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Retour sur… PLAYTIME

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PLAYTIME, de Jacques Tati

L’histoire :

Un grand aéroport parisien voit arriver en masse un bataillon de pimpantes touristes américaines enthousiastes, parmi lesquelles une jeune femme (Barbara Dennek) prête à photographier le moindre détail inhabituel et « exotique ». Pendant ce temps, Monsieur Hulot (Jacques Tati) entre dans les locaux d’une grande compagnie pour passer un entretien avec Monsieur Giffard (Georges Montant), un petit homme pressé, si sollicité qu’il manque de l’oublier ; Hulot se lance à sa recherche, et finit par se retrouver par erreur dans un salon immobilier high-tech, que visitent les joyeuses touristes. Tout ce petit monde finira par se retrouver à l’inauguration du grand restaurant Royal Garden, où rien ne fonctionne comme il le faut. Bienvenue dans le monde moderne !…

 

Playtime

La critique :

On ne remerciera jamais assez l’équipe des Films de Mon Oncle, qui possède les droits de distribution de l’œuvre du grand Jacques Tati, d’avoir eu la bonne idée de ressortir cet été l’intégrale des films du maître. Playtime est donc revenu sur les écrans français durant une programmation de juillet particulièrement déprimante. Essayer de trouver un film intéressant durant ce mois s’est avéré être un vrai chemin de croix… A se demander si les distributeurs n’ont pas fait exprès d’imposer d’ailleurs un choix sadique au spectateur en mal de grand écran. On a même eu droit la même semaine au choix entre la peste et le choléra, entre le film d’auteur français sous somnifère (L’Homme qu’on aimait trop), et le blockbuster américain estival crétin (Transformers 4…). Bref, quand le seul choix des nouveautés se limite au dernier Téchiné ou au dernier Michael Bay, on ne peut que se réjouir de la ressortie du classique mal-aimé de Tati. Et, deux heures plus tard, on en ressort requinqué, rajeuni, et sacrément heureux… en se rappelant quand même avec regret qu’en son temps, le film de Tati ne rencontra pas le succès qu’il méritait.

Rappelons que le film a eu de nombreux admirateurs, et pas des moindres, puisque des cinéastes venus d’horizons très différents ont rendu hommage au travail de Tati. On pensera bien sûr à Blake Edwards, dont La Party est le plus bel hommage qui lui ait été rendu de son vivant, mais aussi à David Lynch, grand amateur de Playtime, qu’il considère comme l’un des meilleurs films qu’il ait jamais vu, ou Steven Spielberg, qui fit avec Le Terminal « son » Tati. François Truffaut avait qualifié Playtime de « film venu d’une autre planète » et reconnaissons-le, le réalisateur des 400 Coups avait trouvé la formule juste, tant le film de Tati est réellement un OVNI filmique dans le cinéma comique français des années 1960. Playtime n’avait en effet pas grand chose à voir avec les comédies françaises à la mode de l’époque ; l’humour de Jacques Tati (comme celui de son disciple Pierre Etaix) appartenait à une autre école, celle des Chaplin ou Keaton auquel il se référait souvent ; comme ces derniers dans leurs dernières grandes productions, Tati s’engagea dans une entreprise coûteuse, envoyant son personnage fétiche de Monsieur Hulot dans les « Temps Modernes » des années 1960 ; un univers déroutant, familier, régi par l’absurdité moderniste, évoquant une histoire de Kafka traitée par un humour distancié. Ce fut un tournage difficile pour Tati, étalé sur trois ans. Une aventure bien mal récompensée, hélas… Après le succès de Mon Oncle, en 1958, Tati ne put lancer la production de Playtime qu’en 1964. La construction particulière du film, la mise en situation de gags « architecturaux » obligea le réalisateur-comédien à faire construire à grand frais, à Joinville-le-Pont, d’immenses décors dans lesquels ses personnages se déplaceraient. « Tativille » regroupait ainsi un terminal d’aéroport, des bureaux interminables, un immeuble locatif, un grand restaurant… Pour profiter au maximum de l’impact visuel des gags, et faire « travailler » l’œil du spectateur, Tati tourna son film en 70 mm. Un choix de format justifié, mais onéreux ; seuls des cinéastes comme David Lean ou Stanley Kubrick, à l’époque, pouvaient se permettre des productions aussi méticuleuses et exigeantes. Encore que ces derniers pouvaient toujours compter sur le soutien d’un grand studio distributeur ou d’un producteur important. Tati n’eut pas cette chance ; bien accueilli par la critique en France et dans le monde, Playtime n’attira hélas pas le public français. Et s’il fut un succès à l’étranger, le refus de distribuer le film aux Etats-Unis (où Tati avait pourtant reçu l’Oscar du Meilleur Film Etranger pour Mon Oncle) « tua » financièrement le film. Tati ne s’en remit jamais vraiment, sa société fut placée sous administration judiciaire, et, gravement endetté, il dut vendre sa maison et les droits de ses films. Les différents Ministres de la Culture succédant à Malraux ne l’aidèrent pas plus, et Tati ne put réaliser que deux autres longs-métrages (Trafic et Parade) avant son décès en 1982. Triste fin de carrière pour un immense cinéaste, dont la popularité discrète ne cesse de s’affirmer à la ressortie de chacun de ses films.

 

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ci-dessus : une célèbre salle d’attente où Monsieur Hulot (Jacques Tati) croise un businessman très méthodique !

 

Difficile de résumer Playtime dont la construction, l’élaboration des gags, est très particulière à son cinéaste. Le film est une sorte de série de tableaux visuels (l’aéroport, les bureaux, la foire aux inventions, l’immeuble résidentiel, le grand restaurant, l’embouteillage) où l’humour va crescendo. Il part d’une observation « simple » de gens ordinaires pris dans leurs routines quotidiennes (à commencer par ce vieux couple, où monsieur est couvé d’attentions par Bobonne), pour être peu à peu pris dans une espèce de folie, qui va culminer dans la monumentale scène du grand restaurant (quarante minutes de rires non-stop !) et un grand embouteillage final aux allures de joyeux carrousel. Le génie de Tati trouve un film à sa mesure, où un univers en apparence inquiétant, déshumanisé, « mécanisé », est subverti par l’humour et les gaffes involontaires des petites personnes qui l’habitent. Les scènes cultes ne manquent pas : l’attente de Hulot dans une salle remplie de coussins design « péteurs » ; l’arrivée de Mr. Giffard au fond d’un couloir tellement interminable que Hulot n’en finit pas de se lever trop tôt ; la démonstration absurde d’un balai moderne équipé de phares ; le marchand allemand qui prend Hulot pour un espion industriel et lui fait une scène (interrompue par des portes ultrasilencieuses) ; l’immeuble « aquarium » où les voisins semblent se mater les uns les autres… Et donc, cette scène du grand restaurant préfigurant l’inoubliable Party de Blake Edwards, sorti l’année suivante : son avion qui fond, le serveur qui prête sa tenue aux autres, le décor qui part peu à peu en vrille, le portier qui tient la poignée d’une porte vitrée inexistante, le turbot « saucé » à n’en plus finir par des serveurs dépassés… Un festival d’idées loufoques que Tati exploite à merveille, livrant de plus un travail de tout premier ordre sur les cadrages (une utilisation saisissante des trompe-l’oeil) et les reflets, les couleurs métalliques, sans oublier la bande-son, pourvoyeuse d’humour permanent. La vigilance du spectateur est constamment sollicitée, et le film nécessite plusieurs visionnages pour bien en apprécier tous les détails.

 

Ce chef-d’œuvre absolu mérite largement aujourd’hui d’être redécouvert sur grand écran.   

 

Ludovic Fauchier.

 

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Ci-dessus : extrait du documentaire Il était une fois… Mon Oncle, où Jacques Tati évoque l’échec de Playtime. David Lynch défend le regretté cinéaste.

 

La fiche technique : 

Réalisé par Jacques Tati ; scénario de Jacques Tati et Jacques Lagrange, dialogues additionnels anglais d’Art Buchwald ; produit par Bernard Maurice et René Silvera (Jolly Films / Specta Films)

Musique : Francis Lemarque ; photo : Jean Badal et Andréas Winding ; montage : Gérard Pollicand

Décors : Eugène Roman ; costumes : Jacques Cottin

Direction sonore : Jacques Maumont ; montage son : Maurice Laumain

Date de sortie originale en France : 16 décembre 1967

Distribution (version restaurée en 2002) : Les Films de Mon Oncle / (ressortie 2014) Carlotta Films

Caméras : Mitchell

Durée : 2 heures 04 (version restaurée en 2002) / 2 heures 35 (montage comprenant l’intermède et la musique de sortie)

Quelque Chose en toi… – THE THING (1982), 2e partie

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Revenons au fond des choses… 

Pour la première fois de sa carrière, John Carpenter ne signe pas comme à son habitude la musique originale de son film. Production de grand studio oblige, il se voit adjoindre un compositeur familier du public, et pas des moindres : le maestro Ennio Morricone en personne. Un choix approuvé par le réalisateur, que l’on sait grand amateur de westerns, et donc des films de Sergio Leone et Clint Eastwood. Morricone apprécie de son côté le travail de Carpenter, et, s’il ne le rencontre pas directement, il accepte de signer et diriger une musique «carpenterienne» en diable, correspondant à sa sensibilité. Morricone envoie ses compositions depuis Rome jusqu’à Los Angeles, où Carpenter sélectionne ensuite les morceaux qui le marquent. Le résultat est à la fois passionnant… et déconcertant.     Pour ses compositions orchestrales, Morricone puise son inspiration dans le répertoire de Krszystof Penderecki, le compositeur polonais, célèbre pour ses œuvres consacrées à la mémoire des victimes des crimes de guerre d’Auschwitz ou Hiroshima… Le ton lugubre, glacial, littéralement «venu d’ailleurs» des musiques de Penderecki inspirèrent d’ailleurs les bandes-son de L’EXORCISTE et SHINING, qui utilisaient abondamment plusieurs de ses compositions ; et Jerry Goldsmith, pour la musique d’ALIEN, s’en inspira également. 

La musique de Morricone pour THE THING est d’une écoute difficile, mais prenante sur le long terme. Mêlant des compositions synthétiques «à la Carpenter» (dont le fameux thème final à deux notes, répété à l’infini) à des compositions orchestrales d’une très grande force évocatrice, elle provoque aussi un indéniable sentiment de malaise, d’attente et de désespérance qui convient bien au film. Beaucoup de morceaux, cependant, n’ont pas survécu au montage final. Notamment la piste intitulée «Bestiality», étrange et fascinante sarabande « désarticulée », accompagnant probablement la séquence du chenil : 

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Et, plus classique mais encore plus angoissante, la piste sobrement intitulée «Despair» (Désespoir), présente dans le film durant la scène de découverte du vaisseau spatial. L’orchestre de Morricone et ses violons pincés en notes suraiguës nous annoncent la couleur : venue du fond des âges, une horreur sans nom va nous emporter tous. Bonne écoute…   

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Le film de Carpenter marqua cependant pour lui un échec public douloureux à sa sortie en 1982… Ce fut le début d’une coopération chaotique avec le système hollywoodien, où Carpenter livra ensuite d’honorables réussites (CHRISTINE en 1983 et STARMAN en 1984) avant de connaître un nouvel échec cinglant avec son pourtant réjouissant BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA (LES AVENTURES DE JACK BURTON, 1986), avec Kurt Russell en camionneur crétin égaré dans le monde des légendes chinoises. L’échec de ce dernier film poussera Carpenter à revenir à des films à petits budgets, plus personnels et où la lourde patte des exécutifs des studios ne pourra plus l’atteindre. Sur THE THING, ceux-ci lui laissaient alors les coudées franches, un privilège rare, mais qui ne connut pas la récompense escomptée. Il faut bien dire ce qui est, John Carpenter n’a jamais été le genre de cinéaste à caresser le public dans le sens du poil… par exemple, la séquence du chien, l’animal généralement épargné dans tous les films américains, a dû cueillir à froid plus d’un spectateur à l’époque. Et le ton général du film, désabusé et désespéré, n’a certes pas joué en sa faveur. Même ALIEN offrait un rétablissement (relativement) final positif pour le spectateur… THE THING va jusqu’au bout du cauchemar, sans échappatoire rassurant pour ce dernier, et c’est sans doute cet aspect très pessimiste qui a coûté son succès au film à l’époque. Paradoxalement, ce refus du compromis a finalement aussi contribué à son succès et son statut ultérieur. THE THING demeure un des films fantastiques les plus glaçants (sans mauvais jeu de mots) des années 1980.    

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Carpenter soulignera lui-même que sa réappropriation personnelle de l’histoire de Campbell fut le premier volet de sa «Trilogie Apocalyptique». THE THING, comme plus tard PRINCE DES TENEBRES (1987) et L’ANTRE DE LA FOLIE (1994), nous plonge droit dans l’univers dément d’un des écrivains favoris de Carpenter, H.P. Lovecraft. Auteur occupant une place unique dans la littérature fantastique américaine, Lovecraft ne connut qu’un succès d’estime de son vivant, et, à l’instar d’un Edgar Poe qu’il admirait, rejoignit la légende de l’écrivain maudit, reclus et psychologiquement perturbé, pour dire les choses poliment. Surtout, il entra dans la mémoire collective des amateurs de littérature fantastique pour sa création d’une mythologie unique. Ses nouvelles tournaient invariablement autour d’une idée similaire : la Réalité que nous connaissons, notre paisible monde matériel, n’est qu’une anomalie passagère dans un univers régi par des divinités millénaires monstrueuses, les Grands Anciens. Des horreurs grouillantes aux formes indéfinissables, dont la plus connue est Cthulhu, dieu à tête de pieuvre gisant endormi au fond de sa tombe dans l’île engloutie de R’lyeh, dans le Pacifique… Quand Cthulhu et ses joyeux camarades parviendront à s’immiscer dans notre monde, l’Humanité ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir…

La prose et le style narratif très particuliers de Lovecraft, leur puissance d’évocation, ont particulièrement marqué ses lecteurs, parmi lesquels John Carpenter, qui n’oubliera pas de donner à THE THING une touche très «lovecraftienne», comme dans les deux films suivants de sa trilogie (L’ANTRE DE LA FOLIE étant un régal destiné aux connaisseurs). Les apparitions de la Chose, ses mutations incessantes, ses origines mystérieuses, sont tout à fait dans l’esprit de Lovecraft, l’auteur fou de Providence. Il est tout à fait possible de faire le rapprochement, précédemment cité, entre le film de Carpenter, la nouvelle de Campbell et LES MONTAGNES HALLUCINEES, un bijou sorti de la plume de Lovecraft. Une histoire écrite en 1931 comme une suite aux AVENTURES D’ARTHUR GORDON PYM de Poe, dans laquelle un groupe d’explorateurs de l’Antarctique découvre des créatures extra-terrestres conservées dans la glace depuis des millénaires… et doit échapper aux attaques d’un «Shoggoth», une horreur sans nom dont la description évoque bien avant l’heure les attaques de la Chose.    

Dans THE THING, les manifestations de la Chose forment le clou du spectacle. Idée maîtresse de ces séquences : la créature n’a pas de forme distincte, comme la plupart de ses congénères d’autres films… elle change et se multiplie à l’infini, et par simple contact peut prendre l’aspect et la conscience de ses victimes… Quand elle est démasquée, la créature se défend, s’échappe et altère le corps de ses «hôtes» jusqu’à former des magmas de chair gluante et grouillante, impossible à «saisir» visuellement pour le spectateur qui revit donc en même temps que les personnages les descriptions écrites par Lovecraft.   

Les locataires de la base 31 découvrent donc les capacités spéciales de l’intrus, ce qui les amène à se suspecter les uns les autres… quitte à se tromper de coupable. Avec sa maîtrise des cadrages en Cinémascope, Carpenter prend le spectateur à la gorge, ne le lâche jamais et l’amène à se poser en permanence la question durant tout le film : sitôt qu’un personnage sort du champ et réapparaît quelques instants plus tard, est-il encore lui-même ou une «Chose» ? Même le héros, le pilote McReady (Kurt Russell, excellent en meneur résigné), n’échappe pas à la suspicion… Ce qui nous amène à un second extrait, la scène la plus folle du film, et son sommet horrifique : les survivants de la base, persuadés que McReady est la Chose, ont tenté de le faire mourir de froid. «Mac» revient donc de très mauvaise humeur, et tient tout le monde en joue… la tension est à son comble alors que le placide Norris (Charles Hallahan) s’effondre, victime d’un malaise cardiaque. Le docteur Copper (Richard Dysart) tente de le ranimer…    

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Argh. Imaginez la réaction des spectateurs qui découvraient le film pour la première fois à sa sortie… S’ils pensaient avoir tout vu avec le dernier repas de John Hurt dans ALIEN, Carpenter leur fit un bel électrochoc ! L’extrait limite forcément un peu la perception de la scène, surtout les minutes précédentes, violentes, entre Mac et ses adversaires… en particulier le maître-chien Clark. Regardez bien le début de la scène : Carpenter focalise l’attention du spectateur sur la lame qu’il garde dans sa main, hors de vue de Mac, masqué par le cuisinier Naul (T.K. Carter). La tension de la séquence est donc focalisée sur le «duel» qui s’annonce entre Mac et Clark. Et en même temps, Carpenter va focaliser l’attention inconsciente du spectateur sur la réanimation, grâce à la lueur blafarde du bloc opératoire, dirigeant les regards sur le torse de Norris… Le reste de la séquence devient de la folie furieuse ! 

Ce n’est pas une, mais quatre métamorphoses que va subir le pauvre Norris : le ventre-bouche, vrai piège vivant fatal au docteur ; le «rejeton» jaillissant au plafond ; la tête qui se détache ; et celle-ci qui se transforme en «araignée de mer» à l’insu des personnages… Carpenter ose même l’humour noir en montrant la «chose-tête» attendant prudemment que la voie soit dégagée, pour filer en douce !   

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Mais ces séquences, aux effets magistralement exécutés, ne seraient pas aussi efficaces s’il n’y avait pas, tout d’abord, une histoire solide, et des personnages bien campés. Un bon casting de «gueules» aux traits distinctifs simples mais justes, qui fait que personne ne vole jamais vraiment la vedette aux autres comédiens. A commencer par Kurt Russell, qui se distingue en faisant de R.J. MacReady un héros intègre mais faillible s’intégrant sans difficulté aux autres personnages. Ceux-ci sont caractérisés impeccablement par Carpenter, qui s’attarde pour la première fois dans sa filmographie sur des gros plans insistants de chacun d’entre eux, captant la réaction significative de chaque individu face au danger. Incompréhension, colère, méfiance, doute, peur… Les acteurs jouent le jeu à fond pour nous donner le petit indice révélateur de leurs conflits – voir par exemple la réaction de Norris, désigné comme successeur du chef de mission Garry : «Je vous remercie beaucoup, mais… c’est pas dans mes cordes.» Le regard inquiet de Norris laisse deviner que celui-ci se sait contaminé… Une façon de jouer toute en retenue encouragée par Carpenter, qui par ailleurs développe durant tout le film une sorte d’humour à froid typique de sa personnalité. 

Entre leurs missions d’exploration et avant le déluge d’horreurs qui s’abattent sur eux, les hommes de la Base 31 vivent une situation passablement absurde. Une situation à la Samuel Beckett, où, à la façon des astronautes clochards de DARK STAR auxquels ils font inévitablement penser, les hommes trompent leur ennui profond en attendant que quelque chose arrive enfin. Jouer au ping-pong, au billard, dormir en écoutant, fumer un joint en regardant des vidéos de jeux télévisés… ils attendent Godot qui ne viendra jamais. En lieu et place, ils n’auront eu qu’un chien de traineau. «Dogot» !     

  

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A partir du thème classique de l’invasion extra-terrestre, THE THING a donné lieu à de multiples interprétations, validées par le comportement imprévisible de son monstre vedette. Carpenter avait une idée bien précise quand il a commencé à travailler sur le scénario avec Bill Lancaster. THE THING est une allégorie à plusieurs niveaux. L’insistance prononcée sur les scènes de chirurgie et d’autopsie, et celle apportée au développement de la créature qui peut affecter les cellules sanguines de ses victimes, ne laisse pas de place au doute. La paranoïa du film naît de la peur de la contagion. En 1981, au moment du tournage, on commence tout juste à découvrir l’existence d’une maladie mortelle, transmissible par l’échange de fluides corporels… Réalité et fiction se rejoignent donc pour parler en filigrane de la peur naissante du SIDA. Les grands films fantastiques de cette décennie, nés de «remakes» d’histoires classiques de science-fiction, traiteront à leur manière de cette maladie, et du thème plus général de la contagion ; d’ALIEN, en passant par THE THING, jusqu’à LA MOUCHE de David Cronenberg, ces films seront le reflet des peurs de l’époque. 

Chez Carpenter, la peur passe par l’insistance sur des détails apparemment insignifiants, comme par exemple un chien effleurant les hommes de la base à leur insu. Ou une colère de Nauls, le cuisinier, qui n’apprécie pas qu’on dépose du linge de corps dans ses poubelles… Des plans répétés sur les répugnants «fluides» émis par le monstre, même mort, ne laissent pas de place au doute. Pas plus que les images répétées de transfusions, de piqûres et de procédures médicales omniprésentes dans le film. Le malaise est renforcé par le choix de Carpenter de rester fidèle à la nouvelle de Campbell, et d’exclure les femmes de ce petit groupe. A la fois pour se différencier du film de Hawks et d’ALIEN alors encore dans toutes les mémoires, Carpenter enlève l’élément féminin. Il n’y a que de pauvres substituts à cette absence de personnel féminin : l’ordinateur à voix féminine que «grille» Mac en début de film, quelques photos sur les murs et les magazines, et c’est tout… Carpenter préfère faire naître la tension des relations entre les hommes, où s’instaure forcément un rapport de force et d’autorité virile entre chaque membre de la base : d’où les multiples conflits qui vont éclater entre les autorités désignées (Garry, le commandant de la base, vite dépassé, ou les médecins), les individualités fortes (MacReady, Childs, le maître-chien Clark) et les autres, plus «suiveurs» dans l’âme. La menace du monstre permet de porter ces conflits à leur intensité maximale dans la fameuse scène du test sanguin, qui fait le lien avec la peur de la contamination évoquée plus haut. La preuve par l’image !   

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Sans cette séquence, Carpenter ne faisait pas le film. Le suspense et le conflit y sont intelligemment gérés, jusqu’au «démasquage» du monstre. L’insistance des gros plans permet à la fois de comprendre la rivalité d’autorité entre Mac et les survivants, et l’angoisse de ne pas savoir qui est la Chose à ce moment du récit (encore qu’un plan révélateur soit notable avant la transformation de Palmer… regardez sa réaction quand Mac lui dit «à toi maintenant»). Plus un détail révélateur qui rajoute à l’angoisse de la scène : et si Mac se trompait quand il procède au test ? Quand il plonge l’aiguille dans le sang de Clark, qu’il a dû tuer, il n’y a aucune réaction… Childs lui fait remarquer qu’il vient donc d’assassiner un homme ordinaire. Impitoyable, Carpenter nous rappelle que dans ces relations de rivalité entre hommes, la peur pousse les protagonistes à accomplir un acte immoral, «mécanique». Tuer, ou être tué… Tant pis pour le pauvre Windows, double victime finale de la scène. Incapable d’agir, fasciné par la métamorphose de Palmer, il finit croqué et contaminé à son tour. Mac doit le tuer sans remords…    

  

D’autres thèmes viennent se mêler à ceux-ci durant le film. Celui de la répétition, de la duplication, qui est la nature de THE THING, le monstre et le film se mêlant l’un à l’autre. C’est un «faux remake» de LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, dont il se démarque assez vite, on l’a dit. Du film de Hawks, il ne demeure que quelques références d’ordre visuel : la vidéo des Norvégiens découvrant le vaisseau, le cercueil de glace découvert dans la base abandonnée… Les personnages du film de Carpenter découvrent en quelque sorte qu’ils sont les «doubles» malgré eux d’un autre film qui a déjà eu lieu, des années auparavant. Impression de dédoublement renforcée par les indices qu’ils découvrent dans la base norvégienne : une hache plantée dans une porte. Plus tard, Childs (Keith David), en pleine crise de paranoïa, va également défoncer une porte à coups de hache. Le cadavre d’un homme suicidé : Blair va nourrir des pensées suicidaires par la suite. Le sang gelé de cet homme, «muté» sous une forme étrange : il annonce le funeste moment du test sanguin. La découverte du vaisseau enfoui dans la glace : les survivants vont découvrir un autre vaisseau inachevé par le «traître» de l’expédition. Le tombeau de glace : les deux survivants, Mac et Childs, vont mourir de froid… La duplication de la Chose a donc fini par gagner le film lui-même.   

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Une autre allégorie possible est quasiment plus «blasphématoire», pour reprendre un adjectif cher à H.P. Lovecraft : THE THING est une relecture «inversée» des symboles religieux chrétiens. Peut-être faut-il y voir une forme d’humour très sardonique de John Carpenter vis-à-vis de la religion en général. On le serait à moins quand on a pour initiales «JC», et que votre nom de famille signifie «Charpentier»… Quoiqu’il en soit, le cinéaste ne se prive pas d’épingler souvent les faiblesses du pouvoir religieux dans ses films, et principalement le christianisme (voir les prêtres dépassés de FOG et PRINCE DES TENEBRES, l’église suspecte de L’ANTRE DE LA FOLIE, le rôle trouble du cardinal dans VAMPIRES).  Dans THE THING, Carpenter joue sur des symboles forts. Il y est question de douze hommes rassemblés pour rencontrer un «visiteur» venu des cieux. Une entité, peut-être une divinité (pour rester dans l’optique «lovecraftienne») capable de ressusciter à volonté. Comme les Apôtres, les douze hommes de la base se déplacent souvent par binômes, se réunissent autour des tables, tiennent des conciles réguliers et se rassemblent en cercle, comme pour communier. Il y a même un «Judas» dans l’équipe : le docteur Blair Wilford Brimley), mis à l’écart après son coup de folie. Mac le retrouve ensuite, isolé, un nœud coulant posé à côté de lui… C’est à la fois un signe évident des idées noires de Blair, mais aussi un signal adressé au spectateur par Carpenter. Selon les Evangiles, Judas, décrit comme l’apôtre marginal et dissident, se suicida par pendaison après avoir trahi Jésus. Blair comprend le premier la vraie nature du danger, mais son attitude le marginalise en conséquence : il pousse les autres à la méfiance paranoïaque («Surveillez Clark», «Fuchs n’est pas Fuchs»), devient violent avant tout le monde… avant de trahir ses congénères. 

Tout est à l’envers dans ce film fou… La «communion» que nous connaissons est née du partage symbolique de la chair et du sang divin sous forme de pain et de vin consommés par les Apôtres. Une sorte de «cannibalisme» rituel, symbolique et spirituel. S’il y a communion dans THE THING, elle est forcée et contrainte, et décrite sous son aspect le plus répulsif : la chair de la Chose, véritable tumeur vivante, absorbe la chair et l’esprit des hommes (voir le regard horrifié du premier contaminé, Benings, à la fois lui-même et un autre…). L’apparition de la créature finale est en quelque sorte le summum de cette communion dénaturée.    

On peut regretter par ailleurs que cet affrontement final entre Mac et la Chose soit quelque peu «expédié» en deux coups de cuillère à pot par Carpenter. Il n’a pas la force imaginative des scènes précédentes. Une explication simple : le réalisateur a dû faire un choix de montage drastique. La créature devait être montrée en détail par des plans larges, réalisés en stop-motion (la bonne vieille méthode du KING KONG original et des films de Ray Harryhausen), mais Carpenter jugeait que ces images saccadées ne s’intégraient pas aux mouvements plus fluides de la créature fabriquée et animée par Rob Bottin sur les plans rapprochés. Il a donc fallu alléger le film de ces images-là. Ce combat final devient du coup très abstrait, et intéresse moins Carpenter que la magnifique scène de conclusion entre Childs et Mac.   

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Pour le cinéaste, le constat sur la nature humaine est désabusé : il y a en chacun de nous une «Chose» potentielle, une part de Mal, et nous refusons de l’admettre… il est donc toujours plus facile de le voir chez l’Autre qu’en soi-même. Childs et McReady se jugent, attendent que l’autre devienne la Chose, tout en mourant de froid à petit feu… Pas de rétablissement salvateur, juste un final terriblement nihiliste, doté de répliques aux sous-entendus plein d’humour résigné. Il ne reste plus au spectateur embarqué dans le cauchemar qu’à espérer que l’expédition de secours ne retrouve jamais les deux hommes… autrement nous serons tous bientôt «amenés» à devenir une part de la Chose.    

THE THING a laissé des traces considérables dans l’esprit de ses spectateurs, en dépit de son accueil initial mitigé. Et il a inspiré quelques aspirants réalisateurs, dont deux célèbres réalisateurs, véritables encyclopédies cinéphiles vivantes. Quentin Tarantino ne s’est pas privé de glisser dans ses films les répliques cinglantes de R.J. MacReady, dont son fameux «Cut the bullshit». Il a même convaincu Kurt Russell de jouer les cascadeurs psychopathes dans son DEATH PROOF / BOULEVARD DE LA MORT, où l’acteur menaçait une bande de ravissantes jeunes femmes, parmi lesquelles Mary Elizabeth Winstead… Le héros du THING de 1982 s’en prend donc à l’héroïne du THING de 2011. 

Quant au mexicain Guillermo Del Toro, grand adorateur de films de monstres et de créatures à la Lovecraft, il a bien tenté de rendre hommage au film de Carpenter à plusieurs reprises ; notamment son film fantastique de 1997 MIMIC ; et le projet longtemps espéré d’adapter Lovecraft et ses MONTAGNES HALLUCINEES. Projet alléchant, hélas apparemment abandonné aux dernières nouvelles, la faute à la frilosité financière des studios… 

  

La fiche technique :    

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THE THING    

Réalisé par John CARPENTER   Scénario de Bill LANCASTER, d’après la nouvelle « Qui Va Là ? »  » de John W. CAMPBELL Jr.    

Avec : Kurt RUSSELL (R.J. MacReady), Wilford BRIMLEY (le Docteur Blair), T.K. CARTER (Nauls), David CLENNON (Palmer), Keith DAVID (Childs), Richard A. DYSART (le Docteur Copper), Charles HALLAHAN (Vance Norris), Peter MALONEY (George Bennings), Richard MASUR (Clark), Donald MOFFAT (Garry), Joel POLIS (Fuchs), Thomas G. WAITES (Windows)    

Produit par Stuart COHEN, David FOSTER, Larry J. FRANCO et Lawrence TURMAN (David Foster Productions / Turman-Foster Company / Universal Pictures)   Producteur Exécutif Wilbur STARK    

Musique Ennio MORRICONE   Photo Dean CUNDEY   Montage Todd C. RAMSAY   Casting Anita DANN    

Décors John J. LLOYD  Direction Artistique Henry LARRECQ   Costumes Ronald I. CAPLAN, Trish KEATING et Gilbert LOE    

1er Assistant Réalisateur Larry J. FRANCO 

Son Thomas CAUSEY, Gregg LANDAKER, Steve MASLOW et Bill VARNEY   Montage Son Colin C. MOUAT   Effets Spéciaux Sonores (NC) Alan HOWARTH 

Effets Spéciaux Visuels Randall William COOK, Peter KURAN, Susan TURNER et Albert WHITLOCK (Dreamstate Effects / Motion Graphics / Universal Title / VCE)   Effets Spéciaux de Maquillages et Animatroniques Rob BOTTIN ; Lance ANDERSON, Rob BURMAN et Stan WINSTON (Stan Winston Studio)   Effets Spéciaux de Plateau Roy ARBOGAST     Distribution USA : Universal Pictures / Distribution FRANCE : CIC   Durée : 1 heure 49  Sortie USA : 25 juin 1982 / Sortie France : 3 novembre 1982 

Quelque Chose en toi… – THE THING (1982), 1e partie

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    THE THING, de John CARPENTER (1982)    

Avant toute chose… «ALERTE SPOILERS» ! Si vous n’avez jamais vu THE THING, «la» version de 1982, et que vous souhaitez le découvrir au cours d’une prochaine soirée (après tout, Halloween approchant, c’est toujours une bon prétexte de se faire peur grâce au DVD), je vous déconseille de regarder les extraits présentés dans ce texte, qui révèlent des moments choc du film. Ne lisez pas non plus ce qui suit, puisque là aussi, certaines scènes seront évoquées en détail. Et, en règle générale, si vous êtes un esprit sensible… si vous adorez les chiens… et si vous n’aimez pas les films d’horreur, NE REGARDEZ PAS CE QUI VA SUIVRE, VOUS ÊTES PREVENUS !!      Souvenez-vous… : l’Antarctique, au début de l’hiver austral. Le survol de la base de recherches numéro 31 par un hélicoptère norvégien vient tirer les douze hommes, américains, de leurs occupations quotidiennes. Le passager de l’hélicoptère tente d’abattre à coups de fusil le chien de traîneau qui se précipite vers eux… Les deux norvégiens affolés, hurlent des cris incompréhensibles aux membres de la base. Ils sont vite tués – le tireur étant abattu sans sommation par Garry (Donald Moffat), le commandant de la base. Le chien est aussitôt recueilli, et l’on décide d’enquêter sur le coup de folie inexplicable, survenu dans la base norvégienne voisine. Le pilote R.J. MacReady (Kurt Russell) et le docteur Copper (Richard Dysart) découvrent celle-ci déserte, entièrement détruite… Parmi de macabres indices, ils trouvent un cadavre calciné, aux formes humaines démentes, fusionnées, impossibles à saisir d’un seul coup d’œil… MacReady et Copper ramènent le cadavre à leur base, ainsi que le journal vidéo des Norvégiens, espérant comprendre la raison cachée derrière ces inquiétants évènements. Sans se douter que le cauchemar se trouve déjà caché parmi eux…   

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Comme cela a souvent été le cas dans la filmographie de John Carpenter, le statut de film «culte» de THE THING s’est souvent développé sur le long terme. Le cinéaste américain, maître du film de terreur, n’a jamais connu de véritable triomphe grand public, mais certains de ses films comme HALLOWEEN (1978), pionnier ingénieux du «slasher movie», ont connu un succès foudroyant comparé à la maigreur initiale de leur budget. D’autres ont eu des fortunes moins heureuses, mais il ne fait aucun doute que, pour les connaisseurs de son œuvre, il y a une «patte» totalement identifiable, qui fait de Carpenter un auteur unique dans le cinéma fantastique américain trop souvent stéréotypé. Au point que des producteurs opportunistes ont souvent tenté de s’approprier ses films pour exploiter leur titre et les assimiler aux nouvelles modes. Les amateurs préfèrent à raison oublier les remakes d’autres films du grand John : THE FOG, ou ASSAUT (devenu ASSAUT SUR LE CENTRAL 13)… en attendant une nouvelle version d’ESCAPE FROM NEW YORK (NEW YORK 1997) qui devrait bientôt apparaître. Le principal intéressé, avec son sens de l’humour très laconique, préfère généralement éluder le sujet quand on lui demande ce qu’il pense de ces nouvelles versions… THE THING vient donc, après de longues années de «development hell» (encore un terme barbare désignant à Hollywood le très long processus de développement d’un scénario en film prêt à être tourné…), de vivre un traitement similaire. Au vu des premières images diffusées sur la bande-annonce, et des avis d’internautes ayant vu le film, THE THING cuvée 2011 serait finalement très respectueuse du film de Carpenter : non pas une suite mais une «préquelle», prélude montrant ce qui s’est passé dans certaine base antarctique norvégienne avant le début du film de Carpenter. On veut bien accorder le bénéfice du doute au réalisateur Mathijs van Heijningen Jr. et à ses acteurs vedettes Mary Elisabeth Winstead et Adewale Akinnuoye-Agbaje pour avoir fait un film de bonne facture. En tous les cas, pour la prononciation des noms des vedettes, le film en impose… Essayez de dire les trois en une seule phrase, vos amis vont être admiratifs. Plus sérieusement, la bande-annonce donne justement l’impression d’avoir affaire à un «copié-collé» du style cinématographique de Carpenter, adapté à l’imagerie numérique contemporaine. Ce qui est assez savoureux par ailleurs, c’est que ce THING 2011 s’est développé à partir du film de 1982, lui-même étant une adaptation «libre» d’un vieux classique de la science-fiction des années 1950, LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, lui-même adapté d’une nouvelle de 1938, intitulée QUI VA LA ? La fameuse «Chose», créature extra-terrestre décrite dans ces histoires ayant pour particularité de se développer dans un organisme vivant pour le dupliquer (le «remaker» en quelque sorte), on se demande si elle n’a pas fini par s’emparer de sa propre histoire, pour se reproduire à l’infini d’un film à l’autre, et assurer ainsi sa survie…

   

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QUI VA LA ? est une nouvelle de science-fiction et de suspense, due à John W. Campbell, qui la publia en août 1938, dans la revue Astounding Science Fiction (précédemment Astounding Stories) dont il était le rédacteur en chef. C’était alors la grande vague des magazines «pulps» où, pour quelques cents, le jeune lecteur américain pouvait lire histoires policières, récits d’aventures et de science-fiction, alléché par des couvertures peintes, pleines de charmantes pinups légèrement vêtues, de héros virils et de monstres tentaculaires, peintures faisant maintenant le bonheur des collectionneurs. Peu importait la qualité des illustrations intérieures, du papier du magazine ou des récits, l’évasion était garantie à peu de frais ! Et de temps en temps, le lecteur pouvait tomber sur de vraies pépites. Homme pratique, Campbell dénicha d’ailleurs pas mal de futurs grands talents littéraires et les lancer dans les pages de sa revue : Alfred Van Vogt, Theodore Sturgeon, Robert Heinlein, Clifford Simak et consorts, piliers d’une nouvelle science-fiction qui connut son apogée dans les décennies suivantes, firent ainsi leurs premiers pas en écrivant des nouvelles «au kilomètre» dans la revue de Campbell. Celui-ci fut bien moins inspiré par la suite, quand il se laissera séduire par l’abracadabrante «dianétique» de L. Ron Hubbard, écrivaillon de SF devenu fondateur d’une pseudo-religion d’escrocs hélas bien développée de nos jours, la scientologie…  S’il n’était pas un grand écrivain, Campbell savait reconnaître une bonne histoire et savait aussi en raconter, dans le style sec et concis propre aux «pulps». QUI VA LA est un petit classique du genre, une histoire d’une efficacité imparable : un groupe d’explorateurs de l’Antarctique découvre un vaisseau spatial enfoui dans les glaces, mais a la mauvaise idée de ramener à leur base son occupant apparemment mort… une créature sanguinaire qui peut prendre l’aspect de n’importe qui. Voilà une idée simple, qui fournit un récit solide, devant quand même beaucoup aux idées d’un certain H.P. Lovecraft et notamment sa nouvelle LES MONTAGNES HALLUCINEES, écrite en 1931 et publiée en 1936… dans les pages de la revue de Campbell, Astounding Stories ! L’influence «lovecraftienne» rejaillira d’ailleurs plus tard dans le film de John Carpenter, nous y reviendrons.    

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La nouvelle de Campbell obtient un certain succès, au point d’attirer l’attention du grand cinéaste Howard Hawks (l’original SCARFACE, L’IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE, LE GRAND SOMMEIL, LA RIVIERE ROUGE) au début des années 1950. Le cinéma américain s’intéresse tout juste alors à la science-fiction dans un contexte propice, le début de la Guerre Froide ; un récit comme celui de Campbell, parlant de suspicion généralisée et de menaces venues du Ciel, permet à Hawks et ses amis scénaristes Charles Lederer et Ben Hecht de l’adapter à l’ambiance de l’époque. 

Sortie en 1951, LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, produite et supervisée par Hawks, voit sa mise en scène confiée à Christian Nyby, son habituel chef monteur. Cette adaptation très libre de la nouvelle de John W. Campbell Jr. est restée un classique du récit d’invasion extra-terrestre, se reposant sur un cadre original propice à la claustrophobie (assurée par les éclairages inquiétants du chef opérateur Russell Harlan), et sur l’angoissante partition signée de Dimitri Tiomkin. Cependant, le film a plutôt mal passé le cap des années, baignant dans une atmosphère «patriotique» assez balourde, une allégorie anti-Communiste pesante, typique de l’époque de paranoïa et de chasse aux sorcières maccarthyste qui régnait alors. Les scientifiques trop curieux (des intellectuels trop «ouverts d’esprit» aux yeux de Hawks ?) veulent protéger et étudier la créature (au look plus proche du Monstre de Frankenstein que de l’entité changeante du récit de Campbell), tandis que les militaires, forcément courageux, ne s’embarrassent pas de principes pour décider son extermination. Le reporter invité sur place, aux ordres de ces derniers, conclut le film d’un «Watch the Skies» très patriotique : il ne faudrait quand même pas que les concitoyens américains s’alarment de l’apparition dans le ciel d’autres visiteurs des cieux, probablement «satellisés» par Moscou ! Malgré ses défauts et son ton grandiloquent, le film de Hawks a une influence notable sur nombre de jeunes spectateurs amoureux du genre, et pour qui la métaphore anticommuniste n’a sans doute alors que peu d’intérêt. Deux d’entre eux se nomment John Carpenter et Dan O’Bannon. Fervent admirateur du cinéma de Howard Hawks, Carpenter, adulte, ne se privera pas de citer LA CHOSE dans ses premières œuvres : notamment ASSAUT, qui en reprend certains thèmes (l’enfermement progressif des personnages, la présence d’une femme qui vient perturber un milieu très viril…), et HALLOWEEN, où la télévision montre la scène la plus identifiée au film de Hawks : les scientifiques formant un cercle autour du vaisseau enfoui dans les glaces. Camarade de Carpenter, Dan O’Bannon a travaillé avec ce dernier sur son premier film, DARK STAR, en 1974. A la même époque, O’Bannon travaille à l’adaptation avortée de DUNE, puis bricolera des effets visuels sur un certain STAR WARS de George Lucas, tout en s’attelant à l’écriture d’un scénario mêlant science-fiction et terreur, scénario délibérément inspiré par la nouvelle de Campbell et le film de Hawks, cette fois transposés à bord d’un vaisseau spatial. Un certain ALIEN…    

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En 1979, ALIEN, réalisé par Ridley Scott, arrive sur les écrans et terrorise toute une génération de spectateurs. L’histoire est d’une simplicité absolue, et très familière aux amateurs du genre qui y reconnaissent l’influence du récit de Campbell : une expédition ramène dans son vaisseau une créature protéiforme, insaisissable et meurtrière ; en proie à la peur, le petit groupe se voit éliminé les uns après les autres, à la façon des 10 PETITS NEGRES d’Agatha Christie… Le talent de Scott, en terme d’ambiance, de montage, de direction artistique (la contribution du peintre suisse surréaliste H.R. Giger pour les créatures) et de travail sur le son fait la différence, et transforme ce qui s’annonçait comme une modeste série B sans prétention en chef-d’œuvre d’angoisse. Le film fait une forte impression sur John Carpenter, qui y reconnaît sans doute aussi quelques éléments provenant de DARK STAR (surtout les scènes où Dan O’Bannon, justement, est persécuté par un alien burlesque en forme de ballon de plage !). Carpenter a le vent en poupe après ses premiers succès, et prépare alors sa propre version de QUI VA LA ? avec le scénariste Bill Lancaster, le fils de Burt Lancaster, et les producteurs David Foster et Lawrence Turman qui avaient d’abord envisagé Tobe Hooper, l’homme de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. L’objectif de Carpenter n’est pas uniquement d’égaler ALIEN, mais surtout de réinterpréter un vieux classique qu’il adore, à condition toutefois de s’en éloigner pour y glisser ses propres obsessions, sa propre vision. Carpenter et Lancaster s’inspirent donc plus du récit original de Campbell que du film de Hawks. Pour faire aussi bien que Ridley Scott sans l’imiter, Carpenter va notamment prendre la décision de «tout montrer» en ce qui concerne son monstre vedette : si Scott jouait la carte de la suggestion (le monstre reste finalement très fugace, et seuls les derniers plans trahissent le comédien dans le costume), Carpenter va prendre le pari de « débusquer » son monstre vedette en pleine lumière, et de le rendre crédible. Pour cela, il se tourne vers un jeune artiste d’effets spéciaux surdoué, Rob Bottin, pour offrir au public les visions d’horreur «en live», scènes apparemment impossibles à réaliser avant l’ère des effets numériques ! 

Le studio Universal donne le feu vert à Carpenter en 1981. Pour son premier film produit par une «major», Carpenter rassemble autour de lui de vieux complices comme le chef-opérateur Dean Cundey (futur collaborateur de Robert Zemeckis et de Steven Spielberg), et son comédien vedette d’ESCAPE FROM NEW YORK, Kurt Russell. Ce dernier est assez vite choisi par Carpenter pour le rôle principal de R.J. McReady, pilote d’hélicoptère de la Base 31, un rôle un temps imaginé pour Clint Eastwood (les storyboards du film prêtent d’ailleurs à McReady les traits de Clint). Mais ce dernier ne donnera pas suite, sans doute en raison de son association de longue date avec le studio rival de la Warner. Pour l’anecdote, Clint se souviendra sans doute du cinéma de Carpenter, engageant par exemple deux des acteurs de THE THING, Charles Hallahan et Richard Dysart, pour jouer les méchants de PALE RIDER ; et des années plus tard, un extrait d’un film de Carpenter, VAMPIRES, apparaîtra à la télévision dans une des meilleures scènes de MYSTIC RIVER…

  

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Quoiqu’il en soit, Carpenter se tourne sans difficultés vers son copain Kurt Russell ; ancien enfant acteur des films de Disney devenu un solide comédien, Russell travaille pour la troisième fois avec Carpenter après le téléfilm ELVIS et ESCAPE… qui l’a consacré dans le rôle du mercenaire borgne Snake Plissken. Avec les onze autres comédiens du film, Carpenter, Russell et toute l’équipe de tournage se rendent à Stewart, en Colombie Britannique Canadienne, pour tourner les extérieurs en conditions réelles… En soi, ce début de tournage est une sacrée aventure : entre le bus des acteurs qui dérape sur les routes verglacées et manque de précipiter tout le monde dans un ravin, et le matériel technique mis à mal par le froid et la neige, le tournage de THE THING se déroule dans des conditions difficiles… Mais heureusement, tout ce petit monde garde la tête froide et boucle le tournage dans les temps.    L’équipe se retrouve ensuite en huis clos dans les studios d’Universal pour tourner les scènes d’intérieur. Comme il faut bien maintenir l’ambiance «polaire» nécessaire au récit, acteurs et techniciens passent de longues heures dans des températures hivernales contrastant avec le brûlant soleil californien au dehors… Rhumes et grippes frappent donc presque tout le monde en conséquence de ce «chaud et froid» permanent dès que chacun sort après une journée de travail… Les acteurs garderont un souvenir amusé, par ailleurs, des réactions horrifiées à la cantine d’Universal dès qu’ils venaient prendre leur repas, portant les maquillages sanglants que leur a concocté Rob Bottin !    

Impossible de parler de THE THING sans parler de ce sacré personnage qu’est Rob Bottin… Le cinéma fantastique des années 1980 a vu émerger une génération de génies des effets spéciaux de maquillages, grands spécialistes ès créatures monstrueuses devenues légendaires ; et, aux côtés d’un Rick Baker et d’un Stan Winston, Bottin s’est vite imposé comme un artiste brillant et passablement barré. Découvert par Baker, Bottin n’a que 22 ans lorsqu’il embarque dans l’aventure de THE THING. Géant barbu perpétuellement hilare dans ses interviews, le gaillard a déjà travaillé pour John Carpenter, créant les spectres vengeurs de FOG ; mais surtout, il vient d’affoler et d’enthousiasmer les amateurs de fantastique en créant des séquences de métamorphoses «en chair et en os» pour les loups-garous de HURLEMENTS de Joe Dante, en 1981. John Carpenter, déjà convaincu du talent du lascar, l’engage sans hésiter pour créer des scènes encore plus démentielles pour THE THING. Sur les recommandations de ce dernier, Bottin prépare en amont du tournage les scènes de mutations avec un dessinateur-illustrateur surdoué venu de la bande dessinée, Mike Ploog (créateur du Ghost Rider), et ils mettent «au propre» les abominations qui vont frapper les hommes de la Base 31… Les dessins en question sont détaillés, beaucoup ne seront pas finalisés compte tenu des limitations techniques de l’époque, mais ne laissent aucun doute sur le côté inédit, graphique et organique des manifestations de la Chose protéiforme. 

  

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Elaborant une technique d’effets spéciaux mêlant les maquillages traditionnels, les effets mécaniques et l’animation commandée à distance, Bottin se pose en pionnier de l’animatronique, technique désormais reconnue qui a permis de donner vie aux créatures fantastiques pour le grand écran. Le jeune homme est si passionné par sa tâche qu’il se démène pendant des mois pour créer des transformations jamais vues : le cadavre «fusionné» découvert dans la base norvégienne, les métamorphoses des victimes du monstre, l’ «assemblage» final contre-nature qu’affronte McReady (Kurt Russell)… La technique inédite étant ce qu’elle est, il y a parfois des plantages fâcheux en cours de route (telle «l’explosion» du faux torse de l’acteur Charles Hallahan… une journée de travail fichue en l’air) mais Bottin ne s’avoue pas vaincu… au point de passer ses nuits dans le studio, de passer ses jours à malaxer des produits pas très sains (dont des composants chimiques de gélatine et de chewing-gum !), et de s’épuiser au travail. Victime d’un sévère «burn-out», Bottin doit être emmené à l’hôpital. Pour une scène cruciale, la première attaque du monstre, Carpenter doit appeler à la rescousse Stan Winston, chargé de fabriquer et animer le monstre selon les préparatifs de Bottin.   

Voici l’extrait en question – une scène de cauchemar qui commence dans un chenil glacial. Clark (Richard Masur) y enferme l’unique survivant de la base norvégienne, un chien trop calme… qui va révéler sa vraie nature aux malheureux toutous et à leurs maîtres horrifiés.    

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Pauvres chiens… Et ce n’est que le début du film, c’est encore plus horrible après ! Une leçon de mise en scène à suivre en tout cas pour tout amateur de film de terreur. Le spectateur est déjà bien mis en condition avant l’attaque proprement dite ; Clark (Richard Masur) est séparé des autres, prenant donc le risque traditionnel d’être la première victime dans tout film d’horreur. Mais Carpenter sait retarder le moment attendu. Il provoque le malaise du spectateur en insistant sur l’immobilité absolue du chien, et son regard vide. Une attitude familière aux films de Carpenter, qui aime faire grimper la tension en montrant des «menaces immobiles». Voir par exemple les inquiétants clochards de PRINCE DES TENEBRES, tout aussi immobiles et dénués de vie avant l’attaque. Les protagonistes de ce film les croient schizophrènes… on peut en dire autant de la part du chien ici. A la première vision de la scène, le spectateur non préparé peut croire que le toutou a été traumatisé par les évènements antérieurs survenus chez les norvégiens…  La «mise en condition» du spectateur se fait par petites touches adroites :  - les cadrages : Carpenter prend d’abord une légère distance par rapport à l’entrée du chien dans le chenil, action vue du point de vue de Clark. Puis il «enferme» le spectateur dans le chenil, mettant celui-ci à la même place que les infortunées victimes canines… 

- la lumière : Clark éteint le chenil, rajoutant encore à la claustrophobie de la scène. Une basse lumière, très froide, de Dean Cundey, qui enlève toute «vie» à la scène et ne laisse aucun doute sur le sort des malheureux chiens, tout en laissant juste ce qu’il faut de lumière pour apercevoir les détails de l’horrible transformation. - et le son : les gémissements des chiens à moitié assoupis, le bruit du vent glacial… et ce son d’outre-tombe qui semble littéralement sortir du ventre de l’intrus… Tout le reste de la séquence découle de cette mise en condition impeccablement menée. Un montage et un découpage adroit, avec un usage bien géré de la profondeur de champ quand les membres de la base arrivent dans le couloir, et des angles de caméra placés au meilleur endroit pour nous faire partager l’horreur ressentie par McReady et ses alliés.  

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Influencé par des artistes comme Salvador Dali, Edvard Munch ou Francis Bacon, Bottin déchaine son imagination pour créer des corps éclatés, disloqués, fondus… un fantastique catalogue d’horreurs sorties des cauchemars de H.P. Lovecraft, impeccablement mises en valeur par Carpenter et Dean Cundey. Le travail de Bottin est unanimement salué, et va propulser en avant le jeune maître ès métamorphoses. Sous d’autres latitudes et à une autre époque, ses créations auraient sans doute fait de lui un authentique Surréaliste. Sa carrière cinématographique va en tous les cas s’envoler pendant deux décennies, et le faire travailler avec des pointures. Jugez donc : Joe Dante (le segment «toonesque»du film TWILIGHT ZONE / LA QUATRIEME DIMENSION de 1983, EXPLORERS en 1985 et INNERSPACE / L’AVENTURE INTERIEURE en 1987) ; Ridley Scott (LEGEND et son magnifique Prince des Ténèbres, en 1985) ; George Miller (LES SORCIERES D’EASTWICK, 1987), en 1987 ; trois films pour le hollandais fou Paul Verhoeven, ROBOCOP en 1987, TOTAL RECALL en 1990 et BASIC INSTINCT en 1992 ; deux films pour David Fincher – SEVEN en 1995 et FIGHT CLUB en 1999. Citons aussi ses collaborations avec Barry Levinson (TOYS), Brian DePalma (MISSION IMPOSSIBLE – avec les tous premiers maquillages numériques), Terry Gilliam (LAS VEGAS PARANO), Stephen Sommers (DEEP RISING / UN CRI DANS L’OCEAN)…    

Une carrière incroyablement créative, mais aussi terriblement courte ; après deux décennies fructueuses, et tandis que ses congénères Rick Baker et Stan Winston s’adaptent sans difficultés au passage aux effets numériques tout en conservant leur savoir-faire initial, l’inclassable Bottin va disparaître inexplicablement du milieu du cinéma… Plus rien depuis 2002 et une modeste contribution à une comédie d’Adam Sandler. Depuis, les «geeks» nostalgiques de THE THING, LEGEND et autres HURLEMENTS recherchent désespérément sa trace… Mais où est donc passé le météore Rob Bottin ?  

  

A suivre tout de suite dans la 2e Partie !

Nouvelle rubrique « Retour sur… »

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Plus de trois ans d’existence pour ce blog qui a dépassé les 100 000 visiteurs depuis plusieurs mois déjà !  

L’occasion pour moi d’adresser un grand merci affectueux à tous ceux, ma famille, mes amis, mes proches et tous ceux qui sont venus lire des textes de plus en plus copieux au fil du temps, et qui ne cessent de m’encourager dans cette voie. Un énorme merci également adressé à tous les internautes qui auront jeté un œil sur ces pages, j’espère que vous continuerez à visiter celles-ci. N’hésitez pas à écrire, remarques, louanges ou critiques (constructives, cela va de soi) sont toujours les bienvenues.    

Constatant que depuis ce temps, les seuls films passés au crible étaient les sorties récentes, il me semblait dommage de passer à côté de l’occasion de revisiter des films plus anciens. Difficile de trouver un angle d’approche solide pour parler de films des années 1960, 1950, etc. … ou relativement plus récents, comme ceux des années 1970 et 1980 qui font maintenant partie des «grands anciens» aux yeux du jeune public. Finalement, la profusion des remakes, «préquelles», et autres «spin-offs», bref de tous ces barbarismes à l’anglaise fleurissant dans le langage courant, m’a donné une idée pour une nouvelle rubrique : faire un retour sur un classique, un «film culte» qui est entré dans les mémoires cinéphiles au fil des ans, au point qu’une nouvelle version sort sur les écrans.    

«Les remakes, c’est nul…»

On connaît la chanson depuis longtemps, mais le but de cette rubrique n’est pas de commenter si cela se confirme à tout bout de champ… Certes, le procédé provoque souvent la colère justifiée des amoureux du film original «copié» avec plus ou moins d’inspiration… Mais il en existe par ailleurs d’autres totalement défendables (comme LES SEPT MERCENAIRES, par exemple, qui n’a pas à rougir par rapport à son illustre modèle, LES SEPT SAMOURAIS). Là n’est pas le sujet de ce texte. 

Il s’agit de revenir en détail sur l’œuvre originale, d’essayer de comprendre ce qui fait sa réussite, que ce soit son travail de mise en scène ou bien son rapport avec son époque. C’est aussi l’occasion de faire découvrir le film original à ceux qui l’auraient manqué, et de revenir sur des films parfois très mal accueillis à leur sortie, mais que le temps et la mémoire collective ont finalement rétablis à leur juste valeur.    

Le film inaugurant cette rubrique a justement eu droit à un accueil semblable en 1982, année bénie du Fantastique, avant d’avoir de nos jours droit à une «préquelle» que vous pouvez voir en ce moment sur les écrans. Enfilez vos parkas, équipez-vous d’un lance-flammes, méfiez-vous des chiens de traineau trop calmes comme de vos coéquipiers… Et mettez le cap sur une base scientifique au fin fond de l’Antarctique, dans un enfer concocté par un maître en la matière. On s’y sent… tout chose !   

Ludovic Fauchier



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