Re-Animator – FRANKENWEENIE

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FRANKENWEENIE, de Tim Burton

 

Bonjour, chers amis neurotypiques !

Le destin a de ces ironies… Tim Burton est né et a vécu sa jeunesse à Burbank, Californie. Cette petite ville américaine, dans laquelle il s’est toujours senti mal à l’aise, lui inspira le décor d’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT. Elle fut et demeure toujours le site des grands studios du Cinéma américain, notamment ceux de la Warner (qu’il filme dans PEE-WEE BIG ADVENTURE et ED WOOD) et de Walt Disney, chez qui Burton débuta comme animateur à la fin des années 1970. Période difficile pour le futur cinéaste, à une époque où les studios Disney en pleine débâcle interne « ramaient » pour produire un seul long-métrage et se faisaient éclipser par les triomphes de la génération montante Lucas-Spielberg… Simple exécutant à l’instar d’autres futures pointures (Brad Bird, John Lasseter et les créatifs de Pixar), Burton souffrait à devoir dessiner de gentils renardeaux pour ROX & ROUKY, ses dessins biscornus provoquant la perplexité des cadres de Disney. Dans son coin, avec quelques collègues, il réalisa son court-métrage en noir et blanc et en stop-motion, VINCENT, ode à Vincent Price et Edgar Poe et autoportrait de sa propre enfance. Peinant à travailler sur THE BLACK CAULDRON (TARAM ET LE CHAUDRON MAGIQUE), ses designs de démons et sorcières étant jugés trop effrayants par les réalisateurs, Burton quittera les studios Disney par la petite porte… non sans avoir entretemps réalisé en 1984 un petit bijou de court-métrage intitulé FRANKENWEENIE. Un véritable condensé de son futur univers, prévu à l’origine pour être un long-métrage. On imagine l’embarras des patrons de Disney de l’époque devant ce que Burton leur proposait : une histoire d’un jeune garçon et de son chien… où le chien meurt écrasé avant d’être déterré par son maître pour être ranimé, façon FRANKENSTEIN. Ajoutez à cela la charge contre le conformisme des familles américaines, le tout en noir et blanc, et vous aurez une idée du malaise des dirigeants de l’époque… La direction de Disney changea cependant, et le succès de Burton comme cinéaste aida à faire redécouvrir les deux courts-métrages.

 

Re-Animator - FRANKENWEENIE dans Fiche et critique du film frankenweenie-loriginal-1984

Les rapports de Burton avec le studio Disney ont été pour le moins « élastiques ». Après ce mauvais départ, Burton collaborera avec de nouveaux dirigeants chez Disney, notamment pour NIGHTMARE BEFORE CHRISTMAS (L’ETRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK), ED WOOD (produit par Touchstone Pictures, filiale « adulte » des films Disney) et ALICE AU PAYS DES MERVEILLES. Si ce dernier n’est pas une réussite, c’est le moins que l’on puisse dire, son triomphe financier a aidé Burton à prendre sa revanche sur le passé. Alors qu’il attaquait la production de DARK SHADOWS, le cinéaste a reçu carte blanche de Disney pour revisiter FRANKENWEENIE comme il l’entendait. C’est donc un véritable retour aux sources et aux amours de jeunesse, et un bain de jouvence libérateur pour Burton qui retrouve ses thèmes favoris et revient sur les bons rails après les errances d’ALICE : la banlieue, l’enfance, les chiens, l’animation en stop motion, les films d’épouvante et les monstres géants… Tout y est !

 

frankenweenie-1 dans Fiche et critique du film

De film d’animation, joliment exécuté en stop motion (une solide tradition engagée avec VINCENT, NIGHTMARE et CORPSE BRIDE), FRANKENWEENIE se transforme en véritable oeuvre de « Ré-animation ». Burton ne se limite pas à étirer en long l’histoire – assez succincte – du court-métrage d’origine. Avec l’aide de son scénariste John August (BIG FISH, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, CORPSE BRIDE), il développe tout un petit univers autour de l’histoire centrale, d’une tendresse toute simple, entre Victor et son chien. L’argument « Frankenstein » prend tout son sens : si l’histoire demeure la même et raconte la réanimation du défunt toutou par son jeune maître inconsolable, FRANKENWEENIE version 2012 est en quelque sorte la résurrection du film de 1984 laissé pour mort par les patrons de Disney de l’époque. Et Victor est tout naturellement l’alter ego juvénile de Burton (un mixe entre son personnage de VINCENT et son homonyme adulte de CORPSE BRIDE) qui « déterre » son défunt film pour lui redonner une seconde vie. Le passage du film « live » d’origine à l’animation va dans ce sens…

On peut aussi remarquer, dans l’élaboration de l’histoire, le rôle des petits camarades copieurs de Victor, et se demander si il n’y a pas là une petite critique sous-jacente de Burton vis-à-vis de collègues moins talentueux qui essaieraient de lui ravir son style et ses idées. A moins qu’il ne s’agisse, plus généralement, d’une critique des rapports difficiles entre les génies solitaires (Victor), les admirateurs trop zélés (Edgar) et les copieurs, existant dans n’importe quel domaine artistique…

 

frankenweenie-3 

Comment refaire un film de jeunesse alors qu’on vient d’atteindre le cap de la cinquantaine ? Tim Burton et John August, libres des exigences du studio, décident de s’en donner à coeur joie. FRANKENWEENIE cuvée 2012 est donc tour à tour bourré d’humour, de références (bien senties), de quelques frayeurs à destination des plus jeunes, d’un joyeux esprit anarchique réglant son compte à l’étroitesse banlieusarde… et n’hésite pas non plus à nous faire verser quelques petites larmes bienvenues. Que celui qui n’a jamais perdu son animal de compagnie quand il était enfant jette la première pierre à Burton… Le cinéaste, qui s’est toujours dit profondément attaché aux chiens de son enfance, réalise là un fantasme enfantin mélancolique à souhait. A vrai dire, son imaginaire assez unique a déjà fait subir de drôles de situations à la gent canine par le passé. Depuis VINCENT et les expériences sur Abercrombie le chien zombie, jusqu’à Scraps le chien squelette de CORPSE BRIDE, c’est un drôle de chenil que Burton a mis en place et qui se poursuit avec le gentil Sparky, bull-terrier « décousu » vedette de son film. Rappelons aussi : Speck (PEE-WEE BIG ADVENTURE), le chien qui provoque la mort du couple de BEETLEJUICE, les toutous toilettés d’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT, la Dame au Caniche de BATMAN RETURNS, Zéro le chien fantôme de NIGHTMARE BEFORE CHRISTMAS, les chihuahuas de Bela Lugosi (ED WOOD), Bayard le Saint-Hubert naïf d’ALICE… et les cabots malmenés par les Martiens de MARS ATTACKS ! Burton a décidément un rapport créatif vraiment très particulier avec la gent canine.

 

frankenweenie-2 

FRANKENWEENIE fait aussi plaisir à voir par son retour à une ambiance  »trublionne » à laquelle Burton ne nous avait plus guère habitués depuis quelques temps. Curieuse coïncidence, mais c’est en signant son tout premier film sans ses chers Johnny Depp et Helena Bonham-Carter que Burton a peut-être bien retrouvé une liberté de ton juvénile et salvatrice. On retrouve au fait au casting vocal quelques revenants « burtoniens », notamment le grand Martin Landau et Winona Ryder qui fait son come-back chez son réalisateur de BEETLEJUICE et EDWARD. Voilà Burton qui s’amuse, le temps d’une scène hilarante, à oser l’humour « caca boudin » : la scène où une camarade de classe de Victor quelque peu… hum, étrange… lui lit son avenir dans les crottes de son chat est l’occasion pour Burton de nous filmer l’objet du délit, et en très gros plan s’il vous plaît. On peut même compter les poils… Quel  »outrage », dans un film Disney tout ce qu’il y a de plus familial !! Les envies anarchistes de Burton se déchaînent par des scènes encore plus savoureuses où il revisite avec bonheur les films qui ont forgé sa jeunesse… et qu’il déchaîne à loisir contre ses concitoyens. Le prof de sciences au nom imprononçable, sosie de Vincent Price, peut ainsi cracher tout son mépris du conformisme américain durant une mémorable scène de conseil municipal. Et Burton de lâcher ses hordes de bêbêtes destructrices sur la populace affolée, pour le plus grand bonheur du spectateur. L’occasion pour lui de faire intervenir des personnages et citations familières. Pêle-mêle, on retrouve aussi un jeune clone de Boris Karloff, des bestioles à la Ray Harryhausen, la tortue géante Gamera (éternelle rivale de Godzilla au Japon – d’où le gamin japonais à la caméra), la Momie, la coiffure d’Elsa Lanchester dans LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN, les bossus, les savants fous, la foule en colère… même les confrères Steven Spielberg et Joe Dante sont cités en filigrane. On s’amusera aussi de citations « à double tiroir », comme la tortue Shelley, qui doit aussi bien son prénom à Mary Shelley, l’écrivaine de FRANKENSTEIN – à moins que ce ne soit à cause de Shelley Duvall, vedette du FRANKENWEENIE original. Bonus final émouvant : Christopher Lee, habitué de Burton, fait une apparition télévisée inattendue dans une scène réminiscente de la propre jeunesse du cinéaste, lorsqu’il épiait les films d’épouvante que ses propres parents regardaient à la télévision.

 

frankenweenie-mister-tim-et-sparky-

Enfin, la réussite de FRANKENWEENIE ne serait pas ce qu’elle est s’il n’y avait pas, tout d’abord, une relecture de l’histoire originale avec le recul nécessaire des années. Là encore, l’adresse de l’histoire écrite par August avec Burton rend les choses plus complexes qu’à première vue. Alors que le court-métrage pratiquait l’ellipse et ne montrait que l’injustice dans l’accident fatal à Sparky, le long-métrage permet de développer un discours plus mature, tout en le subvertissant à la mode « burtonienne ». Une discussion père-fils classique évoque le mot fatidique de « compromis », un mot que Burton a dû bien souvent entendre par le passé dans les réunions avec les cadres exécutifs lui imposant leurs conditions à chaque film. Réunions qu’il déteste, comme tout bon artiste qui aimerait mieux créer dans son coin, sans contraintes. C’est un justement compromis passé avec le père qui va décider Victor à jouer au baseball avec ses voisins… et causer le drame. Habile jeu sur les mots dû à la plume d’August, le « strike » de baseball va tuer Sparky. Mais ce sont les éclairs (en VO : « strikes ») de la foudre qui vont le réanimer… Le professeur de sciences de Victor Frankenstein, lui, dirait certainement qu’il s’agit du « doigt du Destin »… à moins qu’il ne s’agisse des mains des créateurs du film.

Et voilà comment Burton – soutenu une nouvelle fois par une superbe partition de son vieil ami Danny Elfman – revisite de fond en comble son univers, passant du rire aux larmes avec une sincérité confondante. Bien joué : FRANKENWEENIE est le meilleur film de Tim Burton depuis BIG FISH. On attend maintenant de voir s’il continuera de la sorte avec son PINOCCHIO qui s’annonce comme le futur contrepoint d’EDWARD, raconté cette fois du point de vue de l’inventeur, un Gepetto campé par Robert Downey Jr.

 

Ludovic Frankenfauchier. « It’s alive ! IT’S ALIVE !!! » (rire sardonique)

 

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Anecdote : la gamine blonde, « Weird Girl », s’inspire d’une autre création de Burton, « Staring Girl », apparue dans son recueil de contes LA TRISTE FIN DU PETIT ENFANT HUÎTRE. Dans le FRANKENWEENIE de 1984, la petite fille blonde, surnommée « Domino » au générique, n’est autre que Sofia Coppola, la réalisatrice de LOST IN TRANSLATION, affublée d’une perruque !

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