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En bref… AVENGERS : L’ERE D’ULTRON

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AVENGERS : L’ERE D’ULTRON, de Joss Whedon

L’histoire :

branle-bas de combat pour les Avengers ! Après avoir livré bataille en plein New York contre le perfide Loki et les envahisseurs extra-terrestres Chitauris, les héros se rassemblent à nouveau : l’espionne de choc Natacha Romanov alias Black Widow (Scarlett Johansson), le vétéran super-soldat Steve Rogers alias Captain America (Chris Evans), l’archer intrépide Clint Barton alias Hawkeye (Jeremy Renner), Bruce Banner et son monstrueux alter ego Hulk (Mark Ruffalo), l’ingénieur milliardaire Tony Stark alias Iron Man (Robert Downey Jr.), et le puissant dieu du tonnerre Thor (Chris Hemsworth) combattent en Sokovie, un pays d’Europe de l’Est. L’HYDRA, l’organisation terroriste internationale qui avait infiltré les services secrets du SHIELD (cf. Captain America : Le Soldat de l’Hiver), y a établi une base et un laboratoire, sous la férule du Baron Strucker (Thomas Kretschmann). Les Avengers prennent d’assaut la base et s’emparent du sceptre de Loki. Mais, avant de fuir, Strucker libère deux surhumains améliorés par ses expériences : les jumeaux Pietro et Wanda Maximoff (Aaron Taylor-Johnson et Elizabeth Olsen), respectivement dotés d’une super-vitesse et de pouvoirs psychiques phénoménaux. Grâce à ceux-ci, Wanda confronte Tony Stark à sa pire crainte : la vision d’une Terre détruite par le retour des Chitauris, et les Avengers morts parce qu’il n’a pas pris les mesures défensives nécessaires.

De retour à New York, Stark et Banner étudient la gemme qui orne le sceptre de Loki : le joyau renferme un programme d’intelligence artificielle d’une complexité surclassant celle de J.A.R.V.I.S. (voix de Paul Bettany), l’ordinateur de Stark. Celui-ci est persuadé qu’il pourra, grâce à ce programme, donner aux peuples de la Terre la protection parfaite contre les menaces venues d’autres mondes… Banner, malgré ses réticences, accepte de l’aider à développer cette nouvelle intelligence artificielle, surnommée Ultron. Erreur fatale… alors que les Avengers sont réunis pour une soirée de fête, Ultron (James Spader) s’éveille. Désorienté, rendu confus par les contradictions de sa programmation, il prend peur et élimine J.A.R.V.I.S., avant de télécharger sa conscience dans un drône robotique de Stark. Concluant que, pour sauver la Terre, l’Humanité et ses protecteurs doivent être anéantis pour laisser la place à une nouvelle forme de vie, Ultron attaque les Avengers stupéfaits, et leurs alliés, vite divisés sur la question de la responsabilité de Stark. L’équipe doit pourtant rester unie alors que le robot psychotique retrouve Wanda et Pietro, les manipulant pour parvenir à ses fins…

 

Avengers L'ère d'Ultron 02

La critique :

La fine équipe des Avengers se reforme, pour entamer la saison estivale des blockbusters US de 2015. Suivant au plus près l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne« , les Marvel Studios continuent de développer leur univers partagé depuis sept ans. Depuis que Nick Fury (Samuel L. Jackson) apparut en bonus final dans le premier Iron Man, annonçant la création de la fameuse équipe de super-héros, dix films se sont succédé en sept ans, avec des résultats irréguliers, mais un public de fidèles répondant toujours présent. Le second volet des Avengers, toujours orchestré par Joss Whedon, ne change pas la formule gagnante et s’adresse avant tout aux familiers des héros de la Maison des Idées. Autant dire que les spectateurs néophytes risquent de se sentir un peu dépassés par les références et les apparitions de personnages gravitant autour de Thor, Iron Man, Captain America et leurs camarades. Pas trop de surprises non plus à attendre d’Avengers : L’ère d’Ultron, qui respecte à la lettre le cahier des charges des films de super-héros Marvel : du divertissement avant tout, une approche plutôt « légère » des conflits entre les personnages (on reste assez loin de l’introspection plus fouillée des personnages de la Distinguée Concurrence, revus par Christopher Nolan ou Zack Snyder), et des morceaux de bravoure d’action propre à ravir les jeunes fans. Ambiance « piou piou piou ! whaam ! boum ! wiiingg !! kaboom !! » garantie donc, heureusement tirée vers le haut par le sens de l’écriture habile de Whedon, et son mélange de références intégrées entre Shakespeare et Star Wars. L’Empire Contre-Attaque reste ici le modèle inspirateur, le récit jouant sur la même idée des  »héros dispersés » et souvent conflictuels. 

 

Avengers L'ère d'Ultron 03

En bonus appréciable, Whedon laisse un peu plus de champ libre aux personnages  »secondaires » de l’équipe. Si Iron Man, Cap et Thor sont les stars de l’équipe, ils sont forcément ici un peu moins développés que dans leurs séries respectives ; encore que l’on voit Tony Stark (Downey Jr. égal à lui-même) montrer les premiers signes d’une certaine mégalomanie sécuritaire (faisant directement référence à Reagan et son programme de défense spatiale, intitulé Star Wars !) qui prépare la voie au Captain America : Civil War qui le verra s’opposer au plus démocrate Steve Rogers. Ici, cependant, ce sont Hulk, Black Widow et Hawkeye qui sont un peu plus développés par le réalisateur-scénariste. L’archer joué par Jeremy Renner, négligé dans le premier volet, gagne même en capital sympathie, sans doute parce qu’il est le seul humain « normal » au milieu de cette équipe de dieux et de monstres. L’espace de quelques scènes, Renner donne au plus oublié des Avengers un certain sens de l’ironie et un détachement « cool » approprié. Il est suivi de près par Scarlett Johansson et Mark Ruffalo qui donnent aussi un peu plus d’humanité à leurs héros respectifs. Rien à redire sur la prestation de James Spader, transformé en Ultron psychotique, en revanche la présentation des jumeaux Vif-Argent et Sorcière Rouge est un peu étouffée par l’histoire. Bonus appréciable, cependant, avec l’arrivée d’un certain androïde vert, rouge et jaune, familier des lecteurs du comics, et qui annonce une refonte complète de l’équipe annoncée dans la dernière séquence.

 

Avengers L'ère d'Ultron 01

Rien de plus à dire, sinon que cet Avengers assure son contrat envers un public forcément conquis d’avance, et se montre plaisant à suivre. Les morceaux de bravoure sont légion (notamment ce combat démentiel entre Hulk et Iron Man en mode « Hulkbuster »), le film est divertissant… mais, toutefois, sans surprise. Les studios Marvel ont quand même pris l’habitude (risquée, mais payante jusqu’ici) de « s’emparer » des écrans avec leurs héros appartenant au même univers. Les projets vont se succéder et se multiplier, sur les quinze prochaines années minimum… Comment faire pour surprendre un public qui sera forcément blasé ? Tandis que la Distinguée Concurrence réagit assez lentement (on attend quand même Batman Vs. Superman : Dawn of Justice, annonciateur d’un film imminent de la Justice League, concurrent annoncé des Avengers de Marvel…), Marvel poursuit sa route sans ralentir : Ant-Man (entaché par une brouille entre le studio et le réalisateur Edgar Wright qui a claqué la porte, mécontent de l’ingérence des cadres exécutifs, soucieux de ne pas laisser les cinéastes trop imposer leur marque sur des héros qui restent leur propriété financière) sera la prochaine sortie, en attendant Captain America : Civil War (qui verra Cap rejoint par un invité de marque, qui tisse partout…), Thor : Ragnarok, Avengers : Infinity War (en deux parties !), les suites des Gardiens de la Galaxie, plus Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel, Inhumans… sans oublier les productions des héros Marvel restés sous l’égide de la 20th Century Fox pour des questions de vente de droits (sortie imminente d’une version plus sérieuse des Fantastic Four, tournage de X-Men Apocalypse, un nouveau film de Wolverine qui se profile à l’horizon) et ceci sans compter les séries télévisées Agents of SHIELD, Daredevil, Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist… N’en jetez plus, la cage est pleine ! Le vieux lecteur-cinéphile fan du genre que je suis devait attendre, enfant, une bonne décennie pour avoir un film de super-héros correct ; maintenant, c’est la surcharge qui guette… Le risque de saturation et de lassitude d’un « marché » de films super-héroïques va forcément être de plus en plus présent à chaque nouveau film.

Que cela ne dissuade pas pour autant le spectateur d’apprécier ce nouvel Avengers à sa juste valeur, comme un grand 8 amusant, rythmé et décomplexé.

 

Ludovic Fauchier, alias The Incredible Blogbuster.

 

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ci-dessus : la fine équipe du casting d’Avengers : l’Ere d’Ultron en pleine séance d’autographes au Comic-Con. Manque juste à l’appel Scarlett Johansson (argh ! damned !).

 

La fiche technique :

Réalisé par Joss Whedon ; scénario de Joss Whedon, d’après la bande dessinée créée par Stan Lee & Jack Kirby (Marvel Comics) ; produit par Kevin Feige, Mitchell Bell, Jamie Christopher et Daniel S. Kaminsky (Marvel Studios)

Musique : Danny Elfman et Brian Tyler, thème des Avengers par Alan Silvestri ; photo : Ben Davis ; montage : Jeffrey Ford et Lisa Lassek

Direction artistique : Ray Chan ; décors : Charles Wood ; costumes : Alexandra Byrne

Effets spéciaux de plateaux : Ian Corbould, Paul Corbould, Kevin Bitters et Danilo Bollettini ; effets spéciaux visuels : (heu… plein de monde dans plein de studios !) Ben Snow, Paul Butterworth, Trent Claus, Marcus Degen, Nigel Denton-Howes, Florian Gellinger, Jamie Hallett, Ken McGaugh, Ray McMaster, Michael Mulholland, Rocco Passionino, Katherine Rodtsbrooks, Alan Torres, Christopher Townsend et Chad Wiebe (ILM / Animal Logic VFX / Capital T / Clear Angle Studios / Double Negative / FBFX / Framestore / Lola VFX / Luma Pictures / Mova / Plowman Craven & Associates / Method Studios / Prime Focus World / RISE Visual Effects Studios / Secret Lab / Territory Studios Zoic Studios) (je vous avais prévenus, c’est même pour ça que le générique est presque aussi long que le film. Ah la la de nos jours, les films c’est n’importe quoi. Je me souviens des génériques des vieux films qui duraient une minute maximum, c’était le bon temps mes chers petits…) Cascades : Greg Powell

Distribution USA : Walt Disney Studios Motion Pictures

Caméras : Arri Alexa XT, Blackmagic Pocket Cinema, Canon EOS C500, GoPro Hero HD3 et Red Epic MX

Durée : 2 heures 22 (c’est bon, vous pouvez partir maintenant !)

Aux disparus de l’hiver 2015…

Bonjour chers amis neurotypiques !

Nous reprenons cette rubrique hélas habituelle à chaque nouvelle saison, l’occasion de saluer une dernière fois quelques personnalités et artistes qui ont fait partie de la folle histoire du 7ème Art. En l’occurrence, une femme et un homme, décédés à une journée d’intervalle cet hiver, et dont les noms nous renvoient quelques cinquante années en arrière.

En prime, une pensée émue pour le plus logique des Vulcains qui nous a également quittés…

 

Aux héros oubliés 2015... Anita Ekberg

Anita Ekberg (1931-2015)

« Marcello ! Come here ! » Personne n’a oublié cette scène de La Dolce Vita, où le maitre Federico Fellini signait une magnifique scène de séduction féminine. Un moment purement fantasmatique où le journaliste joué par Marcello Mastroianni rejoignait dans la fontaine de Trevi la pulpeuse Sylvia, alias Anita Ekberg. Avec sa robe-fourreau noire, ses longs cheveux blonds en cascade et ses formes voluptueuses éclaboussées par les eaux, la comédienne devenait en quelques instants un fantasme vivant… avant que Fellini nous ramène à la réalité et fasse retomber la magie avec l’arrivée du petit jour. Le film de Fellini fut même occulté par le souvenir de cette scène, de même que la carrière de la comédienne d’origine suédoise, et italienne d’adoption. Avec un physique aussi pulpeux, typique des pin-ups de l’époque, la belle Anita fut surtout la vedette d’un bon nombre de séries B souvent destinées à mettre en valeur ses charmes, dans les limites convenables de l’époque, pour le plus grand bonheur des spectateurs des cinéma de quartier de l’époque ! La Dolce Vita et sa collaboration avec Fellini furent un peu l’arbre qui cachait la forêt d’une carrière souvent inégale ; mais, indéniablement, la belle sut enflammer la pellicule de ses charmes, dans n’importe quelle production.

Kerstin Anita Marianne Ekberg naquit à Malmö le 29 septembre 1931, la sixième d’une famille de huit enfants. Adolescente, la jolie jeune fille commencera une carrière de mannequin, et, sur les conseils de sa mère, s’inscrira une fois adulte dans les concours de beauté locaux, aidée en cela par un charmant visage et un physique prompt à se faire retourner les hommes sur son passage. Elue Miss Suède, elle rejoignit le concours de Miss Univers en 1951, quittant son pays natal pour les Etats-Unis. Finaliste du concours, Anita fut remarquée par les recruteurs du studio Universal, où elle fit ses débuts comme starlette. Début de la « Dolce Vita » pour la jeune suédoise qui apprit le métier de comédienne, mais préférait largement l’équitation aux cours de diction, d’art dramatique, danse et escrime… Les débuts furent modeste, Anita Ekberg faisant de la figuration en 1953, avec d’autres filles, dans The Mississipi Gambler (Le Gentilhomme du Mississipi), Deux Nigauds sur Mars avec Abbott et Costello et The Golden Blade (La Légende de l’Epée Magique) avec Rock Hudson. Les choses s’améliorèrent avec le mannequinat, les apparitions à la télévision américaine et des rôles plus conséquents dans des films de prestige. L’Allée Sanglante, avec John Wayne et Lauren Bacall, lui vaudra même de remporter le Golden Globe de la Débutante la plus prometteuse (prix partagé avec les comédiennes Victoria Shaw et Dana Wynter).

 

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Ci-dessus : exemple typique des rôles qui firent la gloire d’Anita Ekberg à ses débuts, Zarak ne resta pas dans les mémoires… mais peu importe. Anita dansait, pour vous, messieurs !

1956 fut l’année décisive pour Anita Ekberg. Outre les retombées du Golden Globe, elle devint une habituée des « unes » de la presse à potins de l’époque, pour ses innombrables liaisons avec les séducteurs de l’écran ; une liste comprenant, au fil des ans, Tyrone Power, Errol Flynn, Yul Brynner, Frank Sinatra et Rod Taylor. Anita devint aussi une icône gentiment polissonne, devenant une vraie pin-up adorée des lecteurs de magazines du style Playboy ; et elle ne se priva pas de réaliser quelques coups publicitaires tout aussi coquins, comme lorsqu’elle fit exprès d’ »exploser » le bustier de sa robe lors de son arrivée au Berkeley Hotel de Londres ! Une présence éminemment torride qui la fit remarquer du gagman, cinéaste et ancien cartooniste Frank Tashlin. Cet ancien collègue de Tex Avery (donc aussi connaisseur que lui en matière de pin-ups affriolantes) la fit jouer à deux reprises avec le duo vedette Jerry Lewis-Dean Martin, dans Artistes et Modèles, et Hollywood or bust (Un vrai cinglé de cinéma). Si « Dino » était le dragueur invétéré du duo, c’est Jerry, dans son numéro de grand dadais timide devant les filles, qui poursuivait pourtant la belle dans Un vrai cinglé de cinéma… Jerry Lewis était flanqué d’un grand danois (le chien) qui craquait pour la minuscule caniche de la belle, l’occasion pour Tashlin de faire dire à Anita Ekberg des dialogues à double sens parfaitement évidents, sur l’incompatibilité de taille de leurs toutous respectifs ! On la vit cette même année dans le luxueux casting de Guerre et Paix (1956) de King Vidor, jouant le rôle d’Helena Kuragina, aux côtés d’Henry Fonda, Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Vittorio Gassman. Et elle eut son premier rôle féminin dans Back from Eternity (Les Echappés du Néant, 1956), un film d’aventures de John Farrow, où elle était une très sexy naufragée des airs, perdue en pleine jungle, avec Robert Ryan et Rod Steiger. Ces belles années se poursuivirent avec des productions mineures, tournées en Grande-Bretagne : le thriller Man in the Vault, et Zarak le Valeureux de Terence Young, avec Victor Mature ; un film d’aventures orientales prétexte à la belle pour livrer une scène de danse du ventre terriblement suggestive… Les productions suivantes dans lesquelles elle joua étaient du même tonneau : en 1957, Interpol (Pickup Alley) toujours avec Victor Mature, et Valerie avec Sterling Hayden et son mari d’alors, Anthony Steel ; l’année suivante, la comédie Paris Holiday (A Paris tous les deux) avec Bob Hope et Fernandel, et Screaming Mimi avec la reine du strip-tease Gypsy Rose Lee !

 

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Ci-dessus : la scène inoubliable de La Dolce Vita. Anita Ekberg, la femme fellinienne par excellence, qui rend fous Marcello Mastroianni et les spectateurs…

Anita Ekberg se fixera par la suite en Italie, et prit bientôt la nationalité de sa terre d’adoption, où on la verra trôner dans de savoureuses séries B d’aventures, tout en revenant de temps à autres tourner un film aux USA. Elle fut la Reine Zénobie (sensuellement habilllée, comme il se doit) dans le péplum franco-italo-germano-yougoslave Sous le signe de Rome, coécrit par Sergio Leone, et sorti en 1959. Ceci juste avant que Federico Fellini fit d’elle la Sylvia de La Dolce Vita… Sa présence dans le film ne s’étendait en fait qu’à une brève partie du film, long de près de 3 heures, mais qu’importe : présente sur l’affiche peinte du film, Anita Ekberg, jouant pratiquement son propre rôle, livrait une performance propre à affoler les érotomanes de la planète entière, qui auraient bien aimé alors se trouver à la place de Marcello Mastroianni, profitant d’une visite de la star à travers Rome, pour se retrouver seul avec elle dans la fameuse scène de la fontaine… avant que l’arrivée du jour et le retour d’un boyfriend jaloux ne gâchent le rêve. Un très bon souvenir pour l’actrice, qui s’entendit à merveille avec le maestro Fellini au point de revenir dans plusieurs de ses films. Signalons aussi, pour cette année 1961, un très bon rôle de la belle suédoise dans Le Dernier Train de Shanghaiet un petit classique de la série B d’aventures, Les Mongols d’André de Toth et Leopoldo Savona, avec Jack Palance. Anita Exberg retrouva Fellini en 1962, pour Les Tentations du Docteur Antoine, l’un des sketches de Boccace 70 signé des meilleurs réalisateurs italiens de l’époque (Mario Monicelli, Luchino Visconti et Vittorio De Sica). Elle rendait fou l’austère et puritain docteur obnubilé par sa présence sur une affiche incitant à boire plus de lait ! On la revit dans Seven Seas to Calais avec Rod Taylor et Terence Hill, sous la direction de Primo Zeglio et Rudolph Maté ; elle manqua de peu le rôle d’Honey Rider dans James Bond contre Dr. No, devancée par la suissesse Ursula Andress, avec qui elle joua dans le western comique de Robert Aldrich 4 du Texas, où les deux belles charment Frank Sinatra, Dean Martin et Charles Bronson.

A l’approche de la quarantaine, la carrière cinéma d’Anita Ekberg s’essoufflera inéluctablement. Peu de titres marquants après le flop de Way… Way out (Tiens bon la rampe, Jerry) où elle jouait une astronaute russe retrouvant Jerry Lewis, en 1966. On citera rapidement sa participation dans le film de Vittorio De Sica de 1967, Sept fois femme dont Shirley MacLaine tenait la vedette, et une troisième prestation chez Fellini dans Les Clowns, en 1970. Elle prit une semi-retraite forcée par la médiocrité de ses quelques films tournés dans les années 1970 - six ans entre Northeast of Seoul (1972) et des nanars du nom de Killer Nun (1978) et Gold of the Amazon Women (1979)… Heureusement, Federico Fellini ne l’oublia pas et lui offrit un bel adieu au cinéma en 1987, dans la meilleure scène, nostalgique (et un brin cruelle…) d’Intervista. Dans ce film dans le film en partie autobiographique, le maître italien et son équipe, accompagnés de Marcello Mastroianni grimé en Mandrake le Magicien, rendaient visite à la diva suédoise retirée dans sa villa. Et Fellini de montrer que le temps a passé, ses deux stars contemplant leur grande scène de La Dolce Vita, tournée un quart de siècle plus tôt… Ce fut l’avant-dernière apparition d’Anita Ekberg, avant un ultime rôle en 1996 dans Bambola, un mélo érotique espagnol de Bigas Luna. La belle qui fit fantasmer les hommes de la planète entière connaîtra une fin de vie un peu triste; alors qu’elle était hospitalisée en 2011, sa villa fut dévalisée, et incendiée. Démunie, elle dut demander  l’aide de la Fondation Fellini. Elle séjourna à la Clinique San Raffaelle de Rocca di Papa, dans sa chère cité de Rome, avant d’y décéder le 11 janvier 2015.

 

Aux héros oubliés 2015... Rod Taylor

Rod Taylor (1930-2015)

Une des gueules les plus sympathiques du « cinoche » à l’ancienne des années 1960-70 nous a quitté ce 8 janvier à Los Angeles dans sa 84ème année. Rod Taylor fut, bien avant Mel Gibson, Russell Crowe ou Hugh Jackman, l’un des tout premiers australiens à avoir percé sur le grand écran. Et bien que sa carrière cinéma ait été relativement brève, et plutôt tournée vers la série B, cet acteur à la belle gueule carrée restera associé au souvenir de plusieurs classiques, et aussi de quelques pellicules sacrément bien barrées qui lui vaudront la reconnaissance finale d’un connaisseur en la matière, Quentin Tarantino. Son apparition dans Inglourious Basterds en 2009 fut le point final d’une carrière bien remplie.

Rodney Sturt Taylor est né le 11 janvier 1930 à Lidcombe, près de Sydney ; il était le fils unique d’un artiste publicitaire également entrepreneur, et d’une écrivaine pour enfants. Le jeune Rod Taylor eut sa vocation d’acteur en découvrant un jour Sir Laurence Olivier, venu en interpréter Richard III durant une tournée internationale. Tout en gagnant sa vie à ses débuts comme artiste publicitaire, il commença à jouer au théâtre et à la radio australienne. En 1951, il joua son premier rôle dans un film, un court-métrage intitulé Inland with Sturt, reconstituant l’expédition dans l’Australie sauvage effectuée en 1829 par son arrière-arrière-grand oncle, Charles Sturt, un célèbre explorateur de l’histoire australienne. Rod Taylor y jouait le rôle de son associé, George Macleay. Membre de la troupe du Mercury Theater australien, il tourna dans ses premiers films dans son pays natal : des récits d’aventure à petit budget, la plupart du temps, comme King of the Coral Sea (1954) ou Long John Silver, suite de L’Île au Trésor, tournée par Byron Haskin, où il jouait le pirate Israel Hands. Cette même année 1954, Taylor fut récompensé pour son travail à la radio du Rola Show Australian Radio Actor of the Year, prix lui offrant un voyage professionnel à Londres en passant par Los Angeles. Il choisira de rester travailler dans la ville californienne. Ses premières apparitions seront dans l’anthologie télévisée Studio 57, et des seconds rôles au cinéma. On le vit dans le policier Hell on Frisco Bay (Colère Noire) avec Alan Ladd et Edward G. Robinson et en beau-frère d’Elizabeth Taylor et Rock Hudson dans Géant de George Stevens. A la télévision, il fut remarqué pour un épisode de la série western Cheyenne. S’il manqua de peu de reprendre le rôle du boxeur Rocky Graziano après la mort de James Dean pour Somebody Up There Likes Me (Marqué par la Haine), les cadres de la MGM apprécièrent son charme viril évident sur les bobines d’audition. Rod Taylor signa un contrat avec le studio au lion, synonyme de rôles plus conséquents au cinéma. On le vit ainsi dans le drame de Richard Brooks The Catered Affair (Le Repas de noces) avec Bette Davis, le mélodrame Raintree County (L’Arbre de Vie) avec Montgomery Clift et Elizabeth Taylor, Tables Séparées avec Rita Hayworth, David Niven, Burt Lancaster et Deborah Kerr, et Ask Any Girl (Une fille très avertie), une comédie avec Niven et Shirley MacLaine. Parmi ses nombreuses apparitions dans la télévision des fifties, Taylor fit un passage mémorable dans la première saison de l’immortelle Twilight Zone (La Quatrième Dimension), en 1959. Il tenait la vedette d’And When the Sky was Opened (Les Trois Fantômes). Une libre adaptation de l’angoissante nouvelle de Richard Matheson, Escamotage, adaptée par Rod Serling ; dans cet épisode, trois astronautes dont le Colonel Forbes (Taylor) revenaient sur Terre après avoir été porté disparus des écrans radar. Petit à petit, la paranoïa gagnait Forbes, réalisant que lui et ses coéquipiers sont peu à peu « effacés » de la réalité. Ses parents ne le reconnaissent plus, les journaux les oublient subitement, et son reflet n’apparait plus dans le miroir… Cet épisode, l’une des nombreuses réussites du show, permit à Taylor de faire valoir son talent de comédien brut de décoffrage.

 

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ci-dessus : le premier essai de La Machine à Explorer le Temps, effectué par George (Rod Taylor)… Tout le charme de la science-fiction victorienne et de l’aventure rétro !

 

Rod Taylor restera surtout associé au souvenir d’un classique de la science-fiction « à l’ancienne », The Time Machine (La Machine à explorer le Temps, 1960), très sympathique adaptation par George Pal du roman d’H.G. Wells. Bien avant Doc Brown et Marty McFly dans Retour vers le Futur, Taylor put se targuer d’être le premier grand voyageur temporel du cinéma ! Il incarnait George, inventeur enthousiaste d’une machine temporelle aux allures de traîneau de Père Noël, quittant la Londres victorienne pour découvrir les grandes avancées de l’Humanité dans les siècles suivants… Il va déchanter en découvrant les guerres mondiales (dont un conflit nucléaire global en 1966 !) et l’effondrement des civilisations, jusqu’à l’année 802 701. Sans jamais perdre sa combativité ni son optimisme foncier, George rencontrera les descendants des humains : les Eloïs, dont la ravissante Weena (Yvette Mimieux), pacifiques, doux, mais apathiques, et les Morlocks, leurs prédateurs souterrains et anthropophages… Si George Pal change largement le propos pessimiste du roman, il tire une excellente prestation de Taylor, non seulement déterminé à ramener un peu de civilisation et d’éducation (chrétienne, de préférence) dans ce futur post-apocalyptique, et touché par l’amour d’une innocente jeune femme ! Le ton, résolument premier degré, de La Machine à explorer le Temps fait tout son charme. Et l’acteur se prêtera volontiers au souvenir des anecdotes et évocations du tournage de ce petit bijou. Par la suite, Rod Taylor enchaînera les rôles à la télévision (la série Hong Kong), et au cinéma, acceptant aussi bien un second rôle dans le péplum italien La Reine des Amazones, que le doublage du gentil Pongo dans Les 101 Dalmatiens produit par Walt Disney. Après le film d’aventures italien Seven Seas to Calais, Rod Taylor reçut une proposition de premier ordre : Alfred Hitchcock cherchait le premier rôle masculin de son nouveau film. Avait-il vu l’acteur repousser les Morlocks en les aveuglant, comme James Stewart face à l’assassin de Fenêtre sur Cour ? Quoi qu’il en soit, Rod Taylor fut le séduisant avocat Mitch Brenner dans Les Oiseaux, en 1963, aux côtés de Tippi Hedren, Jessica Tandy… et surtout de centaines de volatiles bien peu accommodants envers l’espèce humaine ! Certes, les corbeaux et goélands qui assaillaient la population de Bodega Bay dans ce chef-d’oeuvre de terreur, orchestré par le maître du genre, étaient les vraies stars du film, mais Taylor n’eut pas à rougir de sa prestation. Sa présence solide et son physique rassurant, alliés à un certain sens de l’humour, aidaient autant la charmante Tippi Hedren que le spectateur à tenir bon durant les attaques aviaires de plus en plus violentes, au fil du film. L’acteur gardera un bon souvenir de sa collaboration avec Hitchcock, et évoquera, rigolard, avoir été pris pour cible quotidiennement par l’un des corbeaux dressés pour le film ! 1963 sera une bonne année pour Taylor, également présent, notamment, dans les premiers rôles d’Un Dimanche à New York de Peter Tewksbury, une comédie romantique où il séduit Jane Fonda , et le drame The V.I.Ps (Hôtel International) d’Anthony Asquith où il retrouvait Elizabeth Taylor aux côtés de Richard Burton, Louis Jourdan, Maggie Smith et Orson Welles. Citons aussi, en 1964, Fate is the Hunter (Le Crash mystérieux) où il joue un pilote responsable d’un accident d’avion, face à Glenn Ford, et 36 Heures avant le débarquement (1965) avec James Garner.

Rod Taylor remplaça au pied levé Sean Connery, initialement prévu pour jouer le rôle principal du Jeune Cassidy, autobiographie à peine déguisée de la vie du dramaturge irlandais Sean O’Casey. Ouvrier et auteur de pamphlets en 1911, Cassidy/O’casey prend conscience de son talent et de son influence sur les irlandais quand le grand W.B. Yeats (Michael Redgrave) le prend sous son aile à l’Abbey Theatre. Après une histoire malheureuse avec Daisy (Julie Christie), une prostituée, le jeune homme trouvait l’amour et l’inspiration auprès de sa compagne Nora (Maggie Smith). Excellente prestation de Rod Taylor qui aurait dû tourner sous la direction du grand John Ford ; malheureusement, le cinéaste des Raisins de la Colère, gravement malade, dut abandonner le tournage pour être remplacé par le chef opérateur Jack Cardiff. Ce dernier s’en tirera avec les honneurs, et s’entendit très bien avec Taylor, avec qui il fera d’autres films. Le registre un peu limité du comédien australien le cantonnera par la suite à des rôles d’action dans des séries B sans prétention, comme le western de Gordon Douglas Chuka le Redoutable (1967). Avec Cardiff, Rod Taylor s’illustra dans le thriller Le Liquidateur (1965) et surtout, le cultissime Dark of the Sun (Le Dernier Train du Katanga, 1968). Un film d’action particulièrement brutal où il retrouvait Yvette Mimieux ; Taylor, à la tête d’une bande de mercenaires, devait sauver des civils occidentaux torturés, violés et massacrés durant la décolonisation du Congo. Des séquences complètement folles, le film n’en manquait pas, dont un hallucinant duel à la tronçonneuse opposant Taylor à un ex-nazi (Peter Carsten). Rentrant droit dans le lard du spectateur sans le moindre complexe, Le Dernier Train du Katanga fit forte impression sur les cinéphiles, dont un fan absolu en la personne de Quentin Tarantino ! A l’extrême opposé des films d’action dont il tenait la vedette, on remarquera aussi la prestation de Rod Taylor dans Zabriskie Point (1970), de Michelangelo Antonioni. Dans ce brûlot contestataire, film-phare de la contreculture (ou pensum épouvantablement ennuyeux, selon les points de vue), Taylor incarnait Lee Allen, un entrepreneur en immobilier cherchant à acquérir les terrains désertiques où évoluent les anti-héros d’Antonioni. Un film dont la réputation doit surtout aux incidents ayant émaillé le tournage (accrochages avec des militants pro-Nixon, surveillance par le FBI alerté par des rumeurs d’orgie…), et où on repèrera rapidement un tout jeune Harrison Ford jouant les étudiants contestataires…

 

Aux héros oubliés 2015... Rod Taylor dans Inglourious Basterds

ci-dessus : l’aviez-vous reconnu dans Inglourious Basterds ? Le dernier rôle de Rod Taylor au cinéma.

La carrière cinéma de Rod Taylor déclinera aussi subitement qu’elle avait décollé. Dommage pour un acteur certes conscient de ses limites de comédien, mais qui aurait pu rivaliser avec un Sean Connery s’il avait trouvé le rôle à sa mesure. Dans les années 1970, Rod Taylor tournera de nombreuses séries B, jusqu’en Italie et en Yougoslavie, manquera de peu d’affronter Bruce Lee dans La Fureur du Dragon (son rôle reviendra à John Saxon) et croisera la route de John Wayne vieillissant dans le western Les Voleurs de Train, aux côtés d’Ann-Margret et Ben Johnson. Taylor se rabattra sagement sur les téléfilms et les séries, comme vedette (les séries western Bearcats ! en 1971 et The Oregon Trail en 1977 ; plus tard, Masquerade en 1983 et Outlaws en 1986) ou invité régulier, passant d’Arabesque à Falcon Crest pour réapparaître en 1996 aux côtés de Chuck Norris et son inénarrable Walker, Texas Ranger. Peu de choses à dire sur les rares apparitions de l’acteur dans des films de série B dans les années 1980 ; il se mit en semi-retraite dans les années 1990, mais fera quand même une apparition réussie dans le rôle de Daddy-O, une vieille crapule redneck régnant sur une petite ville du bush australien, dans Bienvenue à Woop Woop, de Stephan Elliot. Officiellement retiré des écrans, Rod Taylor aura tout de même droit à un beau cadeau d’adieu, en acceptant de faire une apparition non créditée dans l’Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. Le réalisateur de Reservoir Dogs, pour son hommage personnel aux innombrables séries B de guerre qu’il a vu dans sa jeunesse, convaincra la star du Dernier Train du Katanga de tenir le rôle de Sir Winston Churchill, préparant « l’Opération Kino » en compagnie du général Fenech (Mike Myers) et du Lieutenant Hickox (Michael Fassbender). Opération menée avec les « Basterds » du Lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt), afin de tuer Hitler et tous ses complices dans un cinéma ! Le vétéran australien, à 79 ans, sera un Churchill tout à fait crédible, cigare au bec, et fera donc ainsi ses adieux définitifs à l’écran, avec les honneurs. Il nous a quitté le 7 janvier dernier, quatre jours avant son 85e anniversaire.

 

Premiere Of Paramount Pictures' "Star Trek Into Darkness" - Arrivals

Le temps m’a hélas manqué pour parler aussi en détail de Leonard Nimoy (1931-2015)…

Tous les trekkies de la planète ont pleuré le 27 février 2015, date du décès du comédien. Celui qui incarna, sur près de cinquante années (séries, dessins animés et films), Monsieur Spock, officier en second de l’USS Enterprise, et personnage emblématique de l’univers Star Trek. Lié pour toujours à cette monumentale saga interstellaire, Nimoy ne s’était pas limité cependant à incarner le Vulcain rigoureux et flegmatique, grand ami de l’impétueux Capitaine Kirk (William Shatner). Sa carrière d’acteur commença bien avant, dès les années 1950 (cherchez-le en figurant déjà extraterrestre dans le serial Zombies of the Stratosphere !!), se poursuivit à la télévision (Columbo, Max la Menace, Mission Impossible où il succéda à Martin Landau, sans compter des apparitions amicales dans Les Simpsons ou Futurama…), et au cinéma (plus discret, il fut toutefois un inquiétant psychiatre sceptique dans L’Invasion des Profanateurs de Philip Kaufman en 1978). Mais ce sera toujours Star Trek qui en fit une star. Bon pied bon œil, il fut en poste dès les débuts (l’épisode pilote The Cage), donna sa voix à Spock dans la série animée des années 1970, fut de l’aventure durant les six premiers longs-métrages cinéma avec l’équipe de la série originale, de Star Trek : Le Film de Robert Wise (1979) à Star Trek VI : Terre Inconnue de Nicholas Meyer (1992). Dévoué à sa chère série spatiale, il signera d’ailleurs la mise en scène des troisième et quatrième films (Star Trek III : A la recherche de Spock, 1984, et le sympathique Star Trek IV : Retour sur Terre, 1986). Il réapparut fréquemment dans les séries dérivées, avant de faire un ultime double come-back dans les reboots récents de la saga orchestrée par J.J. Abrams. Il passait le témoin à son jeune alter ego, désormais incarné par Zachary Quinto, avant de profiter d’une retraite bien méritée.

 

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ci-dessus : souvenir de Star Trek II : La Colère de Khan (1982)… Adieu à Spock, alias Leonard Nimoy.

 

Tant de dévouement méritait bien qu’on salue ici la mémoire de Leonard Nimoy - d’autant plus que votre serviteur, avec son syndrome d’Asperger, s’est rappelé qu’il avait hérité voilà longtemps du surnom de « Spock » de la part d’un ancien camarade. J’espère qu’il se reconnaîtra, s’il lit ces lignes. Qu’il sache que tout est pardonné. 

J’ai été… et serai toujours… votre ami. Longue vie et prospérité.

 

Ludovic Fauchier

« And here’s to you… » – Mike Nichols (1931-2014), 1ère partie

Bonjour chers amis neurotypiques ! Une longue, longue coupure entre les textes de ce blog, ce qui nécessite quelques explications… La fatigue, bête et méchante, a fait en sorte que je n’avais plus de temps (j’ai aussi une vie réelle, avec cette chose terrible qui s’appelle le travail) ni l’énergie pour remplir ce blog. Le manque de temps m’obligera sans doute aussi à réduire les textes, et ce sera difficile d’écrire des « romans » sur chaque nouveau film, comme auparavant. Dommage, car avec la sortie des derniers films de deux cinéastes qu’on aime bien dans ces pages (Gone Girl de David Fincher et Interstellar de Christopher Nolan), il y avait de quoi faire… Enfin bref, me voilà de retour pour rendre hommage à un grand cinéaste. Bonne lecture !

L.F.

 

Mike Nichols

Inévitablement, les réalisateurs américains ayant changé les règles du jeu au cours des années 1960 s’en vont les uns après les autres. Les Arthur Penn, Robert Mulligan ou Sidney Lumet, défenseurs d’un cinéma audacieux et premiers enfants terribles narguant la mainmise créative des studios hollywoodiens, viennent d’être rejoints par celui de Mike Nichols, qui s’est éteint ce 19 novembre. Cet ancien comédien humoriste passé derrière les caméras aimait les acteurs, qui le lui rendaient bien. Il n’y a qu’à voir la liste phénoménale de grands comédiens ayant travaillé avec lui à de nombreuses reprises, et la belle série de récompenses qu’ils ont obtenues. Richard Burton, Elizabeth Taylor, Dustin Hoffman, Anne Bancroft, Orson Welles, Meryl Streep, Jack Nicholson, Gene Hackman, Harrison Ford, Annette Bening, Emma Thompson, Kevin Spacey, Natalie Portman, Tom Hanks, Philip Seymour Hoffman, Julia Roberts… Impressionnante liste de comédiens, s’il en est ! Nichols ne fut pas pour rien un metteur en scène réputé, aussi à l’aise au théâtre qu’à la télévision ou au cinéma ; sur ce dernier médium, Nichols signa des œuvres de qualité variable, dont les meilleures restent cependant encore gravées dans les mémoires. Impossible de ne pas penser évidemment au Lauréat sans avoir les images, dialogues et chansons marquantes, choisies par cet homme très discret. Nichols a traversé les époques avec un regard aiguisé sur les relations humaines (spécialement les conflits conjugaux, omniprésents dans ses films) et les bouleversements sociaux survenus aux USA dans la seconde moitié du 20ème Siècle. Avec le grand écran, il a livré une solide filmographie s’étendant sur quarante années, de Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966) à La Guerre Selon Charlie Wilson (2007). La courte biographie qui suit va restituer son parcours. Comme toujours, je demande l’indulgence du lecteur pour les éventuelles erreurs qui pourraient se glisser dans le texte.

Racines… Comme tant d’autres américains avant lui, Mike Nichols était un enfant d’émigrés : son vrai nom était Mikhaïl Igor Peschkowsky. Il naquit à Berlin, le 6 novembre 1931, de parents réfugiés juifs russes. Son père médecin, Pavel Nikolaevich Peschkowsky, était né en Autriche et descendait d’une riche famille domiciliée en Sibérie, chassée par la Révolution Russe. Du côté de la famille de la mère de Mikhaïl, Brigitte (née Landauer), des noms respectés dans les milieux intellectuels et littéraires : les grands-parents maternels, allemands, étaient Hedwig Lachmann, écrivaine, poétesse et traductrice réputée, et Gustav Landauer, grande figure anarchiste, un journaliste, écrivain et philosophe défenseur des idées libertaires, éthiques, métaphysiques et mystiques. Les Landauer-Lachmann étaient des parents éloignés d’un certain Albert Einstein. Le jeune Mikhaïl, élevé dans l’Allemagne basculant dans le nazisme, n’avait jamais connu ses grands-parents maternels : Hedwig était morte en 1918, et Gustav Landauer, emprisonné à Munich, mourut lynché l’année suivante par des soldats nationalistes du Freikorps. Voilà de quoi marquer une famille éduquée, assistant à la prise de pouvoir d’Hitler, annonciatrice des persécutions antisémites nazies. Pavel réussit à fuir l’Allemagne vers 1938-1939 pour les Etats-Unis ; Mikhaïl et son frère cadet Robert purent le rejoindre en avril 1939, et emménagèrent avec leur père à New York. Celui-ci changea son nom en « Paul Nichols », et Mikhaïl devint donc « Michael Nichols », ou plus simplement « Mike Nichols ». Leur mère les rejoignit l’année suivante. Mike Nichols, new-yorkais d’adoption et de cœur, passera ses jeunes années au domicile familial situé près de Central Park. Le célèbre parc deviendra un lieu familier de ses futurs films situés dans la Grosse Pomme. Il parla assez peu de sa famille, mentionnant toutefois parfois, plus tard, les relations avec un père qui lui manquait. Définitivement naturalisé en 1944, Mike Nichols fut diplômé (lauréat !) de la Walden School de New York ; quittant la New York University, il tenta de suivre les traces paternelles en étudiant la médecine en 1950 à l’Université de Chicago… mais très vite, les cours préparatoires médicaux l’intéressèrent moins que les cours de théâtre. Tout en enchaînant les petits boulots, il fit ses débuts d’acteur et de metteur en scène à l’Université, rencontrant au passage deux fidèles amies : Susan Rosenblatt, qui allait devenir l’activiste Susan Sontag, et sa future complice Elaine May. Il revint à New York pour étudier à l’Actors Studio, sous l’égide du maître Lee Strasberg.

 

Mike Nichols - Nichols_and_May_-_1961

Mike Nichols rejoignit en 1955 la compagnie d’improvisation des Compass Players, où jouait également Elaine May. Les deux comédiens, doués du même sens de l’humour, mirent au point par la suite le duo « Nichols and May » ; mis sur le gril de la stand up comedy dans les night-clubs, les deux comparses faisaient plier de rire le public par les sketches qu’ils interprétaient, baignant dans un humour pince-sans-rire basé sur les situations quotidiennes… et les relations déjà compliquées entre les hommes et les femmes ! Jouant sur l’autodérision (la force absolue de l’humour juif !), Nichols y était, le plus souvent, le dindon de la farce et May son parfait « repoussoir » aux réparties cinglantes ; engagés à Broadway, ils se produisirent ainsi à la radio puis à la télévision. Leurs meilleurs numéros enregistrés sur disque firent un triomphe. L’album de leur spectacle An Evening with Mike Nichols and Elaine May sera ainsi récompensé d’un Grammy Award. Le duo fera ainsi les belles heures de la comédie américaine sur les ondes, de 1958 à 1961, avant leur séparation. Nichols et May, cependant, resteront proches amis toute la vie, et travailleront encore ensemble sur certains de ses films. Mike Nichols, un grand instable sur le plan sentimental, épousa Patricia Scott en 1957, mais leur mariage prit fin trois ans plus tard. Mike Nichols se lança ensuite dans une fructueuse carrière de metteur en scène de théâtre à Broadway ; entre 1961 et 1966, il mit en scène des pièces d’Oscar Wilde (De l’importance d’être constant), George Bernard Shaw (Sainte Jeanne), et de Neil Simon. Pieds Nus dans le Parc, en 1963, lui permit de lancer la carrière d’un tout jeune Robert Redford ; pour cette pièce et pour Drôle de Couple (1965) avec Walter Matthau, Nichols fut récompensé des prestigieux Tony Awards. Il épousa en 1963 sa seconde femme, Margot Callas, dont il aura une fille, Daisy. L’expérience acquise par Nichols lui permettrait de passer à la réalisation cinématographique, avec un penchant évident pour les adaptations de pièces de théâtre de grande qualité. Le studio Warner Bros., en 1966, offrirait un sacré baptême du feu au nouveau venu des plateaux de tournage.

 

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Ci-dessus : une soirée inoubliable… Dans Qui a peur de Virginia Woolf ?, entre Martha et George (Elizabeth Taylor et Richard Burton), tous les coups bas sont permis, pour rire. Nick et Honey (George Segal et Sandy Dennis) vont être emportés par la tempête qui s’annonce.

 

Qui a peur de Virginia Woolf ?, la pièce d’Edward Albee, avait fait sensation dès sa production en 1962 ; l’auteur osait braver le tabou du langage ordurier, alors strictement réservé au théâtre underground, et omniprésent dans sa pièce. Elle fut un succès immédiat, et intéressa tout de suite les studios hollywoodiens, bien embarrassés pourtant… La cruauté dont faisaient preuve les deux personnages principaux, et leurs insultes, inquiétait les décideurs des studios croyant encore que le Code de Production (le « Code Hays ») censurerait immédiatement la moindre grossièreté. Le scénariste Ernest Lehman (La Mort aux Trousses, West Side Story), chargé d’écrire l’adaptation filmée, ne tint pas compte des avertissements et s’en tint le plus fidèlement possible au texte d’Albee. A Mike Nichols de filmer la déchirure du couple formé par George et Martha, un professeur d’université et sa femme, fille du recteur de l’académie ; bien imbibé, le couple s’affronte durant une longue nuit sous le regard effaré de ses deux invités, Nick et Honey (George Segal et Sandy Dennis). Le jeune couple pris à partie par ses aînés ne sera pas simple spectateur de la guerre conjugale en cours, et sera obligé de faire face à ses propres hypocrisies. Pour incarner George et Martha, Nichols filma LE couple légendaire des années 1960 : Elizabeth Taylor et Richard Burton. Les frasques des deux comédiens, amants puis mariés, avaient éclipsé le tournage dispendieux de Cléopâtre ; beaucoup doutaient qu’Elizabeth Taylor, incarnation vivante de la beauté hollywoodienne, était le bon choix pour Martha, bouffie par l’alcool et l’âge. Difficile de surcroît pour un jeune réalisateur sans expérience de filmer ce couple de monstres sacrés, au caractère explosif, forcés de s’affronter devant les caméras… Nichols releva le pari haut la main, sans se soucier des menaces d’appel à la censure proférées par les bigots de la Catholic Legion of Motion Pictures. Son adaptation de Qui a peur de Virginia Woolf ? reste un modèle de mise en scène : étouffant, maîtrisé, magnifiquement filmé en noir et blanc par Haskell Wexler, le film ne lâche jamais ses personnages et n’offre au spectateur aucune chance de sortie salvatrice. Les acteurs mis en confiance seront tous récompensés : nominations pour Segal et Richard Burton (parfait en homme rongé par l’amertume), Oscars pour Sandy Dennis et Elizabeth Taylor. Celle-ci n’a pas du tout hésité à malmener son image. Chevelure défaite, elle traîne des kilos en trop, ne cache pas un double menton apparent et « tue » volontairement tout glamour en elle. Le public fit un triomphe au film, qui obtint une pluie de récompenses : outre les Oscars pour les deux actrices, …Virginia Woolf ? obtint ceux de la Meilleure Photographie Noir et Blanc, de la Meilleure Direction Artistique et des Meilleurs Costumes. Nichols fut nominé comme Meilleur Réalisateur, aux Oscars comme aux Golden Globes. Son travail avec les acteurs fut unanimement salué.

 

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Ci-dessus : Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) ramène Mrs. Robinson (Anne Bancroft) chez elle, et les ennuis commencent… L’hilarante scène de séduction du Lauréat !

 

« Hello darkness, my old friend… » Chaque décennie a son film « générationnel », celui qui symbolise le mieux l’état d’esprit de l’époque, sans que ceci soit évident aux yeux mêmes de ceux qui l’ont réalisé. En 1967, un « petit » film, avec un inconnu complet, en vedette fit un malheur au box-office mondial et entra dans le cœur d’une génération bouillonnante, aidé par les chansons de Paul Simon et Art Garfunkel. Impossible d’oublier la brillantissime introduction du Lauréat, avec un tout jeune Dustin Hoffman se laissant porter par le tapis roulant d’un aéroport, tandis que le duo entonne The Sound of Silence. Sitôt …Virginia Woolf ? achevé, Mike Nichols revint à Broadway pour mettre en scène The Apple Tree. Puis il enchaîna tout de suite sur l’adaptation filmée du roman de Charles Webb. Mélange habile de comédie et de drame, Le Lauréat suivait les mésaventures de Benjamin Braddock (Hoffman) et son entrée chaotique dans le monde adulte. Ce fils d’une bonne famille californienne, majeur et fraîchement diplômé, ne sait pas quoi faire de son avenir, répondant mollement aux pressions familiales de trouver un travail digne de son rang social. Pour rajouter au malaise, Benjamin perd sa virginité suite aux avances d’une amie de la famille, Mrs. Robinson (Anne Bancroft), épouse et mère frustrée qui en fait son amant… ceci avant qu’il ne tombe amoureux de sa fille Elaine (Katharine Ross). Le casting du film fut une sacrée épreuve. Mike Nichols, pour chaque rôle, eut à faire son choix parmi des dizaines de candidats possibles, des plus prestigieux aux plus improbables. On faillit avoir Robert Redford ou Warren Beatty pour Benjamin, Doris Day (!?) ou Jeanne Moreau pour Mrs. Robinson, Patty Duke, Faye Dunaway ou Shirley MacLaine (la sœur de Warren Beatty !) pour le rôle d’Elaine et Gene Hackman pour Mr. Robinson. Nichols eut le nez creux en offrant le tout premier rôle à Dustin Hoffman ; un choix audacieux, car Hoffman, à 29 ans, n’avait pas vraiment l’allure de l’étudiant séduisant et sûr de lui. Ce qui en faisait le choix parfait pour être Benjamin Braddock : avec son physique enfantin et son air anxieux, Hoffman donnait à merveille l’impression d’être un brave garçon pas très malin, englué dans une relation périlleuse. Il lui faudrait faire des pieds et des mains pour se faire pardonner d’Elaine, tout en subissant les foudres de la fameuse Mrs. Robinson. Inoubliable Anne Bancroft qui sut s’emparer du personnage, en évitant la caricature. Ni allumeuse ni mégère, sa Mrs. Robinson était une desperate  housewife avant l’heure, terrifiée par son inévitable vieillesse et sa solitude grandissante. Grâce à une direction d’acteurs irréprochable, Nichols fit mouche, faisant preuve une nouvelle fois d’un sens de la mise en scène maîtrisé à la perfection. Grâce aussi à l’écriture précise des scénaristes Calder Willingham (Les Sentiers de la Gloire, La Vengeance aux Deux Visages) et Buck Henry (de son vrai nom Henry Zuckerman, il fut engagé par Nichols qui appréciait son sens dévastateur de la satire), Le Lauréat regorge de séquences irrésistibles : Benjamin affolé par la séduction outrageuse de Mrs. Robinson (Nichols enterra au passage le Code Hays en filmant l’impensable dans une production hollywoodienne « respectable » : un plan subliminal sur les seins nus de l’épouse esseulée !), la jambe gainée d’un bas noir de la même Mrs. Robinson qui empêche Benjamin de sortir (devenue l’affiche emblématique du film), la séquence du scaphandre, le mariage perturbé par notre anti-héros… Le tout au son des chansons de Simon et Garfunkel, dont le célébrissime Mrs. Robinson, à l’origine une chanson sur Eleanor Roosevelt, « retouchée » à la demande du cinéaste. Des idées toutes simples, mais de pur génie, comme cette dernière séquence où Mike Nichols, filmant le happy end salvateur de Benjamin et Elaine dans le bus, laissa finalement tourner la caméra plus que de raison. L’expression de Dustin Hoffman et Katharine Ross passa ainsi du sourire à l’incertitude totale. Cette seule scène résumera finalement assez bien l’esprit d’une époque, où une belle jeunesse allait se révolter contre les préjugés parentaux petits-bourgeois, sans trop savoir de quoi serait fait son propre avenir. Le sens de l’observation de Mike Nichols, et son humour distancié, fit mouche. Le Lauréat fut, avec ses 104 millions de dollars (pour un budget raisonnable de 3 millions), le second plus grand succès de la décennie, un blockbuster complètement inattendu qui valut à son réalisateur un concert de louanges tonitruantes ; certains, ne se sentant plus, le surnommèrent même « le nouvel Orson Welles », rien de moins ! Le réalisateur prit calmement la chose, recevant au passage le BAFTA AWARD, le Golden Globe et l’Oscar du Meilleur Réalisateur. En deux films, il devenait le nouveau Roi d’Hollywood. Evidemment, un tel succès attisait des jalousies et un sévère retour de bâton, à l’approche des années 1970.

 

 

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Ci-dessus : Catch-22, et le briefing du Major Danby (Richard Benjamin) interrompu par le terrifiant Général Dreedle (Orson Welles)… Yossarian (Alan Arkin) et ses copains (Art Garfunkel, Martin Sheen) nous rappellent quant à eux que les hommes sont tous les mêmes !

 

Mike Nichols mit sa carrière cinématographique entre légères parenthèses pour revenir au théâtre, obtenant deux Tony Awards pour ses mises en scènes des pièces The Little Foxes de Lillian Hellman et Plaza Suite de Neil Jordan. Il tourna aussi un court-métrage, Teach Me !, avec Sandy Dennis, en 1968. En 1969, le studio Paramount l’engagea pour mettre en scène Catch-22, l’adaptation du roman de Joseph Heller. Une entreprise difficile car ce roman, décrivant les mésaventures d’un groupe de pilotes de bombardiers B-25 durant la 2ème Guerre Mondiale, multipliait les points de vue de différents personnages, n’avait pas de narration linéaire, et baignait dans un humour absurde versant peu à peu dans l’horreur. Avec son complice du Lauréat, Buck Henry, et la bénédiction d’Heller, Nichols remania le scénario, pour raconter les tribulations du Capitaine John Yossarian (Alan Arkin). Cantonné avec ses coéquipiers dans la base de Pianosa en Italie, Yossarian voit venir avec angoisse chaque nouvel ordre de mission décrété par son supérieur, le Colonel Cathcart (Martin Balsam). Chaque vol augmentant mathématiquement ses chances de mourir, Yossarian fait tout pour éviter de se retrouver aux commandes de son B-25. En pure perte, puisque Cathcart, suivant une logique tordue (le « Catch-22″ du titre), augmente sans cesse le nombre des missions suicide. Les autres pilotes tentent aussi d’y échapper, par tous les moyens à leur portée : faire du marché noir, coucher avec une prostituée, se crasher systématiquement, ou même devenir un assassin… L’humour de Mike Nichols trouvait là de quoi s’exercer aux dépens des institutions militaires américaines, mais Catch-22 n’eut pas le succès escompté. Le casting était pourtant attrayant : aux côtés d’Arkin et Balsam, on y croisait le futur réalisateur Richard Benjamin, Art Garfunkel (qui, sans son complice Paul Simon, entama une brève carrière d’acteur), Bob Balaban, Anthony Perkins, Charles Grodin, Paula Prentiss, les jeunes Martin Sheen et Jon Voight, et le redoutable Orson Welles en personne dans le rôle du Général Dreedle. Nichols, nanti d’un confortable budget, rassembla d’authentiques bombardiers B-25 sauvés de la démolition, et en fit les vedettes de superbes scènes de vol. Malheureusement, la logistique très lourde du film entraîna un sérieux dépassement de budget, faisant de Catch-22 l’un des films les plus coûteux à l’époque (11 millions de dollars) ; le tournage fut endeuillé par la mort du réalisateur de la seconde équipe John Jordan durant les scènes de vol. La critique fut mitigée, de même que le public… La Guerre du Viêtnam tournait au désastre et divisait l’opinion publique. Les studios saturaient cette année-là les salles de cinéma de films de guerre, avec des résultats opposés. Si les spectateurs « patriotes » se ruaient pour aller voir Patton, ils boudèrent Tora ! Tora ! Tora ! Et les spectateurs plus contestataires préférèrent la farce antimilitariste M.A.S.H. de Robert Altman, tournée avec des bouts de ficelle, au démesuré Catch-22 de Nichols. Le film fut un demi-succès (ou un demi-échec, c’est selon) au box-office. Aujourd’hui, il reste cependant considéré comme un classique incompris de la comédie militaire. Et, en tête d’affiche, Alan Arkin est irrésistible.

 

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Ci-dessus : la séance de diapositives donnée par Jonathan Fuerst (Jack Nicholson) dans Carnal Knowledge (Ce plaisir qu’on dit charnel)… Misogynie et amertume au programme.

 

Sitôt sorti de Catch-22, Mike Nichols enchaîna dès l’année suivante avec un tournage à petit budget, l’exact opposé de son film précédent. Carnal Knowledge (Ce plaisir qu’on dit charnel) était l’œuvre du cartooniste Jules Feiffer ; également dramaturge, Feiffer avait proposé à Nichols de mettre en scène sa pièce. Nichols décida d’en faire son nouveau film. L’histoire toute simple suivait 25 années de la vie de deux copains d’étude, Jonathan et Sandy (Jack Nicholson et Art Garfunkel), et leurs relations opposées avec les femmes. Amer à cause d’une histoire malencontreuse avec Susan (Candice Bergen), la petite amie de Sandy, Jonathan passera le reste de sa vie à « consommer » sexuellement les femmes. Sa relation avec Bobbie (sublime Ann-Margret) finira tristement. Jonathan finira, impuissant, par se laisser masturber par une prostituée (Rita Moreno)… Une comédie amère, très crue, qui montrait que, même à l’heure de la libération sexuelle aux USA, certains discours ne passaient pas encore dans les mentalités. Nichols osait, avec le personnage de Nicholson, montrait un machiste cynique et angoissé, traitant mal les femmes qu’il rencontrait dans des aventures sexuelles dénuées de tout glamour. Nichols osait transgresser un autre tabou : des scènes de sexe sans tendresse, sans « rêve » ni saupoudrage sexy à l’hollywoodienne. Dans Carnal Knowledge, les situations et les dialogues étaient tellement crus que cela valut au film une publicité négative révélatrice : le directeur d’un cinéma d’Albany, en Géorgie, fut arrêté pour avoir projeté le film, jugé « obscène et pornographique » par la Cour Suprême de l’état ; un jugement ultérieur de la Cour Suprême de Washington cassa cependant cette décision. Loin de ces tribulations judiciaires, Nichols avait su mener sa barque, s’entendant très bien avec un Jack Nicholson en pleine ascension après Easy Rider et 5 Pièces Faciles, et pour l’instant peu porté sur le cabotinage qui ferait sa réputation. Le film divisa cependant la critique, obtint quelques nominations aux Golden Globes et aux Oscars, mais fut froidement accueilli par le public.

 

Mike Nichols - Le Jour du Dauphin 

Alternant toujours les projets au théâtre entre les tournages de films, Mike Nichols monta à Broadway la pièce de Neil Simon, Le Prisonnier de la Seconde Avenue (qui lui valut un nouveau Tony Award) avec Peter Falk, puis une adaptation d’Oncle Vanya de Tchekhov, avant de revenir aux plateaux de tournage. Le producteur Joseph Levine avait acheté pour le studio United Artists les droits du roman du français Robert Merle, Un animal doué de raison. L’auteur de Malevil s’était inspiré de la vie d’un scientifique hors normes, John C. Lilly ; ce médecin obnubilé par l’étude des phénomènes de la conscience élabora les caissons de privation sensorielles, testa les effets des substances psychédéliques (ce qui fit de lui une figure majeure de la contre-culture des années 1960) et étudia l’intelligence des dauphins ; ce dernier point fournit la base du roman satirique de Merle, dont le succès attira l’attention d’Hollywood. Roman Polanski aurait dû réaliser Le Jour du Dauphin dès 1969, mais quitta le projet après l’assassinat de sa femme Sharon Tate par les « disciples » de Charles Manson. Franklin J. Schaffner fut intéressé, avant que Levine ne contacte Mike Nichols qui réalisa finalement le film en 1973. Le vieux complice Buck Henry signa le scénario, racontant les efforts du docteur John Terrell (George C. Scott) pour protéger deux dauphins, Fa et Be, qui sont capables de parler. A leur grande horreur, Terrell et son épouse Maggie (Trish Van Devere) réalisent que la Fondation qui finance leurs recherches veulent se servir des gentils cétacés comme de kamikazes, dressés à poser une mine qui tuera le Président des Etats-Unis !… Le Jour du Dauphin fut un mauvais souvenir pour Nichols : un tournage difficile aux Bahamas, nécessitant de nombreuses séquences aquatiques (fort belles, cela dit), et d’avoir affaire à George C. Scott… Le film déçut, c’est bien peu dire ; certes, Nichols y développait l’un de ses thèmes récurrents (le conflit entre Nature et Culture), et se montrait toujours à l’écoute de son temps (la prise de conscience écologiste, la méfiance absolue envers les autorités américaines) mais personne ne prit vraiment au sérieux un film où l’interprète du général Patton discutait avec des dauphins ! Les jolies images aquatiques et l’élégante musique de Georges Delerue ne sauvèrent pas Le Jour du Dauphin de l’échec. L’accueil critique fut très divisé, et le public bouda le film. Une période maussade pour le cinéaste-metteur en scène, divorcé pour la seconde fois en 1974. Il se remarierait l’année suivante avec l’écrivaine irlandaise Annabelle Davis-Goff, dont il aura deux enfants, Max et Jenny.

 

Mike Nichols - The Fortune

Sorti du Jour du Dauphin, Nichols cherchait à se relancer avec un film plus à son goût. Le scénario de The Fortune (La Bonne Fortune) écrit par Carole Eastman avait été écrit pour Warren Beatty et Jack Nicholson, qui retrouvait donc son réalisateur de Carnal Knowledge. Nichols remania le scénario de 240 pages avec un autre scénariste, Adrien Joyce, pour en faire un récit plus léger : ce serait une comédie screwball, dans la veine des films d’Ernst Lubitsch ou Howard Hawks, suivant deux escrocs minables, Nicky (Beatty) et Oscar (Nicholson), durant les années 1920. En cherchant à voler la fortune de « Freddie » Bigard (Stockard Channing), héritière d’une fortune acquise dans l’industrie de la serviette hygiénique, les deux complices se retrouvaient coincés avec cette dernière dans un ménage à trois imposé par les lois morales du Mann Act alors en vigueur… Interdiction pour Nicky de fuir l’Etat avec l’héritière pour avoir des « relations immorales » : Oscar est donc forcé d’épouser celle-ci pour pouvoir s’enfuir. Mais il insiste pour avoir de vraies relations conjugales avec Freddie qui n’a d’yeux que pour Nicky, qui, lui, n’en veut qu’à sa fortune… Sur un mode léger (et avec une prestation amusante des deux larrons Beatty et Nicholson), The Fortune continuait à explorer les difficiles relations hommes-femmes vues par Nichols. Mais aux yeux des spectateurs de 1975, la screwball comedy légère n’avait plus d’intérêt. Ereinté par les critiques, le film fut un échec cinglant. Il semble même avoir disparu de la mémoire de ses principaux intéressés, notamment Jack Nicholson, affecté par la découverte d’un lourd secret de famille sur sa naissance durant le tournage. Pratiquement invisible depuis sa sortie, le film conserve cependant quelques rares fidèles qui l’apprécient. Après les déconvenues de ses quatre derniers films, Mike Nichols retourna à Broadway, mettant le cinéma entre parenthèses pour quelques années.

 

Fin de la 1ère partie.

 

Ludovic Fauchier

Deux degrés de séparation… – Joan Fontaine (1917-2013) et Peter O’Toole (1932-2013)

Vous connaissez certainement le petit jeu des « six degrés de séparation », où il s’agit de trouver les liens entre des personnes qui, a priori, ne se sont jamais croisées. Un jeu qui, dans le monde du Cinéma, permet de faire les rapprochements parfois les plus inattendus. Disparus tous les deux le 15 décembre dernier, Joan Fontaine et Peter O’Toole n’ont jamais travaillé ensemble ; bien que faisant le même métier, ils étaient venus de milieux très différents ; pourtant, eux aussi ont vécu ces « six degrés de séparation » et quelques coïncidences et points communs…

Tous deux citoyens britanniques, ils ont été révélés au cinéma par des films prestigieux (Rebecca et Lawrence d’Arabie), produits par deux grands mégalomanes (David O. Selznick et Sam Spiegel) et mis en scène par les cinéastes britanniques les plus exigeants et visionnaires de leur temps (Alfred Hitchcock et David Lean). Et toute leur carrière à l’écran a été profondément influencée par ces débuts fracassants. Coïncidences supplémentaires : la mère de Joan Fontaine fut une ancienne sociétaire de la prestigieuse Académie Royale des Arts Dramatiques (RADA), la même école de théâtre dont O’Toole fut élève. Tous deux ont joué dans un film de Nicholas Ray et un d’Anatole Litvak. Et Miss Fontaine joua à ses débuts avec Katharine Hepburn, qui fut la partenaire d’O'Toole dans Un Lion en Hiver, adaptation filmée de la pièce de théâtre de James Goldman, qu’interpréta aussi Joan Fontaine à la fin des années 1950.

Le décès simultané de ces deux grandes figures de l’écran est l’occasion de revenir, dans les grandes lignes, sur leur vie et leurs grands rôles.

Joan Fontaine

« La nuit dernière, je rêvais que je retournais à Manderley… »

Honneur aux dames ! Joan Fontaine, disparue à 96 ans, fut l’une des toutes dernières grandes figures de l’Hollywood mythique, celui des années 1930 aux années 1950. Elle s’appelait en réalité Joan de Beauvoir de Havilland, née dans une grande famille britannique dont les aïeux venaient de l’île de Guernesey, partageant donc des racines britanniques et françaises. Une très grande famille, des plus respectables, comptant aussi parmi les cousins de Joan l’ingénieur aéronautique Sir Geoffrey de Havilland, concepteur de l’avion militaire Mosquito, ainsi qu’une célèbre « dynastie de la porcelaine » bien connue dans le Limousin. Joan était la soeur cadette d’Olivia de Havilland (future dulcinée à l’écran d’Errol Flynn dans Capitaine Blood, Les Aventures de Robin des Bois, etc. et la Melanie d’Autant en emporte le vent), toutes deux les filles de Walter (avocat conseiller) et Lilian (née Ruse) de Havilland, grande actrice de la scène britannique. C’est à Tokyo, où son père enseignait l’anglais à l’Université Impériale, que naquit la future comédienne, qui grandit dans une curieuse ambiance.

Deux soeurs ne vivaient pas en paix… Olivia et Joan étaient toutes petites quand leurs parents se séparèrent ; leur père préférant la compagnie des geishas à celle de sa femme, Lilian rompit avec lui, emmenant les fillettes avec elle à Saratoga, en Californie. Ils divorcèrent en 1925. Enfant, Joan était souvent malade, ayant contracté une rougeole et une infection aux streptocoques qui la laissèrent anémique. Sa santé s’améliora aux Etats-Unis. Selon les souvenirs de l’actrice, Lilian favorisait Olivia, qui se montrait une vraie peste avec elle, déchirant ses robes, lui interdisant de parler à ses amis, ou se permettant de la juger « laide »… Des bêtises d’enfant, certes, mais qui donneront le ton de la relation houleuse entre les deux soeurs à l’âge adulte. Si Olivia fut « coachée » par sa mère pour suivre ses traces, Joan ne s’en laissait pas compter. Très intelligente (elle avait un QI de 160), la jeune fille fit ses études à la Los Gatos High School, suivant des cours de diction avec sa soeur. Partie au Japon chez son père pour finir ses études, elle fut diplômée de l’Ecole Américaine en 1935 et retourna aux Etats-Unis juste au moment où Olivia devenait la nouvelle star d’Hollywood, grâce au succès de Capitaine Blood.

Joan avait elle aussi pris goût au métier d’actrice, et, après un début de carrière théâtrale, la jolie jeune femme blonde, très élégante, excellente comédienne, fut repérée par les recruteurs du studio RKO. Sa mère lui interdisant d’utiliser le nom de famille pour ne pas « profiter » du succès de sa soeur, Joan se fit d’abord appeler « Joan Burfield » dans ses premiers films. Le tout premier fut un petit rôle dans No More Ladies (La Femme de sa vie), avec Joan Crawford. Par la suite, elle choisira son nom de scène définitif,  »Joan Fontaine ». A la toute fin des années 1930, elle dût se contenter de rôles secondaires, gagnant peu à peu en importance. Elle n’était pas créditée au générique de Quality Street (Pour un baiser), un drame romantique de George Stevens avec Katharine Hepburn. La jeune actrice se fit remarquer dans une romance, Un homme qui se trouve, cette même année 1937, où la fraîcheur de son jeu et son charme lui valurent d’excellentes critiques. Elle fut appelée à supplanter Ginger Rogers auprès de Fred Astaire dans Demoiselle en détresse, comédie musicale de George Stevens. Malheureusement, le public la bouda. Patiente, Joan Fontaine fit d’autres apparitions dans des seconds rôles, notamment en 1939, jouant la fiancée éplorée dans Gunga Din (toujours de George Stevens), classique du film d’aventures avec Cary Grant en vedette. On la remarqua aussi en jeune épouse en instance de séparation dans la comédie Femmes dirigée par George Cukor, parmi un casting de stars féminines comptant Norma Shearer, Joan Crawford, Rosalind Russell et Paulette Goddard. Le film n’ayant pas plus remporté de succès, la RKO mit fin à son contrat. Joan Fontaine croisa un soir, à une réception, le producteur David O. Selznick, en quête d’un nouveau triomphe après Autant en emporte le vent. Ils parlèrent beaucoup du roman de Daphné du Maurier, Rebecca

 

Joan Fontaine - Rebecca

Selznick voulait rééditer le « coup médiatique » d’Autant en emporte le vent, et organisa un véritable marathon de casting pour le rôle principal, parmi toutes les actrices alors en vogue. Ceci au grand dam du réalisateur, Alfred Hitchcock, tout juste arrivé d’Angleterre, et dont le choix se porta vite sur Joan Fontaine. Un choix judicieux ; encore relativement inexpérimentée, de nature timide, l’actrice correspondait au rôle. Celui d’une jeune femme, modeste suivante d’une insupportable aristocrate new-yorkaise, tombant sous le charme d’un veuf ténébreux, Maxim de Winter (Laurence Olivier), marqué par la mort mystérieuse de sa femme Rebecca. Remplaçant cette dernière dans le coeur de Maxim, elle l’épouse et devient la maîtresse de maison du manoir de Manderley, en Cornouailles. Tâche difficile, car la nouvelle Mrs. de Winter est très mal à l’aise devant la sinistre gouvernante, Mrs. Danvers (Judith Anderson), qui ne cesse de la rabaisser et de la manipuler en secret…

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Enfin le succès ! A 24 ans, Joan Fontaine décrocha sa première nomination à l’Oscar. Elle est excellente dans Rebecca, en jeune femme craintive qui, peu à peu, s’affirme malgré les menaces de Mrs. Danvers et de l’odieux maître chanteur joué par George Sanders. Grâce à la maîtrise et les idées d’Hitchcock, ce film mélodramatique se teinte d’une ambiance surnaturelle, non dénuée d’humour. Le cinéaste encourage la jeune comédienne à jouer son personnage comme une petite fille impressionnable, incapable d’assumer son nouveau rang de lady, et s’amuse à lui tendre des pièges en conséquence. Voir par exemple la scène où la jeune femme casse une statuette, et cache les débris, comme si elle craignait la punition des parents… La fragilité apparente de l’actrice, combinée à un beau visage très « rose britannique », aide dans ce sens. Et, pendant les années suivantes, Joan Fontaine sera régulièrement inscrite comme la jeune femme (et même la jeune fille) romantique de nombreux mélodrames d’inspiration victorienne. 

 

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La relation professionnelle entre Hitchcock et Joan Fontaine fut si réussie que le cinéaste anglais en fit, d’une certaine façon, sa première grande « first lady« , bien avant Ingrid Bergman, Grace Kelly ou Tippi Hedren. Après Rebecca, Hitchcock la retrouvera pour le plus « hitchcockien » Soupçons. Joan Fontaine y est Lina McLairdlaw, l’austère fille d’un austère général, qu’un coup de foudre pour le beau Johnnie Aysgarth (Cary Grant à son meilleur niveau) « dégèle » complètement. Malheureusement, Lina, mariée contre l’avis de ses parents, déchante en réalisant que Johnnie est désinvolte et dépensier au point de s’endetter gravement. Pire, Lina se persuade que son cher mari veut la tuer pour s’emparer de son héritage… Un scénario parfaitement élaboré par Samson Raphaelson (collaborateur des grands films de Lubitsch) fait basculer le film de la comédie légère au drame le plus étouffant, avec cette idée folle, typique d’Hitchcock, que l’héroïne accepte de se laisser tuer par amour pour son dangereux époux. Joan Fontaine devient ici la première incarnation de la « femme hitchcockienne », le feu de la passion et de la révolte couvant sous la glace apparente, avant de jouer à merveille de sa fragilité, passant de la confiance aveugle à la paranoïa et la dépression. Soupçons aurait dû être un chef-d’oeuvre total si les patrons de la RKO n’avaient pas été pris de panique à l’idée de voir Cary Grant, star du box-office, incarner un tueur. Hitchcock dût tourner contre son gré un happy end gâchant la réussite du film. Personne n’a oublié la séquence où la pauvre Joan Fontaine, alitée, se voit offrir un verre de lait suspect par Mr. Grant… Lina devait en fait boire le lait et succomber au poison, non sans avoir au préalable demandé à son mari de poster pour elle une lettre à sa mère. Ce que faisait Johnnie, sans savoir que la lettre l’accusait du meurtre prémédité ! En l’état, malgré ces cinq dernières minutes inutiles, le film fonctionne très bien, suivant un suspense psychologique diablement bien mené. Et, pour l’actrice, impeccable de bout en bout, ce fut l’Oscar bien mérité, en 1941.

 

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Après This Above All (Âmes Rebelles), romance avec Tyrone Power dûe à Anatole Litvak, elle joua dans The Constant Nymph (Tessa, la Nymphe au coeur fidèle) une adolescente amoureuse malheureuse de Charles Boyer : ce fut sa troisième nomination à l’Oscar.

Joan Fontaine - Jane Eyre

Ensuite, Joan Fontaine remporta un autre grand succès dans une fameuse adaptation de Jane Eyre, adaptation du classique de Charlotte Brontë par Robert Stevenson, contant les amours tourmentées de l’héroïne face au sombre Rochester, ici incarné par Orson Welles, véritable « patron » sur le tournage. Le succès fuit une nouvelle fois au rendez-vous, mais l’actrice approchant la trentaine se lassait des rôles de ces rôles d’ingénue dans laquelle on la cantonnait. Durant la suite des années 1940, on notera une comédie réussie, où elle jouait une héroïne à facettes multiples : The Affairs of Suzanne (Les Caprices de Suzanne, 1945). Il y eut ensuite un drame de John Berry, From this Fay Forward (1946). Avec le temps, Joan Fontaine s’aventurera aussi dans des rôles plus sombres, dévoilant une facette de sa personnalité qu’on ne lui connaissait pas, comme dans Ivy (Le Crime de Mme Lexton) de Sam Wood, où elle jouait une manipulatrice meurtrière.

 

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La fin des années 1940 fut marquée par un chef-d’oeuvre : Lettre d’une Inconnue (1948), du grand Max Ophüls. Un drame romantique, encore un, mais d’une qualité rarement atteinte. Adaptation d’un roman de Stefan Zweig, Lettre d’une Inconnue narre l’amour malheureux d’une jeune femme modeste, Lisa Berndl (Joan Fontaine) pour Stefan Brandt (Louis Jourdan), un pianiste virtuose trop imbu de lui-même pour prêter attention aux sentiments de la jeune femme, apparaissant à trois étapes différentes de sa vie. Même après une nuit passée ensemble à Vienne, il ne retient pas son nom et lui fait une vaine promesse de retour… Comme toujours chez Ophüls, les histoires d’amour finissent très mal, et celle-ci, magnifiquement filmée dans le décor de la Vienne du début du 20ème Siècle, ne déroge pas à la règle. Joan Fontaine y est sublime, dans la peau de cette malheureuse jeune femme poursuivant sa chimère amoureuse, aussi à l’aise en jouant celle-ci adolescente (à 31 ans !) ou femme mûre, préfigurant la Danielle Darrieux de Madame De… . Etrangement, si le film fut un succès, l’Académie ignora la prestation de la comédienne.

 

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La suite de la carrière de Joan Fontaine fut un peu moins heureuse, malgré des films intéressants et des cinéastes de premier plan. Toujours en 1948, elle tint la vedette d’un des rares films ratés de Billy Wilder : La Valse de l’Empereur (1948) et on la vit dans un curieux film noir avec Burt Lancaster, Kiss the Blood off my Hands (Les Amants Traqués, 1948). Elle joua une autre manipulatrice mangeuse d’hommes dans Born to be bad de Nicholas Ray, avec Robert Ryan (1950) ; on la revit l’année suivante dans une plaisante comédie de Mitchell Leisen, Darling, How Could You ! ; elle retrouva George Stevens qui lui donna le premier rôle du drame Something to live for (L’Ivresse et l’Amour, 1952) ; elle joua dans le méconnu The Bigamist (Bigamie, 1953), l’un des films mis en scène par sa collègue Ida Lupino, également actrice du film. Suivant les traces de sa grande soeur aux temps glorieux du swashbuckler à la Robin des Bois, Joan Fontaine fut la blonde dulcinée de Robert Taylor dans Ivanhoé, grand succès de 1954, où malheureusement elle était un peu trop âgée pour le rôle, et éclipsée par Elizabeth Taylor alors en pleine ascension.

 

Joan Fontaine - Beyond a reasonable doubt

L’insuccès de la plupart de ces films fit que l’actrice commença, prudemment, à s’éloigner des plateaux de cinéma, continuant l’essentiel de sa carrière au théâtre et à la télévision. Elle eut toutefois l’occasion de briller encore une fois dans un des derniers grands films de Fritz Lang, et de revenir vers un peu de noirceur, en 1956 dans Beyond a Reasonable Doubt (L’Invraisemblable Vérité). Elle jouait Susan Spencer, l’héritière d’un grand journal, fiancée à un journaliste écrivain (Dana Andrews) désireux de prouver l’inanité de la peine de mort par des moyens inhabituels. Avec le concours du père de Susan, le journaliste laissait des preuves compromettantes le faisant accuser du meurtre d’une danseuse minable, tout en établissant les preuves indiscutables de son innocence. Malheureusement pour lui, rien ne se passait comme prévu… Joan Fontaine apporte une belle dignité blessée à son personnage, d’abord mise à l’écart, puis déterminée à sauver son fiancé.

Les bons rôles au cinéma se feront hélas rares pour Joan Fontaine qui devra se contenter d’apporter son élégance naturelle dans des films mineurs de très bons cinéastes (Sérénade, d’Anthony Mann ; Une Île au Soleil, de Robert Rossen ; Until They Sail, de Robert Wise…). Son dernier film sera une petite production d’épouvante, sans grand intérêt, du studio britannique Hammer, The Witches (Pacte avec le Diable) en 1966. Joan Fontaine, son étoile posée sur Hollywood Boulevard en 1960, s’était fait une raison, se réservant pour le théâtre et faisant des apparitions régulières à la télévision – notamment dans la série The Alfred Hitchcock Hour, également connue sous le titre… Suspicion, renvoyant directement au titre original de Soupçons. Ses apparitions se raréfièrent, mais elle obtiendra quand même un Emmy Award pour sa prestation en 1980 dans la série Ryan’s Hope. Elle fera finalement sa dernière apparition en 1994 dans le téléfilm Good King Wenceslas, avant de profiter d’une retraite bien méritée dans sa résidence de Carmel-by-the-Sea (elle était donc voisine de Clint Eastwood !), où elle s’est éteinte dans son sommeil.   

Impossible de ne pas citer pour conclure la fameuse rivalité de Joan Fontaine avec sa grande soeur Olivia de Havilland. Sans aller aussi loin que les soeurs ennemies Bette Davis et Joan Crawford dans le film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, elles entrèrent dans une guerre larvée qui dura des décennies. Joan oublia de saluer Olivia lorsqu’elle remporta l’Oscar pour Soupçons ; quelques années plus tard, Olivia vexée snoba sa soeur en retour alors qu’elle allait chercher à son tout l’Oscar pour L’Héritière… Leur relation se dégrada jusqu’à la mort de leur mère en 1975, moment à partir duquel les deux soeurs ne se parlèrent plus. Malgré l’interdiction de Joan, ses deux filles (dont sa fille adoptive Martita) continuèrent cependant à parler à leur tante. Joyeuse ambiance… au moins, les deux grandes actrices évitèrent de laver leur linge sale en public.

Laissons le mot de la fin de cet article à Joan Fontaine, qui déclara de façon prémonitoire, dans son autobiographie, au sujet d’elle et de sa soeur : « Je me suis mariée avant elle, j’ai eu un Oscar avant elle, et si je meurs avant elle, elle en sera sûrement malade de jalousie ! » Joan Fontaine sut tenir parole sur ce dernier point, devançant encore une fois son aînée…

 

Lien vers le site ImdB, pour la filmographie intégrale de Joan Fontaine :

http://www.imdb.com/name/nm0000021/?ref_=fn_nm_nm_1

 

Peter O'Toole

« Le truc, William Potter, c’est de ne pas penser que cela fait mal. »

Avec sa silhouette longiligne, toute en hauteur, sa voix fluette, et ses immenses yeux bleus tantôt mélancoliques, pensifs ou malicieux, Peter O’Toole ne passait pas inaperçu. Ce grand monsieur de la scène britannique et du cinéma (hâtivement désigné, à l’annonce de son décès, comme « Star de Hollywood » par des agences de presse paresseuses) restera à jamais indissociable du rôle qui le révéla au grand écran : le rôle-titre du Lawrence d’Arabie de David Lean sorti triomphalement en 1962. Mais l’arbre Lawrence cache une riche forêt : plus de cinquante années passées sur les planches – O’Toole étant, par vocation et par passion, un grand acteur shakespearien – et dans d’autres films, dignes d’intérêt, mais bien souvent éclipsés par l’épopée de David Lean. Quoiqu’il en sot, la silhouette de Peter O’Toole s’est inscrite dans la mémoire collective dans de nombreux rôles de figures historiques et de rois mythiques, mais aussi de personnages plus légers… ou d’autres nettement plus inquiétants. Dans tous les cas, ou presque, le personnage d’O'Toole fut celui d’un indécrottable romantique égaré dans des époques cyniques.

Etait-il né à Leeds, en Angleterre, ou dans le Connemara, en Irlande ? En juin ou le 2 août 1932 ? Même lui n’était pas vraiment certain. Peter Seamus O’Toole avait deux certificats de naissance, un anglais et un irlandais, avec des dates différentes ! Quoiqu’il en soit, ce fils d’un ouvrier irlandais, Joseph (également joueur de football et bookmaker) et de Constance, une infirmière écossaise, passa la majeure partie de son enfance dans la triste banlieue industrielle de Leeds, au nord de l’Angleterre. Il est amusant de se rappeler a posteriori que le futur interprète de grands rois, d’officiers et d’aristocrates, était en réalité un enfant de la classe ouvrière… Le jeune O’Toole, évacué de la ville durant la 2ème Guerre Mondiale à cause des bombardements allemands, gardera un souvenir terrifié des nonnes de l’Ecole Catholique St. Joseph, l’obligeant à devenir droitier. Ceux qui regardent attentivement Lawrence d’Arabie constateront que les braves nonnes échouèrent (la scène où Lawrence accepte la nourriture de son guide bédouin, en se servant de la « mauvaise main »…). Un temps apprenti journaliste au Yorkshire Evening Post, Peter O’Toole fit son service militaire comme opérateur radio dans la Royal Navy. Démobilisé, le jeune homme, voulant être poète ou acteur, se prit de passion pour l’oeuvre de Shakespeare. Jusqu’à la fin de sa vie, d’ailleurs, Peter O’Toole lisait chaque jour les Sonnets du maître anglais, qu’il connaissait par coeur (154 au total !). Rejeté par l’école d’art dramatique de l’Abbey Theatre de Dublin parce qu’il ne pouvait pas parler irlandais, il tenta sa chance avec succès à la RADA, la prestigieuse Académie Royale des Arts Dramatiques. De 1952 à 1954, il fit ainsi partie d’une classe d’élèves exceptionnels, parmi lesquels Albert Finney et Alan Bates. O’Toole croisa aussi la route d’un autre futur grand acteur, et un compatriote irlandais, le turbulent Richard Harris, rejeté par la RADA. Tous de joyeux dingues selon les mémoires d’O'Toole, et on imagine bien ces futurs monstres sacrés écumer les pubs pour les troisièmes mi-temps des matches de rugby, et les fins d’années d’études… N’ayons pas peur de dire que les acteurs britanniques apparus dans les années 1960-70 se distinguèrent aussi bien par leur immense talent que par une certaine tendance… comment dire les choses poliment ?… à s’imbiber joyeusement. De Richard Burton (leur héros à tous) à Anthony Hopkins, en passant par O’Toole, Finney, Harris, Michael Caine, John Hurt, Oliver Reed et bien d’autres, cette habitude était bien installée, par tradition. Dans le cas d’O'Toole, malheureusement, elle faillit bien le tuer des années plus tard. On ne sera pas surpris d’ailleurs de voir, dans la filmographie de l’acteur, un nombre phénoménal de séquences joyeusement « alcoolisées ».

 Peter O'Toole - The Savage Innocents

Mais ne réduisons pas le talent de l’acteur à ces histoires de boisson. Le jeune Peter O’Toole devint un prometteur jeune comédien, se distinguant vite au Bristol Old Vic et à l’English Stage Company. Il croisa le chemin de Siân Phillips, qui devint sa femme et dont il eut deux filles. Naturellement, les réalisateurs de la télévision du cinéma en quête de nouveaux talents remarquèrent le jeune acteur. Apparu pour la première fois à la télévision en 1954, Peter O’Toole fit ses débuts au cinéma dans Le Jour où l’on dévalisa la Banque d’Angleterre (1960), un film policier de John Guillermin où il tint le rôle d’un officier de police. Le grand Nicholas Ray l’engagea dans un second rôle important de son film d’aventures situé en Acrtique, The Savages Innocents (Les Dents du Diable), avec Anthony Quinn en vedette. Brun et barbu, O’Toole y jouait là aussi le rôle d’un policier canadien, chargé de capturer l’Inuit Inuk (Quinn) accusé de meurtre, avant de se raviser devant la bonté innée de ce dernier, qui lui sauve la vie. Le rôle laissa une mauvaise impression à O’Toole, sa voix ayant été doublée sans que son avis ait été sollicité. Qu’à celà ne tienne, après ces premiers pas, O’Toole retrouvera Anthony Quinn pour un autre film, passant des plaines glacées du cercle arctique aux étendues brûlantes du désert jordanien. A cette époque, le grand cinéaste David Lean, qui venait de triompher avec Le Pont de la Rivière Kwaï, cherchait un acteur pour incarner le héros de son prochain film.

 

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Le casting de Lawrence d’Arabie, fut un coup de génie ; alors que le producteur Sam Spiegel voulait la star Marlon Brando pour incarner l’énigmatique Thomas Edward Lawrence, héros singulier de la 1ère Guerre Mondiale, David Lean, lui, envisageait un inconnu pour incarner le personnage. Il faillit engager Albert Finney, qui hésita, ne ressemblant guère au vrai Lawrence. Ce fut finalement Peter O’Toole, l’ancien camarade de classes théâtrales de Finney, qui devint du jour au lendemain la vedette de cette superproduction épique. Lawrence d’Arabie reste le film de tous les superlatifs, depuis sa sortie en 1962. Un tournage difficile (plus d’une année) en Jordanie, au Maroc et en Espagne, compliqué par les rapports tendus entre Lean et Spiegel. Le résultat est un chef-d’oeuvre, un vrai poème épique qui continue, plus de cinquante ans après, à fasciner. Et le portrait d’un personnage complexe, Thomas Edward Lawrence ; archéologue de formation, officier du renseignement au Foreign Office, érudit et poète rêvant de grands exploits à la mesure de ses lectures, il va largement outrepasser sa mission initiale d’agent de liaison entre le gouvernement britannique et le Prince Fayçal (Alec Guinness), souverain Bédouin opposé à l’occupation Ottomane des terres du Proche-Orient. Devenu « Shérif Aurens » pour les bédouins dont il a gagné l’amitié, Lawrence se lance dans une entreprise folle : la création d’un état arabe unifié et indépendant. Inconcevable pour le gouvernement britannique qui, dans ces années 1910, entend bien maintenir son emprise sur les terres arabes et leurs richesses. L’aventure laissera à Lawrence un goût amer.

 

O'Toole, Sharif In 'Lawrence Of Arabia'

Entouré d’acteurs de premier ordre – Anthony Quinn en Auda Abu Tayi, Sir Alec Guinness, Jack Hawkins en Général Allenby, Claude Rains en « conseiller de l’ombre » du Foreign Office, José Ferrer en visqueux Bey Turc… -, Peter O’Toole gagna haut la main ses galons de grand acteur de cinéma. Le rôle complexe de Lawrence, incarné par ses soins, contient en germe tous ses futurs rôles : l’humour (dans les scènes initiales au mess des officiers), la rêverie contemplative, l’érudition qui déconcerte ses interlocuteurs, la grandeur épique, la figure tragique, et des côtés moins plaisants : la mégalomanie touchant à la démence, le goût de la violence glaçante, et un masochisme latent qui « explose » au grand jour lorsque Lawrence, capturé et torturé par les Turcs, suscite l’intérêt sexuel évident de son géôlier. Au terme de ce tournage épuisant et riche en anecdotes (l’acteur manquera de finir piétiné par les cavaliers lors du tournage de la prise d’Aqaba, et fut miraculeusement protégé par son dromadaire !), O’Toole gardera des liens distants avec David Lean (les deux hommes s’éviteront pendant vingt ans, avant de se réconcilier lors de la restauration du film en 1988), et une grande amitié avec Omar Sharif (qu’il surnommera toujours « Fred » !), inoubliable Shérif Ali, gardien de la conscience de ce singulier héros. O’Toole sera justement nominé (mais pas récompensé) pour le Golden Globe (gagnant toutefois celui de la Nouvelle Star de l’Année) et l’Oscar du Meilleur Acteur, et remporta le BAFTA Award (équivalent britannique des Oscars) pour Lawrence d’Arabie, rôle qui lui collera définitivement à la peau.

 

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Voilà un début fracassant s’il en est, et Peter O’Toole, devenu immédiatement un acteur de la « A-List », va enchaîner film sur film. Le film suivant est là pour rappeler qu’il restait avant tout attaché à ses racines théâtrales : Becket, sorti en 1964, est une adaptation de la pièce de Jean Anouilh, mise en scène par Peter Glenville. O’Toole y partage l’affiche avec le héros des acteurs de sa génération, et un autre grand ami, Richard Burton. O’Toole y est le Roi d’Angleterre, Henri II, qui en ce 12ème Siècle peine à maintenir l’unité politique d’une Angleterre divisée par les tensions entre Normands (formant l’aristocratie, descendants des conquérants de la Bataille de Hastings en 1066) et Saxons (les gens du peuple, victimes du mépris de leurs anciens vainqueurs). Un jeune roi capricieux, plus préoccupé à courir les filles avec son ami Saxon Thomas Becket (Burton) qu’il s’amuse à en faire son conseiller politique, puis à le désigner Archevêque de Canterbury, pour narguer son entourage détesté. Mal lui en prend, car Becket, en proie à des problèmes de conscience, va se transformer et devenir son ennemi politique… Le film est une démonstration réussie des dilemmes moraux de la realpolitik à l’ère médiévale, présentée ici sans artifices. O’Toole y est un Henri II à plusieurs facettes, un gamin attardé et fantasque découvrant tardivement les contraintes de sa fonction royale ; tantôt cabot, tantôt dépressif, manipulateur, cruel ou juste amer, il est un excellent contrepoint au tourmenté Becket joué par un Richard Burton à son meilleur niveau. O’Toole décrochera sa deuxième nomination aux Oscars, et remportera le Golden Globe du Meilleur Acteur.

 

Peter O'Toole - Lord Jim

En 1965, Peter O’Toole revint à un univers familier avec le film suivant, Lord Jim de Richard Brooks. Ce très bon récit d’aventures à grand spectacle est une adaptation du roman homonyme de Joseph Conrad, qui se situe dans l’Asie du Sud-Est à la fin du 19ème Siècle. O’Toole y est Jim Burke, un jeune marin idéaliste, dont les rêves d’exploits et de grande aventure sont ruinés par un acte de lâcheté ; sa carrière détruite, Jim voit l’occasion de se racheter quand un homme d’affaires lui propose de convoyer des armes pour libérer la population du Patusan, opprimée par le redoutable Général (Eli Wallach). Mais les fantômes de Jim ne le lâchent pas, et l’aventure est un prétexte pour lui, l’occasion de se confronter à sa culpabilité. Le jeune homme doit aussi affronter un trio de belles crapules (James Mason, Akim Tamiroff et Curt Jürgens) venu tirer les marrons hors du feu… Très solide récit d’aventures préfigurant par moments l’Apocalypse Now de Coppola (s’inspirant d’ailleurs d’un autre roman de Conrad, Au coeur des Ténèbres), Lord Jim est l’occasion pour O’Toole de revenir à un personnage très proche de Lawrence d’Arabie : là aussi, un idéaliste dont les rêves de gloire se brisent contre les dures réalités de l’expansion coloniale. Et, à l’instar de Lawrence (et aussi de Henri II dans Becket, se faisant châtier par des moines Saxons), Jim est un autre personnage masochiste d’O'Toole, se punissant de sa faute en subissant les tortures du Général. L’ombre de Lean et de Lawrence, d’ailleurs, plane en permanence sur ce très beau film ; on y retrouve un autre acteur « leanien », Jack Hawkins, dans une courte apparition, et le générique révèle la présence d’une bonne partie de l’équipe de tournage de Lawrence d’Arabie. Même la mise en scène, très solide, de Brooks, semble par moments se calquer sur celle du maître anglais. Difficile alors pour Peter O’Toole d’échapper à l’inévitable comparaison…

 

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Sans doute pour prendre ses distances avec le cinéma épique  »à la David Lean », Peter O’Toole choisit pour ses films suivants de se tourner vers un registre plus léger, donnant libre cours à sa fantaisie et son humour. Cette même année 1965, il joua le rôle de Michael James dans Quoi de neuf, Pussycat ?, une comédie de Clive Donner écrite par un tout jeune Woody Allen. Rédacteur en chef dans un magasine féminin, Michael est un Don Juan invétéré ; bien qu’amoureux sincère de sa fiancée Carole (Romy Schneider), il ne peut s’empêcher de séduire les autres femmes. Son psychanalyste, Fritz Fassbender (Peter Sellers), est un frustré disjoncté qui lui-même craque pour la jolie Renée (Capucine), une des conquêtes de Michael ; Carole, elle, est prête à se réfugier par vengeance dans les bras du brave Viktor (Allen)… Le film est un chassé-croisé burlesque plaisant, typique des années 1960, célèbre pour la chanson de Tom Jones, la course-poursuite finale en kart, et les gags du duo formé par O’Toole et Sellers. Ne pas manquer la scène où les deux compères, complètement ivres, vont jouer leur version personnelle de Cyrano de Bergerac à la fenêtre de Capucine. Dommage qu’ils ne se soient pas retrouvés sur d’autre films, notamment La Vie Privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder, pour lequel ils faillirent incarner Sherlock Holmes et le docteur Watson. En 1966, O’Toole reste dans le registre humoristique, avec le sympathique caper movie de William Wyler, Comment voler un million de dollars, en compagnie d’Audrey Hepburn. O’Toole s’amuse bien en y incarnant Simon Dermott, un détective privé spécialisé dans les fraudes du marché de l’art. Enquêtant sur le père de Nicole Bonnet (Hepburn), un faussaire vivant la belle vie à Paris, Simon se retrouve à se faire passer pour un Arsène Lupin d’envergure mondiale aux yeux de la belle, ceci afin de récupérer une fausse statuette de Vénus que le paternel a vendu au directeur d’un prestigieux musée… Représentatif d’un genre de films très populaire dans les années 1960 (Charade, Topkapi), le film de Wyler souffre juste d’une durée un peu longuette. O’Toole, en tout cas, excelle dans le rôle de ce faux cambrioleur, gentiment manipulateur, s’amusant comme un gamin à narguer la police française avec un boomerang !

 

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Le grand film suivant d’O'Toole fut La Nuit des Généraux (1967), oeuvre très intrigante dûe à Anatole Litvak. Un thriller qui suit en parallèle les enquêtes de deux hommes à vingt années de distance, le Major Grau (Omar Sharif), du Bureau des Renseignements de la Wehrmacht, et Morand (Philippe Noiret), officier d’Interpol ; point commun des deux enquêtes, des meurtres atroces de prostituées, dignes de Jack l’Eventreur, durant l’occupation allemande de la Pologne et de la France pendant la 2ème Guerre Mondiale. Au risque de gâcher la surprise à ceux qui n’ont jamais vu le film, révélons l’assassin : le Général Tanz (O’Toole), un héros de guerre de la Wehrmacht, chouchou d’Hitler et bardé de décorations, aimablement surnommé « le Boucher« … Cet officier en apparence irréprochable est un abominable psychopathe, taraudé par une sévère paranoïa, des phobies et un syndrome de Stendhal. Excellent film incorporant à son récit une reconstitution de la célèbre Opération Walkyrie (l’attentat manqué contre Hitler), quarante ans avant Tom Cruise et Bryan Singer, le film de Litvak osa montrer une Allemagne dénazifiée où les anciens frères d’armes du IIIe Reich n’en continuaient pas moins à célébrer le bon vieux temps des massacres dans les brasseries bavaroises… O’Toole retrouve son vieil ami Fred… pardon, Omar Sharif (sans sa moustache), et c’est assez curieux de voir les deux héros de Lawrence d’Arabie revêtir ici l’uniforme de la Wehrmacht ! Impression d’autant plus déconcertante que l’ombre du cinéma de Lean n’est jamais loin, avec la présence au générique du producteur Sam Spiegel, de Maurice Jarre à la musique, et de Tom Courtenay (Pasha dans Docteur Jivago), ici bouc émissaire malheureux des crimes du général. O’Toole est ici particulièrement terrifiant, quasiment « robotique », révélant une facette de son jeu inattendue, un côté pervers que l’on retrouvera plus tard dans The Ruling Class (Dieu et mon droit) quelques années plus tard.

 

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La fin de la décennie cinématographique de l’acteur se termina en beauté avec, coup sur coup, deux beaux succès personnels, critiques et publics. En 1968, Peter O’Toole retrouva Henri II, quatre ans après Becket ; il partageait l’affiche du Lion en Hiver avec Katharine Hepburn, élégamment mis en scène par Anthony Harvey, d’après la pièce de James Goldman qui en signa l’adaptation. Un Henri II maintenant seul au pouvoir, et qui a vieilli prématurément sous le poids de sa charge. A l’automne de sa vie, le souverain et son épouse Aliénor d’Aquitaine (Hepburn), avec qui il ne s’entend guère (l’enfermer dans la Tour de Salisbury et la tromper allègrement avec la jeune Alaïs n’aide guère à la réconciliation, il faut bien le dire…), se retrouvent au château de Chinon, pour régler un délicat problème de succession en cette fin d’année 1183. Lequel de leurs enfants sera le plus digne de porter la lourde couronne ? Henri veut que ce soit le Prince Jean (Nigel Terry), son plus jeune fils. Aliénor favorise le faible Richard, le futur « Coeur de Lion » (un tout jeune Anthony Hopkins). Mais leur autre fils, Geoffrey (John Castle), Philippe II de France, futur Philippe Auguste, fils du premier mariage d’Aliénor (Timothy Dalton), et sa demi-soeur Alaïs (Jane Merrow), maîtresse d’Henri qui comte l’épouser, ont tous leur mot à dire sur l’avenir des royaumes d’Angleterre et de France. Charmante réunion de famille pour ce grand classique historique, où Hepburn et O’Toole se distinguent. Le comédien est un Henri plus mature, mais guère plus sage, qui réalise tardivement ses erreurs paternelles et sera gagné par l’amertume ; la grandeur shakespearienne d’O'Toole donne évidemment à son Henri les airs d’un Roi Lear déchiré par ses choix. Il sera cité pour la troisième fois à l’Oscar, et remportera son second Golden Globe du Meilleur Acteur.

 

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Après avoir joué la même année un officier britannique à la cour de l’impératrice russe, La Grande Catherine, une comédie avec Jeanne Moreau, Peter O’Toole connut un nouveau succès en 1969 avec Goodbye, Mr. Chips, adaptation en comédie musicale du roman de James Hilton par Herbert Ross sur un scénario de Terence Rattigan. O’Toole y est l’austère et timide Arthur « Chips » Chipping, professeur de latin détesté de ses élèves de l’école privée de Brookfield ; un triste petit homme à grosses lunettes et moustache, solitaire… ou presque, lorsqu’il croise en vacances Katherine Bridges (Petula Clark), une actrice de music-hall malheureuse en amour. A la surprise de tous, le petit professeur et la charmante actrice reviennent à Brookfield bras-dessus bras-dessous, et mariés. Si les élèves admirent finalement « Chips » pour ce coup d’éclat inattendu, la direction voit d’un mauvais oeil ce mariage inconvenant… Jolie et touchante performance du couple O’Toole-Petula Clark, bénéficiant de la musique et des chansons de Leslie Bricusse et John Williams. Et agréable surprise de voir Mr. O’Toole chanter « What a lot of flowers » de sa douce voix murmurante… Cela lui valut sa quatrième nomination à l’Oscar, et un troisième Golden Globe bien mérité.

 

Peter O'Toole - La Guerre de Murphy

Après quoi, O’Toole, entre ses prestations théâtrales, enchaînera d’autres films ; dans Country Dance de J. Lee Thompson en 1970, il est un aristocrate écossais entretenant une relation incestueuse avec sa soeur (Susannah York). En 1971, il retrouva son épouse Siân Phillips et Philippe Noiret dans le très bon film d’aventures La Guerre de Murphy, dû au réalisateur de Bullitt, Peter Yates. O’Toole y campe un personnage atypique : Murphy, mécanicien irlandais d’un navire de guerre coulé dans l’Orénoque par un U-Boot à la fin de la guerre. Seul rescapé du naufrage, l’entêté Murphy décide de continuer seul le combat, avec les moyens à sa disposition. Il est tellement obsédé par sa vengeance qu’il en ignore l’Armistice du 8 mai 1945… Après Lawrence, Lord Jim ou le Général Tanz, O’Toole ajoute ici un nouveau personnage très perturbé à sa filmographie, sans la grandeur romantique des deux premiers ou la psychopathie du dernier.

 

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Malheureusement, si son talent demeurait intact, l’attrait d’O'Toole déclina, le public se détournant peu à peu de ses films. La critique salua cependant son incroyable performance dans The Ruling Class (Dieu et mon droit) en 1972. Une tragicomédie adaptée de la pièce de Peter Barnes par le hongrois Peter Medak, The Ruling Class nous ramène la face la plus inquiétante du comédien dans le rôle de Jack, le 14ème Comte de Gurney. Paranoïaque et schizophrène, Jack croit réellement être la réincarnation du Christ, venu prêcher l’amour universel. Victime de soins thérapeutiques trop intensifs, le Comte de Gurney ressort de l’hôpital persuadé d’être Jack l’Eventreur, prêt à se remettre à l’ouvrage, avec l’approbation de la Chambre des Lords !… L’excentricité et l’aspect inquiétant de la personnalité de l’acteur se mélangent ici à merveille, O’Toole se montrant particulièrement effrayant quand il vit ses « crises » meurtrières. Il sera nominé pour la cinquième fois aux Oscars. Malheureusement, le film fut un échec public cinglant. Deux ans plus tard, un autre échec sérieux, la comédie musicale L’Homme de la Manche d’Arthur Hiller, où il est Don Quichotte face à la belle Sophia Loren, écorne son prestige. Les films suivants des années 1970 (dont le scandaleux Caligula de Tinto Brass, où il est l’empereur romain Tibère, pédophile et syphillitique) ne rétabliront pas la balance. Il faut dire qu’O'Toole traversa une grave crise personnelle durant ces années ; l’alcoolisme sévère dont il souffrait aggravait son état dépressif, situation qu’il vécut toute sa vie, et lui coûta son mariage avec Siân Phillips dont il divorça en 1979. O’Toole développa également un cancer de l’estomac nécessitant une lourde opération (avec ablation du pancréas), un diabète et un désordre sanguin dont il faillit mourir en 1978. L’acteur en sortira vivant, mais prématurément vieilli.

 

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Après ces années difficiles, Peter O’Toole fera une sorte de « come-back » (bien qu’il ne soit jamais réellement parti) à l’écran. Come-back en partie réussi, car si ses performances, au début des années 1980, seront saluées par les connaisseurs, le public les boudera. Un mal pour un bien, l’acteur étant plus apaisé, enrichi par ses épreuves, et pouvant se permettre de prendre ses distances avec un star-system qui ne l’intéressait pas vraiment. En 1980, O’Toole fut salué pour son rôle dans The Stunt Man (Le Diable en boîte, 1980) de Richard Rush, une comédie dramatique. O’Toole y jouait Eli Cross, cinéaste excentrique en proie à un complexe divin, recueillant un jeune fugitif (Steve Railsback) recherché par la police pour en faire son cascadeur, et s’amusant à ses dépens à risquer sa vie durant le tournage de son film de guerre… Nouvelle performance humoristique brillante de Mr. O’Toole, qui décrocha de nouvelles nominations au Golden Globe et à l’Oscar du Meilleur Acteur. L’acteur fut tout aussi bon en 1981 dans Masada, mini-série télévisée de Boris Sagal retraçant l’histoire du fameux siège de la citadelle de Masada par les troupes romaines de Lucius Flavius Silva (O’Toole), siège débouchant sur le suicide collectif des Hébreux assiégés. Peter O’Toole fut nominé au Golden Globe et à l’Emmy Award pour son rôle dans cette épopée de très grande qualité. L’année suivante, O’Toole renoua avec sa veine comique en étant la vedette de My Favorite Year (Où est passée mon idole ?), comédie légère de Richard Benjamin. L’acteur s’inspire d’Errol Flynn pour camper Alan Swann, star déchue des films de cape et d’épée des années 1930 qui s’apprête à faire ses débuts à la télévision. Un has been doublé d’un ivrogne invétéré, brouillé avec sa fille, et qui connaît des attaques de panique quand il réalise qu’il va devoir jouer en direct. Le film vaut évidemment pour le numéro d’O'Toole, irrésistible quand il se met à hurler « Je ne suis pas un acteur, je suis une star de cinéma ! » ; et, accessoirement, il n’est pas interdit de penser que le comédien ose rire de ses angoisses et de ses échecs personnels avec grande classe. Il sera nominé pour la septième fois à l’Oscar du Meilleur Acteur, et pour la huitième fois au Golden Globe. En quelque sorte, ce fut là les adieux ironiques d’O'Toole aux rôles épiques de ses premières années. Mais l’acteur, de nouveau père à cinquante ans (un fils, Lorcan Patrick, né en 1983), n’abdiqua pas pour autant et fit encore quelques belles prestations pour le petit et le grand écran.

 

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On citera quelques premiers rôles dans des films assez inégaux à la fin des années 1980, comme High Spirits (1988), une comédie de fantômes signée de son compatriote irlandais Neil Jordan ; si O’Toole est amusant en propriétaire désargenté d’un château forcément hanté, le film ne marqua guère les esprits. On signalera l’intéressant Les Ailes de la Renommée (1990) d’Otokar Votocek, une fantaisie plaisante où il est un écrivain assassiné en pleine gloire, qui se retrouve empêtré dans l’Au-delà avec son meurtrier. Le grand public se souvint surtout de la présence impeccable de Peter O’Toole dans Le Dernier Empereur, le film multi-oscarisé de Bernardo Bertolucci en 1987. Il y jouait Sir Reginald Johnston, tuteur et précepteur écossais du jeune empereur Puyi (John Lone) osant, à la demande de ce dernier, apporter la modernité dans la Cité Interdite. Irrésistible, qu’il apparaisse vêtu à la chinoise, en train d’arbitrer une partie de tennis ou de déambuler en vélo dans les murs de la Cité, O’Toole apporte l’indispensable caution « leanienne » du film. Et la relation filiale, subtilement décrite par Bertolucci, entre lui et le jeune empereur, est très touchante.

 

Peter O'Toole - Troie

Les dernières décennies de Peter O’Toole resteront très actives, en dépit d’une santé de plus en plus fragile. Toujours partagé entre le théâtre (il jouera jusqu’en 1999), la télévision et le cinéma, Peter O’Toole suivit le parcours « classique » des grands comédiens britanniques qui, atteignant et dépassant la soixantaine, prêtent leur stature altière aux personnages historiques ou aux mentors vieillissants. On signalera notamment sa collaboration, à la télévision, avec le réalisateur canadien Christian Duguay qui lui offrit deux beaux rôles. Celui de l’Evêque Pierre Cauchon, instruisant le procès de Jeanne d’Arc (Leelee Sobieski) dans un téléfilm de 1999, qui vaudra à O’Toole de remporter un Emmy Award du Meilleur Second Rôle ; et, en 2003, O’Toole retrouva Duguay à la mise en scène du controversé Hitler : L’Ascension du Mal, où son rôle du Président Paul von Hindenburg vieillissant, remettant les rênes du pouvoir en Allemagne au dictateur en devenir joué par Robert Carlyle, lui vaudra une autre nomination à l’Emmy Award. Il manqua de peu de reprendre le rôle d’Albus Dumbledore dans les Harry Potter, après le décès de son vieil ami Richard Harris ; malgré le soutien officiel de la famille de ce dernier, les producteurs de la saga, prétextant la mauvaise santé d’O'Toole, offrirent le rôle à Michael Gambon. Une belle occasion manquée, mais O’Toole ne s’en laissait pas compter, surtout pas devant les soudains hommages cherchant à l’enterrer un peu trop vite… S’étant déjà fait tirer l’oreille pour accepter le titre de Sir Peter O’Toole par le Royaume d’Angleterre, le grand comédien renâcla également lorsque l’Académie des Oscars lui remit en 2003 un Oscar honorifique pour l’ensemble de sa carrière. Il écrivit avec humour aux responsables de la cérémonie qu’il était toujours prêt à remporter la précieuse statuette ! Mais il accepta quand même l’Oscar d’honneur.

 

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Et, de fait, Peter O’Toole sut offrir quelques derniers grands moments de grâce dans ses dernières apparitions. Il joua Priam dans Troie (2004), le péplum épique de Wolfgang Petersen avec Brad Pitt en vedette ; cette reconstitution au goût du jour de l’Iliade d’Homère (et des autres textes antiques sur la Guerre de Troie), au demeurant plaisante, déçut, la faute sans doute aux exécutifs du studio Warner Bros. voulant un traitement très « politiquement correct » du récit, expurgé dans sa version cinéma de toutes les images trop violentes. Peter O’Toole sauve le film, lorsque Priam, le coeur brisé, vient réclamer à Achille (Pitt) le cadavre de son fils Hector (Eric Bana). En moins de quatre minutes, le grand roi réussit non seulement à émouvoir le coeur de pierre du bouillant Achille, mais aussi celui du spectateur. La marque des grands acteurs. En 2006, Peter O’Toole tint parole en décrochant son ultime nomination à l’Oscar du Meilleur Acteur, la huitième, pour Vénus. Cette comédie dramatique britannique, dûe à Roger Michell et au scénariste Hanif Kureishi, peut être considérée comme le chant du cygne de l’acteur. Il y tient le rôle très autobiographique de Maurice, un vieux comédien toujours persuadé d’être un séducteur, et qui tombe sous le charme de Jessie (Jodie Whitaker), la petite-nièce de son meilleur ami. Une curieuse relation d’amour-amitié se noue entre les deux êtres, le vieillard cherchant dans l’histoire à échapper à la triste réalité de son grand âge, victime d’un cancer de la prostate qui risque de le laisser impuissant s’il en réchappe… Tour à tour comique, touchant et pitoyable, Peter O’Toole se livre à travers le personnage. Et il peut, lors d’une très belle scène, déclarer son amour platonique à sa jeune amie en récitant l’un de ses chers sonnets de Shakespeare, le 18ème (« Te comparerai-je à une journée d’été ?…« ). Sa performance lui vaudra une pléthore de nominations, dont le Golden Globe du Meilleur Acteur.

 

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Pour conclure sur une note plus joyeuse, on n’oubliera pas non plus sa savoureuse participation vocale au meilleur des films de Pixar, Ratatouille (2007), petit bijou de comédie dûe au réalisateur Brad Bird. O’Toole y prête sa voix inoubliable, en version originale, à l’atrabilaire critique gastronomique Anton Ego ; un « tueur en série » de réputations dans le milieu culinaire, qui voit d’un mauvais oeil le succès du jeune cuisinier Linguini, ignorant comme tout le monde que le brave garçon est « piloté » par Rémy, le petit rat fin gourmet. Le temps de quelques scènes mémorables, servi par des dialogues impeccables (« Je n’aime pas la nourriture, je la VENERE. Et si je ne l’aime pas… je ne l’avale pas.« ), O’Toole donne une couleur réjouissante à ce « Dracula » des restaurants, pas aussi méchant qu’on pourrait le croire pourtant. Touché par la grâce du talent culinaire de Rémy, Ego va se fendre d’une ultime critique, un superbe monologue sur les relations difficiles entre artistes et critiques, où le phrasé d’O'Toole sonne à merveille. L’acteur continuera à travailler à la télévision – notamment sept épisodes de la série historique à succès Les Tudors, où il joua le Pape Paul III – et au cinéma, sur des productions historiques de moindre importance. La maladie, malheureusement, le minait et l’épuisait ; après avoir fini ses scènes pour le film Katharine of Alexandria, sorti cette année, Peter O’Toole annonça sa retraite définitive en 2012, et s’éteignit dans son domicile londonien le 15 décembre dernier, avant d’être enterré dans sa terre natale du Connemara. Il restera le souvenir de ses pièces et de ses films, où sa haute stature fit merveille durant plus de cinquante années bien remplies. Et un héritage spirituel indéniable chez les jeunes acteurs britanniques parmi les plus doués, profondément marqués par son jeu : on citera ainsi Tom Hiddleston, qui dans Cheval de Guerre de Steven Spielberg (admirateur numéro 1 de Lawrence d’Arabie) campe un officier de cavalerie très inspiré par les personnages de Peter O’Toole ; et Michael Fassbender, compatriote irlandais de l’acteur, qui incarne un androïde obnubilé par Lawrence, au début de Prometheus de Ridley Scott, au point de reproduire son apparence et son phrasé à la perfection ! 

Quant à nous, nous saluerons avec respect et sympathie le départ de Peter O’Toole vers un monde meilleur. Au vu du document ci-dessous, datant de 2000, on ne peut s’empêcher d’imaginer que celui-ci a dû retrouver son vieux copain Richard Harris. Le Paradis doit être un peu plus joyeux depuis quelques semaines. Vive l’Irlande, son rugby, ses chants, sa bière et ses grands acteurs ivres. Ah, voir Lawrence d’Arabie tacler Marc Aurèle… Un bonheur EPIQUE !!

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Lien vers le site ImdB, pour la filmographie intégrale de Peter O’Toole :

http://www.imdb.com/name/nm0000564/

 

Ludovic Fauchier.  

Reflets dans un Oeil d’Or – CHEVAL DE GUERRE, 2e partie

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Et arriva donc la Grande Guerre… Avec elle, l’achat de Joey par le corps d’armée du Capitaine Nichols, et la triste séparation du jeune homme, trop jeune pour s’engager, d’avec son cher cheval… En cet été 1914, nul ne réalise alors que la guerre qui s’annonce contre l’Empire Allemand va s’éterniser et devenir un massacre. En montrant Joey rejoindre la Cavalerie britannique, Steven Spielberg nous montre la première étape de cette dramatique évolution des mentalités de l’époque. On part alors «la fleur au fusil», avec la certitude que tout se règlera en quelques jours… Le cinéaste va montrer la cruelle désillusion qui attend les officiers britanniques. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’il choisit l’excellent Tom Hiddleston (révélé dans THOR) pour jouer Nichols, le nouveau maître de Joey. Le prometteur acteur britannique ressemble à un jeune Peter O’Toole ou Alec Guinness en uniforme…

 

Reflets dans un Oeil d'Or - CHEVAL DE GUERRE, 2e partie dans Fiche et critique du film Cheval-de-Guerre-52

Le choix du nom de Nichols évoque Nicholson, nom du personnage de Guiness dans LE PONT DE LA RIVIERE KWAI. David Lean n’est pas loin. Le maître britannique n’était pas juste un faiseur de films à très grand spectacle, c’était aussi un observateur impitoyable de la société britannique, particulièrement de ses classes aisées, et de son armée, si souvent critiquées dans ses films. Spielberg se montre tout aussi lucide ici envers l’attitude des britanniques au début de la 1ère Guerre Mondiale. Pour Nichols et son supérieur le Major Stewart, comme pour des milliers d’officiers, la guerre ne semble être qu’un sport, un divertissement de classes aisées… On s’amuse à courir entre gens de noble compagnie, et entre chevaux de noble race. Et surtout, on combat pour Dieu, le Roi et le Pays. Dieu, que la guerre est jolie ! dirait Richard Attenborough… 

 

Cheval-de-Guerre-14 dans Fiche et critique du film

Les officiers britanniques font preuve d’un orgueil démesuré, lié à leur sentiment de supériorité chevaleresque. Armés de sabres et juchés sur leurs magnifiques chevaux, ils sont sûrs de triompher de leurs ennemis. Une sanglante et inutile défaite les attend. La grande désillusion… Au terme d’un exceptionnel morceau de bravoure cinématographique, la charge de cavalerie menée contre un camp allemand, Spielberg montre que la Guerre a changé de visage et d’époque. La notion de guerre «romantique», imaginée par la cavalerie anglaise, meurt sous les balles de la guerre moderne, industrialisée, représentée par les
mitrailleuses allemandes. La grandiose charge prend alors toute sa réalité dérisoire. 25 ans plus tard, l’imagerie guerrière chevaleresque disparaîtrait pour de bon en Europe, avec les charges désespérées des cavaliers polonais face aux Panzers et aux armes automatiques des soldats de la Wehrmacht…

 

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Spielberg poursuit son propos, continuant à développer, autour du parcours de Joey, de nouvelles histoires qui renforcent le rôle symbolique primordial du cheval, autant qu’elles représentent d’autres traumatismes profonds nés dans la Grande Guerre. Dans les premières heures de la guerre, Joey s’est trouvé un frère d’armes, Thorntop, la monture majestueuse du Major Stewart. Les deux chevaux vont se retrouver ballottés par la guerre, d’un camp à l’autre, et verront leur destin lié un temps à celui de deux soldats allemands, Günther (David Kross, révélé dans THE READER) et Michael. Ces deux jeunes gens sont de la même génération qu’Albert, deux adolescents comme tout droit sortis des pages d’A L’OUEST RIEN DE NOUVEAU de Remarque. L’intelligence instinctive de Joey le sauve, lui et Thorntop, grâce au licol (souvenir de sa domestication forcée chez Albert), et les chevaux passent ainsi dans les mains de ces deux enfants soldats. Une fraternité qui fait donc écho à l’autre ; le moment venu, les chevaux permettront à Günther et Michael de s’enfuir, alors que le cadet allait partir à une bataille sans retour… Malheureusement, la Guerre est ici la mort de l’Espoir : déserter l’armée du Kaiser équivaut à un arrêt de mort, et les deux frères seront arrêtés et froidement abattus au pied d’un moulin, pour l’exemple. Séquence terrible, que Spielberg filme avec un sens de l’ellipse unique, les ailes du moulin faisant écran voilent l’exécution à nos yeux. Nul espoir de fuite pour les deux frères, qui revendiqueront jusqu’au bout leur choix.

 

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Après ces moments douloureux, les deux chevaux goûteront un bref temps de repos dans la ferme du vieux Bonnard (Niels Arestrup, parfait) et sa petite-fille Emilie (Céline Buckens). Pour la jeune fille à la santé fragile, rêvant de romance, la découverte de Joey et Thorntop est un véritable cadeau du ciel… L’entrée en scène de la jeune fille se fait par une idée inspirée : elle apparaît en reflet, dans l’œil de Joey. Littéralement, un reflet dans un œil d’or, pour rappeler le titre d’un célèbre film de John Huston… Film dans lequel Marlon Brando et Elizabeth Taylor transféraient leurs passions réprimées sur un cheval, qui finissait cruellement fouetté. Derrière le clin d’œil cinéphilique, un nouveau jeu symbolique se développe.

Le grand-père d’Emilie a beau lui rappeler les dangers de la guerre toute proche, celle-ci préfère assimiler les deux chevaux à deux futurs amoureux. Ces scènes font écho à celles du début, lorsqu’Albert tentait d’impressionner la petite amie du fils Lyons : les grands rêves adolescents, les grandes espérances (pour rester chez David Lean…), sont bien plus doux que la triste réalité. Et le Cheval symbolise bien ces envies d’idéal amoureux, et de passion. Quitte aussi à ce qu’Emilie se dispute avec son grand-père, lui reprochant son attitude durant cette sale guerre. Encore un conflit, une guerre intime dont Joey est malgré lui le déclencheur.

Spielberg reste fidèle à sa démarche et rappelle incessamment que la Guerre tue les beaux idéaux les uns après les autres. Joey et Thorntop seront enlevés à leur jeune propriétaire par l’armée allemande, en plein pillage dans la campagne. Bien plus tard, nous retrouverons Bonnard, sans sa petite-fille, son unique descendante ; sans plus en montrer, Spielberg nous suggère que le pire est arrivé pour la jeune enfant aux rêves d’amour… 

 

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Les séquences de CHEVAL DE GUERRE qui suivent «l’enrôlement» des chevaux sont les plus éprouvantes. En choisissant de montrer les souffrances des chevaux, Spielberg réussit un pari difficile : au lieu de montrer frontalement les massacres humains, il choisit de les suggérer en les «déplaçant» sur les chevaux. Gardant en mémoire les observations de Michael Morpurgo sur le nombre de chevaux morts durant les combats, Spielberg transcende littéralement la souffrance des hommes en usant toujours à merveille de signes visuels à sa disposition.

Voici donc Joey et Thorntop, au bout de quatre ans de campagnes, épuisés par le transport incessant de pièces d’artillerie pour l’armée allemande. Un soldat compréhensif mais résigné, Heiglemann, fait de son mieux pour les soigner, en pure perte, face aux ordres froids de ses supérieurs. Le Cheval est maintenant annexé à la Machine, il devient littéralement un esclave brisé par la tâche, à qui on enlève toute dignité d’être vivant (on peut faire le lien avec LA LISTE DE SCHINDLER et AMISTAD). Le martyre des chevaux devient une douleur partagée par le spectateur. La Mort, le Massacre, ont seuls droit d’expression dans ce cauchemar vivant. Le cinéaste crée des scènes magistrales, d’expression totalement cinématographiques, telle cette installation des canons d’artillerie, filmée et élaborée comme un ballet d’Opéra avant une aria de feu et d’acier…

Joey, égaré dans cet Enfer de Dante, ne peut qu’assister à l’agonie et la mort du pauvre Thorntop, dernière monture chevaleresque d’une époque révolue. Steven Spielberg filme des séquences hallucinées, cauchemardesques (rappelons au passage que, dans sa langue natale, «cauchemar» se dit «nightmare» = «jument nocturne»…). Joey échappe à l’assaut d’un tank, revivant en quelques minutes les épreuves du protagoniste de DUEL face au camion, ou des soldats de RYAN face aux Panzers. Une petite autocitation qui ne doit pas faire oublier la logique du récit, Joey représentant la Force de Vie «primitive», animale, face à la Machine de Mort, désincarnée et aveugle. C’est le Cheval échappé de la Machine, en réponse à Arthur Koestler qui mettait le Cheval dans la Machine.

Puis Joey court, galope à en perdre haleine, dans les tranchées et les trous d’obus, au milieu des explosions… Séquence magnifique, surréelle, où le cheval «vole» tel un oiseau au-dessus des combattants, la scène faisant
écho au monologue de Bonnard au sujet des pigeons voyageurs égarés. Cette scène de course folle transforme sous nos yeux Joey, le Cheval de Vie, en Cheval des Ténèbres, Cheval de Mort… Joey devient le «Cheval Blême» de l’Apocalypse, celui-là même qui est présage de mort dans les croyances anglaises et allemandes. L’image la plus terrible, la plus violente de CHEVAL DE GUERRE, est alors celle de Joey peu à peu pris dans les barbelés, jusqu’à être paralysé vivant dans le champ de bataille… à elle seule, cette scène résume la Guerre.

 

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Joey est maintenant seul, immobilisé, et supplicié dans le No Man’s Land. Ainsi appelait-on alors la zone séparant les troupes ennemies dans les tranchées. La Terre Sans Hommes… soit la Terre où on ne se bat pas, mais aussi la Terre sans vie. Cela nous ramène à un archétype puissant, ancien : la «Waste Land / Terre Gaste» de la Légende Arthurienne. La «Terre Gâchée», ravagée. Celle jadis pleine de vie, maintenant dévastée, conséquence de l’orgueil chevaleresque poussé à son paroxysme (revoir EXCALIBUR de John Boorman). Arthur, renonçant à la Royauté, laissait son royaume dépérir, et dépérissait en même temps. Les Chevaliers sont déjà morts dans CHEVAL DE GUERRE, emportés par leur propre vanité ; ne reste plus ici que la Guerre, le Chaos qui ravage et anéantit toute vie. Le martyre de Joey, Cheval «royal» capable de fédérer tout le monde, même les ennemis, prend alors tout son sens.

Les chairs déchirées par les barbelés, Joey devient une figure christique ; un nouveau protagoniste, le «geordie» Colin (Toby Kebbel), ému par son calvaire, ose s’aventurer en plein no man’s land, au risque d’être tué d’une balle allemande, pour essayer de le délivrer. Un soldat allemand a la même idée. Ces deux hommes ordinaires tentent alors l’impossible, délivrer le cheval tout en se parlant. La scène pourrait être trop didactique, mais Spielberg, grâce à l’excellent scénario de Hall et Curtis, contourne l’écueil. La libération de Joey n’est pas une sinécure, les barbelés sont une invention perverse, causant autant de blessures au cheval quand ils sont coupés… et, entre les deux hommes, une méfiance légitime s’installe (quatre ans de combats quotidiens, rappelons-le) avant d’être combattue. Il faut parler, en dépit de tout…

C’est le credo du cinéaste : la Parole transcende l’Homme, elle le guérit. Et surtout, l’idée maîtresse de la Communication, ancrée profondément dans le cinéma de Spielberg, prend toute son ampleur ici dans le contexte du conflit guerrier. Rappelons que, depuis longtemps déjà, le cinéaste accorde une place majeure au Langage, à l’Echange et la Compréhension, comme une base fondamentale des relations humaines. Même si, avec le temps, il a su souvent nuancer ce propos, Spielberg a toujours défendu bec et ongles cette
idée. Elle est au centre de pratiquement tous ses films : notamment RENCONTRES DU TROISIEME TYPE, E.T., LA COULEUR POURPRE, EMPIRE DU SOLEIL, AMISTAD ou LE TERMINAL, pour ne citer que ceux-là.

Cette séquence de CHEVAL DE GUERRE entre le soldat anglais et son homologue allemand constitue le cœur du film. L’enjeu dramatique de la scène dépasse le simple fait de libérer le malheureux cheval ; il
s’agit en fait pour les deux hommes d’exorciser leurs peurs respectives par le dialogue. Ces deux soldats rassemblés par l’intérêt commun pour le cheval réussissent là où leurs supérieurs et leurs empires ont pitoyablement échoué depuis quatre ans. Au langage guerrier, patriotique et nationaliste, ils choisissent l’échange et l’entraide, au risque de se faire tuer à chaque instant. Ces deux ennemis qui ne s’étaient jamais vus peuvent apprendre, pour quelques instants, à se connaître et réaliser qu’ils n’ont aucun motif sérieux de s’entretuer ! Le Dialogue et la Parole ont tué le Conflit, pour un bref moment du moins. Joey y gagne quant à lui son surnom de «Cheval de Guerre», symbole profondément ambivalent de Vie et de Mort.

 

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Ramené dans les lignes anglaises à la fin de la Guerre, Joey n’est pourtant pas sain et sauf… le «Cheval de Guerre» vit un long et douloureux retour à la Vie, similaire à celui des milliers de soldats britanniques revenus marqués de cette maudite guerre. Le retour à la paix est une autre épreuve douloureuse pour les anciens soldats. Spielberg ramène Albert, maintenant en âge de combattre, et montre que le jeune garçon sensible a été cruellement atteint par la Guerre : le voilà aveugle, par la faute du gaz moutarde. Un thème
devenu récurrent chez Spielberg, qui en a saisi toute la dimension initiatique. Qu’on se rappelle le sort similaire vécu par Anderton (Tom Cruise) dans MINORITY REPORT, de Rachel (Dakota Fanning) dans
LA GUERRE DES MONDES, et d’Avner (Eric Bana) dans MUNICH. A cette différence près que les personnages cités choisissaient, ou acceptaient, d’être temporairement aveugles – référence à de nombreux rites d’initiation maçonnique. Albert, lui, ne doit sa cécité qu’aux accidents de la guerre : l’utilisation d’un gaz chimique, pour la première fois employé comme arme.

Le jeune homme est aussi mutilé que son cher Joey, dont l’état d’abattement physique est total. Leurs retrouvailles sont émouvantes, mais d’une sobriété remarquable, toute en retenue très «britannique» : tout se joue en fait autour d’un nouveau jeu de signes, installé entre eux des années auparavant. Albert se sert du «signal Indien», affectueuse référence au Western, qui lui permettait d’appeler Joey… un mode de communication privilégié entre eux deux, qui leur permet de se reconnaître malgré les blessures. Pour parfaire la symbolique sacrificielle christique, on lave les plaies du cheval pour voir s’il correspond bien à la description du jeune soldat aveugle.

Il restera cependant une ultime épreuve, une scène renvoyant à la séquence initiale de la vente aux enchères. Avec la Guerre, vient la faim… au bout de quatre ans de restrictions, on doit se rabattre sur la première viande disponible. Joey, comme des milliers de chevaux, va finir sur un étal de boucherie… Albert doit âprement négocier son rachat pour le sauver. Plus question ici de lutte des classes (le père contre Lyons), il s’agit de rendre au cheval sa dignité d’être vivant, dans un contexte qui le lui dénie. Des milliers d’autres «Joey» ne sont devenus que de la matière première, finissant en viande et en colle… L’enjeu pour Albert est certes
totalement affectif, mais il ne s’agit pas d’un caprice d’enfant voulant ramener «son» cheval à la maison. Le jeune homme a souffert dans sa chair et son âme, et reconnaît la même souffrance vécue par Joey. Il n’est pas
seul ; le vieux Bonnard ressurgit, bien triste et esseulé, incapable de faire son deuil d’Emilie… Albert se résout à lui rendre Joey, en un geste de renoncement total. Ce simple geste touche Bonnard, comprenant toute la maturité d’esprit qu’il faut au jeune soldat pour se séparer de Joey. Il préfère le lui rendre, pour lui permettre en retour de commencer à guérir spirituellement.

 

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La dernière scène, baignant dans un coucher de soleil tout droit sorti des plus belles productions de John Ford en Technicolor (le plus stupéfiant étant que ce ciel orange a été filmé en vrai !), marque le retour d’Albert et Joey ; c’est un ultime morceau de bravoure de Cinéma total. Pas un seul mot n’est prononcé, l’émotion de la séquence reposant sur une merveilleuse partition de John Williams. Elle rassemble Albert et son père, partageant désormais en commun leur expérience commune du traumatisme guerrier, et la mère, leur intermédiaire affectif. Toute la séquence, filmée à contre-jour, magnifie le regard de Joey, témoin muet de ces retrouvailles. La boucle est bouclée, dans l’œil d’or du cheval.

 

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Voilà, présentés de façon très simplifiée, quelques-uns des thèmes abordés par Spielberg dans CHEVAL DE GUERRE. Même en une vingtaine de pages, tout n’a pas été étudié, loin de là ! C’est dire si, sous son apparence de grand drame de facture «classique», le film regorge de richesses insoupçonnées à chaque séquence. Les scénaristes et le cinéaste ont su donner vie au roman de Michael Morpurgo en trouvant à chaque fois le détail juste. On mentionnera tout de même l’importance accordée aux barrières (John Ford, toujours !) autour desquelles se rassemble la petite communauté villageoise pendant le conflit des Lyons et des Narracott. Et le rôle fondamental du fanion paternel, souvenir de la Guerre des Boers, véritable
talisman porté par Joey durant la guerre.

La mise en scène de Spielberg, que nous avons brièvement évoqué çà et là, méritait une nomination à l’Oscar… L’Académie est totalement passée à côté de ce qui constitue pourtant la quintessence du travail de
Spielberg. En adoptant un point de vue original, le cinéaste aborde la Grande Histoire par une approche intime très européenne. Il est intéressant de noter d’ailleurs combien Spielberg, si souvent critiqué pour avoir fait du cinéma «hollywoodien», est devenu somme toute un vrai cinéaste européen, au bon sens
du terme. 

Tout commence par une naissance dans un pré, un échange de regards entre un garçon et un poulain… Il n’y a pas plus simple. Et progressivement, cette petite histoire toute simple va trouver des résonnances de plus en plus fortes, complexes et universelles, pour finalement revenir à ses bases. Un tour de force narratif doublé d’un tour de force cinématographique.

 

Spielberg peut compter sur une équipe technique et créative comme toujours de premier ordre. A commencer par l’immense chef-opérateur Janusz Kaminski, son complice créatif depuis SCHINDLER, qui fait
littéralement ici feu de tout bois. Passant des scènes intimes aux morceaux de bravoure à grand spectacle, Kaminski adapte les dernières techniques de prises de vues à des références intemporelles : un travail sur les cadres et les couleurs digne du peinte anglais J.M.W. Turner, des séquences liées aux chevaux évoquant les célèbres toiles de Géricault… Les scènes de guerre s’inspirent quant à elles des daguerréotypes, et des dessins d’époque, et leurs couleurs passées. Et le tout étant lié aux références cinéphiliques de rigueur pour un drame à grand spectacle : les prairies du Dartmoor ont la verdeur resplendissante des collines irlandaises du cher John Ford, et les scènes épiques égalent donc les meilleurs David Lean. D’autres références sont semées astucieusement par Spielberg et Kaminski… on retiendra par exemple les scènes colorées de la ferme impliquant une oie vigilante, rappelant le chef-d’œuvre de William Wyler FRIENDLY PERSUASION (LA LOI DU SEIGNEUR) avec Gary Cooper. Ou la découverte du champ de bataille des chevaux morts, référence perceptible à AUTANT EN EMPORTE LE VENT. La puissance épique de CHEVAL DE GUERRE doit beaucoup à l’usage intelligent du format Super 35 : grâce à un nombre de perforations réduites sur la pellicule, l’image gagne une profondeur de champ totale, transformant les paysages en décors d’opéra vivant. Projeté dans des conditions idéales en numérique, le film gagne en force esthétique. 

 

Le vétéran Michael Kahn, chef monteur de Spielberg, est toujours aussi inspiré dans un montage extrêmement créatif et dynamique. Grâce à son œil aiguisé, une simple scène d’apprivoisement peut prendre une tournure poétique, difficile à capter, ou un moment de travail aux champs devenir sous nos yeux une véritable séquence de bataille. Kahn réussit par ailleurs à suggérer la violence, plutôt qu’à la montrer en large et
en travers, dans les séquences de combat, suivant en cela l’exemple de David Lean. La séquence de la charge de cavalerie est déjà en soi un morceau de bravoure, à étudier pour tous les apprentis cinéastes qui rêvent de mettre en scène une bataille épique. Elle est littéralement «musicalisée», avec une montée dramatique en puissance impressionnante, digne d’un Eisenstein (ALEXANDRE NEVSKI) ou d’un Kurosawa (RAN) dans leurs grandes heures.

Et bien sûr, l’indispensable John Williams, lui aussi vétéran de nombreuses batailles cinématographiques, continue de surprendre agréablement le spectateur, à un âge vénérable (plus de 80 ans !) ; il signe avec le thème de CHEVAL DE GUERRE un nouveau bijou d’écriture musicale. La réussite du film de son ami Spielberg est due aussi en grande partie à son travail.

 

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Saluons aussi au passage le travail remarquable de l’équipe de la bande son, contribuant à la qualité de la recréation d’une époque disparue : les batailles de la Grande Guerre retrouvent leur puissance d’évocation terrifiante, grâce au son déchirant des mortiers et autres obus qui donnent l’impression de siffler à nos oreilles. L’implication du spectateur est toujours présente, à chaque scène.

 

Il ne faut pas sous-estimer davantage le travail de direction d’acteurs effectué par Steven Spielberg. CHEVAL DE GUERRE est un remarquable exemple de casting impeccablement choisi, ne reposant sur aucune star mais sur un ensemble de comédiens crédibles. Un casting international, où se croisent comédiens anglais, français et allemands investis dans leurs rôles. On a déjà cité rapidement quelques-uns d’entre eux, Niels Arestrup, Tom Hiddleston ou David Kross. On saluera aussi le travail d’Emily Watson, talentueuse comédienne britannique qui ressemble ici à s’y méprendre à Sarah Miles dans LA FILLE DE RYAN (ce qui ne surprendrait pas outre-mesure de la part de Spielberg, qui connaît et défend le cinéma de Lean), de Peter Mullan (LES FILS DE L’HOMME, et réalisateur de MAGDALENE SISTERS) touchant en père blessé… et la révélation du jeune Jeremy Irvine. En matière de jeunes talents, Spielberg s’y connaît – souvenez-vous de Henry Thomas et Drew Barrymore dans E.T., et de Christian Bale découvert à 13 ans dans EMPIRE DU SOLEIL. Le jeune Irvine devrait connaître une carrière tout aussi réussie, vu la réussite de son jeu sensible dans CHEVAL DE GUERRE.

 

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Bien sûr, enfin, le film ne serait pas une réussite sans «l’autre casting», celui des chevaux stars du film. A l’exception évidente de quelques scènes techniquement risquées ou dangereuses (par exemple, pour la
séquence des barbelés enserrant Joey, Spielberg a recours à une réplique animatronique), ils sont de toutes les scènes. Joey est merveilleusement « interprété » par le cheval Finders Key («trouveur de clés», nom typiquement spielbergien !), un habitué des plateaux – il jouait déjà dans une production DreamWorks en 2003, SEABISCUIT (PUR SANG) avec Tobey Maguire et Jeff Bridges. Ce fier représentant de la race équestre est la vraie star du film.

 

CHEVAL DE GUERRE constitue un nouveau chapitre important de la filmographie de Steven Spielberg. Décidément hors normes et hors modes, le cinéaste va encore nous surprendre dans les mois à venir : le tournage de LINCOLN déjà achevé, il planche maintenant sur la pré-production de ROBOPOCALYPSE, son prochain film de science-fiction. Lancé comme un cheval au galop !

 

 

Ludovic Fauchier, Cheval de Blog.

Reflets dans ses yeux… – Elizabeth TAYLOR (1932-2011)

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Elizabeth Taylor (1932-2011)  

Que sont les Stars devenues ?

Petit à petit, les étoiles de l’Âge d’Or de Hollywood s’éteignent… Ils se comptent désormais sur les doigts des deux mains, les derniers géants de l’écran lancés sous l’égide des grands studios. Kirk Douglas, Olivia De Havilland, Joan Fontaine, Maureen O’Hara, Lauren Bacall et quelques autres comptent désormais parmi les derniers témoins de cette époque révolue. Le terme inepte de «people» n‘était pas encore utilisé à tort et à travers pour désigner la petite gloire du premier imbécile venu de la télé-réalité. Être célèbre à Hollywood, durant la grande époque des studios, avait un autre sens, une autre valeur, même si bien sûr tout était loin d’être aussi rose que l’on pouvait le croire. Être une Star de cinéma correspondait, si on peut dire, à une certaine attitude, un état d’esprit. Cela supposait d’être «bigger than life» aussi bien dans un travail harassant, dans les triomphes publics, mais aussi dans les excès et les failles bien humaines… Et qui représenta mieux l’archétype de la Star de Hollywood qu‘Elizabeth Taylor ?

À l’annonce de son décès ce 23 mars 2011, et de ses funérailles en grande pompe à Los Angeles, l’encre a de nouveau coulé, comme durant toute la vie de cette très grande actrice. Et les inévitables commères «people» sont hélas revenues à la charge, dégoisant à loisir sur les amours tumultueuses, les robes en vison et les parures de diamants, les ennuis de santé récurrents et les innombrables mariages de la star… en oubliant de parler de l’essentiel : son travail de comédienne.

Raconter en détail la vie d’Elizabeth Taylor est une tâche évidemment épuisante ; si cette facette-là de l’actrice vous intéresse, je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer l’un des nombreux livres qui lui ont été consacrés, ses propres mémoires, des biographies à la pelle… voir de retrouver d’anciens numéros de Paris Match rangés au fond du grenier ! Pour ma part, j’essaierai d’être aussi succinct que possible sur ce sujet, qui certes a nourri la légende de l’actrice mais ne m’intéresse pas vraiment. Ce qui me touche plus – en dehors bien sûr de l’extraordinaire beauté de l’actrice dans ses plus grands rôles – est avant tout de parler de Cinéma. Quitte à faire quelques raccourcis rapides dans l’évocation d’une vie des plus agitées, je vais tenter un nouveau voyage temporel et cinéphile, en évoquant ses rôles les plus célèbres, ceux qui nous renvoient dans les dernières grandes années de Hollywood.

Mais on a beau être cinéphile, on a toujours des lacunes à combler… Vous remarquerez sûrement que je m’étends plus sur certains films marquants de Miss Taylor par rapport à d’autres. À ce jour, je n’ai toujours pas vu SOUDAIN L’ETE DERNIER, CLEOPÂTRE, LE CHEVALIER DES SABLES ou les films qu’elle a tourné avec Joseph Losey.

Comme de bien entendu, les éléments biographiques évoqués ici viennent des informations relevées sur les sites de Wikipédia et ImdB – avec le risque d’erreur que cela comporte. Personne n’est parfait !  

 

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Francis Lenn Taylor, un américain, marchand d’art, épousa en 1926 Sara Viola Warmbrodt. Tous deux étaient natifs du Kansas. Actrice de théâtre sous le nom de Sara Sothern, Sara arrêta sa carrière pour se consacrer à sa famille. Après un séjour à Saint-Louis, dans le Missouri (cadre d‘un chef-d‘œuvre de la comédie musicale mis en scène par un certain Vincente Minnelli, qui dirigera Elizabeth Taylor par la suite…), les Taylor s’installèrent en Angleterre. La petite Elizabeth Rosemond Taylor naquit à Hampstead, dans la banlieue de Londres, le 27 février 1932, détentrice de la double nationalité anglaise et américaine. Maman Sara a sans aucun doute beaucoup pesé sur la vie de sa fille, reportant sur elle ses rêves d’ancienne actrice. Dès l’âge de trois ans, la fillette se «prépare», si l’on peut dire, au dur monde des arts et du spectacle, en apprenant le ballet, entre autres.

Mais l’imminence de la 2e Guerre Mondiale oblige les Taylor à rentrer aux States en avril 1939. La petite famille emménage à Los Angeles, chez les Warmbrodt, la famille maternelle. Los Angeles, où se trouve bien évidemment le gratin du Cinéma américain alors en plein boom. Sara, l’ancienne comédienne, est dans son élément. Amie de la célèbre chroniqueuse Hedda Hopper, Sara emmène et présente sa fille par l’entremise de Hopper aux directeurs de casting des studios. Il faut dire qu’avec sa bouille espiègle, ses longs cheveux noirs, ses sourcils expressifs surlignant de grands yeux bleus tirant sur le mauve (à moins qu’ils ne soient mauves tirant sur le bleu, ou pourpres, ou turquoise… Les biographes se disputent à ce sujet depuis longtemps…), la jolie petite fille est incroyablement photogénique. Hedda Hopper présente les Taylor au président d’Universal Pictures, Cheever Cowden. Et Universal engage la jeune Elizabeth dans son «stock» d’enfants acteurs. À l’âge de 10 ans, Elizabeth Taylor fait ses premiers pas au cinéma dans THERE’S ONE BORN EVERY MINUTE, une comédie de Devin Grady, où elle a un petit rôle. Ce sera son seul film en tant que «mini-actrice» sous l’égide d’Universal. En coulisses, cela se passe mal : «Elle ne sait pas chanter, ne sait pas danser, ne sait pas jouer», affirme Edward Muhl, chef de production d‘Universal, contre l‘avis de Cowden et de l’agent de l’enfant, Myron Selznick (frère de David O. Selznick, le producteur nabab d‘AUTANT EN EMPORTE LE VENT). Muhl, une vraie tête, est surtout agacé par la présence… disons, envahissante… de la mère d’Elizabeth ! Le contrat est résilié, et Elizabeth rejoint la MGM, pour un contrat de sept ans, tout en poursuivant ses études.  

 

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En 1943, elle tourne dans LASSIE COME HOME (FIDELE LASSIE), avec le jeune Roddy McDowall en vedette, qui restera un de ses fidèles amis. On peut aussi la voir, non créditée au générique dans JANE EYRE, grande adaptation classique du roman de Charlotte Brontë par Robert Stevenson, avec Orson Welles et Joan Fontaine. 1944 est la bonne année pour la jeune fille que l‘on surnomme sur les plateaux «One Shot Liz». La petite actrice prodige sait son texte par cœur, joue bien et juste, et n’a besoin que d’une seule prise pour que ses scènes soient dans la boîte ! Clarence Brown, le réalisateur des grands films de Greta Garbo, l’engage pour un petit rôle dans son film romantique LES BLANCHES FALAISES DE DOUVRES, avec Irene Dunne en vedette, et Roddy McDowall. Le réalisateur perçoit le talent de la petite comédienne, et lui donne le rôle vedette de son prochain film : NATIONAL VELVET / LE GRAND NATIONAL, avec Mickey Rooney et Angela Lansbury. Elizabeth illumine l’écran dans le rôle de Velvet Brown, la petite cavalière qui rêve de concourir au prestigieux Grand National. Parfaitement à l’aise dans les scènes d’équitation (Elizabeth sera d’ailleurs à l’écran une cavalière accomplie – voir GEANT et REFLETS DANS UN ŒIL D’OR), Elizabeth Taylor séduit le public, qui fait un triomphe au film… et influence sans doute les rêves de milliers de fillettes de devenir un jour d’émérites championnes équestres !

Moins réjouissante est la blessure au dos que la jeune comédienne se fait durant le tournage, conséquence d’une chute de cheval. Cet incident sera le premier de ses nombreux ennuis de santé, qui la poursuivront toute sa vie.  

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«Baby star» consacrée à 12 ans, la jeune fille tourne, entre 1946 et 1949, d’innocentes bluettes capitalisant sur le succès de NATIONAL VELVET, faisant d’elle la nouvelle «petite fiancée de l’Amérique», l’adolescente romantique charmante par excellence. Cette période se clôt en quelque sorte en 1949, par le premier tournant de sa jeune carrière. Elizabeth Taylor joue son dernier rôle d’adolescente dans une nouvelle adaptation de LITTLE WOMEN (LES QUATRE FILLES DU DOCTEUR MARCH), le célèbre roman de Louisa May Alcott, réalisée par Mervyn LeRoy, avec June Allyson et Janet Leigh. Elle s’y illustre dans le rôle d’Amy.

L’adolescente souriante devient une ravissante jeune femme, qui va faire tourner bien des têtes masculines. Il faut dire que Miss Elizabeth est devenue bien gironde à l’âge adulte ! Un corps pulpeux à souhait, un grain de beauté coquin sur la joue droite, des longs cheveux noirs de jais qui tombent en cascade… Et ces yeux… qui vont être une des meilleurs atouts pour attirer le public des années cinquante vers le flamboyant cinéma en Technicolor ! Heureusement, le talent de la jeune actrice ne se limite pas à ce physique de rêve, mais aussi à un jeu intelligent et naturel, qui plaît instinctivement au public. Les pontes de la MGM peuvent se frotter les mains.   

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En 1950, on remarque surtout Elizabeth Taylor dans le grand succès de Vincente Minnelli, LE PERE DE LA MARIEE, sympathique comédie avec Spencer Tracy et Joan Bennett. Elle joue avec humour et tendresse la fille de Spencer Tracy, la vraie vedette du film – irrésistible en paternel ronchon qui découvre, horreur, que sa petite fille chérie, devenue femme, va se marier et quitter pour toujours la maison de son enfance…  

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Le succès du film au box-office entraînera une suite l’année suivante, FATHER’S LITTLE DIVIDEND (ALLONS DONC, PAPA !), toujours réalisé par Minnelli, et avec les mêmes acteurs. Peu de choses à dire sur cette comédie du grand Minnelli qui se contente de poursuivre sur le ton du premier film.

1950 est aussi l’année de son premier mariage, avec Conrad «Nicky» Hilton, héritier de la célèbre chaîne d‘hôtels et directeur de la TWA… un mariage malheureux dont elle divorce l’année suivante.  

 

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En 1951, Elizabeth Taylor illumine de sa présence le magnifique UNE PLACE AU SOLEIL de George Stevens, avec Montgomery Clift et Shelley Winters, adapté du roman de Theodore Dreiser, UNE TRAGEDIE AMERICAINE. Dans le rôle d’Angela Vickers, la belle, douce et riche héritière semblant sortie d‘un rêve (impression renforcée par une partition romantique sublime de Franz Waxman), elle charme George Eastman (Clift), modeste fils de missionnaires et employé manutentionnaire. Fou de désir pour elle, il cause la détresse de sa petite amie Alice (Winters), enceinte de lui, et qui a le malheur d’être née pauvre…

Il ne faut pas se fier à l’apparente frivolité du personnage d’Angela, tel que le résumé le laisserait croire ; la performance de l’actrice est d’une grande subtilité, et unanimement saluée par les critiques de l’époque. À seulement 19 ans, l’actrice prouve qu’elle est parfaitement capable d’endosser des rôles dramatiques, et se sort définitivement de l’ornière habituelle des ex-enfants stars, avec une aisance stupéfiante.  

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UNE PLACE AU SOLEIL est un film très représentatif du «nouvel Hollywood» des années 1950 ; la vague de jeunes acteurs, dont Elizabeth Taylor ou Montgomery Clift sont parmi les nouveaux fers de lance, permet aux cinéastes, relativement plus libérés des contraintes des grands studios, de signer des récits plus complexes, plus matures, derrière le grand spectacle. De forts éléments psychanalytiques sont délibérément abordés, avec une grande franchise de ton qui met peu à peu à mal le Code Hays toujours en place. Elizabeth Taylor privilégiera, au fil des années, des films de cet acabit, aux côtés d’acteurs comme Clift, Rock Hudson ou, plus tard, Marlon Brando, tous porteurs de cette même «ambiguïté» tue officiellement, mais si perceptible…  

 

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Cependant, le succès d’UNE PLACE AU SOLEIL ne convainc pas les dirigeants de la MGM de lui confier des rôles de même consistance. Elizabeth Taylor voulait jouer les rôles principaux d’ILL CRY TOMORROW (UNE FEMME EN ENFER) ou LA COMTESSE AUX PIEDS NUS, mais ronge son frein en enchaînant les rôles légers, comme dans le classique IVANHOE (1952) de Richard Thorpe, film de chevalerie en Technicolor, avec Robert Taylor, Joan Fontaine et George Sanders. Elle y tient le rôle de Rebecca, la jeune Juive protégée des persécutions par le valeureux Ivanhoé, dans cette adaptation plaisante du roman de Walter Scott.

Elizabeth Taylor épouse l’acteur britannique Michael Wilding, son aîné de vingt ans, en secondes noces. Elle enchaîne les films, LA FILLE QUI AVAIT TOUT de Richard Thorpe, ELEPHANT WALK (LA PISTE DES ELEPHANTS) de William Dieterle, RHAPSODIE, romance de Charles Vidor avec Vittorio Gassman en latin lover, LE BEAU BRUMMEL de Curtis Bernhardt, avec Stewart Granger et Peter Ustinov et l’intéressant LA DERNIERE FOIS QUE J’AI VU PARIS, de Richard Brooks, avec Van Johnson, Walter Pidgeon et Donna Reed. Dans ce film adapté d’un roman de F. Scott Fitzgerald, son personnage s’inspire largement de Zelda, l’épouse du célèbre écrivain.

Le contrat de la MGM prend fin, heureusement pour l’actrice qui veut enfin des rôles à la vraie mesure de son talent. Quoi de mieux que de retrouver son réalisateur d’UNE PLACE AU SOLEIL, George Stevens, pour y parvenir ?  

 

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George Stevens adapte le roman d’Edna Ferber, GEANT, en 1956. Un titre qui convient bien à ce classique flamboyant, où Elizabeth Taylor a le premier rôle féminin d’un casting bien fourni : Rock Hudson, James Dean, Carroll Baker, Mercedes McCambridge, Dennis Hopper et Rod Taylor, le tout mis magistralement en musique par Dimitri Tiomkin. Taylor interprète Leslie Benedict, une jeune patricienne de la Côte Est, «déracinée» par son mariage avec le rancher texan Bick (Hudson). La jeune femme au cœur généreux défend la dignité des employés mexicains de son mari… et a bien du mal à s’adapter à sa nouvelle vie, dominée par la mentalité machiste texane, l’hostilité de sa belle-sœur (excellente Mercedes McCambridge) et un début de liaison amoureuse avec Jett, le marginal du domaine.

Le décès accidentel de James Dean et la légende qui en est née a malheureusement éclipsé dans la mémoire collective la remarquable prestation de Taylor et Rock Hudson, couple vedette sur qui le film repose entièrement. Avec beaucoup de finesse, Stevens suit les étapes de la vie de ces mariés qui apprennent à se découvrir sur le tard ; et la complicité évidente entre les deux comédiens est la véritable force motrice du récit, bien plus que les airs boudeurs de Dean.  

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Un élément récurrent dans la filmographie d’Elizabeth Taylor se met aussi en place : au-delà du seul glamour et de la séduction, l’actrice privilégiera des films où ses personnages mettront à rude épreuve la définition de la virilité conquérante, tel que le cinéma américain des années cinquante le définit… Les personnages campés par Taylor ne sont pas des potiches écervelées attendant d’être séduites par le héros, ce sont des femmes décidées, à la sexualité bien affirmée, qui ne s’en laissent pas compter facilement. L’ironie vient de ce que ses partenaires à l’écran les plus mémorables, que ce soit Montgomery Clift ou Rock Hudson, aient été obligés dans la réalité de taire leur homosexualité ! A contrario de l’intolérance alors de mise, Elizabeth Taylor aura toujours compté parmi ses proches amis des artistes homosexuels, de Roddy McDowall à Freddie Mercury, le chanteur de Queen, en passant par les acteurs mentionnés ci-dessus, le grand dramaturge Tennessee Williams, ou Michael Jackson. Une franchise de cœur qui comptera quand, des années plus tard, l’actrice se lancera dans la lutte caritative contre les ravages du SIDA.

En 1957, Elizabeth Taylor joue dans le drame flamboyant RAINTREE COUNTRY (L’ARBRE DE VIE) d’Edward Dmytryk, avec Montgomery Clift, Eva Marie Saint, Rod Taylor et Lee Marvin. Dans le rôle de la belle sudiste Susanna Drake, elle séduit de nouveau le personnage de Montgomery Clift, partagé entre la belle brune et la blonde Eva Marie Saint. Elle obtient sa première citation à l’Oscar de la Meilleure Actrice.

Après avoir divorcé de Michael Wilding, Elizabeth Taylor épouse son premier véritable grand amour, le producteur Mike Todd, l‘homme derrière le procédé Todd-AO qui allait amener les somptueux films à très grand spectacle en 70 millimètres. Bonheur de courte durée pour l’actrice, Mike Todd décèdera dans un accident d’avion (le mal nommé « Lucky Liz »…) l’année suivante.  

 

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1958 voit Elizabeth Taylor illuminer l’écran dans LA CHATTE SUR UN TOIT BRÛLANT (pas de jeux de mots grivois SVP), de Richard Brooks, avec Paul Newman et Burl Ives. Une adaptation célèbre de la pièce de Tennessee Williams, où elle tient le rôle de Maggie Pollitt. Une Belle du Sud brûlante, mal mariée à Brick (Newman), l’athlète déchu et alcoolique, perturbé par le suicide de son meilleur ami… Tensions familiales autour du patriarche magistralement campé par Burl Ives, et atmosphère lourde typique des pièces de Williams, où la sensualité de Taylor est parfaitement valorisée par Brooks. Le Technicolor sied à merveille à l’actrice, dont la combinaison blanche et moulante, et les poses alanguies dans la chambre à coucher affolent la libido du spectateur !  

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La franchise et le naturel de l’actrice explosent littéralement à l’écran, tandis qu’elle multiplie les scènes de reconquête érotique de son mari incarné par Newman. Le poids de la censure de l’époque interdit évidemment de parler directement d’homosexualité, mais personne n’est dupe : Brick n’est pas impuissant à «honorer» sa femme, il était réellement amoureux de son ami suicidé ! Brooks et ses acteurs doivent contourner les interdits moraux de l’époque pour faire passer le message, le rendant finalement plus évident qu’il ne devait l’être aux yeux des censeurs de l’époque ! Quoiqu’il en soit, les passes d’armes d’Elizabeth Taylor avec sa belle-famille de l’écran (les américains moyens de l’ère Eisenhower, matérialistes satisfaits dans toute leur horreur) sont savoureuses, et ses tenues suggestives font de l’actrice une icône vivante de la Féminité épanouie. Le rôle de Maggie lui vaut une seconde citation à l’Oscar de la Meilleure Actrice.  

 

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Elizabeth Taylor retourne à l’écran en 1959 dans l’adaptation d’une autre pièce de Tennessee Williams, SOUDAIN L’ETE DERNIER, réalisée par Joseph L. Mankiewicz. Elle y retrouve son ami Montgomery Clift et Mercedes McCambridge, auxquels se joint la grande Katharine Hepburn. Taylor est Catherine Holly, jeune femme splendide profondément perturbée par un drame, la mort de son cousin dans des circonstances sordides. Sa tante, Mrs. Venable (Hepburn), veut persuader son médecin (Clift) de la lobotomiser plutôt que de la voir révéler l’atroce vérité sur les circonstances de la mort de son fils chéri… Le tournage de ce film est difficile, le comportement de Montgomery Clift, terriblement marqué par les séquelles de son accident de voiture, causant notamment des tensions sur le plateau, malgré le soutien de Taylor et Hepburn.

SOUDAIN L’ETE DERNIER, à l’instar des nombreuses versions filmées de Williams, est souvent surchargé de pathos et de symboles pesants (les bébés tortues dévorés par des oiseaux de mer), mais Elizabeth Taylor est une nouvelle fois superbe. Et particulièrement touchante avec ce personnage profondément traumatisé, annonçant un nouveau palier dans sa carrière de la prochaine décennie. Et la vision de l’actrice, se baignant en bord de plage dans un maillot blanc une pièce des plus affriolants, est devenue une autre image «iconique» à mettre à son crédit.

Elizabeth Taylor décroche sa troisième citation à l’Oscar, et remporte le Golden Globe de la Meilleure Actrice. Et elle déchaîne les controverses cette même année, s’étant convertie cette année-là au judaïsme, et en épousant le chanteur Eddie Fisher, coureur de jupons notoire fraîchement séparé de Debbie Reynolds. L’actrice obtient enfin en 1960 l’Oscar de la Meilleure Actrice, curieusement pour un drame assez anodin de Daniel Mann, BUTTERFIELD 8 (LA VENUS AU VISON) de Daniel Mann, avec Laurence Harvey. L’Académie se «rattrape», en quelque sorte, après les trois citations précédentes, bien plus mémorables, de la comédienne. Elle est également citée au Golden Globe de la Meilleure Actrice.  

 

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Les années 1960 sont celles de la consécration du mythe vivant qu’Elizabeth Taylor est devenue. Au sommet de sa gloire, l’actrice accepte de se lancer dans une invraisemblable aventure, la production par la 20th Century Fox de la vie et des amours de Cléopâtre. Dans un genre déjà bien fourni en superproductions pharaoniques, CLEOPÂTRE est le film de tous les superlatifs. Décors et costumes faramineux, couleurs flamboyantes, musique majestueuse d’Alex North, figurants par milliers… le tout sous les caméras d’un réalisateur expérimenté, Rouben Mamoulian, rassemblant autour d’Elizabeth Taylor des comédiens prestigieux : Rex Harrison en Jules César, Martin Landau, Roddy McDowall… et Richard Burton dans le rôle de Marc Antoine.

La Fox alloue un budget démesuré, jusqu’à 48 millions de dollars (aujourd‘hui, en tenant compte de l‘inflation, CLEOPÂTRE resterait le film le plus cher de tous les temps), et frise la banqueroute totale. Il faut dire que le tournage s’éternise, Mamoulian étant remplacé au pied levé par Joseph L. Mankiewicz appelé à la rescousse. Le cinéaste de SOUDAIN L’ETE DERNIER s’en tire très bien, compte tenu de la galère (romaine) que devient cette superproduction qui fait couler beaucoup d’encre bien avant sa sortie. Et les amours de Cléopâtre et Marc Antoine «déteignent» littéralement sur leurs interprètes : entre Taylor et Burton, tous deux mariés, c’est la passion dévorante. La presse à sandales (à scandales, aussi) en rajoute à foison… fournissant finalement la meilleure publicité possible au film qui est un succès à sa sortie. On se précipite pour voir LE couple qui a fait vaciller Hollywood… mais n’oublions pas que CLEOPÂTRE, film fleuve de quatre heures, est aussi une sacrée leçon de cinéma à grand spectacle.

Les scènes de séduction entreprises par la souveraine égyptienne sur ses conquérants romains sont de grands moments, tout comme l’arrivée démesurée de Cléopâtre à Rome sur son trône gigantesque, tiré par une centaine d’esclaves… Le récit, avec une certaine dose d’ironie, nous rappelle que le goût du faste et les luttes de séduction sont indissociables des conquêtes politiques des grands de ce monde. Si le succès du film sauve la Fox, Hollywood, perfide, boude symboliquement le couple Taylor-Burton, exclu des citations à l’Oscar que le film obtient pourtant en nombre.  

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CLEOPÂTRE est aussi le film de la fin d’une époque. Les grands studios rivalisent de projets spectaculaires, mais leur système de production s’essouffle. Les producteurs, cinéastes et comédiens ayant contribué à sa gloire vieillissent, prennent peu à peu leur retraite ou décèdent, tandis que de nouvelles générations turbulentes prennent leur envol, et que les «majors» sont rachetées par des multinationales, devenant les filiales de grands groupes industriels. Les «Taylor-Burton» prendront leur distance vis-à-vis du système hollywoodien classique, en plein crépuscule… tout en alimentant sa propre légende !

Après CLEOPÂTRE, Elizabeth Taylor et Richard Burton se retrouvent dans HÔTEL INTERNATIONAL (ou THE V.I.P.s) d‘Anthony Asquith, avec Richard Burton, Louis Jourdan, Maggie Smith, Orson Welles, Rod Taylor et Elsa Martinelli. Les deux amants divorcent et se marient en 1964. Un couple passionné, bouillonnant, mais qui s’étiolera au fil des années.  

 

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Le couple revient en 1965 pour son troisième film, le joli drame romantique de Vincente Minnelli, THE SANDPIPER (LE CHEVALIER DES SABLES), avec également Eva Marie Saint et Charles Bronson. Elizabeth Taylor est remarquable une nouvelle fois, dans le rôle de Laura Reynolds, mère célibataire, artiste et libre penseuse, qui entame une liaison adultère avec le directeur de l’école épiscopale (Burton) chargé de «redresser» son fils… La chanson «The Shadow of Your Smile», mélancolique et émouvante, accompagne la romance du couple contrarié. 

 

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Elizabeth Taylor et Richard Burton tournent l’année suivante ce qui est certainement leur meilleur film, l’adaptation de la célèbre pièce d’Edward Albee, QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ?. Un jeune metteur en scène, Mike Nichols, fait ses débuts de cinéaste avec ces deux monstres sacrés… et quels débuts ! 

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Le film est un huis clos étouffant, une bataille à couteaux tirés dans la triste vie d’un couple d’universitaires quadragénaires, George et Martha. Un petit couple embourgeoisé, qui, au soir d’une réception fortement arrosée, va se livrer à un terrible déballage de linge sale, sous le regard d’un couple de jeunes collègues, Nick et Honey (George Segal et Sandy Dennis). La mise en scène au cordeau de Nichols ne laisse aucune chance au spectateur de s’échapper de l’affrontement entre George et Martha. De petites phrases acerbes en mesquineries accumulées, le couple se détruit sous nos yeux effarés… Sous la méchanceté apparente des actes et des paroles, un immense chagrin pointe. Le couple vieillissant traîne comme un boulet un douloureux secret de famille… Côté interprétation, c’est un sans faute. Elizabeth Taylor n’a pas volé son second Oscar de la Meilleure Actrice, ainsi qu’un BAFTA Award, et une nouvelle citation au Golden Globe. Elle prend même un risque insensé, à 35 ans et au sommet de sa carrière : l’actrice se laisse filmer en très gros plan, bouffie, mal fagotée, ses beaux yeux gonflés par la détresse… L’antithèse parfaite de la douce et belle jeune femme que nous croyions connaître, qui ici fume comme un pompier, boit comme un trou, jure comme le dernier des charretiers et ose «allumer» le jeune professeur sous le regard dégoûté de son mari… Cela ne rend que plus bouleversantes, et plus crues, les scènes où Martha dévoile sa douleur de mère endeuillée. Un tour de force, et une sacrée «gifle» émotionnelle infligée au spectateur.  

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Après deux nouveaux films tournés toujours avec Burton, LA MEGERE APPRIVOISEE de Franco Zeffirelli, avec Richard Burton, et DOCTOR FAUSTUS, co-réalisé par celui-ci, Elizabeth Taylor se joint à un autre monstre sacré de l’écran, Marlon Brando, dans le très beau, très bon, et carrément pervers REFLETS DANS UN ŒIL D’OR de John Huston, d’après le roman de Carson McCullers.

Ce drame aux thèmes familiers aux spectateurs de GEANT et LA CHATTE SUR UN TOIT BRÛLANT est un film vraiment fou, baignant dans une lueur dorée renforçant son caractère halluciné. Elizabeth Taylor est Leonora Penderton, épouse infantile, aguicheuse et frustrée du Major Penderton (Brando). Leonora ne se prive pas de tromper son triste mari avec son voisin et collègue, le Lieutenant Langdon (Brian Keith), lui-même malheureux en mariage. Par sa sensualité affichée, exacerbée, Leonora fascine un jeune soldat (Robert Forster), dont la présence trouble Penderton, homosexuel profondément refoulé…  

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Fétichisme, sadisme, frustrations et deuil impossible sont au programme de ce film parfaitement maîtrisé, mais qui déconcerte le public. Huston y va quand même très fort pour l’époque, en suggérant que Leonora, en quête d’un amant viril idéal, ne prend finalement «son pied» que lorsqu’elle galope sur son cheval chéri… Le film est d’autant plus transgressif que le choix d’engager Brando, pour remplacer le défunt Montgomery Clift, est des plus pertinents pour jouer le Major perturbé. Bisexuel affirmé dans la réalité, le grand Brando est ici le contrepoint parfait d’Elizabeth Taylor, jouant une sorte de Maggie Pollitt vieillissante et désabusée, qui aurait échoué à reconquérir son mari «impuissant»…  

 

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Après ce nouveau coup d’éclat boudé par le public, Elizabeth Taylor retrouve Richard Burton pour LES COMEDIENS de Peter Glenville, avec Peter Ustinov et Alec Guinness. Puis elle est saluée pour son «coup double» de 1968, dans deux films de Joseph Losey, en recluse vieillissante dans BOOM, toujours avec Richard Burton et écrit par Tennessee Williams, et dans CEREMONIE SECRETE, où elle campe une prostituée endeuillée par la mort de sa fille, face à Mia Farrow et Robert Mitchum. Les deux films, malgré l’excellence de l’interprétation de Taylor, et l’admiration excessive que portent les critiques à un cinéaste assez surestimé, ont assez mal vieilli, semble-t-il.

L’échec des films au box-office contribue aussi à l’éloignement progressif des écrans de l’actrice. George Stevens, qui l’avait si bien servie dans UNE PLACE AU SOLEIL et GEANT, est en fin de carrière quand il signe leur troisième et dernière collaboration, THE ONLY GAME IN TOWN (LAS VEGAS, UN COUPLE), avec Warren Beatty. C’est un nouvel échec, tandis qu‘en coulisses, Elizabeth Taylor tente de privilégier son couple avec Richard Burton.

La suite de sa carrière sera moins glorieuse, marquée par les insuccès à l’écran. Rendue malade par l’alcool, le tabac et les barbituriques, Elizabeth Taylor fera alors malheureusement plus souvent parler d’elle par ses déboires. Elle divorce de Burton en 1974, se re-marie avec lui en 75, dernière tentative de «sauver les meubles» avant un rapide divorce l’année suivante.

Citons rapidement quelques titres de cette période chaotique : en 1972, ZEE AND CO (UNE BELLE TIGRESSE) de Brian G. Hutton, avec Michael Caine et Susannah York ; UNDER MILK WOOD, avec Richard Burton et HAMMERSMITH IS OUT, de et avec Peter Ustinov. et toujours avec Burton. Pour ce dernier film, elle obtient l’Ours d’Argent au Festival de Berlin. Un téléfilm de 1973 au titre évocateur, DIVORCE HIS – DIVORCE HERS, une nouvelle fois avec Richard Burton ; et ASH WEDNESDAY (NOCES DE CENDRES) de Larry Peerce, avec Henry Fonda, qui lui vaut une nouvelle citation au Golden Globe de la Meilleure actrice. En 1976, L’OISEAU BLEU, film américano-soviétique de George Cukor, avec Ava Gardner et Jane Fonda, où elle tient plusieurs rôles.

Elizabeth Taylor prend une semi-retraite anticipée du Cinéma en 1980, après être apparue dans le casting du MIROIR SE BRISA, adaptation par Guy Hamilton d’une enquête de Miss Marple, l’héroïne d’Agatha Christie. Elle y joue aux côtés d’Angela Lansbury, Kim Novak, Edward Fox, Tony Curtis, et son vieil ami Rock Hudson. Elle épouse John Warner, dont elle divorcera, en 1982.

 

Les années 80 verront son grand retour, tambour battant sous les feux de la rampe, pour une toute autre cause que le Cinéma. Désintoxiquée plusieurs fois, Elizabeth Taylor revient, plus battante que jamais en dépit d’une santé fragilisée, pour se battre en faveur des malades du SIDA. Le drame de son ami Rock Hudson, emporté par la maladie en 1985, l’a immensément touchée. Alors que l’Amérique de Reagan célèbre le retour en force du conservatisme néo-chrétien et de l‘intolérance, le soutien affiché et affirmé de l’actrice à Hudson et aux malades est un acte courageux, un «baiser du lépreux» qui poussera la société américaine à devoir accepter ses malades… Dieu sait, hélas, que plus d‘un quart de siècle après, le combat est toujours loin d‘être gagné pour changer les mentalités.

Elizabeth Taylor va se battre en première ligne contre les préjugés, fondant plusieurs œuvres caritatives en faveur des victimes du SIDA : AIDS Project Los Angeles en 1984, AMFAR en 1985 et ETAF en 1993.  

 

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Elle continuera à travailler en tant qu’actrice, faisant des apparitions dans des séries télévisées, et se produira au théâtre, retrouvant notamment Richard Burton dans une représentation exceptionnelle de la pièce PRIVATE LIVES de Noel Coward, en 1983, peu de temps avant le décès de son ancien époux et partenaire. À la télévision, on la verra notamment en 1985 dans le célèbre NORD ET SUD, et le téléfilm MALICE IN WONDERLAND, où elle campe, ironie de l’Histoire hollywoodienne, Louella Parsons, la grande rivale ès cancans et chroniques de l’Âge d’Or de Hedda Hopper, celle qui l’aida à ses tous débuts ! Pour l’anecdote, la malicieuse Miss Taylor acceptera aussi de venir jouer les guest stars chez les SIMPSONS, à deux reprises. Elle s’y double elle-même en train d’astiquer soigneusement ses Oscars, et prête sa voix à Bébé Maggie pour une seule réplique !

Au cinéma, Elizabeth Taylor fera un avant-dernier retour en 1988 dans l’oubliable TOSCANINI de Franco Zeffirelli… Plus amusante, sa dernière apparition sur grand écran se fera en 1994, dans une production à succès de Steven Spielrock, la version «live» du dessin animé LA FAMILLE PIERRAFEU avec John Goodman. Elle s’amuse bien à tourner sa propre image en dérision dans le rôle de Pearl Slaghoople, belle-mère de Fred Pierrafeu (GOODMAN). Une belle-maman de l‘Âge de Pierre, excentrique et envahissante, et qui, fidèle à l’image de l’actrice, ne sort jamais sans ses diamants et ses robes de fourrure préhistorique ! La pétulance de l’actrice emporte l’adhésion. Et c’est une sorte de juste retour aux sources des productions familiales pour Elizabeth Taylor, cinquante ans après avoir débuté aux côtés de Lassie et de valeureux chevaux de course !

Un huitième et dernier mariage en 1991, avec Larry Fortensky, se conclura par son sixième divorce cinq ans plus tard. Toujours aussi «star» en dépit de tout, Elizabeth Taylor fera ses adieux en tant qu’actrice dans le téléfilm de 2001 THESE OLD BROADS, jouant les agents de trois «vieilles de la vieille» de Hollywood : Shirley MacLaine, Debbie Reynolds et Joan Collins ! Elle fera sa dernière apparition sur scène au théâtre, le 1er décembre 2007, pour une représentation exceptionnelle LOVE LETTERS d’A.R. Gurney, avec James Earl Jones. Les profits allèrent à son association de lutte contre le SIDA.

Battante jusqu’au bout, Elizabeth Taylor fera d’ultimes apparitions toujours mémorables, malgré un épuisement physique de plus en plus aggravé. Elle décèdera finalement d’une défaillance cardiaque, à l’Hôpital Cedars Sinai de Los Angeles, le 23 mars 2011, entourée de sa famille.

 

Conformément à ses propres souhaits, son enterrement eut lieu en retard sur l’horaire prévu. Quand on est une Star, il faut savoir se faire attendre jusqu’au bout… «That’s Entertainment !»

 

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Liens :

Sa biographie WikiPédia (avec la liste complète de ses citations, récompenses et autres honneurs !) :

http://http://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_Taylor

Et sa filmographie complète sur ImdB :

http://http://www.imdb.com/name/nm0000072/

Le vrai Prince John – John BARRY (1933-2011)

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John BARRY (1933-2011)

Encore une semaine qui a mal démarré pour les cinéphiles et amateurs de musiques de films… C’est un message ému paru sur Twitter, signé de David Arnold, l’actuel compositeur de la saga des James Bond, qui a annoncé la mauvaise nouvelle : le décès de John Barry, le «Guv’nor», et l‘un des géants parmi les géants de la musique cinématographique.

Le «son Barry», si reconnaissable par ses grandes envolées mélodiques de cuivres et de cordes, fut la signature musicale de quatre décennies de films, séries et pièces musicales. La mémoire collective lie instantanément les orchestrations de Barry à l’univers de James Bond, depuis sa première apparition en 1962, sous les traits de Sean Connery.

Le nom de John Barry est indissociable de onze films «bondiens», de son thème et de ses chansons de génériques légendaires, tels GOLDFINGER interprété par Shirley Bassey… 

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Ne réduisons cependant pas le talent de cet immense compositeur et chef d‘orchestre à la seule série des exploits de 007. Barry a épanoui son style dans des musiques aussi diverses et prestigieuses que ZOULOU, MIDNIGHT COWBOY (MACADAM COWBOY), UN LION EN HIVER, COTTON CLUB, DANSE AVEC LES LOUPS et tant d‘autres…

Née dans l’univers du jazz et des bouillonnements annonçant le «Swinging London», la musique de John Barry reposait sur une qualité d’écriture mélodique et éminemment romantique, un registre où l‘usage orchestral des cuivres et cordes était aisément identifiable. Le maestro britannique est vite devenu l’un des noms les plus prestigieux dans l’univers de la musique de film, aux côtés d’autres géants qui se firent un nom et une réputation dans les années 1960, la génération des Lalo Schifrin, Henry Mancini, Maurice Jarre, Michel Legrand, Jerry Goldsmith ou Ennio Morricone.

Pour le plaisir de la nostalgie, je vous propose une sélection, tout à fait subjective mais bien fournie, de quelques-unes des meilleures compositions du Prince John (avec le concours des internautes utilisateurs de YouTube, merci à eux), tout en évoquant brièvement sa vie. Les informations proviennent des éléments biographiques trouvés sur ImdB et Wikipédia, et peuvent donc être erronées. N’hésitez pas à me signaler toute erreur.

 

John Barry Prendergast est né le 3 novembre 1933 à York en Angleterre, le benjamin de trois enfants. Son père, Jack, était le propriétaire de plusieurs salles de cinéma. Les cabines de projection des cinémas de papa sont donc un lieu idéal pour le jeune John, qui bénéficie ainsi de séances «à l’œil» ! Un premier contact avec le Cinéma qui s’avèrera bien pratique quand, des années plus tard, le compositeur devra écrire, composer et réaliser des musiques pour le grand écran…

En attendant, le jeune John suit une éducation scolaire normale à York, à l’École St. Peter. Il suit les leçons de composition musicale d’un respecté mentor, Francis Jackson, Organiste du Ministère de York, et développe un talent certain pour le piano. Il apprendra par la suite la trompette.

Le Service Militaire lui permet de faire ses débuts comme musicien. Après l’Armée, le jeune John Barry Prendergast suivra des cours de musique par correspondance avec un autre mentor professionnel accompli, Bill Russo, arrangeur du grand jazzman Stan Kenton et de son Orchestre. Sa voie est toute choisie, le jeune homme sera musicien, compositeur et arrangeur musical. Il fait de ses deux prénoms son nom de scène, et forme avec six camarades le groupe The John Barry Seven en 1957. Le groupe obtient plusieurs succès à la mode de l‘époque (on est en pleine explosion rock) comme «Hit and Miss», ou la reprise d’un titre des Ventures, «Walk Don’t Run» en 1960.

John Barry est aussi vite sollicité à la télévision britannique. Il compose pour la BBC le générique de l’émission JUKE BOX JURY, qui servira de 1959 à 1967, ainsi que la musique du show télévisé musical DRUMBEAT, toujours en 1959, où se produisent les jeunes talents des l’époque : Adam Faith, Cliff Richard, Billy Fury, Petula Clark, Paul Anka… l’efficacité, le talent musical et la rapidité d’écriture de Barry sont vite appréciés, et sa carrière est lancée.

À cette époque, il épouse Barbara Pickard dont il divorcera en 1963. Ils ont eu un enfant.

Après la télévision, John Barry entre dans le milieu du cinéma. En 1960, il compose ses deux premières musiques de film : BEAT GIRL (L’AGUICHEUSE) d’Edmund T. Greville, avec David Farrar, Gillian Hills et Christopher Lee ; et NEVER LET GO de John Guillermin, avec Peter Sellers. L’année suivante, il réalise son premier album, STRINGBEAT et compose la musique du téléfilm GIRL ON A ROOF.

Alors employé chez EMI, Barry est repéré par Albert R. Broccoli et Harry Saltzman, les producteurs de la compagnie Eon, en train de préparer un petit film d’espionnage et d’action, DOCTOR NO (JAMES BOND CONTRE DR. NO), tiré d’un roman d’espionnage bon marché de Ian Fleming, avec un illustre inconnu au générique, Sean Connery…

Pour le héros de leur film, agent secret portant le matricule 007, les producteurs veulent un thème héroïque, identifiable. Ils engagent d’abord Monty Norman, compositeur très à la mode d’alors, mais son travail ne les emballe pas vraiment. Ils se tournent alors vers le jeune John Barry, qui réécrit la partition de Norman, et orchestre le tout. Et voilà comment un thème musical entra dans la légende… Le film sort en 1962, et ce n’est pas un succès… c’est un triomphe mondial !  

Une controverse accompagnera cependant toujours le succès de la première grande partition de John Barry. Le générique, et tous ceux qui suivront, citeront toujours Norman comme seul auteur du thème de 007… Mais, sans vouloir déprécier le travail de Norman, il faut bien avouer que la musique de DOCTEUR NO, essentiellement composée de chansons et de musiques d’ambiance dues à ce dernier, ne pourra rivaliser avec les futures orchestrations élaborées signées par Barry. La controverse entre les deux hommes, portant sur la paternité du fameux thème, continuera pendant quatre décennies.

Pour les amateurs comme pour les spécialistes, il ne fera par la suite aucun doute que le style musical «Bond», et donc son thème principal, doit bien tout à John Barry ! Il insufflera sur dix autres films l’esprit de la musique bondienne par excellence : l‘entrée en scène fracassante de l‘agent secret imaginée visuellement par le créateur de générique Maurice Binder, avec cuivres triomphants et ce fabuleux riff de guitare électrique maintes fois imité… Puis ce sont de grandes envolées mélodiques, savamment construites, de puissantes orchestrations de pure action, et la touche finale devenue la marque de fabrique de la série : le générique accompagné d’une chanson composée et co-écrite généralement par Barry. Il sera de presque toutes les aventures bondiennes pendant un quart de siècle, à quelques exceptions près où d’autres compositeurs tenteront d’ailleurs de faire du John Barry, sans le principal intéressé !

La saga se poursuivra à la fin des années 90 avec un héritier spirituel aux commandes musicales des Bond, David Arnold, qui aura su adapter «l‘esprit John Barry» à un contexte contemporain.

 

En 1962, Barry signe les musiques de THE COOL MIKADO, de Michael Winner, THE AMOROUS PRAWN d’Anthony Kimmins et THE L-SHAPED ROOM (LA CHAMBRE INDISCRETE) de Bryan Forbes avec Leslie Caron. C’est le premier film sur lequel il travaille avec Forbes, un réalisateur avec qui il entretiendra une grande amitié professionnelle et personnelle. Barry signe aussi le générique musical d’une émission télévisée, DATELINE LONDON.

Après son divorce avec Barbara Pickard, Barry vit avec Ulla Larsson dans les sixties, et ils auront un enfant hors mariage. Il écrit et dirige en 1963 la musique de MAN IN THE MIDDLE (L’AFFAIRE WINSTON) de Guy Hamilton, avec Robert Mitchum.

Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd’hui, les producteurs de JAMES BOND CONTRE DOCTEUR NO faillirent ne pas engager John Barry pour le second Bond, BONS BAISERS DE RUSSIE ! Pour cette réussite due à Terence Young (accessoirement, le dernier Bond «sérieux» avant l’avalanche de gadgets, méchants et jolies filles des futurs films), Broccoli et Saltzman engagèrent Lionel Bart, un autre compositeur… qui s’avéra ne pas pouvoir écrire la musique d’un film ! Ils rappellent Barry à la rescousse, pour un résultat brillant. Ayant cette fois les mains libres, le jeune compositeur crée un vrai paysage musical pour l’univers Bond. Dont un mémorable thème d’action qui sera réutilisé à plusieurs reprises.

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En cette même année 1963, Barry signe le générique musical de l’émission télévisée ELIZABETH TAYLOR IN LONDON. Son travail lui vaudra une nomination à l’Emmy Award de la Meilleure Musique Originale pour une émission télévisée spéciale.

En 1964, Barry signe les musiques d’A JOLLY BAD FELLOW de Don Chaffey, SEANCE ON A WET AFTERNOON (LE RIDEAU DE BRUME) de Bryan Forbes, avec Kim Stanley et Richard Attenborough, et les génériques des émissions télévisées IMPROMPTU et SOPHIA LOREN IN ROME.

Et surtout, sa réputation monte en flèche, grâce à un coup double magistral : le triomphal GOLDFINGER, troisième aventure de James Bond, entre dans la légende grâce à la fameuse chanson titre, composée et dirigée par Barry. Une musique impeccablement menée de bout en bout, culminant avec la séquence de la prise de Fort Knox par le diabolique Goldfinger, rythmée à la perfection par l’orchestre de Barry.

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Barry enchaîne sur une autre réussite, un classique oublié du film de guerre et d’aventures, qui mérite largement d’être reconnu. ZOULOU, le film de Cy Endfield, relate la Bataille de Rorke’s Drift en Afrique du Sud, en 1879, opposant une centaine de soldats britanniques, retranchés dans leur fort, à des milliers de redoutables guerriers Zoulous fermement décidés à les tuer jusqu’au dernier. Le film révéla le talent d’un jeune acteur anglais, Michael Caine, impeccable dans le rôle et la tenue rouge flamboyante d‘un officier aristocrate très snob. Le film est remarquablement mis en scène, pourvu d‘un rythme et d‘une tension surclassant nombre de productions épiques récentes. Pas étonnant que des cinéastes à poigne tels que Paul Verhoeven (avec le siège de STARSHIP TROOPERS) ou Ridley Scott (pour la scène d’ouverture de GLADIATOR) aient puisé une partie de leur inspiration dans ce film épique à souhait… La musique de Barry amplifie à merveille l’ambiance du combat sanglant que se mènent les deux camps sous un soleil écrasant. Tremblez devant la fureur des guerriers zoulous ! 

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John Barry se remarie en 1965, avec une jeune actrice et mannequin qui fait sensation dans le «Swinging London» : Jane Birkin. Leur mariage ne durera que trois ans. Ils auront une petite fille, née en 1967, la future photographe Kate Barry.

Cette année-là est particulièrement chargée et bien remplie pour le compositeur. Il signe le générique de la série télévisée THE NEWCOMERS. Bien sûr, c’est surtout le quatrième Bond, THUNDERBALL (OPERATION TONNERRE), qui retient l’attention. Barry poursuit sur sa lancée de GOLDFINGER, signant entre autres la musique d’une nouvelle séquence d’action d’anthologie, la grande bataille sous-marine finale. Pour la chanson du générique, Barry compose et dirige d’abord «Mister Kiss Kiss Bang Bang», interprétée par Dionne Warwick, mais la chanson est rejetée. Barry signe alors une seconde chanson, le tonitruant «Thunderball» interprété par un Tom Jones en pleine forme ! La légende prétend que le chanteur gallois s’évanouit dans la dernière note…

 

Barry signe aussi les musiques de MISTER MOSES, de Ronald Neame avec Robert Mitchum, FOUR IN THE MORNING d’Anthony Simmons avec Judi Dench (tiens, la future Madame M de 007 !), THE PARTY’S OVER de Guy Hamilton avec Oliver Reed, KING RAT, de Bryan Forbes avec George Segal et John Mills. Barry s’illustre aussi avec les musiques du KNACK… ET COMMENT L’AVOIR, comédie culte de Richard Lester, et THE IPCRESS FILE (IPCRESS DANGER IMMEDIAT) de Sidney J. Furie, avec Michael Caine en Harry Palmer, l’anti James Bond ! Tout le parfum des «swinging sixties»…

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Par ailleurs, Barry accepte aussi de signer la musique d’un court-métrage qui l’impressionne, BOY AND BICYCLE, signé d’un jeune homme nommé Ridley Scott… et il compose la pièce musicale PASSION FLOWER HOTEL à Manchester et Londres.

Cinq nouvelles œuvres en 1966, et du bon, du beau, du grand John Barry : BORN FREE (VIVRE LIBRE) de James Hill. Un touchant film d’aventures, relatant la lutte de George et Joy Adamson pour la survie des lions d’Afrique (notamment leur lionne mascotte, Elsa), contre les braconniers. Une superbe musique dont la noblesse sied bien à l’image du Roi des Animaux, et des grands espaces africains, qui décidément inspireront Barry… Cette musique à la simplicité enchanteresse vous donnerait presque envie de partir protéger immédiatement les lions sauvages. Ou de leur faire un gros câlin.

… mauvaise idée, le câlin aux lions. Ecoutez plutôt la musique ! 

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Si la musique vous paraît familière, cela n’a rien d’étonnant… elle a été joyeusement détournée par Hans Zimmer, pour l’hilarante séquence d’ouverture de MADAGASCAR, avec son lion farceur, son zèbre Tarzan et ses pingouins volants ! John Barry sera récompensé de deux Oscars, Meilleure Chanson et Meilleure Musique Originale, et récoltera aussi une nomination au Golden Globe de la Meilleur Chanson Originale.

Le producteur Sam Spiegel l’engage pour signer la musique de THE CHASE (LA POURSUITE IMPITOYABLE), le film d’Arthur Penn, avec Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, Robert Duvall… L’ambiance poisseuse, bien sudiste, est impeccablement rendue par Barry, donnant la gravité voulue à ce grand film mal-aimé de son réalisateur, pour cause de frictions incessantes avec Spiegel et le chef-opérateur… 

Barry signe aussi les musiques de la comédie THE WRONG BOX (UN MORT EN PLEINE FORME) de Bryan Forbes, avec John Mills et Michael Caine et THE QUILLER MEMORANDUM (LE SECRET DU RAPPORT QUILLER) de Michael Anderson, avec George Segal, Alec Guinness, Max Von Sydöw et Senta Berger. Et il crée pour la télévision le générique de VENDETTA. 

John Barry rempile pour le cinquième Bond, signé en 1967 par Lewis Gilbert : ON NE VIT QUE DEUX FOIS. Une réussite de plus à mettre à son palmarès, Barry s’illustrant notamment avec un nouveau thème, la glaçante «Space March», accompagnant les détournements de fusée commis par l’infâme Blofeld (Donald Pleasence) ; thème de «super-vilain» implacable par excellence, qui inspirera beaucoup d’autres… Michael Giacchino, brillant compositeur des INDESTRUCTIBLES, ou George Clinton, qui la parodiera à volonté pour les AUSTIN POWERS, pour n’en citer que deux. Et la superbe chanson du générique (un des plus beaux de la série), interprétée par Nancy Sinatra. 

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Barry signe aussi les musique des films LES CHUCHOTEURS de Bryan Forbes et DUTCHMAN d’Anthony Harvey, cette même année. Il enchaîne en 1968 avec les scores de BOOM ! de Joseph Losey, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, PETULIA de Richard Lester, avec Julie Christie et George C. Scott et DEADFALL (LE CHAT CROQUE LES DIAMANTS) de Bryan Forbes, avec Michael Caine. Il y fait d’ailleurs un caméo en chef d’orchestre.

Et il connaît un nouveau triomphe avec une de ses plus remarquables compositions, la musique du LION EN HIVER d’Anthony Harvey, avec Peter O’Toole, Katharine Hepburn, Anthony Hopkins et Timothy Dalton.

Il obtient son deuxième Oscar de la Meilleure Musique, et le BAFTA Anthony Asquith Award, ainsi qu’une nomination au Golden Globe. Toute l’âpreté de l’époque médiévale d’Aliénor d’Aquitaine et des intrigues à la Cour d’Angleterre, retranscrite par les percussions, et une prodigieuse utilisation des chœurs par Barry (magnifique séquence de l‘arrivée d‘Aliénor en bateau, portée par des voix angéliques), qui s‘éloigne des clichés de l’époque sur le Moyen Âge. 

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1969. John Barry se remarie épouse Jane Sidey, un mariage qui ne durera que deux ans. Il compose la musique du film LE RENDEZ-VOUS de Sidney Lumet, avec Omar Sharif et Anouk Aimée, et signe deux nouvelles remarquables partitions : tout d’abord, celle du drame urbain de John Schlesinger, récompensé aux Oscars, MIDNIGHT COWBOY (MACADAM COWBOY) avec Dustin Hoffman et Jon Voight. Composition inoubliable des deux acteurs, Dustin alias Ratso rongé par sa tuberculose, Jon alias Joe Buck le cow-boy du trottoir, deux marginaux vivant dans les quartiers les plus sordides de la Grosse Pomme, tout en rêvant à un impossible Paradis. On se souvient bien sûr de la chanson de Harry Nilsson, EVERYBODY’S TALKIN’, mais saluons le travail de John Barry qui signe un score touchants, aux accents westerniens dérisoires, aidés par l’harmonica de Michel «Toots» Thielemans. Barry obtient un Grammy Award pour la Meilleure Composition Instrumentale. 

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Et un sixième Bond au programme de cette année 1969 : c’est AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE, de Peter Hunt, sans Sean Connery remplacé par l’éphémère George Lazenby, le 007 d‘un seul film. L’un des tous meilleurs films de la série, malgré, paradoxalement, son acteur principal bien falot en comparaison du grand Sean…

Barry innove avec, pour l’une des toutes premières fois à l’époque, l’usage de synthétiseurs intégrés à une composition orchestrale de premier plan. L’action située en haute montagne inspire le compositeur, donnant une couleur unique à ce Bond très atypique, puisqu’il finit mal pour le héros… et s’ouvre non pas sur un chanson, mais sur un générique instrumental, superbe, signé de Barry. Un thème qui est resté dans l’oreille de Hans Zimmer – encore lui – qui s’en est largement inspiré pour les séquences montagnardes d’INCEPTION, le cinéaste Christopher Nolan étant un fan absolu de l’univers Bondien et de ce film en particulier, auquel il rend hommage.

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Barry compose et dirige la chanson romantique de Louis Armstrong, «We Have All The Time In The World», qui apparaît quand à elle en cours de film, accompagnant la romance de Bond avec la charmante Tracy (Diana Rigg). Ma chanson préférée des Bond de l‘Âge d‘Or…

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En 1970, Barry compose les musiques du western MONTE WALSH de William A. Fraker, avec Lee Marvin, Jeanne Moreau et Jack Palance, et du rarissime LA VALLEE PERDUE, film d’aventures méconnu, seule réalisation du romancier James Clavell, avec Michael Caine et Omar Sharif. Il enchaîne avec, en 1971, THEY MIGHT BE GIANTS (LE RIVAGE OUBLIE) d’Anthony Harvey avec George C. Scott et Joanne Woodward et LA GUERRE DE MURPHY de Peter Yates avec Peter O’Toole et Philippe Noiret. Il signe aussi cette très belle musique de WALKABOUT (LA RANDONNEE), étonnant film de Nicolas Roeg sur deux jeunes anglais, une fille et un garçon, perdus dans le désert australien et aidés par un Aborigène.  

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Une autre réussite pour l’année 1971, le gracieux score de MARIE STUART REINE D’ECOSSE, film de Charles Jarrott avec Vanessa Redgrave, qui lui vaut des nominations pour l’Oscar et le Golden Globe de la Meilleure Musique.

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Et un septième Bond, avec le retour de Sean Connery : LES DIAMANTS SONT ETERNELS, de Guy Hamilton ! La saga commence à donner de nets signes d’essoufflements, amorçant son virage comique pataud qui mènera aux films de Roger Moore… Au moins, Sean Connery assure toujours le spectacle. Barry fait de même à la musique, s’associant de nouveau à Shirley Bassey pour la très classieuse chanson du générique. Et, en parlant de générique et de Roger Moore… il faut bien évoquer la géniale musique de la série télévisée THE PERSUADERS ! (AMICALEMENT VÔTRE), œuvre du maestro britannique en cette même année 1971. Une musique «culte» qui a largement contribué à la réputation d’une série éphémère et gentiment passée de mode.  

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Après avoir monté une pièce musicale à Boston et Philadelphie, LOLITA, MY LOVE d’après Nabokov, John Barry enchaîne les partitions dans les années suivantes : en 1972, les musiques des films ALICE’S ADVENTURES IN WONDERLAND de William Sterling et FOLLOW ME ! (SENTIMENTALEMENT VÔTRE) de Carol Reed avec Mia Farrow, le générique musical de la série télévisée THE ADVENTURER ; en 1973, le film MAISON DE POUPEE de Patrick Garland, avec Claire Bloom et Anthony Hopkins, les génériques des séries et téléfilms ORSON WELLES’S GREAT MYSTERIES THE GLASS MENAGERIE.

En 1974, retour à l’espionnage et au thriller ; Barry travaille avec Blake Edwards pour THE TAMARIND SEED (TOP SECRET), avec Julie Andrews et Omar Sharif. Puis il revient à l’univers Bond et son nouvel interprète, Roger Moore… que certains esprits chagrins surnommeront Roger Mou, vu la désinvolture de plus en plus exagérée, affichée par l’acteur à chaque film… Absent de VIVRE ET LAISSER MOURIR, Barry signe une composition «bondienne» d’honnête facture, même si elle ne marque pas autant que les précédentes… sans compter que la saga dérape dans la farce grossière. Barry obtient un nouveau succès par ailleurs avec la musique de THE DOVE, de Charles Jarrott, sa chanson «Sail the Summer Winds», interprétée par Lyn Paul, lui vaut une nouvelle nomination au Golden Globe, pour la Meilleure Chanson Originale. 

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Barry et son ami parolier Don Black s’associent pour monter une pièce musicale : BILLY, qui remporte un bon succès. Dans le courant des années 1970, Barry quitte son Angleterre natale, pour des raisons financières, et, après un temps passé en Espagne, il ira vivre aux USA, à Oyster Bay. En 1975, il retrouve John Schlesinger pour son film LE JOUR DU FLEAU, avec Donald Sutherland, et signe la musique du téléfilm LOVE AMONG THE RUINS (IL NEIGE AU PRINTEMPS) de George Cukor, avec Katharine Hepburn et Laurence Olivier. Il sort un second album, THE AMERICANS. 

Puisque nous abordons maintenant l’année 1976, il serait criminel, dans ce blog où on aime tellement les grands primates, de ne pas s’arrêter pour écouter le thème puissant, tout en gravité, que Barry compose pour le remake de KING KONG ! Un remake qui manque cruellement certes de la magie et de la cruauté du film original de 1933, et dont le souvenir provoque généralement une grosse colère de la part des adorateurs du King (je parle bien sûr de Kong, pas d’Elvis). Le film de John Guillermin fit couler beaucoup d’encre, et faillit tuer dans l’œuf la carrière naissante de la charmante Jessica Lange… Le défunt producteur Dino De Laurentiis voulait surpasser les recettes d’un «film de monstre» sorti l’année précédente (une certaine histoire de requin tueur filmée par un jeunot de «la montagne du jeu»…) et ne lésina pas sur les moyens, quitte à monter une publicité ahurissante sur les soi-disant effets «robotiques» du gorille… S’il est certes loin d’être une réussite, le film demeure plaisant, mais essuiera les plâtres des excès mégalomaniaques d’un producteur pourtant souvent inspiré par ailleurs. En tout cas, la musique de Barry donne un sentiment de grandeur tout à fait de rigueur, et surpasse même les musiques des autres versions, plus tonitruantes.  

 

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Saluons aussi le travail de Barry, parfaitement à son aise pour le film de Richard Lester, ROBIN AND MARIAN (LA ROSE ET LA FLECHE) avec Sean Connery, Audrey Hepburn et Robert Shaw. Une nouvelle mélodie romantique et mélancolique à souhait, pour cette évocation des amours d’un Robin des Bois et d’une Marian vieillissants. Le compositeur se fend d’une composition émouvante, incarnation musicale idéale de l’Amour Courtois. 

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Après avoir signé la musique du téléfilm de Daniel Petrie, ELEANOR AND FRANKLIN, Barry signe en 1977 une nouvelle réussite, la musique du film de feu Peter Yates, THE DEEP (LES GRANDS FONDS) avec le regretté Robert Shaw, Jacqueline Bisset (et son adorable t-shirt tout mouillé…) et un jeune Nick Nolte moustachu, en chasseurs de trésors des fonds sous-marins, confrontés à des trafiquants de drogue implacable et une murène hargneuse… Le succès des DENTS DE LA MER, adaptation par Steven Spielberg du roman de Peter Benchley, pousse les studios à la surenchère d’aventures maritimes et de créatures carnassières. THE DEEP, justement adapté d’un autre roman de Benchley, capitalise forcément sur le succès du film de Spielberg (avec en prime le dernier rôle de Shaw, l‘inoubliable Capitaine Quint croqué par le Requin), et demeure un film d’aventures fort plaisant… aidé par le charme de Miss Bisset, et la musique de Mister Barry, parfait équilibre atmosphérique entre le mystère, le danger et une petite pointe d’érotisme suggestif ! Hmm, t-shirt…  

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La chanson du film, interprétée par Donna Summer (ah, les années disco !), vaut une nouvelle nomination au Golden Globe. L’année 1977 est bien remplie par ailleurs pour Barry, qui signe les scores de FIRST LOVE, de Joan Darling, LE BISON BLANC, western et film de monstre de J. Lee Thompson, avec Charles Bronson (produit par Dino De Laurentiis qui voulait décidément son DENTS DE LA MER à lui !), et THE GATHERING, de Randal Kleiser, ainsi que les musiques des téléfilms : ELEANOR AND FRANKLIN : THE WHITE HOUSE YEARS de Daniel Petrie, suite du précédent, THE WAR BETWEEN THE TATES et YOUNG JOE, THE FORGOTTEN KENNEDY de Richard T. Heffron. ELEANOR AND FRANKLIN : THE WHITE HOUSE YEARS lui vaut d’ailleurs une nomination à l’Emmy Award de la Composition Musicale pour une Émission. 

Le 3 janvier 1978, John Barry, dont les précédents mariages avaient été pour le moins brefs et – on le suppose – instables, trouve enfin la sérénité conjugale, en épousant sa quatrième et dernière femme, Laurie. Le couple restera uni jusqu’à la mort du compositeur. Ils ont eu un enfant. Cette même année, il signe les scores du JEU DE LA MORT, film posthume de et avec Bruce Lee, THE BETSY, de Daniel Petrie, STARCRASH, ahurissant sous-STAR WARS italien de Luigi Cozzi dans lequel s’égare Christopher Plummer et ST. JOAN de Steven Rumbelow.

En 1979, Barry compose la musique de HANOVER STREET (GUERRE ET PASSION), film de guerre de Peter Hyams, avec Harrison Ford, Christopher Plummer et Lesley-Anne Down. Puis il rejoint l’espaaaace, Frontière de l’Infini… avec deux films qui tentent vaille que vaille de profiter du triomphe de STAR WARS. Le premier est une production Disney assez particulière, LE TROU NOIR de Gary Nelson, avec Maximilian Schell, Anthony Perkins, Yvette Mimieux et Ernest Borgnine. Le film est assez daté maintenant, mais la composition de Barry demeure une jolie réussite de «space opéra». Signalons l’usage particulier du «Blaster Beam», un énorme synthétiseur dont le son métallique fit également partie de la bande originale du premier STAR TREK composé par Jerry Goldsmith, la même année.  

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Et puis il y a MOONRAKER, son huitième Bond (Marvin Hamlisch avait assuré un honorable intérim sur L‘ESPION QUI M‘AIMAIT entre-temps)… Même pour un fan indécrottable de la saga, le film demeure une épreuve douloureuse… Passons sur les pigeons qui font des «double-takes» et Roger Moore qui fait de la gondole sur les trottoirs de Venise… Barry relève heureusement le niveau en s’associant une troisième fois à Shirley Bassey pour la chanson du générique, et sa musique des séquences spatiales surclasse largement le film lui-même.

Barry signe les musiques des téléfilms THE CORN IS GREEN de George Cukor, avec Katharine Hepburn, et WILLA. Il signe une superbe mélodie en 1980 pour le film du français Jeannot Szwarc, QUELQUE PART DANS LE TEMPS, de Jeannot Szwarc, avec Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer. Adapté d’un roman du grand Richard Matheson (traduit en français sous le titre LE JEUNE HOMME, LA MORT ET LE TEMPS si mes souvenirs sont exacts), le film raconte l’émouvante histoire d’amour entre un homme et une femme… séparés d’un siècle. Le thème de Barry, délicat et touchant à souhait, magnifie ce très bon film fantastique. Il obtient pour son travail une nomination méritée au Golden Globe de la Meilleure Musique. 

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Il signe également en 1980 les musiques de TOUCHED BY LOVE de Gus Trikonis, avec Diane Lane, INSIDE MOVES (RENDEZ-VOUS CHEZ MAX’S) de Richard Donner, NIGHT GAMES (JEUX EROTIQUES DE NUIT) de Roger Vadim et RAISE THE TITANIC (LA GUERRE DES ABÎMES), de Jerry Jameson, avec Jason Robards. Nous voici en 1981. Passons rapidement sur la musique de THE LEGEND OF THE LONE RANGER (LE JUSTICIER SOLITAIRE), de William A. Fraker… qui lui vaudra son seul et unique Razzie Award… Que voulez-vous, même les génies ont leurs petites faiblesses. Et une petite bande de plumitifs sera toujours alors ravie de déverser sa bile. Bref…

Heureusement, Barry se rattrape avec la sublime partition 100% Film Noir de BODY HEAT (LA FIEVRE AU CORPS), première réalisation de Lawrence Kasdan, avec une incandescente Kathleen Turner qui rend le pauvre William Hurt fou de désir… Une réussite magnifiée par le score sensuel et ténébreux de Barry. 

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Après l’échec d’une pièce musicale à Broadway : THE LITTLE PRINCE AND THE AVIATOR, avec Michael York, d’après Saint-Exupéry, Barry repart vers les studios d’enregistrement. Il enchaîne les musiques de FRANCES, de Graeme Clifford, avec Jessica Lange, MURDER BY PHONE, de Michael Anderson, avec Richard Chamberlain et HAMMETT, première réalisation américaine de Wim Wenders qui sera largement remaniée par son producteur, Francis Ford Coppola. C’est la première de trois collaborations artistiques entre le réalisateur du PARRAIN et Barry, décidément ravivé par l’ambiance des films noirs à l’atmosphère jazzy. Un travail splendide. 

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1983 : retour à James Bond pour OCTOPUSSY, toujours avec Roger Moore ; et une musique dans la tradition bondienne signée par Barry, tellement à l’aise dans cet univers que c’en est presque une routine !

Il signe également les musiques des films THE GOLDEN SEAL, HIGH ROAD TO CHINA (LES AVENTURIERS DU BOUT DU MONDE) de Brian G. Hutton avec Tom Selleck (qui tente de faire son Indiana Jones après avoir été «recalé» deux ans plus tôt…) et celle du téléfilm SVENGALI d’Anthony Harvey, avec Peter O’Toole et Jodie Foster.

En 1984, Barry est engagé par Francis Ford Coppola pour signer la musique et les arrangements orchestraux de son ambitieux COTTON CLUB, avec Richard Gere, Diane Lane, Bob Hoskins, Gregory Hines et Nicolas Cage. Beaucoup d’encre a coulé sur les aléas d’un tournage difficile, véritable lutte de pouvoir entre Coppola et le producteur Robert Evans… Un budget pharaonique pour l’époque, et un échec public financier sévère pour ce film assez bancal. Le pari de mêler les grandes heures du jazz des années 20 et les luttes d’influence des gangsters new-yorkais historiques ne décolle jamais vraiment, malgré des morceaux de bravoure typiques du cinéaste du PARRAIN. Quoiqu’il en soit, à la musique, Barry fait un sans-faute, poursuivant dans la veine «Film Noir» jazzy qui lui a réussi sur BODY HEAT et HAMMETT. Il orchestre les grands succès jazz de l’époque et signe de nouvelles partitions originales élégantes, tel ce thème aux accents très « Gershwin », accompagnant l’histoire d’amour contrariée entre Dixie le trompettiste et Vera l’entraîneuse (Richard Gere et Diane Lane).  

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Barry compose aussi les musiques des films UNTIL SEPTEMBER (FRENCH LOVER) de Richard Marquand, avec Karen Allen, et MIKE’S MURDER de James Bridges en 1984. Puis, en 1985, son dixième James Bond, A VIEW TO A KILL (DANGEREUSEMENT VÔTRE), sans surprise, une musique professionnellement réalisée et interprétée pour le dernier 007 de Roger Moore, fatigué face à un réjouissant méchant campé par Christopher Walken. Barry travaille de nouveau avec le réalisateur Richard Marquand pour un thriller de bonne facture, avec Glenn Close et Jeff Bridges, JAGGED EDGE (A DOUBLE TRANCHANT).

Barry enchaîne avec un film prestigieux, couvert de récompenses aux Oscars… et pour le moins surestimé, OUT OF AFRICA de Sydney Pollack, avec Meryl Streep, Robert Redford et Klaus Maria Brandauer. On peut être assez surpris du déluge de récompenses pour ce film très «ronronnant», et assez figé… et dont la réputation est sans doute largement sauvée par le prestige de son trio de comédiens vedettes. La romance entre l’écrivaine Karen Blixen (Streep) et le beau chasseur campé par Redford ne décolle, finalement, que grâce à cette magnifique musique composée par Barry. Son écoute surpasse largement le souvenir du film, captant l’émerveillement des paysages africains, et une touche de tristesse… On aimerait en dire autant du film lui-même. Barry reçoit en tout cas un nouvel Oscar de la Meilleure Musique, son troisième. Ainsi qu’une nomination au BAFTA Award de la Meilleure Musique Originale. 

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En 1986, John Barry participe à un projet pour le moins… euh, surréaliste, dirons-nous… la musique du film produit par George Lucas, HOWARD THE DUCK (HOWARD… UNE NOUVELLE RACE DE HEROS) de Willard Huyck. Un score élégant pour un film au concept assez ahurissant… l’histoire d’un canard extra-terrestre humanoïde, fumeur de cigares et amoureux d’une jolie pépée terrienne ! Mais à quoi pensait donc George Lucas cette année-là… Enfin, bref… Barry signe également les scores d’A KILLING AFFAIR de David Saperstein, avec Peter Weller et GOLDEN CHILD, de Michael Ritchie avec Eddie Murphy. Il travaille pour la troisième fois avec Francis Ford Coppola, pour PEGGY SUE S’EST MARIEE, avec Kathleen Turner et Nicolas Cage – et des tous jeunes Jim Carrey et Helen Hunt. Très gracieuse musique, dans l’esprit de QUELQUE PART DANS LE TEMPS, pour cette histoire de voyage dans le temps très atypique et douce-amère.  

En 1987, John Barry rempile pour ce qui sera son onzième et dernier James Bond, THE LIVING DAYLIGHTS (TUER N’EST PAS JOUER). Film passable, qui marque tout de même le retour de Bond à un esprit moins «pouet-pouet» et plus sérieux. Le changement fait du bien à Barry qui livre une composition tonique à souhait – et a droit à un rôle caméo dans le film, celui d‘un chef d‘orchestre. Même si les producteurs décident de remplacer la chanson «Where has everybody gone» écrite pour The Pretenders, par un plus consensuel tube interprété par le groupe pop A-Ha ! Comparez la chanson du générique avec celle des Pretenders et de Chrissie Hynde, accompagnée par les cuivres fracassants du grand John. La version instrumentale survit toutefois dans le film, accompagnant les méfaits du tueur Necros, adversaire de Bond. Ça déménage ! 

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Barry réalise ensuite les musiques des films HEARTS OF FIRE, de Richard Marquand, avec Bob Dylan, et de MASQUERADE, thriller de Bob Swaim, avec Rob Lowe. Il est aussi l’auteur de la musique de la série TV USA TODAY THE SERIES. Mais en cette année 1988, un accident de santé sévère, une rupture de l’œsophage, le tient éloigné des studios d’enregistrement pour deux années. 

Une mise au repos nécessaire qui sera particulièrement profitable pour le «Guv’nor», engagé en 1990 pour le premier long-métrage de Kevin Costner réalisateur, un certain western avec des Indiens qui va connaître un triomphe mondial : DANSE AVEC LES LOUPS. Évoquer ce film provoque chez moi beaucoup de réactions contradictoires… le film est incontestablement spectaculaire, visuellement superbe (merci au chef-opérateur Dean Semler) et plaisant… Pour ma part, je dois quand même avoir vu le film plusieurs fois à sa sortie, et en avoir gardé un souvenir ému. Mais… Seulement voilà, en vieillissant, on découvre des classiques oubliés du western pro-Indien, comme LES CHEYENNES de John Ford, ou LE JUGEMENT DES FLECHES de Samuel Fuller, dans lequel le scénariste de DANSE AVEC LES LOUPS semble avoir «emprunté» énormément d’éléments, en les cachant sous une couche très politiquement correcte…

Un écrivain amérindien, James Welch, avait justement critiqué le film de Costner en pointant du doigt son angélisme et son manichéisme embarrassants, pour un film supposé défendre la mémoire des Indiens d’Amérique : les Sioux sont dépeints comme bons et pleins de sagesse… des «bons sauvages» opposés à de «méchants Peaux-Rouges», les Pawnees montrés cruels et brutaux. Et voilà comment l’humanisme affiché du film, par ailleurs réussi pour ses qualités esthétiques et épiques, prend d’un seul coup une couleur réductrice et simpliste, très déplaisante.

Dommage, car, pour ce qui est de la musique, John Barry accomplit un parcours sans faute. À l’instar d’OUT OF AFRICA, l’écoute de la musique de DANSE AVEC LES LOUPS provoque l‘enthousiasme. Impossible de résister à la noblesse des compositions de Barry, synonymes de grands espaces étendus à l‘infini, de chevauchées héroïques et de chasses aux bisons monumentales. On aimerait en dire autant du film de Costner, couvert de récompenses, salué comme un nouveau classique, mais un brin surfait dès qu‘on étudie ses défauts thématiques… 

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John Barry obtient son quatrième Oscar de la Meilleure Musique, est nommé au BAFTA Award et Golden Globe de la Meilleure Musique, et au Grammy Award du Meilleur Album pour une Musique de Film.

Barry enchaîne, à l’approche de la soixantaine, avec CHAPLIN, le film de 1992 de Richard Attenborough, qui révèle le talent du jeune Robert Downey Jr. Une «biopic» un rien compassée de la vie troublée du grand comédien et réalisateur, selon l’opinion générale. Quoiqu’il en soit, John Barry livre un travail superbe, réorchestrant des thèmes écrits par Chaplin pour ses propres films («Smile», la mélodie des TEMPS MODERNES), mêlés à des compositions originales dont cette très entraînante relecture de la danse des petits pains, immortalisée dans LA RUEE VERS L’OR.

 

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Barry décroche deux nominations Oscar et Golden Globe de la Meilleure Musique pour CHAPLIN, et signe également la musique du court-métrage télévisé THE WITNESS, de Chris Gerolmo, avec Gary Sinise et Elijah Wood. En 1993, il compose et dirige les musiques des drames RUBY CAIRO de Graeme Clifford avec Andie MacDowell, Liam Neeson et Viggo Mortensen, MY LIFE de Bruce Joel Rubin, avec Michael Keaton et Nicole Kidman, et du plus connu PROPOSITION INDECENTE d’Adrian Lyne, avec Robert Redford, Demi Moore et Woody Harrelson. Nouvelle partition d’une grande élégance, toute «barryesque». Il participe par ailleurs à la série documentaire musicale GREAT PERFORMANCES, signant la musique de l’épisode MOVIOLA qui lui est consacré.  

Même si l’âge ne lui permet pas de répéter les cadences surmenantes de ses jeunes années, Barry continue néanmoins à travailler sur des musiques de films, signant une dernière décennie de très bonne facture : en 1994, la musique du thriller THE SPECIALIST (L’EXPERT) de Luis Llosa, avec Sylvester Stallone et Sharon Stone, en 1995, celles de PLEURE, Ô PAYS BIEN-AIME, drame sur l’Apartheid de Darrell Roodt, avec James Earl Jones et Richard Harris, et le film IMAX 3D ACROSS THE SEA OF TIME.  

Il remplace Elmer Bernstein sur THE SCARLET LETTER (LES AMANTS DU NOUVEAU MONDE), le film de Roland Joffé avec Demi Moore et Gary Oldman adapté de «La Lettre Écarlate», le célèbre roman de Nathaniel Hawthorne. L’occasion pour lui de livrer une musique éminemment romantique, notamment pour la scène d’amour évoquée ci-dessous.  

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En 1997, il compose la musique de SWEPT FROM THE SEA (AU CŒUR DE LA TOURMENTE), un drame de Beeban Kidron, avec Vincent Perez et Rachel Weisz. Puis Barry réussit un joli coup double en 1998 pour ses avant-dernières musiques de film : celle du thriller de Harold Becker, MERCURY RISING (CODE MERCURY) avec Bruce Willis et Alec Baldwin, qui le ramène au genre policier et suspense dans lequel il est comme un poisson dans l‘eau. Et il signe la musique de PLAYING BY HEART (LA CARTE DU CŒUR) de Willard Carroll, avec un casting choral de choix rassemblant entre autres Sean Connery, Angelina Jolie, Dennis Quaid… Pour l’occasion, Barry réorchestre magistralement des classiques jazz de Chet Baker. 

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Il rejoint cette année-là le Songwriters Hall of Fame, puis en 1999, sort un nouvel album, THE BEYONDNESS OF THINGS. John Barry se consacre désormais aux concerts de prestige, et, honneur suprême, se voit récompensé de l’Ordre de l’Empire Britannique pour ses services rendus au monde de la musique. Au Service (secret ?) de Sa Majesté, donc !

Nous voici arrivés en 2001, et John Barry peut raccrocher sa baguette de chef d’orchestre, du moins en ce qui concerne le petit monde de la musique de film. Il le fait en nous livrant un dernier beau cadeau, un thème inspiré pour le film méconnu de Michael Apted, ENIGMA, avec Kate Winslet.

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… La grande classe, jusqu’au bout !

Il signe cette même année son dernier album, ETERNAL ECHOES. À cette époque, la Haute Cour de Londres se voit chargée de trancher au sujet de l’affaire de la parenté du thème de James Bond, Monty Norman ayant poursuivi le Sunday Times suite à un article de 1997 établissant Barry comme seul compositeur du thème. Barry témoigna pour la défense.

Le compositeur admit avoir réarrangé le thème écrit par Norman, et composé de la musique additionnelle. Norman, par contrat avec les producteurs, garda le seul crédit de la paternité musicale. Le verdict final de la Cour reste mi-figue, mi-raisin… Norman est toujours crédité dans les Bond comme seul auteur du thème, malgré les preuves du travail de Barry.

Celui-ci continue de travailler, en 2004, sur une nouvelle pièce musicale avec son complice Don Black, BRIGHTON ROCK. Il obtient le BAFTA Fellowship Award pour sa carrière en 2005, et il est le producteur exécutif de l’album HERE’S TO THE HEROES de l’ensemble Australien The Ten Tenors, reprenant ses chansons écrites avec Black.

La résolution judiciaire de l‘«affaire James Bond» semble avoir été une pilule amère pour Barry, qui, le 7 septembre 2006, alors qu’il est invité du Steve Wright Show à la Radio BBC 2, continue d’insister : il est bien le seul auteur du thème de 007… mais la BBC dut retirer l’interview de son site web et publier des excuses.

Nommé en France en 2007 Commandeur de l’Ordre National des Arts et des Lettres, John Barry fera l’objet l’année suivante d’une biographie par Geoff Leonard, Pete Walker & Gareth Branley : JOHN BARRY – THE MAN WITH THE MIDAS TOUCH. Il reçoit le Prix Max Steiner pour l’Ensemble de sa Carrière remis par la Cité de Vienne en 2009, et, cette même année, livre sa dernière œuvre au titre prémonitoire, pour l’album de son amie Shirley Bassey, THE PERFORMANCE : la chanson OUR TIME IS NOW. 

Le maestro nous a finalement quitté, victime d’une attaque cardiaque, dans sa demeure de Glen Cove. À l’âge de (00)77 ans.

 

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His name was Barry. John Barry !

Born to be Wild… – Dennis Hopper (1936-2010)

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Dennis HOPPER (1936-2010)   

J’essaie de me souvenir de la toute première fois où j’ai vu Dennis Hopper jouer dans un film… ça doit remonter à une diffusion à la télévision d’APOCALYPSE NOW. Au terme du terrible voyage au cœur de la Guerre du Viêtnam, les rescapés du commando du Capitaine Willard (Martin Sheen) entrent dans le domaine du Colonel Kurtz (Marlon Brando)… au milieu des indigènes armés, au bord du fleuve, apparaît un drôle d’énergumène hirsute, photographe hippie gesticulant, surexcité de recevoir des compatriotes…  

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«je suis américain, tout va bien !» Bien sûr, bien sûr… des cadavres pendent aux arbres, des têtes coupées traînent partout, les autochtones sont manifestement prêts à massacrer les nouveaux venus, mais tout va très bien. Dennis Hopper vient de faire son entrée remarquée dans le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola, et dans ma mémoire de cinéphile débutant ! Au fil des années, je retrouverai Hopper au fil de films de qualité souvent variable, du chef-d’œuvre indiscutable au cinéma bis le plus paresseux, en passant par des perles de la télévision, des westerns et des films noirs cultes, où à chaque fois, ce voleur de scènes né fera un show inoubliable. Dennis Hopper fut un personnage unique à l‘écran comme dans la vie. En plus de 50 ans de carrière, il campa des rôles de petits voyous, d’hommes tourmentés, des desperados nerveux, parfois aussi des braves types, mais surtout une sacrée galerie de méchants, tordus, pourris et psychopathes en tout genre ! Et pour l‘anecdote, un des acteurs américains les plus souvent tués à l’écran… 

Une présence unique à l’écran donc, alimentée par une vie personnelle des plus «rock’n roll», car Dennis Hopper côtoya aussi quelques-uns des plus grands artistes américains de la seconde partie du 20e Siècle, rendit par son tempérament border line des cinéastes confirmés complètement chèvres, multiplia les conquêtes féminines, les mariages et les divorces, et réussit à survivre à une période noire d‘addiction aux drogues et à l‘alcool. Dépendance dont il saura pourtant se sortir à l’approche de la cinquantaine, et redevenir un artiste confirmé, apprécié pour ses multiples talents, sa disponibilité vis-à-vis de ses fans, faisant de lui l‘exact inverse des affreux qu‘il a incarné à l‘image. Prolifique à l’écran – il est cité dans plus de 200 œuvres, tous supports confondus -, Dennis Hopper était aussi un grand amoureux de l’Art sous toutes ses formes. Cinéaste renommé – EASY RIDER bien sûr, mais aussi les excellents COLORS et HOT SPOT -, photographe, écrivain, poète et sculpteur, il fut reconnu comme un très grand collectionneur d’œuvres d’art. Et comme l’incarnation d’une des figures emblématiques et désenchantées de la contre-culture des années 1960.

 

Vous pouvez voir quelques-uns de ses travaux de photographe en cliquant sur le lien suivant :

http://www.artnet.fr/artist/8500/dennis-hopper.html

… et consulter son impressionnante filmographie en cliquant ci-dessous :

http://www.imdb.com/name/nm0000454/

 

55 années de carrière de Dennis Hopper, c’est une véritable auberge espagnole remplie de succès, d’errances, d’échecs, de rencontres déterminantes et de retours inattendus… difficile donc de tout évoquer ou de résumer chaque film en détail, j’évoquerais ici surtout certains films qui m‘ont marqué, et quelques faits de sa vie tumultueuse.

Je puise comme à l’accoutumée mes informations chez les «Grands Oracles» de l’Internet, les sites Wikipédia et ImdB… Il m’est par conséquent difficile de vérifier l’exactitude des informations. L’ami Hopper ayant eu parfois tendance à inventer, ou du moins exagérer, ses souvenirs, surtout ceux concernant ses années de défonce, cela rend la biographie des plus délicates… Que les admirateurs de Dennis Hopper me pardonnent en cas d’erreur ou d’oubli, et veuillent bien me signaler les corrections nécessaires à apporter !

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Dennis Lee Hopper fut un «westerner», un vrai de vrai. Ce petit-fils de modestes fermiers du Kansas naquit le 17 mai 1936, à Dodge City ; une ville où le Marshal Wyatt Earp s‘illustra, colts au poing, pour faire régner la loi en pleine conquête de l‘Ouest. Par le biais du Cinéma, le petit gars du Kansas rencontrera d‘ailleurs le Marshal héroïque, incarné par Burt Lancaster dans le classique REGLEMENT DE COMPTES A OK CORRAL, sous les caméras de John Sturges…

Les parents de Dennis Hopper, Marjorie Mae et Jay Millard Hopper, emménagent à Kansas City après la 2ème Guerre Mondiale. En grandissant, Dennis participe aux classes d’art du Kansas City Art Institute – où il suit l’enseignement du peintre Thomas Hart Benton, son tout premier mentor qui va lui faire découvrir la peinture. À 13 ans, il emménage avec sa famille à San Diego, en Californie. Marjorie est alors instructrice en secourisme, et Jay directeur d’un bureau de poste. Des années plus tard, Hopper affirmera que son père travaillait en fait pour l’OSS – la future CIA !

Brillant élève à la Helix High School de La Mesa, il apprend les bases du travail d’acteur, et étudie à l’Old Globe Theatre de San Diego ; puis il part étudier à l’Actors Studio de New York, passant cinq ans à travailler sous l’égide du grand Lee Strasberg. Hopper deviendra aussi, vers la même époque, un grand ami du comédien Vincent Price. Connu pour ses rôles de méchants au cinéma, Price était aussi un homme immensément cultivé et intelligent, qui influencera grandement Dennis Hopper dans sa passion naissante pour l’art. À 19 ans, le jeune Hopper fait ses débuts d’acteur. Parfois crédité à tort par certaines sources comme figurant au générique de JOHNNY GUITARE (1954), le film de Nicholas Ray, Hopper fait ses premières armes à l’écran à la télévision américaine dans l’épisode A MEDAL FOR MISS WALKER de la série CAVALCADE OF AMERICA.  

Il enchaîne en 1955 les apparitions à la télévision dans des petits rôles : un jeune épileptique, Robert, dans l’épisode BOY-IN-THE-STORM de la série MEDIC avec Richard Boone, ainsi qu’un épisode de la série THE PUBLIC DEFENDER et un autre de la série LETTER TO LORETTA. Cette année-là, Dennis Hopper fait aussi ses débuts au cinéma dans un film mythique de Nicholas Ray, REBEL WITHOUT A CAUSE / La Fureur de Vivre. Têtes d’affiche, James Dean et Natalie Wood attirent tous les regards, quant à Dennis Hopper, il trouve là son tout premier rôle de «méchant» : il est Goon, petite frappe membre du gang de Buzz (Corey Allen) qui cherche des noises à Dean et Sal Mineo. Hopper n’a que deux ou trois répliques, mais participe à l’imagerie rebelle, forgée autour du film – la génération «Blouson Noir», rodéos de voitures et duels au couteau à cran d’arrêt ! Il devient aussi l’ami de Natalie Wood et James Dean, pour qui il avait une immense admiration. Vers la même époque, Dennis Hopper est aussi un bon ami de l’autre icône de la jeunesse en révolte des fifties, le King en personne, Elvis Presley.

Hopper apparaît aussi, non crédité au générique, dans un film noir, I DIED A THOUSAND TIMES / La Peur au Ventre, de Stuart Heisler, avec Jack Palance, Shelley Winters et Lee Marvin. Il retrouve son amie Natalie Wood dans deux épisodes de série télévisées, KING’S ROW et THE KAISER ALUMINUM HOUR. 

 

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Dennis Hopper, en 1956, retient l’attention de la critique dans le grand drame classique de George Stevens, GEANT avec Elizabeth Taylor, James Dean, Rock Hudson, Carroll Baker, Mercedes McCambridge, Sal Mineo et Rod Taylor. Il interprète Jordy, le fils de Leslie et Bick Benedict (Taylor et Hudson). Un fils promis à un avenir prospère de baron du bétail au Texas, mais qui fait déjà preuve d’un certain sens de la rébellion en devenant docteur, contre l‘avis de son père… et surtout en épousant une Indienne mexicaine. Inacceptable aux yeux de l’establishment texan, déjà décrit comme passablement raciste ! Très affecté par la nouvelle de l’accident mortel de James Dean, Dennis Hopper continue à travailler à Hollywood, mais son caractère pour le moins difficile lui vaut vite une réputation de jeune acteur ingérable.

En 1957, il joue toujours à la télévision, étant notamment Billy the Kid dans l’épisode BRANNIGAN’S BOOTS de la série western SUGARFOOT, avec Jack Elam et un petit garçon nommé Kurt Russell. Au cinéma, Hopper est de nouveau remarqué dans GUNFIGHT AT THE OK CORRAL / Règlements de Comptes à OK Corral, le grand western classique de Sturges, avec Burt Lancaster et Kirk Douglas. Il est Billy, le cadet des frères Clanton qui ont déclaré la guerre au clan Earp à Tombstone. Un jeune pistolero sensible et intelligent, que Wyatt Earp (Lancaster) épargnerait volontiers s’il n’était pas influencé par ses brutes de frères… C’est Doc Holliday (Douglas) qui doit l’abattre dans la fusillade finale. Hopper est aussi Napoléon Bonaparte (!) dans l’improbable THE STORY OF MANKIND d’Irwin Allen, avec Ronald Colman, Hedy Lamarr, les Marx Brothers, Vincent Price, Virginia Mayo, Peter Lorre, John Carradine… et donne sa voix à un Policier Militaire dans SAYONARA de Joshua Logan, avec Marlon Brando et James Garner, sans être crédité au générique.

Peu de temps après la mort de Dean, il joue dans un western de Henry Hathaway, FROM HELL TO TEXAS / La Fureur des Hommes. Le tournage se transforme en guerre ouverte, entre le réalisateur vétéran et le jeune comédien qui refuse de se plier à ses directives. Au bout de plusieurs jours de tournage et de 85 prises gâchées, Hathaway n’en peut plus et explose de colère contre Hopper : «Vous ne travaillerez plus jamais dans cette ville !». Sa réputation ainsi faite, Dennis Hopper sera exclu des plateaux de cinéma de Hollywood pour des années.

Il gagne sa vie en jouant dans quelques films vite oubliés, et apparaît surtout à la télévision américaine alors en pleine expansion. Entre 1958 et 1965, il enchaîne les prestations dans des épisodes de dizaines de séries, dont quelques-unes sont entrées dans la légende. On le voit par exemple en 1958 dans un épisode de STUDIO ONE réalisé par John Frankenheimer, THE LAST SUMMER. Il est aussi au générique de l’épisode THE LAST NIGHT IN AUGUST, dans la série PURSUIT écrite par Rod Serling. Dans la série de western ZANE GREY THEATER, il joue un épisode – THE SHARPSHOOTER – écrit par Sam Peckinpah. Citons rapidement, dans les années suivantes, les épisodes THE HOLD-OUT du GENERAL ELECTRIC THEATER, épisode présenté par Ronald Reagan (dont il sera un supporter politique dans les années 1980), avec Groucho Marx ; THE INDELIBLE SILENCE – pour la série judiciaire THE DEFENDERS / Les Accusés, avec E.G. Marshall (dans laquelle débutèrent aussi Gene Hackman, Dustin Hoffman, Robert Duvall, James Earl Jones, Martin Sheen, etc.)… En 1962, Dennis Hopper travaille pour la première fois avec le réalisateur Stuart Rosenberg pour des épisodes de THE DEFENDERS et ESPIONAGE. Rosenberg et Hopper se retrouvent pour un excellent épisode de THE TWILIGHT ZONE / La Quatrième Dimension, IL EST VIVANT. Présenté par l‘indispensable Rod Serling, Hopper y tient rôle de Peter Vollmer, un paumé adepte des théories nazies, conseillé dans ses discours par une ombre sinistrement familière !  

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Avec un mentor pareil, comment voulez-vous le voir jouer des gentils par la suite ?   

 

En 1959, Dennis Hopper emménage à New York pour étudier de nouveau sous l’égide de Lee Strasberg. En 1961, il épouse Brooke Hayward (fille de l‘actrice Margaret Sullavan), et devient photographe.

Le film fantastique NIGHT TIDE de Curtis Harrington, une obscure production à petit budget, lui vaut toutefois son premier rôle en tête d‘affiche cette même année. Le 26 juin 1962, Dennis et Brooke ont une petite fille, Marin Hopper. Il fréquente les milieux branchés de l’époque, et rencontre Andy Warhol. Au sein de sa bouillonnante Factory, Warhol improvise ses films «arty» dans lesquels apparaît l’acteur : THE THIRTEEN MOST BEAUTIFUL BOYS, TARZAN AND JANE REGAINED… SORT OF, et sa série des SCREEN TESTS en 1965 et 1966. Après sept années de bannissement, Dennis Hopper a droit à son come-back à Hollywood, avec l’aide d’un parrain de poids, le «Duke» John Wayne en personne. Ayant joué en 1959 avec son fils Patrick dans un western oublié, THE YOUNG LAND / Californie Terre Nouvelle, et étant aussi le gendre de Margaret Sullavan, une amie de Wayne, Hopper peut grâce à ce dernier jouer les petites brutes de western dans le très bon LES QUATRE FILS DE KATIE ELDER. …devant les caméras de Henry Hathaway, l’homme qui l’avait jadis chassé de Hollywood ! À l’écran, il est envoyé ad patres par le Duke lui-même.  

 

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Très occupé, Dennis Hopper multiplie les activités en 1966. Devenant un excellent photographe, il crée par exemple la pochette de couverture, toute imprégnée de l’esprit «Western», du single d’Ike & Tina Turner : RIVER DEEP – MOUNTAIN HIGH. L’une des grandes figures de la Contre-culture des années 1960s, Terry Southern, son futur coscénariste d’EASY RIDER, le signale comme l’un des artistes photographes à suivre dans le magazine BETTER HOMES AND GARDENS. À la même époque, il devient également peintre, poète et commence à collectionner les œuvres d’art – il acquiert notamment une des premières copies des Boîtes à Soupe Campbell’s d’Andy Warhol. Vers l’époque du tournage de QUEEN OF BLOOD, film bis de Curtis Harrington produit par Roger Corman, il rencontre l’un de ses plus fidèles copains, un jeune acteur qui comme lui aime les femmes, l’alcool et les substances planantes, un certain Jack Nicholson ! Ces deux-là se retrouvent pour le film THE TRIP de Roger Corman (1967), écrit par Nicholson, où Hopper joue avec Peter Fonda, Susan Strasberg et Bruce Dern. Pour se «préparer» professionnellement au sujet du film, tout ce petit monde se défonce allègrement au LSD… Par ailleurs, Dennis Hopper retrouve son réalisateur Stuart Rosenberg, qui lui confie un petit rôle, le détenu Babalugats, dans LUKE LA MAIN FROIDE avec Paul Newman.  

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En 1968, Hopper effectue une autre apparition très brève mais marquante, dans le premier western américain de Clint Eastwood revenu d’Italie, PENDEZ-LES HAUT ET COURT réalisé par Ted Post. Parmi un casting de «trognes» inoubliables – Pat Hingle, Charles McGraw, Ed Begley, Ben Johnson, Bruce Dern et L.Q. Jones – Hopper n’apparaît que quelques minutes dans le rôle du Prophète, un hors-la-loi pouilleux froidement descendu par Ben Johnson ! Trois minutes de folie furieuses emmenées par un Hopper qui, à l’image, semble déjà bien parti dans les paradis artificiels… Il fait par ailleurs une apparition non créditée dans HEAD de Bob Rafelson, en figurant chevelu dirigé par Jack Nicholson cinéaste dans une scène de restaurant.  

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1969 ! C’est bien sûr l’année où Hopper rassemble assez d’argent pour co-écrire, jouer et réaliser un petit film de motards entré dans la légende cinéphilique… aux côtés de Peter Fonda et Jack Nicholson, il est Billy dans EASY RIDER. Le film symbole de la Contre-culture par excellence, qui enthousiasme surtout les cinéphiles voyant là l’incarnation d’un Cinéma libre, cassant les codes de l’establishment hollywoodien. Scénario anti-classique au possible (voire même carrément inexistant, et néanmoins nommé à l’Oscar !), scènes improvisées par le trio Fonda-Hopper-Nicholson, le montage innovant, très inspiré par la Nouvelle Vague et le Free Cinema britannique… tout ceci, sans oublier l’imagerie des motards hippies fonçant à toute allure sur l’autoroute et la chanson BORN TO BE WILD de Steppenwolf, assure un triomphe public inespéré à Hopper. Chaque anecdote de tournage renforce également la légende créée autour du film : le remplacement de Rip Torn par Jack Nicholson (Hopper devra, des années plus tard, payer à Torn une amende salée pour diffamation. Ce dernier n’avait pas apprécié ce que Hopper avait prétendu – Torn l’aurait menacé d’un couteau avant le tournage !), les tensions entre Peter Fonda et Hopper (sur la question des bénéfices financiers du film), le mariage dissous de Hopper avec Brooke Hayward, son refus de quitter la table de montage… et un sérieux abus de substances illicites devant et derrière la caméra. Le film fait un malheur au Festival de Cannes, et pour beaucoup, représentera «l’idéalisme perdu des années 1960s» selon une formule consacrée.

(bon, personnellement, je trouve le film bien surfait par rapport à sa légende. Il a très mal vieilli, portant en lui pas mal de clichés stylistiques propre aux films avant-gardistes de l’époque… Heureusement, Nicholson, déjà bien «allumé» dans un savoureux monologue sur les OVNIS, sauve presque le film à lui tout seul !)

EASY RIDER obtient le Prix de la Meilleure Première Œuvre à Cannes, est nommé à la Palme d’Or et le Prix Spécial de la National Society of Film Critics. Parmi de nombreux prix dans les festivals de cinéma de l‘époque, Hopper obtient des nominations à l’Oscar du Meilleur Scénario Original, au WGA Award du le Meilleur Drame Écrit Directement pour l‘Écran, avec Terry Southern et Peter Fonda, et une nomination pour la Meilleure Réalisation d’un Premier Film, aux Directors Guild of America Award.

Cette même année, Dennis Hopper joue de nouveau un méchant de western face à John Wayne (qui le tue une seconde fois à l‘écran !), dans son classique et sympathique TRUE GRIT / Cent Dollars pour un Shérif, l’une des dernières réalisation de Henry Hathaway, avec également Robert Duvall et Strother Martin. Le succès d’EASY RIDER ne va cependant pas faire du bien à Hopper, de plus en plus dépendant, à l’orée d‘une sombre décennie. Il vit comme un paria dans l‘Ouest des Etats-Unis, et épouse Michelle Phillips (la chanteuse des The Mamas and the Papas) le 31 octobre 1970. Ils divorcent… huit jours plus tard ! «Les sept premiers étaient très bien !», dira-t-il ensuite…

En 1971, Hopper réalise son second long-métrage, THE LAST MOVIE. Un film existentialiste, non linéaire, irracontable, où le réalisateur-acteur accumule 40 heures de film au terme d‘un tournage… chaotique. Présenté au Festival de Venise, le film est un bide public et critique monumental. Hopper se réfugie à Taos, Nouveau-Mexique (là où il tourna EASY RIDER), pendant presque un an. Il sombre totalement, consommant quotidiennement cocaïne, bières, marijuana et cuba libres… c’est la décennie infernale pour Dennis Hopper. En 2001, il évoquera ces années de cauchemar : «… Avec tout ce que j’ai pris comme drogues, produits narcotiques et psychédéliques, j’étais vraiment devenu un alcoolique. Vraiment, j’avais pris l’habitude de prendre de la cocaïne pour pouvoir dessouler et boire encore plus. Mes cinq dernières années de boisson furent un cauchemar. Je buvais un demi gallon de rhum* (…), 28 bières, et trois grammes de cocaïne par jour, rien que pour pouvoir me remuer. Et je croyais que j’allais bien, seulement parce que je ne rampais pas ivre mort par terre.»

*soit environ 2 litres… 

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En 1972, Dennis Hopper épouse Daria Halprin en troisièmes noces. Loin de Hollywood et de New York, clochardisé, il survit en jouant dans des productions à petit budget et des films européens d’art et essai. Rares sont les spectateurs qui le voient dans des films comme KID BLUE (1973), un western comique avec Warren Oates et Ben Johnson, ou MAD DOG MORGAN (1976), western australien de Philippe Mora dont il a le rôle-titre. Vers 1974, Dennis et Daria, ont une fille, Ruthanna Hopper. Le couple divorce en 1976. On retrouve Hopper dans le rôle de Tom Ripley, L’AMI AMERICAIN, une adaptation pesante du roman de Patricia Highsmith signée Wim Wenders, avec Bruno Ganz, Gérard Blain, Nicholas Ray et Samuel Fuller.  

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Vers la même époque, le cinéaste du PARRAIN, Francis Ford Coppola, le convainc de rejoindre l’aventure du tournage d’APOCALYPSE NOW… De son propre aveu, Hopper accepta peu de temps avant de commencer à tourner, trop heureux de pouvoir retrouver du travail. Sans trop savoir dans quelle galère il se retrouverait aux Philippines ! Le documentaire AU CŒUR DES TENEBRES : L’APOCALYPSE D’UN CINEASTE recueille le témoignage de Hopper, alors ravagé par la drogue et la boisson, et nous livre des documents de tournage absolument ahurissants… L’acteur doit incarner un Reporter-photographe de guerre hippie, «converti» au culte du Colonel Kurtz, une espèce de bouffon et prophète de la Jungle, qui se lance dans des diatribes exaltées envers le personnage de Martin Sheen. Un Coppola déjà miné par un tournage interminable, et une série d’incidents invraisemblables, doit en plus faire avec les exigences d’un Marlon Brando obèse et capricieux… Il doit aussi travailler avec un Dennis Hopper que Brando ne peut pas voir en peinture. L’acteur-réalisateur d’EASY RIDER ne sait pas son texte, et n’aime pas improviser les scènes de confrontation avec Sheen, usant la patience de Coppola lui-même en pleine dépression nerveuse… Et pourtant, malgré tous ces obstacles qui auraient pu détruire le film, APOCALYPSE NOW sort enfin à Cannes en 1979, remporte la Palme d’Or et s’imposera au fil du temps comme un chef-d’œuvre, un cauchemar filmé inégalable. La prestation de Hopper, malgré un temps de présence assez court à l’écran (trois scènes en tout), contribue à l’ambiance de folie de ce film phare.

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Malgré son addiction, Hopper continue de travailler, bon an mal an. Il revient au western en 1980 dans une mini-série télévisée, WILD TIMES / La Cible, avec Sam Elliott et Ben Johnson, où il tient le rôle de Doc Holliday. Il réalise et joue le drame punk OUT OF THE BLUE / Garçonne, une œuvre âpre saluée par la critique et nommé à la Palme d’Or du Festival de Cannes. Sa dépendance à l’alcool et à la drogue empire au début des années 80. En 1983, durant le tournage du film EUER WEG FÜHRT DURCH DIE HÖLLE / Les Guerriers de la Jungle, Hopper est arrêté par la police mexicaine, retrouvé nu et délirant près d‘un village mexicain. Hopper affirmera plus tard avoir été tellement «stone» qu’il ne se souvient ni de l’arrestation ni de son renvoi ! Il entame une cure de désintoxication sérieuse cette même année, et commence peu à peu à se rétablir, tout en accumulant les tournages. Francis Ford Coppola ne l’oublie pas et lui fait jouer le rôle du père alcoolique de Matt Dillon et Mickey Rourke dans RUMBLE FISH / Rusty James. Puis il est au générique du dernier film de Sam Peckinpah, OSTERMAN WEEK-END, avec Rutger Hauer, John Hurt, Craig T. Nelson et Burt Lancaster… où il est presque trop «sobre» dans le rôle d’un respectable médecin californien, doublé d’un ancien espion.  

 

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Il parodie son propre rôle du Reporter d’APOCALYPSE NOW en 1985 dans O.C. AND STIGGS / Vous avez dit dingues ?, une comédie de Robert Altman, campe l’année suivante un «Captain» disjoncté, ancien du Viêtnam, dans THE AMERICAN WAY… et joue un autre personnage bien allumé, le Shérif Lefty Enright, personnage vengeur venu affronter dans leur antre les tueurs dégénérés de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 2 de Tobe Hooper – le pire film qu’il ait jamais tourné, selon lui ! 1986 est l’année du grand retour pour un Dennis Hopper guéri de ses démons. Il s’illustre dans trois films où son interprétation est à chaque fois saluée par la critique. Il est Feck, le dealer du drame RIVER’S EDGE / Le Fleuve de la Mort, avec Crispin Glover et un tout jeune Keanu Reeves.  

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Il joue également dans HOOSIERS / Le Grand Défi, avec Gene Hackman et Barbara Hershey. Un solide drame sportif où il accompagne Hackman en entraîneur d’une modeste équipe de basket, incarnant Shooter, l’ivrogne de la ville fan de basket. Un rôle qui lui vaut une nomination à l’Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle.  

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Mais, entre ces deux films, une œuvre se détache qui éclipse les autres… C’est BLUE VELVET de David Lynch, avec Isabella Rossellini et Kyle MacLachlan. Un thriller inclassable où un jeune homme de bonne famille (MacLachlan), jouant les apprentis détectives, découvre la perversité cachée de sa bonne petite ville américaine apparemment sans histoires. Dennis Hopper est Frank Booth, criminel kidnappeur, psychopathe adepte des jeux sexuels sadomasochistes avec la belle chanteuse Dorothy Vallens (Rossellini). Un dangereux sadique, se shootant à l’oxygène pur et entraînant le gentil MacLachlan dans un éprouvant voyage nocturne…

 

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Un rôle pour lequel Hopper convainquit Lynch de le laisser jouer, en lui disant : «vous devez me laisser jouer Frank Booth. Parce que je suis Frank Booth !» Lynch avouera avoir été terrifié par Hopper pendant le tournage. Au vu des images, cela n‘a rien d‘étonnant… Le film est un triomphe auprès des critiques spécialisés, une des œuvres les plus marquantes de Lynch, et vaut sans doute à Hopper d’incarner son personnage le plus effrayant. Il s’ensuit pour Hopper un déluge de récompenses dans les mois qui suivent : parmi lesquelles des nominations au Golden Globe et à l’Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle pour HOOSIERS, et une pour le Golden Globe du Meilleur Acteur dans un Second Rôle dans BLUE VELVET. Dennis Hopper reçoit par ailleurs le Prix de la Boston Society of Film Critics du Meilleur Acteur dans un Second Rôle dans BLUE VELVET, de la Los Angeles Film Critics Association pour ce même film ainsi que pour HOOSIERS, et enfin le Prix de la National Society of Film Critics du Meilleur Acteur dans un Second Rôle, toujours pour BLUE VELVET.  

 

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Il continue par la suite d’enchaîner les apparitions et les seconds rôles dans diverses productions, et revient à la mise en scène de cinéma avec l’excellent COLORS, en 1988. Il ne joue pas dans le film, confiant les rôles principaux à Robert Duvall et au bouillant petit jeune qui monte alors, Sean Penn. Le film est un polar brillant, nerveux, décrivant sans fioritures le quotidien de deux flics en patrouille dans les quartiers les plus dangereux de Los Angeles, South Central et East LA, zone de guerre opposant les gangs noirs des Crips et des Bloods. Un sujet sensible, pour un film qui à l’époque suscita la controverse avant que l’on ne réalise la lucidité du propos. Hopper fustige sans concession la violence urbaine et le racisme de la police de Los Angeles, qui allait déclencher de terribles émeutes suite au passage à tabac de Rodney King. Un film qui demeure hélas toujours d’actualité, les gangs décrits existant réellement et continuant de se faire la guerre depuis plus de deux décennies. Le film obtient un solide succès public aux USA, et l’interprétation des duettistes Penn et Duvall est saluée par la critique. Signalons aussi une très bonne musique, signée Herbie Hancock, et la mise en scène affûtée de Hopper, qui signe un des meilleurs films policiers américains des années 1980s.

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1989 marque l’année du quatrième mariage de Dennis Hopper, avec Katherine LaNasa. Il joue dans un intéressant drame carcéral resté hélas inédit en France, CHATTAHOOCHEE, avec un autre jeune acteur du grand écran en pleine ascension, Gary Oldman. Hopper réalise son cinquième film, CATCHFIRE, réalisé et interprété par lui-même avec Jodie Foster, Dean Stockwell, Vincent Price, John Turturro, Fred Ward, Catherine Keener, Charlie Sheen, et la participation non créditée de Bob Dylan… Un film hélas massacré au montage par ses financiers, dans le dos de Hopper. Mécontent, celui-ci poursuivit la compagnie en justice, en vain, mais obtint d’être crédité au générique sous le pseudonyme «Alan Smithee», pour signaler son désaccord.  

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Dennis Hopper se rattrape en cette année 1990, en signant HOT SPOT, d’après un roman de Charles Williams. Il met en scène un petit bijou de Film Noir post-moderne, où un aventurier (le bellâtre Don Johnson) débarque dans une petite ville texane, à la recherche d’un emploi. Devenu vendeur de voitures, il est pris au piège entre deux femmes fatales : la blonde et manipulatrice Virginia Madsen d’un côté, et la brune et douce Jennifer Connelly… Deux pépées sublimes qui dominent de leur présence torride ce film qui fit hélas un flop à sa sortie.

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En 1990, Dennis et Katherine ont un fils, Henry Lee Hopper. L’artiste aux multiples facettes aborde alors une nouvelle décennie bien remplie ! En 1991, il est de nouveau salué pour sa prestation dans le téléfilm PARIS TROUT, de Stephen Gyllenhaal (le papa de Maggie et Jake), avec Barbara Hershey et Ed Harris. Dans le rôle-titre, Hopper incarne à nouveau un sale type : un sudiste bigot, corrompu, mari violent et forcément raciste ! Le film est sorti dans les cinémas français sous le titre RAGE. Il vaut à Hopper d’être nommé aux Emmy Awards, dans la catégorie Meilleur Acteur dans une Minisérie ou un Téléfilm.  

 

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Sean Penn le contacte pour apparaître dans son premier long-métrage comme réalisateur, l’intense THE INDIAN RUNNER, avec David Morse, Viggo Mortensen, Valeria Golino, Patricia Arquette, Charles Bronson, Sandy Dennis et Benicio Del Toro. Il est Caesar, un barman antipathique qui fait replonger Frank Roberts (Mortensen) dans l’alcoolisme et la violence malgré les efforts de son frère joué par David Morse. Dennis Hopper est aussi remarqué cette année-là dans un téléfilm hélas assez moyen, DOUBLECROSSED, où il interprète le rôle de Barry Seal, un homme qui a vraiment existé. Cet aviateur fut aussi passeur de drogue pour le Cartel de Medellin ; traqué par la DEA, Seal mourut dans des circonstances suspectes impliquant probablement les services secrets américains mouillés dans les trafics du Général Noriega et consorts… En avril 1992, Hopper divorce d’avec Katherine LaNasa. L’année suivante, on le voit entre autres dans un policier de James B. Harris, BOILING POINT / L’Extrême Limite avec Wesley Snipes, Lolita Davidovich et Viggo Mortensen, et dans un incroyable nanar, l’adaptation filmée du jeu vidéo SUPER MARIO BROS., avec Bob Hoskins et John Leguizamo, où il joue le Roi Koopa, un dinosaure humanoïde ! Passons…  

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Cette même année, Hopper tient aussi deux rôles cultes dans des univers de série noire : il est Lyle from. Dallas, un tueur professionnel rancunier dans RED ROCK WEST de John Dahl, où il fait passer un sale moment à Nicolas Cage, qui a eu le tort à l’écran de vouloir lui prendre son métier et son magot ! Et Dennis Hopper est au prestigieux générique de TRUE ROMANCE, le film de Tony Scott, écrit par Quentin Tarantino, qui rassemble Christian Slater, Patricia Arquette, Val Kilmer, Gary Oldman, Brad Pitt, Tom Sizemore, Christopher Walken, Samuel L. Jackson, James Gandolfini et Jack Black ! Pour une fois, Hopper joue un personnage sympathique, Clifford Worley, le père du jeune Clarence (Slater). Dans un face-à-face grandiose face à Christopher Walken, Hopper fait preuve de son exceptionnel talent. Torturé par Don Vincenzo Cocotti (Walken) qui veut la peau de son fils, le vieux Clifford sait qu’il n’a aucune chance de s’en sortir vivant… il décide de partir en beauté, en racontant au mafioso une histoire qui va le faire sortir de ses gonds, histoire que je vous déconseille de répéter à des Siciliens. Ces gens sont d’un susceptible !  

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En 1994, Hopper signe son dernier long-métrage, une comédie avec Tom Berenger, CHASERS, vite tombée aux oubliettes. Et surtout, il s’amuse bien en incarnant un méchant ex-policier revanchard, et adepte des explosifs, dans le fameux SPEED de Jan de Bont. Son personnage, Howard Payne, va pourrir la journée du jeune flic héroïque (Keanu Reeves) et des passagers d’un bus piégé, qui explosera s’il passe sous le seuil fatidique des 80 kilomètres-heure. Avec un personnage assez monodimensionnel sur le papier, Dennis Hopper se déchaîne à l‘écran, il ricane, gesticule et menace particulièrement la pauvre Sandra Bullock, pour le plus grand bonheur de l’amateur de courses-poursuites trépidantes.

Invité dans l’émission INSIDE THE ACTORS STUDIO, Dennis Hopper peut tranquillement savourer sa notoriété durement acquise et se donner avant tout à sa passion pour les arts. Quitte, dans ses dernières années, à courir le cachet dans des productions d’un intérêt souvent médiocre, pour ne pas dire parfois même de vraies séries Z surfant sur les succès des films de Tarantino ou des thrillers à la SEVEN… à vrai dire, il se moque généralement de la qualité des films livrés, ses prestations lui permettant surtout de financer ses expositions d’art et ses travaux personnels ! Et parfois aussi quand même, de retrouver quelques bons copains sur les plateaux…  

On le revoit jouer les méchants dans le luxueux navet de Kevin Reynolds et Kevin Costner, WATERWORLD, un sous MAD MAX nautique jadis écrit pour être produit au rabais par Roger Corman, et qui finira plombé par un budget faramineux de quelques 175 millions de dollars ! Un tournage qui se transforme en cauchemar permanent pour Reynolds et Costner, qui finiront le film définitivement brouillés. Hopper, lui, en a vu d’autres, et cabotine à outrance dans le rôle de Deacon, l’affreux pirate des mers régnant sur l’Exxon Valdez !

Plus intéressante est sa participation au film du peintre Julian Schnabel, BASQUIAT (1996) avec Jeffrey Wright, Benicio Del Toro, David Bowie (jouant Andy Warhol !), Gary Oldman, Willem Dafoe, Christopher Walken et Courtney Love. Hopper incarne le marchand et galeriste suisse Bruno Bischofberger, une grande figure du monde artistique contemporain, ami et collaborateur de Warhol avec qui il découvre Jean-Michel Basquiat (Wright), peintre à la carrière fulgurante disparu à 27 ans. Retour donc à un univers bien connu de Dennis Hopper, celui de la Factory, de l’art contemporain new-yorkais et l’univers warholien.

Le 13 avril 1996, Hopper se marie pour la cinquième et dernière fois, avec Victoria Duffy. On le retrouve en 1997 dans THE BLACKOUT d’Abel Ferrara avec Matthew Modine, Béatrice Dalle et Claudia Schiffer ; en 1999, il a un court rôle sympathique, celui de Hank Pekurny, un chômeur réconcilié avec son fils Matthew McConaughey dans la comédie EDTV / En Direct sur EDTV de Ron Howard, avec également Jenna Elfman, Woody Harrelson, Martin Landau, Ellen DeGeneres et Elizabeth Hurley. Il apparaît aussi dans un drame intéressant d’Alison Maclean, resté inédit en France, JESUS’S SON, avec Billy Crudup, Samantha Morton, Jack Black et Holly Hunter. On le retrouve en souverain félon dans le téléfilm JASON ET LES ARGONAUTES, sorti en 2000. Il signe cette même année son dernier film, un court-métrage, HOMELESS.  

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Dans sa dernière décennie, Dennis Hopper multiplie les apparitions et les seconds rôles, toujours professionnel et inquiétant par sa seule présence. Il retrouve Kiefer Sutherland, qu’il avait «parrainé» à ses débuts d’acteur, dans sa série télévisée 24 HEURES CHRONO. Jack Bauer (Sutherland), l’homme qui sauve le monde en une journée à chaque saison, a fort à faire durant 5 épisodes face à Victor Drazen, un mercenaire serbe ancien chef de la police secrète de Slobodan Milosevic. Hé oui, encore un méchant bien vicieux dans la galerie des personnages joués par Hopper !

Il fera d’ailleurs des retours réguliers à la télévision américaine dans les années suivantes : en 2004, on le retrouve au générique de la série TV LAS VEGAS, dans l’épisode NEW ORLEANS, avec James Caan et Josh Duhamel ; dans la série NBC E-RING / D.O.S. Division des Opérations Spéciales, sur le Pentagone ; et en 2007 dans un épisode dans l’épisode MALIBOOTY de la très appréciée série ENTOURAGE, où il joue son propre rôle !  

Dennis Hopper se sera aussi amusé de temps à autre à prêter sa voix saccadée inimitable dans des jeux vidéo, participant ainsi à GRAND THEFT AUTO VICE CITY où il joue un réalisateur de pornos ! Dans le même esprit, il participera à la vidéo de rap BAD BOY’S 10TH ANNIVERSARY… THE HITS, jouant dans le segment VICTORY avec Busta Rhymes et Danny DeVito. Et en 2005, Dennis Hopper est aussi le narrateur de la chanson «Fire Coming Out of the Monkey’s Head» du groupe Gorillaz. Le 26 mars 2003, Hopper célèbre la naissance de son dernier enfant, sa fille Galen Grier Hopper, née de son mariage avec Victoria Duffy.  

On le revoit notamment en 2005 dans l’univers des zombies de George A. Romero, avec LAND OF THE DEAD – LE TERRITOIRE DES MORTS de George A. Romero, aux côtés du futur «Mentalist» Simon Baker, John Leguizamo et Asia Argento. Il y incarne Kaufman, un affreux businessman inspiré par Donald Rumsfeld, à qui les morts-vivants réservent une fin explosive !  

Toujours actif ces dernières années, Dennis Hopper fit notamment des apparitions dans des films restés souvent inédits dans nos salles : comme 10th & WOLF (2006), avec James «Cyclope» Marsden, Piper Perabo, Giovanni Ribisi et Val Kilmer ; SLEEPWALKING, avec Charlize Theron et Woody Harrelson, ELEGY, avec Ben Kingsley et Penélope Cruz et SWING VOTE / La Voix du Cœur, une comédie politique satirique avec Kevin Costner. Signalons, puisqu’on parle de politique, qu’après avoir été pendant presque trente ans un supporter actif du Parti Républicain, de Reagan et des Bush père et fils, Dennis Hopper rejoindra les Démocrates lors de l’élection présidentielle américaine de 2008. Écoeuré par la désignation de la virago Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence républicaine, Hopper fera clairement savoir qu’il deviendra supporter politique de Barack Obama !  

En 2009, Dennis Hopper joue toujours à la télévision, incarnant le producteur de disques Ben Cendars dans la série CRASH, basée sur le film de Paul Haggis. Mais la série est annulée au terme d’une saison. Il complète son dernier film : la comédie THE LAST FILM FESTIVAL, avec Jacqueline Bisset et Leelee Sobieski, et prête sa voix à un film d’animation, ALPHA AND OMEGA.  

Malheureusement, sa santé se dégrade rapidement, sous l’effet d’un cancer de la prostate avancé. Une dernière mésaventure conjugale vient assombrir ses derniers mois, une procédure de divorce houleuse, «à la californienne», d’avec sa dernière femme, Victoria Duffy, qui lui aurait volé 1.5 millions $ en œuvres d’art et se voit interdite de l’approcher, mais pourra légalement rester sur sa propriété… Dennis Hopper est sur la liste des artistes invités au spectacle inaugural du Museum of Contemporary Art (MOCA) de Los Angeles, avec le concours de Julian Schnabel, en mars 2010. Il a enfin son étoile, la 2403e, sur le Hollywood Walk of Fame, le 18 mars. Pour l’occasion, Dennis Hopper apparaît en public pour la dernière fois, rongé par la maladie, et entouré de sa famille, ses amis Jack Nicholson, Viggo Mortensen, David Lynch, Michael Madsen, et ses nombreux fans. 

Dans sa demeure de Venice, en Californie, Dennis Hopper a finalement pris la grande route sur son chopper, le 29 mai dernier, moins de deux semaines après son 74e anniversaire. Il laisse derrière lui un fils, trois filles, et deux petites-filles. Ce mercredi 2 juin, il vient d’être enterré par ses proches (dont son vieux copain de toujours, Jack Nicholson) à Taos, Nouveau-Mexique, là où il écrivit et tourna EASY RIDER.  

Bonne route, Monsieur Hopper. On boira une bonne bière à votre santé – si possible une Pabst Blue Ribbon, votre marque préférée dans BLUE VELVET…

 

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Jack O’Lantern – Jack Cardiff (1914-2009)

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Jack CARDIFF (1914-2009)   

« Beaucoup de réalisateurs qui ont pas mal vécu acquièrent un regard lugubre, comme si leur âme était marquée, comme les pilotes de chasse qui ont survécu à une guerre. » 

Jack Cardiff est décédé dans sa maison du Cambridgeshire, en Angleterre, le 22 avril 2009. Il fut l’un des meilleurs chef-opérateurs au monde, particulièrement entre les années 40 et 60 où il donna à de grands classiques une touche d’élégance rarement égalée. Grâce à lui, notamment, Ava Gardner n’a jamais paru plus désirable qu’à l’époque où elle incarnait PANDORA ou LA COMTESSE AUX PIEDS NUS. Jack Cardiff fut aussi un solide réalisateur, réalisateur de films à succès dans les années 60, notamment avec AMANTS ET FILS, LES DRAKKARS et LE DERNIER TRAIN DU KATANGA. Mais c’est incontestablement son talent de chef opérateur qui lui valut une réputation d’artiste de la caméra, dont la science des éclairages et de la couleur lui valut le surnom de « Jack O’Lantern ».

Il se nommait en fait John G.J. Gran, et naquit le 18 septembre 1914 à Great Yarmouth, Norfolk (Angleterre). Jack Cardiff était un véritable enfant de la balle, fils de parents artistes de music hall – son père avait même travaillé une fois avec Charles Chaplin en personne. Jack Cardiff fit ses « grands » débuts au cinéma comme acteur dans des films muets, jouant enfant aux côtés de ses parents. Dans sa famille, il comptait aussi une future actrice de renom, la pétulante et regrettée Kay Kendall (LES GIRLS), compagne de Rex Harrison avec qui il travailla souvent. Il prit à l’âge adulte le même nom de scène que son père.

À 15 ans, le jeune Cardiff travaille comme assistant caméraman, clappeur et employé de production pour la British International Pictures – notamment pour un film d’Alfred Hitchcock THE SKIN GAME. Bien des années après, le grand cinéaste le retrouverait comme professionnel accompli, signant la photo léchée de son film LES AMANTS DU CAPRICORNE. Il fut l’ami à cette époque de deux futurs grands de l’image, Ted Moore (futur chef opérateur des James Bond avec Sean Connery), et de Freddie Young (ni plus ni moins que le chef opérateur des chef-d’oeuvres de David Lean – LAWRENCE D’ARABIE et DOCTEUR JIVAGO), pour lequel Cardiff et Moore travaillaient.   

En 1935-1936, Jack Cardiff devient opérateur caméra et chef-opérateur occasionnel, travaillant surtout pour la London Films et Denham Studios. Il se distingue très vite par sa curiosité envers les nouvelles techniques du cinéma, devenant en 1936 le tout premier opérateur à tourner un film Technicolor en Grande-Bretagne, WINGS OF THE MORNING / La Baie du Destin, avec Henry Fonda un esprit de pionnier que l’on retrouvera aussi, plus tard dans sa carrière, quand il s’essaiera au procédé Smell-O-Vision, utilisé sur un seul film : SCENT OF MYSTERY, dont il fut le réalisateur !  

Durant la 2e Guerre Mondiale, il travaille comme opérateur pour des films dinformation publique. 1943 est l’année du grand tournant professionnel de Jack Cardiff : le voilà caméraman de la 2e équipe du film de Michael Powell & Emeric Pressburger, COLONEL BLIMP. Les cinéastes de la compagnie des Archers, impressionnés par son talent sur une scène tournée par ses soins (une séquence où des trophées de chasse indiquent le passage du Temps dans l‘histoire du colonel en question), lengageront pour trois autres de leurs chef-d’oeuvres ultérieurs après la Guerre : UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT, LE NARCISSE NOIR et LES CHAUSSONS ROUGES. Ces films feront de Cardiff un des chefs-opérateurs les plus appréciés pour de futures grandes productions (voir l‘impressionnante filmographie plus bas).Cardiff gagna notamment l’Oscar et le Golden Globe de la Meilleure Photographie pour LE NARCISSE NOIR, où sa connaissance des grands peintres (il citera Vermeer et Le Caravage comme influences majeures) donnera au film de Powell une esthétique unique, magnifiée par un emploi magistral du Technicolor. Jugez plutôt ci-dessous ! 

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Les années 50 sont une période faste pour Jack Cardiff, qui signe la lumière de nombreux classiques du cinéma hollywoodien. Il magnifie notamment Ava Gardner dans PANDORA et LA COMTESSE AUX PIEDS NUS, signe pour King Vidor la lumière de GUERRE ET PAIX, et se montre apte à travailler en extérieurs dans de grands films d’aventures aux tournages souvent difficiles (AFRICAN QUEEN de John Huston, LES VIKINGS de Richard Fleischer).Sa réputation est telle que Marilyn Monroe elle-même, connue pourtant pour les difficultés qu’elle créait sur les tournages, aurait insisté pour quil soit le chef-opérateur du PRINCE ET LA DANSEUSE, le film réalisé par Laurence Olivier. Cardiff signera d’ailleurs de très belles photographies de Marilyn durant le tournage. 

À cette époque, Cardiff s’intéresse également à la mise en scène, et tente de devenir réalisateur. En 1953, il tourne THE STORY OF WILLIAM TELL avec Errol Flynn, mais le tournage en Suisse, financé par la star déchue sarrête, faute de moyens. Pas découragé, Cardiff deviendra réalisateur en 1958 avec INTENT TO KILL/Tueurs à Gages, un thriller. 

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Un extrait d’AMANTS ET FILS avec Dean Stockwell.  

Il signera ses films les plus connus durant la décennie suivante : AMANTS ET FILS en 1960 (Golden Globe du Meilleur Réalisateur, Oscar de la Meilleure Photo et 7 autres nominations aux Oscars), un grand drame avec Trevor Howard, Wendy Hiller et le jeune Dean Stockwell ; la virile épopée de 1963 THE LONG SHIPS / Les Drakkars, avec Richard Widmark face à Sidney Poitier, où il met à profit son savoir-faire acquis avec LES VIKINGS ; LE JEUNE CASSIDY en 1965, reconstitution des jeunes années irlandaises de l’écrivain Sean O’Casey incarné par Rod Taylor. Cardiff y remplace en urgence en fait le grand John Ford, gravement malade, au bout de quelques jours, et s’en tire avec les honneurs. Et, en 1968, Cardiff signe un petit classique du « film de commando », THE MERCENARIES / Le Dernier Train du Katanga – toujours avec Rod Taylor. 

Toujours très actif avec les années, Jack Cardiff travaillera presque exclusivement dans les années 70-80 comme chef-opérateur, pour des films hélas moins prestigieux. Malgré tout, il se tire toujours honorablement de ses engagements, dont les plus connus sont MORT SUR LE NIL avec Peter Ustinov en Hercule Poirot, le film de mercenaires LES CHIENS DE GUERRE avec Christopher Walken. Le réalisateur John Irvin a certainement aimé THE MERCENARIES et travaillera de nouveau avec Cardiff pour son film suivant, LE FANTÔME DE MILBURN, un film fantastique méconnu et réussi avec les vieillissants Fred Astaire et Melvyn Douglas harcelés par un spectre terrifiant. Cardiff travaillera aussi notamment avec les Messieurs Muscles les plus célèbres des années 80, Arnold Schwarzenegger pour CONAN LE DESTRUCTEUR et Sylvester Stallone, dont il signe la photo tropicale pour le méga-succès de 1985, RAMBO : FIRST BLOOD, PART II / Rambo II.  

 

Jack Cardiff se retirera peu à peu progressivement des plateaux de tournage, mais continuera à être très actif dans ses dernières années, épaulant de jeunes réalisateurs débutants. Il laisse sa dernière épouse Niki et ses quatre fils : John, Rodney, Peter et Mason.

Ce grand maître de la lumière nous laisse une filmographie impressionnante, truffée de récompenses. Vous trouverez aussi quelques scènes issues des classiques qu’il a contribué à mettre en images.  

Oscars :  

1948 LE NARCISSE NOIR – Meilleure Photographie

2001 Oscar Honoraire pour lensemble de sa carrière et sa contribution au Cinéma (un record de 53 années écoulées pour un même récipiendaire dau moins 2 Oscars !)  

Golden Globes :

1948 LE NARCISSE NOIR – Meilleure Photographie 1960 AMANTS ET FILS – Meilleur Réalisateur

 

Autres prix reçus par Jack Cardiff :

1960 AMANTS ET FILS – Prix du National Board of Review du Meilleur Réalisateur, et Prix du Cercle des Critiques de Films New-yorkais du Meilleur Réalisateur

1961 FANNY – Golden Laurel Award, 3e Place, pour la Photographie Couleur

1994 Prix International de lAmerican Society of Cinematographers  

Prix Spécial de la British Society of Cinematographers pour lensemble de son œuvre  

1997 Prix du Cercle des Critiques de Films Londoniens pour lensemble de son œuvre  

Nominations : 

Oscar de la Meilleure Photographie :  1957 GUERRE ET PAIX

1962 FANNY  

 

Oscar du Meilleur Réalisateur, Palme dOr du Festival de Cannes, Prix de la Mise en Scène de la Directors Guild of America :

1960 AMANTS ET FILS 

BAFTA TV Award du Meilleur Caméraman : 

1985 PAVILLONS LOINTAINS  

Titres honorifiques :

Officier de lEmpire Britannique en 2000. 

Patron de la Brighton Film School.  

Membre Honoraire de la GBCT, Guild of British Camera Technicians.

Nommé Compagnon du BFI (British Film Institute)  

Filmographie de Jack Cardiff :  Acteur :

1918 MY SON, MY SON  

1922 BILLYS ROSE  

1923 THE LOVES OF MARY, QUEEN OF SCOTS  

1927 TIPTOES, avec Dorothy Gish  2001 LARRY AND VIVIEN : THE OLIVIERS IN LOVE   

Clappeur, assistant caméraman et opérateur caméra : 

1929 HARMONY HEAVEN, THE AMERICAN PRISONER et HATE SHIP  

1930 THE FLAME OF LOVE et LOOSE ENDS  

1931 THE SKIN GAME, dAlfred Hitchcock. Jack Cardiff n’est pas crédité au générique  

THE GHOST TRAIN  

1932 DIAMOND CUT DIAMOND  

1935 HONEYMOON FOR THREE et BREWSTERS MILLIONS   

THE GHOST GOES WEST / Fantôme à Vendre, de René Clair, avec Robert Donat  

1936 THE CORONATION OF KING GEORGE VI et AS YOU LIKE IT  

THINGS TO COME / La Vie Future ou Les Mondes Futurs, de William Cameron Menzies   THE MAN WHO COULD WORK MIRACLES, de Lothar Mendes – Jack Cardiff est l’opérateur caméra effets spéciaux du film, non crédité au générique  

1937 DARK JOURNEY  

LE CHEVALIER SANS ARMURE, de Jacques Feyder, avec Marlene Dietrich et Robert Donat  

1939 LES QUATRE PLUMES BLANCHES, de Zoltan Korda  

1943 THE LIFE AND DEATH OF COLONEL BLIMP, de Michael Powell & Emeric Pressburger, avec Roger Livesey, Deborah Kerr et Anton Wallbrook  

1959 LE JOURNAL DANNE FRANK, de George Stevens – Jack Cardiff était lopérateur des scènes dextérieur tournées à Amsterdam.  

Chef-opérateur, ou Directeur de la Photographie :  

1935 LES DERNIERS JOURS DE POMPÉI, de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper - Cardiff n’est pas crédité.      

1937 WINGS OF THE MORNING / La Baie du Destin, de Harold D. Schuster   1938 LA CACCIA ALLA VOLPE NELLA CAMPAGNA, documentaire d’Alessandro Biasetti  

1938-1944 : courts-métrages documentaires – PARIS ON PARADE, WORLD WINDOWS, MAIN STREET OF PARIS, WESTERN ISLES, QUEEN COTTON, PLASTIC SURGERY IN WARTIME, GREEN GIRDLE, THIS IS COULOUR, OUT OF THE BOX, COLOUR IN CLAY, BORDER WEAVE, SCOTTISH MAZURKA et WESTERN APPROACHES  

1942 THE GREAT MR. HANDEL, de Norman Walker  

1945 CÉSAR ET CLÉOPÂTRE, de Gabriel Pascal, avec Claude Rains, Vivien Leigh et Stewart Granger  

1946 UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT, de Michael Powell & Emeric Pressburger, avec David Niven  

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 « vous savez, ce que ça nous manque, le Technicolor, là-haut ! »

 

1947 LE NARCISSE NOIR, de Michael Powell & Emeric Pressburger, avec Deborah Kerr  

1948 LES CHAUSSONS ROUGES, de Michael Powell & Emeric Pressburger, avec Moira Shearer et Anton Wallbrook   

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le ballet de Moira Shearer dans LES CHAUSSONS ROUGES.  

ARABIAN BAZAAR, documentaire  

SCOTT OF THE ANTARCTIC, de Charles Frend, avec John Mills  

1949 UNDER CAPRICORN / Les Amants du Capricorne, d’Alfred Hitchcock, avec Ingrid Bergman et Joseph Cotten  

1950 PEINTRES ET ARTISTES MONTMARTROIS, documentaire court-métrage  

LA ROSE NOIRE, de Henry Hathaway, avec Tyrone Power et Orson Welles  

1951 PARIS, documentaire court-métrage  

PANDORA AND THE FLYING DUTCHMAN / Pandora, d’Albert Lewin, avec Ava Gardner et James Mason  

AFRICAN QUEEN, de John Huston, avec Katharine Hepburn et Humphrey Bogart  

1952 THE MAGIC BOX, de John Boulting, avec Robert Donat et Richard Attenborough  

IT STARTED IN PARADISE, de Compton Bennett  

1953 THE STORY OF WILLIAM TELL, de lui-même, avec Errol Flynn - tournage inachevé. 

THE MASTER OF BALLANTRAE, de William Keighley, avec Errol Flynn  

1954 MONTMARTRE NOCTURNE, documentaire court-métrage  

IL MAESTRO DI DON GIOVANNI, de Milton Krims, avec Errol Flynn et Gina Lollobrigida  

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Bande-annonce de LA COMTESSE AUX PIEDS NUS. Ava dans toute sa splendeur !  

LA COMTESSE AUX PIEDS NUS, de Joseph L. Mankiewicz, avec Ava Gardner, Humphrey Bogart et Rossano Brazzi  

1956

 

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Les dernières minutes de GUERRE ET PAIX.  

GUERRE ET PAIX, de King Vidor, avec Audrey Hepburn et Henry Fonda  

THE BRAVE ONE / Les Clameurs se sont tues, d’Irving Rapper   

1957 LE PRINCE ET LA DANSEUSE, de et avec Laurence Olivier et avec Marilyn Monroe  

LEGEND OF THE LOST / La Cité Disparue, de Henry Hathaway, avec John Wayne et Gina Lollobrigida   

1958 THE BIG MONEY / In The Pocket, de John Paddy Carstairs  

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LES VIKINGS : les funérailles d’Einar (Kirk Douglas) et le générique de fin !

 

LES VIKINGS, de Richard Fleischer, avec Kirk Douglas, Tony Curtis, Janet Leigh et Ernest Borgnine  

1961 FANNY, de Joshua Logan, avec Leslie Caron, Maurice Chevalier, Charles Boyer et Horst Buchholz  

1968 THE MERCENARIES / Le Dernier Train du Katanga, de lui-même, avec Rod Taylor et Yvette Mimieux  

THE GIRL ON A MOTORCYCLE / La Motocyclette, de lui-même, avec Alain Delon et Marianne Faithfull ! Scénario co-écrit par Cardiff. 

1973 SCALAWAG, de et avec Kirk Douglas  

1975 RIDE A WILD PONY, de Don Chaffey  

1977 CROSSED SWORDS ou THE PRINCE AND THE PAUPER, de Richard Fleischer, avec Oliver Reed, Raquel Welch, Ernest Borgnine et George C. Scott  

1978 MORT SUR LE NIL, de John Guillermin, avec Peter Ustinov, Mia Farrow, Jane Birkin, Bette Davis et David Niven  

1979 THE FIFTH MUSKETEER, de Ken Annakin, avec Sylvia Kristel, Ursula Andress, Cornel Wilde, José Ferrer, Lloyd Bridges, Rex Harrison et Olivia De Havilland  

AVALANCHE EXPRESS, de Mark Robson, avec Lee Marvin et Robert Shaw  

UN HOMME, UNE FEMME ET UNE BANQUE, de Noel Black, avec Donald Sutherland  

1980 THE AWAKENING / La Malédiction de la Vallée des Rois, de Mike Newell, avec Charlton Heston  

LES CHIENS DE GUERRE, de John Irvin, avec Christopher Walken  

1981 GHOST STORY / Le Fantôme de Milburn, de John Irvin, avec Fred Astaire et Melvyn Douglas  

1983 THE WICKED LADY / La Dépravée, de Michael Winner, avec Faye Dunaway, Alan Bates et John Gielgud  

1984 PAVILLONS LOINTAINS, mini-série TV de Peter Duffell, avec Amy Irving, Omar Sharif, John Gielgud et Christopher Lee  

SCANDALOUS, de Rob Cohen  

LES DERNIERS JOURS DE POMPÉI, mini-série TV de Peter Hunt, avec Ernest Borgnine, Laurence Olivier, Franco Nero et Ned Beatty  

CONAN LE DESTRUCTEUR, de Richard Fleischer, avec Arnold Schwarzenegger  

1985 CAT’S EYE, de Lewis Teague, avec Drew Barrymore et James Woods  

RAMBO : FIRST BLOOD, PART II / Rambo II, de George Pan Cosmatos, avec Sylvester Stallone  

1986 TAI-PAN, de Daryl Duke, avec Bryan Brown  

1987 MILLION DOLLAR MYSTERY, de Richard Fleischer  

1989 CALL FROM SPACE, court-métrage de Richard Fleischer    

1990 THE MAGIC BALLOON, court-métrage de Ronald Neame  

1991 VIVALDI’S FOUR SEASONS  

1998 THE DANCE OF SHIVA, court-métrage de Jamie Payne, avec Kenneth Branagh  

2000 THE SUICIDAL DOG, court-métrage de Paul Merton  

2004 THE TELL-TALE HEART, d’après LE CŒUR RÉVÉLATEUR d’Edgar Allan Poe, court-métrage de Stephanie Sinclaire – Cardiff en est également le chef monteur. 

FLAMINGO BLUES, de Robbi Stevens – Cardiff est crédité comme conseiller à la lumière.  

2005 LIGHTS2, court-métrage de Marcus Dillistone, avec John Mills  

2007 THE OTHER SIDE OF THE SCREEN, documentaire de Stanley A. Long  

Réalisateur :  

1953 THE STORY OF WILLIAM TELL  

1958 INTENT TO KILL / Tueurs à Gages, avec Richard Todd et Herbert Lom  1959 WEB OF EVIDENCE ou BEYOND THIS PLACE / Fils de Forçat, avec Van Johnson et Vera Miles  

1960 SCENT OF MYSTERY, avec Peter Lorre, Elizabeth Taylor et Denholm Elliott  

AMANTS ET FILS avec Trevor Howard, Wendy Hiller et Dean Stockwell  

1962 MA GEISHA, avec Shirley MacLaine, Yves Montand et Edward G. Robinson 

THE LION, avec William Holden, Trevor Howard et Capucine, daprès « Le Lion », de Joseph Kessel  

1963 THE LONG SHIPS / Les Drakkars, avec Richard Widmark et Sidney Poitier  

1965 LE JEUNE CASSIDY, avec Rod Taylor, Maggie Smith, Michael Redgrave et Julie Christie  

LE LIQUIDATEUR, avec Rod Taylor et Trevor Howard   1968 THE MERCENARIES / Le Dernier Train du Katanga  

THE GIRL ON A MOTORCYCLE / La Motocyclette  

1973 PENNY GOLD, avec Francesca Annis  

1972-1973 : 4 épisodes de la série TV britannique FOLLYFOOT : THE HUNDRED POUND HORSE, THE PRIZE, THE CHALLENGE et THE LETTER  

1974 THE MUTATIONS ou THE FREAKMAKER avec Donald Pleasance  

 

Directeur Artistique et Coordinateur des Effets Visuels :  

2005 SILENCE BECOMES YOU, de Stephanie Sinclaire  

 

 

Lien Internet vers une rubrique consacrée à Jack Cardiff, sur un site en anglais :

http://www.cinematographers.nl/GreatDoPh/cardiff.html

« Raindrops Keep Fallin’On My Head » – Paul Newman 1925-2008

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« Une époque vient de se terminer. Paul Newman était un géant grand et humble. Il disait qu’il devait tout à la chance, mais le reste d’entre nous sait que c’étaient son talent, son intelligence et son cœur généreux qui en ont fait la star qu’il fut. Il devrait être un exemple pour le métier d’acteur parce qu’il semblait s’être fait retirer son ego chirurgicalement . » – Kevin Spacey  

Triste mois de septembre. Si la météo nous garantit un bel été indien, il ne semble pleuvoir que des mauvaises nouvelles sur notre monde. Les attentats continuent, les marchés boursiers s’effondrent. Sur une note plus personnelle, je note que les nouveaux films sortis durant ce fichu mois semblent respirer l’ennui poli (merci le Festival de Cannes) et me découragent d’aller au cinéma. Histoire de déprimer encore plus, j’apprends que Scarlett Johansson vient de se marier… et pour couronner le tout, qu’un grand homme nous a quitté après plus de cinquante années d’une carrière bien remplie.  

Paul Newman s’est éteint à l’âge de 83 ans, ce 26 septembre dernier, des suites d’un cancer du poumon, dans son domicile de Westport, Connecticut. Newman, ce n’était pas juste un acteur talentueux, célèbre pour ses succès qui culminèrent surtout dans les années 1960-70, ni ce sex symbol aux yeux bleus acier qui firent craquer tant de spectatrices – un cliché qui l’agaçait au plus haut point. Pour ceux qui le connaissaient bien, Paul Newman était un homme foncièrement bon, intelligent et au triomphe modeste. Sa carrière ne se cantonna pas au seul métier de comédien, où il imprima de sa forte personnalité nombre de personnages mémorables et de grands films, mais aussi dans d’autres domaines où il s’impliquait totalement et généreusement.  

Paul Leonard Newman est né le 26 janvier 1925 à Sharer Heights, dans l’Ohio, d’un couple de commerçant Juifs, Arthur et Theresa Newman. Dès l’enfance, Paul Newman s’intéressa au théâtre, encouragé en cela par sa mère. Il fit ainsi ses débuts sur scène à l’âge de 7 ans, jouant le bouffon de la cour dans Robin des Bois au théâtre de l’école locale. Diplômé en 1943, il entre brièvement à l’Université de l’Ohio, mais la 2e Guerre Mondiale le pousse à rejoindre l’U.S. Navy. Il s’y engagea dans l’espoir de devenir pilote de chasse, mais ses espoirs furent déçus quand on s’aperçut qu’il était daltonien ! Hé oui, les futurs yeux bleus les plus célèbres du cinéma américain ne percevaient pas les couleurs…  

Mais déjà, le jeune Newman montre qu’il n’est pas du genre à renoncer au premier obstacle. Il devient officier radio et canonnier pour avions bombardiers lance-torpilles dans le Pacifique, servant notamment à bord du bombardier Avenger. Il servit aussi à bord de l’USS Bunker Hill durant la terrible Bataille d’Okinawa, au printemps 1945. Il ne participa pas au combat, retenu en arrière parce que son pilote avait eu une infection à l’oreille. Tout ses équipiers partirent en première ligne et moururent… Après la guerre, Paul Newman termine ses études et obtient le diplôme au Kenyon College en 1949. Il épouse Jackie Witte cette année-là, et ils auront un fils, Scott, en 1950, et deux filles, Susan Kendall (née en 1953) et Stephanie. Paul et Jackie se sépareront en 1958.  

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Ci-dessus : le screen-test historique de Paul Newman et James Dean pour A L’EST D’EDEN.    

Retour en 1949. Le jeune Paul Newman étudie l’art dramatique à Yale, puis rejoint l’école de Lee Strasberg à New York, un certain Actor’s Studio qui va révéler tant de talents durant les décennies suivantes… Newman fait ses débuts à Broadway au début des années 1950, dans la première production de la pièce de William Inge, PICNIC, dont Joshua Logan tirera plus tard un film avec William Holden et Kim Novak. Il retient vite l’attention du public et des critiques, jouant notamment DOUX OISEAU DE JEUNESSE de Tennessee Williams, avec Geraldine Page. Il sera d’ailleurs en 1962 la vedette, toujours avec Geraldine Page, de l’adaptation filmée homonyme, signée Richard Brooks. Entre 1952 et 1954, Paul Newman fait aussi plusieurs apparitions dans des pièces filmées à la télévision. Le jeune comédien passe bien à l’image, et se fait vite remarquer par Hollywood. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’est pas très enthousiaste de venir à Los Angeles… Il y tourne en 1954 son premier film, LE CALICE D’ARGENT, un péplum de Victor Saville avec Virginia Mayo, Pier Angeli et Jack Palance. S’il reçoit des critiques positives pour ses débuts, Newman déclarera clairement détester ce film, ne supportant pas de se voir en tunique ! Avec les années, il continuera à rire de ses débuts mal engagés à Hollywood… En 1955, il auditionne pour le rôle d’Aron Trask dans un screen-test d’A L’EST D’EDEN, en compagnie de James Dean. La bobine deviendra un véritable objet de collection par la suite. Newman ne sera pourtant pas choisi par le réalisateur Elia Kazan, qui lui préfère Richard Davalos. Cette même année, Newman jouera aussi une pièce de théâtre télévisée, filmée en couleur et en direct, OUR TOWN de Thornton Wilder, avec Eva Marie Saint et Frank Sinatra en personne.  

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Les choses vont vite s’arranger au cinéma pour l’acteur. En 1956, il est à l’affiche de SOMEBODY UP THERE LIKES ME / Marqué par la Haine, magnifique film de Robert Wise sur la vie du boxeur Rocky Graziano. Le talent de Newman peut enfin s’exprimer dans un rôle adéquat. Newman ne joue pas, il est Graziano, littéralement. Un petit voyou de New York, violent, solitaire, rebelle à tout et à tous, qui devient dans l’épreuve un véritable être humain en pleine rédemption. Et le premier d’une série de personnages de révoltés mémorables que Newman saura par la suite incarner à la perfection. Soit dit en passant, la diction, la gestuelle et les choix vestimentaires de Newman pour ce rôle inspireront délibérément, vingt ans après, un Sylvester Stallone qui y trouvera certainement l’inspiration de son ROCKY…  Newman va enchaîner les films : THE RACK avec Lee Marvin, toujours en 1956 ; l’année suivante, THE HELEN MORGAN STORY / Pour elle un seul homme, du vétéran Michael Curtiz, avec Ann Blyth ; puis UNTIL THEY SAIL avec Jean Simmons, Joan Fontaine, Piper Laurie et Sandra Dee, film signé par son réalisateur de SOMEBODY UP THERE…, Robert Wise. Notons d’ailleurs que Newman travaillera souvent plusieurs fois avec les mêmes réalisateurs et comédiens, signe que l’homme était apprécié pour son professionnalisme et son sens de l’amitié.  

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Ci-dessus : la bande-annonce d’époque de THE LONG, HOT SUMMER / Les Feux de l’été.  

1958 marque une nouvelle étape dans sa vie et dans sa carrière, avec pas moins de trois grands films qui lui valent de nouvelles louanges. Newman obtient le Prix du Meilleur Acteur au Festival de Cannes pour le rôle de Ben Quick dans THE LONG, HOT SUMMER / Les Feux de l’été, une adaptation des nouvelles de William Faulkner signée Martin Ritt, son réalisateur préféré. Il y joue aux côtés d’Orson Welles et d’une charmante comédienne avec qui il s’entend à merveille. Elle s’appelle Joanne Woodward. Paul et Joanne se sont mariés le 29 janvier 1958, marquant ainsi le début d’une solide histoire commune ; chose exceptionnelle dans un milieu où les divorces de célébrités sont légion, ils resteront mariés plus de cinquante ans, jusqu’à son décès. Ils ont eu trois filles : Elinor dite « Nell », née en 1959, Melissa dite « Lissy », née en 1961, et Claire dite « Clea », née en 1965.  

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Ci-dessus : Paul Newman dans la bande-annonce de THE LEFT HANDED GUN / Le Gaucher.  

En cette année 1958, Newman est également applaudi pour sa prestation dans THE LEFT HANDED GUN / Le Gaucher, western atypique d’Arthur Penn, où il joue un Billy The Kid torturé par ses démons intérieurs. Et il décroche sa première nomination à l’Oscar du Meilleur Acteur pour le rôle de Brick Pollitt dans LA CHATTE SUR UN TOIT BRÛLANT, adaptation de la pièce de Tennessee Williams par Richard Brooks, où il forme un couple mémorable avec Elizabeth Taylor. Plus anodin, RALLYE ‘ROUND THE FLAG, BOYS !, comédie de Leo McCarey, lui permet de jouer pour la seconde fois avec Joanne Woodward, et Joan Collins.

Après THE YOUNG PHILADELPHIANS de Vincent Sherman en 1959, Paul Newman joue dans deux films en 1960. DU HAUT DE LA TERRASSE, de Mark Robson, son troisième film avec Joanne Woodward, et le célèbre EXODUS d’Otto Preminger, avec Eva Marie Saint et Ralph Richardson. Dans ce grand drame épique et controversé sur la naissance difficile de l’état d’Israël, Newman tient le rôle d’Ari Ben Canaan, un membre de la Hagana qui ne s’en laisse pas compter, ni par les militaires Britanniques ni par les extrémistes Palestiniens, pour emmener des milliers de rescapés de la Shoah vivre dans la paix en Terre Promise.  

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La décennie cinématographique des années 60 sera faste. En 1961, il joue « Fast Eddie » Felson, dans THE HUSTLER / L’Arnaqueur de Robert Rossen, avec Jackie Gleason, Piper Laurie et George C. Scott. Interprétation magistrale d’un virtuose du billard dont le talent excite la convoitise des bookmakers, mais dont le caractère ingérable finit par détruire son amour naissant pour la jeune femme écrivain alcoolique campée par Laurie. Le rôle d’Eddie lui vaut une seconde nomination à l’Oscar, ainsi qu’au Golden Globe du Meilleur Acteur. Il retrouve Joanne Woodward sur le plateau de PARIS BLUES de Martin Ritt, dont ils partagent l’affiche avec Sidney Poitier et la légende du jazz, Louis Armstrong en personne.  

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Ci-dessus : un extrait de HUD / Le Plus Sauvage d’Entre Tous. Hud (Newman) n’aime ni les vautours, ni la Loi…    

 

L’année suivante, Newman retrouve donc l’univers de Tennessee Williams, Richard Brooks et Geraldine Page pour DOUX OISEAU DE JEUNESSE. Le rôle de Chance Wayne pour ce film lui vaut une seconde nomination au Golden Globe du Meilleur Acteur. Martin Ritt le retrouve pour un second rôle, dans HEMINGWAY’S ADVENTURES OF A YOUNG MAN qui lui vaut une nomination simultanée, cette fois-ci en tant que Meilleur Acteur dans un Second Rôle ! Mais toujours pas de récompense suprême… 1963 le voit briller de nouveau devant les caméras de Martin Ritt. Il est HUD / Le Plus Sauvage d’Entre Tous – face à Melvyn Douglas et Patricia Neal. Ce drame un peu pesant (l’atmosphère étouffante du Texas y est sûrement pour quelque chose) lui permet d’incarner Hud Bannon, un cow-boy paumé, alcoolique, indiscipliné et violent. Un personnage détestable certes, mais le talent de Newman le rend presque sympathique, et lui vaut deux nouvelles nominations comme Meilleur Acteur, pour l’Oscar et le Golden Globe.  

Viennent ensuite A NEW KIND OF LOVE, une comédie de Melville Shavelson, avec Joanne Woodward (5e film ensemble) et le thriller THE PRIZE / Pas de Lauriers pour les Tueurs avec Elke Sommer et Edward G. Robinson sous les caméras de Mark Robson. Il enchaînera les années suivantes WHAT A WAY TO GO ! de J. Lee Thompson, comédie musicale avec Shirley MacLaine, Robert Mitchum, Dean Martin et Gene Kelly ; L’OUTRAGE, de l’ami Martin Ritt, remake « western mexicain » de RASHÔMON, avec Laurence Harvey, Claire Bloom et Edward G. Robinson ; et LADY L de Peter Ustinov, avec Sophia Loren et David Niven. En 1966, Paul Newman remporte un grand succès avec HARPER / Détective Privé de Jack Smight, avec Lauren Bacall, Janet Leigh et Robert Wagner.  

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Puis il tourne avec Julie Andrews dans LE RIDEAU DÉCHIRÉ du Maître du Suspense Alfred Hitchcock. Malheureusement, le style de jeu très intense de Newman, avec ses techniques héritées de l’enseignement de l’Actor’s Studio, ne se lie pas très bien avec les exigences de mise en scène de Hitchcock, qui privilégiait les « plans neutres » de la part de ses acteurs-vedettes. Le film, distrayant mais bancal, n’emporte pas l’adhésion totale du spectateur. Reste toutefois une séquence-choc mémorable, où Paul Newman doit réduire coûte que coûte au silence un sinistre agent de la Stasi dans une ferme est-allemande… Une des scènes hitchcockiennes de meurtre les plus impressionnantes qui soit, par sa longueur, sa brutalité (pour l’époque) et les différentes « armes » employées par Newman et sa complice pour éliminer l’espion ! Voir la séquence ci-dessus, avec la musique de Bernard Herrmann, rejetée par Hitchcock.  

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Dans le western HOMBRE, où il tient le rôle de John Russell, un « Indien Blanc », Newman retrouve son réalisateur fétiche Martin Ritt, qui l’oppose au médecin véreux Fredric March et à un affreux desperado campé par Richard Boone. Et l’acteur triompe avec l’un des meilleurs « films de prison », LUKE LA MAIN FROIDE, où il joue avec George Kennedy sous la direction de Stuart Rosenberg. Une nouvelle fois nominé à l’Oscar et au Golden Globe, Newman campe un de ses meilleurs rôles de rebelles avec le personnage de Luke. Les moments d’anthologie sont nombreux dans ce classique qui ne vieillit pas – notamment la séquence où Luke parie qu’il peut engloutir cinquante œufs durs en une heure. L’acteur releva réellement le défi, à s’en distordre l’estomac, comme vous pouvez le voir ci-dessus !  

En dehors des écrans, Paul Newman est aussi présent dans les combats politiques. Fervent démocrate, il soutient activement la campagne d’Eugene McCarthy en 1968… et se retrouve du coup sur la liste des ennemis politiques de Richard Nixon ! Signalons par ailleurs que Newman maintiendra jusqu’au bout ses convictions démocratiques, et fut aussi un défenseur des droits des homosexuels.  

Toujours en 1968, après avoir joué dans une comédie militaire de Jack Smight, THE SECRET WAR OF HARRY FRIGG / Évasion sur Commande, Newman passe à la réalisation, signant le joli drame RACHEL, RACHEL, avec sa chère Joanne Woodward. Cela lui vaut de décrocher enfin le Golden Globe… du Meilleur Réalisateur ! Plus une nomination à l’Oscar du Meilleur Réalisateur. Ensuite, Newman retrouve Joanne Woodward et Robert Wagner pour jouer dans WINNING / Virages, de James Goldstone. C’est en préparant le tournage de ce film axé sur les sports automobiles que Paul Newman s’enthousiasmera pour les courses d’endurance, et deviendra un véritable pilote professionnel en 1972. Il finira second aux 24 Heures du Mans en 1979, et, à l’âge de 70 ans, sera le plus vieux vainqueur d’une course automobile aux 24 Heures de Daytona, en 1995 !  

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Mais c’est surtout le film suivant qui va demeurer dans les esprits : BUTCH CASSIDY ET LE KID, de George Roy Hill lui permet de jouer avec son jeune collègue Robert Redford. Sans oublier Katharine Ross, qu’il séduit à l’écran à vélo, avec la célèbre chanson de Burt Bacharach, « Raindrops Keep Fallin’On My Head » ! Voir la séquence di-dessus (pardon pour la mauvaise qualité d’image, ravagée par le Pan&Scan…). Newman est un Butch Cassidy malicieux et inconscient, un incorrigible rêveur qui forme avec Sundance Kid (Redford) un duo inoubliable. Truffé de morceaux de bravoure, ce western tragicomique fait de Redford une star et consacre Newman comme l’un des acteurs les plus aimés de l’époque. La décennie se conclut en compagnie de Joanne Woodward dans le drame de Stuart Rosenberg, WUSA, où ils jouent avec Anthony Perkins et Laurence Harvey.  

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Les années 1970s arrivent, et Paul Newman continue à tourner, devant et derrière la caméra. Il signe en 1971 son second film en tant que réalisateur, le drame d’aventures SOMETIMES A GREAT NOTION / Le Clan des Irréductibles, qui lui permet de jouer avec une légende de l’écran, Henry Fonda. L’année suivante, Stuart Rosenberg le dirige à nouveau dans le western humoristique POCKET MONEY / Les Indésirables, où il retrouve Lee Marvin 16 ans après THE RACK. Paul Newman incarne à merveille cette année-là une autre grande figure du Far-West, Roy Bean dit « le Juge ». THE LIFE AND TIMES OF JUDGE ROY BEAN / Juge et Hors-la-Loi, écrit par John Milius et réalisé par John Huston, le met en valeur dans un western désabusé et comique, où l’acteur s’amuse bien dans le rôle-titre. Enfin, cette même année, Newman signe son troisième film en tant que cinéaste, DE L’INFLUENCE DES RAYONS GAMMA SUR LE COMPORTEMENT DES MARGUERITES, toujours avec Joanne Woodward, et leur fille Nell Potts.  

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Ci-dessus : la bande-annonce de THE STING / L’Arnaque.  

En 1973, Newman retrouve John Huston comme réalisateur pour THE MACKINTOSH MAN / Le Piège, dont il partage l’affiche avec Dominique Sanda et James Mason. Mais il connaît surtout son plus grand succès avec THE STING / L’Arnaque. La belle équipe de BUTCH CASSIDY est de retour – Robert Redford est de l’aventure pour « plumer » un mémorable méchant gangster joué par Robert Shaw, toujours sous les caméras de George Roy Hill. La complicité de Newman et Redford fait toujours plaisir à voir, même s’ils se font quelque peu voler la vedette par Shaw. Le film récolte une pluie d’Oscars… mais Paul Newman n’est même pas nominé !  

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Ci-dessus : la bande-annonce de SLAP SHOT / La Castagne.  

Nouveau grand succès public pour Newman l’année suivante avec LA TOUR INFERNALE. LE film-catastrophe le plus réussi de la décennie, dû au producteur Irwin Allen et au réalisateur John Guillermin, qui place Paul Newman en architecte héroïque, pris au piège du monstrueux incendie qui ravage le gratte-ciel qu’il a construit. En tête d’un casting de superstars, Newman partage la vedette avec son grand rival au box-office, Steve McQueen ! En 1975, Newman interprète à nouveau le détective privé Lew Harper, neuf ans après HARPER. THE DROWNING POOL / La Toile d’Araignée lui fait partager l’affiche pour la huitième fois avec son épouse Joanne Woodward, sous les caméras de Stuart Rosenberg avec qui il travaille pour la quatrième fois. Noter aussi dans le casting la présence d’une petite jeunette avec qui il retravaillera des années après, Melanie Griffith.

L’année suivante, Paul Newman rajoute un personnage supplémentaire à sa « collection » d’anti-héros de l’Ouest : il est la vedette de BUFFALO BILL ET LES INDIENS de Robert Altman, avec Geraldine Chaplin, Harvey Keitel et Burt Lancaster. Malheureusement, le film, sorti l’année du bicentenaire américain, est très mal reçu, malgré la prestation de l’acteur. Newman retrouve George Roy Hill en 1977, sans Robert Redford, cette fois, pour SLAP SHOT / La Castagne – une sympathique comédie sportive où Newman est le coach désabusé d’une équipe de hockeyeurs bras cassés.  

En novembre 1978, Paul Newman connaît une terrible tragédie. Son fils de 28 ans, Scott, meurt d’une overdose accidentelle. En souvenir de son fils, Newman créera le Scott Newman Center, pour aider les victimes de la drogue à s’en sortir. Il retrouve en 1979 les caméras de Robert Altman pour le film de science-fiction QUINTET, au casting international comprenant Vittorio Gassman, Fernando Rey, Bibi Andersson et Brigitte Fossey. On passera poliment sur son film suivant, WHEN THE TIME RAN OUT… / Le Jour de la Fin du Monde, de James Goldstone, avec Jacqueline Bisset et William Holden… un film-catastrophe qui, de l’avis général, mérite bien son nom. Newman signe en tant que réalisateur le téléfilm THE SHADOW BOX, avec Joanne Woodward et Christopher Plummer.  

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En 1981, Paul Newman reçoit de nouvelles louanges pour ses interprétations dans FORT APACHE THE BRONX / Le Policeman, de Daniel Petrie, et ABSENCE DE MALICE, un drame Sydney Pollack, avec Sally Field, qui lui vaut une nouvelle nomination à l’Oscar. Il fait ensuite une apparition dans un téléfilm, COME ALONG WITH ME, où, cette fois-ci, c’est son épouse qui le dirige ! Surtout, Newman est extraordinaire dans le rôle de Frank Galvin, dans LE VERDICT de Sydney Lumet, avec Charlotte Rampling et James Mason. Deux nouvelles nominations à l’Oscar, et au Golden Globe du Meilleur Acteur, mais toujours pas de récompense…  

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Ci-dessus : superbe prestation de Paul Newman dans ce court extrait du VERDICT.  

Actif sur tous les fronts, Paul Newman fonde en 1982 avec l’écrivain A.E.Hotchner la Newman’s Own, une marque de produits alimentaires naturels, dont tous les profits, après taxes, seront reversés à des œuvres de charité. Un succès immense (plus de 200 millions de dollars en donations au début de l’année 2006), sur lequel il a écrit avec Hotchner un mémore savoureusement intitulé « Exploitation Éhontée en Faveur du Bien Commun » ! Citons aussi ce commentaire très pince-sans-rire de Mr Newman lui-même : « Une fois que vous voyez votre visage sur une bouteille de garniture pour salade, cela devient difficile de se prendre au sérieux. »  

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Ci-dessus : Eddie Felson (Paul Newman) affronte son ancien poulain Vincent Lauria (Tom Cruise) dans LA COULEUR DE L’ARGENT.

En 1984, Paul Newman se dirige lui-même dans le drame HARRY & SON / L’Affrontement, avec Joanne Woodward, Ellen Barkin et Morgan Freeman. Centré sur les difficiles relations entre un père et son fils, le film compte beaucoup pour Newman, qui y voit là l’occasion d’évoquer en filigrane la perte de son fils survenue six ans plus tôt. 1986 marque enfin la consécration professionnelle de Paul Newman. Lauréat d’un Oscar Honoraire, il tourne cette année-là LA COULEUR DE L’ARGENT de Martin Scorsese. 25 ans après L‘ARNAQUEUR, Newman retrouve le rôle de « Fast Eddie » Felson, vieilli et mûri, et qui replonge pour protéger un jeune virtuose du billard en qui il se reconnaît. L’occasion pour Newman d’être ici le mentor-rival d’une jeune star montante, Tom Cruise, lui-même un grand amoureux des courses automobiles. Nominé au Golden Globe, Newman décroche enfin le fameux Oscar du Meilleur Acteur. Sans vouloir méjuger la prestation du comédien, toujours aussi intense, on ne peut toutefois s’empêcher de penser qu’il s’agit là d’un Oscar « de compensation » permettant à l’Académie de corriger les oublis passés. Newman n’en a cure, toutefois, et continue de travailler, la soixantaine passée. L’année suivante, il réalise LA MÉNAGERIE DE VERRE ( revoilà l’univers de Tennessee Williams ), dirigeant Joanne Woodward, John Malkovich et Karen Allen.

En 1988, Paul Newman fonde le Hole in the Wall Gang Camp, un camp d’été résidentiel pour enfants malades, nommé d’après le gang de BUTCH CASSIDY & LE KID. La réussite de ce nouveau projet se traduit par la fondation d’autres camps « Hole in the Wall » aux USA, en Irlande, en France et en Israël, au service de milliers de petits malades, accueillis gratuitement. Parmi ses activités humanitaires suivantes, signalons que Paul Newman donnera 250 000 $ en Juin 1999 pour aider des réfugiés au Kosovo, et qu’il donnera 10 millions de dollars à son ancien lycée, le Kenyon College, afin d’établir un fond de bourse d’études suffisant.  

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Ci-dessus : la bande-annonce de FAT MAN AND LITTLE BOY / Les Maîtres de l’Ombre.  

Paul Newman est excellent dans deux films un peu oubliés, datant de 1989 : FAT MAN AND LITTLE BOY / Les Maîtres de l’Ombre, de Roland Joffé, avec John Cusack et Laura Dern, où il campe le Général Leslie R. Groves, chargé de diriger le Projet Manhattan menant à la création de la Bombe Atomique durant la 2e Guerre Mondiale. Et il est le truculent Gouverneur Earl K. Long dans BLAZE, de Ron Shelton, avec la pulpeuse Lolita Davidovich. Puis il retrouve, pour la 10e fois à l’écran, sa chère Joanne Woodward, dans le drame Mr. & Mrs. BRIDGE de James Ivory, avec Joanne Woodward.  

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Dans les années 1990 et 2000, Paul Newman va raréfier ses apparitions à l’écran, mais saura toujours prouver qu’il reste un acteur de premier plan. Il revient au cinéma en 1994 avec la comédie des frères Coen THE HUDSUCKER PROXY / Le Grand Saut, avec Tim Robbins et Jennifer Jason-Leigh. Dans cette farce démesurée directement inspirée des classiques de Frank Capra, Newman met toute sa malice à jouer un vieux grigou de la finance au nom improbable, Sidney J. Mussburger ! Ses plans machiavéliques pour récupérer l’entreprise de son défunt associé se voient déjoués par la naïveté d’un grand benêt joué par Robbins, et son invention révolutionnaire, le houla-hop… Cette même année, Newman est brillant en vieux retraité escroc irresponsable, dans NOBODY’S FOOL / Un Homme Presque Parfait de Robert Benton, avec Jessica Tandy, Melanie Griffith, Bruce Willis et Philip Seymour Hoffman.

Deux nouvelles nominations à l’Oscar et au Golden Globe du Meilleur Acteur. Il jouera à nouveau sous la direction de Benton en 1998, dans le thriller TWILIGHT / L’Heure Magique, avec Susan Sarandon, Gene Hackman, Reese Witherspoon et James Garner. En 1999, on le retrouve avec Kevin Costner et Robin Wright Penn dans UNE BOUTEILLE A LA MER de Luis Mandoki, puis l’année suivante, bon pied bon œil dans WHERE THE MONEY IS / En Toute Complicité de Marek Kanievska, avec la belle Linda Fiorentino.  

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Ci-dessus : la confrontation entre Michael Sullivan (Tom Hanks) et John Rooney (Paul Newman) dans ROAD TO PERDITION / Les Sentiers de la Perdition.

Puis, en 2002, Paul Newman va livrer sa dernière apparition au cinéma. Et, par la même occasion, sortir par la grande porte ! Il est le parrain de la pègre irlandaise John Rooney dans le superbe ROAD TO PERDITION / Les Sentiers de la Perdition, de Sam Mendes. Un patriarche déchiré par son amour paternel pour ses deux fils – le « vrai » fils biologique, héritier de l’empire criminel des Rooney, un vrai psychopathe joué par Daniel Craig, et le fils « illégitime », Michael Sullivan, joué par Tom Hanks, exécuteur des basses œuvres, tueur professionnel consciencieux, mais qu’un drame pousse à la révolte sanglante. Newman est magistral dans chacune de ses scènes. Qu’il soit un affectueux papy matois jouant aux dés avec les fils de Sullivan, qu’il soit en train de jouer au piano en silence avec Hanks dans une des meilleures scènes du film, ou encore qu’il roue de coups Craig avant de le serrer dans ses bras, Paul Newman apporte une dimension shakespearienne exceptionnelle. Et cela lui vaudra d’être à nouveau nominé à l’Oscar et au Golden Globe du Meilleur Acteur dans un Second Rôle.  

Sa dernière scène, celle, splendide, de la fusillade sous la pluie dans …PERDITION, ne marquera pas toutefois la fin de son travail de comédien. Paul Newman continuera jusqu’au bout à travailler. En 2003, il campe le Juge Earl Warren dans la minisérie TV FREEDOM : A HISTORY OF US, où il joue le Juge Earl Warren – parmi une pléiade d’immenses comédiens. À Broadway, il reprend le rôle jadis tenu par Frank Sinatra dans OUR TOWN de Thornton Wilder. La pièce, diffusée ensuite à la télévision, est un grand succès et lui vaut une nomination aux Tony Awards et aux Emmy Awards. En 2005, il partage l’affiche du téléfilm de Fred Schepisi EMPIRE FALLS, avec Ed Harris, Philip Seymour Hoffman, Helen Hunt, Robin Wright Penn… et, bien sûr, Joanne Woodward. Bien qu’ils ne jouent pas dans les mêmes séquences, ils sont ainsi réunis pour la dernière fois dans un générique. Et Newman obtient l’Emmy Award et le Golden Globe du Meilleur Acteur dans un Second Rôle pour un Téléfilm !  

Enfin, Paul Newman prêtera sa célèbre voix rocailleuse à plusieurs films : une production IMAX sur la conquête de la Lune, MAGNIFICENT DESOLATION avec Tom Hanks, Matt Damon et Morgan Freeman. Toujours grand amateur de courses automobiles, Newman terminera sa carrière dans deux films liés à sa passion : en 2006, il est la voix de Doc Hudson (surnommé « Hud », clin d’oeil à l’un de ses rôles les plus mémorables), le vieux bolide bourru de CARS, le film Pixar de John Lasseter, où il domine l’ensemble du casting vocal ; et, enfin, il sera le narrateur du film DALE consacré au champion de courses automobiles Dale Earnhardt.  

Paul Newman annonce officiellement qu’il prend sa retraite du métier d’acteur le 25 mai 2007. Il devait réaliser pour le théâtre une adaptation du roman de John Steinbeck, DES SOURIS ET DES HOMMES, au Westport Country Playhouse, mais dût y renoncer en mai 2008. Le cancer, hélas, le gagnait.  

Les cinéphiles du monde entier auront une pensée affectueuse pour sa femme, Joan Woodward, ses filles et toute sa famille. Pour ma part, je n’arrête pas de siffloter « Raindrops Keep Fallin’On My Head »…  

Au revoir, Mr. Paul Newman.



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