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Archives pour janvier 2016

En bref… LEGEND

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LEGEND, de Brian Helgeland

Le nom des frères jumeaux Reginald « Reggie » et Ronald « Ronnie » Kray (Tom Hardy) résume à lui seul la légende criminelle du Swinging London, dans les années 1960 : braquages, rackets, extorsions, règlements de comptes sanglants, corruption de policiers et mœurs sulfureuses ayant impliqué des membres de la Chambre des Lords…

1960. Ancien boxeur, Reggie est déjà connu des services de Scotland Yard pour ses activités de petit caïd de l’East End, suivi par l’officier de Scotland Yard Leonard  »Nipper » Read (Christopher Eccleston), qu’il adore narguer. Reggie parvient à faire libérer son frère jumeau de l’hôpital psychiatrique où il est interné depuis trois ans. Peu lui importe alors que Ronnie soit atteint de troubles mentaux sévères : psychopathe, schizophrène et paranoïaque, Ronnie ne cache pas son homosexualité, considérée comme un crime grave à cette époque. Et gare à celui qui ose se moquer de lui à ce sujet… Ronnie reste attaché à son frère, faisant le « muscle » dans les opérations d’extorsions et les face-à-face brutaux avec le « Gang des Tortionnaires » de Charlie Richardson (Paul Bettany), afin de contrôler les boîtes de nuit londoniennes, dont l’Esmeralda’s Barn. Reggie rencontre Frances Shea (Emily Browning), la sœur de son chauffeur Frank, et en tombe amoureux. Grâce au comptable Leslie Payne (David Thewlis), les affaires des Krays marchent plus que bien, tout comme la romance de Reggie et Frances. Mais il doit séjourner en prison pour une précédente affaire criminelle, laissant la gestion de son nouvel empire criminel à l’instable Ronnie…

 

Legend - Tom Hardy

Impressions :

Les films de gangsters sont un peu comme les automobiles : mieux vaut avoir affaire à des spécialistes pour avoir le bon modèle. Et Brian Helgeland en est certainement un : ce scénariste-réalisateur vétéran a déjà un joli CV à son actif, avec des titres instantanément associés à son style d’écriture, sèche, précise et rentre-dans-le-lard : les scénarii de L.A. Confidential d’après James Ellroy, Mystic River d’après Dennis Lehane, ou Man on Fire avec Denzel Washington sont tous issus de sa plume. Tout comme on lui dut Payback comme metteur en scène - malgré tout remercié par Mel Gibson durant une production troublée. Autant de grands et petits classiques de films hard boiled sur lesquels Helgeland sut imposer sa patte de connaisseur du genre. Passé à la mise en scène depuis quelques années (on lui doit aussi le très sympathique Knight’s TaleChevalier avec le regretté Heath Ledger, et la biopic sportive 42), Helgeland s’est approprié les livres de l’anglais John Pearson, biographe d’Ian Fleming qui consacra deux ouvrages aux frères Krays. Les « jumeaux de la violence » sont devenus des figures emblématiques, qui ont fait les unes sanglantes des nuits londoniennes. Deux personnalités antagonistes qui avaient déjà fasciné les cinéastes, le hongrois Peter Medak ayant livré en 1990 un film similaire, Les Frères Krays, écrit par Philip Ridley.

Avec une efficacité certaine, Legend (à ne pas confondre avec le film de Ridley Scott avec Tom Cruise) retrace donc la carrière criminelle de ces frangins terribles, incarnés par Tom Hardy. Le film repose sur les épaules massives du nouveau Mad Max, qui crée deux personnages n’ayant rien à envier aux autres gueules cassées, brutales et psychotiques, de sa filmographie (revoir Bronson et Warrior pour s’en convaincre). C’est impressionnant de voir l’acteur anglais passer de Reggie (le « cerveau », cultivé et « sociable ») à Ronnie (la brute paranoïaque, dévorée par sa violence innée) dans la même scène avec une facilité étonnante. Assurément, Hardy devient une star brute de décoffrage, aidée ici par les dialogues aux petits oignons de Helgeland (« Je vous raconte une blague ? C’est l’histoire d’un schizophrène qui entre dans un pub… »). Autour de lui, des têtes familières du cinéma britannique redonnent vie à l’entourage et aux rivaux des Krays, le film n’oubliant pas de donner aussi la parole à la seule femme du récit. Helgeland paie sa dette à un des grands maîtres du film noir, Billy Wilder (Sunset Boulevard) et son idée du défunt qui narre le film. Ici, c’est la très belle Emily Browning (qui a bien grandi depuis Les Orphelins Baudelaire) qui prête ses traits diaphanes et sa voix à la malheureuse principale victime des jumeaux Krays, Frances Shea.

Rien à redire sur le film lui-même, Helgeland allant droit à l’essentiel : une réalisation carrée, reconstituant la pègre londonienne et ses mœurs étranges sans fioritures. Le réalisateur capte avec justesse la relation toxique des jumeaux criminels, sorte de couple fusionnel à la Jekyll et Hyde à l’époque des sixties. Une seule entité, séparée en deux corps, où le « monstre » Ronnie finit par contaminer par sa violence et sa démence son jumeau plus « civilisé ». Du pain bénit, on l’a dit, pour Tom Hardy, raison majeure de voir ce film noir, costaud et serré comme un double café sans sucre au pub du coin.

Ludovic Fauchier.

 

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La fiche technique :

Ecrit et réalisé par Brian Helgeland d’après le livre « The Profession of Violence / Les Jumeaux de la Violence  » de John Pearson ; produit par Tim Bevan, Chris Clark, Quentin Curtis, Eric Fellner, Brian Oliver et Jane Robertson (ACE / Cross Creek Pictures / Working Title Films)

Musique : Carter Burwell ; photo : Dick Pope ; montage : Peter McNulty

Direction artistique : Patrick Rolfe ; décors : Tom Conroy ; costumes : Caroline Harris

Effets spéciaux visuels : Adam Rowland (Boundary Visual Effects / Mark Roberts Motion Control / Nvizible / Plowman Craven & Associates)

Distribution : StudioCanal

Caméras : Arri Alexa XT Plus

Durée : 2 heures 12

La Garce, la Brute et les Truands – THE HATEFUL EIGHT / Les Huit Salopards

ALERTE SPOILER ! Amis lecteurs, vous connaissez le principe : merci de voir le film avant de lire ce qui suit ! – L.F.

 

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THE HATEFUL EIGHT / Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

Un hiver dans le Wyoming, quelques temps après la Guerre de Sécession. Sans cheval, le Major Marquis Warren (Samuel L. Jackson), ancien héros de guerre Nordiste devenu chasseur de primes, arrête une diligence pour se rendre à Red Rock, afin de toucher la prime pour les deux crapules qu’il a abattus. A bord de la diligence, un confrère : John Ruth (Kurt Russell), qui ramène également à Red Rock Daisy Domergue (Jennifer Jason-Leigh), hors-la-loi qui sera pendue dans les règles de la loi en vigueur. Méfiant, Ruth accepte de laisser Warren monter à bord. Bientôt, un quatrième larron se joint à eux : Chris Mannix (Walton Goggins), affirmant être le futur shérif de Red Rock. Ruth, qui sait que Mannix a été un maraudeur Sudiste, a toutes les raisons de se méfier de cet autre passager.

Le voyage tendu s’achève lorsque la diligence arrive à la Mercerie de Minnie, dernier relais avant Red Rock. Warren connaît les propriétaires, étrangement absents, qui ont confié la boutique au Mexicain Bob (Demian Bichir). A l’intérieur, trois hommes, passagers de la précédente diligence : le bourreau Oswaldo Mobray (Tim Roth), le vacher Joe Gage (Michael Madsen), et le vieux général Sandy Smithers (Bruce Dern). Tout ce petit monde doit patienter alors qu’un terrible blizzard s’abat sur la région. Durant une longue nuit de veille, les soupçons vont mettre les nerfs de chacun à vif. Car personne ne semble être vraiment ce qu’il prétend être…

 

The Hateful Eight 01

Ci-dessus : John Ruth (Kurt Russell), un chasseur de primes du genre méfiant, mais pas malin…

 

Impressions :

Quentin Tarantino ne frappe jamais où on l’attend. Après le succès de Django Unchained, on imaginait déjà le réalisateur de Pulp Fiction remettre le couvert avec un autre hommage survolté au western italien et aux « trois Sergios » (Leone, Corbucci, Sollima), qui comptent parmi ses nombreux maîtres à filmer. Cela semblait se confirmer avec The Hateful Eight (titre original des Huit Salopards), qui s’annonçait comme une confrontation tendue entre quelques belles trognes du vieil Ouest. Mais Tarantino prend un grand plaisir à prendre à contre-pied les attentes du spectateur. Si The Hateful Eight a l’apparence d’un western , cet incurable cinéphile, « bouffeur » de pellicules bis les plus gratinées, retourne les conventions du genre. Il complète Django tout en étant son contraste absolu : son précédent film tournait le dos à l’Ouest pour devenir un « Southern » rentre-dans-le-lard, le petit monde des horribles esclavagistes Sudistes finissant dans une apocalypse de sang et de poudre ; The Hateful Eight devient par contre un « Northern », où huit personnages (voir un peu plus…) attendent dans un lieu clos une délivrance qui ne viendra pas. The Hateful Eight est au finale un curieux mélange, empruntant à des westerns oubliés sa situation de départ (comme Day of the Outlaw / La Chevauchée des Bannis d’André De Toth) pour ensuite devenir un huis clos volontairement théâtral, teinté de whodunit et d’humour très tordu. De fait, Tarantino s’amuse et revient à l’ambiance théâtrale de Reservoir Dogs, convoquant au passage les inoubliables Mister Orange et Mister Blonde, Tim Roth et Michael Madsen.

 

The Hateful Eight 02

Ci-dessus : Daisy Domergue (Jennifer Jason-Leigh). Ne vous y fiez pas : ils ne sont pas des saints, elle non plus…

 

Mais surtout, surprise ! The Hateful Eight est aussi un film d’horreur, un vrai, un pur et dur. Tarantino ne s’est pas privé de citer en référence absolue un illustre confrère en semi-retraite : John Carpenter. Lui-même nourri aux westerns qui ont alimenté sa filmographie riche en petits classiques du Fantastique, Carpenter est l’auteur de l’angoissant The Thing. Les cinéphiles auront vite capté la référence : un lieu isolé dans la neige, une tempête glaciale, des protagonistes rongés par le soupçon permanent, une corde comme seul point d’ancrage à l’extérieur… et Kurt Russell, le héros par excellence des Carpenter des eighties. Bonus : Tarantino obtient le retour en grande pompe d’Ennio Morricone ; le grand compositeur italien livre un score angoissant, accompagné des partitions rejetées pour le film de Carpenter. Il accompagne ici les longues joutes verbales auxquelles se livrent les protagonistes, avant que de brutales flambées de violence ramènent le film dans le territoire du gore le plus outrancier. Voir notamment cette séquence déjà culte du café fatal, qui tourne en quelques instants à un ahurissant dégueulis bien sanglant, façon Evil Dead, premier du nom… Les amateurs du genre seront récompensés de leur patience par des scènes bien cradingues !

 

The Hateful Eight 03

Ci-dessus : le Major Marquis Warren (Samuel L. Jackson) a une histoire à raconter. Les Sudistes ne vont pas aimer !

 

Cela dit, l’atypique The Hateful Eight ne se limite pas à un simple étalage de références et d’excès sanglants. Le cinéaste profite de ses westerns pour tenir un discours plus politique, particulièrement acerbe vis-à-vis de l’histoire de son pays natal. Les esclavagistes et leur idéologie répugnante étaient dégommés sans la moindre pitié dans Django Unchained ; ici, Tarantino enfonce le clou. En plaçant dans la même pièce un chasseur de primes Noir campé par le fidèle Samuel L. Jackson et d’anciens Confédérés, il confronte l’Amérique contemporaine à ses vieux démons : racisme, misogynie, peine de mort et paranoïa généralisée. Mais sans manichéisme ni révision politiquement correcte bienséante : le personnage de Jackson ment tout autant que ses ennemis (la fameuse lettre de Lincoln), et quand il tient dans ses mains la vie d’un Sudiste, au cours d’un flash-back mémorable, il se venge d’une façon bien obscène. Quand à la femme campée par Jennifer Jason-Leigh, elle n’est pas épargnée. Daisy Domergue a beau être martyrisée jusqu’au bout, elle n’est pas une figure sainte pour autant. Elle « couvre » le grand mensonge de l’histoire, lié au massacre d’une petite communauté paisible, tolérante et dirigée par les femmes ; elle participe au carnage et n’a aucune espèce de compassion pour son prochain. Autant donc pour la bienséance hypocrite que des studios auraient imposé à des réalisateurs plus dociles ; cette réunion d’affreux, sales et méchants devient un microcosme de tout ce que Tarantino déteste en Amérique. 

 

The Hateful Eight 04

Ci-dessus : fermez la porte, c’est une question de vie ou de mort… John Ruth, Daisy Domergue et le Général Smithers (Bruce Dern), ou le calme avant la tempête.

 

The Hateful Eight fait surtout la part belle aux acteurs, servis par des dialogues omniprésents ; ceci, cependant, au risque d’être un peu trop gourmand en la matière. 2 heures 50 de scènes dialoguées, aussi brillantes soient-elles, c’est tout de même un peu long (et douloureux pour le fessier du spectateur dans la salle !). Mais ne boudons pas le plaisir de voir les huit salopards du récit impeccablement incarnés par des familiers de la bande à Tarantino – et des revenants. Pas de surprise de la part des anciens Reservoir Dogs Tim Roth et Michael Madsen, toujours intimidants à leur façon, et Samuel L. Jackson rajoute un personnage sacrément ambigu à la liste des personnages qu’il a campé depuis Pulp Fiction ; on retrouve avec plaisir la vieille trogne familière de Bruce Dern, rapidement vu dans Django Unchained, où jouait aussi Walton Goggins, excellent en « redneck » aux réactions comiques. Cependant, c’est le drôle de couple joué par Kurt Russell et Jennifer Jason-Leigh qui remporte les suffrages. Russell apporte sa dégaine d’acteur « carpentérien » et son autodérision naturelle pour camper un sympathique abruti. Dans ce jeu de massacre généralisé, on devine une certaine sympathie de Tarantino pour John Ruth : il a beau être idiot, brutal et odieux avec sa captive, il est attachant sans doute parce qu’il est le seul personnage à ne pas mentir (ce qui ne le protègera pas d’une mort sacrément douloureuse !). La revenante Jennifer Jason-Leigh, elle, s’amuse à revisiter les personnages de victimes qu’elle campait dans sa jeunesse (revoir Hitcher et La Chair & Le Sang pour apprécier le côté « masochiste » de la comédienne). Il n’est d’ailleurs pas interdit de voir dans la scène du café empoisonné une allusion de plus au chef-d’oeuvre médiéval de Paul Verhoeven, où la même Jason-Leigh laissait ses geôliers boire de l’eau contaminée par la peste… L’actrice, en tout cas, campe un beau « monstre ». Tarantino n’en sera pas plus à une provocation près, concluant le carnage par une image sacrément grinçante : Daisy pendue (et toujours menottée au bras tranché de John Ruth, qui aura donc tenu sa promesse de ne pas la laisser filer) haut et court par le Sudiste Mannix et le Noir Warren, littéralement couchés ensemble dans le même lit… Fini de rire, la fin de The Hateful Eight est d’un nihilisme extrême, que ne renierait pas le John Carpenter d’Assaut et The Thing

 

Ludovic Fauchier.

 

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Ci-dessus : Ennio Morricone, toujours bon pied bon œil, signe la superbe musique originale du film…

 

La fiche technique :

Ecrit et réalisé par Quentin Tarantino ; produit par Richard N. Gladstein, Shannon McIntosh, Stacey Sher, William Paul Clark et Coco Francini (The Weinstein Company)

Musique : Ennio Morricone ; photo : Robert Richardson ; montage : Fred Raskin

Direction artistique : Richard L. Johnson ; décors : Yohei Taneda ; costumes : Courtney Hoffman

Effets spéciaux de maquillages : Howard Berger et Greg Nicotero ; effets spéciaux visuels : John Dykstra (Method Studios / Scanline VFX)

Distribution USA : The Weinstein Company / Distribution France : SND Distribution

Durée : 2 heures 47 (Version Roadshow 70 : 3 heures 07)

Caméras : Panavision 65 HR et Panaflex System 65 Studio, film tourné en Ultra Panavision 70



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