénie de Julie Christie, dont les longs cheveux blonds et les yeux bleus étincelants marquent davantage le spectateur ! Rien à redire sur cette dernière, qui pourrait être la petite sœur du Peter O’Toole de Lawrence d’Arabie. Julie Christie illumine le film par sa beauté un peu triste ; a contrario, elle est plus à l’aise dans les scènes de Lara mature, que dans les scènes où elle est plus jeune. N’oublions pas non plus, du côté des personnages féminins, la prestation convaincante de Rita Tushingham, la jeune fille interrogée par Yevgraf.

Du côté des personnages masculins, le film est plus abouti. Les personnages secondaires sont tous très bien décrits ; Ralph Richardson est touchant en vieux bourgeois dépassé par le vent du changement, et l’indispensable Alec Guinness est impeccable dans le rôle de Yevgraf, le frère faussement distant de Youri. Narrateur de l’histoire, il ne parle pour ainsi dire jamais aux autres personnages durant le film, astucieuse idée de Robert Bolt qui fait ainsi « détourner » par exemple une conversation entre les deux frères dans la scène de leurs retrouvailles : Yevgraf parle au passé, en voix off pour le spectateur, et Youri réagit au présent, ne parlant qu’à son frère. Guinness joue à merveille de l’ambiguïté de son personnage, officier politique et futur stalinien dévoué au Parti, mais aussi homme de cœur cachant ses sentiments sous une carapace inquiétante.

 

Docteur Jivago 06 Ci-dessus : Pasha (Tom Courtenay), transformé pour le pire par la Révolution d’Octobre…

 

Saluons aussi l’excellente prestation de Rod Steiger dans le rôle de Victor Komarovsky, homme d’affaires corrompu, cynique au dernier degré, profiteur de tous les régimes politiques… un personnage détestable à plus d’un titre, mais Lean, refusant d’en faire un méchant simpliste, lui donne une profondeur, un côté pathétique et même, surprise, des sentiments. Victor a beau représenter le capitalisme dans toute son horreur, et afficher une misogynie absolue, il se rachètera – partiellement – en sauvant la vie de Lara et de sa fille. Même les pires salauds ont une âme, aussi gâtée soit-elle… Par ailleurs, Victor reste lucide et franc – dès qu’il s’agit des autres. C’est lui qui avertit Lara de se méfier des grands rêves de son cher Pasha, et qui nargue la grandeur d’âme de Youri, en lui rappelant que ce monde-là est impitoyable pour les rêveurs. Tom Courtenay est une des meilleures idées de casting du Docteur Jivago : l’acteur anglais incarne à merveille Pasha / Strelnikov, le personnage le plus tragique du récit. On est partagé entre la compassion et l’horreur devant la triste évolution du personnage. Le gentil jeune homme naïf perdra toutes ses illusions de grandeur, ses lunettes chutant dans la boue (image rappelant celle de l’accident de Lawrence d’Arabie). Ne restera que Strelnikov, au service d’un système politique totalitaire et meurtrier ; un « robot » humain semant la Mort sur son passage. Lean a beau eu se défendre d’avoir fait un film politique, son message est clair, à l’intention de la jeunesse occidentale de 1965, fascinée par Castro et Mao : les grands idéalistes, qui croient pouvoir changer le Monde en se soumettant à leurs nobles idéaux, deviennent facilement les pires fanatiques… Triste ironie du sort : Pasha/Strelnikov sera lui-même victime d’une de ces purges politiques sanglantes commises par ses amis Bolchéviques… Après s’être soumis corps et âme à un système politique broyant l’individu, il meurt pour avoir tenté de redevenir un simple humain retrouvant sa femme.

 

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Ci-dessus : moment d’intimité et de tristesse partagée entre les amants de Docteur Jivago

 

Et, bien sûr, ce tour de casting ne serait pas complet sans la prestation d’Omar Sharif dans le rôle de Youri Jivago. Un rôle difficile dont l’acteur égyptien sut tirer le meilleur, mis en confiance par sa relation professionnelle avec David Lean. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance, le personnage de Youri étant essentiellement passif dans les grandes scènes du film. Observateur, contemplatif, faisant passer dans ses grands yeux sombres aussi bien toute sa chaleur humaine que sa tristesse, Sharif donna vie à Youri et restera à jamais l’incarnation du personnage dans la mémoire collective. Il le rend tour à tour attachant, rêveur, mélancolique, horrifié ou plein de compassion envers ses contemporains. Il est aussi intéressant de voir que Lean donne à Sharif, connu pour jouer des personnages plus affirmés, une fragilité qu’on ne soupçonnait pas. Youri Jivago n’est certes pas un guerrier, mais il combattra, à sa façon, par les mots. L’humanité de Youri, aussi fragile soit-elle dans le contexte de l’époque, est sa seule arme face aux nouveaux maîtres de la Russie, résumée dans cette seule phrase adressée à Strelnikov : « Je ne vous hais pas, mais je hais vos idées« . Dans les scènes nocturnes où il écrit, hésite, et sort repousser les loups qui hurlent dans les bois (parallèle évident avec les troupes Bolchéviques assassinant les nostalgiques de l’ancien empire), Sharif, par sa simplicité de jeu, donna le meilleur de lui-même. Sa prestation sera justement récompensée d’un Golden Globe, parmi la moisson de prix et de nominations méritées que le film obtiendra, accompagné par le son des balalaïkas de Maurice Jarre, qui sut trouver l’âme musicale de Docteur Jivago

 

Ludovic Fauchier.

 

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Ci-dessus : le mot de la fin pour Yevgraf (Sir Alec Guinness)… et Maurice Jarre. L’Amour triomphera toujours ! 

 

La fiche technique :

Réalisé par David Lean ; scénario de Robert Bolt, d’après le roman de Boris Pasternak ; produit par Carlo Ponti (Carlo Ponti Productions / MGM / Sostar Films. S.A.)

Musique : Maurice Jarre ; photographie : Fred A. Young ; montage : Norman Savage

Décors : John Box ; direction artistique : Terence Marsh ; costumes : Phyllis Dalton

Distribution : MGM

Durée : 3 heures 20

En bref… ANT-MAN

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ANT-MAN, de Peyton Reed

L’histoire :

en 1989, le docteur Hank Pym (Michael Douglas) claque la porte de Stark Industries, furieux qu’Howard Stark (John Slattery) et ses associés du SHIELD se soient intéressés de trop près au fruit de ses recherches personnelles : la Particule Pym. Pour Pym, marqué par un drame personnel récent, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il fondera la société Pym Tech pour poursuivre ses travaux en solitaire…

San Francisco, de nos jours. Scott Lang (Paul Rudd) sort de prison, après avoir purgé une peine de trois ans pour cambriolage. Le dernier d’une longue série de vols, qui lui ont valu le divorce, sa femme s’étant remariée avec le policier Paxton (Bobby Cannavale), et la perte de la garde de sa petite fille Cassie. Bien qu’il veuille s’amender, Scott est renvoyé par son nouvel employeur, à cause de son passé criminel. Son ami Luis (Michael Pena) croit avoir la solution : lui faire cambrioler la maison particulière d’un vieil homme riche, qui possède un coffre-fort inviolable. Facile pour Scott, bien surpris cependant par le contenu du coffre-fort : un costume bizarre, avec un casque… Il s’empare de la tenue, et découvre ses incroyables capacités : une pression sur les gants, et il se retrouve miniaturisé ! Il réalise avoir été  »appâté » pour une bonne raison par le propriétaire et concepteur du costume : Hank Pym, ancien super-héros qui fabriqua cette tenue d’ »Homme-Fourmi » en utilisant les propriétés spéciales de la Particule Pym… Après quelques mésaventures, Pym révèle à Scott ce qu’il attend de lui : un ancien associé, Darren Cross (Corey Stoll), ambitieux et jaloux, s’est emparé de sa société, et cherche depuis des années à reproduire ses Particules pour créer le Yellowjacket, un super-soldat miniature. Pym craint que Cross vende ses découvertes aux pires criminels, et l’espionne grâce à Hope Van Dyne (Evangeline Lilly), sa fille avec qui il est brouillé. Une fois que Scott saura se servir du costume et de ses gadgets, il devra infiltrer le laboratoire sécurisé de Cross pour s’emparer du Yellowjacket. Plus facile à dire qu’à faire pour Scott. Il lui faut apprendre à devenir le nouveau Ant-Man, capable de commander aux fourmis, et premier super-héros rétrécissant sans lavage !…

 Ant-Man 01

Impressions :

on ne croyait pas vraiment à ce nouvel opus des studios Marvel rejoignant l’univers partagé des Avengers. Le britannique Edgar Wright, auteur des cultissimes Shaun of the Dead et Hot Fuzz, avait tenté de monter le film durant douze ans, avant d’être débarqué sans ménagement de la pré-production d’Ant-Man. Une décision soi-disant justifiée par des « divergences artistiques » entre lui et les cadres de Disney-Marvel. Une formule passe-partout laissant deviner que Wright refusait de se plier aux diktats des exécutifs en costume cravate, qui ne cessent d’empoisonner le travail des réalisateurs à Hollywood depuis trop longtemps. Son remplacement par Peyton Reed ne laissait présager rien de bon, le nouveau venu se distinguant par des comédies impersonnelles pour le compte des grands studios (dont le bien nommé Yes Man, avec Jim Carrey)… Bref, ce « polissage » en règle exigé par des dirigeants veillant surtout à faire tourner la machine à cash (et coutumiers du fait sur des productions Marvel de plus en plus dépersonnalisées), concernant un super-héros mineur du monde Marvel, ne rassurait pas les fans de tout âge d’exploits super-héroïques. Mais soyons honnêtes : s’il ne cherche pas à révolutionner le genre, cet Ant-Man se laisse apprécier comme un divertissement estival sans prétention. L’idée de base de Wright - faire un comédie de braquage avec des éléments SF - est respectée et reste amusante. On peut voir Ant-Man comme un croisement entre L’Homme qui Rétrécit (ou sa version Disneyienne moins angoissante : Chérie, j’ai rétréci les Gosses) et Ocean’s Eleven, un mélange qui, par moments, retrouve l’esprit des productions Amblin période 1980-1990. Du rythme, un humour léger, et bien sûr des effets spéciaux à foison… Donc, pas de désagrément excessif pour le spectateur. 

Un malaise demeure, cependant, malgré la bonne humeur : la réalisation de Reed, hors des scènes à effets spéciaux, se contente de « passer les plats » du cahier des charges exigé par le producteur Kevin Feige. D’où ce rythme assez mécanique, qui répète la formule mise au point depuis Iron Man : présentation des personnages / découverte des pouvoirs / séance d’entraînement / love interest / mentor / apparition gag d’un autre super-héros (Anthony Mackie, le Faucon découvert dans Captain America : Le Soldat de l’Hiver) / confrontation avec un méchant assez limité / victoire finale / et l’inévitable scène post-générique de fin… On regrettera l’absence de Wright aux commandes, lui qui aurait apporté un touche de folie à une production assez formatée. Aussi amusant soit-il, Ant-Man reflète bien le peu d’intérêt que les pontes de Marvel Studios accordent à leurs réalisateurs, considérés comme du matériel interchangeable. Et ce n’est sans doute pas terminé, même si on finira par aller voir, de guerre lasse, Docteur Strange, Black Panther, Les Inhumains, et les inévitables cross-overs annoncés pour Captain America : Civil War et Avengers 3 déjà en chantier… Et on se demandera, finalement, quand le point de saturation sera atteint. Ceci d’autant plus que la Distinguée Concurrence, toujours associée avec Warner, pourrait bien oser plus d’audace l’année prochaine avec les très attendus Suicide Squad (et son commando de super-vilains, dont le Joker) et bien sûr Batman Vs. Superman : Dawn of Justice que nous prépare Zack Snyder.

 

Ludovic Fauchier.

 

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ci-dessus : un des points positifs du film, la musique de Christophe Beck, joli hommage à Lalo Schifrin et Mission : Impossible !

 

La fiche technique :

Réalisé par Peyton Reed ; scénario d’Edgar Wright & Joe Cornish, Adam McKay & Paul Rudd, d’après la bande dessinée créée par Stan Lee, Larry Lieber & Jack Kirby (Marvel Comics) ; produit par Kevin Feige, Brad Winderbaum, Leo Thompson et Lars P. Winther (Marvel Studios)

Musique : Christophe Beck ; photo : Russell Carpenter ; montage : Dan Lebental et Colby Parker Jr.

Direction artistique : Nigel Churcher et David Lazan ; décors : Shepherd Frankel et Marcus Rowland ; costumes : Sammy Sheldon

Effets spéciaux de plateau : Daniel Sudick ; effets spéciaux visuels : Vincent Cirelli, Trent Claus, Russell Earl, Evan Jacob, Dineksh K. Bishnoi, Simone Kraus, Jake Morrison, Greg Steele et Dominick Zimmerle (ILM/ Double Negative / Gentle Giant Studios / Lola Visual Effects / Capital T / Centroid Motion Pictures / Cinesite / Direct Dimensions / Luma Pictures / Method Studios / Prime Focus World / Stereo D / The Third Floor / Trixter Films) ; cascades : James M. Churchman, Jeff Habberstad et Trevor Habberstad

Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures

Durée : 1 heure 57

Caméras : Arri Alexa XT Plus

En bref… MICROBE ET GASOIL

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MICROBE ET GASOIL, de Michel Gondry

L’histoire :

David Guéret (Ange Dargent), surnommée « Microbe », a 14 ans. Il vit avec ses frères et ses parents, dont sa maman Marie-Thérère (Audrey Tautou), gentille bourgeoise dépressive et un peu hippie. Timide et rêveur, David est l’ado invisible, amoureux transi d’une camarade de classe, Laura (Diane Besnier), dans son lycée de Versailles. Arrive un jour dans sa classe un « cas social » : Théo Leloir (Théophile Baquet), transféré d’une autre école. Bricoleur, extraverti et décidé, passant son temps libre dans les ferrailleries et les moteurs (d’où son surnom de « Gasoil »), mal vu des autres élèves et pas très heureux avec ses parents, Théo devient vite le meilleur copain de David. Tandis que la fin de l’année scolaire approche, les deux garçons décident qu’il est temps pour eux de quitter leurs nids respectifs. Cet été, ils feront un grand voyage dans le Massif Central. Avec du matériel de récupération, ils fabriquent leur propre mobile home et se lancent à l’aventure…

 

Microbe et Gasoil

Impressions :

Après la sortie très médiatisée de L’Ecume des Jours, et son cortège de stars françaises, on aurait pu craindre que Michel Gondry allait se laisser embarquer dans un certain système de cinéma à la française, où sa créativité risquerait autant d’être bridée que bradée. Heureusement, l’artiste-cinéaste-clippeur-bricoleur-musicien versaillais sait toujours surprendre et frapper là où on ne l’attend pas. Il signe avec Microbe et Gasoil un très sympathique « petit » film, librement inspiré de sa jeunesse, passée à côtoyer dans son lycée de Versailles les « vilains petits canards » de la classe plutôt que les élèves populaires et intégrés. Des rencontres qui ont certainement forgé sa personnalité atypique, portant un regard imaginatif et distancié sur notre monde, et l’ont aidé à sortir de sa coquille.

N’attendez pas ici que Gondry se livre à des expérimentations visuelles surréelles, comme dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind ; et ses « bricolages » sont ici limités à leur plus simple expression, rassemblés dans cette drôle de voiture construite de bric et de broc par ses deux jeunes héros. En limitant au maximum les délires qu’on lui attribue d’habitude, Michel Gondry s’est discipliné. Tout juste se permet-il, en toute fin de film, quelques petites scènes de « rêve éveillé » (l’avion qui se pose à l’envers) presque anecdotiques en l’occurrence. La simplicité du récit fait sa force ; le réalisateur ne cherche pas à en mettre plein la vue, il s’impose une sobriété narrative appropriée pour suivre les frasques de ses deux héros. Et, avec beaucoup d’humour et de tendresse, il signe donc un road trip initiatique qui pourrait être sa réponse à quelques « films de mômes » oubliés. Daniel et Théo, en plein bricolage de leur véhicule, pourraient être les cousins éloignés des Explorers de Joe Dante, tout à leur projet de construction de vaisseau spatial. Heureusement, ici, point d’e.t. caoutchouteux pour gâcher la fête ! On pense aussi au beau film de Rob Reiner, Stand by Me, pour la ballade tantôt cocasse, tantôt triste, des deux gamins. Microbe et Gasoil se présente comme un road trip très plaisant, un bon bol d’air frais où deux gosses entrent dans l’âge adulte, avec son lot de joies, de désillusions et d’épreuves.

 

Ludovic Fauchier.

 

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La fiche technique :

Ecrit et réalisé par Michel Gondry ; produit par Georges Bermann (Partizan / Canal + / StudioCanal / OCS / Indéfilms 3 / Cinémage 9 / Région Bretagne / CNC / Commission du Film de Bourgogne)

Musique : Jean-Claude Vannier ; photographie : Laurent Brunet ; montage : Elise Fievet

Décors : Stéphane Rozenbaum ; costumes : Florence Fontaine

Distribution : StudioCanal

Durée : 1 heure 43

En vacances ! INSIDE OUT (VICE VERSA) et TERMINATOR GENISYS

Bonjour, chers amis neurotypiques ! Petit break estival pour votre serviteur, qui n’a pas écrit grand chose mais se rattrape… Quoi de mieux que de se détendre dans une bonne salle obscure bien fraîche en pleine canicule, hmm ? Donc : petite revue express de quelques films estivaux, livrés ici sans fiche technique et avec quelques commentaires personnels. On se retrouvera pour de futurs textes plus détaillés…

 

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INSIDE OUT (VICE VERSA), de Pete Docter

La petite Riley, 11 ans, suit ses parents dans le grand déménagement pour San Francisco. Pour les cinq émotions qui travaillent dans le Q.G. situé à l’intérieur de sa tête – Joie (voix d’Amy Poehler), Tristesse (voix de Phyllis Smith), Peur, Colère et Dégout (voix de Bill Hader, Lewis Black et Mindy Kaling) – , c’est une épreuve inattendue. Et les gaffes de la rondouillarde Tristesse n’arrangent rien, influençant l’humeur d’une Riley déjà bien mise à mal par le départ. Quand Joie et Tristesse sont aspirées dans les méandres de l’esprit de la gamine, c’est la catastrophe. Car tant qu’elles ne reviennent pas aux commandes, Riley sombre dans la dépression et prend des décisions désastreuses qui ne font qu’empirer la situation pour les habitants de son cerveau…

 

Inside Out

 Ahh, un Pixar… et un sacrément bon ! Cela faisait quelques années que le studio à la petite lampe ne nous avait pas offert un aussi beau cadeau. Ces dernières années, les projets originaux des animateurs de la bande à John Lasseter avaient quelque peu baissé de qualité depuis Ratatouille. L’animation restait irréprochable, les gags toujours là, mais les histoires commençaient à s’enliser dans la facilité, et il fallait bien une valeur sûre comme Toy Story 3 pour maintenir le studio à son niveau initial. Bonne nouvelle, avec Vice Versa, Pete Docter a su retrouver le ton particulier de son merveilleux Monstres et Compagnie. Ce n’était pourtant pas évident de marier l’humour « Muppets Show » et le ton souvent triste des déboires de la jeune Riley, dont l’état d’esprit agit et réagit sur les petits personnages « émotionnels » qui l’habitent… L’occasion pour les scénaristes de démontrer une inventivité narrative qu’on aimerait souvent bien retrouver chez des films « live », et pour Docter de livrer de jolis moments de bravoure, en nous faisant passer avec une aisance de funambule du rire aux larmes en quelques secondes. Les scènes comiques sont de petits bijoux – voir ce repas familial où l’on entre dans la tête de chaque protagoniste, régi par les même Emotions, mais avec des résultats variés selon l’âge et le sexe de l’intervenant… – et les scènes émotionnelles, elles, permettent une jolie illustration de l’entrée difficile dans l’adolescence d’une fillette déboussolée. Changement psychologique qui donne, dans le « paysage intérieur » de la petite Riley, des conséquences imprévisibles, et qui nécessite une coopération conjointe des cinq Emotions pour construire une personnalité adulte solide. Cela n’est pas sans danger ni drames, et il y a fort à parier que même le spectateur le plus endurci versera sa petite larme dans certaines scènes, comme celle du sacrifice de Monsieur Bing Bong, l’ami imaginaire de Riley, perdu dans sa mémoire. Ce drôle d’éléphant en peluche qui pleure des bonbons va devenir un personnage culte, l’une des créations les plus touchantes du studio Pixar. Ces scènes tristes alternent heureusement avec un humour « toonesque » du meilleur cru, et des personnages impeccablement croqués par les animateurs – mentions spéciales à la boulotte Tristesse et à l’hilarant Colère. Un excellent cru 2015, merci Pixar ! On attend déjà le suivant, The Good Dinosaur, avec intérêt.

 

 

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TERMINATOR : GENISYS, d’Alan Taylor

Vous connaissez l’histoire : le superordinateur Skynet a anéanti l’Humanité dans la Guerre du Jugement Dernier ; ses machines de mort ont pris le pouvoir et réduit les survivants en esclavage, jusqu’à ce que John Connor (Jason Clarke), leader de la résistance humaine, renverse le cours des choses. En 2029, Skynet est enfin vaincu. Mais il envoie un Terminator (Arnold Schwarzenegger « rajeuni » numériquement) dans le passé, en 1984, pour éliminer la mère de John, Sarah Connor (Emilia Clarke). Et John envoie son plus fidèle soldat, Kyle Reese (Jai Courtney), à la même époque pour protéger Sarah.

Mais le Terminator assassin est intercepté et détruit, à son arrivée, par un autre Terminator plus âgé (Arnold Schwarzenegger), protecteur d’une Sarah préparée au combat depuis son enfance. Et elle défend un Reese stupéfait des attaques d’un T-1000 lancé à sa poursuite. Reese, qui a des visions inexplicables d’une enfance qu’il n’a pas pu vivre, réalise qu’en changeant le cours des évènements, le vieux Terminator et Sarah ont décalé la naissance de Skynet, lié à la création d’une application informatique globale, du nom de Genisys. Ce faisant, l’improbable trio arrivé dans une année 2017 sans apocalypse devra affronter un nouvel ennemi aussi familier qu’inattendu…

 

Terminator Genisys

Souvenirs, souvenirs… La saga mythique du cyborg tueur imaginé par James Cameron et incarné par Arnold Schwarzenegger reste emblématique, pour les plus-tout-à-fait jeunes spectateurs de ma génération. Un premier film conçu comme une série B diablement efficace, qui avait imposé le culot et la vision d’un cinéaste prometteur, et une suite mythique, démesurée, dont les effets numériques extraordinaires (et toujours efficaces, près de 25 ans après) avaient contribué à changer à jamais les techniques cinématographiques. Depuis, Cameron est parti voguer sur d’autres flots, ce bon Schwarzie s’est lancé dans une carrière politique (calamiteuse pour la Californie, semble-t-il), et, personnellement, je l’avais perdu de vue après le passable Terminator 3 en 2003. La série aurait dû, selon une logique de fan « puriste », s’arrêter à la fin du second film. Tel n’est évidemment pas l’avis des détenteurs des droits de la saga, qui avaient tenté de continuer avec un fade Terminator Renaissance, où l’absence du Chêne Autrichien se faisait sentir. L’annonce du retour de ce dernier, plus tout jeune, dans un Terminator signé Alan Taylor, responsable d’un Thor 2 pâlichon, n’était pas pour rassurer. Un drôle de sentiment surgit d’ailleurs, durant la projection de ce Terminator : Genisys auquel Cameron a cependant donné sa bénédiction ; un mélange de nostalgie, de « fan service » et de désenchantement. Reconnaissons que le scénario sait se montrer respectueux de l’univers mis en place par Cameron, et se montre parfois astucieux, donnant à la première partie du film un traitement iconoclaste à la Retour vers le Futur 2… Reste que Taylor ne peut guère faire mieux qu’imiter mécaniquement le style de James Cameron, sans le surpasser. Les transformations du nouveau T-1000, par exemple, n’ont plus l’impact de Terminator 2. Le public s’est blasé de ces prouesses numériques trop familières. Et le scénario laisse en suspens, intentionnellement, trop de questions dans une chronologie déjà compliquée, que même Doc Brown ne saurait expliquer sans se coller une bonne migraine ! On est donc prié de « débrancher » son cerveau en début de film, et de profiter des poursuites et explosions. Entre deux effets pyrotechniques, saluons quand même les efforts d’Arnold, toujours fidèle au poste, et s’amusant bien à jouer un Terminator atteint par le vieillissement ; ses partenaires, eux, alternent le bon et le passable. Emilia Clarke, la charmante Khaleesi de Game of Thrones, est une Sarah Connor crédible et combative. Jason Clarke est malheureusement sous-utilisé. Et Jai Courtney ne fera pas oublier Michael Biehn dans le rôle de Kyle Reese. L’acteur australien trimballe un gros manque de charisme plombé par un visage assez inexpressif. Vous l’aurez compris, ce reboot de Terminator laisse une impression mi-figue mi-raisin. Tant qu’à voir le nouvel opus d’une grande saga de SF, cette année, allez plutôt revoir Mad Max Fury Road

Enfin… hasta la vista quand même,  baby !

Ludovic Fauchier.



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