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Quelque Chose en toi… – THE THING (1982), 2e partie

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Revenons au fond des choses… 

Pour la première fois de sa carrière, John Carpenter ne signe pas comme à son habitude la musique originale de son film. Production de grand studio oblige, il se voit adjoindre un compositeur familier du public, et pas des moindres : le maestro Ennio Morricone en personne. Un choix approuvé par le réalisateur, que l’on sait grand amateur de westerns, et donc des films de Sergio Leone et Clint Eastwood. Morricone apprécie de son côté le travail de Carpenter, et, s’il ne le rencontre pas directement, il accepte de signer et diriger une musique «carpenterienne» en diable, correspondant à sa sensibilité. Morricone envoie ses compositions depuis Rome jusqu’à Los Angeles, où Carpenter sélectionne ensuite les morceaux qui le marquent. Le résultat est à la fois passionnant… et déconcertant.     Pour ses compositions orchestrales, Morricone puise son inspiration dans le répertoire de Krszystof Penderecki, le compositeur polonais, célèbre pour ses œuvres consacrées à la mémoire des victimes des crimes de guerre d’Auschwitz ou Hiroshima… Le ton lugubre, glacial, littéralement «venu d’ailleurs» des musiques de Penderecki inspirèrent d’ailleurs les bandes-son de L’EXORCISTE et SHINING, qui utilisaient abondamment plusieurs de ses compositions ; et Jerry Goldsmith, pour la musique d’ALIEN, s’en inspira également. 

La musique de Morricone pour THE THING est d’une écoute difficile, mais prenante sur le long terme. Mêlant des compositions synthétiques «à la Carpenter» (dont le fameux thème final à deux notes, répété à l’infini) à des compositions orchestrales d’une très grande force évocatrice, elle provoque aussi un indéniable sentiment de malaise, d’attente et de désespérance qui convient bien au film. Beaucoup de morceaux, cependant, n’ont pas survécu au montage final. Notamment la piste intitulée «Bestiality», étrange et fascinante sarabande « désarticulée », accompagnant probablement la séquence du chenil : 

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Et, plus classique mais encore plus angoissante, la piste sobrement intitulée «Despair» (Désespoir), présente dans le film durant la scène de découverte du vaisseau spatial. L’orchestre de Morricone et ses violons pincés en notes suraiguës nous annoncent la couleur : venue du fond des âges, une horreur sans nom va nous emporter tous. Bonne écoute…   

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Le film de Carpenter marqua cependant pour lui un échec public douloureux à sa sortie en 1982… Ce fut le début d’une coopération chaotique avec le système hollywoodien, où Carpenter livra ensuite d’honorables réussites (CHRISTINE en 1983 et STARMAN en 1984) avant de connaître un nouvel échec cinglant avec son pourtant réjouissant BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA (LES AVENTURES DE JACK BURTON, 1986), avec Kurt Russell en camionneur crétin égaré dans le monde des légendes chinoises. L’échec de ce dernier film poussera Carpenter à revenir à des films à petits budgets, plus personnels et où la lourde patte des exécutifs des studios ne pourra plus l’atteindre. Sur THE THING, ceux-ci lui laissaient alors les coudées franches, un privilège rare, mais qui ne connut pas la récompense escomptée. Il faut bien dire ce qui est, John Carpenter n’a jamais été le genre de cinéaste à caresser le public dans le sens du poil… par exemple, la séquence du chien, l’animal généralement épargné dans tous les films américains, a dû cueillir à froid plus d’un spectateur à l’époque. Et le ton général du film, désabusé et désespéré, n’a certes pas joué en sa faveur. Même ALIEN offrait un rétablissement (relativement) final positif pour le spectateur… THE THING va jusqu’au bout du cauchemar, sans échappatoire rassurant pour ce dernier, et c’est sans doute cet aspect très pessimiste qui a coûté son succès au film à l’époque. Paradoxalement, ce refus du compromis a finalement aussi contribué à son succès et son statut ultérieur. THE THING demeure un des films fantastiques les plus glaçants (sans mauvais jeu de mots) des années 1980.    

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Carpenter soulignera lui-même que sa réappropriation personnelle de l’histoire de Campbell fut le premier volet de sa «Trilogie Apocalyptique». THE THING, comme plus tard PRINCE DES TENEBRES (1987) et L’ANTRE DE LA FOLIE (1994), nous plonge droit dans l’univers dément d’un des écrivains favoris de Carpenter, H.P. Lovecraft. Auteur occupant une place unique dans la littérature fantastique américaine, Lovecraft ne connut qu’un succès d’estime de son vivant, et, à l’instar d’un Edgar Poe qu’il admirait, rejoignit la légende de l’écrivain maudit, reclus et psychologiquement perturbé, pour dire les choses poliment. Surtout, il entra dans la mémoire collective des amateurs de littérature fantastique pour sa création d’une mythologie unique. Ses nouvelles tournaient invariablement autour d’une idée similaire : la Réalité que nous connaissons, notre paisible monde matériel, n’est qu’une anomalie passagère dans un univers régi par des divinités millénaires monstrueuses, les Grands Anciens. Des horreurs grouillantes aux formes indéfinissables, dont la plus connue est Cthulhu, dieu à tête de pieuvre gisant endormi au fond de sa tombe dans l’île engloutie de R’lyeh, dans le Pacifique… Quand Cthulhu et ses joyeux camarades parviendront à s’immiscer dans notre monde, l’Humanité ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir…

La prose et le style narratif très particuliers de Lovecraft, leur puissance d’évocation, ont particulièrement marqué ses lecteurs, parmi lesquels John Carpenter, qui n’oubliera pas de donner à THE THING une touche très «lovecraftienne», comme dans les deux films suivants de sa trilogie (L’ANTRE DE LA FOLIE étant un régal destiné aux connaisseurs). Les apparitions de la Chose, ses mutations incessantes, ses origines mystérieuses, sont tout à fait dans l’esprit de Lovecraft, l’auteur fou de Providence. Il est tout à fait possible de faire le rapprochement, précédemment cité, entre le film de Carpenter, la nouvelle de Campbell et LES MONTAGNES HALLUCINEES, un bijou sorti de la plume de Lovecraft. Une histoire écrite en 1931 comme une suite aux AVENTURES D’ARTHUR GORDON PYM de Poe, dans laquelle un groupe d’explorateurs de l’Antarctique découvre des créatures extra-terrestres conservées dans la glace depuis des millénaires… et doit échapper aux attaques d’un «Shoggoth», une horreur sans nom dont la description évoque bien avant l’heure les attaques de la Chose.    

Dans THE THING, les manifestations de la Chose forment le clou du spectacle. Idée maîtresse de ces séquences : la créature n’a pas de forme distincte, comme la plupart de ses congénères d’autres films… elle change et se multiplie à l’infini, et par simple contact peut prendre l’aspect et la conscience de ses victimes… Quand elle est démasquée, la créature se défend, s’échappe et altère le corps de ses «hôtes» jusqu’à former des magmas de chair gluante et grouillante, impossible à «saisir» visuellement pour le spectateur qui revit donc en même temps que les personnages les descriptions écrites par Lovecraft.   

Les locataires de la base 31 découvrent donc les capacités spéciales de l’intrus, ce qui les amène à se suspecter les uns les autres… quitte à se tromper de coupable. Avec sa maîtrise des cadrages en Cinémascope, Carpenter prend le spectateur à la gorge, ne le lâche jamais et l’amène à se poser en permanence la question durant tout le film : sitôt qu’un personnage sort du champ et réapparaît quelques instants plus tard, est-il encore lui-même ou une «Chose» ? Même le héros, le pilote McReady (Kurt Russell, excellent en meneur résigné), n’échappe pas à la suspicion… Ce qui nous amène à un second extrait, la scène la plus folle du film, et son sommet horrifique : les survivants de la base, persuadés que McReady est la Chose, ont tenté de le faire mourir de froid. «Mac» revient donc de très mauvaise humeur, et tient tout le monde en joue… la tension est à son comble alors que le placide Norris (Charles Hallahan) s’effondre, victime d’un malaise cardiaque. Le docteur Copper (Richard Dysart) tente de le ranimer…    

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Argh. Imaginez la réaction des spectateurs qui découvraient le film pour la première fois à sa sortie… S’ils pensaient avoir tout vu avec le dernier repas de John Hurt dans ALIEN, Carpenter leur fit un bel électrochoc ! L’extrait limite forcément un peu la perception de la scène, surtout les minutes précédentes, violentes, entre Mac et ses adversaires… en particulier le maître-chien Clark. Regardez bien le début de la scène : Carpenter focalise l’attention du spectateur sur la lame qu’il garde dans sa main, hors de vue de Mac, masqué par le cuisinier Naul (T.K. Carter). La tension de la séquence est donc focalisée sur le «duel» qui s’annonce entre Mac et Clark. Et en même temps, Carpenter va focaliser l’attention inconsciente du spectateur sur la réanimation, grâce à la lueur blafarde du bloc opératoire, dirigeant les regards sur le torse de Norris… Le reste de la séquence devient de la folie furieuse ! 

Ce n’est pas une, mais quatre métamorphoses que va subir le pauvre Norris : le ventre-bouche, vrai piège vivant fatal au docteur ; le «rejeton» jaillissant au plafond ; la tête qui se détache ; et celle-ci qui se transforme en «araignée de mer» à l’insu des personnages… Carpenter ose même l’humour noir en montrant la «chose-tête» attendant prudemment que la voie soit dégagée, pour filer en douce !   

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Mais ces séquences, aux effets magistralement exécutés, ne seraient pas aussi efficaces s’il n’y avait pas, tout d’abord, une histoire solide, et des personnages bien campés. Un bon casting de «gueules» aux traits distinctifs simples mais justes, qui fait que personne ne vole jamais vraiment la vedette aux autres comédiens. A commencer par Kurt Russell, qui se distingue en faisant de R.J. MacReady un héros intègre mais faillible s’intégrant sans difficulté aux autres personnages. Ceux-ci sont caractérisés impeccablement par Carpenter, qui s’attarde pour la première fois dans sa filmographie sur des gros plans insistants de chacun d’entre eux, captant la réaction significative de chaque individu face au danger. Incompréhension, colère, méfiance, doute, peur… Les acteurs jouent le jeu à fond pour nous donner le petit indice révélateur de leurs conflits – voir par exemple la réaction de Norris, désigné comme successeur du chef de mission Garry : «Je vous remercie beaucoup, mais… c’est pas dans mes cordes.» Le regard inquiet de Norris laisse deviner que celui-ci se sait contaminé… Une façon de jouer toute en retenue encouragée par Carpenter, qui par ailleurs développe durant tout le film une sorte d’humour à froid typique de sa personnalité. 

Entre leurs missions d’exploration et avant le déluge d’horreurs qui s’abattent sur eux, les hommes de la Base 31 vivent une situation passablement absurde. Une situation à la Samuel Beckett, où, à la façon des astronautes clochards de DARK STAR auxquels ils font inévitablement penser, les hommes trompent leur ennui profond en attendant que quelque chose arrive enfin. Jouer au ping-pong, au billard, dormir en écoutant, fumer un joint en regardant des vidéos de jeux télévisés… ils attendent Godot qui ne viendra jamais. En lieu et place, ils n’auront eu qu’un chien de traineau. «Dogot» !     

  

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A partir du thème classique de l’invasion extra-terrestre, THE THING a donné lieu à de multiples interprétations, validées par le comportement imprévisible de son monstre vedette. Carpenter avait une idée bien précise quand il a commencé à travailler sur le scénario avec Bill Lancaster. THE THING est une allégorie à plusieurs niveaux. L’insistance prononcée sur les scènes de chirurgie et d’autopsie, et celle apportée au développement de la créature qui peut affecter les cellules sanguines de ses victimes, ne laisse pas de place au doute. La paranoïa du film naît de la peur de la contagion. En 1981, au moment du tournage, on commence tout juste à découvrir l’existence d’une maladie mortelle, transmissible par l’échange de fluides corporels… Réalité et fiction se rejoignent donc pour parler en filigrane de la peur naissante du SIDA. Les grands films fantastiques de cette décennie, nés de «remakes» d’histoires classiques de science-fiction, traiteront à leur manière de cette maladie, et du thème plus général de la contagion ; d’ALIEN, en passant par THE THING, jusqu’à LA MOUCHE de David Cronenberg, ces films seront le reflet des peurs de l’époque. 

Chez Carpenter, la peur passe par l’insistance sur des détails apparemment insignifiants, comme par exemple un chien effleurant les hommes de la base à leur insu. Ou une colère de Nauls, le cuisinier, qui n’apprécie pas qu’on dépose du linge de corps dans ses poubelles… Des plans répétés sur les répugnants «fluides» émis par le monstre, même mort, ne laissent pas de place au doute. Pas plus que les images répétées de transfusions, de piqûres et de procédures médicales omniprésentes dans le film. Le malaise est renforcé par le choix de Carpenter de rester fidèle à la nouvelle de Campbell, et d’exclure les femmes de ce petit groupe. A la fois pour se différencier du film de Hawks et d’ALIEN alors encore dans toutes les mémoires, Carpenter enlève l’élément féminin. Il n’y a que de pauvres substituts à cette absence de personnel féminin : l’ordinateur à voix féminine que «grille» Mac en début de film, quelques photos sur les murs et les magazines, et c’est tout… Carpenter préfère faire naître la tension des relations entre les hommes, où s’instaure forcément un rapport de force et d’autorité virile entre chaque membre de la base : d’où les multiples conflits qui vont éclater entre les autorités désignées (Garry, le commandant de la base, vite dépassé, ou les médecins), les individualités fortes (MacReady, Childs, le maître-chien Clark) et les autres, plus «suiveurs» dans l’âme. La menace du monstre permet de porter ces conflits à leur intensité maximale dans la fameuse scène du test sanguin, qui fait le lien avec la peur de la contamination évoquée plus haut. La preuve par l’image !   

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Sans cette séquence, Carpenter ne faisait pas le film. Le suspense et le conflit y sont intelligemment gérés, jusqu’au «démasquage» du monstre. L’insistance des gros plans permet à la fois de comprendre la rivalité d’autorité entre Mac et les survivants, et l’angoisse de ne pas savoir qui est la Chose à ce moment du récit (encore qu’un plan révélateur soit notable avant la transformation de Palmer… regardez sa réaction quand Mac lui dit «à toi maintenant»). Plus un détail révélateur qui rajoute à l’angoisse de la scène : et si Mac se trompait quand il procède au test ? Quand il plonge l’aiguille dans le sang de Clark, qu’il a dû tuer, il n’y a aucune réaction… Childs lui fait remarquer qu’il vient donc d’assassiner un homme ordinaire. Impitoyable, Carpenter nous rappelle que dans ces relations de rivalité entre hommes, la peur pousse les protagonistes à accomplir un acte immoral, «mécanique». Tuer, ou être tué… Tant pis pour le pauvre Windows, double victime finale de la scène. Incapable d’agir, fasciné par la métamorphose de Palmer, il finit croqué et contaminé à son tour. Mac doit le tuer sans remords…    

  

D’autres thèmes viennent se mêler à ceux-ci durant le film. Celui de la répétition, de la duplication, qui est la nature de THE THING, le monstre et le film se mêlant l’un à l’autre. C’est un «faux remake» de LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, dont il se démarque assez vite, on l’a dit. Du film de Hawks, il ne demeure que quelques références d’ordre visuel : la vidéo des Norvégiens découvrant le vaisseau, le cercueil de glace découvert dans la base abandonnée… Les personnages du film de Carpenter découvrent en quelque sorte qu’ils sont les «doubles» malgré eux d’un autre film qui a déjà eu lieu, des années auparavant. Impression de dédoublement renforcée par les indices qu’ils découvrent dans la base norvégienne : une hache plantée dans une porte. Plus tard, Childs (Keith David), en pleine crise de paranoïa, va également défoncer une porte à coups de hache. Le cadavre d’un homme suicidé : Blair va nourrir des pensées suicidaires par la suite. Le sang gelé de cet homme, «muté» sous une forme étrange : il annonce le funeste moment du test sanguin. La découverte du vaisseau enfoui dans la glace : les survivants vont découvrir un autre vaisseau inachevé par le «traître» de l’expédition. Le tombeau de glace : les deux survivants, Mac et Childs, vont mourir de froid… La duplication de la Chose a donc fini par gagner le film lui-même.   

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Une autre allégorie possible est quasiment plus «blasphématoire», pour reprendre un adjectif cher à H.P. Lovecraft : THE THING est une relecture «inversée» des symboles religieux chrétiens. Peut-être faut-il y voir une forme d’humour très sardonique de John Carpenter vis-à-vis de la religion en général. On le serait à moins quand on a pour initiales «JC», et que votre nom de famille signifie «Charpentier»… Quoiqu’il en soit, le cinéaste ne se prive pas d’épingler souvent les faiblesses du pouvoir religieux dans ses films, et principalement le christianisme (voir les prêtres dépassés de FOG et PRINCE DES TENEBRES, l’église suspecte de L’ANTRE DE LA FOLIE, le rôle trouble du cardinal dans VAMPIRES).  Dans THE THING, Carpenter joue sur des symboles forts. Il y est question de douze hommes rassemblés pour rencontrer un «visiteur» venu des cieux. Une entité, peut-être une divinité (pour rester dans l’optique «lovecraftienne») capable de ressusciter à volonté. Comme les Apôtres, les douze hommes de la base se déplacent souvent par binômes, se réunissent autour des tables, tiennent des conciles réguliers et se rassemblent en cercle, comme pour communier. Il y a même un «Judas» dans l’équipe : le docteur Blair Wilford Brimley), mis à l’écart après son coup de folie. Mac le retrouve ensuite, isolé, un nœud coulant posé à côté de lui… C’est à la fois un signe évident des idées noires de Blair, mais aussi un signal adressé au spectateur par Carpenter. Selon les Evangiles, Judas, décrit comme l’apôtre marginal et dissident, se suicida par pendaison après avoir trahi Jésus. Blair comprend le premier la vraie nature du danger, mais son attitude le marginalise en conséquence : il pousse les autres à la méfiance paranoïaque («Surveillez Clark», «Fuchs n’est pas Fuchs»), devient violent avant tout le monde… avant de trahir ses congénères. 

Tout est à l’envers dans ce film fou… La «communion» que nous connaissons est née du partage symbolique de la chair et du sang divin sous forme de pain et de vin consommés par les Apôtres. Une sorte de «cannibalisme» rituel, symbolique et spirituel. S’il y a communion dans THE THING, elle est forcée et contrainte, et décrite sous son aspect le plus répulsif : la chair de la Chose, véritable tumeur vivante, absorbe la chair et l’esprit des hommes (voir le regard horrifié du premier contaminé, Benings, à la fois lui-même et un autre…). L’apparition de la créature finale est en quelque sorte le summum de cette communion dénaturée.    

On peut regretter par ailleurs que cet affrontement final entre Mac et la Chose soit quelque peu «expédié» en deux coups de cuillère à pot par Carpenter. Il n’a pas la force imaginative des scènes précédentes. Une explication simple : le réalisateur a dû faire un choix de montage drastique. La créature devait être montrée en détail par des plans larges, réalisés en stop-motion (la bonne vieille méthode du KING KONG original et des films de Ray Harryhausen), mais Carpenter jugeait que ces images saccadées ne s’intégraient pas aux mouvements plus fluides de la créature fabriquée et animée par Rob Bottin sur les plans rapprochés. Il a donc fallu alléger le film de ces images-là. Ce combat final devient du coup très abstrait, et intéresse moins Carpenter que la magnifique scène de conclusion entre Childs et Mac.   

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Pour le cinéaste, le constat sur la nature humaine est désabusé : il y a en chacun de nous une «Chose» potentielle, une part de Mal, et nous refusons de l’admettre… il est donc toujours plus facile de le voir chez l’Autre qu’en soi-même. Childs et McReady se jugent, attendent que l’autre devienne la Chose, tout en mourant de froid à petit feu… Pas de rétablissement salvateur, juste un final terriblement nihiliste, doté de répliques aux sous-entendus plein d’humour résigné. Il ne reste plus au spectateur embarqué dans le cauchemar qu’à espérer que l’expédition de secours ne retrouve jamais les deux hommes… autrement nous serons tous bientôt «amenés» à devenir une part de la Chose.    

THE THING a laissé des traces considérables dans l’esprit de ses spectateurs, en dépit de son accueil initial mitigé. Et il a inspiré quelques aspirants réalisateurs, dont deux célèbres réalisateurs, véritables encyclopédies cinéphiles vivantes. Quentin Tarantino ne s’est pas privé de glisser dans ses films les répliques cinglantes de R.J. MacReady, dont son fameux «Cut the bullshit». Il a même convaincu Kurt Russell de jouer les cascadeurs psychopathes dans son DEATH PROOF / BOULEVARD DE LA MORT, où l’acteur menaçait une bande de ravissantes jeunes femmes, parmi lesquelles Mary Elizabeth Winstead… Le héros du THING de 1982 s’en prend donc à l’héroïne du THING de 2011. 

Quant au mexicain Guillermo Del Toro, grand adorateur de films de monstres et de créatures à la Lovecraft, il a bien tenté de rendre hommage au film de Carpenter à plusieurs reprises ; notamment son film fantastique de 1997 MIMIC ; et le projet longtemps espéré d’adapter Lovecraft et ses MONTAGNES HALLUCINEES. Projet alléchant, hélas apparemment abandonné aux dernières nouvelles, la faute à la frilosité financière des studios… 

  

La fiche technique :    

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THE THING    

Réalisé par John CARPENTER   Scénario de Bill LANCASTER, d’après la nouvelle « Qui Va Là ? »  » de John W. CAMPBELL Jr.    

Avec : Kurt RUSSELL (R.J. MacReady), Wilford BRIMLEY (le Docteur Blair), T.K. CARTER (Nauls), David CLENNON (Palmer), Keith DAVID (Childs), Richard A. DYSART (le Docteur Copper), Charles HALLAHAN (Vance Norris), Peter MALONEY (George Bennings), Richard MASUR (Clark), Donald MOFFAT (Garry), Joel POLIS (Fuchs), Thomas G. WAITES (Windows)    

Produit par Stuart COHEN, David FOSTER, Larry J. FRANCO et Lawrence TURMAN (David Foster Productions / Turman-Foster Company / Universal Pictures)   Producteur Exécutif Wilbur STARK    

Musique Ennio MORRICONE   Photo Dean CUNDEY   Montage Todd C. RAMSAY   Casting Anita DANN    

Décors John J. LLOYD  Direction Artistique Henry LARRECQ   Costumes Ronald I. CAPLAN, Trish KEATING et Gilbert LOE    

1er Assistant Réalisateur Larry J. FRANCO 

Son Thomas CAUSEY, Gregg LANDAKER, Steve MASLOW et Bill VARNEY   Montage Son Colin C. MOUAT   Effets Spéciaux Sonores (NC) Alan HOWARTH 

Effets Spéciaux Visuels Randall William COOK, Peter KURAN, Susan TURNER et Albert WHITLOCK (Dreamstate Effects / Motion Graphics / Universal Title / VCE)   Effets Spéciaux de Maquillages et Animatroniques Rob BOTTIN ; Lance ANDERSON, Rob BURMAN et Stan WINSTON (Stan Winston Studio)   Effets Spéciaux de Plateau Roy ARBOGAST     Distribution USA : Universal Pictures / Distribution FRANCE : CIC   Durée : 1 heure 49  Sortie USA : 25 juin 1982 / Sortie France : 3 novembre 1982 

Créateur de Créatures : Stan Winston (1946-2008)

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« Je ne fais pas d’effets spéciaux. Je fais des personnages. Je fais des créatures. » 

Tout amateur de « monster movies » ayant suivi l’évolution du cinéma Fantastique de ces 30 dernières années aura sûrement eu un petit pincement au coeur en apprenant le décès de Stan Winston le 15 juin dernier, victime d’une saleté de myélome multiple à l’âge de 62 ans.  

Véritable sommité en matière d’effets spéciaux (dans les domaines du maquillage, de l’animatronique et des effets digitaux), ce Gepetto du cinéma aura su alimenter les rêves et les cauchemars de millions de cinéphiles, à travers les monstres et merveilles qu’il a su imaginer en partenariat avec quelques-uns des cinéastes les plus prestigieux de la planète. Rendons-lui hommage en revoyant les grandes heures de sa carrière.  

Né le 7 avril 1946, Stan Winston étudia la peinture et la sculpture à l’Université de Virginie. Le jeune homme rêve de devenir acteur, et part tenter sa chance à Hollywood en 1968. Mais quelques mois de vaches maigres où il essaie sans succès de devenir stand-up comedian,  le poussent à changer son fusil d’épaules. Stan Winston rejoindra alors le Département Maquillages des Studios Walt Disney, où il va apprendre les ficelles du métier qui le poussera à la reconnaissance.  

Comme il faut bien gagner sa vie, les premières années ne sont pas forcément les plus heureuses, mais le travail est là. Le succès de films comme LA PLANETE DES SINGES ou L’EXORCISTE commence juste à mettre en avant le talent des maquilleurs professionnels de Hollywood, et, lentement, patiemment, le jeune Winston gravit les échelons de son métier. La qualité des oeuvres sur lesquelles il travaille est rarement au rendez-vous, le téléfilm GARGOYLES (1972) lui permet quand même d’avoir son nom au générique, et d’obtenir sa première récompense, rien de moins qu’un Emmy Award. Durant les années 70, il signe notamment les maquillages spéciaux du téléfilm THE AUTOBIOGRAPHY OF MISS JANE PITTMAN de John Korty (1974, et 2e Emmy Award remporté pour ses maquillages) et du film THE MAN IN THE GLASS BOOTH d’Arthur Hiller, avec Maximilian Schell, en 1975. Les autres films sur lesquels il travaille alors sont des petits films fantastiques vite oubliés. En 1978, il travaille avec un cinéaste prestigieux, le premier d’une longue liste, Sidney Lumet, pour un film malheureusement bien raté, THE WIZ. Une adaptation musicale trés kitsch/disco du MAGICIEN D’OZ avec Diana Ross en Dorothy et Michael Jackson en Epouvantail ! Soit dit en passant, il dirigera le chanteur des années plus tard pour les besoins du vidéo-clip GHOSTS, où Jackson se transforme en squelette spectral. C’est en 1981 que Winston va pour de bon gagner l’estime des professionnels grâce au cinéma Fantastique alors en plein boom créatif. Il signe les maquillages spéciaux de THE HAND, un film d’horreur d’Oliver Stone, et se fait aussi remarquer pour son travail sur une série B fantastique bien menée, DEAD AND BURIED (REINCARNATIONS) de Gary Sherman. Mais c’est surtout son travail sur THE ENTITY (L’EMPRISE) de Sidney J. Furie qu’il impressionne spectateurs et professionnels. Dans une scène-choc, la pauvre Barbara Hershey subit les assauts sexuels d’une entité invisible qui s’acharne sur son joli corps à coups de griffures et déformations. Winston crée pour l’occasion un « corps-doublure » factice de l’actrice, qui est cachée sous le lit et dont seule la tête est « raccordée » à ce faux corps. Commandé à distance par une batterie de tubes et de bladders (poches élastiques remplies d’air), le corps de la comédienne donne l’impression de subir des agressions terrifiantes, sans danger pour celle-ci. Le public n’y voit que du feu et Stan Winston signe là le début d’une fructueuse série de créations d’effets spéciaux révolutionnaires.   

En 1982, Stan Winston est appelé à la rescousse sur le tournage de THE THING, le chef-d’oeuvre claustrophobe horrifique de John Carpenter. Le créateur des incroyables métamorphoses de ce bijou du Fantastique, Rob Bottin, s’est tellement épuisé à la tâche qu’il ne peut assurer la réalisation des effets spéciaux d’une séquence importante. Stan Winston le remplace donc au pied levé pour réaliser les effets de la traumatisante scène du chenil, où un inquiétant husky se transforme à vue d’oeil en une abomination tout droit sortie des nouvelles d’H.P. Lovecraft. Fair play, Winston laissera le jeune prodige Bottin récolter les félicitations finales pour l’ensemble des transformations filmées par Carpenter. Celui-ci le retrouvera en 1984 pour signer une autre métamorphose extra-terrestre beaucoup plus soft mais réussie tout de même, au début de STARMAN. Winston réalise les effets de la scène avec deux célèbres collègues, Dick Smith (L’EXORCISTE) et Rick Baker (LE LOUP-GAROU DE LONDRES).  

 

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Ci-dessus : le Grand Finale de TERMINATOR, où Arnold Schwarzenegger cède la place au squelette robotique conçu par Stan Winston (à l’exception de quelques plans en animation).  

La consécration arrive cette même année 1984 avec la sortie de TERMINATOR. Avec un budget réduit, Winston, se basant sur les dessins du jeune cinéaste James Cameron, fait d’Arnold Schwarzenegger un cyborg plus vrai que nature. La décomposition progressive de l’acteur en squelette robotique, jusqu’à son apparition infernale au milieu d’un incendie, entre dans l’imaginaire collectif, célèbre la rencontre de Winston avec sa créature favorite, et scelle le début d’une solide collaboration professionnelle entre lui et James Cameron. Pour l’occasion, lorsque Cameron doit filmer certains gros plans du personnage dans sa forme semi-humaine ou totalement robotisée, Winston expérimente un premier procédé d’effets spéciaux animatroniques – contraction d’ »animation électronique », le Terminator étant alors une marionnette sophistiquée, animée électroniquement à distance selon certains gestes pré-réglés.  

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L’année suivante, Cameron travaille de nouveau avec lui pour signer ALIENS, la suite trés guerrière des mésaventures de Sigourney Weaver face au monstre cauchemardesque sorti des peintures de H.R. Giger. S’il modifie quelque peu l’apparence de la créature du film de Ridley Scott, ici déclinée en dizaines d’exemplaires agressifs, Winston réussit l’une de ses plus impressionnantes créations en la personne de la Reine des Aliens. Une sale bête à la taille démesurée, animée à la fois par des assistants cachés dans le « costume » qui la compose, et par animatronique pour les gros plans. A la sortie du film en 1986, l’affreuse créature qui affronte Ripley (Sigourney) dans le mémorable duel final marque les esprits. C’est d’ailleurs en se souvenant de la création de ce monstre grandeur nature que Steven Spielberg choisira d’engager Stan Winston dans la préproduction de JURASSIC PARK en 1992.  

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Mais auparavant, Stan Winston va accumuler les succès. En 1987 sort PREDATOR de John McTiernan, pour lequel il conçoit le monstre « qui n’a pas une gueule de porte-bonheur » comme le dit Arnold Schwarzenegger dans une réplique d’anthologie en VF ! Campé par le comédien Kevin Peter Hall (2,20 m), le Predator est une autre création marquante de Winston. Avec sa double paire de mâchoires d’arthropode, ses dreadlocks organiques, ses griffes, sa peau reptilienne et son attirail destructeur, le chasseur extra-terrestre réussit l’exploit de terroriser à l’écran l’invincible Arnold et sa bande de baroudeurs perdus en pleine jungle, pour ce qui restera l’un des meilleurs films du Chêne Autrichien, et un sacré morceau d’action et d’horreur. Une suite, moins réussie, signée Stephen Hopkins en 1990 permettra à Winston d’améliorer le look du monstre, devenu depuis « culte » chez les fans du genre.  

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Ci-dessus : un extrait du making of de PREDATOR, où Stan Winston explique la conception du monstre incarné par Kevin Peter Hall. Avec des interviews de Hall, de l’acteur Bill Duke et du réalisateur John McTiernan.  

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Ci-dessus : la bande-annonce d’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT. Les fameuses « mains » d’Edward (Johnny Depp) ont été créés par Stan Winston.  

En cette même année 1990, Stan Winston réussit des maquillages moins spectaculaires mais bien plus poétiques, en transformant Johnny Depp en EDWARD AUX MAINS D’ARGENT pour Tim Burton. Il se charge de dissimuler les mains du comédien sous les fameuses mains-ciseaux de son personnage, pour ce qui reste un pur chef-d’oeuvre mélancolique. A cette époque, Winston se tournera vers la mise en scène, sans trop de réussite il faut bien le dire (PUMPKINHEAD en 1988, GNORM en 1990), pour des films qui se contenteront de mettre en avant le savoir-faire technique de son équipe d’assistants du Stan Winston Studio, qui commence alors à prendre beaucoup d’ampleur.

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Ci-dessus : la fameuse bande-annonce « teaser » de TERMINATOR 2 a été tournée par Stan Winston en 1990, un an avant la sortie du film de James Cameron.  

Fidèle aux réalisateurs qui ont su mettre en valeur son travail, Stan Winston retrouve James Cameron pour TERMINATOR 2 : LE JUGEMENT DERNIER, le méga-carton de l’année 1991, où lui et son équipe vont réaliser de nouvelles prouesses : des maquillages classiques sur Arnold, dans la lignée du premier, auxquels se rajoutent des animatroniques plus sophistiquées du Terminator squelettique mis en valeur dans la scène d’ouverture, et celles du nouveau méchant, le T-1000 protéiforme, dont les déformations surréalistes (« tête-beignet » trouée, fendue en deux, corps éclaté par une grenade) doivent autant au talent de Winston qu’à celui des informaticiens géniaux d’ILM, chargés quant à eux des métamorphoses à vue. C’est l’Oscar mérité pour Winston et son équipe. 

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Ci-dessus : dans BATMAN RETURNS (BATMAN LE DEFI), l’immonde Pingouin (Danny DeVITO) motive ses troupes palmées pour la  »libération » de Gotham City. Le maquillage de DeVito, ainsi que les pingouins animatroniques, sont la création de l’équipe de Stan Winston. (pardon pour la qualité d’image très moyenne !)  

Stan Winston retrouve l’univers de Tim Burton en 1992 avec BATMAN RETURNS (BATMAN LE DEFI), la suite macabre, controversée, mais largement supérieure au film original de 1989. Winston se charge ici de transformer Danny DeVito en Pingouin, un méchant mémorable, à la fois pathétique, odieux et nauséeux, éloigné du personnage originel du comics et conforme en tout point aux dessins de Burton. Il crée aussi pour l’occasion des pingouins animatroniques pour certains plans jugés trop délicats pour être filmés avec les vrais palmipèdes. Encore une belle réussite.

 

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Winston enchaîne sur un projet « énorme » à tout point de vue, et pour cause ! Steven Spielberg en personne apprécie son travail et celui de ses assistants, et les engage pour donner vie aux dinosaures live de JURASSIC PARK. Le film est un triomphe mondial, et la presse, toujours en retard d’un train, déblatère à n’en plus finir sur les fameux dinos en image de synthèse, qui selon elle seraient en images de synthèse d’un bout à l’autre du film ! Sans vouloir renier le prodigieux travail accompli par Dennis Murren, Phil Tippett et les petits génies de l’informatique d’ILM, rappelons que les dinosaures générés sur ordinateur n’occupent qu’une part « modeste » du métrage (une dizaine de minutes maximum). Stan Winston et son équipe se chargent quant à eux de créer des dinosaures grandeur nature, animés durant le tournage même des séquences avec les comédiens.  

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Ci-dessus : en Version Française, la grande scène d’attaque du Tyrannosaure de JURASSIC PARK ! Le dinosaure est une réplique animatronique grandeur nature, animée par Stan Winston et son équipe, pour la plupart de la séquence. Les effets visuels d’ILM interviennent quand Rex se déplace et apparaît en entier. 

Le bébé Vélociraptor, le Tricératops malade, le Brachiosaure venant réveiller Sam Neill et les enfants cachés dans un arbre, le Dilophosaure « cracheur » de venin sont tous des créations de l’équipe de Winston. Les passages les plus terrifiants mettant en scène le gigantesque Tyrannosaure Rex et les sournois Vélociraptors mettront aussi à contribution les efforts de la bande à Winston. Ce qui lui rapportera un nouvel Oscar, une nouvelle fois mérité, et le début d’une nouvelle ère des effets visuels à grand spectacle.

Winston continuera à travailler sur la saga « Jurassique » de l’ami Spielberg, perfectionnant ses animatroniques dans LE MONDE PERDU (1997) et JURASSIC PARK III (2001, réalisé par Joe Johnston), et y créera de nouveaux terribles lézards toujours trés impressionnants : les minuscules et voraces Compys qui dévorent le vilain chasseur Peter Stormare, le bébé Stégosaure qui n’aime pas les photos de Julianne Moore, la famille Tyrannosaure qui vient démolir les véhicules des héros, le gigantesque Spinosaure du troisième volet et des Vélociraptors new look, entre autres !

1993, l’année du triomphe pour Stan Winston, lui permet de se lancer dans l’ère digitale. Avec James Cameron, il fonde le bien-nommé studio d’effets spéciaux Digital Domain, tout en continuant ses activités de maquilleur et de spécialiste de l’animatronique. Sous l’égide de ce solide concurrent d’ILM, Winston revient à des maquillages plus classiques mais toujours réussis, ceux d’ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE, où il transforme Tom Cruise, Brad Pitt et Antonio Banderas en séduisants Seigneurs de la Nuit au visage marbré de veines apparentes. Et quelques effets bien saignants, dont Mister Cruise fait même les frais, égorgé dans une scène par une vampirette juvénile, Kirsten Dunst !

Et la carrière de Winston va continuer, même si le succès n’est pas toujours au rendez-vous. Comme en témoigne les effets ratés (selon l’aveu de Winston lui-même) de CONGO, adaptation ratée par Frank Marshall d’un roman d’aventures de Michael Crichton riche en gorilles féroces. Mais comme vous l’aurez compris, dans ce blog, on aime la gent simiesque, on pardonnera à Winston, qui se rattrapera dans le genre en créant des gorilles nettement plus réussis en 1999, dans INSTINCT avec Sir Anthony Hopkins !

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Entre ces péripéties de primates, Stan Winston va continuer ses activités et créer de nouveaux et ingénieux effets, tout en laissant ses assistants du Stan Winston Studio prendre une part créative plus importante au sein de la société. En 1996, il retrouve Arnold et son personnage fétiche pour le film spécialement conçu comme attraction au parc d’Universal Studios,  TERMINATOR 2 3-D BATTLE ACROSS TIME. Winston créera cette même année des faux lions convainquants dans un honnête film d’aventures de Stephen Hopkins, GHOST AND THE DARKNESS (L’OMBRE ET LA PROIE) avec Michael Douglas et Val Kilmer. L’année suivante, Winston montre qu’il ne fait pas que s’intéresser aux grosses bêbêtes, les minuscules l’intéressent aussi ! Il crée ainsi une souris animatronique facétieuse dans le trés drôle MOUSEHUNT (LA SOURIS) de Gore Verbinski, et, en 1998, il fabrique pour Joe Dante les SMALL SOLDIERS, ces jouets militaires incontrôlables qui viennent semer la panique dans une petite ville américaine bien tranquille.  

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Ci-dessus : dans SMALL SOLDIERS, Kirsten Dunst et Gregory Smith se retrouvent pourchassés par les redoutables Commando Elite. Encore une adroite combinaison des effets animatroniques de Stan Winston associé au studio ILM.  

Signalons aussi d’autres effets trés fun dans GALAXY QUEST, une savoureuse comédie spatiale parodiant STAR TREK, pour laquelle Winston crée un vilain général Alien trés réussi. Son studio se signale aussi cette année-là par des maquillages trés réussis, dans AUSTIN POWERS : L’ESPION QUI M’A NIQUEE, où Mike Myers devient l’immonde obèse Fat Bastard, et les spectres qui terrorisent Haley Joel Osment dans SIXIEME SENS de M. Night Shyamalan. Le Stan Winston Studio créera d’autres spectres effrayants dans le mésestimé WHAT LIES BENEATH (APPARENCES) de Robert Zemeckis, en 2000.

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Nouvelle réussite en 2001 pour Stan Winston, qui après avoir signé des maquillages « classiques » sur le PEARL HARBOR de Michael « Badaboum » Bay, réussit un nouveau tour de force en créant les Méchas, les robots simili-humains de Steven Spielberg dans le sous-estimé A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. En utilisant les nouvelles techniques de maquillage digital, Winston réussit des créations étonnantes combinées aux effets visuels de Dennis Murren d’ILM. Des acteurs jouant les robots mutilés laissent ainsi apparaître leurs circuits internes à vif, et peuvent remplacer leurs yeux, leurs mâchoires et leurs mains sans la moindre difficulté… La séquence de la « Flesh Fair » permet à l’équipe de Winston de déchaîner son imagination en créant des dizaines de Méchas aux formes étranges, pauvres victimes vouées à être mises à mort dans des jeux du cirque contemporains. Le visage de Winston sera même reproduit pour l’un de ces malheureux robots !  

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Ci-dessus : l’inquiétant monde futuriste d’A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, où les Méchas sont persécutés et traqués. Remarquables combinaison d’effets de maquillages, animatroniques et images de synthèse, dûs aux équipes de Winston et d’ILM.

Ces dernières années, la carrière de Stan Winston va se continuer avec le même succès. En 2003, TERMINATOR 3 marque les retrouvailles de Stan Winston avec son cher cyborg, même si James Cameron n’est plus aux commandes. C’est Jonathan Mostow qui signe là une honorable série B d’action bien troussée, où Winston peut appliquer sur Arnold les techniques de maquillage digital mises au point sur A.I., et inventer un nouveau méchant, la T-X campée par la trés sexy Kristanna Loken. Cette même année 2003, Winston met au point des effets d’une belle discrétion pour le magnifique BIG FISH de Tim Burton, notamment cet énorme poisson-chat animatronique avec lequel se bat Ewan McGregor au début du film pour récupérer sa précieuse bague de mariage !

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En 2005, Stan Winston continue les projets prestigieux. Il conçoit les légions de Démons qui viennent tourmenter Keanu Reeves et Rachel Weisz dans CONSTANTINE de Francis Lawrence, et signe les maquillages de TIDELAND de Terry Gilliam. Son studio participe à LA GUERRE DES MONDES du camarade Spielberg, créant notamment l’Herbe Rouge et assurant les effets de la séquence finale où un Tripode s’écroule, avec son occupant, devant les survivants humains à Boston. L’année suivante, le Stan Winston Studio signera les maquillages réalistes de la reconstitution du drame du WORLD TRADE CENTER d’Oliver Stone. Enfin, alors même qu’il se savait gravement malade, Stan Winston continuera à travailler avec talent sur de nouvelles créations. Tandis que les associés de son studio s’occupent à la fois du look du Crâne, des animaux croisés par Indy et sa bande (chiens de prairie et Sapajous farceurs) et des « Aliens » mystérieux d’INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL, Winston signera d’ingénieux effets pour IRON MAN, le super-héros mis en scène par Jon Favreau.

Enfin, son nom restera associé, à titre posthume, aux prochains travaux de son studio en 2009. Il sera trés certainement cité en hommage aux génériques d’AVATAR, le prochain film de James Cameron, de G.I. JOE de Stephen Sommers, de l’éventuel JURASSIC PARK IV qui devrait enfin être lancé l’année prochaine, et de TERMINATOR SALVATION : THE FUTURE BEGINS, suite (et pas fin) de la saga du cyborg, sans Schwarzie mais avec Christian Bale en John Connor, sous les caméras de McG. 

Stan Winston a été nominé 6 fois aux Oscars : Meilleurs Maquillages pour HEARTBEEPS (1981), EDWARD AUX MAINS D’ARGENT (1990), et BATMAN RETURNS (1992), et Meilleurs Effets Spéciaux Visuels pour PREDATOR (1987), LE MONDE PERDU (1997) et A.I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (2001). Il a remporté 4 Oscars au total : pour les Meilleurs Effets Spéciaux avec ALIENS (1986), un doublé Maquillages-Effets Spéciaux pour TERMINATOR 2 (1991) et enfin les Meilleurs Effets Spéciaux avec JURASSIC PARK (1993). Il a également eu son étoile sur le Hollywood Walk of Fame (au 6522 Hollywood Blvd.), un honneur qu’il est le seul à partager avec un autre magicien des effets spéciaux, le vénérable Ray Harryhausen.



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