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La seule belle âme… – CHANGELING / L’Echange (1ere partie)

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CHANGELING / L’Échange, de Clint Eastwood  

L’Histoire :   

Elle est basée sur une affaire réelle. En 1928, Christine Collins, une mère célibataire, travaille comme standardiste à Los Angeles, où elle vit dans un quartier paisible avec son fils de neuf ans, Walter, qu‘elle élève seule. Le dimanche 10 mars de cette année-là, Christine est appelée en urgence pour un remplacement au travail, et doit sacrifier son jour de repos. Elle laisse Walter seul pour la journée, et part au travail après lui avoir préparé un repas pour midi. Mais à son retour en fin de journée, Christine ne trouve aucune trace de son petit garçon. Dans le voisinage, personne n‘a vu Walter. Elle appelle la police, qui ouvre une enquête pour disparition.  

 

Durant plus de quatre mois, Christine est sans aucune nouvelle de son fils. Pendant cette période, sa détresse touche le Révérend Gustav Briegleb, bien connu pour ses sermons à la radio critiquant ouvertement l‘incompétence, la corruption et la brutalité du LAPD, notamment le « Gun Squad » mené par le Chef James E. Davis. Au mois d‘août, le Capitaine J.J. Jones, chargé de retrouver le petit garçon, croit enfin offrir la bonne nouvelle à Christine : on a retrouvé Walter, vivant et en bonne santé, abandonné par un vagabond dans un relais routier en Illinois. Des retrouvailles publiques entre Christine et Walter sont organisées par Davis et Jones à la gare de Los Angeles. Mais Christine est stupéfaite de voir qu‘on lui amène un autre petit garçon. Elle a beau affirmer que celui-ci n‘est pas son fils, Jones la convainc que sa réaction est normale, due à des mois d‘angoisse et de détresse, et la persuade de le ramener chez elle. Mais des signes ne trompent pas, prouvant de toute évidence que le jeune garçon n’est pas Walter. Le médecin des Collins et l’institutrice de Walter témoignent dans ce sens. Encouragée par le Révérend Briegleb, Christine tente de pousser le Capitaine Jones à reprendre l’enquête, que celui-ci considère close et favorable au LAPD. Quand elle se décide à donner une conférence de presse révélant l‘imposture du Département de la Police, Jones excédé la fait interner au Los Angeles County Hospital, dans l’aile des malades psychotiques…  

 

Alors que commence pour la jeune femme un terrible calvaire, un autre officier du LAPD, l’Inspecteur Lester Ybarra arrête un mineur, Sanford Clark, venu illégalement du Canada travailler à la ferme de son cousin, Gordon Northcott, à Wineville, et doit le reconduire ensuite à la frontière suivant les ordres de Jones. Ce que Sanford, bouleversé et terrifié, va révéler à Ybarra bouleversera à tout jamais la vie de Christine…  

  

La Critique :  

Ouff… plus de 15 jours ont passé, depuis que j’ai vu CHANGELING (titre original préférable à un ECHANGE assez banal en français), le dernier film réalisé par Mister Clint Eastwood… pardon, l’avant-dernier, car ce sacré Clint, 78 ans et une rage de filmer intacte, a tourné et sorti dans la foulée un film de plus, GRAN TORINO, dont il est aussi la vedette, et qui va faire sans doute trés mal… mais revenons à CHANGELING.  

N’en déplaise aux avis officiels de certains criticaillons trop impatients de pouvoir cracher leur venin sur un cinéaste acclamé pour une récente série de films exceptionnels, CHANGELING est un chef-d’oeuvre absolu. Un électrochoc de larmes, d’émotion et d’humanité, mais aussi un sommet de noirceur, une plongée dans un cauchemar tétanisant dans ce qui peut se faire de pire dans la nature humaine ! Ceux qui n’ont pas encore vu le film, soyez prévenus : il faut être blindé psychologiquement pour suivre sans flancher le chemin de croix de l’héroïne, Christine Collins, et la description de l’Horreur absolue en la personne du tueur en série Gordon Northcott. En ce qui me concerne, CHANGELING m’a vraiment marqué. Je ne pense pas être quelqu’un de facilement impressionnable, au cinéma s’entend, or j’ai bien failli pleurer deux fois, et j’en ai fait des cauchemars la nuit suivante… 

Au fait, cette histoire est réellement arrivée, hélas…  

Pardon d’avance pour cette entrée en matière brouillonne, mais depuis 15 jours, j’ai eu du mal à mettre au point ce que je voulais écrire sur ce film, magistral mais difficile à tous égards. Difficile de rendre justice en mots au travail de Clint, mais essayons !…  

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ci-dessus : le tableau du peintre suisse Johann Heinrich Füssli intitulé THE CHANGELING (1780).  

D’abord, que diable signifie ce titre original, CHANGELING ? Il faut en fait remonter dans les mythologies nordiques et celtiques pour en connaître la première explication. Dans les contes, « Changeling », le Changelin, c’est un enfant enlevé après la naissance par les êtres magiques – fées, trolls, lutins, farfadets, etc. – et échangé contre un autre enfant de leur propre espèce. Un être, qui, en grandissant, devient hideux et malfaisant, et pousse généralement les parents humains à le rejeter, voir le tuer… Dans le film qui nous intéresse, le Changelin, c’est un petit garçon que la police de Los Angeles, en 1928, va remettre à Christine Collins, mère célibataire désemparée par la disparition de son fils Walter, en affirmant qu’il s’agit bien de son fils enlevé des mois auparavant. Ce qu’elle va nier et refuser obstinément, avec raison… mais en subissant toute la cruauté dont les hommes sont capables contre les plus faibles qu’eux… Un « conte d’horreur pour adultes« , selon Clint Eastwood, qui a parfaitement saisi l’esprit du scénario de J. Michael Straczynski. Sous l’aspect de la reconstitution d’une époque, d’un drame personnel et d’une enquête policière, nous sommes ici dans le territoire du conte de fées - celui des récits terrifiants des frères Grimm. Dans tout les contes, il y a un ogre. Celui que va croiser Christine Collins au bout de sa tragédie…   

Le scénariste, J. Michael Straczynski, est un nom plus familier aux amateurs de séries télévisées et de comics : cet auteur s’est fait connaître du grand public en produisant la série TV de science-fiction BABYLON V, au début des années 1990s – un vaste space opera acclamé pour son intelligence (on accorde autant d’importance aux batailles et aux explorations spatiales qu’à la description de relations politiques crédibles entre peuplades ennemies – pour un parallèle bien senti avec la situation politique mondiale de la précédente décennie) et devenu un « must » du genre. Straczynski est aussi passé scénariste à succès chez Marvel, où il a repris les rênes des aventures de Spider-Man avec autant de succès que de contestation chez les fans du Tisseur. Mais avant tout, il reste un écrivain, qui est tombé tout à fait par hasard sur l’histoire de Christine Collins et s’est pris de passion pour le sujet – apparemment, la Police de Los Angeles faisait le ménage dans ses vieilles archives, et le dossier Christine Collins, peu flatteur pour le LAPD (Los Angeles Police Department), aurait été détruit pour de bon si un ami de l’auteur n’avait pas eu la présence d’esprit de tout garder et de lui en parler !… Au vu du résultat final, on comprend vite que l’affaire Collins ait pu passionner Straczynski, et, à travers lui, Clint Eastwood.  

Les thèmes abordés dans CHANGELING sont nombreux et complexes, mais clairement exposés et décrits. Entre autres, on y traite : du combat d’une mère seule dans une société machiste et excessivement répressive à l’égard des « mauvaises femmes » ; d’une enquête sur un tueur en série absolument monstrueux ; de l’incompétence, de la violence et de la corruption au sein du LAPD sous la Prohibition (en livrant seulement quelques images saisissantes des gun squads, ces véritables escadrons de policiers tueurs, Eastwood fait mieux qu’un roman entier de James Ellroy au meilleur de sa forme); du pouvoir de fascination de Hollywood, toujours présent en filigrane dans la vie des habitants de Los Angeles (les références aux films et aux stars de l’époque par les personnages scandent l’histoire à plusieurs reprises – la promesse d’aller voir un film de Chaplin ; le « Changelin » qui, voulant voir le cow-boy Tom Mix, déclenche malgré lui le drame de Christine Collins) ; de la force d’une communauté de citoyens unis par un pasteur presbytérien, le Révérend Briegleb, véritable voix de la Vérité dans le film et personnage fondamentalement « eastwoodien » (nombre de films de Clint accordent une place importante aux révérends et autres « preachers«  - PALE RIDER, LE CANARDEUR, SPACE COWBOYS, MILLION DOLLAR BABY et j’en oublie sûrement…); des enfants kidnappés et martyrisés (revoir UN MONDE PARFAIT et MYSTIC RIVER) ; de l’Horreur absolue dans la psychopathie (souvenez-vous de Scorpio dans DIRTY HARRY, ou d’Evelyn – Jessica Walter dans PLAY MISTY FOR ME/ Un Frisson dans la Nuit, première réalisation de Clint) ; de la peine de mort, ce meurtre légalisé par l’Etat américain, déjà évoqué par Clint dans TRUE CRIME/Jugé Coupable, mais aussi il y a 40 ans dans PENDEZ-LES HAUT ET COURT ; du caractère destructeur de la Peur comme instrument de pouvoir (aussi bien de Northcott sur ses victimes que des policiers et médecins vis-à-vis de Christine et des internées de l’asile), et la façon dont cette peur, fruit de la haine et de la violence humaine peut affecter ses victimes (aussi bien Northcott dans son enfance, son jeune cousin Sanford Clark, que Christine dans la confrontation finale avec le tueur)…  

Et n’oublions pas l’importance accordée au cadre de l’histoire : nous sommes dans l’Amérique de la Grande Dépression, entre 1928 et 1935. HONKYTONK MAN, autre chef-d’oeuvre de Clint, se situait aussi à cette époque. Coïncidence ? Eddie Alderson, le jeune comédien qui joue Sanford Clark, le jeune complice-victime forcé de Northcott, ressemble à s’y méprendre au jeune garçon héros de ce précédent film, joué par Kyle Eastwood, le fils de Clint devenu un brillant jazzman ! Ou à Clint lui-même, quand il n’était qu’un enfant et a bien connu cette dure période de l’Histoire américaine, immortalisée par LES RAISINS DE LA COLERE…  

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Ci-dessus : la bande-annonce de CHANGELING.   

Tous ces thèmes s’entrecroisent au travers d’un scénario parfaitement agencé, selon la règle « classique » des 3 actes dramatiques. Chaque acte pourrait être « chapitré » avec un titre spécifique.  

1 ) la Disparition  

CHANGELING s’ouvre tout en douceur, presque banalement pourrait-on croire, en nous montrant la dernière journée que Christine Collins va vivre avec son petit garçon, Walter. La description paisible, toute en douceur, d’une journée ordinaire dans la vie d’une mère obligée de gagner seule sa vie pour élever son fils. Mais, déjà, un léger malaise flotte. Le petit garçon, très calme avec sa mère aimante, s’est battu à l’école avec un camarade. La raison est toute simple : celui-ci a eu le tort de se moquer de l’absence du père de Walter. Pourquoi a-t-il quitté Christine et Walter ? Celle-ci, évasive, répond quelque chose comme « La boîte des responsabilités lui a fait peur« , avant de changer prudemment de sujet. Réponse peu satisfaisante pour le gamin. L’impression de malaise persistera dans les scènes suivantes, avant le drame. Premier grand mystère du film, qui prendra peut-être toute son importance dans la scène finale…Le jour suivant, commence pour Christine le début de son cauchemar, de sa descente en Enfer. Au retour d’une journée de travail impromptue (on est dimanche !), Christine ne retrouve pas Walter chez eux… le gamin a inexplicablement disparu. Première épreuve pour Christine, une attente obligatoire de 24 heures et une nuit d’angoisse avant de pouvoir signaler la disparition de l’enfant aux policiers. Procédure légale pour l’époque, mais aux répercussions terribles en l’occurence puisqu’elle fait le jeu d’un criminel psychopathe qui a largement le temps de quitter Los Angeles avec sa victime…   

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Alors que les jours passent, et que l’enquête traîne, la solitaire Christine va se trouver un allié inattendu : le Révérend Briegleb, auteur de sermons radiophoniques bien sentis où il attaque ouvertement les dirigeants du LAPD, notamment le Chef James E. Davis. Ce représentant de la Loi avait des méthodes qui scandaliseraient aujourd’hui encore n’importe quel honnête citoyen. Notamment quand il est montré tenant un discours ahurissant sur la lutte contre les criminels. Selon Davis, il faut les abattre en pleine rue, sans aucune forme de procès ! Et tant pis pour les passants innocents qui prendraient des balles perdues… Via Briegleb, Eastwood réussit une dénonciation impitoyable des violences policières, sujet toujours d’actualité dans notre monde. Ici, le LAPD forme au vu et au su de tous des Escadrons de la Mort, les fameux Gun Squads, responsables d’une pluie de cadavres suspects du côté de Mulholland Drive. Rien n’est inventé, la police de Los Angeles est hélas célèbre depuis longtemps pour ses activités suspectes. Tuer des gangsters n’a rien de glorieux ni d’héroïque. Comme le dit le très lucide Révérend, le LAPD « élimine la concurrence » pour les affaires. Les plus dangereux gangsters de Los Angeles ? Ses policiers !  

Ce premier acte ne se limite pas d’ailleurs à fustiger la brutalité policière de l’époque. Il passe en revue une hallucinante batterie des moyens de pression employés par des officiers peu soucieux de la détresse maternelle de la pauvre Christine. Plus soucieux de redorer leur blason que de faire consciencieusement leur devoir public, Davis et le Capitaine J.J. Jones (chargé de l’enquête sur la disparition de Walter) vont mettre en scène des retrouvailles faussement émouvantes, pour la une des journaux, entre Christine Collins et un petit garçon, Arthur Hutchins, qui n’est pas Walter… On devine la stupeur et la cruelle déception que peut ressentir la jeune femme à ce moment-là, elle à qui Jones annonçait fièrement le retour sain et sauf de son fils. La malheureuse se retrouve alors, à ce moment précis, prise au piège pour les besoins d’un happy end factice orchestré par le pouvoir policier – bon prétexte pour ces derniers de se donner le beau rôle et soigner une réputation désastreuse ! Clint Eastwood nous mettait déjà en garde contre le dangereux pouvoir des manipulations médiatiques de tout acabit : l’opération militaire de Grenade servie « sur un plateau » par l’US Army à un public crédule dans HEARTBREAK RIDGE / Le Maître de Guerre ; les fausses légendes de l’Ouest écrites par le pitoyable journaliste d’UNFORGIVEN / Impitoyable ; ou encore la célèbre photo d’Iwo Jima, qui fut mise en scène et exploitée à des fins de propagande, comme on le voit dans FLAGS OF OUR FATHERS / Mémoires de nos Pères… Les retrouvailles filmées ici desserviront Christine par la suite de sa tragédie. Le psychiatre obtus « gobera » la belle histoire vendue par le LAPD, et se servira d’une photo prise ce jour-là pour refuser à Christine le droit de sortir de l’asile. Méfiez-vous des hommes de pouvoir qui croient dur comme fer au pouvoir absolu de l’Image…  

Le Capitaine Jones a droit aux plus belles piques du réalisateur durant cette première partie. Voilà un officier qui, en apparence, porte beau et semble plutôt sympathique quand il prend en charge l’enquête. Eastwood va peu à peu nous dévoiler son véritable visage, en procédant par couches successives. J.J. Jones, en bon flic macho, ne supporte pas qu’un petit bout de femme vienne contester son autorité et sa « supériorité » masculine. Rappelons que nous sommes en 1928, dans une société américaine encore trés patriarcale, où les mères célibataires sont mal vues. La libération de la Femme n’existe pas encore, et des hommes comme Jones sont nombreux à croire que la place de celle-ci est uniquement vouée aux enfants, à la cuisine et au ménage… Qu’une Christine Collins vienne sans cesse lui dire qu’il se trompe et ne fait pas son travail est, à ses yeux, tout à fait impossible. En réponse, Jones se réfugie en toute bonne conscience dans les clichés misogynes : si  »la Collins », comme il l’appelle bientôt avec mépris, ne reconnaît pas son fils, c’est tout à fait normal. Pour lui, elle est fragile, émotive, impressionnable… autant de sous-entendus chargés de condescendance vis-à-vis du « sexe faible » typiques de l’époque.  

Plus grave encore, Jones est tellement figé dans ses préjugés machistes qu’il est incapable de la moindre autocritique. Au lieu de se demander pourquoi Christine lui met sous le nez des preuves irréfutables (la diminution de la taille de l’enfant, sa circoncision) et de reconnaître ses torts (cela serait à ses yeux un aveu de faiblesse, intolérable pour ses supérieurs!), Jones va pressurer cette dernière, lui envoyant un médecin chargé de lui expliquer noir sur blanc les subits changements de « Walter »/Arthur… Les arguments paternalistes, pseudo-scientifiques, de ce personnage aux ordres de Jones sont ahurissants de bêtise autosatisfaite ! Soutenue par le Révérend et une communauté de petites gens dont Eastwood nous montre quelques-uns des représentants les plus attachants (le patron du standard, le médecin dentiste, l’institutrice), Christine se découvre une âme de combattante. Suprême affront pour Jones : la jeune femme va ridiculiser publiquement ses méthodes au cours d’une émission de radio. L’officier en conclut qu’elle ne peut qu’être « hystérique », la réponse fourre-tout des misogynes… L’argument lui permet d’envoyer la malheureuse en hôpital psychiatrique, légalement, sans aucun procès. Et de se débarrasser du problème par la même occasion, croit-il.  

Pour Christine Collins, un cauchemar cède la place à un autre plus terrible encore, qui va la toucher dans sa condition non seulement de mère, mais de femme. Pour le spectateur, c’est le début d’une littérale plongée en Enfer. Une mission de routine d’un autre officier, compétent celui-là, qui va nous amener à regarder l’Horreur en face…  

à suivre…

Passé contre Futur – BODY OF LIES / Mensonges d’Etat

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BODY OF LIES / Mensonges d’Etat, de Ridley Scott  

L’Histoire :  

la Guerre au Terrorisme, décrétée par le Gouvernement des Etats-Unis après les attaques du 11 septembre 2001, a entraîné une escalade d’attentats meurtriers commis par les réseaux terroristes islamistes d‘Al-Qaida dans le monde entier - notamment en réponse aux invasions de l‘Afghanistan et de l‘Irak par les militaires américains et leurs alliés. Les membres d’une cellule terroriste, implantée à Manchester en Angleterre, sur le point d‘être arrêtés, se font sauter dans leur planque, entraînant des dizaines de morts dans leur suicide. Tout porte à croire que les terroristes travaillaient pour un des principaux leaders d‘Al-Qaida, Al-Saleem, et préparaient un attentat dévastateur dans une grande ville anglaise. Plus inquiétant, Al-Saleem se répand en messages haineux de menaces à tout l‘Occident, annonçant de nouveaux attentats dans des places publiques des grandes villes européennes.   Ed Hoffman, le Directeur de la Section du Proche-Orient de la CIA, charge son jeune agent Roger Ferris de trouver la piste qui leur permettra de remonter jusqu‘à Al-Salim. Agent infiltré, Ferris connaît parfaitement les cultures orientales et est entraîné à se fondre dans la foule locale pour des opérations extrêmement risquées. À Samarra en Irak, Ferris et son collègue et ami Bassam entrent en contact avec Nizar, un ancien linguiste, ex-membre du Parti Baas de Saddam Hussein, « reconverti » par Al-Saleem, et qui affirme détenir ses informations sur ce dernier. Ils le rencontrent à Balad, un petit village en plein désert, mais ne le persuadent pas de le suivre. Pris pour cible par des hommes d‘Al-Saleem, Ferris et Bassam appellent à l‘aide de Hoffman, qui suit les opérations par contrôle satellite. Deux hélicoptères américains sont appelés à la rescousse, mais la fusillade et la poursuite causent non seulement la mort des terroristes, mais aussi celle de Bassam, victime collatérale. Blessé, Ferris est forcé au repos dans une base américaine du Qatar.  

Sitôt guéri, Ferris est envoyé par Hoffman en Jordanie pour reprendre la direction de l‘antenne locale de la CIA, et rencontrer Hani Salaam, le tout-puissant chef du GID, les Services Secrets Jordaniens. Ferris doit gagner la confiance de Hani pour qu‘ils travaillent ensemble, afin d’arrêter et interroger des hommes d‘Al-Saleem cachés dans un immeuble voisin d‘un grand marché d‘Amman, la capitale Jordanienne. Le jeune agent sait que le temps et le contexte jouent contre lui, alors qu’Al-Saleem, toujours introuvable, prépare une nouvelle attaque terroriste…  

 

La Critique :  

Il sera intéressant de revenir, dans quelques années, sur la façon dont le cinéma américain a pris au fil des années une position critique envers l’administration Bush, sa supposée Guerre au Terrorisme et ses errements durant cette décennie dramatique. Le 21e Siècle commence mal, on le sait. Et la crise économique mondiale qui vient de se produire sonne le glas de deux mandats présidentiels abracabrantesques pour la planète entière. L’élection de Barack Obama fait naître un espoir immense, mais bien fragile, tant les dégâts économiques, géostratégiques, culturels et politiques laissés par le futur ex-président et ses faucons nous ont fait vivre des années de peur et de doute. Entre autres artistes, les cinéastes se sont en réponse largement investis contre cet état de fait, en livrant des oeuvres souvent inspirées et lucides. BODY OF LIES (chez nous : Mensonges d’Etat), le nouveau film de Ridley Scott, rejoint ses prédécesseurs filmiques, avec brio et justesse. Quitte à fâcher le public américain, qui malgré le duel de stars à l’affiche, a boudé ce thriller mené de main de maître. Ce qui peut s’expliquer par bien des raisons conjointes : les spectateurs américains, échaudés par la crise financière, les mauvaises nouvelles venues d’Irak et autres « cadeaux » que leur laisse le 43e Président, avaient sans doute plus envie de se divertir que d’aller voir un film les renvoyant sans complaisance à la situation actuelle au Proche-Orient…  

BODY OF LIES est avant toute chose un thriller, un genre où Ridley Scott est comme un poisson dans l’eau. Le cinéaste britannique, plus de 70 ans au compteur, venait tout juste de nous livrer l’an dernier un magistral AMERICAN GANGSTER, polar brut de coffrage passionnant, et continue sur sa lancée avec cette description pointue et crédible des mécanismes d’opérations secrètes de la CIA au Proche-Orient. L’occasion bien sûr d’aborder la délicate question du terrorisme islamiste, et de la gestion désastreuse du dossier Irak par des dirigeants plus concernés par le profit et le résultat immédiat que par les conséquences à long terme sur les populations. En ce sens, le film n’est pas trés éloigné de SYRIANA, le film de Stephen Gaghan avec George Clooney et Matt Damon. BODY OF LIES, c’est aussi l’histoire du choc de civilisations, de modes de pensées en totale opposition, cohabitant à la même époque et incapables de se comprendre. L’une est profondément ancrée dans ses traditions et l’autre sacrifie tout à la technologie déshumanisée. Comme l’énonce Ed Hoffman, le directeur de la branche CIA au Proche-Orient, c’est maintenant le combat des forces du Passé contre celles du Futur. Le Coran et les dérives de son interprétation par des ayatollahs pousse-au-meurtre contre la surveillance satellitaire et informatique constante – et pas forcément efficace… La « Guerre Asymétrique », l’affrontement entre deux forces hostiles aux moyens radicalement différents rappelle un film précédent de Ridley Scott, LA CHUTE DU FAUCON NOIR (auquel quelques plans de combats de rue font ouvertement référence en début de film), mais est ici traité avec beaucoup plus de subtilité.  

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Ci-dessus : la bande-annonce en VOST de BODY OF LIES. 

L’opposition se trouve aussi au sein même des agents de la CIA, entre des patrons paisiblement installés derrière les moniteurs de leur satellites à des milliers de kilomètres de là, et les agents sur le terrain qui jouent leur peau à tout instant… Roger Ferris, le jeune agent campé par Leonardo DiCaprio, est un adepte de la méthode d’investigation classique, reposant sur la connaissance du terrain, des habitants, et surtout des coutumes locales. On devine sans peine que ce jeune agent a finalement bien plus de sympathie pour les populations locales que pour ses bureaucrates de patrons de Washington. Par bien des aspects, Ferris est assez proche du personnage que jouait Orlando Bloom dans KINGDOM OF HEAVEN, la grande saga des Croisades mise en scène par Scott en 2005 (et également écrite par le même scénariste, William Monahan) qui était aussi un commentaire désabusé sur cette pseudo-Croisade moderne qu’était supposée être la Guerre en Irak.   

Le scénario, complexe, jamais ennuyeux, multiplie les histoires sans jamais sombrer dans la confusion : la love story, naissante et risquée, de Ferris avec l’infirmière iranienne Aïcha, traitée avec beaucoup d’humanité ; la description glaçante des opérations terroristes ; la manipulation d’un infortuné architecte, Omar Sadiki, transformé à son insu en faux coupable aux yeux tant des organismes d’espionnage que des terroristes (et qui se conclue par un plan aussi magnifique que terrifiant : le cadavre de Sadiki finit jeté dans une décharge d’ordures à Amman, parmi les chiens errants); les subtils jeux de dupes entre le GID (les services secrets jordaniens), la CIA et les terroristes… Et, surtout, le scénariste aborde sans ambages un thème délicat : le Coran, texte religieux magnifique par bien des aspects, a été soumis au fil du temps à tellement d’interprétations radicalement opposées… Est-il un texte prônant l’amour et la tolérance, ou bien la Djihad justifiant les meurtres les plus atroces ? Les deux éternelles pulsions contraires – Eros ou Thanatos…  

La scène-choc du film, l’interrogatoire de Ferris par le chef terroriste Al-Saleem, traite magistralement de cette question. Séquence tendue, violente, difficilement supportable, mais essentielle au propos de Ridley Scott et de son scénariste. Le cinéaste en fait un véritable duel verbal entre le bourreau et sa victime, entre deux visions de l’Islam inconciliables. Surtout, elle pointe du doigt 1) les illusions idéalistes de Ferris, qui en bon Américain restait persuadé d’agir pour le Bien universel, et 2) l’hypocrisie viscérale d’Al-Saleem. Lequel prétend gagner à la sainteté par la Guerre Sainte, en omettant de rappeler à ses tueurs que chaque attentat-suicide lui permet d’éliminer non seulement des civils occidentaux, mais aussi le tueur devenu complice gênant !…    

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Ci-dessus : un court extrait d’une scène située à Amman, où Ferris (Leonardo DiCaprio) remarque un homme suspect, sous la surveillance satellite de Hoffman (Russell Crowe)…  

 

Côté mise en scène, rien à redire, Ridley Scott filme les scènes d’action et de tension avec son efficacité coutumière. Il a aussi recours à d’excellentes idées visuelles : par exemple, les voitures roulant en cercle dans le désert, et qui forment un nuage de poussière, stratagème idéal pour bloquer la vision d’un satellite ennemi… Une autre belle idée visuelle, de la part de Scott : sa façon de filmer le corps de Ferris, blessé gravement plusieurs fois, une vraie carte de la douleur causée par les échecs des missions – le « Corps des Mensonges » du titre original ? Les fragments d’os de son copain irakien, Bassam, sont carrément incrustés sous sa peau, après une terrible bavure des troupes américaines. Tout un symbole…  

 

En parlant de symbole, signalons une obsession récurrente de Ridley Scott – la main mutilée. Dans l’oeuvre du cinéaste, cette image, douloureuse s’il en est, revient dans plusieurs films : dans BLADE RUNNER, Deckard a la main brisée, et son ennemi Batty perfore la sienne d’un clou, référence christique éminente ; dans BLACK RAIN, le yakuza Satô respecte les traditions de son milieu criminel en s’amputant le petit doigt ; un pauvre Indien est sadiquement mutilé par le méchant hidalgo Moxica dans 1492 CHRISTOPHE COLOMB ; et le sinistre Hannibal Lecter se tranche volontairement la main pour échapper au FBI dans HANNIBAL. Ici, Ferris subit une éprouvante torture par le chef terroriste – les nostalgiques de BLADE RUNNER auront remarqué que Ferris perd l’usage des mêmes doigts de la main droite que Deckard (Harrison Ford). Cette énumération d’un thème assez cruel ouvre quand même une piste intéressante sur la force symbolique qui émane dans le cinéma de Ridley Scott. Voilà un thème à étudier pour les chasseurs de signes…  

 

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Ci-dessus : un montage des séquences où apparaît Hani Salaam, interprété par l’excellent comédien britannique Mark Strong. 

 

BODY OF LIES, enfin, repose aussi sur un remarquable casting d’acteurs au meilleur de leur forme. Leonardo DiCaprio et Russell Crowe célèbrent ici leurs retrouvailles 13 ans après le western sous-estimé THE QUICK AND THE DEAD / Mort ou Vif, de Sam Raimi. Scott fait ici des deux comédiens, qui se croisaient à peine chez Raimi, une astucieuse association/opposition « la Tête et les Jambes ». Les « jambes », c’est Leonardo, dans le rôle de Roger Ferris : excellent dans la tension quasi-permanente, dans un registre proche de BLOOD DIAMOND. Constamment en action, hypervigilant jusqu’à l’épuisement nerveux, Leo a tout de même droit à quelques beaux et rares moments de tendresse dans les scènes calmes avec la belle infirmière persane !… La « tête », c’est Russell qui joue Ed Hoffman, le patron de Ferris : génial de bonhomie pervertie ! L’acteur héros de GLADIATOR, devenu l’interprète fétiche de Scott, est ici parfait en « gros matou » paternaliste. Oreillette constamment vissée, Hoffman ne se départit jamais de son calme matois, alors même que son poulain risque sa vie. Russell Crowe vole chacune des scènes dans lesquelles il apparaît, que ce soit en assistant au match de foot de sa fille ou en parlant stratégie anti-terroriste… et même les deux en même temps ! Les seconds rôles sont tous parfaitement choisis, et on saluera surtout la prestation saisissante du comédien britannique Mark Strong (acteur britannique), parfait de bout en bout en chef du GID ; l’actrice d’origine iranienne Golshifteh Farahani est par ailleurs touchante dans le rôle d’Aïcha.   

Thriller nerveux, BODY OF LIES devrait mériter son futur titre de classique du genre.  

 

Ma note :  

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Body of Ludovies  

La fiche technique :

 

BODY OF LIES / Mensonges d’État  

Réalisé par Ridley SCOTT   Scénario de William MONAHAN, d’après le roman de David IGNATIUS  

Avec : Leonardo DiCAPRIO (Roger Ferris), Russell CROWE (Ed Hoffman), Mark STRONG (Hani Salaam), Golshifteh FARAHANI (Aicha), Oscar ISAAC (Bassam), Ali SULIMAN (Omar Sadiki), Alon ABUTBUL (Al-Saleem), Vince COLOSIMO (Skip), Simon McBURNEY (Garland), Mehdi NEBBOU (Nizar)  

Produit par Donald De LINE, Ridley SCOTT et Zakaria ALAOUI (De Line Pictures / Scott Free Productions)   Producteurs Exécutifs Michael COSTIGAN et Charles J.D. SCHLISSEL  

Musique Marc STREITENFELD   Photo Alexander WITT   Montage Pietro SCALIA   Casting Jina JAY et Avy KAUFMAN  

Décors Arthur MAX   Direction Artistique Marco TRENTINI, Robert COWPER et Alessandro SANTUCCI   Costumes Janty YATES  

1ers Assistants Réalisateurs Noureddine ABERDINE, Ahmed HATIMI et Peter KOHN  

Mixage Son Richard VAN DYKE   Montage Son Karen M. BAKER et Per HALLBERG  

Effets Spéciaux de Plateau Paul CORBOULD 

Distribution USA et INTERNATIONAL : Warner Bros. Pictures  

Durée : 2 heures 08

Napalm d’Or ! – TONNERRE SOUS LES TROPIQUES

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TROPIC THUNDER / TONNERRE SOUS LES TROPIQUES, de Ben STILLER  

L’Histoire :  

 

la production du film « Tropic Thunder », adaptation du récit autobiographique de « Four Leaf » Tayback sur un commando américain au Viêtnam en 1969, connaît de sérieuses difficultés. Le réalisateur britannique Damien Cockburn est dépassé par les caprices de ses vedettes : Jeff Portnoy, comique pétomane constamment drogué, qui cherche à être pris au sérieux ; Kirk Lazarus, acteur australien couvert de récompenses, tellement impliqué dans son rôle – celui d’un sergent Noir – qu‘il s‘est fait pigmenter la peau par voie chirurgicale ; et Tugg Speedman, star du cinéma d‘action au creux de la vague, pour qui le film est la dernière chance de succès au box-office. Mal à l’aise face à Kirk, Tugg gâche une scène importante… entraînant des incidents en chaîne menant à l’explosion prématurée du décor ! Rendu furieux par le dépassement de budget et les rumeurs désastreuses, le grossier grand patron du studio, Les Grossman, menace d’arrêter net le tournage s’il ne termine pas dans les délais prévus et de briser la carrière de Cockburn.  

 

Sur les conseils de « Four Leaf », Damien croit avoir l’idée de génie qui sauvera son film. Il va déposer ses cinq acteurs principaux – les vedettes, plus le rappeur acteur Alpa Chino et le petit jeune Kevin Sandusky – en pleine jungle du Viêtnam, et les faire tourner façon « cinéma-vérité » ! Des caméras digitales seront cachées dans les arbres, les explosions et fusillades commandées à distance par Cody et « Four Leaf », qui les attendent avec l‘hélicoptère au point de rendez-vous. Mais Damien meurt en marchant sur une mine ! Perplexes, les comédiens décident de suivre les instructions du script servant de feuille de route, même si seul Tugg est réellement persuadé d’être toujours en plein tournage. Mais les prima donnas sont incapables de s’entendre, et ont vite fait de se perdre en pleine jungle. Et ils ignorent se trouver tout près du Triangle d’Or, la plaque tournante du trafic de drogue à l’échelle mondiale, où vivent de féroces guérilléros armés jusqu’aux dents… qui les prennent pour de vrais soldats américains ! Nos faux soldats superstars réussiront-t-ils à en réchapper, à ne pas sombrer dans la folie, et à rentrer à Hollywood ?…  

La Critique :  

Ben Stiller est décidément incorrigible. Champion de la comédie made in USA depuis maintenant une bonne décennie et un mémorable MARY A TOUT PRIX, l’acteur-réalisateur a su créer des personnages burlesques de grands naïfs malchanceux auxquels il insuffle une bonne part d’autodérision, en même temps qu’il assume les délires « slapsticks » les plus énormes, avec un tempo comique destructeur parfois inquiétant. C’est que ce gentil garçon en apparence trés calme nous gratifie souvent dans ses films de « pétages de plomb » monumentaux, qui font mouche la plupart du temps. Egalement réalisateur, notre ami Ben a déjà signé trois films où l’on trouve une autre constante : la critique des mass medias américains, menée avec l’humour frénétique qu’on lui connaît. Dès sa première réalisation, REALITY BITES / GENERATION 90 (1994), Stiller se réservait le rôle d’un jeune producteur de vidéos à la MTV trés antipathique. Avec le film suivant, THE CABLE GUY / DISJONCTE, Ben Stiller s’en prenait aux ravages causés par la télévision américaine sur le cerveau d’un Jim Carrey psychopathe. Enfin, avec ZOOLANDER, dont il tenait le rôle-titre, Stiller allait encore plus loin dans le délire et torpillait au passage le petit monde de la mode. De nouveau présent derrière et devant les caméras de TONNERRE SOUS LES TROPIQUES, notre énergumène prend cette fois-ci pour cible le show-business hollywoodien par le biais d’une comédie de guerre tonitruante et tordante !  

En prenant pour base scénaristique le genre, trés identifiable, du film de guerre du Viêtnam, Stiller non seulement catapulte  ses cinq « héros » (des stars de Hollywood complètement à côté de leurs pompes) dans l’enfer de la jungle du Triangle d’Or, il dégomme aussi joyeusement l’industrie cinématographique américaine et ses excès en tous genres. Derrière les parodies attendues, l’acteur-réalisateur et ses complices scénaristes Justin Theroux et Etan Cohen (à ne pas confondre avec Ethan Coen, l’un des deux frangins chéris des festivals de cinéma. Tout est dans le h !) attaquent au napalm tous les travers de leur univers avec une frénésie rigolarde, qui ne recule devant rien pour nous faire rire. Acteurs à l’égo surdimensionné, réalisateurs dépassés, agents de stars trés « mères poule », consultants historiques douteux, ingénieurs des effets spéciaux irresponsables, producteurs orduriers… tout le monde passe ici à la casserole. Sans oublier la drogue, l’adoption d’enfants du tiers monde, la surmédiatisation entourant les moindres faits et gestes des stars du jour, et tant d’autres…  On a rarement vu un tel jeu de massacre au travers d’une comédie, sans doute pas depuis le sous-estimé 1941 de Steven Spielberg.Stiller et ses scénaristes ne se contentent pas d’aligner les parodies à la façon paresseuses des sous-ZAZ qui ont fleuri ces dernières années. Le burlesque n’empêche pas ici un scénario bien construit, même si l’idée générale de plonger des acteurs hors de leur élément a déjà servi dans d’autres comédies – notamment !3 AMIGOS! de John Landis, avec Steve Martin, ou GALAXY QUEST avec Sigourney Weaver. Ici, Stiller s’amuse donc à malmener une galerie de personnages certes passablement crétins mais totalement irrésistibles, dans une histoire détournant autant le PLATOON d’Oliver Stone (avec référence visuelle à l’appui : la fausse mort de Stiller, les bras en croix comme Willem Dafoe dans le film oscarisé de Stone, est un grand moment pour qui connaît ses classiques) que son antithèse exacte, RAMBO II : LA MISSION, exemple type du film de guerre revanchard de l’ère Reagan que Ben Stiller torpille allègrement ici dans sa seconde partie du métrage !  

La caractérisation des personnages, énoncée par le festival de fausses bandes-annonce qui ouvre le film (n’arrivez pas en retard à la séance), est en soi un petit régal d’humour, chaque protagoniste étant ainsi présenté avec ses tics et ses travers de superstar : le rappeur Alpa Chino (!) et sa virilité « black » de façade, ultra-commerciale ; Jeff Portnoy, star du film comique pet-prout incarné par un Jack Black déchaîné dans une bande-annonce « gazeuse » rappelant les excès d’Eddie Murphy dans LE PROFESSEUR FOLDINGUE (signalons au passage que Black s’est fait la tête d’un prédécesseur disparu, Chris Farley, comique obèse qui inspira, je crois, le personnage de Shrek) ; Kirk Lazarus, alias Robert Downey Jr. l’acteur australien aux méthodes Actor’s Studio plutôt extrêmes (il se fait opérer pour devenir plus Noir que Noir !), vedette d’un SATAN’S ALLEY renvoyant les mélodrames gays du type BROKEBACK MOUNTAIN aux orties – avec la participation d’une guest star « arachnéenne » bien connue ! Pour l’anecdote, l’acteur en question a aussi joué, 8 ans plus tôt à l’écran, l’amant du même Downey Jr. dans WONDER BOYS… Et pour finir ces présentations bien envoyées en quelques minutes, Stiller se réserve le rôle de Tugg Speedman, star déclinante du blockbuster d’action frelaté, un grand benêt qui tente bien mal de relancer sa carrière – à la façon de Schwarzenegger ou Stallone quand ils ont connu leur période de fin de règne du box-office…   

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Ci-dessus : la bande-annonce en VOST. 100% dégoûtant, grossier, crétin… et surtout hilarant !    

Avec une pareille bande de gugusses, vous pouvez déjà être sûrs que vos zygomatiques vont être mis à rude épreuve pendant deux heures. Stiller et Jack Black se retrouvent 12 ans après THE CABLE GUY, et sont absolument survoltés. Ben Stiller va même encore plus loin que d’habitude dans ce qui fait la marque de fabrique de son humour : notamment l’usage de déguisements et de maquillages délirants (voyez ce qu’il fait d’un pauvre panda malchanceux !) et de son goût pour le burlesque masochiste. Stiller, déjà physiquement bien malmené dans ses films passés, est ici battu, torturé, mutilé, torgnolé, giflé, boxé, poignardé… et plus les sévices qu’il subit sont douloureux, plus cela renforce son sens de la comédie ! Jack Black n’est pas en reste, dans le rôle du comique camé jusqu’aux yeux qui voudrait bien être pris au sérieux. Il faut le voir « disjoncter » sous l’effet du manque, ligoté à un arbre, cracher sans sourciller un chapelet d’obscénités qui ferait rougir le sergent-instructeur de FULL METAL JACKET, affronter un vilain garnement au kung-fu, adresser un inquiétant regard à un brave buffle d’eau… Irrésistible ! En compagnie de ces deux zozos, arrive celui que l’on n’attendait pas forcément dans un tel registre : Robert Downey Jr., tout juste sorti du succès d’IRON MAN, fait mieux que de se défendre, il fournit le contrepoint comique parfait aux trublions burlesques Stiller et Black. Son personnage de Kirk Lazarus est certes une caricature de tous les adeptes de la Méthode Actor’s Studio poussée à son paroxysme, Downey Jr. sait toujours trouver le ton juste pour nous faire rire de la folie de son rôle.  

Entourant ces trois vedettes, le reste du casting est au même niveau : on citera Steve Coogan, le réalisateur largué, Nick Nolte excellent en vétéran mythomane qui se prend pour John Milius, Matthew McConaughey dans le rôle de l’agent le plus dévoué au monde… et un Tom Cruise halluciné ! Maquillé en producteur chauve et obèse, l’acteur se régale à jouer un personnage aussi puant que cupide et grossier, et nous gratifie d’un numéro dansé final à l’image du film : ENORME !  

En ce qui concerne les hommages et les parodies, Stiller nous gâte : toute l’imagerie du récit du Viêtnam répond à l’appel. PLATOON bien sûr, FULL METAL JACKET (l’humour du film vient aussi de l’accumulation de grossièretés verbales qui renforcent le côté absurde de l’aventure. Oreilles chastes s’abstenir !)… Les autres films du genre répondent présent : voir ce pauvre Tugg qui finit ainsi par se prendre pour un mélange de Christopher Walken dans THE DEER HUNTER/VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER (« Tugg ? Tugg qui ? « )  et de Marlon Brando dans APOCALYPSE NOW… On déborde même sur d’autres genres, Stiller osant carrément refaire les scènes de surdité en plein combat du SOLDAT RYAN, évoquer les errements de LA 317e SECTION ou faire sauter un pont qui n’est pas celui de la Rivière Kwaï, chère à David Lean ! Les regards les plus pointus noteront aussi un gag explosif d’ouverture digne de LA PARTY, et une montagne de poudre d’héroïne à l’allure trés RENCONTRES DU TROISIEME TYPE, devant laquelle Jack Black semble prêt à rejouer la scène de la statuette dans LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE… Ajoutez à ces références et clins d’oeil des scènes encore plus folles : Stiller ose toutes les blagues, y compris le gore (le destin funeste du réalisateur, qui se prenait pour Dieu… Regardez ce que ça coûte d’invoquer en vain le nom du Seigneur !), la violence sur des enfants (le gamin balancé du pont !), la cruauté envers les animaux (outre le panda, une chauve-souris fait les frais de ce tournage explosif)… Cela pourrait être de mauvais goût, mais rassurez-vous, nous sommes dans du cinéma cartoon qui ne recule devant aucun excès. Plus c’est gros, mieux ça passe !  

Ah, et puis il y a SIMPLE JACK ! Des esprits mal lunés aux USA ont critiqué ce faux film à l’intérieur du film, sous prétexte que Stiller s’y moquait des handicapés mentaux. Les grincheux n’ont visiblement pas bien saisi le propos pourtant clair de l’ami Stiller, qui n’a rien contre les handicapés.  Il s’agissait pour lui de se moquer d’un cliché courant au sujet de l’Oscar du Meilleur Acteur : à savoir que les rôles d’autistes, simples d’esprit ou autres gentils « attardés » sont souvent récompensés par l’Académie, comme le signale justement dans le film le personnage de Downey Jr. – qui, à ce moment-là, saisit surtout le prétexte pour ridiculiser le personnage de Stiller ! Les puissantes associations ou autres lobbys qui tombent à bras raccourcis sur n’importe quel film aux USA n’ont de toute évidence pas le sens de l’ironie propre à Stiller, hilarant dans le rôle-titre….  

Ajoutons enfin à tout cela un rythme quasi-effréné (avec quand même quelques pauses bienvenues, histoire de souffler un peu entre deux rires) et une photographie soignée de John Toll (habitué aux superproductions épiques comme BRAVEHEART ou LE DERNIER SAMOURAÏ), et vous aurez une petite idée de la folie furieuse de cette comédie flambée au napalm, qui nous soulage de la sinistrose actuelle. Une cellule d’aide psychologique pour fous-rires incontrôlés après projection serait même la bienvenue !  

Ma note :  

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Colonel Ludovico Kilgore.  

J’aime l’odeur du napalm au petit matin…  

les liens Internet vers le site officiel de Tugg Speedman :

http://www.tuggspeedman.com 

et celui pour les pandas :

http://www.pandarelocationfoundation.org

 

La fiche technique : 

 

TROPIC THUNDER / TONNERRE SOUS LES TROPIQUES  

Réalisé par Ben STILLER   Scénario de Ben STILLER & Justin THEROUX et Etan COHEN  

Avec : Ben STILLER (Tugg Speedman), Jack BLACK (Jeff Portnoy), Robert DOWNEY Jr. (Kirk Lazarus), Nick NOLTE (« Four Leaf » Tayback), Brandon T. JACKSON (Alpa Chino), Jay BARUCHEL (Kevin Sandusky), Steve COOGAN (Damien Cockburn), Danny R. McBRIDE (Cody), Brandon SOO HOO (Tran), Matthew McCONAUGHEY (Rick Peck), Tom CRUISE (Les Grossman), Maria MENOUNOS, Tyra BANKS, Jon VOIGHT, Jennifer LOVE HEWITT, Jason BATEMAN, Lance BASS, Alicia SILVERSTONE (eux-mêmes), Mickey ROONEY (le Vieux Carruthers) et le Caméo Non Crédité de Tobey MAGUIRE (lui-même)  

Produit par Stuart CORNFELD, Matt EPPEDIO, Patrick ESPOSITO, Eric McLEOD, Ben STILLER et Brian TAYLOR (Goldcrest Pictures / DreamWorks SKG / Internationale Filmproduktion Stella-del-Sud Second / Red Hour Films / Road Rebel)   Producteur Exécutif Justin THEROUX  

 

Musique Theodore SHAPIRO   Photo John TOLL   Montage Greg HAYDEN   Casting Kathy DRISCOLL et Francine MAISLER  

Décors Jeff MANN   Direction Artistique Raphael GORT, Richard L. JOHNSON et Dan WEBSTER   Costumes Marlene STEWART  

1er Assistant Réalisateur Mark COTONE   Réalisateurs 2e Équipe E.J. FOERSTER et Phil NEILSON    Cascades Brad MARTIN  

Mixage Son Steve CANTAMESSA et Craig HENIGHAN   Montage Son Jim BROOKSHIRE et Craig HENIGHAN  

Effets Spéciaux Visuels Mark BREAKSPEAR, David CARRIKER, Jamie DIXON, Paul GRAFF, Bryan HIROTA, Anthony MABIN et Michael OWENS (Hammerhead Productions / CIS Hollywood / Custom Film Effects / Proof / Rainmaker Animation & Visual Effects)   Effets Spéciaux de Maquillages Michèle BURKE, Barney BURMAN, Matthew W. MUNGLE et Koji OHMURA   Effets Spéciaux de Plateau Michael MEINARDUS   

Distribution USA : DreamWorks Distribution / Distribution INTERNATIONAL : UIP  

 

Durée : 1 heure 47

Sous un masque de contentement – THE DARK KNIGHT – Partie 2

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Entre ces deux nouveaux personnages, notre Batman courrait le risque de se retrouvé éclipsé par ses adversaires, ou mis en retrait des évènements. Il n’en est heureusement rien, même si la donne a changé. BATMAN BEGINS respectait finalement à la lettre le code du genre super-héroïque, qui veut que le premier film soit celui des origines, et mette en avant sa psychologie pour mieux poser ensuite sa stature de héros (un peu le schéma du SUPERMAN de Richard Donner ou du SPIDER-MAN de Sam Raimi). Le second film oppose le héros à un ennemi nettement plus puissant, et pousse généralement celui-ci à un choix cornélien et décisif – pour schématiser à partir des deux exemples précédents, leurs suites suivent le même modèle, les protagonistes sacrifiant leur identité symbolique de héros par amour. Avec THE DARK KNIGHT, Nolan modifie la donne à sa façon. Il était bien signalé, à la fin du premier film, que le millionnaire playboy Bruce Wayne, la figure publique de Gotham, était le vrai masque sous lequel se cachait Batman, le guerrier vengeur ayant dompté sa folie interne.  

Ici, le héros est définitivement présenté d’emblée sous sa forme iconique de justicier impitoyable, corrigeant une bande de dealers dans un parking, ainsi que son premier ennemi, l’Épouvantail (Cillian Murphy refait ainsi une brève apparition clin d’œil)… et, plus inattendu, une bande de « bat-copieurs » ! Ces imitateurs du justicier sont en fait de pauvres types se prenant pour des vigilantes, des fanatiques prêts à la violence extrême pour combattre les criminels de la cité. L’un d’eux paiera très cher cette admiration pour Batman, et finira torturé et pendu par le Joker – la découverte de son cadavre est d’ailleurs un vrai électrochoc horrifique, digne de la scène de la tête du pêcheur des DENTS DE LA MER de Steven Spielberg… Batman découvre là le contrecoup inattendu de sa célébrité et de sa valeur symbolique : un justicier border line, certes héroïque en diable (Nolan iconise le personnage à plusieurs reprises dans des images sublimes), mais capable d‘erreurs de jugement, entraînant des conséquences dramatiques. Il ne peut empêcher par exemple l’attentat dont Gordon sera la victime accidentelle – séquence évoquant l’assassinat de John Kennedy, ce qui ne manque pas d’ironie quand on se rappelle que l’interprète de Gordon, Gary Oldman, jouait Lee Harvey Oswald dans JFK !…  

Aussi, les moments attendus où le héros doit se démasquer, et sauver sa dulcinée, passages presque indispensables dans les SUPERMAN et SPIDER-MAN précités, sont ici transgressés par Nolan. Bruce Wayne laisse finalement le soin à Harvey Dent, son reflet, son double, de revendiquer l’identité de Batman – ce qui est finalement logique au vu de la personnalité de Dent, on l‘a vu. Quant au sauvetage espéré de la belle en danger, Nolan ose l’impensable dans une production estivale mainstream : dans une séquence sublime, Batman décide de sauver Harvey Dent (symboliquement, le héros officiel de Gotham doit échapper au piège du Joker), sacrifiant du coup Rachel. La malheureuse est réduite en miettes dans l’explosion qui s’ensuit. Du jamais vu à ce niveau. Et très dur à encaisser, psychologiquement, pour un Bruce Wayne que nous verrons ensuite accablé, presque prostré, dans son loft. Il faut toute la force de caractère du fidèle Alfred pour le remettre en selle après ce terrible échec, et le pousser à vaincre l’abominable Joker une bonne fois pour toutes.  

S’ils ne sont que suggérés, les dégâts psychologiques de Batman sont cependant sensibles dans la dernière partie du film : après ce désastre, nous le voyons en proie aux débuts d’une inquiétante tentation. Grâce au « sonar » mis au point par son ami Lucius Fox, Batman se sert de tous les portables de la ville pour localiser le Joker. Intention louable, mais dangereuse, comme le sent justement Fox. À force de vouloir surveiller une cité entière, Batman est à deux doigts de devenir un « Big Brother » policier en puissance. Son allié doit d’ailleurs lui servir de garde-fou éthique pour l’empêcher de basculer dans cette dérive sécuritaire. Il en coûtera d’ailleurs à Batman la perte d’un allié de poids, celui qui protégeait ses activités secrète au sein de sa propre société, et qui lui fournissait ses armes hi-tech. Batman perdra aussi un ami précieux, James Gordon, dans la bataille finale. Au terme d’une magnifique dernière séquence, notre héros s’enfuit dans la nuit. Il a tout perdu : son arme numéro 1, la Batmobile (symboliquement détruite dans le combat contre le Joker) ; ses alliés (à l’exception du fidèle Alfred) ; son alliance occulte avec l’unité policière de Gordon ; et l’amour de sa vie. Privé ainsi de tous ses garde-fous, le Chevalier Noir est livré à un destin incertain. Dans quel état le retrouverons-nous dans un troisième et ultime opus de la saga ?  

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Ci-dessus : la poursuite routière dévastatrice opposant Batman et le Joker.  

Voilà donc évoqués quelques-unes des multiples interprétations possibles du scénario de THE DARK KNIGHT, complexe, dense et maîtrisé de bout en bout. À cela s’ajoute une mise en scène exceptionnelle. Christopher Nolan filme « sans mauvaise graisse », avec un sens du détail et de l’image extrêmement détaillée. Les séquences d’action, bien que quantitativement peu nombreuses, sont parmi les meilleures jamais vues. Aussi attendues qu‘elles puissent être, dans un domaine de cascades finalement assez prévisibles, elles surclassent en puissance visuelle celles de dizaines de blockbusters maintes fois vus. Par exemple, la poursuite routière écrase largement en furie dévastatrice celles d’un TERMINATOR 2 qui fut longtemps considéré comme imbattable dans ce domaine. Les prises de vues en IMAX du chef-opérateur Wally Pfister, jouant sur une profondeur de champ extrême, confèrent à cette scène un style unique. D’un côté, Batman libéré de son tank, et fonçant sur sa moto spéciale comme un cavalier vengeur, et de l’autre le Joker aux commandes de son camion, déchaînant tous les feux de l’Enfer sur son passage, deviennent ainsi deux pures forces primales prêtes à se battre jusqu’à la mort…  

À tous les niveaux techniques, Nolan a su s’entourer de collaborateurs de talent. Les maquilleurs ont su donner une image originale du Joker, putride et terrorisante. Le montage est fluide, rendant le film rapide mais pas illisible, et la photographie est superbe. Même la musique s’est bonifiée : un peu « raides » sur le premier film, Hans Zimmer et James Newton Howard ont su ici se libérer de leurs habitudes pour livrer une musique dynamique et inspirée. Le thème associé au Joker contribue largement à l’impression de folie malsaine du personnage : un long riff de guitare, étendu au-delà des normes, et soudainement traversé de deux brèves notes électrisantes. Simple, mais redoutablement efficace.  

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Terminons ces louanges par le casting. On l’a dit, il est largement dominé par les deux nouvelles têtes. Plongé dans la démence du Joker, Heath Ledger réussit un tour de force – on n’a rarement vu un méchant aussi halluciné et terrifiant depuis des lustres. Certaines de ses idées de jeu sont aussi judicieuses que dérangeantes – cet immonde clapotement de la bouche, par exemple ! Il est certain que sa disparition prématurée va beaucoup se faire sentir sur un éventuel troisième film. Et une nomination à l’Oscar, à titre posthume, est tout à fait envisageable. Quant à Eckhart, il réussit donc une prestation difficile, tour à tour affable, ambigu, tragique ou monstrueux. Christian Bale poursuit sur sa lancée du premier film, avec l’intelligence de jeu qui le caractérise. Il alterne ainsi l’humour à froid (sous le masque de Bruce) et les flambées de violence de Batman, notamment présentes dans l’impressionnante scène de l’interrogatoire. À côté d’eux, signalons la présence d’un revenant, Eric Roberts, le frère aîné de Julia et ancien bad boy des années 80, savoureux en mafioso huileux. J’ai passé sous silence, faute de temps, l’importance du rôle de Gary Oldman, une nouvelle fois excellent, et qui peut ici développer son personnage de flic intègre dans quelques belles scènes. Succédant à la charmante Katie Holmes dans le rôle de Rachel, Maggie Gyllenhaal se montre un petit peu juste par rapport à ses prestigieux collègues, mais se montre touchante dans sa grande scène finale. Morgan Freeman est toujours là pour amener un peu de chaleur et de sagesse humaine, et participe à l’action dans le premier tiers du film. Last but not least, le grand Michael Caine, discret mais toujours présent, tempère de son humour so british à un film somme toute très sombre. Et il a droit à de belles scènes où il se montre être la véritable conscience de notre héros.  

Voilà, j’espère que vous me pardonnerez un texte très long, à la mesure de mon enthousiasme pour le film. Et encore, je n’ai pas pu rajouter tout ce que j’avais à dire sur ce DARK KNIGHT qui est à mes yeux l‘apothéose de la jeune carrière de Christopher Nolan. Il ne reste qu’à espérer que ce dernier rentre de ses vacances méritées pour trouver de nouvelles idées de films (peut-être une adaptation, encore hypothétique, de la fameuse série LE PRISONNIER ?) en attendant un troisième volet de la saga batmanienne. Le Joker est vaincu, mais vivant. Mais, sans Heath Ledger, sera-t-il judicieux de choisir un nouvel interprète pour le rôle ? Faudra-t-il réinventer un nouveau vilain (Catwoman, Pingouin, Riddler…) comme nouvel ennemi de Batman ? Et surtout, qu’en sera-t-il de l’évolution de ce dernier ? Seul Christopher Nolan le sait…  

Ma note : 

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Dr. Ludovico, Asile d’Aliénés d’Arkham

Sous un masque de contentement – THE DARK KNIGHT – Partie 1

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THE DARK KNIGHT / THE DARK KNIGHT : LE CHEVALIER NOIR, de Christopher NOLAN  

L’Histoire :  un an a passé depuis les évènements de BATMAN BEGINS. Sous le masque du justicier Batman, Bruce Wayne a fait arrêter Carmine Falcone, parrain de la mafia de Gotham City, vaincu l‘Épouvantail et tué Ra‘s Al Ghûl, empêchant ce dernier d‘empoisonner la ville avec du gaz toxique. Mais les rues de Gotham ne sont pas plus sûres pour autant…  

Un nouveau criminel fait son entrée en scène : organisant une attaque de banque parfaitement menée, il exécute froidement ses complices et se démasque volontairement devant les témoins horrifiés : voici le Joker, un psychopathe sadique, dénué de toute morale, et amoureux du chaos… De son côté, Batman retrouve et capture l’Épouvantail, ses complices, et des adeptes de la justice expéditive déguisés en lui-même, durant un échange de drogue. Le Lieutenant James Gordon, désigné chef de l’Unité spéciale Anti-Crime de Gotham, le met au courant du braquage de la banque dévalisée par le Joker. Ce dernier s’est enfui en emportant 68 millions de dollars appartenant aux mafieux. Revenu à son identité officielle, le playboy multimilliardaire Bruce Wayne apprend qu’un homme d’affaires véreux, Lau, tente d’escroquer la Wayne Enterprises, et croit échapper à Batman en se rendant à Hong Kong. Lau est en fait l’homme de paille des chefs mafieux de Gotham, à commencer par Salvatore Maroni, le successeur de Falcone. Batman et Gordon doivent ainsi aussi faire confiance à un jeune, ambitieux, séduisant et charismatique nouveau Procureur Général de Gotham : Harvey Dent. « Chevalier Blanc » de la croisade contre le Crime, Dent verrait bien Batman arrêté… et, de plus, il est le petit ami de Rachel Dawes, l’avocate dont Bruce Wayne est amoureux. Si Batman parvient à capturer et ramener Lau à Gordon avec l‘appui du procureur, la situation se dégrade : le Joker passe un accord avec Maroni et les mafieux pour éliminer Batman. Le criminel déploie toute son intelligence machiavélique pour pousser à bout le justicier, et semer la terreur, la destruction et la mort sur Gotham…  

La critique :  

« Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement. »  

Gwynplaine dans « L’Homme Qui Rit » de Victor Hugo (1869)  

La dernière scène de BATMAN BEGINS nous annonçait la couleur. L’alliance occulte formée par l’intègre policier Gordon et le justicier de la nuit prenait sous les caméras de Christopher Nolan un tour prophétique, en même temps qu’une intelligente pirouette finale, aux éléments mis en place à la fin de ce brillant premier opus des aventures de Batman. Ce dernier a mis en déroute la Mafia de Gotham, affronté ses pires peurs incarnées par l’Épouvantail, et symboliquement tué son mentor, Henri Ducard / Râ’s Al Ghul, dans le métro créé jadis par son père assassiné. Un dialogue judicieux prononcé par Gordon allait faire le lien entre ce film et THE DARK KNIGHT : l’escalade dans la violence des affrontements flics-criminels de Gotham devait mener à la naissance d’un héros comme Batman… et entraîner une riposte à la mesure. L’homme chauve-souris ayant freiné l’entropie corruptrice qui régnait dans la cité, en frappant de terreur les criminels ordinaires, ce deuxième opus serait donc celui d’un affrontement impitoyable entre le « Chevalier Noir » et un ennemi à sa mesure. Mesdames et messieurs, le Joker est dans la place !  

L’annonce de son apparition dans ce second volet, ainsi que d’un autre personnage fondamental de l’univers « batmanien », Harvey Dent alias Two-Face, plaçait donc très haut les attentes du public envers THE DARK KNIGHT et son maître d’œuvre, le jeune et surdoué Christopher Nolan. Attentes comblées au-delà de toutes espérances : le film est un triomphe mondial, et surpasse magistralement un BATMAN BEGINS pourtant déjà réussi !  

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Le film démarre sur les chapeaux de roue, via une magistrale scène de braquage prétexte à l‘entrée en scène du bad guy absolu que représente le Joker dans ce film. Situant toujours l’univers de Batman dans un domaine urbain, réaliste, Nolan place délibérément des hommages directs à quelques-uns des grands films criminels. Le rythme tendu, la musique atmosphérique, la photo aux tons métalliques renvoient à la référence filmique absolue en matière de braquage de banque : HEAT, le magistral polar de Michael Mann, dont Nolan réadaptera les tonalités esthétiques à plusieurs reprises dans le film – notamment dans les scènes introspectives de Bruce Wayne, isolé dans son immense loft bleuté. Le réalisateur appuie d’ailleurs encore plus la référence au film de Mann en lui « empruntant » l’acteur William Fichtner, ici dans le rôle du directeur de la banque, appartenant à la Mafia. À cette première référence, s’en rajoute une seconde nous renvoyant aux obsessions d’un autre immense cinéaste, Stanley Kubrick. Le gang filmé par Nolan porte des masques grotesques de clowns, comme celui porté par Sterling Hayden dans L’ULTIME RAZZIA (THE KILLING) quand il dévalise le coffre du champ de courses, ou ceux, ouvertement sexualisés, de Malcolm McDowell et sa bande de voyous violeurs dans une scène mémorable d’ORANGE MÉCANIQUE. Malin, Nolan sait que le spectateur a déjà vu des dizaines de scènes de braquages soigneusement planifiés, et ceux-ci tournent soit à l’échec, soit à la réussite rondement menée. Le cinéaste choisit quant à lui de détraquer d’emblée le « mécanisme » logique de ce type de séquences : on a déjà vu des braqueurs de cinéma s’enfuir, se trahir après coup, ou réussir leur coup d’extrême justesse, mais c’est bien la première fois que l’on en voit s’entretuer durant le hold-up même ! La mécanique de précision tourne donc au Chaos total, incarné par le Joker qui se démasque volontairement face aux caméras de surveillance…  

En l’espace d’une séquence, Nolan et son comédien, Heath Ledger, viennent de présenter magnifiquement le personnage. Autant dire que nous sommes très loin du Joker joué par Jack Nicholson dans le film de 1989 signé Tim Burton. La prestation de Nicholson fut pourtant et justement saluée comme mémorable, le comédien déchaîné portant littéralement sur ses épaules le film de Burton. Mais elle n’a rien à voir avec celle que nous livre Heath Ledger. Le jeune comédien australien, décédé des suites d’une overdose cet hiver, est tout simplement hallucinant ! Loin des rôles de jeunes premiers romantiques auxquels on l’a cantonné (PATRIOT, CHEVALIER ou BROKEBACK MOUNTAIN), Ledger s’est totalement approprié le personnage, au point que l’on ait pu douter de sa santé mentale. Il s’est enfermé durant un mois dans une chambre d’hôtel pour préparer son rôle, rédigea un journal intime dans lequel il écrivait les pensées intimes de son personnage, et s’investit dans les scènes d’action au point d’insister pour que Christian Bale, l’interprète de Batman, le frappe réellement dans les confrontations brutales de leurs personnages ! Nolan l’avait dit, Ledger « n’a peur de rien », et certainement pas de vivre à l’écran la folie du Joker. Campé par Nicholson, le même personnage, aussi maléfique était-il, provoquait finalement la sympathie du public par son humour macabre et ses blagues incessantes. Rien de tel avec Ledger, qui fait du Joker un véritable psychopathe, un sadique doublé d’un esprit machiavélique au possible. Nolan a su très bien capter l’importance mythologique du personnage : le Joker, c’est certes le clown, le bouffon qui par bien des aspects renvoie à la société son reflet déformé, caricaturé à l’excès. C’est aussi l’élément perturbateur d’une structure trop bien agencée – comme dans les jeux de cartes où le Joker vient perturber la stratégie des joueurs adversaires. C’est aussi l’anarchie, la parodie, la malice (au sens primal du mot) représentées, dans les anciennes civilisations, par des divinités perfides (comme Loki, le dieu nordique de la Malice, ou le Trickster des légendes indiennes*) complétant en s’y opposant les Dieux justiciers plus sévères, représentés ici par Batman. Le criminel ne manquera pas de le souligner à son adversaire, en fin de film. Bien que vaincu, il le nargue en lui révélant que tous deux se complètent, symboliquement parlant.  

(*ironiquement, ces noms de divinités ont inspiré les scénaristes de comics, le Trickster étant un ennemi « à la Joker » du super-héros Flash, et Loki l’ennemi juré du Puissant Thor…)  

Rajoutons aussi que la stature « chaotique » du Joker passe aussi par l’occultation complète de ses origines (grosse différence là aussi avec le Burton). Le personnage aime raconter à ses proies plusieurs versions différentes de son passé, semant volontairement ainsi le trouble et la confusion sur la raison de sa folie. C’est une idée très ingénieuse de la part de Nolan que de renforcer ainsi la part de mystère du personnage.  

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Ci-dessus : quand le Joker (Heath Ledger) s’invite à la soirée donnée par Bruce Wayne (Christian Bale), la vie de Rachel (Maggie Gyllenhaal) est en grand danger…

ATTENTION – en raison des lois sur le copyright, il est possible que cet extrait ne soit plus visible.

Le leitmotiv du Joker est donc le Chaos ; non seulement via des braquages, agressions et attentats (ciblés d’abord contre les puissants, les « intouchables » de Gotham City, puis contre la population entière), mais aussi par des attaques psychologiques, bien plus vicieuses. D’abord en narguant ses futures victimes, faisant régner un climat de psychose sur la ville (on n’est pas loin du Scorpio de L’INSPECTEUR HARRY, ouvertement inspiré du Tueur du Zodiaque), ou en les faisant craquer. Comme le Démon dans L’EXORCISTE de Friedkin, ou le mystérieux John Doe du SEVEN de Fincher, le Joker frappe là où ça fait mal : dans la grande scène de l’interrogatoire (qui n‘est pas sans rappeler les affrontements tendus du flic et du tueur d‘INSOMNIA, une des précédentes réussites de Nolan), Batman cède ainsi à ses pulsions violentes en le passant à tabac, encouragé par le Joker lui-même ! Et, victime lui aussi de la torture psychologique infligée par le Clown du Crime, l’irréprochable procureur Harvey Dent bascule dans la folie criminelle… Le criminel n’épargne personne, ni les gangsters « ordinaires » de la ville, qu’il renvoie à la médiocrité de leur cupidité (scène saisissante du bûcher de billets verts), ni les bons habitants évacués en ferry, victimes de son « expérience sociologique »… Victimes ? Cela reste à voir. Par un petit jeu sadique de son invention, le Joker incite les bons citoyens de la ville à tuer sans remords les criminels détenus sur un autre bateau, à qui il offre la même chance de survie. Résultat de « l’expérience » ? Si personne ne meurt, Nolan nous aura quand même montré que certains de ces « honnêtes » citoyens sont potentiellement bien plus violents, et prêts à tuer au nom de leur survie, que les détenus eux-mêmes. C’est là l’occasion pour le cinéaste de signer un constat cinglant sur la paranoïa régnant aux Etats-Unis…  

THE DARK KNIGHT, c’est aussi l’entrée en scène d’un autre personnage fondamental de l’univers de Batman, Harvey Dent. Hâtivement présenté dans la b.d. comme l’adversaire n°2 du justicier nocturne – un procureur idéaliste affreusement défiguré par un mafioso, qui devient fou et joue le sort de ses victimes à pile ou face – Dent/Two-Face n’avait guère eu l’occasion d’être correctement développé au cinéma. Un immense acteur, Tommy Lee Jones, avait incarné le personnage avec forces pitreries dans le kitsch et lamentable BATMAN FOREVER de Joel Schumacher ; relégué au second plan par un Jim Carrey/Riddler omniprésent, Jones se retrouvait obligé d’occulter la dimension tragique du personnage, se limitant à un concours de grimaces et de gesticulations franchement insupportables. Reconnaissons là encore l’intelligence de Nolan de ne pas avoir choisi cette voie, et de rendre à Dent sa complexité. Peu connu du grand public, l’acteur Aaron Eckhart incarne à merveille le personnage. Révélé dans EN COMPAGNIE DES HOMMES, excellent dans THANK YOU FOR SMOKING, Eckhart sait parfaitement jouer de son aspect physique, évoquant un jeune Robert Redford, pour incarner des personnages clean en surface mais souvent ambigus. Voir aussi cette scène courte mais mémorable de THE PLEDGE, de Sean Penn, où il joue un flic apparemment honnête, mais n’hésitant pas à franchir la limite pour obtenir des aveux forcés du handicapé mental joué par Benicio Del Toro… Ce genre de séquence a dû fortement impressionner Nolan, qui aime lui aussi particulièrement l’ambiguïté morale chez ses protagonistes. Un casting idéal pour le rôle de Dent : ce procureur dynamique, honnête et séducteur, adepte du lancer de pièce de monnaie (comme George Raft dans SCARFACE, l’original de Howard Hawks !) prend dans le film une importance toute spéciale. Devenu le « Chevalier Blanc » de Gotham City, il symbolise les espoirs de ses habitants dans sa lutte contre la criminalité. Harvey Dent représente aussi aux yeux de Bruce Wayne à la fois un rival et un frère d’armes. Venu d’un milieu aisé, Harvey s’affiche au bras de la charmante Rachel, le grand amour de Bruce, lui rappelant du coup ce qui aurait dû lui arriver s’il ne s’était pas lancé dans sa croisade personnelle contre le Crime, s‘il n‘était pas devenu Batman. Rival en amour, Harvey est aussi le reflet de l’envie de justice absolue que ressent Bruce ; à cette différence qu’Harvey agit dans le respect de la légalité, là où Bruce se salit les mains en tant que Batman. Tout cela est énoncé très justement par Nolan durant une scène de dîner chic où les deux hommes, sous les faux-semblants de rigueur, s’étudient et se jaugent sous le regard inquiet de Rachel. Renforçant la ressemblance avec Bruce/Batman, ce « Monsieur Mains Propres » qu’est Harvey cache aussi de noires pensées. Une violence interne qui ne demande qu’à exploser quand le besoin s’en fait sentir : face à un mafioso qui le menace, face à un complice du Joker qui refuse de parler, le gentil Harvey Dent cède la place à un personnage capable d‘actes brutaux. Le voile de la normalité se déchire peu à peu. Dent est Gotham City, en quelque sorte : sous un aspect lisse et brillant, apparaissent les plus noires pulsions de l’âme humaine. Pour son malheur, Harvey est incapable d’intégrer ces deux aspects contradictoires de son âme. La mort dramatique de Rachel causée par le Joker servira d’élément déclencheur à son basculement dans la démence et la folie homicide. Et la monstruosité de la ville s’affiche sur son visage, à moitié carbonisé. C’est LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY incarné : un beau visage qui devient terrifiant sous le poids des fautes de celui qui le porte, et de la société qu‘il représente…   

à suivre…  

La fiche technique :  

THE DARK KNIGHT / THE DARK KNIGHT : LE CHEVALIER NOIR  

Réalisé par Christopher NOLAN   Scénario de Jonathan NOLAN et Christopher NOLAN, d’après la bande dessinée créée par Bob KANE (DC Comics)  

Avec : Christian BALE (Bruce Wayne, alias Batman), Aaron ECKHART (Harvey Dent, alias Two-Face), Heath LEDGER (le Joker), Gary OLDMAN (Lieutenant James Gordon), Michael CAINE (Alfred), Maggie GYLLENHAAL (Rachel Dawes), Morgan FREEMAN (Lucius Fox), Monique CURNEN (Inspecteur Anna Ramirez), Cillian MURPHY (l’Épouvantail), Chin HAN (Lau), Nestor CARBONELL (Anthony Garcia, le Maire), Eric ROBERTS (Salvatore Maroni), Ron DEAN (l’Inspecteur Wuertz), Michael Jai WHITE (Gambol), Anthony Michael HALL (Mike Engel), Keith SZARABAJKA (l’Inspecteur Stephens), Colin McFARLANE (le Commissaire Loeb), William FICHTNER ( le Directeur de la Banque )  

Produit par Christopher NOLAN, Charles ROVEN, Jordan GOLDBERG, Philip LEE, Karl McMILLAN, et Emma THOMAS (Warner Bros. Pictures / Legendary Pictures / Syncopy / DC Comics)   Producteurs Exécutifs Kevin De La NOY, Benjamin MELNIKER, Michael E. USLAN et Thomas TULL  

Musique James Newton HOWARD et Hans ZIMMER   Photographie Wally PFISTER   Montage Lee SMITH   Casting John PAPSIDERA  

Décors Nathan CROWLEY   Direction Artistique Simon LAMONT, Mark BARTHOLOMEW, James HAMBRIDGE, Kevin KAVANAUGH, Steven LAWRENCE et Naaman MARSHALL   Costumes Lindy HEMMING  

1er Assistant Réalisateur Nilo OTERO   Cascades Richard RYAN  

Mixage Son Lora HIRSCHBERG et Gary RIZZO   Montage Son Richard KING   Effets Spéciaux Sonores Richard KING et Hamilton STERLING  

Effets Spéciaux Visuels Nick DAVIS, Paul J. FRANKLIN, Ian HUNTER et Christian IRLES (Double Negative / Animal Makers / BUF / Escape Studios / Framestore / Gentle Giant Studios / New Deal Studios)   Effets Spéciaux de Maquillages John CAGLIONE Jr. et Lisa JELIC   Effets Spéciaux de Plateau Chris CORBOULD  

Distribution USA : Warner Bros. Pictures  

Durée : 2 heures 32

Pandagruélique ! – KUNG FU PANDA

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KUNG FU PANDA, de Mark OSBORNE et John STEVENSON  

L’Histoire :  

aux temps héroïques de la Chine ancienne, Po, un panda jovial, paresseux, maladroit et gourmand, travaille comme serveur dans le restaurant de nouilles de son père, Mr. Ping. Mais Po ne rêve que d‘une chose : devenir un grand maître du kung-fu, comme ses idoles, les légendaires Cinq Cyclones : Tigresse, Singe, Mante, Grue et Vipère, les élèves du sévère mais bon Shifu. Celui-ci les entraîne à la pratique des arts martiaux, dans le Palais de Jade surplombant la Vallée de la Paix, là où vivent Po et les villageois. Shifu a lui-même un vénérable maître, la tortue Oogway, qui vient d‘avoir une vision : le légendaire Guerrier Dragon va bientôt se révéler à tous pour combattre le Mal !  

L‘annonce est publiée partout en ville, et Po aimerait bien assister à la cérémonie, qui va désigner un de ses héros. Mais, retardé dans le grand escalier menant au Palais à cause de son poids, Po se voit interdit d‘entrée. Ses tentatives désespérées pour assister à la cérémonie échouent, jusqu‘à ce qu’il décide de s’attacher sur une chaise propulsée par des feux d‘artifices ! Po finit par s‘écraser aux pieds de Shifu et d‘Oogway au moment et se retrouve désigné par ce dernier ! Shifu est consterné d‘avoir à s‘occuper de ce nouvel élève glouton et maladroit comme pas deux. Pendant ce temps, Tai Lung, le fourbe léopard des neiges, ancien brillant disciple de Shifu, s‘évade de prison pour revendiquer le titre de Guerrier Dragon…  

La critique :  

Chez DreamWorks/PDI, on aime les animaux, au point de leur décerner tout un zoo des plus excentriques. Suivant – entre autres – l’âne parlant, le chat mousquetaire, les pingouins commandos, les lémuriens fêtards et l’abeille revendicatrice, voici un nouveau fleuron de poids : Po, le Panda amateur de kung-fu ! Un robuste gaillard bien rembourré, qui s’imagine meilleur en guerrier invincible qu’en cuistot spécialiste de la soupe aux nouilles, son vrai métier au début de ces aventures bigrement réjouissantes…  

KUNG FU PANDA est un film jubilatoire, et marque une certaine évolution dans ce qui faisait jusqu’ici la marque de fabrique des productions DreamWorks/PDI : la comédie de situation, l’irrévérence et la satire, privilégiées par rapport à la concurrence, Pixar en tête (lesquels semblent quand même prêts à riposter de la meilleure façon, si j‘en juge par les bandes-annonces de WALL-E, leur dernier-né, mais ceci est une autre histoire). Ici, la force de KUNG FU PANDA repose autant sur des personnages particulièrement attachants que sur l’action trépidante, et l’ambiance générale est un beau mélange d’hommage respectueux aux films de kung-fu (ceux de la Shaw Brothers des années 70, notamment, avec leurs histoires classiques d‘apprentissage et de vengeance) et de burlesque total.  

Dans ce domaine-là, on est servi. Po, le héros malgré lui de l’aventure, est un personnage dont la bonne volonté (et le physique forcément « nounours ») provoque immédiatement la sympathie… ses gaffes et ses gamelles provoquent quant à eux l’hilarité, sans le moindre problème ! Les animateurs se sont manifestement bien amusés à calquer le physique bedonnant, la gestuelle et les mimiques irrésistibles de son interprète en VO, Jack Black (*), dans un festival de scènes du meilleur niveau. Je ne résiste pas ici à l’envie de citer mon top 5 personnel des moments les plus drôles du film :

- le très beau prologue, animé en 2D, où notre panda se rêve en invincible guerrier ;

- les vaines tentatives de Po pour entrer au Palais de Jade et assister à la cérémonie, quelque part entre les mésaventures du Coyote de Chuck Jones et les tentatives similaires de l’Inspecteur Clouseau (le grand Peter Sellers) pour entrer dans un château fort, dans THE PINK PANTHER STRIKES AGAIN (Quand la Panthère Rose s’emmêle, 1976) de Blake Edwards ;

- le même gros balourd de Po s’incrustant dans la chambre de la Grue pour tenter de gagner son amitié ;

- la scène de l’acupuncture qui tourne mal (avec une référence au prologue des AVENTURIERS DE L‘ARCHE PERDUE !);

- et l’entraînement peu orthodoxe que Shifu invente pour son nouvel élève : le duel de kung-fu ravioli !  

Fous rires garantis !  

(*) Il semble pourtant que les concepteurs visuels de KUNG FU PANDA se soient inspirés d’une autre personne pour créer le visage et le physique de Po. La preuve en images :  

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Po.  

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Un quidam.  

Étonnante ressemblance, non ?  

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Ci-dessus : la première journée d’entraînement de Po chez les maîtres du kung fu !  

Mais le film est encore plus réussi, dès lors que les auteurs choisissent de donner de l’épaisseur à leurs personnages. À commencer par Po, qui, derrière sa balourdise et sa gloutonnerie apparente, cache une certaine sensibilité, et un grand manque de confiance en lui-même. Il en est conscient et va même jusqu’à dire à son nouveau mentor que « toutes ces souffrances que vous m’infligez, c’est rien comparé au fait que chaque matin je me réveille dans ma peau ! ». Voilà pourquoi notre brave panda soulage sa peine dans la bouffe… un défaut apparent qui va être retourné à son avantage, grâce à Shifu – et un scénario astucieux. Le sévère mais juste Shifu a droit aussi à un traitement intéressant de la part des scénaristes : sous ses allures de Maître Yoda au cœur sec, Shifu cache lui aussi une grande désillusion, d’ordre filial. Le méchant léopard Tai Lung cherche la reconnaissance paternelle de Shifu, mais sa violence gâche tout. Et la belle Tigresse, jalouse (comme une… oui, comme une tigresse) de Po, veut aussi gagner la reconnaissance du vieux maître pour les mêmes raisons… Le cœur du script de KUNG FU PANDA repose donc sur ces histoires de filiation bien vues, très drôles, et pleines de tendresse cachée. Le film se permet même quelques touches de poésie bienvenues, notamment dans la scène visuellement somptueuse du départ d’Oogway, la vieille tortue pleine de sagesse ancestrale.  

La mise en scène est impeccable, techniquement irréprochable. Les réalisateurs ont pris plaisir à recréer l’univers des films d’arts martiaux et à le mêler à une qualité d’animation de premier plan. À tel point que KUNG FU PANDA est peut-être à ce jour le meilleur film sorti des studios DreamWorks Animation.  

Qui dit kung-fu laisse donc espérer des scènes d’action à la hauteur, et le pari est réussi : on reste pantois devant l’enchaînement des péripéties et la vitesse des bagarres, qui demeurent toujours lisibles. Morceaux de choix : l’évasion « en apesanteur » de Tai Lung de sa prison, le combat entre les Cinq Cyclones et le même Tai Lung sur un pont de cordes, et le délirant affrontement final entre Po et le méchant, truffé de gags fulgurants ! La bande son est aussi à la hauteur, pleine de trouvailles – les grognements au ralenti de Po sont irrésistibles en particulier. Et la musique de Hans Zimmer et John Powell est très entraînante.  

J’aurais aimé pouvoir dire du bien du casting vocal original… si seulement j’avais pu voir le film en VO. Soyons justes quand même, le doublage en français est de très bon niveau (mention bien à Pierre Arditi, rompu à ce genre d’exercice, qui réinterprète bien le caractère pince-sans-rire de Shifu). Mais j’adresse là un petit coup de gueule envers les exploitants Gaumont et UGC : certes, KUNG FU PANDA s’adresse à un public familial. Nous sommes en plein été, et les parents ont le droit légitime d’emmener leurs enfants voir le film en VF en matinée. Mais les amateurs de VO peuvent aussi avoir envie de voir le film en matinée, sans avoir à parcourir toute la ville à la recherche d’un multiplexe qui propose cette option ! Surtout que des salles supplémentaires auraient pu êtres libérées, vu la médiocrité de certains films proposés par ailleurs… Du coup, il faudra sûrement attendre la sortie DVD pour profiter des voix du vrai casting : Jack Black, Dustin Hoffman, Angelina Jolie (félicitations au fait à la nouvelle maman), Ian McShane, Lucy Liu et Jackie Chan, le maître du kung-fu en personne, qui prête sa voix au Singe bondissant !  

Que ce petit pinaillage ne vous empêche pas cependant d’aller vous régaler en salles des exploits kung-burlesques de Po, le héros le plus « King size » de cette saison estivale ! Et ne partez pas avant la fin du générique !  

Ma note :  

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Crouching Tiger, Hidden Ludovico  

La fiche technique :  

KUNG FU PANDA  

Réalisé par Mark OSBORNE et John STEVENSON   Scénario de Jonathan AIBEL & Glenn BERGER  

Avec les Voix de (en VO) : Jack BLACK (Po), Dustin HOFFMAN (Shifu), Angelina JOLIE (Tigresse), Ian McSHANE (Tai Lung), Jackie CHAN (Singe), Seth ROGEN (Mante), Lucy LIU (Vipère), David CROSS (Grue), Randall DUK KIM (Oogway), James HONG (Mr. Ping), Dan FOGLER (Zeng), Michael Clarke DUNCAN (le Commandant Vachir), Wayne KNIGHT (le Chef des Brigands) et Mark OSBORNE (le Cochon Patron)  

Produit par Jonathan AIBEL, Glenn BERGER, Melissa COBB et Kristina REED (DreamWorks Animation / PDI)  

Musique John POWELL et Hans ZIMMER   Photo Yong DUK JHUN   Montage Clare KNIGHT  

Décors Raymond ZIBACH   Direction Artistique Tang KHENG HENG  

Superviseurs de l’Animation Alessandro CARLONI, Rodolphe GUENODEN et William SALAZAR  

Mixage Son Anna BEHLMER et Andy NELSON   Montage Son Erik AADAHL   Effets Spéciaux Sonores Erik AADAHL et Ethan VAN DER RYN  

Effets Spéciaux Visuels Markus MANNINEN (PDI DreamWorks)   Générique Michael RILEY  

Distribution USA : Paramount Pictures / DreamWorks Animation / Distribution FRANCE : Paramount Pictures  

Durée : 1 heure 32

Sa place n’est pas dans un musée ! – INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL – Partie 3

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3e Partie : 

L’inventivité et l’exhaustivité des scénaristes ne s’arrête pas là. Le voyage d’Indy et Mutt les font retrouver le Crâne de Cristal dans un certain tombeau, le Berceau d’Orellana, près du plateau de Nazca au Pérou. Ce site existe réellement : les géoglyphes créés depuis des siècles ont été découverts en 1926, et ont fait l’objet de recherches sérieuses par l’archéologue Maria Reiche. Ces immenses dessins faits à partir d’alignements de cailloux avaient une fonction rituelle sacrée. Comme le dit Indy dans le film, le plus extraordinaire étant que ces dessins ne sont visibles clairement que depuis le ciel ! Ce fait a conduit des ufologues à croire qu’ils pourraient être des signaux destinés à d’éventuels visiteurs célestes. Cette théorie rejoint celle dite des « Anciens Astronautes », très critiquée, qui fut défendue par l’ufologue Erich Von Däniken dans son livre CHARIOTS OF THE GODS ? Elle n’est cependant pas aussi farfelue qu’il y paraît : de nombreuses civilisations, pourtant éloignées géographiquement et temporellement, évoquent des phénomènes et des rencontres étranges – y compris dans l’Ancien Testament de notre Bible. Cherchez aussi du côté des légendes aborigènes Australiennes de « l’Homme sans Bouche », des statuettes Dogu japonaises, de certaines peintures étrusques, de certaines fresques aztèques ou mayas, et vous verrez d’étonnantes similitudes… Soit dit en passant, l’un des dessins de Nazca, représentant un homme, a gagné un surnom de circonstance : « l’Astronaute »…  

En ce qui concerne le Berceau d’Orellana, les scénaristes se sont inspirés de l’histoire d’un véritable Conquistador, Francisco de Orellana. Lieutenant de Gonzalo Pizarro, Orellana disparut en 1546 aux confins de l’Amazonie. Sa disparition, ainsi que celle de Lope de Aguirre (cf. le film AGUIRRE LA COLÈRE DE DIEU de Werner Herzog), alimentera la légende de l’El Dorado. Mais derrière la légende, des faits existent. Certes, INDIANA JONES ET LE ROYAUME… n’est qu’une fiction, mais là encore, Spielberg et ses scénaristes se montrent plus malins qu’il n’y paraît. En mêlant astucieusement, pour le bien de la narration, les mystères de Roswell, du Hangar 51, Nazca et l’El Dorado, ils créent une cohérence dans le cadre de l’aventure. Et, avec la cité perdue d’Akator, ils en rajoutent une nouvelle couche ! Les cités perdues d’Amérique du Sud ne sont pas uniquement des mythes : qu’on pense par exemple à Machu Picchu, dans les Andes, à Tiwanaku, aux restes d’une cité engloutie au fond du Lac Titicaca, découverte en 2000… Les récits de cités prodigieuses dissimulées au fond de l’Amazonie ont continué d’alimenter les rêves des explorateurs, tels l’Anglais Percy Harrison Fawcett (1867-1925), un véritable Indiana Jones avant l’heure, qui disparut alors qu’il recherchait une énigmatique cité mégalithique surnommée « Z »…  

Mais revenons à Akator. En réalité, il s’agit d’Akakor (le scénario change le nom, peut-être pour des raisons phonétiques ?) . Une cité disparue à l’origine d’une des plus étonnantes histoires de cités perdues, relayée par le livre d’un journaliste allemand, Karl Brugger, paru sous le titre LA CHRONIQUE D’AKAKOR. MYTHE ET LÉGENDE D’UN PEUPLE ANTIQUE D’AMAZONIE**. Avant de mourir assassiné mystérieusement en Amazonie en 1984, Brugger a relaté dans ce livre ses curieuses rencontres avec un indien, Tatunca Nara, qui prétendait être le dernier Prince d’Akakor, descendant du peuple d’Ugha Mongulala – qui inspirent donc à Spielberg les Ughas hostiles accueillant les intrus dans leur ville… Un « peuple élu par les dieux » venus du ciel il y a 15000 ans, et que nous voyons dans le film… Aussi incroyable et suspicieuse qu’elle puisse paraître, la légende d’Akakor repose sur certains faits solides, et donne au scénario son poids historique et archéologique. L’idée de faire d’Akator/Akakor le sanctuaire secret d’anciens Dieux extra-terrestres n’est donc pas si folle que cela. Elle permet de plus de lier les différents aspects mythologiques évoqués dans le film à ce fameux Crâne de Cristal source de tant de controverses.  

** si vous désirez en savoir plus sur l’énigme Akakor, et les récits de découvertes de cités perdues en Amérique du Sud, cliquez sur le lien suivant :

http://www.granpaititi.com

Vous n’allez pas être déçu du voyage !  

 

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On s’amusera aussi de constater que le scénario, dans ses rebondissements ultimes, s’aventure aussi en terrain familier pour les lecteurs européens de bande dessinée : les maîtres belges de la Ligne Claire, Messieurs Hergé et Edgar P. Jacobs, sont expressément cités en hommage, mieux encore que dans les opus précédents. La cité perdue est cachée par un passage secret dissimulé dans une chute d’eau, comme dans LE TEMPLE DU SOLEIL, et l’apothéose finale évoque le grand finale de L’ÉNIGME DE L’ATLANTIDE, un Blake & Mortimer de la meilleure cuvée. Il n’est pas étonnant alors d’apprendre que Steven Spielberg, avec la collaboration de Peter Jackson, va enchaîner sur une adaptation animée en Motion Capture des Aventures de Tintin !…  

Apprécions aussi, enfin, le film pour sa valeur professionnelle. À la mise en scène, Spielberg nous régale de scènes d’une fluidité et d’un dynamisme exemplaire, dès le générique. Citons aussi le passage mouvementé de la course-poursuite à moto dans l’Université, qui se termine sur une scène drôlissime dans la grande bibliothèque ; la traversée « à la John Huston » de la ville de Nazca, et la visite d’un sanatorium essentiel pour la quête de notre héros ; l’attaque de ces étranges « gardiens du seuil » à la démarche insectoïde, dans le Tombeau d’Orellana. Et d’autres morceaux de bravoure à n’en plus finir, comme l’étourdissante course-poursuite dans la jungle, surpassant les grandes scènes précédentes dans la saga. Ou cette attaque de fourmis carnivores, en pleine bagarre contre les Soviétiques, qui se double d’un hommage affectueux à feu Charlton Heston. Celui-là même qui en affrontait d’aussi voraces dans THE NAKED JUNGLE (QUAND LA MARABOUNTA GRONDE) de Byron Haskin !… La photographie de Janusz Kaminski est impeccable ; elle reprend les codes visuels établis par son prédécesseur Douglas Slocombe (éclairages colorés pour les scènes exotiques, à la flamme ou à la lampe-torche pour les scènes souterraines) en rajoutant des idées typiques du chef-opérateur attitré de Spielberg depuis …SCHINDLER, notamment l’utilisation des faisceaux lumineux intenses pour accrocher le regard des comédiens (par exemple le regard bleu glacial de Cate Blanchett durant la scène de l’interrogatoire dans le camp). Le fidèle complice Michael Kahn, au montage, sait toujours autant dynamiser le rythme du film tout en rendant l’action compréhensible (à l’opposé par exemple de la série de JASON BOURNE au rythme surdécoupé ). Les effets spéciaux et le production design sont toujours originaux et inventifs. Quand au maestro John Williams à la musique, il retrouve avec bonheur la célèbre Marche d’Indiana Jones, et nous gratifie de jolies surprises derrière les grandes envolées orchestrales attendues. Notamment avec l’obsédant thème du Crâne de Cristal, faisant à la fois référence à la musique de Bernard Herrmann du JOUR OU LA TERRE S’ARRÊTA, avec son mémorable usage du Theremin, et une allusion aux trois premières notes d’AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA, le poème musical de Richard Strauss basé sur le livre de Nietzsche. Une musique immortalisée par son utilisation dans 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick, où il est aussi question d’une Humanité influencé par des « Dieux » venus du Ciel ! On n’en sort pas…  

Enfin, coup de chapeau général aux comédiens. Tout ce petit monde semble s’être bien amusé sur le plateau de tournage ! Honneur aux dames : quel plaisir de retrouver Karen Allen dans le rôle de Marion Ravenwood, qui est toujours aussi drôle, attachante et énergique 27 ans après les mésaventures de L’ARCHE… Cate Blanchett en impose dans le rôle de la grande méchante de service, Irina Spalko. La comédienne australienne est une vraie femme-caméléon, prenant ici l’apparence d’une Marlene Dietrich en tenue de Soviétique sévère, avec une coupe de cheveux à la Louise Brooks, des rapières de Conquistador et un accent impeccable. C’est la Grande Cate-rine de Russie ! Elle sait à la fois jouer de sa séduction étrange, d’une présence intimidante (ces yeux d’acier) tout en évitant la caricature de la dominatrice virulente.

Ces messieurs s’en sortent aussi bien. Ray Winstone, alias Mac, le vrai-faux ami d’Indy obsédé par l’or, n’a pas la partie facile, mais il garde un côté « gros bouledogue » qui le rend sympathique même quand il trahit notre héros ! Son compatriote britannique John Hurt, alias Harold Oxley, accomplit le travail le plus subtil. Avec son allure à la Ridgewell (l’explorateur ami des indiens Arumbayas, que Tintin rencontre dans ses aventures sud-américaines), Hurt campe un savant excentrique, lunaire et drôle malgré lui. N’ayant que très peu de lignes de dialogues, l’acteur se sert de sa gestuelle et de son regard pour s’exprimer, et le résultat est incroyable – on a l’impression que Hurt ne se force jamais à jouer la comédie ! Le benjamin du casting, Shia LaBeouf, devenu en quelques films le protégé de Spielberg et du studio DreamWorks (DISTURBIA/Paranoïak, TRANSFORMERS et sa suite actuellement en chantier, en attendant EAGLE EYE), confirme de film en film qu’il est l’un des futurs grands acteurs américains. À 21 ans, il tient tête à ses prestigieux partenaires sans faiblir, et incarne un jeune homme brillant mais perturbé avec un sens du timing comique impeccable.  

Enfin, last but not least, Harrison Ford nous revient en très grande forme ! En retrouvant le costume d’Indiana Jones, l’acteur sort enfin d’une longue traversée du désert cinématographique d‘une bonne décennie (juste sauvée par de bonnes prestations dans WHAT LIES BENEATH/Apparences, de Robert Zemeckis, et K-19 de Kathryn Bigelow). En quelques secondes, dès son apparition à l’écran, l’acteur nous fait oublier les pénibles SIX JOURS SEPT NUITS, HOLLYWOOD HOMICIDE et autres FIREWALL dans lesquels il s’était fourvoyé. Harrison s’est retrouvé une seconde jeunesse, et, si les rides et les cheveux blancs sont désormais visibles, il a toujours l’énergie d’un jeune homme ! Plus mélancolique qu’il n’y paraît (voir la belle scène où il déprime devant la photo de Papa Jones), sa prestation est un régal. À tel point que l’on oublie qu’il joue un rôle, il est Indiana Jones. Cette facilité apparente dans son jeu le rapproche d’un Gary Cooper, le genre d’acteur spécialiste de l’underplaying capable de s’attirer la sympathie du public en donnant la fausse impression de n’avoir rien à faire ! Jusque dans sa dernière scène où on est enfin heureux pour Indy et Marion, « après tout ce temps passé à s’attendre », comme dirait Oxley…  

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L’occasion, cette dernière scène, d’une ultime pirouette pour Steven Spielberg et Harrison Ford : l’heure n’est pas encore à la transmission de la Couronne de l’Aventure ! Un cinquième et dernier opus avec Mutt en nouveau héros, et Indy prêt à passer la main, je vote pour !  

Une ultime recommandation pour tous ceux qui se sont sentis déçus : le Temps guérit les blessures. Donnez à INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL une seconde chance !  

Ma note finale :

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Ludovico Jones, the Raider of the Lost Temple of the Crystal Crusade 

Sa place n’est pas dans un musée ! – INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL – Partie 2

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2e Partie :

Les détracteurs n’auront pas été sensibles à la subtilité du message de Spielberg. Nuançons quand même le propos. Je crois que le vrai malaise ressenti par ces spectateurs déçus ne vient pas seulement des arguments précités, mais provient d’un décalage plus profond vécu par une partie du public de Spielberg depuis, au moins, LA LISTE DE SCHINDLER. Le cinéaste, avant d’entamer le tournage de cet opus n°4 de l’aventurier, s’amusait en constatant que nombre de ses admirateurs lui répétaient souvent : « Mais pourquoi ne faites-vous plus des films comme L’ARCHE PERDUE, E.T. ou RENCONTRES » ? Sous-entendu du cinéaste, ces curieux admirateurs gardent de Spielberg l’image du jeune prodige des années 1970-80, l’Enchanteur Public Numéro 1, pour les enfants de 7 à 77 ans… Spielberg a su magistralement inscrire en faux cette image certes plaisante mais réductrice, depuis SCHINDLER, cassant également le stéréotype du cinéaste « champion du box-office qui nous en met plein la vue à chaque film ».  

La maturation du cinéma de Spielberg l’a rendu plus complexe à cerner ; il reste certes un spectaculaire faiseur d‘images, mais, de SCHINDLER à MUNICH en passant par le SOLDAT RYAN, la donne a changé. Spielberg développe, à chaque film, un langage visuel unique, extrêmement exigeant, comme ses maîtres à filmer, John Ford, David Lean ou Stanley Kubrick. En refusant la facilité de donner au spectateur des images expliquées « clés en main » (un travers fréquent chez les nouveaux princes du box-office), le cinéaste exige aussi de nous un effort de participation et de réflexion. La vision spielbergienne, appliquée aussi bien sur des films « légers » comme LE TERMINAL ou graves comme MUNICH, est payante à condition que nous acceptions de nous y impliquer, de ne pas accepter passivement le spectacle durant deux heures, le cerveau en mode « off ». Les polémiques et controverses nées ces quinze dernières années de cette extraordinaire période de créativité proviennent, je pense, d’une incompréhension de spectateurs peu disposés à venir réfléchir sur le sens des images qui lui sont présentées : la scène de la douche dans SCHINDLER, l’étendard américain déployé du SOLDAT RYAN, le grand finale de MINORITY REPORT, les dernières images de LA GUERRE DES MONDES en sont d’assez bon exemples. Le « fin du fin » ayant été selon moi atteint par les critiques reprochées à la fin de A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. On a pu ainsi lire à l’époque que les créatures filiformes ressuscitant le petit David étaient des extra-terrestres ! Alors que depuis deux heures, Spielberg nous parlait de robotique, d’intelligence artificielle, de machines esclaves accédant douloureusement à la liberté, les détracteurs du film cèdèrent à la facilité en usant d’un cliché en guise d‘argumentation. « Spielberg » égale forcément « extra-terrestres », et tant pis si le cinéaste sème discrètement les indices dans le film quand à la véritable origine de ces créatures… Reconnaissons cependant que la confusion s’explique par l’influence esthétique du sculpteur Giacometti, dont Spielberg admire les personnages filiformes, au point de s’en inspirer déjà pour créer l’une des créatures de RENCONTRES.  Quoi qu’il en soi, la vision du film, comme de ses prédécesseurs, exige que l’on reste jeune de cœur et d’esprit pour apprécier le spectacle (garanti), que l’on reste curieux et amateur de Mystères, et que l’on accepte le défi lancé par le cinéaste : voir sous la surface des choses, et accepter une vision différente de l’Histoire de notre Humanité abordée dans LE ROYAUME….Le scénario est officiellement signé David Koepp (JURASSIC PARK, LE MONDE PERDU, LA GUERRE DES MONDES) – Jeff Nathanson (ARRÊTE-MOI SI TU PEUX, LE TERMINAL) étant crédité comme auteur de l’histoire. Le résultat est une fusion réussie du style d’écriture des deux hommes, habitués au travail avec Spielberg. On peut deviner que Koepp y apporte son aisance pour écrire des scènes d’action et de frissons « bigger than life » tandis que Nathanson se serait occupé des scènes plus émotionnelles et humoristiques. Quelle que soit la responsabilité réelle des deux hommes dans le résultat final, on peut dire que LE ROYAUME égale largement l’écriture des scénarii précédents : on retrouve la fluidité du rythme magistral de L’ARCHE, l’action monumentale et déchaînée du TEMPLE MAUDIT (sans les débordements horrifiques, Spielberg voulait délibérément « relâcher la pression » après l’horreur et la violence de LA GUERRE DES MONDES et MUNICH) et l’humour de LA DERNIÈRE CROISADE (sans que celui-ci empiète toutefois sur la Quête elle-même, seul vrai reproche que l’on pouvait adresser au scénario de l’opus 3). Le film garde son identité propre grâce à un traitement mature (qui n‘exclut pas non plus des passages complètement loufoques !), intriguant et bien documenté. Le contexte de l’époque, pour commencer, annoncé dès la séquence d’ouverture très rock’n roll ! Compte tenu du vieillissement d’Harrison Ford, 65 ans et toujours vert, nous ne pouvions plus voir Indy affronter dans les années 30 d’affreux Thugs ou Nazis dans le contexte pré-2e Guerre Mondiale. Comme notre héros, nous constatons que les temps ont changé. En 1957, nous sommes entrés en plein dans l’ère du Nucléaire. Ce qui nous vaudra cette séquence géniale, surréaliste, où Indy se retrouve coincé dans « Doomtown », une ville fantôme créée pour les besoins d’un essai atomique dans le désert du Nevada. La scène réussit l’exploit d’être à la fois burlesque et de provoquer l’effroi – la vision du champignon atomique sonne autant comme un hommage au DOCTEUR FOLAMOUR de l’ami Kubrick, qu’elle fait écho à une scène célèbre d’EMPIRE DU SOLEIL…

 

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Durant cette année 1957, aussi, la Guerre Froide bat son plein. Spoutnik, le premier satellite, fabrication 100 % Soviétique, survole chaque nuit les têtes américaines tout juste sorties de l’ère McCarthy, une période de délation, de suspicion et de paranoïa généralisée propice à l‘hystérie anti-Rouges, celle de la « Chasse aux Sorcières », de l’exécution des Rosenberg et des « Hollywood 10 ». Ce pauvre Indy, soupçonné par le FBI de J. Edgar Hoover de sympathies communistes suite à sa mésaventure de la scène d’ouverture, connaît ainsi le triste sort des américains persécutés pour raisons politiques. Le FBI ne reconnaît plus les héros de son pays. Triste, mais typique du regard acide que porte Spielberg dans ses films vis-à-vis du Bureau – revoyez MINORITY REPORT et ARRÊTE-MOI SI TU PEUX… Les scénaristes placent alors dans les pattes du héros vieillissant un jeune greaser (« Blouson Noir »), Mutt Williams, attachant mais caractériel au possible. Mutt symbolise bien la génération américaine des 50’s, coincée entre le climat de paranoïa tranquille régnant alors et le consumérisme douillet et satisfait de ses aînés. Cette génération, qui précède d’une décennie la grande rébellion de 68, trouve son exutoire dans le rock’n roll, les filles, les voitures customisées (d’où la scène d’ouverture, très AMERICAN GRAFFITI du compère George Lucas), et a pour idoles les jeunes stars incarnées alors par Marlon Brando et James Dean. Mutt emprunte donc tout naturellement les codes des jeunes héros voyous de l’époque : la tenue de motard cuir de Marlon dans THE WILD ONE (L’ÉQUIPÉE SAUVAGE), et la coupe de cheveux et le couteau à cran d’arrêt de Jimmy dans REBEL WITHOUT A CAUSE (LA FUREUR DE VIVRE) ! Le « Sauvage », le « Rebelle Sans Cause », c’est lui ! Avec une petite touche de l’agressivité de Vic Morrow dans BLACKBOARD JUNGLE (GRAINE DE VIOLENCE) de Richard Brooks… Il s’est choisi d’ailleurs un prénom « rock’n roll » adapté à son caractère. « Mutt » signifie autant « andouille » (Indy ne se prive pas d’ailleurs de se moquer de lui) que « corniaud ». Un surnom canin qui donnera avant l’heure un indice typique de la série – souvenez-vous, Henry Jones Jr. s’est choisi son surnom d’après le chien Indiana, par rébellion envers son père…  

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Les retrouvailles avec une vieille connaissance sont des plus réjouissantes. Marion Ravenwood n’a pas changé au fil des ans ! Si elle a cessé les concours de boisson, la charmante petite brunette chère au cœur d’Indy a toujours le chic pour se fâcher avec lui aux moments les plus mal choisis. Le côté « réunion de famille » de l’aventure est parfaitement intégré par le scénario, culminant avec la scène la plus drôle du film : Indy et Marion coincés dans une sablière, et Mutt ayant recours à une « corde » des plus déplaisantes pour ce grand phobique qu’est le Docteur Jones… Avec un humour hérité des grands de la « screwball comedy », genre humoristique qui fit le bonheur du Hollywood des années 1930-40s, Spielberg trouve une illustration visuelle adéquate, dans cette scène, de l’expression « une relation bâtie sur des sables mouvants » ! C’est d’ailleurs dans cette scène que Marion choisit de révéler à Indy sa paternité. Indy et Marion ont donc conçu un petit Mutt 21 ans plus tôt ! Durant les évènements de L’ARCHE PERDUE, ou juste après ? On regardera à l’avenir d’un autre œil la scène où le couple se reposait dans la chambre du cargo – même si Indy s’écroulait alors de sommeil, sous les bisous de sa dulcinée !…  

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Ci-dessus : Mutt Williams affronte Irina Spalko en duel digne d’Errol Flynn ! Désolé pour la médiocre qualité d’image et les messages…

Et qu’en est-il des aspects surnaturels » du script, propres à une saga « archéologique » ? Là encore, Koepp et Nathanson nous gâtent. Puisque les premiers films étaient aussi des hommages aux serials des années 30, celui-ci, placé dans les années 50, rendra directement hommage à la Science-Fiction de l‘époque ; et donc des Extra-Terrestres, si présents dans les films de cette décennie, le plus souvent représentés comme symboles de l‘invasion Communiste (INVASION OF THE BODY SNATCHERS/L‘INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES de Don Siegel, LA CHOSE D‘UN AUTRE MONDE de Howard Hawks et Christian Nyby, LA GUERRE DES MONDES première mouture, de Byron Haskin…) mais aussi, plus rarement, héros pacifistes venus confronter l‘Humanité à ses travers irresponsables et belliqueux (LE JOUR OU LA TERRE S‘ARRÊTA donc, ou IT CAME FROM OUTER SPACE/LE MÉTÉORE DE LA NUIT de Jack Arnold, écrit par le grand Ray Bradbury). Les scénaristes rassemblent les aspects essentiels de la « mythologie ufologique » tout en l’adaptant aux nécessités de la quête du Docteur Jones. Le prologue du film est déjà en soi un régal : Spielberg nous fait ainsi découvrir en détail le fameux Hangar 51 (en VO, Area 51), source de nombre de secrets militaires – réels – et de légendes excitantes : l’endroit aurait servi de base secrète pour l’US Air Force, qui y garderait les restes de vaisseaux extra-terrestres s’étant crashés sur Terre… dont celui de Roswell, tombé au Nouveau-Mexique en 1947, et dont Spielberg nous montre ici les restes de l’occupant ! Si, en soi, l’idée n’est pas nouvelle – elle avait déjà été filmée dans l’abominable INDEPENDANCE DAY du mauvais copieur Roland Emmerich -, le cinéaste et ses scénaristes savent jouer avec le voile de mystère et de secrets que les noms « Hangar 51 » et « Roswell » suscitent. Au point de s’amuser à l’auto-citation : le cercueil-sarcophage, magnétisé (superbe passage où Indy, sous la contrainte, utilise de la poudre métallique pour repérer le caisson parmi des milliers d’autres) et réfrigéré, évoque celui dans lequel le pauvre E.T. fut un temps déposé avant sa résurrection. Et via un « caméo » savoureux, Spielberg identifie enfin le fameux hangar où était entreposée l’Arche de l’Alliance ! 

Plus sérieusement, rappelons que le Hangar 51 continue de nos jours de susciter les rumeurs ; ainsi la disparition de l’aviateur milliardaire Steve Fossett, déclaré mort le 3 septembre 2007, alors qu’il survolait le désert du Nevada, où serait gardé le fameux hangar secret…

TO BE CONTINUED…

Sa place n’est pas dans un musée ! – INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL – Partie 1

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INDIANA JONES AND THE KINGDOM OF THE CRYSTAL SKULL / INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL, de Steven SPIELBERG  

L’Histoire :    

1957. Le temps a passé, l‘époque a changé, mais pour Indiana Jones, de nouvelles aventures commencent - par de sérieux ennuis ! L‘archéologue aventurier se retrouve dans une fâcheuse situation, avec son ami « Mac », agent des Services Secrets Britanniques. Les deux hommes ont été capturés par une escouade secrète de l‘Armée Rouge Soviétique. Ceux-ci, déguisés sous les uniformes de l‘Armée Américaine, pénètrent dans une base de l‘US Air Force, dans le désert du Nevada. À leur tête, Irina Spalko, à la fois Colonel de l‘Armée Rouge, archéologue sans scrupules, et médium favorite de feu le dictateur Staline. Elle oblige sous la menace Indy à entrer dans le Hangar 51, pour retrouver les restes momifiés d‘une créature étrange, conservés dans un coffre. Émettant un fort rayonnement magnétique, l‘être fut découvert sur le site d’un mystérieux crash aérien survenu en 1947, dans la région de Roswell au Nouveau-Mexique. Indiana Jones s’échappe de la base au terme de nombreuses cascades et péripéties, survivant même à un test nucléaire ayant lieu dans la région voisine ! Mais il a laissé Spalko et les soldats Soviétiques s‘enfuir avec la précieuse relique – avec Mac, qui est un traître au service de l’URSS. Cela lui vaut d‘être soupçonné de sympathies communistes par le FBI, malgré ses dénégations. Et quelques jours après, revenu enseigner au Marshall College, Indy apprend par le Doyen Stanforth qu‘il est forcé de quitter son poste d‘enseignant pour ces raisons. Stanforth lui-même a préféré démissionner par solidarité avec Indy plutôt que d’obéir à la paranoïa gouvernementale. C‘est un rude coup pour Indy qui a perdu récemment son père et son ami Marcus Brody, et qui se voit contraint de quitter les Etats-Unis.  

Mais, alors qu‘il s‘apprête à partir en train, un jeune motard greaser, Mutt Williams, lui demande de l‘aider. Passionné d’archéologie mais élève rebelle, Mutt est le fils d‘une amie d‘Indy, Mary Williams, bien que ce nom ne dise rien à notre héros. Mutt et Mary assistaient un collègue d‘Indiana Jones, Harold « Ox » Oxley, récemment disparu en Amérique du Sud alors qu’il menait des recherches sur le conquistador Francisco de Orellana, mort en 1546 alors qu‘il recherchait la mythique cité de l‘El Dorado, connue des spécialistes sous le nom d‘Akator. Ox avait remis à Mary un message codé écrit en une langue précolombienne précédant le langage Maya ; et elle-même l‘a envoyé à Mutt pour qu’il le fasse décoder par Indy. Celui-ci réalise qu‘Oxley a fait des découvertes importantes dans la région de Nazca, au Pérou. Ces découvertes mèneraient à Akator et au Crâne de Cristal, un artefact mythique doté de pouvoirs surnaturels, qui aurait été fabriqué des millénaires avant notre ère par des êtres célestes. Sceptique mais intrigué, Indiana Jones accepte de se rendre à Nazca, accompagné de Mutt, mais ils ne sont pas seuls : le KGB et l‘Armée Rouge, toujours menés par Irina Spalko, sont à leurs trousses…  

 

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Ci-dessus : Indiana Jones (Harrison Ford) échappe in extremis à une explosion nucléaire. Excellente scène surréaliste, drôle et effrayante. Les enfants, ne jouez pas à « Indy dans le frigo » !  

 

La critique :    

L’attente aura été longue pour ces nouvelles aventures du Docteur Jones, que nous avions laissé partir au soleil couchant, réconcilié avec son père, après une Dernière Croisade qui a donc eu lieu 19 ans auparavant (synchronisation parfaite entre les dates de sortie et celles de la chronologie des deux films) ! Dépassés, les 16 ans nécessaires pour voir les sorties du PARRAIN III et de LA MENACE FANTÔME !

Et, tout comme pour les films de Coppola et Lucas, les mécontents ont frappé fort… Le mécontentement fut certes mérité pour le STAR WARS sorti en 1999, mais le cas d’INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL est nettement plus intéressant. Car si le succès est au rendez-vous, si de nombreux spectateurs (dont votre serviteur) sont ressortis heureux de la projection, le film de Steven Spielberg semble avoir creusé un fossé sérieux entre admirateurs et détracteurs de la saga.

Les reproches pleuvent presque uniquement sur les trois motifs suivants :

- « le film est invraisemblable ! » … Des fans déçus ont ainsi manifesté leur mécontentement, oubliant me semble-t-il que leur trilogie adorée regorgeait pourtant VOLONTAIREMENT d’invraisemblances !

Sérieusement, cette accusation ne tient pas la route ; le but de Spielberg n’a jamais été de faire des documentaires sérieux sur le métier d’archéologue, mais de créer des fictions. Influencé par les bandes dessinées, les serials des années 30, et d’innombrables films classiques, le cinéaste peut ainsi lancer Indiana Jones dans des cascades démesurées et le confronter au Mystère sans que cela choque. Ce qui ne l’a jamais empêché par ailleurs de traiter à travers les différents films de thèmes plus sérieux, déguisés sous le divertissement : par exemple les insurrections Hindoues dirigées contre le colonialisme Britannique, dans LE TEMPLE MAUDIT, ou la montée du Nazisme dans L’ARCHE PERDUE et LA DERNIÈRE CROISADE – la scène de l‘autodafé à Berlin annonçait chez Spielberg LA LISTE DE SCHINDLER… Ce traitement mi-sérieux mi-amusé n’a jamais empêché le cinéaste de faire accepter aux fans d’Indiana Jones des exploits impossibles à réaliser dans la réalité : souvenez-vous d’Indy accroché au sous-marin Nazi et ainsi tracté à travers la Méditerranée (L’ARCHE PERDUE), de l’éjection en chute libre d’un avion en panne d’essence dans l’Himalaya (LE TEMPLE MAUDIT), ou du Messerschmitt qui double les Jones dans le tunnel (LA DERNIÈRE CROISADE ). Si on admet l’invraisemblance de ces scènes, cela n’empêche pas les spectateurs de les apprécier comme composante essentielle de la saga. Alors pourquoi critiquer les morceaux de bravoure, tout aussi réjouissants, du ROYAUME DE CRÂNE DE CRISTAL ? J’apprécie tout autant les morceaux de folie douce qui parsèment ces nouvelles aventures – comme de voir ce cher Indy survivre à une explosion nucléaire grâce à un moyen aussi simple que drôle, ou bien Mutt jouer les Tarzan en s’inspirant de l’exemple d’une bande d’adorables petits Sapajous, sans me poser la question de la vraisemblance à tout va. Amusons-nous, nous dit Spielberg, et mettons l’incrédulité au placard pendant deux heures !

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- « Spielberg, les extra-terrestres et les soucoupes volantes, c’est toujours la même chose ! » Dès qu’on aborde un sujet aussi passionnant mais controversé que l’ufologie, les vieux clichés anti-spielbergiens refont vite surface… C’est bien mal connaître quand même le contexte de l‘époque : que l’on y croit ou pas, il faut bien admettre que les témoignages d’apparitions d‘OVNI ont littéralement explosé durant les années 1950s. Bien amenés, il faut le dire, par les mystères de la décennie précédente : les « Foo Fighters » aperçus par les pilotes de chasse durant la 2e Guerre Mondiale (illustration magistrale dans la toute première scène de l’excellente mini-série TAKEN, en VF DISPARITIONS, produite et supervisée par notre cinéaste préféré), et la naissance « officielle » de l’ufologie durant l’été 1947 : le témoignage du pilote Kenneth Arnold, qui donnera malgré lui naissance au terme trompeur de « soucoupe volante » utilisé par des journalistes mal avisés, et le fameux crash de Roswell, qui au-delà des disputes inspirera justement Spielberg, lequel s’en servit comme base narrative de départ pour DISPARITIONS ; il y fait de nouveau directement allusion ici, égratignant au passage « le fiasco de l’U.S. Air Force » (dixit Indy lui-même) pour étouffer les rumeurs ! Les années 1950s ont réellement baigné dans l’ambiance « extra-terrestre », et virent l’explosion d’un genre de cinéma, la Science-Fiction, et les récits de rencontres avec des visiteurs venus de l’espace, genre adulé des enfants de l’époque (dont Steven Spielberg et George Lucas) et méprisé des si raisonnables adultes de l’époque…

Le mystère des OVNIS sera tout de même pris en considération par les autorités de l’époque, par exemple la CIA qui créera le Panel Robertson, après que des OVNIS furent signalés dans le ciel de Washington en Juillet 1952. D’autres incidents auront été signalés, dans le pays durant cette décennie, et si certains d’entre eux sont douteux (comme les témoignages de George Adamski), le mystère des OVNIS était déjà donc bien implanté dans la culture populaire, et le serait pour les décennies suivantes. On ne peut pas reprocher à Spielberg de radoter sur ce sujet. Dans ce film, comme pour RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE, DISPARITIONS, LA GUERRE DES MONDES et même E.T., il n’entérine jamais totalement la réponse « extra-terrestre » au mystère des phénomènes OVNIS. Défendant plutôt une vision du monde propre à Albert Einstein et de Carl Gustav Jung, Spielberg, sous couvert du divertissement, lie les apparitions célestes à un autre grand mystère, celui du cerveau humain. Les Tripodes meurtriers de LA GUERRE DES MONDES surgis de sous la surface terrestre, n’incarnent-il pas nos pires instincts destructeurs ? Et E.T., quittant la Terre en laissant un message inscrit dans l’esprit même du petit Elliot, que fait-il ? Il accompagne ses derniers mots d’un geste très singulier : il touche et « illumine » le troisième œil symbolique du gamin. Un geste repris ici par la glaciale Irina Spalko sur Indy ironique, au début du ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL ! La fillette de DISPARITIONS, ne développe-t-elle pas des dons psychiques exceptionnels, toujours liés à l’apparition des OVNIS ? Et les visiteurs de RENCONTRES ? Ils laissent à des humains ordinaires, dont le héros campé par Richard Dreyfuss, un message inconscient symbolisé par l’image d’une montagne. Spielberg a donc illustré à sa façon certains commentaires d’Albert Einstein sur le cerveau humain, dont nous n’utiliserions qu’à peine 8 à 10 % de ses pleines capacités *. Les 90 % restant sont terra incognita, une zone encore inexplorée, « inconsciente » d’elle-même, sur laquelle des hypothèses passionnantes sont bâties. LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL va dans cette direction, quitte à heurter des sensibilités qui acceptent mal qu’une quête archéologique se mêle à une quête ufologique.

Ce qui nous mène à la troisième accusation, portant sur la nature du fameux Crâne de Cristal…

- « En filmant le Crâne de Cristal, Spielberg prête le flanc au charlatanisme ! » Certains articles parus dans la grande presse officielle sous-entendent assez perfidement cette critique. On a pu lire en ce joli mois de Mai 2008 un article du Monde ironisant sur l’exposition imminente du « pseudo-Crâne de Cristal » du Musée du Quai Branly, dont les organisateurs ont opportunément profité de la sortie du film pour faire la publicité de leur propre Crâne de Cristal. Après tout, c’est bien leur droit, encore aurait-il fallu qu’il se montrent un peu plus clairs dans leur présentation. Il est vrai que douze magnifiques crânes de cristal, taillés dans la roche et possédant semble-t-il des vertus surnaturelles, ont été officiellement répertoriés dans le monde entier. La légende veut qu’un grand bouleversement mondial se produira quand ils seront réunis avec un treizième exemplaire… bien évidemment, cette affirmation provoque l’ire des scientifiques, et active l’imagination des adeptes du New Age, et autres. Le crâne du Musée Branly, comme celui de Mitchell-Hedges situé au British Museum, et leurs semblables, seraient juste de superbes sculptures, mais dénuées des facultés surnaturelles que d’habiles marchands leur ont prêté.

Alors, quoi ? Steven Spielberg accréditerait les thèses les plus farfelues dans son film juste par goût du profit ? Bien sûr que non. Car le cinéaste ne filme JAMAIS les « vrais » crânes, qui ont une forme humaine ! Intelligent, Spielberg s’exprime par le biais du Docteur Jones quand celui-ci déclare au jeune Mutt que les crânes de cristal, tel celui de Mitchell-Hedges, n’ont aucun pouvoir magique ou paranormal. Le Crâne du film relève de la fiction, et alors ? Spielberg reste cohérent avec son œuvre, et ses interrogations sur notre psychisme. Ce Crâne provient d’une créature fantastique, non-humaine et surhumaine (au sens nietzschéen du terme) en même temps.

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Hélas ! Pauvre Yorick !… Je l’ai connu, Horatio ! C’était un E.T. d’une verve infinie, d’une fantaisie exquise… 

Trêve de citations shakespeariennes, le Crâne fascine ceux qui le recherchent, comme Indiana Jones, Spalko et ce brave Harold Oxley, qui fait les frais de ses pouvoirs : écriture automatique, compréhension simultanée de plusieurs langages (proche de la xénoglossie, manifestation de l’Esprit Saint dans le miracle de la Pentecôte), synchronisme… La méchante Spalko fait d’ailleurs judicieusement remarquer que le Crâne « stimule des régions inexplorées de notre cerveau », paraphrasant ainsi les paroles d’Einstein citées plus haut. Jung est aussi cité, ses concepts de synchronisme et d’inconscient collectif, également liés dans le film au Crâne et au culte de Dieux venus du Ciel, trouvant dans LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL des équivalents visuels judicieux : l’écriture automatique « inconsciente » d’Oxley doit être traduite par Indy pour mener à la cité perdue d’Akator (dont le passage est un visage humain gravé dans les chutes d’eau) ; Indy, exposé au pouvoir du Crâne, se retrouve « sur la même longueur d’ondes » (au sens propre comme figuré) qu’Oxley, pourtant éloigné ; la plus belle illustration de la notion d’inconscient collectif étant représentée par la découverte du Palais de l’Éternité, où sont entreposés les trésors des civilisations disparues collectées par les mystérieux « Dieux » d’Akator : trésors sumériens, étrusques, statues de Bouddha ou de Shiva (« le Destructeur des Mondes », voir la citation d’Oppenheimer liée à la Bombe Atomique)… Comme Indy le rappelle lui-même en citant l‘exemple des égyptiens, ces antiques civilisations, si différentes les unes des autres, conservent des caractéristiques communes dans leurs croyances fondatrices. L’exemple absolu du synchronisme jungien. Rappelons aussi que le grand psychiatre Suisse a écrit des textes très sérieux sur la question des OVNIS, les reliant au mystère du psychisme humain. Le grand finale du film devient plus clair à condition de bien vouloir comprendre la démarche de Spielberg. Pas question d’embarquer Indy et ses amis dans une apothéose merveilleuse à la RENCONTRES…, cela aurait été maladroit. Le cinéaste reste rigoureux dans son approche à la fois référentielle et symbolique. Référentielle, avec l’apparition de ce vaisseau spatial tout droit sorti du JOUR OU LA TERRE S’ARRÊTA de Robert Wise – le film fondateur du genre, qui préfigurait en 1951 RENCONTRES et E.T. À l’instar du personnage de Klaatu dans le film de Wise, la créature « monte au ciel » après un dernier message adressé (de façon quand même moins déclamatoire que chez Wise) à l‘Humanité. On reste également dans le registre du symbolique, domaine où Spielberg s’est toujours montré parfaitement accompli. Irina Spalko convoite la Connaissance absolue, persuadée, en bonne Soviétique, que les entités représentent un esprit collectif total, l‘incarnation en somme du système de pensée Communiste ! Mal lui en prend, selon la tradition de la saga qui veut qu’un sort funeste emporte les ennemis d’Indy : le cerveau « surchargé » d’informations, Spalko s’écrie « Je peux voir ! » (répondant ainsi à la question obsessionnelle d’une autre médium, Agatha, dans MINORITY REPORT du même Spielberg : « Peux-tu voir ? »). Les yeux débordant de la flamme du Savoir Ultime, Irina Spalko finit en cendres, comme les victimes de LA GUERRE DES MONDES ancienne et récente version !…Au fait, les êtres célestes sont au nombre de douze, attendant la restitution du crâne du dernier d’entre eux, le treizième… Le nombre treize est d’ailleurs un chiffre sacré dans la théologie des anciennes civilisations Mexicaines : les créatures correspondent donc aux Treize Dieux dans le Popol Vuh (la « Bible » Maya); le Crâne restitué représenterait aussi le Soleil, et les autres créatures les 12 étoiles… Chez les Aztèques, le nombre Treize, c’est le Temps lui-même, l’achèvement de la série temporelle. Le départ apocalyptique de la « soucoupe » (qui n’apparaît que quelques secondes avant de se volatiliser, non pas dans l’espace, mais dans « l’espace entre les espaces », dixit Oxley. Einstein n‘est pas loin, encore…) ne symboliserait donc non pas la Fin des Temps, mais le début d‘un nouveau cycle temporel pour l‘Humanité toute entière. Et pas nécessairement quelque chose de joyeux, mais le début d’un nouveau cycle annonciateur de grands bouleversements pour le Monde. Ce qui se traduit dans le film par la destruction des trésors du Palais, engloutis sous des milliers de tonnes d’eau de l’Amazone. Toutes les grandes civilisations périssent, nous murmure le cinéaste derrière le happy end de façade. En cette tumultueuse année 2008, cela s‘applique aussi à nous…

TO BE CONTINUED…

* mes plus sincères remerciements à celui ou celle qui me retrouvera la citation exacte !…

la Fiche Technique :  

INDIANA JONES AND THE KINGDOM OF THE CRYSTAL SKULL / INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL

Réalisé par Steven SPIELBERG   Scénario de David KOEPP

Avec : Harrison FORD (Professeur Henry Jones Jr., alias Indiana Jones), Cate BLANCHETT (Colonel Professeur Irina Spalko), Karen ALLEN (Marion Ravenwood), Shia LaBEOUF (Mutt Williams), Ray WINSTONE (George « Mac » McHale), John HURT (Professeur Harold « Ox » Oxley), Jim BROADBENT (Doyen Charles « Charlie » Stanforth), Igor JIJIKINE (Dovchenko), Alan DALE (le Général Ross), Joel STOFFER (l’Agent Taylor), Neil FLYNN (l’Agent Smith)

Produit par Frank MARSHALL et Denis L. STEWART (Paramount Pictures / Lucasfilm / Amblin Entertainment / Santo Domingo Film & Music Video)   Producteurs Exécutifs Kathleen KENNEDY et George LUCAS

Musique John WILLIAMS   Photo Janusz KAMINSKI   Montage Michael KAHN   Casting Debra ZANE

Décors Guy Hendrix DYAS   Direction Artistique Luke FREEBORN, Lawrence A. HUBBS, Mark W. MANSBRIDGE, Lauren E. POLIZZI et Troy SIZEMORE   Costumes Bernie POLLACK et Mary ZOPHRES

1er Assistant Réalisateur Adam SOMNER   Réalisateur 2e Équipe Dan BRADLEY   Cascades Gary POWELL

Son Blake R. CORNETT, Zach MARTIN et Clint SMITH   Mixage Son Ron JUDKINS   Montage Son Richard HYMNS   Effets Spéciaux Sonores Ben BURTT

Effets Spéciaux Visuels Pablo HELMAN (ILM / Gentle Giant Studios) Effets Spéciaux de Maquillages John ROSENGRANT (Stan Winston Studio)   Effets Spéciaux de Plateau Daniel SUDICK

Distribution USA : Paramount Pictures / Distribution INTERNATIONAL : UIP  

Durée : 2 heures 04

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